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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 14:18

Réedition de décembre 2012 .

"  J'abhorre la canaille avec laquelle je suis en communication, en même temps que sous le nom de peuple je désire passionnément son bonheur ." ( Stendhal . Vie de Henri Brulard ) ) .

 ( Illustration : grandmaison.over-blog.com ) .

 

 

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   En réaction à l'ordre de l'Ancien Régime, absolutiste et corporatif, la Révolution de 1789, institue l'homme en sujet juridique, porteur de droits garantissant sa liberté de pensée et d'action, sa propriété et son autonomie, et en sujet politique, partie du souverain dans l'exercice du droit de vote . Liberté et égalité étant considérées comme indissociables .

   " Une fois débarrassés des ordres, des tutelles, des structures imposées, les individus allaient pouvoir s'affirmer pleinement comme êtres humains ", pensait-on, alors .

   La dimension psychologique de cet " individu universel " n'était pas niée, dans la mesure où était reconnue, dans cette aspiration à la liberté et à l'égalité,  l'expérience vécue douloureusement de l'humiliation, du mépris, de l'arrogance, de la domination, imposée par l'ancien monde aristocratique .

   Mais ces considérations psychologiques restèrent  limitées aux effets de classe et laissèrent de côté les relations interpersonnelles, les manières d'être liées à l'image que l'on veut donner de soi, quel que soit le groupe social auquel on appartient . En un mot on oublia trop vite les portraits de La Bruyère , de La Rochefoucauld ou de Saint-Simon .

   On considéra un peu trop légèrement les travers des sociétés de Cour, poussés jusqu'à l'hystérie, à tout le moins la caricature, sous le règne de Louis XIV . Peut-être parce qu'on ne les vit, alors, que comme jeux de pouvoir et d'apparence, sans grande importance . Pourtant, " ces relations qui mettent en jeu les logiques d'imitation et de distinction, les mécanismes de l'envie et de la jalousie, les dispositions à la sympathie et au partage ", ne sont pas des données secondaires dans l'approche de la nature humaine .

La preuve en est qu'elles continuent de sévir et, en tout cas, constituent le terreau de ce que P. Rosanvallon, appelle , aujourd'hui : " l'individualisme de distinction " .

   D'aucuns pourront considérer le phénomène comme marginal, pour ma part, si j'en parle, c'est parce que je range les comportements de nos " stars " actuelles, dans ce mode de fonctionnement .

   Au XIXe s., une fois la noblesse marginalisée, entre la bourgeoisie triomphante  mais engoncée dans son conformisme, " dans l'étroitesse de ses objectifs et son absence d'imagination ", et une classe laborieuse déclassée par les idéologues conservateurs, au rang de classe paresseuse et dépravée, va apparaître un groupe social, désireux d'affirmer sa rupture " avec le commun" : les artistes .

   Ce groupe va mêler " l'esprit de la bohème romantique à des relents de sentiments aristocratiques " flirtant parfois avec " des attitudes très ambiguës par rapport à  la démocratie " .

   La notion " d'élites " au sens contemporain du terme était née : artistes, créateurs, journalistes ou avocats, auxquels vinrent se mêler " dandys " et autres parasites .

   Cette nouvelle aristocratie, individualiste , dans la distinction, se positionnant bien au-dessus des masses réduites à l'état de simple force de travail, se met donc à aspirer " à une existence élargie " , qu'apportent succès, réputation, parfois admiration, dans tous les cas, intérêt de la part du " commun " .

   L'incarnation de cette ambition se construira à travers le phénomène de la mode . La mode, symbole de l'individualisme triomphant, peut-être faudrait-il dire " du particularisme ", dans le sens où la mode exige l'existence d'un groupe restreint . La mode est un système où un petit groupe d'individus se mesurent les uns aux autres, mais en cercle fermé, comme les courtisans de la Cour de Louis XIV .

   " L'individualisme de distinction " fut le berceau de la mentalité, de la moralité de nos élites d'aujourd'hui , dont le maître-mot est " vivons séparés du commun " .  Au commun, accordons l'offrande de notre talent  - contre espèces sonnantes et trébuchantes , cela va sans dire - mais nous n'allons pas vivre comme lui, encore moins avec lui, mais s'il le faut, contre lui . 

Qu'ai-je voulu dire à propos de nos élites actuelles, stars, vedettes, sportifs, intellectuels, journalistes et politiques ?  Qu'il ne faut pas leur en vouloir de s'exiler fiscalement, de ne pas vouloir participer à l'effort commun, quand le pays est en crise et qu'il est injuste de qualifier leur fuite d'égoïsme et de cupidité ?

   Comme autrefois la noblesse était exemptée de l'impôt financier parce qu'elle devait au roi l'impôt du sang, aujourd'hui, nos élites nous ravissent par leur talent - certains pensent même leur génie - et estiment qu'elles ne nous doivent rien de plus, oubliant, ou plutôt ignorant, que c'est le peuple qui fait les élites, et que dans l'histoire, on a vu bien des idoles déboulonnées de leur piédestal par " le commun " las de trop d'humiliations  .

Nous appellerons aussi " l'individualisme de distinction ", afin de l'incarner, " le syndrome Gérard Depardieu " .

NB : (1) . Texte inspiré par P. Rosanvallon : " La Société des Egaux " .

 

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 19:48

  Réédition du mois de décembre 2012 .

 " Depuis les années soixante, les EE.UU subissent un effondrement  sans précédent de leur vie civique , sociale , associative et politique, c'est à dire de leur capital social, avec des conséquences dramatiques . ( Robert Putman. Politologue américain, professeur à Harvard, dans son livre : " E  Pluribus Unum ". Cité par Wikipedia .)

 

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   Illustration: gemmes-pierres.com

 

   Nous avons parlé souvent dans ces pages des dangers qui menacent la vie démocratique : poussée des individualismes et des égoïsmes, accaparement  du pouvoir par les partis ; main-mise des institutions financières sur le pouvoir politique, etc. Ce sont les dangers les plus visibles.

   Mais la vie démocratique est menacée, également, par un autre fléau, moins apparent, moins évident, mais bien plus insidieux, c'est le " séparatisme" , ce besoin de s'éloigner des autres, de ne plus avoir affaire aux autres, ce refus de partager,  dont on voit apparaître les symptômes, dans des modes de vie  ou de gestion des affaires, au caractère séparatiste .

   Ce mouvement  s'inscrit dans la droite ligne des ligues anti-impôts,  des ligues du refus de payer pour les autres,  aussi bien que dans l'idéologie de l'individu contribuable et non point citoyen . Je suis contribuable, je demande des comptes sur les services qui me sont rendus, à moi, pas à la collectivité , " exit " le citoyen .

   J'appelle ce type d'évolution, " le syndrome des coquilles vides ." Et  je m'en explique à partir de quatre exemples .

Connaissez-vous,  les " unincorporated areas " ?  Cela nous vient des Etats-Unis ." Ce sont  des zones résidentielles d'initiative privée, qui ne sont insérées dans aucune structure municipale , qui sont gérées sur le mode de grandes copropriétés, et qui ne possèdent aucun service public. Tout y est privé  : les écoles comme les centres commerciaux , les équipements culturels ou sportifs comme les services de sécurité .  Pas de parcs publics, pas de trottoirs dans les rues , aucune vie politique , par la force des choses . Ces agglomérations ont réduit les impôts locaux  aux acquêts ; surtout peuplées de blancs, elles semblent vivre en apesanteur... " ( Cité par P. Rosanvallon , La société des Egaux .)

   Voilà, une première coquille vide : vide de vie, vide de sens, vide d'humanité .

J'ai récemment vu, sur une chaîne de télévision, un reportage sur la ville de Détroit aux USA . Ancienne capitale de l'automobile , particulièrement sinistrée par la crise de 2008, au bord de la faillite financière  et ayant perdu un tiers de sa population .

   Du coup certains quartiers sont totalement déserts ; en tout cas, il n'y reste plus que quelques familles, noires comme   par hasard . Eh ! bien, la Municipalité a décidé de couper tous les réseaux dans ces quartiers, jugés insuffisamment peuplés : plus d'eau, plus d'électricité , plus de transports, plus d'écoles et plus d'hôpitaux . Isolement total ! Deuxième exemple de coquille vide : subi et non voulu, cette fois, mais qui participe du même phénomène .

Nous n'en sommes pas encore là en Europe . Mais nous devons regarder avec attention certaines évolutions gestionnaires par rapport à nos traditions politiques .

   Alors que la France venait d'entrer dans une phase de décentralisation intense, que se multipliaient les transferts de compétences, de l'Etat vers les collectivités locales : " On a mis en place un niveau d'intercommunalité ayant en charge : transports, gestion des déchets , développement économique , culture , gestion de l'eau ...Des postes financiers puissants, vidant d'autant, les prérogatives municipales . Et ce qui est plus grave encore, c'est que les élus de ces instances le sont par la voie indirecte . Ils ne sont pas directement responsables devant des électeurs . Ils ne sont plus que des gestionnaires, des techniciens, dont j'ai déjà dénoncé le défaut ... " ( Voir P. Rosanvallon .La société des égaux . Ch. la tentation de l'homogénéité .)

   Il ne restera bientôt plus aucun pouvoir au Maire , qui pourtant est le premier élu , le plus proche du citoyen, l'élu à  qui l'on peut le plus facilement demander des comptes, car si la démocratie c'est un lien, c'est d'abord un lien de proximité .

   Mais il restera toujours à Monsieur le Maire la Présidence du Comité des fêtes ! Et voilà, la troisième coquille vide .

La quatrième, je la trouve dans la construction européenne. Chacun sait que l'objectif final de cette construction, c'est la disparition des Etats-Nations, au profit de grandes régions, de grandes métropoles et d'un Etat supra-national européen. Un pouvoir, très loin du citoyen, technicien, non représentatif, comme l'est actuellement la Commission Européenne .

Ma quatrième coquille vide, c'est donc la Nation . La Nation, qui pourtant porte depuis deux siècles, les valeurs démocratiques . Les historiens nous disent parce que c'est la leçon de la démocratie athénienne, que la démocratie ne peut s'épanouir que sur un territoire limité.

Les tenants d'une gouvernance mondiale prêtent un peu à sourire .

Mais où voulais-je aller, avec mes coquilles vides ? Eh bien, vers ce que j'espère n'avoir à jamais connaître , une démocratie " fossilisée " .

   

 

   

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 14:00
Enfant intouchable .

Enfant intouchable .

" L'intouchable " : dans la tradition indienne, il existe, en dessous des castes reconnues, des exclus, hors- caste, qu'on appelle " intouchables ", car ils sont si indignes et si impurs qu'ils risquent de souiller autrui par la vue ou le contact physique .

 En ouverture de son discours de politique générale, le 4 juillet dernier, devant l'Assemblée Nationale, le Premier Ministre s'exprima ainsi : " Je vois une Assemblée rajeunie, féminisée et largement renouvelée ... Une Assemblée qui porte l'héritage républicain et qui ressemble à la France ... " . Emouvant lyrisme de gauche qui occulte une réalité politique moins brillante : nul ouvrier dans cette assemblée . Ce sont 20% de la population active du pays qui ne sont pas représentés dans le temple de la république . Un pur hasard !

Trois autres événements, à ajouter au précédent, doivent nous interpeller .

Le premier concerne l'ordre judiciaire . " Le procès de l'amiante n'aura pas lieu " ! Le parquet de Paris vient de mettre un terme à plusieurs enquêtes pénales portant sur le plus grand scandale ayant frappé le monde du travail au prétexte qu'il est impossible de déterminer avec certitude la date exacte de la contamination des victimes . Vingt années d'instruction - 40 tomes de procédures -  balayées pour une question de date comme si " la contamination par l'amiante " relevait de l'apparition d'un virus : que 20% des cancers du poumon proviennent d'une exposition durable à l'amiante n'intéresse pas les juges puisqu'il leur est impossible de confectionner un vulgaire calendrier . La justice s'apprête donc à annoncer à des dizaines de milliers de travailleurs qu'il n'y a ni responsable ni coupable à leur fin de vie dramatique : des grands groupes industriels de renom doivent être protégés .

Le deuxième touche au droit du travail . Le précédent gouvernement avait engagé un processus de reconnaissance de la pénibilité de certaines tâches pour permettre aux travailleurs concernés de partir plus tôt à la retraite . Il n'a pas fallu longtemps au nouveau pouvoir pour céder au MEDEF qui était vent debout contre ces mesures . Le " compte pénibilité " du quinquennat Hollande est balayé, lui-aussi, et remplacé par le " compte prévention " - admirable richesse de la langue française - de Macron, très allégé : la manutention des charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les risques chimiques ont disparu du nouveau texte . " C'étaient des promenades de santé ", semble-t-il .

Le troisième est lié à la suppression des cotisations " maladie " . L'ouvrier ne s'assure plus contre la maladie et contre le chômage, ainsi disparaît-il des registres de la Sécurité Sociale . Il devient alors " cet être de nos halls de gare qui n'est rien ", selon la propre expression du chef de l'Etat : il n'est plus identifiable sans numéro de SS . 

Ces sujets sont en fait emblématiques de la condition ouvrière et du mépris affiché à l'égard de la réalité du travail . La nouvelle société, mode Macron, celle des " start up " californiennes, des jeunes gens branchés sur leur ordinateur, casque sur les oreilles, aussi épanouis dans leur job que des " surfeurs " au bronzage impeccable, qui ne voient pas encore venir la face cachée de l'ubérisation qui est là, à notre porte .

Ces ouvriers dont on a fait " de la chair à vote frontiste " symbolisent trop le monde d'hier, comprenez-vous, la lutte des classes d'une époque révolue, que la révolution macronienne va balayer au grand vent de la modernité . La République selon Macron est en marche et les ouvriers sont déjà dans le fossé .

Qu'on ne parle plus de ces catégories sociales qui s'usent à la tâche et qui ne sautent pas de joie en arrivant au boulot, ou alors, juste un peu, et pour un très court temps encore, et surtout avec condescendance .

Bientôt le puits du village sera interdit à ces " hors-caste " afin qu'ils ne viennent pas en rendre l'eau impure : ils seront devenus des " intouchables "  .

 

 

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 13:48
Image du site : " Français et citoyens " .

Image du site : " Français et citoyens " .

( 1 ) . Joseph Proudhon : " Destruam et aedificabo " ; épigraphe aux " Contradictions économiques " .

" De part et d'autre de l'Atlantique, on observe une inflation des inutiles et une paupérisation des nécessaires  qui laissent tous les problèmes en suspens ", ( La grande régression ) .

" Quinze intellectuels de renommée internationale (2) publient un livre collectif, " La grande régression ", sous la houlette de l'éditeur allemand Heinrich Geiselberger ( Ed. Suhrkamp ), dans lequel ils réfléchissent sur le monde comme il va ( ou ne va pas ) à l'heure du capitalisme planétaire " ( Cf . l'article de Sébastien Lapaque, Marianne No 1059, du 7 juillet 2017 ) .

Penseurs, chercheurs, universitaires, ne les cherchez pas dans le " gotha " des " experts " qui accompagnent les grandes institutions internationales ; intelligences lucides, leurs recherches portent un regard acéré sur la misère théorique de notre temps et doutent des lendemains qui chantent qu'est censé nous apporter le capitalisme mondialisé .

Alors que l'avenir, il n'y a pas si longtemps, était bien plus associé à l'idée de confort qu'à celle de difficulté, il est devenu aujourd'hui, synonyme d'une terrible menace : celle d'être identifié ou classé comme un individu inapte à remplir sa tâche, un individu auquel est dénié toute valeur, toute dignité, et qui, par cette raison même , doit être marginalisé, exclu, banni ... ", écrit le sociologue anglo-polonais ( décédé en janvier 2017 ) Zygmunt Bauman, dans sa contribution à l'ouvrage, résumant ainsi, et sans concession, les enjeux majeurs du monde qui vient .

Les maux économiques qui rongent les sociétés occidentales, à l'heure du capitalisme total, sont largement connus : rareté toujours plus grande du travail, baisse régulière des revenus pour la grande majorité des individus, accroissement des inégalités, disparition des protections sociales et de santé, auxquels il faut ajouter le terrorisme international, la catastrophe économique déjà largement entamée, l'inversion des équilibres climatiques et les mouvements migratoires incontrôlés et incontrôlables, qu'ils soient provoqués par des cycles de guerres sans but ou par les bouleversements climatiques .

Une des contributions mérite qu'on s'y arrête un peu plus longuement : c'est celle du sociologue allemand Wolfgang Streeck,  " Le retour des évincés : début et fin du capitalisme néolibéral " . C'est un témoin capital des métamorphoses du libéralisme et de la dynamique du crédit depuis 1945 .  Son intuition a été que les démocraties occidentales sont passées de l'Etat fiscal qui avait la possibilité de lever l'impôt pour garantir les promesses de l'économie de marché, à l'Etat " débireur " qui n'a fait que s'endetter, à partir des années 1970, pour assurer ces contributions, s'exposant alors au joug des institutions financières et bancaires, joug terriblement consolidé à partir de la crise financière de 2008, vidant l'Etat de tout pouvoir en l'enfermant dans la course au remboursement de la dette pour accéder aux exigences des détenteurs du capital et de ses gestionnaires et créer le nouvel âge économique : " Les marchés ne sont plus enfermés dans les Etats, mais ce sont les Etats qu'on a enfermés dans les marchés " .

" Le néolibéralisme est venu avec la globalisation ou la globalisation avec le néolibéralisme . Et c'est ainsi que la grande régression a débuté . le capital des sociétés industrielles reconstruites a commencé à s'affranchir du rôle " d'animal utile " qu'il avait été obligé d'endosser, après guerre, dans un carcan national ", peut écrire Wolfgang Streeck .

" Une plongée au scalpel dans les plaies du capitalisme total, d'où le sang qui coulait, autrefois,  s'est transformé en pus " ( Sébstien Lapaque ) .

C'est à l'anthropologue français Bruno Latour qu'échoit la tâche d'explorer le lourde question des migrants : " L'action cumulée des guerres, des échecs et des méfaits de la mondialisation, de la mutation climatique vont jeter contre nous, avec nous et comme nous, des millions de gens dans la recherche d'un nouveau territoire habitable pour eux et pour leurs enfants ", posant sur ces malheureux venus des périphéries de nos sociétés d'abondance et de jouissance le seul regard possible : " Nos proches étrangers - terriblement proches et terriblement étrangers " .

L'économiste allemand Olivier Nachtwey porte le coup de grâce au système inhumain qui s'est imposé qu'il appelle  " la décivilisation de nos sociétés " inscrite déjà, dans  " toutes ces régions du monde où toute structure étatique a déjà été balayée ", ces lieux que tant de nos experts autorisés ne sauraient voir .

 

(2) . Zygmunt Bauman, Bruno Latour, Slavoj Zirek, Eva Illouz, Nancy Fraser, Pankaj Mishra, Donatella della Porta, des noms à ne pas oublier, venus d'Inde, des Etats-Unis, de Pologne, de France, du Maroc, d'Allemagne, d'Autriche, d'Espagne, d'Italie, de Belgique ou de slovénie . 

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 13:08
Le Figaro, culture .

Le Figaro, culture .

Réédition du 08/01/2016 : personne ne peut s'arroger le droit de bâillonner la parole posthume des martyrs de Charlie !

(1) ." Franchement, si Dieu existe et qu'il est aussi puissant que ses serviteurs le prétendent, nous, les infidèles, les incroyants, les laïcards, les athées, les antithéistes, les mécréants, les apostats, on est mal ... " ( Charb : " Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes ", 16/04/2015, Ed . Les échappés ) .

( Note de l'éditeur : ce texte a été finalisé le 5 janvier 2015, deux jours avant l'attentat de Charlie Hebdo ) .

  • " Si tu penses que la critique des religions est l'expression du racisme,
  • Si tu penses qu' " islam " est le nom d'un peuple,
  • Si tu penses qu'on peut rire de tout sauf de ce qui est sacré, pour toi,
  • Si tu penses que faire condamner les blasphémateurs t'ouvrira le paradis,
  • Si tu penses que l'humour est incompatible avec l'islam,
  • Si tu penses qu'un dessin est plus dangereux qu'un drone américain,
  • Si tu penses savoir combien il y a de musulmans en France,
  • Si tu penses qu'il est essentiel de classer les citoyens selon leur religion,
  • Si tu penses que caricaturer un djihadiste est une insulte faite à l'islam,
  • Si tu penses que les fascistes attaquent l'islam lorsqu'ils visent un Arabe,

Alors, bonne lecture, car cette lettre a été écrite pour toi ... " .

" ... Le racisme est présent dans tous les pays depuis l'invention du bouc émissaire et il y aura probablement, toujours, des racistes . La question n'est pas de " perquisitionner " le cerveau de tous les citoyens, à la recherche de la moindre étincelle de racisme, la question est d'empêcher les racistes de formuler leurs pensées nauséabondes, d'exprimer leurs haines, de revendiquer leur " droit " d'être racistes .

" ... En France, la parole raciste a été largement libérée par Sarkozy et son débat sur " l'identité nationale " . Le racisme est sorti " des fins de repas de famille trop arrosés ", a envahi la rue, a irrigué les médias, a encrassé un peu plus les tuyaux des réseaux sociaux ...

D'autant plus dangereux que par fainéantise, par ignorance, parfois par erreur, certains travaillent à ce qu'il ne soit plus employé, ou seulement timidement, pour être remplacé par " islamophobie " . Mais en ne considérant plus, chez le raciste , que l'islamophobie, c'est le danger raciste qu'on minimise ... Les victimes de racisme qui sont d'origine indienne, asiatique, rom, noire africaine, antillaise, ont intérête à se chercher vite une religion, si elles veulent être défendues ...

" ... Lutter contre le racisme, c'est lutter contre tous les racismes . Lutter contre l'islamophobie, c'est quoi ?

Lorsque une femme voilée est insultée ou violentée, parce qu'elle est voilée à la mode musulmane, l'anti-islamophobe soutient, non pas la citoyenne prise à partie pour ses croyances religieuses par un fasciste, mais la représentante de l'islam . Pour l'anti-islamophobe, la chose la plus grave est qu'elle a été attaquée non pas en tant que citoyenne qui a le droit de s'habiller comme elle l'entend, mais en tant que femme musulmane .

" ... Les militants communautaristes qui essaient d'imposer aux autorités judiciaires, à coups de procès hautement médiatisés, la notion d'islamophobie, n'ont d'autre but que de pousser les victimes de racisme à s'affirmer musulmanes ...

" ... Le militant anti-raciste d'hier, tend à se transformer en " boutiquier hyperspécialisé " dans les diverses formes de discrimination ...

" ...Et l'athéophobie dans tout ça ? Chers amis anti-islamophobes, ne réservez pas vos insultes à l'égard de la Raison à l'intimité de vos temples, de vos tombeaux de la pensée, faites des journaux, des blogs, des spectacles, des marionnettes, pour vous moquer de cette absurdité que représente pour vous la vie sans Dieu . Caricaturez l'absence de Dieu, faites-lui un gros nez, un petit nez, des yeux de fous, des cheveux hirsutes, aucun athée ne vous poursuivra en justice pour cela, vous ne recevrez aucune menace de mort, et vos locaux ne seront pas détruits ... " .

( Extraits de la " Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes ", Charb, avril 2015 ) .

Ceci est mon hommage aux victimes de Charlie Hebdo, du 7 janvier 2015, sans tambours ni trompettes, sans gardes républicains, sans concert de Johnny Halliday, sans légion d'honneur .

Note : En 2010, une enquête conjointe de l'INED ( Institut National d'Etudes Démographiques ) et de l'INSEE ( Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques ) a produit les chiffres suivants, qu'aucun média n'a relayés : En France, 2,1 millions de personnes se déclaraient musulmanes, 11,5 millions se disaient catholiques et 125 000 juives . Ces chiffres n'arrangeaient pas tout le monde car nous sommes loin des 6 ou 8 millions de musulmans revendiqués par les associations communautaristes .

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 14:21
Photo tempsreel.nouvelobs.com

Photo tempsreel.nouvelobs.com

" Nous allons vivre une présidentielle particulière où l'on jouera à l'aveugle " ( J. Ch. Cambadélis, Premier secrétaire du PS ) .

J.Ch. Cambadélis s'affole un peu trop vite . Le dernier essai ( Insoumissions, Portrait de la France qui vient , chez Seuil ) de son ami Thierry Pech, directeur général de la Fondation " Terra Nova " - la boîte à idées du PS - ne pourrait-il l'éclairer un peu ?

" La France qui vient ", explique l'essayiste, est en train de naître, sous nos yeux, à partir de l'expression de trois " insoumissions " : dans la sphère du travail, dans celle de la consommation et enfin dans celle de la démocratie . Les figures les plus positives de la société contemporaine, vues par T. Pech, sont donc celles de l'autoentrepreneur et des " slashers " - ces gens qui cumulent plusieurs jobs -, celles des " contre-consommateurs ", ces gens qui veulent consommer intelligemment et celles des audacieux en matière de " démocratie délibérative " en lieu et place de la " démocratie représentative " .

Nous voilà donc placés devant un corpus d'idées parfaitement clair et immédiatement exploitable : la classe politique a en face d'elle " des individus qui se regardent de plus en plus comme des entrepreneurs d'eux-mêmes - l'avenir appartient à ceux qui ont confiance en lui - et d'abord dans les catégories les plus qualifiées " . Là, réside la force phénoménale qui va permettre de " faire surgir immanquablement  les formes de la société de demain ", dans ce désir de chacun " d'écrire sa vie ", de " s'accomplir soi-même " . C'est beau comme du Verlaine !

 Les forces objectives d'un capitalisme en demande de davantage de profits, de plus de flexibilité et de mobilité de l'emploi pour ce faire, de réduction du pouvoir d'achat et des protections sociales, sont oubliées dans la réflexion " terranovienne " . Sûrement par volonté de clarté .

 Une seule question prévaut aujourd'hui : " Quelle politique sociale pour des temps libéraux ? " Mais poser la question ainsi, c'est y répondre : " Le droit du travail, hérité de la civilisation de l'usine, d'un salariat rassemblé, ignore un certain nombre d'autres actifs, tels les indépendants, les artisans, les agriculteurs ... Il faut refondre ce droit du travail en un nouveau droit, " le droit à l'activité professionnelle " , un droit qui engloberait tous les actifs et les protégerait à proportion inverse de leur degré d'autonomie ... " La voilà, la révolution authentique, versus " Terra Nova " .

On prend acte des évolutions de l'individualisme et des attentes sociales qui se cristallisent, aujourd'hui, en un besoin grandissant " d'autonomie ", le maître mot  - en mettant de côté le rôle majeur de la propagande des classes dominantes dans ces évolutions - et l'on décrète, un nouvel ordre social extraordinairement " tarabiscoté " :

" Vous êtes très autonome, très qualifié, votre besoin de protection est sans doute très inférieur à celui d'un salarié ou d'un autoentrepreneur très peu qualifié ", on vous protège moins, mais en contrepartie, vous participerez beaucoup moins à la solidarité et l'on réduit vos cotisations sociales .

Vous me suivez, toujours ? Ou plutôt, suivez-vous bien, Monsieur Pech ? Si c'est le cas, posons lui la question suivante : ces gens autonomes, qualifiés, éduqués se trouvent essentiellement dans les classes moyennes supérieures, et les classes supérieures, dont toutes les enquêtes démontrent que leurs dispositions à la solidarité envers les plus démunis s'affaissent chaque jour un peu plus, alors que dans les classes populaires fleurit le sentiment d'être " les poires du système " . 

En instituant, les classes privilégiées, en " acmé " de la révolution à venir, ne rejetez-vous pas, les classes populaires devenues, dans votre raisonnement réactionnaires, aux oubliettes, ne leur laissant plus le choix qu'entre le retrait de toute vie politique, par l'abstention ou pire, l'abandon dans les bras du Front National ?

La réponse de Monsieur Pech est atterrante : " L'arithmétique, résout la question ", déclare-t-il dans son essai . On ramène les classes populaires vers les urnes, en leur demandant de choisir : " Protection ou Liberté " .  Et ils seront nombreux à vouloir " s'accomplir par  eux-mêmes ", ces ouvriers, sans SMIC, sans Sécu, sans droit au chômage . Car, voyez-vous, la seule définition du socialisme qui vaille est celle du socialiste libéral italien, Carlo Rosselli :  " Le socialisme sera réalisé lorsqu'on aura fait entrer la liberté dans la vie des pauvres " . ( Pour ma part, j'en étais resté au cri du chef de file des " Enragés " à la Convention : " Un affamé n'a que faire d'un bulletin de vote " ) .

" Je suis progressiste, très simplement, car je cherche à jeter les bases d'une confiance dans l'avenir et dans l'idée que demain peut être meilleur qu'aujourd'hui ", clame Monsieur Pech, à la fin de son livre, pris par des convulsions de ses convictions parfaitement émouvantes .

 

NB : les citations sont empruntées à l'entretien accordé par Thirry Pech, à Marianne , No 1033 du 13 janvier 2017 .

 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 15:22
" Genèse " : commons.wikimedia.org .

" Genèse " : commons.wikimedia.org .

" Je veux rendre toute puissante l'influence du clergé pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme : " Jouis ! "  ( Adolphe Thiers ) . Aujourd'hui : François Fillon .

(1) . Genèse, chap.3, verset 19 .

Je ne suis pas un ardent défenseur des " primaires " . Je me refuse à " amnistier " les dirigeants du PS de ce quinquennat de renoncements et de trahisons, mais je reconnais que, hier soir, lors du deuxième débat de la " primaire socialiste ", les candidats nous ont fait vivre un grand moment, lorsqu'ils ont abordé le thème de la " Laïcité " .

Suspendue entre deux attentats, l'élection présidentielle ne se jouera pas sur le " chômage " . La première préoccupation des Français est la lutte contre le terrorisme . C'est pourquoi, sur les sujets que sont la sécurité et la laïcité, les candidats " socialistes " qui veulent déjouer tous les pronostics, se doivent d'être impeccables . Et hier soir, sur la " Laïcité ", je le dis, sans ambages, ils l'ont été . En effet, et l'événement est tellement rare qu'il convient de le souligner, nous avions, hier soir, l'une des affiches les plus laïques et les plus responsables, que la Gauche européenne puisse nous offrir .

Du côté des " petits " candidats, François de Rugy et Sylvia Pinel n'ont pas failli à leurs engagements, le premier dénonçant depuis longtemps les errements des écologistes sur le sujet, la seconde, en tant qu'héritière de ces Radicaux qui furent les pères de la Loi de 1905 .

Pas de multiculturalisme béat ni d'héritier du cléricalisme, dans cette primaire ! Un vrai soulagement .

Du côté des quatre " grands ", même détermination certes, mais pas toujours la même vigilance envers l'intégrisme, convenons-en .

Manuel Valls à qui l'on reproche parfois ses choix droitiers à cause d'un certain extrémisme laïque est un élu qui s'est battu dans sa ville d'Evry pour organiser des conférences sur la laïcité, a favorisé la mixité ethnique, a refusé d'employer le terme " islamophobie " après l'attentat contre l'hebdomadaire " Charlie-Hebdo ", a soutenu la crèche " Baby Loup ", qui refusait que ses employées soient voilées, a publiquement, en tant que Premier Ministre, mis en garde l'Observatoire de la Laïcité de Jean-Louis Bianco pour son rapprochement avec le CCIF et le rappeur " Médine " ... Pourtant, le Ministre Manuel Valls se rendit au Vatican, pour assister à une cérémonie de béatification, ce que n'aurait jamais fait son modèle en politique, Clémenceau .

Vincent Peillon campe sur la même attitude de fermeté envers les religions intrusives comme en témoignent sa Charte de la Laîcité affichée dans toutes les écoles, l'introduction de l'enseignement de la morale républicaine ou encore les " ABCD de l'égalité " entre hommes et femmes . Il a combattu, en son temps, contre les conférences du " prêcheur " islamiste Tariq Ramadan . Mais, ces deux dernières années, celles de son retrait de la politique, et surtout des attentats meurtriers qui ont endeuillé le pays, il a semblé mollir, fustigeant davantage " les dérapages " au nom de la Laïcité que le recul de cette idée structurante de la république . Et il y a quelques jours seulement, sa langue a fourché, quand il a osé comparer le sort des musulmans en France au port de l'étoile jaune, par les juifs, dans les années 1940 ...

Benoît Hamon avait bien commencé quand, il y a huit ans, en tant que député européen, il avait soutenu la liberté d'expression de la député néerlandaise d'origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali, condamnée à mort par des islamistes pour des propos jugés islamophobes . Mais depuis qu'il est élu à Trappes et se veut le candidat de la banlieue, Hamon parle beaucoup moins de laïcité et plus du conflit israëlo-palestinien . Le Canard Enchaîné affirme qu'il y verrait un bon moyen de " récupérer les voix des quartiers " . Peu glorieux ! Et on le devine plus précautionneux quand il s'agit de parler des cafés où les femmes sont interdites que de la libération, en féministe affirmé,  de Mme Catherine Sauvage .

Arnaud Montebourg, enfin, semble ne pas avoir grand chose à dire sur la laïcité, il faut vraiment l'interroger avec insistance, il peut alors lâcher quelque bonne interprétation .

Les bons moments sont si rares dans cette campagne des " primaires " que nous ne devons pas bouder notre plaisir .

 

NB : d'après le billet de Caroline Fourest, dans Marianne No 1033, " Une primaire sur la laïcité " .

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 13:54
Halte à la brosse à cheveux stupide !

" Cours moins vite, camarade, le nouveau monde, celui du réchauffement climatique, de Goldman Sachs et de la Silicon Valley, est devant toi ... " ( Jean-Claude Michéa, Notre ennemi, le capital, chez " Climats " ) .

Chaque année, le gouvernement accorde aux entreprises, un Crédit d'impôts pour la Recherche et le Développement ( R&D ) d'un montant de 5,5 Mds d'€ . Ces milliards sont-ils bien utilisés ? La réponse va de soi . La France est classée troisième nation au monde pour l'innovation technologique, depuis trois ans, et le groupe Kérastase, filiale de l'Oréal de Mme Bettencourt, vient de se voir attribuer le prix international de l'Innovation au " Consumer Electronics Show " ( CES ) de Las Vegas ( janvier 2017 ) pour sa " brosse à cheveux intelligente " , une première dans toute l'histoire de l'humanité .

Il faut préciser que cette brosse est vraiment formidable .

Elle est bourrée de capteurs qui vont nous permettre d'évaluer la qualité de nos cheveux, de mesurer la force de notre brosse, d'enregistrer le son que celle-ci produit - d'un intérêt absolu pour le sort de l'humanité - . Quatre ans de recherche approfondie pour la mettre au point . On imagine aisément l'ambiance tendue qui a prévalu dans les laboratoires de " Kérastase ", durant ces quatre années, chacun cherchant à se dépasser, flirtant avec le burn-out, pour réussir le challenge : porter haut les couleurs de la " French Tech ", confirmer qu'impossible n'est pas français .

Ajoutons une autre qualité à notre brosse nationale . Elle est hautement compétitive, ce qui est extrêmement important pour notre balance commerciale . Imaginez : 200€ pièce, c'est donné, eu égard aux services qu'une telle invention va rendre à la collectivité .

Quoi ? Vous doutez de son utilité, hommes de peu de foi ! Elle sera connectée, un maître mot ! Elle transmettra à votre smartphone ses infos . Celui-ci, via une application mobile, vous dira quels produits, quels shampoings, quelles crèmes, quelles poudres, quels onguents vous devrez acheter - chez l'Oréal, cela va de soi - pour que vos cheveux vous soient reconnaissants de toute l'attention que vous leur portez .

Cela dit, à Las Vegas, la victoire n'était pas acquise d'avance, la concurrence fut dure .

Le diffuseur de parfum " Sensorwake " qui vous pschitte sans prévenir un nuage qui va vous endormir ; le bitoniau " Wistiki " qui retrouve votre chien ou votre trousseau de clefs égarés - renvoyant du même coup le pauvre Saint Antoine de Padoue à son cher Moyen-Age - ; la brosse à dents " Kolibree " qui analyse 16 zones différentes de votre bouche et vous dit où insister . Et, tenez-vous bien, rien que des trouvailles françaises, qui ont tenu longtemps la dragée haute à la brosse à cheveux . 

La Secrétaire d'Etat au Numérique, Mme Axelle Lemaire, pouvait arborer un visage radieux en pronostiquant que le combat contre le chômage passera par l'économie numérique . Sapin, Fillon, Macron, qui ont fait le pèlerinage de Las Vegas, ont bien eu raison d'insister : " Là, est l'économie de demain " !

Au même moment, sort le livre du philosophe Jean-Claude Michéa : " Notre ennemi, le capital " . On y lit deux vérités premières : " C'est une nécessité inhérente à toute société libérale que de poursuivre à l'infini le processus de mise en valeur du capital " ... autrement dit, toute production de biens et de services ne doit avoir qu'un seul but, il faut que ça rapporte ... " quand bien même la plupart des marchandises ainsi produites se révéleraient tout à fait inutiles " .

 M. Michéa n'aura pas droit au " Crédit d'impôts recherche ", ses vérités n'ont rien d'innovant ...

 

 

NB : d'après l'article de J.L. Porquet, Le Canard Enchaîné du 11 janvier 2016, " Coupons les cheveux en quatre " .

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 11:53

Article du 13/01/2012 : réédition .

 

"La Nature a doté l'homme d'une intelligence fabricatrice au lieu de lui fournir les instruments, comme elle l'a fait pour bon nombre d'espèces animales et végétales, elle a préféré qu'il les construisît, lui-même." ( H.Bergson. L'évolution Créatrice.1907.°

 

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   Illustration:" Mon cerveau et moi", de Ph.Sollers.Site:pileface.com

 

    Je dois reconnaître un défaut personnel, j'ai du mal à faire confiance à l'intelligence de nos dirigeants politiques. Je ne parle évidemment pas de leurs capacités, de leurs aptitudes à appréhender les problèmes . Mes interrogations proviennent du fait que l'intelligence se déploie sur la toile de passions, d'émotions, de préjugés qui rendent souvent aveugle , sourd , égoïste, le sujet politique.

   L'homme, comme le dit H.Bergson, est un " homo faber " qui doit construire par lui-même les outils de sa survie, tracer, par lui-même, le sillon de sa vie. Et quand on a choisi comme objet de sa propre réalisation, le pouvoir, c'est à dire l'exercice de sa propre domination sur les autres, toutes les dérives, tous les dangers nous guettent , comme l'arrogance que peut procurer le sentiment de sa supériorité intellectuelle.

   Peut-il exister un mal pire que la misère du monde ? Je réponds, oui ! C'est la misère du monde programmée par des gens intelligents et au nom de leur intelligence, je veux dire " la domination " des uns fabriquant " l'exclusion " des autres par l'intelligence .

 Cette domination étant ensuite théorisée, pour apporter les justifications morales à cet état de fait: je domine car je suis plus intelligent ; tu es dominé car tu le mérites, puisque tu n'as pas les qualités nécessaires pour être autre chose.

   Max Weber nous avait déjà alertés sur ces dangers : " Les dominants ont toujours besoin d'une " sociodicée ", c'est à dire, d'une justification théorique du fait qu'ils sont privilégiés " .

   Je suis donc inquiet quant au comportement de nos dirigeants politiques, car les cinq années écoulées nous ont offert la démonstration de cette maladie  trés particulière de la société : une personnalité agitée entraînant dans le tourbillon de sa jouissance du pouvoir tout le personnel politique.

   La conséquence naturelle de ce mal étant l'incapacité de ces dirigeants de parler au peuple, de l'écouter, de prendre en compte sa désorientation, d'un côté comme de l'autre. Mais, dans ce brouillard, il est des gens, aussi imprégnés que les autres de leur supériorité,  qui ont saisi où se trouve le point faible, et qui trés hypocritement appuient où cela fait mal ; Mme Le Pen a une longueur d'avance sur ses concurrents, sur cette question.

 

   Pour mieux me faire comprendre, je vais en appeler à un grand sociologue, qui a analysé ces phénomènes et sans aucune tendresse.

   Pierre Bourdieu lance un pavé dans la mare, en 1983, dans un article publié par le Monde Diplomatique et intitulé:" Classe contre Classe". Il y invente le concept de "Racisme intellectuel", concept qui ne lui vaudra pas que des amis.       Que dit-il en substance ?

 

   " Il y a des groupes qui ont besoin de se justifier d'exister comme ils existent...( La sociodicée de M.Weber.)...Et cela conduit au...Racisme de l'intelligence...Le racisme de l'intelligence est un racisme de classe dominante  de nature petite bourgeoise... Il est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend , pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d'être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l'intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une justification de l'ordre social qu'ils dominent. Il est ce qui fait que les dominants se sentent d'une race supérieure...

   Le racisme de l'intelligence concerne une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d' intelligence , et qui ont pris la place, pour l'accés aux positions du pouvoir économique, et politique,des titres anciens, comme les titres de propriété et les titres de noblesse..."

 

   Je crois comprendre, enfin, ce qu'est une intelligence dévoyée. Je me dis qu'à côté de la lutte des classes traditionnelle, loin d'être révolue, s'est développé un autre conflit, ces dernières décennies. Le conflit entre ceux qui croient savoir, " les meilleurs ", et ceux qui, naïvement sont tombés dans les pièges tendus, par " les  ruses de la parole ", par d'habiles procédés où l'on ridiculise le dominé, en le mettant en situation: comme nos élites médiatiques savent si bien le faire.

   Il est un autre ressort qui crée les conditions de l'apparition de cette nouvelle lutte des classes. Les " soi-disant inférieurs " sont de plus en plus nombreux à prendre conscience de la duperie. Et les dominants voient cela comme une menace. Et toute leur énergie sera mobilisée à ramener " à leur niveau inférieur " les dominés.

   Avez-vous vu beaucoup de politiques en appeler à l'intelligence de leurs électeurs ?

 

 

   

 

   

   

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 14:57
Plus belle la vie : place du Mistral .

Plus belle la vie : place du Mistral .

Soirée de " Nouvel An " chez Jean-Pierre Pernaud : la France comme carte postale y est tout entière représentée . Chaque salle de l'hôtel particulier du présentateur  a son animation régionale - paysans vendéens armés de fourches, stand de produits auvergnats, orchestres basque et savoyard, groupe de polyphonie ... Le bureau du journaliste avec sa grande bibliothèque de guides touristiques et ses " Sept d'or " est bien le lieu où la nouvelle France se construit comme représentation . Comme la carte précède le territoire, le Journal de 12 heures, de Pernaud et de TF1 précède la réalité& . Par ses choix réactionnaires le fabricant de cartes postales " fait " la France ...( La Carte et le Territoire, Michel Houellebecq, 2010 ) .

Les  J.T. sont des mines de renseignements pour qui sait les regarder et particulièrement au moment des fêtes et des congés, pour que nous nous fassions une idée de ce que la France est en train de devenir . 

La nation fière et querelleuse, reconnaissable entre toutes, incapable de s'imaginer autrement qu'au faîte de la domination politique, du développement des lettres et des arts, des sciences et des technologies est en train de céder la place à un peuple de petits rentiers de son patrimoine et d'aubergistes du monde occidental . Un scénario à la Houellebecq mais pas si absurde qu'il n'y paraît .

La " carte postale " d'un pays fatigué, recroquevillé, bonhomme au fond, revenu de tout, et " vivant des rentes de sa grandeur passée ", des châtelains vieillissants qui font visiter à des japonais et des Chinois bardés d'appareils photos, la galerie de portraits de leurs ancêtres .  Cette attitude porte un nom : " Le Tourisme " . 

Pour s'en convaincre il suffit de regarder les J.T. Tout y est traité - et particulièrement chez Chez Jean-Pierre Pernaud - en fonction de son incidence sur la fréquentation touristique .

Y aura-t-il de la neige cet hiver ? Du soleil, l'été prochain ? Des vagues dans le Golfe de Gascogne pour les surfeurs ? Des grèves pendant l'Euro de football ? Du verglas lors des 24 heures du Mans ? C'est terrible, mais y aura-t-il encore des attentats terroristes qui feront fuir le touriste américain ? Allons-nous connaître une nouvelle flambée de la délinquance qui éloignera de Paris le touriste chinois ?

Quand le Ministre de l'Education Nationale fixe le nouveau calendrier des vacances scolaires qui trouve-t-il en face de lui, comme contradicteur unique, s'il met trop l'accent sur l'intérêt des élèves ? Le représentant du syndicat de l'hôtellerie . 

Lors des dernières fêtes, nous n'avons pas eu un seul J.T. sans le passage d'un grand chef, cuisinier, pâtissier, chocolatier, venu y présenter son dernier livre de recettes .

" Les châteaux de la Loire, la Tour Eiffel, la blanquette à l'ancienne, le rosé de Provence, le béret basque, les cabarets de Montmartre, le pèlerinage de Lourdes, la Fête de l'Huma, le Festival d'Avignon, Les Vieilles Charrues de Carhaix, tous ces hauts-lieux ne se conjuguent plus qu'à un seul temps : le potentiel de fréquentation touristique ... " . Un dénominateur commun peu compatible avec notre gloire culturelle  passée : " Liberté, égalité, foie gras " .

Le Français fut jadis un monsieur décoré ignorant avec superbe la géographie de son pays, il est devenu un garçon en gilet rayé et serviette sur l'avant-bras . Et comme il a conscience de sa chute - à la différence de son concurrent italien - il s'acquitte de sa nouvelle tâche avec mauvaise humeur . Demandez donc aux garçons de café et aux chauffeurs de taxis parisiens .

A terme, la France pourrait ressembler à la série télévisée de France 3 , " Plus belle la Vie " . Un quartier de Marseille qui n'existe pas, une Place du Mistral en carton, un bar du Mistral enserré dans un studio de tournage et des touristes dont la première préoccupation, en arrivant dans la cité phocéenne, est de demander à visiter la " Place du Mistral . "

( Note technique : derrière la carte postale à la Houellebecq, une réalité . Le tourisme représente le secteur économique où la précarité est la plus élevée : temps partiel, CDD, contrats de mission de courte durée, emplois saisonniers, heures supplémentaires non payées dans la restauration .

Ce secteur devait compenser la désindustrialisation du pays, liée aux délocalisations massives des investisseurs français vers les pays émergents : en trente ans, la part de l'industrie dans la richesse du pays est tombée à 11%, quand elle reste à 16% dans la zone euro et à 22% en Allemagne, et alors que les industries traditionnelles restent les principaux fournisseurs d'emplois stables ( CDI ) .

Cherchez l'erreur ! )

 

NB : d'après l'article de Jacques Jullierd dans Marianne, No 1032, " Trois scénarios pour la France " .

 

 

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