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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 15:07

   "C'est le peuple qui sera le juge suprême, c'est lui qui prononcera, c'est lui qui jugera, mais ce que nous lui devons, nous, aprés avoir affirmé devant lui et notre conscience, une idée, c'est de nous y tenir quels que puissent être les remous et les mouvements incertains de l'opinion, c'est d'y engager notre responsabilité personnelle . Ce sera moins dangereux que vous ne l'imaginez : les courants qu'on dit irrésistibles sont faits bien facilement de la paresse qu'on met à leur résister ."

   (1) . Jean Jaurès .Discours du 18 novembre 1908 . Cité dans le livre édité par le Centre et le Musée Jean Jaurès  .Exposition de septembre et octobre 1994 .

 (  Illustration : histoire.image.org )imagesCAR11NS5.jpg

 

   La campagne électorale récente donne des raisons à chacun , de désespérer, de se replier sur soi, de s'enfermer dans un égoïsme dévastateur . Tous les pièges qui nous ont été tendus par les " grands candidats ", et nous sommes bien loin de l'appel de Jaurès, se révèlent aujourd'hui, à nous, dans toute leur splendeur .

Le premier piège qui nous était tendu résidait dans ces discours de la plus grande nudité  gestionnaire , froidement monétaires et économiques, au nom de la crise , complètement extérieure au problème français, purement d'origine spéculative  .  On ne parlait plus de spéculation , mais de compétitivité économique, de compétitivité des entreprises, de compétitivité mondiale . Le changement sémantique n'était pas anodin . Les dérives financières, noyau dur de la crise,  étaient occultées . Ainsi ne parlait-t-on plus de s'attaquer aux rouages de la spéculation ; on était revenu à la vieille antienne : poids du coût du travail, poids des charges patronales,  mais surtout pas du parasitisme des actionnaires . Glissement sémantique anodin ? Sûrement pas ! Revenir à la question des coûts , c'est à dire pour le travailleur, qui préfère la simplicité , son  salaire et ses cotisations, c'était préparer l'opinion à la nécessité de geler l'un et augmenter l'autre . 

 Les grands enjeux, l'école , la recherche , la formation n'ont eu droit qu'à des incantations . Mr Macron nous ne voyions rien dans votre programme , qui pût rappeler " les germes d'un futur meilleur  " tels que les appelait de ses voeux Jaurès .

Un deuxième piège nous attendait avec les errements catatoniques du Président sortant empêché de se représenter pour cause de haute trahison . Certes reconnaissons lui une cohérence  irréfragable : le quinquennat a commencé par un racket fiscal inconnu jusque-là, sur les classes moyennes et populaires pour se terminer par un magnifique cadeau aux entreprises avec le CICE et les baisses de charges patronales sur le travail .

   Avec le nouvel élu, nous avons déjà droit au discours gestionnaire, plus clair que celui de son prédécesseur : c'est aux pauvres de payer . Ajoutons-y " les boules puantes" - injures aux Français - que lui et son entourage vont continuer de balancer et qui font partie de la stratégie d'enfumage sur les vrais problèmes .

Le troisième piège, pour détourner nos votes, était bien connu, il a trente ans d'âge, c'est le " Vote utile ": et cette année encore, il a bien fonctionné Il n'y aurait eu que trois discours valables, à la hauteur, pensent même certains . C'était le mécanisme du " racisme de l'intelligence ", dénoncé par Bourdieu . Certains détenaient la vérité, " les sachants " les autres, " les riens ", n'avaient qu'à suivre. C'est la manipulation des sondages sur le score de Marine Le Pen, contre qui on ne pourrait faire barrage qu'en votant massivement pour E. Macron, dés le premier tour . 

   Il s'agissait de donner un score de maréchal à E. Macron contre deux tentations extrémistes : France Insoumise et Front National .

   Un quatrième piège nous menaçait : la folle insouciance des apparatchicks socialistes qui n'avaient tiré aucune leçon du coup de tonnerre de 2002, tout à leurs guerres intestines, pour occuper les postes les plus flatteurs et les plus rémunérateurs .

Faisons un petit retour en arrière, sur la défaite de L. Jospin en 2002 .  Fut-ce bien un hasard ? Voter utile c'était échapper à un nouveau  21 avril 2002 ? 

   Mais qu'est-ce qui avait fait perdre Lionel Jospin en 2002, qui ne réunit que 16% des suffrages ?  Des erreurs, des mauvais choix politiques, l'arrogance des caciques du PS  qui croyaient la victoire acquise . Et certainement pas les autres candidatures de gauche .L'abstention fut élevée dans les couches populaires désespérées par les socialistes . Or l'abstention favorise le Front National, c'est amplement vérifié .

   Que disait Jospin à ces couches populaires ? " L'Etat ne peut pas tout... Mon programme n'est pas socialiste ...", afin de ne pas effrayer l'électorat du centre .

   Qu'ont fait ses Ministres des Finances, Strauss-Kahn et Fabius  ? Alléger, déjà,  les impôts des riches, libérer les " stocks options ". Et que fait son gouvernement, en fin de mandat, pour plaire à la CFDT et aux Verts ? Mettre en place " les 35 heures " - excellente idée - mais dans la précipitation, dans le désordre, dans l'impréparation,  en accordant au patronat  20 Mds d'euros par an,  pour  dédommager les entreprises, 20 MDS, que nous payons toujours . Et en ajoutant à cela une faute politique énorme : exclure les ouvriers et employés des petites entreprises de moins de vingt ouvriers de ce dispositif.

   Qui avait désespéré la classe ouvrière , en l'oubliant ?

 

   L'introduction de ce blog est faite des dernières phrases du Germinal de Zola : " La germination des siècles futurs ", qui rejoignent l'appel de Jaurès dont j'ai fait mon titre, aujourd'hui . Pourquoi ?

   Nous avons besoin d'hommes et de femmes politiques qui ne nous promettent pas que de réparer les dégâts de la finance , mais d'hommes et de femmes qui nous proposent aussi de poser les bases d'un " vrai futur " .

 

   

   

 

   

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 15:09
Image paperblog .

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Sous-titre : Le capitalisme n'est pas compatible avec la vraie démocratie !

" Peut-on, aujourd'hui encore, s'étonner que des entreprises n'hésitent pas à licencier ? L'essence du capitalisme étant de faire toujours plus de profits, les salariés ne sont que des exécutants interchangeables auxquels on peut accorder quelques droits si on y a intérêt, à un moment donné, ou si un rapport de force provisoire nous y oblige " .

Dans la jungle sans pitié du commerce mondialisé, les salariés seront toujours sacrifiés et exploités, c'est le rôle qui leur est assigné par le système capitaliste . Parler de capitalisme à visage humain est insensé puisque le libéralisme ne tend qu'à la négation de toute véritable humanité . Par l'action dite sociale, on peut à la rigueur poser quelques bandages sur les corps déchiquetés par la guerre économique permanente, mais ces pansements dérisoires n'empêchent pas les exploités de se vider de leur sang . Le vampire économique les pompera jusqu'à l'os avant de les jeter au chômage - de moins en moins bien indemnisé, la période s'y prête - ou à la retraite - de moins en moins bien assurée - l'époque y est propice - dès lors qu'ils ne valent plus rien sur le marché .

Il est donc parfaitement logique et " naturel " que les entreprises licencient, délocalisent, fusionnent, accumulent " les plans sociaux " ... c'est le contraire qui serait étonnant ! Une entreprise florissante qui peut gagner encore plus d'argent si elle se débarrasse de la moitié de son personnel n'hésitera pas une seconde à le faire .

Mais reconnaissons-le, les travailleurs sont à la fois victimes et complices de ce système aberrant qui aboutit à l'échelle du monde, à la mort, à la misère et au gaspillage .Au lieu de se révolter et de chercher une autre voie à celle qu'on leur impose depuis la naissance, dans leur grande majorité, ils se ruent sur la consommation - arme la plus redoutable du système - et la compétition, acceptant les humiliations inhérentes à toute recherche d'emploi . 

" L'esclavage moderne " est bien plus subtil que celui qui s'épanouissait " au temps béni des colonies " puisque le maigre salaire qu'on condescend à accorder au travailleur- esclave n'a qu'une destination : lui faire croire qu'il est libre . Alors qu'en fait, dans cette société, il est toujours prisonnier, la corde de la consommation en permanence autour du cou .

Les dominants ont depuis longtemps compris que des êtres sont prêts à abandonner leur liberté si on leur offre, en échange, quelques " joujoux " - fussent-ils de mauvaise qualité et frappés d'obsolescence programmée, c'est le système low-coast en pleine expansion - 

Les lois censées protéger les salariés, l'action syndicale, le droit de grève, le droit de manifester ne changent rien aux inégalités sociales fondamentales, engendrées par le système . On peut même dire qu'elles peuvent faire office de " leurre " quand elles installent le travailleur dans son statut et couplées au deuxième leurre - un suffrage universel altéré et manipulé - lui donnent le sentiment qu'il existe et a du poids .

Quelles que soient les législations sociales, les lois du marché restent implacables, les plus riches s'enrichissent sur le dos des plus pauvres qui ne cessent de s'appauvrir . 

Le capitalisme est incompatible avec une véritable démocratie . Il exige des gens soumis, des inégalités criantes et le maintien d'un grand volant de " crève-la-faim " exploitables à merci . Il a besoin d'Etats à sa botte et peu lui importe qu'ils prennent la forme de pseudo-démocraties, de tyrannies ordinaires ou de dictatures sanglantes pour faire respecter ses lois et mater les récalcitrants à l'ordre de l'argent .

La vraie démocratie ne peut être fondée sur un gouvernement direct et réel du peuple, sur l'égalité, le partage et l'épanouissement de tous, autant de notions en totale opposition avec la maximalisation des profits, la compétition généralisée, le salariat, l'argent, la propriété des grands moyens de production, le pouvoir des banques, l'exploitation éhontée des richesses naturelles, la marchandisation du vivant ...

" La dignité ne peut se réaliser dans un " travail- prostitution ", le culte de la compétition et du pouvoir " . 

La seule vérité admissible est qu'il y a en chacun de nous une part de génie à exploiter . Peut-on imaginer le gâchis qu'eût-été un Einstein, passant toute son existence comme comptable dans une usine de vente de pots de fleurs ? Eh bien, les salariés sont des sortes d'Einstein que l'on contraint de se mutiler de leurs dons particuliers afin qu'ils acceptent de se sacrifier pour un trois-pièces-cuisine en banlieue et une voiture jetable . 

Leurs capacités uniques ne profiteront jamais à l'humanité qui en a pourtant plus besoin que d'un zéro de croissance à ajouter au taux d'augmentation du commerce mondial .

Et nous n'avons pas osé parler, ici, de ceux qui finissent par mourir dans la rue et dans les dépotoirs .

 

 

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 22:43
" Ils s'aiment comme avant ... " ( Daniel Lavoie ) .

" Ils s'aiment comme avant ... " ( Daniel Lavoie ) .

" Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour " ( Pierre Reverdy ) .

(1) Article d'Emmanuel Levy, Marianne, No 1068, 8 septembre 2017 .

Après " leur flirt poussé " estival qui a donné naissance aux ordonnances excluant les salariés du droit du travail devenu le droit des entreprises, le MEDEF et le gouvernement , viennent de passer à l'étape suivante, celle où l'on passe à la multiplication des preuves d'amour qui vont consolider une idylle déjà très avancée : des espèces sonnantes et trébuchantes, par dizaines de milliards d'€, vont passer de la poche des contribuables dans les coffres des actionnaires, cette fois au vu et au su de tout le monde .

La transformation du CICE ( Crédit d'impôts pour la compétitivité et l'emploi ( - façon Hollande - en réduction des cotisations sociales patronales est en route pour être effective dans le budget 2018, mais la négociation est serrée . Le patronat réclamait cela depuis la création du dispositif, mais voilà qu'on grain de sable est venu, cet été , enrayer le mécanisme du transfert . Il y avait un " hic " . 

La transposition d'un mécanisme à l'autre, du CICE consistant à rembourser 7% du total des rémunérations comprises entre une fois et demie et deux fois et demie le SMIC en baisse de cotisations se révélait, tout à coup, perdant pour les entreprises : elles allaient devoir payer pour 10 Mds supplémentaires d'impôts à cause d'une augmentation naturelle des profits, soit la moitié des 20Mds annuels que leur apporte le CICE ( Institut Rexicode ) . Damnation ! Machines arrières, toutes !

Mais " les amants " - qui n'ont jamais vu Vérone - ont trouvé la parade . Quand on aime, on ne compte pas, surtout avec l'argent des autres . 

Le gouvernement ajoute une ristourne supplémentaire : une baisse de 10% des cotisations salariales patronales, entre un SMIC et un SMIC et demi . Relevons au passage que cela viendra - une fois encore - en moins des recettes de la SS .

Outre les baisses de cotisations, le MEDEF va pouvoir compter su la réduction de l'impôt sur les sociétés ( IS ) qui doit passer de 33,3% à 25% sur le quinquennat avec une première tranche de réduction dès 2018, de 2 Mds ( Bruno Lemaire à l'Université d'été du MEDEF, JOUY-en - Josas ) .

En 2019, " annus mirabilis " pour le patronat, les entreprises bénéficieront à la fois du nouveau barême des cotisations et encore du CICE de l'année 2018, plus la deuxième baisse de l'IS . Un véritable choc fiscal à l'envers, puisque cette année-là, plus de 40 Mds d'€ passeront des revenus des ménages aux coffres des actionnaires .

Mais la générosité du gouvernement ne s'arrêtera pas là . Ce qui n'aura pas été pris directement dans la poche des ménages aisés rejoindra quand même le capital des entreprises : le mécanisme est encore une fois fort simple .

5,5 Mds d'euros de baisses d'impôts sur le patrimoine financier des ménages aisés à travers la suppression de l'ISF sur les avoirs financiers et le plafonnement des impôts sur les revenus financiers ( flat tax de 30% ) viendront alimenter les capitalisations d'entreprises grâce à ce qu'on peut appeler, après la flexibilisation du marché du travail, la flexibilisation de l'accès au capital devenu moins coûteux . C'est tout de même un cadeau sec de 5,5 Mds au 1% le plus aisé du pays .

Et qu'importent les 3% de déficits, explosés !

L'ex-ministre socialiste des finances, Michel Sapin se marre : " Nicolas Sarkozy a vu son septennat plombé immédiatement par un bouclier fiscal qui pesait 1,4 Mds ; quand les Français vont s'apercevoir que Macron en propose un, d'emblée, de 5,5 Mds pour les plus aisés, soit quatre fois supérieur, ça risque de tanguer, " déclare-t-il . Surtout quand les chômeurs devront y ajouter, d'ici la fin de l'année, la baisse des allocations de chômage et leur dégressivité .

L'adage est décidément d'une grande justesse : " Quand on aime on ne compte pas ! "

 

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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 19:22
Image : Les Echos .

Image : Les Echos .

Les ordonnances Macron vont-elles enfin permettre aux chefs d'entreprise de faire leur métier sans être " emmerdés " par leurs salariés ?

Depuis trente ans, les plans providentiels pour l'emploi se sont empilés sans - c'est le moins qu'on puisse dire - produire les résultats mirobolants promis sinon une accumulation de coups de rabots sur les droits sociaux qui n'ont pas désespéré employeurs et actionnaires .

1986 : première cohabitation, Mitterrand-Chirac . Yvon Gattaz, président du CNPF - ancêtre du MEDEF et père de Pierre - inventeur du terme " flexibilité " - et qui avait annoncé, deux ans auparavant, sa volonté de créer 471 000 emplois, " les ENCA " ( emplois nouveaux à contraintes allégées ) contre la suppression de l'autorisation administrative de licenciement, se voit récompensé par le Ministre des Affaires Sociales de J. Chirac, un certain Philippe Seguin, qui met l'Inspection du travail au placard en matière de licenciement .

Taux de chômage de départ : 8,6% ; taux un an après la réforme : 8,8% ( Emplois : 0 ) .

2004 : gouvernement Raffarin II . Après la pause keynésienne de Lionel Jospin ( 1997-2002 ), François Fillon, Ministre des Affaires Sociales, s'accroche aux branches, et décide d'accorder un paquet cadeau au MEDEF : les accords conclus dans les branches professionnelles et les entreprises pourront être moins favorables aux salariés que les conventions interprofessionnelles relevant de la loi . Première inversion des normes . Cette fois, l'emploi allait repartir .

Taux de chômage de départ : 8,4% ; taux un an après la réforme : 8,7% ( Déjà des Emplois Fillon fictifs ) .

2005 : gouvernement Raffarin III . L.L. Borloo est à la manoeuvre avec son " nouveau Pacte pour l'emploi ". Réduction du délai de contentieux devant les " Prudh'ommes ", assouplissement des 35 heures, clarification des règles régissant le travail du dimanche .

Taux de chômage de départ : 8,4% ; taux un an après la réforme : 8,5%, malgré un vaste plan d'emplois aidés .

2007 : et Sarko arriva . Sitôt dit, sitôt fait : baisse du seuil de déclenchement du bouclier fiscal, exonérations sur l'ISF, défiscalisation des heures supplémentaires, allègements des cotisations sociales .

Taux de chômage avant : 7,1% ; un an après : 7,4% .

2008 : Sarko persiste . Doublement de la période d'essai,, invention de la rupture conventionnelle ( à l'amiable ), création du CDD " à objet défini " qui annonce le CDI de chantier, impossibilité de contester le reçu pour solde de tout compte devant les Prud'hommes au-delà d'un délai de six mois .

taux de chômage initial : 7% ; un an après : 8,8% .

2015 : C'est le tour du socialiste Rebsamen . Des mesures qui ont de l'avenir . réduction des instances représentatives du personnel, allègement de la loi sur la pénibilité, assouplissement des obligations patronales en cas d'inaptitude au travail,, doublement de la durée des CDD .

Taux de chômage initial : 10,1% ; taux un an après : 9,7%  grâce surtout à un recours massif à la formation . Pas terrible !

2016 : Loi El Khomri . Nous sommes déjà " en marche " . Négociation du temps de travail dans les entreprises, menace de licenciement pour tout salarié refusant l'accord d'entreprise et même s'il modifie son contrat de travail, définition des causes économiques de dégraissage à la discrétion de l'employeur, etc ...

Taux de chômage initial : 9,7% ; un an après : 9,2 % mais dans le cadre d'une reprise économique mondiale et d'un recours massif à la formation en période électorale . Peu  ébouriffant !

2017 : Ordonnances Macron/ Gattaz ( Pierre ) . Fin du contrat de travail ( puisqu'il peut être remis en cause à tout moment par un accord d'entreprise ) et " inversion du Code du Travail " . Le pouvoir passe aux patrons !

 

NB : d'après l'article de Alain Guédé, " Trente ans de projets miracles " , Le Canard Enchaîné du 6 septembre 2017 .

 

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 14:02
" Des ordonnances " .

" Toute proposition d'une loi nouvelle ou d'un règlement de commerce qui vient de la part de cette classe de gens ( Les maîtres ) doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne jamais être adoptée qu'après un long et sérieux examen auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention . Cette proposition vient d'une classe de gens dont l'intérêt ne saurait être jamais exactement le même que l'intérêt de la société, qui ont en général intérêt de tromper le public et même à le surcharger et qui, en conséquence, ont déjà fait l'un et l'autre en maintes occasions ... " ( Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de l'enrichissement des nations, 1776 ) .

A l'évidence, le très doué Emmanuel Macron, n'a pas lu jusqu'au bout, le fondateur de la science économique et père du libéralisme en matière d'économie . Que 241 ans après, l'avertissement du philosophe anglais aux gouvernants doive être rappelé quand sortent " les ordonnances Macron " portant sur le nouveau droit du travail donne la mesure de la régression à laquelle on va assister .

Dans notre pays, ce droit s'est construit durant une longue période d'un siècle et demi, faite de luttes violentes, de répressions anti-ouvrières sanglantes, d'oppression économique, sociale et politique inhumaine . Dans une de ses brochures, un médecin lillois indique : " Les ouvriers sont logés dans des taudis souterrains et sur 21000 enfants qui naissent dans ces caves, il en meurt 20000 avant l'âge de cinq ans " . Nous sommes en 1848, à la fin de la Monarchie de Juillet, qui va tomber lors de la révolution de février à cause de son indifférence à pareille misère .

Le droit du travail s'est construit contre cette misère et contre la toute puissance des " Maîtres " dont parle Adam Smith, c'est à dire dans un combat permanent pour que la Loi protège les travailleurs, les salariés . Avec la publication des " ordonnances Macron " nous n'assistons pas à la fin du droit du travail, nous assistons à " l'inversion " la plus diabolique de ces dernières années, l'inversion historique de ce droit . Il n'est plus fait pour protéger les travailleurs, les salariés, il est conçu - et c'est cela que les forces de progrès doivent d'abord combattre - pour protéger les patrons, et par certains aspects, protéger les patrons-voyous .

Le MEDEF en rêvait, Emmanuel Macron l'a fait . Le caractère " équilibré " des nouveaux textes vanté par E. Philippe, adoubé par FO et la CFDT, n'est qu'un leurre . 

C'est flagrant avec les mesures visant à favoriser les licenciements dans les multinationales ( difficultés économiques seulement évaluées au niveau national et création d'un dispositif de rupture conventionnelle collective ) ; c'est tout aussi flagrant dans les TPE-PME ( raccourcissement du délai de recours aux prud'hommes et plafonnement des indemnités prudhommales .

Les autres mesures annoncées, et notamment le nombre de domaines relevant auparavant de la loi ou des accords de branches - et quoi qu'en disent les médias - et qui pourront désormais être négociés dans l'entreprise est considérable et constituent bien la remise en cause de la hiérarchie des normes . Il en est de même pour la fusion des instances représentatives du personnel ( délégués du personnel, comité d'entreprise et CHSCT ) au sein d'un " comité social et économique " ( CSE ) au sein duquel une commission d'hygiène et de sécurité n'est plus obligatoire sauf dans les entreprises où le " risque sanitaire est évident " . 

Les " ordonnances Macron " dessinent bien une régression d'ampleur . Aucun syndicat de salariés, même les plus conciliants avec le gouvernement, n'a pu agréer sans réserves le projet présenté tandis que le MEDEF gardait le silence . Tout au plus, leur satisfaction est-elle d'avoir empêché en participant à la pseudo-concertation de l'été que le texte ne soit plus dur encore, ce qui représente bien peu, en termes de condamnation . Ils devront en répondre, dans peu de temps, devant leurs mandants .

Nous allons savoir assez vite et notamment le 12 septembre, si les salariés se satisfont de ce nouveau code du travail qui protégera davantage leur patron que l'ancien les protégeait, eux, un code du travail qui commencera par ce conseil : " Salariés qui vous apprêtez à signer un contrat de travail, demandez d'abord à lire le CV de votre futur patron . On ne sait jamais ! "

 

NB : d'après l'article de la revue " Politis ", " Une régression d'ampleur au bénéfice du seul patronat ", août 2017 .

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 15:16
" Tout va maintenant se montrer à nu ! "

Réédition du 9 mai 2017 . 

" La grande accélération politique arrive : nous entrons dans une période de hautes énergies où les vrais points critiques se rapprochent à grande vitesse . C'est bien ! " ( Frédéric Lordon )

" Tout ce que cachaient les habitudes et les pratiques institutionnelles de ce qu'on peut appeler désormais l'Ancien Régime, va devenir soudain clair comme l'eau d'un lac de montagne " ( F. Lordon ) .

Il ne fallait pas beaucoup d'acuité politique pour apercevoir dans le débonnaire conseiller général de Corrèze, F. Hollande, le loyal fondé de pouvoir du capital - qu'il était depuis longtemps - Mais l'oligarchie exaspérée par l'urgence d'entamer la dislocation de notre modèle social n'avait plus la patience d'attendre le long travail de mise en forme du processus de casse entamé par ce même Hollande, trop lent, trop précautionneux . Elle a donc porté au pouvoir, directement, un des siens, façonné dans des officines de communication et propulsé sans intermédiaire, ou presque, d'un emploi dans un autre .

Mis sur orbite après un lancement spectaculaire de " Unes " de médias, chacun sait qu'il ne faut pas espérer quelque " reprise de contention " des varices que nous laisse F. Hollande . Mais au point où nous en sommes, c'est tant mieux car tout va maintenant se montrer à nu .

La prise de pouvoir en direct, le programme outrancièrement " de classe " que porte le nouveau Président de la République, l'inféodation des médias définitivement accomplie sous le contrôle des puissances d'argent, la crise civilisationnelle qui travaille en profondeur le corps social mais que celui-ci ne percevait pas encore très clairement, vont apparaître en pleine lumière, devenir des évidences, annoncées par " la start-up nation " , la " managérialisation de la politique "  depuis le sommet d'un gouvernement de " co-workers " ( collègues de travail ) jusqu'à la base d'un parti de " helpers " ( les petites mains ), autant d'objectifs du rêve macronien .

Toute au ravissement infra-culturel de la victoire, " la secte macronienne ", égocentrique, elle croit être la France - alors que le vote par adhésion pour son gourou atteint au mieux 20% de Français - va nous régaler de sa philosophie " d'open space " et de son impayable " sabir "

L'écoeurement général, au milieu d'un irrépressible sentiment de grotesque, ne va pas tarder à nous submerger et, avec lui, comme toujours dans les périodes de grande crise, les progrès de la conscience politique .

 Tout promet d'aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite et malheureusement certaines catégories sociales " vont salement ramasser ", mais, la connexion " pouvoir-oligarques- médias " ne pouvant que devenir monstrueusement visible, le rejet général va croître .

Et alors ! L'électorat, réduit à une archi-passivité devenue insupportable, peut, un matin, décider de recouvrir brutalement sa capacité d'agir, mais dans des conditions où l'on peut être quasi certain qu'elle se manifestera par le pire - puisque la seule capacité d'agir sera celle du pire . C'est avec ce risque qu'aura joué la classe élitaire, entre folie et aveuglement, égoïsme et goût des privilèges . 

L'heure n'est plus aux empoignades entre abstentionnistes et " malgré-nous " du macronisme, qui en étaient à un stade égal de désespérance - comme ces guerres où les pauvres s'en prennent aux plus pauvres - sans jamais songer à se tourner vers ceux qui, au-dessus d'eux, aménagent le terrain de leurs empoignades . 

Passé ce scrutin pestilentiel, le temps est venu de s'interroger à propos des irresponsables " très responsables " qui ont installé la catastrophe qui arrive et dont ils croient pouvoir se laver les mains . 

Le résultat du 7 mai leur appartient, à eux-seuls, comme le résultat d'une nécessité n'appartient qu'à ceux " qui ont armé la nécessité " . " Admirables élites qui  désireuses de pousser le bouchon toujours un peu plus loin, ont joué à " la roulette russe " avec la tempe des autres ... " 

 

NB : d'après le billet de Frédéric Lordon, " De la prise des otages ", le Monde Diplomatique, Mai 2017 .

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 15:07
varlopes et rabot : fr.wikipedia.org

varlopes et rabot : fr.wikipedia.org

" Nous vivons un moment historique . " ( Pierre Gattaz . Patron des patrons ) .

Que celui qui a trouvé pour la première fois l'expression " le social -patronalisme " me pardonne, je ne retrouve pas de qui il s'agit, mais je fais mienne cette expression, pour pouvoir donner un titre à la conférence de presse d'Edouard Philippe et de Muriel Pénicaud de ce jour, annonçant les contenus des ordonnances Macron .

Durant toute la campagne des présidentielles, le Président de la République a fait planer un doute plutôt malsain sur sa politique : de droite, de gauche, libérale, méfiante envers la finance, pro-finance, social-libérale, social-démocrate, etc., etc ...

Mais aujourd'hui, par la voix du Premier ministre et de la Ministre du travail, il annonce enfin la couleur : " Je ne suis pas un social-démocrate ! " Certes, un social-démocrate, historiquement,  ne travaille pas pour la révolution radicale, mais agit pour réformer le capitalisme, le contrôler, afin que ce système ne porte pas atteinte au progrès social, mais au contraire protège les travailleurs, leurs familles, assure l'éducation de leurs enfants, les protège des aléas de la vie, garantisse un bon fonctionnement de l'ascenseur social .

Les commentateurs, observateurs et politologues de tous bords, préféraient évoquer le social-libéralisme de l'américain John Rawls : libéralisme, libre-entreprise, libre concurrence, mâtinés d'un d'un peu de social, envers les plus démunis, à prendre sur la plus-value générée par les entreprises, après que les actionnaires se sont payés .

La feuille de route que le Président avait remis au nouveau Premier Ministre au mois de juin dernier, lorsqu'il l'a nommé, calée par ce dernier lors de son discours de politique générale le 4 juillet a pris toutes ses couleurs, ce jour, lors de la conférence de presse présentant les textes des ordonnances, n'est même plus social-libérale : " C'est du social- patronalisme " .

Ce glissement sémantique mérite, cela va de soi, un certain nombre d'éclaircissements .

Une image peut nous y aider : " la varlope " du menuisier, l'ancêtre de la " dégauchisseuse ", l'outil chargé de mettre la planche " au carré ", de faire disparaître toutes les aspérités, de redresser toutes les perpendiculaires . Manuel Valls a travaillé au " rabot " pour lisser quelques " noeuds " apparus dans le bois . Emmanuel Macron avance à la " dégauchisseuse " pour obtenir son angle droit .

Des milliards d'€ d'allègements de charges, de suppressions de cotisations sociales, de réductions de l'impôt sur les sociétés, d'exonérations de taxes diverses qui s'ajoutent au Crédit Impôt Recherche vont venir, avec la Loi des Finances 2018, compléter un démantèlement du droit du travail annoncé enfin clairement aujourd'hui, sans fard .

En face, 50 Mds d'€ de service public en moins, de prestations sociales en moins, de retraites en moins : gel des salaires des fonctionnaires prolongé  ; gel des retraites maintenu ; gel des allocations familiales et des allocations logement, ; mais augmentation encore des impôts, pour les classes moyennes et populaires, en 2018 ; augmentation de la CSG sur les retraites  ; diminution des remboursements de médicaments ; mise en place de la chirurgie ambulatoire pour fermer plus de lits et ne pas recruter d'infirmières dans les hôpitaux ; désengagement de l'Etat dans l'aide aux collectivités locales qui signifie moins de services publics de proximité .

Nous sommes passés de la varlope hollandaise à la " dégauchisseuse " - la bien-nommée - Et dans ce climat où tout semble possible à ceux qui nous gouvernent, une attaque en règle contre le " SMIC " se prépare également : " Vos salaires sont trop élevés ; vos retraites sont trop généreuses ; les prestations sociales atteignent des niveaux indécents ; enfin quoi, cela ne peut plus durer " !

Nous entrons bien dans un nouveau cycle : " Le social-patronalisme ! "

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 16:21
" Je veux élaborer un  pouvoir charismatique " .

" La politique, c'est mystique, c'est tout mon combat ... Comment se construit le pouvoir charismatique ? C'est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles . J'ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s'ancrer dans l'immanence complète de la matérialité . Je ne crois pas à le transcendance éthérée . Il faut tresser les deux, l'intelligence et la spiritualité . Sinon l'intelligence est toujours malheureuse car les gens n'éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie ..." .( Emmanuel Macron, février 2017 ) .

Le temps d'un trajet Saint-Pierre-des-Corps-Paris, E Macron se confie au JDD sur son charisme et le lien qu'il veut établir avec les électeurs et sa propre mystique . Nous sommes le 11 février 2017 . 

En bon connaisseur de la philosophie occidentale, il revient sur la notion théorisée par le penseur allemand Max Weber dans " Economie et Société " .

La domination légale et la domination traditionnelle s'exercent dans le quotidien ; la domination charismatique authentique a un caractère extraordinaire . La domination légale repose sur des règles impersonnelles ; la domination charismatique comme la domination traditionnelle est personnelle et irrationnelle ; la domination traditionnelle révère le passé ; la domination charismatique est " révolutionnaire " . La domination charismatique est seule à pouvoir imposer, toujours de l'intérieur, des transformations révolutionnaires .... Née de la nécessité ou de l'enthousiasme, elle signifie changement de direction de l'opinion et des faits, orientation entièrement nouvelle de toutes les positions envers toutes les formes de vie envers le monde ... La domination charismatique n'existe, à l'état pur, que " statu nascendi " . Elle est hors du quotidien social et économique " ...  Ainsi s'explique le penseur allemand .

Nous avons donc bien là, un concentré de " la pensée complexe " décrite par son entourage, qui ne permet pas au Président de la République de s'exposer devant des journalistes, dans le jeu délicat de questions-réponses d'une interview .

E. Macron s'inspire de cette idée que la politique, y compris dans la démocratie de masse moderne, a besoin d'une incarnation et d'action personnelle . Weber mettait en avant un besoin de personnalité pour contrecarrer les puissances anonymes du marché et de la bureaucratie mais bien que Macron se plaise à souligner qu'il n'est pas prisonnier des routines bureaucratiques, tout indique dans ses annonces comme dans les décisions prises jusqu'à aujourd'hui, qu'il est totalement lié aux intérêts économiques dominants . Le charisme dont, candidat, il se revendiquait, semble avoir pris un coup, depuis qu'il gouverne . Ce charisme " qualitativement démocratique " exigeait qu'il devienne le vecteur de progrès sociaux, qu'il confirme les promesses de démocratie, permette d'approfondir l'égalité et la liberté, porte la voix des dominés pour être vraiment révolutionnaire .

Or Macron ne privilégie la liberté qu'entendue au sens le plus réducteur, économiquement restreint, au détriment de l'égalité . 

Tout charisme politique est un jeu entre des qualités propres et une construction délibérée qui s'appuie, aujourd'hui, sur des techniques de communication éprouvées . Qu'est-ce qui fait mouche dans le candidat, dans son histoire, ses discours, qu'est-ce qu'il faut gommer ? Macron a peu de qualités oratoires - il n'est pas Mélenchon - et les contenus de ses discours sont d'une notoire faiblesse . Et durant la campagne électorale les grands médias nous ont survendu son supposé charisme voire son personnage d'enfant prodige, les petites transgressions de " l'élève surdoué " .

Et en cette veille de rentrée, la réalité se rappelle à son bon souvenir car il n'a pas lu Weber jusqu'au bout : pour durer, la domination charismatique doit se routiniser et prendre une forme légale, rationnelle, c'est à dire perdre justement son caractère, l'intérêt social et économique de ses adeptes exigeant la permanence de la communauté, c'est à dire sa réinscription dans le tissu social et économique qu'elle rejetait .

Et si l'on continue à lire Weber, on constatera que le leader charismatique n' a pas d'autre choix pour se maintenir au pouvoir que de passer à une autre étape : le pouvoir plébiscitaire dans lequel les dominés confirment librement la reconnaissance de la domination du leader mais dans un cadre devenu très différent : dans la domination charismatique autoritaire, la reconnaissance du leader n'est plus qu'un devoir bien éloigné de l'adhésion par la révélation ou l'exemplarité .

Les mois qui viennent nous en apprendront beaucoup sur la mystique macronienne .

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 16:50
( Site : disons.fr )( Site : disons.fr )

( Site : disons.fr )

" Il y a du lingot dans cet homme-là ! " ( François Mauriac, à propos du Président du Conseil Joseph Laniel et de ses projets, 1953 ) .

Depuis les élections législatives de 1951, la France est gouvernée carrément à droite . Investi le 26 juin 1953, le chef du gouvernement Joseph Laniel prône la rigueur budgétaire et l'austérité . Les prix sont contenus mais la croissance marque le pas et menace le plein-emploi . Chef d'entreprise à l'ancienne, Laniel Laniel affecte la fermeté .

Le 11 juillet, les députés lui accordent pour trois mois l'habilitation à légiférer par " Décrets-lois " - anciennes ordonnances -  en matière économique et sociale, autorisant notamment l'exécutif à modifier les conditions d'avancement chez les fonctionnaires et de départ à la retraite .

Dans les semaines qui suivent des fuites font craindre aux agents des services publics une potion amère : blocage des salaires, licenciements massifs d'auxiliaires, harmonisation par le bas des régimes spéciaux de retraite des roulants de la SNCF et des PTT, des mineurs, des pilotes, des marins par un reprot de deux années du droit au départ ...

Ces mesures échappent aux parlementaires mais doivent réglementairement être présentées au Conseil Supérieur de la Fonction Publique convoqué le 7 août . Les syndicats, tenus écartés des négociations, doivent réagir . Sans trop y croire, La CGT, la CFTC et des Autonomes appellent à une journée d'action le 4 août qui est bien suivie .

A bordeaux, les postiers la prolongent en grève illimitée soutenue par tous les syndicats locaux . La nouvelle se diffuse très vite et le lendemain, FO, absente au départ, rallie le mouvement . Le 7 août, les fédérations de fonctionnaires boycottent la réunion du CSFP et appellent à une grève de 24 heures soutenues par La CFTC et FO, la CGT recommandant " l'action sous toutes ses formes " . Partie de la base, la mobilisation enfle dans une improvisation qui bouscule tous les clivages . Les salariés confient la conduite de la lutte mais leur imposent d'agir en commun .

Malgré cela, le gouvernement ne cède pas et publie ses " Décrets-lois " le 9 août, au JO . Ses quelques concessions sur les textes initiaux arrivent trop tard . Il avait misé sur la démobilisation propre aux congés payés - deux semaines à l'époque - mal lui en a pris . Le mouvement se propage jour après jour : le 7 août voit 2 millions de grévistes, on en recense le double le 13 . Les gros bataillons précurseurs des PTT et de la SNCF sont vite rejoints par ceux d'EDF-GDF, de la RATP, d'Air France, de la Santé . Les mots d'ordre se téléscopent : la circulation ferroviaire s'effondre de 15 000 trains en circulation, par jour, à une petite centaine . La pénurie de bus et de métro oblige à se déplacer à pied ou à vélo, en auto-stop, tandis que les ordures ne sont plus ramassées, le courrier n'est plus distribué, de fortes baisses de pression du gaz ou de l'électricité perturbent la vie quotidienne, les journaux ne publient que des avis de particuliers ... Le pays est paralysé : même les ministres voient toutes leurs communications personnelles bloquées .

Après trois semaines de grèves et l'action de médiateurs discrets et malgré les refus répétés de discuter de Laniel, la répression qui s'abat sur les dirigeants de la CGT, certains sont emprisonnés, le gouvernement doit reculer . 

Un accord, bâclé pour certains, est conclu dans l'urgence : dès le mois de septembre une prime spéciale est versée aux fonctionnaires, en deux ans les salaires vont augmenter de 14%, quant à la réforme des régimes spéciaux de retraite, la mémoire collective des élites politiques écartera cette hypothèse pendant quarante ans ...

" Petit morceau d'histoire à l'usage de nos nouveaux et joyeux députés " En Marche " .

 

NB : d'après l'article de Michel Pigenet, professeur émérite de Paris I Panthéon Sorbonne, " Les jolies grèves du mois d'août 1953 ", Le Monde Diplomatique d'août 2017 .

 

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 17:11
Le castle-geyser .

Le castle-geyser .

" Même le plus grand fleuve ne peut ajouter une goutte d'eau à un vase déjà plein " ( Tolstoï )

L'eau bout à 100° ! Mais il vaut mieux ne pas essayer de faire plier la vie des sociétés par les lois de la physique : 99% de l'humanité, peuvent avoir des intérêts communs, ce n'est pas pour autant qu'ils vont porter à ébullition nos sociétés . 

Certes, il est bien établi que 1% de la population s'attribue la majorité des richesses produites sur terre, mais cela ne fait pas pour autant des 99% qui restent une force politique en ébullition .

En 2011, le mouvement " Occupy Wall Street " s'est construit autour du slogan : " Nous avons en commun d'être les 99% qui ne tolèrent plus l'avidité et la corruption des 1% restants " . Des études menées après la crise financière de 2008 venaient de démontrer que la quasi totalité des gains de la reprise économique avaient profité aux 1% des Américains les plus riches qui étaient en même temps les responsables de cette crise . Cette situation ne fut ni une aberration historique ni une particularité nationale, elle s'étendit à l'ensemble du monde confortée par des politiques gouvernementales aux ordres de ce " 1% " .

Chez nous, aujourd'hui, par exemple, les projets fiscaux du Président Macron s'inscrivent totalement dans cette logique : les principaux cadeaux fiscaux du gouvernement d'E. Philippe auront pour bénéficiaires " les 280 000 ménages les plus riches - le dernier centile - dont le patrimoine est surtout constitué de placements financiers et de parts d'entreprises " ( Anne de Guigné, Le Figaro du 12 juillet 2017 ) .

Est-ce à dire, qu'au mois de septembre, la France des 66 millions d'autres Français va être en ébullition et " comme un seul homme " pourrait suivre le divin " JL Mélenchon " revenu de vacances - qu'il avait tant désirées - pour renverser l'ordre établi .

Quand, à défaut d'être soi-même milliardaire, on appartient à la catégorie des privilégiés,  il est tellement valorisant de prétendre s'en extraire en fantasmant qu'on relève du même bloc social que les prolétaires quitte à mélanger un tant soit peu, les damnés de la terre et une couche moyenne supérieure, assez épaisse, de médecins, d'universitaires, de journalistes, de militaires galonnés, de publicitaires, de peoples, de hauts-fonctionnaires, sans lesquels la domination des 1% ne résisterait pas plus de 48 heures . 

Le grand sac des 99% qui rassemble " des choux-fleurs et des cerfs-volants " rappelle le mythe fondateur américain qui prétend que tout le monde appartient à la classe moyenne, que chacun est presque déjà riche ou va le devenir . Et c'est avec ça que certains veulent faire la révolution .

L'histoire nous apprend que les grands moments de communion ne durent pas longtemps : de février 1848, où les barricades étaient défendues indistinctement par des ouvriers et des bourgeois, moment de fraternité exemplaire, à juin de la même année, où des affrontements meurtriers - les journées de juin - opposèrent les mêmes, il ne se passa que quelques semaines . 

Imaginer un projet commun, une force politique durable sur une base aussi fragile que " l'humanité moins l'oligarchie " relève au mieux de l'utopie et au pis de la volonté de ne point choisir, de ne point trancher, cher JLM et revient à ne pas faire grand chose sinon à consacrer son combat qu'à des droits consensuels comme la maltraitance des enfants, celle des animaux et les accidents de la route, causes au demeurant tout à fait nobles .

 

NB : d'après l'article de Serge Halimi, " Le leurre des 99% ", Le Monde Diplomatique d'août 2017, page 1 .

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