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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 14:42
Guesde et Jaurès : images de la Fédération de la Libre pensée .

Guesde et Jaurès : images de la Fédération de la Libre pensée .

Temps II : 1890-1920 .

" Depuis Marx, une tradition : un socialiste s'affirme toujours par la critique, plus ou moins violente, d'un autre socialiste " ( Guy Konopnicki ) .

Normalien, Docteur ès-lettres, professeur de faculté à Toulouse, Jaurès ne vient pas de la classe ouvrière ; il n'est pas de la génération de la Commune et n'a aucune expérience des luttes . Il découvre le socialisme sur le terrain lors de la grève des mineurs de Carmaux dont ce bourgeois se fait le porte-parole avant de devenir leur député en 1893 . Il récidive avec les verriers de la même ville en empêchant la fermeture de l'usine par la fondation d'une coopérative ouvrière . C'est un habile négociateur . Se voulant socialiste indépendant, il ne cherche pas à rejoindre les formations existantes, lui qui, en réformiste, approuve toute avancée, qu'il s'agisse des libertés publiques ou de la condition ouvrière et s'oppose ce faisant au dogmatisme de Guesde .

Au début du XXe siècle, il y a au moins cinq formations se réclamant du socialisme, chacune derrière son chef historique : Edouard Vaillant, Jules Guesde, Paul Brousse, Jean Allemane auxquels s'ajoutent des comités socialistes indépendants dont Jaurès est la figure principale .

La IIe Internationale, fondée en 1889, les presse de s'unir et refuse de choisir mais les vieux chefs se déchirent et se combattent . Jaurès plaide le premier pouir l'union des socialistes . Mais qui est-il ?

Quand il prend parti pour le capitaine Dreyfus, Guesde ne peut s'empêcher de s'écrier : il n'est pas socialiste puisqu'il défend un militaire, un officier, un bourgeois !

En 1902, Guesde, décide de rassembler les révolutionnaires, à l'exclusion de tous les autres et fusionne le POF avec le parti d'Edoud Vaillant ;  ils forment ainsi le " Parti Socialiste de France ", une manoeuvre d'appareil visant à écarter les socialistes tièdes . Une sorte de " Tout sauf Jaurès "

Jean Allemane et Paul Brousse se rapprochent alors de Jaurès . La guerre des socialistes reprend entre les deux nouveaux blocs : Jaurès et ses amis participent aux combats républicains jusque dans le travail parlementaire participant, par exemple, à la rédaction des articles de la Loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat, tandis que les " guesdistes ", opposés à la fois à l'Eglise et à l'Etta, se tiennent à l'écart, ne s'estimant pas concernés .

Cependant l'Internationale exige cette fois la fusion . Jaurès prend le parti de l'unité, cherchant à sortir le socialisme de son isolement, à coups d'articles et de discours tandis que Guesde ne cesse de l'invectiver et fonde, en 1904, le journal " l'Humanité ", au sein duquel il attire une constellation d'écrivains : Anatole France, Jules Romain, Tristan Bernard ou Octave Mirbeau .

De gré ou de force, Guesde finit par céder et les deux blocs fusionnent en 1905, au Congrès du Globe, pour former, la " Section Française de l'Internationale Ouvrière " ( SFIO ) .

L'union paye et en 1914 les socialistes obtiennent 107 sièges à la Chambre des Députés . Jaurès tente par ailleurs de conjurer la menace de guerre mais est assassiné le 31 juillet 1914 . Après trente années de dénonciation de toute compromission Guesde entre alors au gouvernement d'Union sacrée . Les députés socialistes votent pour la guerre  à l'unanimité . 

La guerre se termine et les socialistes se déchirent à nouveau car ceux qui rentrent du front demandent des comptes aux camarades qui les ont envoyés au " casse-pipe " .

Mais l'histoire s'accélère . " La Révolution d'Octobre " vient rebattre les cartes et la Fondation de la IIIe Internationale à Pétrograd  précipite la scission dans une inversion curieuse des visions : Lénine, Trotsky et Sinovien ne soutiennent pas Jean Longuet, le pacifiste proche de Jaurès ( et petit-fils de Karl Marx ) mais les ex-bellicistes Marcel Cachin et L. O. Frossard .

La nouvelle guerre des socialismes peut commencer . L'Acte de fondation en sera le Congrès de Tours en décembre 1920 ...

En cet automne 2017, le socialisme français a retrouvé l'éparpillement et l'impuissance des temps fondateurs : impuissance brillamment assumée par JLM .

 

NB : Guy Konopnicki, Marianne No 1029 du 16 novembre 2016 .

 

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 13:50

" On gagne beaucoup plus par l'industrie que par l'agriculture, et plus par le commerce que par l'industrie ." William Petty . Political Arithmetic. 1678 . Cité par Daniel Cohen .Richesse du monde .Pauvreté des Nations .1997 .)

" La haine des campagnes a une origine simple : les élites sont toutes urbaines et tiennent toutes, des villes, leur légitimité politique ." ( id.)

  ( Illustration : villesvillages.centerblog.net ) .

 

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  Depuis très longtemps, les villes, et que dire des mégalopoles d'aujourd'hui, sont un problème dans le développement de nos sociétés . On peut même penser qu'il existe, dans l'évolution historique de l'humanité, un véritable antagonisme entre les villes et les campagnes . Daniel Cohen évoque Jéricho, Athènes ou Rome pour dire que  " l'affrontement entre villes et campagnes est le coeur éternel de l'histoire humaine . "

   L'histoire apporte des réponses à ces intuitions .

   Que se passe-t-il, au milieu du Quatorzième Siècle, en pleine guerre de Cent Ans ? C'est l'arrivée de la poudre noire en Europe, introduite par les Arabes depuis la Chine, et avec elle les armes à feu : bombardes, couleuvrines, ancêtres des arquebuses font leur apparition qui rendent armures et remparts bien plus vulnérables que ne le faisaient les armes blanches .

   Aprés les défaites de Crécy et de Poitiers, la vieille chevalerie n'a plus sa place dans les combats . Par ailleurs les méfaits des Grandes Compagnies, dans les campagnes, lors des périodes de trêves, coûtent trés cher .

   La nécessité des armées permanentes s'impose aux princes européens mus par des volontés d'expansion, les futurs états modernes sont en pleine construction . La surenchère militaire entre la France, l'Espagne, l'Angleterre ruine les finances de ces Etats . Avec cette nouvelle organisation, les besoins financiers des souverains deviennent exorbitants .

   La peste noire, entre 1347 et 1352, et les famines, tuent  40% de la population européenne . Il y a donc dans les campagnes une sorte d'embellie, beaucoup moins de gens, pour davantage de terres libres . Les élites vont cesser de s'intéresser à la campagne, qui leur paraît ne plus être un problème - coupable aveuglement -  pour regarder vers la ville où des réservoirs de richesse, dans l'industrie et le commerce,  paraissent leur ouvrir les bras .

Nous assistons à l'entrée officielle de la bourgeoisie dans l'économie et la politique . Ces élites économiques vont très vite amadouer les Princes . Les campagnes, bien que plus peuplées que les villes, ne peuvent pas fournir aux souverains les recettes fiscales attendues ; le paysan consomme sur place sa production, seuls les surplus peuvent participer aux échanges . Mais en ville, les industries et le commerce des foires peuvent apporter aux souverains les rentrées fiscales si nécessaires à l'entretien des armées permanentes . La richesse fiscale des campagnes est donc trop mince .

   Par contre, " les villes, sièges du commerce et de l'industrie, sont le lieu de passage des échanges marchands les plus denses, ceux qui portent la promesse d'une fiscalité abondante ". 

   L'alliance politique entre le politique et la bourgeoisie est là, toute nue, devant nous . La bourgeoisie offre aux princes, sous forme de droits,  la part nécessaire des activités commerciales pour remplir leurs caisses ; en échange, les corporations d'artisans, les guildes de commerçants obtiennent des rois

   Les campagnes vont participer au système, indirectement : ils obtiennent " les monopoles d'exercice de leurs métiers " ; le capitalisme vient de naître . Il faut que le prix des denrées vendues aux villes soit toujours le plus bas possible pour nourrir facilement une population urbaine qui va devenir toujours plus nombreuse .

   Le capitalisme est né, et avec lui ses premières contradictions . " On n'aide pas les villes en appauvrissant les campagnes ", dit encore Daniel Cohen .

   Mais les élites de l'époque ont une autre vision des choses . Elles comprennent trés vite que le danger le plus grand est au coeur de ces villes dont elles appellent de leurs voeux l'expansion . Ce danger porte un nom : les émeutes de la faim . Ce sont les révoltes urbaines qui déclenchent les coups d'Etat et les révolutions, pas les jacqueries . Tout pouvoir en place redoute les émeutes de la faim .

 Sachant que la moitié de la consommation urbaine est constituée de produits alimentaires, il faut donc maintenir les prix des produits agricoles artificiellement bas .

   Mais en faisant pression sur ces prix, on ruine les paysans les plus vulnérables qui se voient obligés de venir s'entasser dans les villes, où les aides aux indigents maintiennent une apparence de paix, mais bien précaire car l'exode rural n'est pas maîtrisé .

Admirons la mise en place d'un système que l'on peut qualifier de " protocapitaliste ", où l'économie se met au service de la politique . La règle d'or en est : faire entrer le plus d'or possible, mais ne pas en laisser sortir . Un  protectionnisme caricatural y est la règle : soutien de l'Etat aux exportations donc  aux monopoles chargés de " la guerre commerciale " à l'étranger ; blocage des importations pour éviter le gaspillage des " richesses nationales " ; cela pour le commerce et l'industrie .

   Pour l'agriculture, c'est le traitement inverse . La circulation du blé est étroitement encadrée . On interdit par exemple les exportations de blé et l'on favorise les importations de cette céréale, car il faut nourrir les villes .

   A trop vouloir pressurer les campagnes, on sait que tôt ou tard les famines reviennent . On sait également comment ont fini ces systèmes, en France par une révolution et la fin de l'Ancien Régime .

Malheureusement, on sait aussi que ce système est celui qui a cours aujourd'hui en Afrique, lutte entre les villes et les campagnes, aggravé par la corruption des élites  et un grand déficit de démocratie .

    C'est, avec plus de délicatesse certes, dans un meilleur " emballage " de communication, sous une couche de fausse-démocratie, ce qui se poursuit chez nous comme en Europe . Sauf, qu'aujourd'hui, s'est ajoutée à la chaîne un acteur , assez anthropophage : la grande distribution .

   Mais puisque les paysans veulent continuer à voter massivement pour les dignes héritiers de ces temps idylliques, grand bien leur face .

Par contre, craignons que l'humanité ne s'effondre avec l'explosion de ces " centrales nucléaires "  que sont nos mégalopoles ingérables, à terme, sur tous les plans : hygiène, santé, environnement, fourniture d'énergie, d'eau potable, transports, pollution , sécurité ...

 

 

   NB : (1). Titre emprunté au dernier film muet de Charlie Chaplin en 1931 .

 Article inspiré par le livre de l'économiste Daniel Cohen . " Richesse du monde, pauvreté des nations " . Flammarion . 1997 .

 

   

 

 

 

 

 

 

   

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 14:47
Réplique de l'Hermione ( mise à l'eau en 2014 ) .

Réplique de l'Hermione ( mise à l'eau en 2014 ) .

" Contrairement à tous les autres alliés de la France, les Etats-Unis d'Amérique n'ont jamais été en guerre contre elle . Cependant, la vérité historique  nous oblige à reconnaître que les alliances entre les deux pays furent toujours conflictuelles ... " ( Guy Konopnicki, journaliste ) .

C'est à Paris que le 3 septembre 1783, les Anglais signent le traité reconnaissant l'indépendance des 13 colonies d'Amérique soulevées contre le colonisateur et fondatrices des Etats-Unis . En 1777, le jeune capitaine Lafayette, imprégné des idées nouvelles et quelques compagnons embarquent pour rejoindre les " Insurgents "  américains, commandés par George Washington, dont l'Angleterre entend écraser la révolte . Le roi Louis XVI ne croit pas au succès de la révolution américaine et désavoue l'initiative du jeune marquis .

Deux ans plus tard le roi fait volte-face et Lafayette obtient du monarque l'envoi, en 1780, d'un corps expéditionnaire de 6000 hommes commandés par le Comte de Rochambeau . Lafayette réembarque à bord de la frégate " l'Hermione " . Communauté d'idées avec les Insurgents ? La bonne blague ! L'occasion est trop belle d'affaiblir l'Angleterre en Amérique du Nord où, 20 ans plus tôt, Louis XV avait abandonné la Nouvelle France laissant la totalité du Canada aux Britanniques .

La revanche française est belle mais l'entente entre les deux nations, la nouvelle et la vieille, sera de courte durée .

En 1789, seules quelques personnalités françaises marquent l'esprit des nouveaux américains : Lafayette et le constituant Brissot - futur chef des Girondins - parce que Washington, premier Président des EEUU regarde avec bienveillance comment l'Assemblée Constituante place sur ses rails la révolution française . Les EEUU vont vite s'inquiéter de la tournure des événements français avec l'arrestation de Louis XVI, le 10 août 1792 . Loin de soutenir le processus révolutionnaire français, ils se rapprochent de l'ancien colonisateur et signent même en novembre 1794, un traité commercial et maritime qui permet aux Anglais - avec leur accord tacite - d'organiser un blocus des côtes américaines et de saisir toute marchandise arrivant chez eux ou partant en France . Le pragmatisme américain est déjà à l'oeuvre : le soutien français était le bienvenu quand il s'agissait d'arracher les 13 colonies à la domination anglaise mais en 1794, l'Angleterre est plus utile que la France, troublée par les événements révolutionnaires et, par ailleurs, au ban de l'Europe .

Les EEUU ne reconnaîtront, par ailleurs, pas la " Convention " car c'eût été accepter l'obligation de rembourser les prêts accordés par Louis XVI à leur révolution mais aussi parce que ces maudits conventionnels avaient eu la mauvaise idée d'abolir l'esclavage ( décret du 16 pluviose de l'An II, février 1794 ) . Quelques tensions maritimes surgissent en 1799, quand au nom de l'alliance anglo-américaine, un bateau de guerre américain est arraisonné par deux frégates françaises près des côtes de la Guadeloupe .

Le Premier Consul, Bonaparte, tentera de jeter un pont entre les deux nations : il vend aux EEUU, en 1803, pour une somme dérisoire - la meilleure affaire commerciale des EEUU de toute leur histoire - la Louisianne, vaste étendue de terres allant des Grands Lacs, au Nord, au Golfe du Mexique . Certes, la Louisiane obéissait de moins en moins à Paris et s'en éloignait progressivement . Les EEUU ne firent rien pour imposer aux Anglais la fin du blocus .

Durant tout le XIXe siècle la France ne manifestera qu'un intérêt intellectuel à l'endroit du nouveau monde, terrain d'évolution d'un nouveau mode de développement économique . Tocqueville et son livre " De la démocratie " en est l'illustration . 

Les relations entre les deux pays sont minimalistes et ne concernent que les échanges économiques, avec un pic d'exaspération quand Napoléon III se pique d'installer à la tête du Mexique un Empereur autrichien . Les EEUU ont déjà dépecé le Mexique de la Californie et du Texas, et la guerre de Sécession terminée, exigent le départ des Français, en 1865, qui s'en vont piteusement, abandonnant à son sort le pauvre Maximilien . 

Relations symboliques aussi, avec Baudelaire faisant connaître aux lecteurs français les oeuvres d'Edgar Allan Poë ou le débarquement en France du spectacle de William Cody ( dit Buffalo Bill ) ou encore Georges Melliès créant, en 1903, la première Major américaine cinématographique, sur la côte ouest .

Les relations politiques, en fait, ne reprendront qu'en 1917, quand le Président Wodrow Wilson déclarera la guerre à l'Allemagne, le 6 avril 1917, suite aux nombreuses attaques dont sont l'objet les navires de commerce américains par les sous-marins allemands . Engagement important mais non décisif, la guerre étant déjà quasiment gagnée par les alliés anglo-français .

Une nouvelle histoire va commencer mais qui ne sera pas sans accroc : dès janvier 1918, Clémenceau laisse entendre qu'il apprécie peu le plan de paix du Président Wilson et la création de la Société des Nations pour imposer la paix à l'Europe . Clémenceau veut, quant à lui, une revanche sur l'Allemagne et l'humiliation de 1871 imposée par Bismarck à la France .

Le résultat de ces désaccords sera un traité de Versailles en 1919, véritable " bouillie ", diplomatique entre les propositions françaises, américaines et anglaises, d'où surgira quatorze ans plus tard l'Allemagne nazie ...

1929 . L'économie est déjà mondialisée . Les EEUU exportent leur crise financière en Europe - ils récidiveront en 2008 - . En 1940, la guerre va à nouveau ravager l'Europe . La France s'effondre . Le Président Franklin Roosvelt maintient ses relations avec le gouvernement de Vichy poussant son légitimisme au-delà du possible et lorsqu'il déclare la guerre à l'Allemagne, en décembre 1941, après Pearl Harbor, il persiste à reconnaître Pétain comme seul chef de la France n'ayant que mépris pour le général de Gaulle . A Alger, en 1944, le président américain tente encore d'élimioner de Gaulle au profit de l'amiral Darlan plaçant ainsi la France libre sous tutelle de l'administration américaine .

En 1960, J. F. Kennedy tentera de s'opposer à l'initiative de de Gaulle de doter la France d'une force nucléaire autonome . La France est couverte de bases militaires américaines . Le 7 mars 1966, de Gaulle annonce - discours de Phnom Penh - que la France se retire du commandement intégré de l'OTAN, condamne la guerre américaine au Viet-Nam puis le 1er septembre qu'il exige le retrait de toutes les troupes américaines stationnées sur le territoire français . 

En 2003, J. Chirac s'opposera courageusement à G. D. Bush, à propos de la guerre en Irak . Exceptionnelle intuition politique !

 Tous les présidents américains de l'après 1945 regarderont la politique française avec beaucoup de méfiance, jusqu'à l'avènement de N. Sarkozy - Sarko l'Américain - qui liquide la politique gaulliste et réintègre la France dans le commandement de l'OTAN, en 2008 .

En 2017, D. Trump répond par un pied de nez à la France, en sortant les EEUU de la COP 21 .

NB : d'après l'article de Guy Konopnicki, " Une amitié tourmentée ", Marianne No 1056 .

 

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 14:11
Image du film de Jacques Demy ( 1971 ) .

Image du film de Jacques Demy ( 1971 ) .

" Malheur à toi, terre, dont le prince est un jeune homme et dont les princes ont mangé dès le matin ", ( L'Ecclesiaste, X, 16 ) .

( Note : Hamelin est une ville de Basse-Saxe, au centre de l'Allemagne, bâtie sur les rives du fleuve Weser, qui se jette dans la Mer du Nord ) .

Au XIXe siècle, les frères Grimm, reprennent le récit d'un événement survenu dans la ville d'Hamelin, au XIIIe siècle, et en font le conte du " Joueur de flûte d'Hamelin ", qui, grâce à un air sorti de sa flûte, libère la vile d'une invasion de rats, entraînant ces animaux dans son sillage et les conduisant jusqu'à la Weser, où tous se noient . ( Le titre allemand du conte étant " Der Rattenfänger, l'attrapeur de rats " ) .

L'historien Jules Michelet avait signalé, en son temps, qu'avec l'apparition du suffrage universel dans le processus politique, le problème des hommes politiques modernes allait être de gérer leur carrière sous la menace permanente de ce suffrage universel, c'est à dire qu'ils allaient devoir s'appuyer à la fois " sur l'argent des riches et le suffrage des pauvres " . Une équation très complexe .

L'entrée du capitalisme dans son stade " néolibéral " n'a pas arrangé les choses . Dès lors que sur fond de croissance en berne et de désastre écologique grandissant, il est devenu clair que les pays libéraux avaient désormais plus de comptes à rendre à leurs créanciers internationaux qu'à leurs propres citoyens, les élites occidentales ont dû se mettre à réfléchir sur le moyen le plus efficace de " gouverner autrement " .

C'est à cette aune-là, qu'il faut mesurer les péripéties actuelles de la vie politique française, disparition des uns, réapparition éphémère des autres, apparition de nouvelles têtes . C'est à cette aune-là qu'il faut chercher à comprendre le sens de ce nouveau slogan, totalement incompréhensible selon les critères de la tradition française, ce " Ni droite, ni gauche " venu d'en haut, dont on trouve l'accomplissement dans la grande coalition allemande " SPD-CDU ", conservateurs et sociaux-démocrates, à ne pas confondre avec le " ni gauche, ni droite " d'en bas, porté par le mouvement " Podemos " espagnol : " Tracer de nos mains un éclair qui montre qui sont ceux d'en bas et qui sont ceux d'en haut ", dit très joliment le théoricien du mouvement Juan Carlos Monedero .

Dans la nouvelle perspective, venue d'en haut, qui a la faveur des " marchés financiers ", il fallait d'abord mettre sur la touche les classes populaires, " ces empêcheurs de tourner en rond ", et ce fut le rôle dévolu à Marine Le Pen : " le joueur de flûte " de la nouvelle politique , entraîner les classes populaires dans son sillage, jeu risqué, certes, mais que l'on saurait contenir, le moment venu . 

La " Rattenfänger " des classes populaires a tenu son rôle avec un certain succès, emmenant " les indésirables ", grisés par sa démagogie, se noyer dans la " Weser " du Front National .

Le PS, dont le dépeçage façon Hollande avait bien fonctionné, et réduit à une portion congrue de nostalgiques, étant prêt à faire le saut ultime, le scénario pouvait être lancé à la faveur de ces " Primaires ", de droite comme de gauche, importées des EEUU, mais impossibles à acclimater en France comme on va le voir .

Les deux " jokers " de la classe dominante, les plus prometteurs à l'évidence, pour mener la sarabande " ni droite, ni gauche " étaient Emmanuel Macron et Alain Juppé : " le " off " et le " in " .  Manuel Valls aurait pu faire l'affaire, pensa-t-on un moment . Mais ses rigidités dans le domaine régalien le rendaient peu fiable .

Misère ! Contre tous les pronostics officiels et les instituts de sondage, c'est le fils de notaire, le notable de province, sans subtilité, sans imagination, sans fibre populaire qui l'emporte et devient le présidentiable le plus plausible : avec moins d'aveuglement, ces élites arrogantes, auraient pu deviner, que les primaires, cette espèce de " suffrage censitaire " , vieux et vicié, pouvait conduire à cela .

Du coup, toutes les cartes sont rebattues . Tout est à refaire . Bon, d'accord ! Macron est toujours là : on va donc tout miser sur Macron . Tous les médias doivent se mettre " en ordre de marche " - oui, nous osons - pour élever " le brillant jeune homme " à la dimension d'un présidentiable . Fillon ne convient pas vraiment à nos élites urbaines façonnées pour la mondialisation : l'élection présidentielle étant la dernière élection qui mobilise encore les classes populaires, son programme des primaires, radical en matière sociale, va l'obliger - et il a déjà commencé - à des " rétropédalages " que les " marchés "  détestent, parce que incertitudes et risques ne sont jamais bons pour les affaires .

Mais notre classe dirigeante ne doit pas écarter trop vite l'avertissement de l'Ecclesiaste, vieux de 2300 ans : " Malheur à toi, terre, dont le prince est un jeune homme et dont les princes ont mangé dès le matin " .

 

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 14:58
Dessin de l'illustrateur portugais : Vasco Gargalo / Cartoon Movement .

Dessin de l'illustrateur portugais : Vasco Gargalo / Cartoon Movement .

Réédition du billet paru le 22/02/2016 .

" Je sais par intuition, par l'exercice de la raison, par mon exigence morale, que tout homme a droit au travail, à l'alimentation, à la santé, au savoir, à la liberté et au bonheur " ( Jean Ziegler, l'Empire de la honte ) .

Dans les années 1780 et 1790, le café Procope, au coeur du quartier saint-Germain, était le lieu de prédilection des jeunes révolutionnaires . C'est là qu'ils tenaient leurs réunions et organisaient leurs fêtes . Benjamin Franklin, nouvel ambassadeur de la jeune république américaine y dînait de temps en temps . Un soir, un jeune avocat de 20 ans, Georges Danton, l'interpella bruyamment : " Le monde n'est qu'injustice et misère . Où est la sanction ? Votre déclaration (1) n'a, pour se faire respecter, aucun pouvoir, ni judiciaire ni militaire ... "

B. Franklin lui répondit : " Erreur ! Derrière cette déclaration, il est un pouvoir considérable, éternel : le pouvoir de la honte " .

(1) . Préambule de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis, du 4 juillet 1776 : " Nous tenons les vérités suivantes pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux en droit ; le Créateur leur a conféré des droits inaliénables dont les premiers sont : le droit à la vie, le droit à la liberté, le droit au bonheur ... " ) .

Dans leur for intérieur beaucoup d'Européens, parfaitement informés des souffrances des réfugiés du Moyen-Orient, ne supportent que difficilement leur complicité quotidienne objective avec " l'ordre cannibale " qui prévaut dans ce Moyen-orient martyrisé . Ils en éprouvent de la honte, même si elle est aussitôt cachée sous le manteau fallacieux de l'impuissance .

Le philosophe allemand Emmanuel Kant nous avait pourtant éclairés : le sentiment de honte provient du déshonneur . Il exprime la révolte devant une conduite, une situation, des actions, des intentions avilissantes, dégradantes, ignominieuses qui contredisent " l'honneur d'être un homme " . J'ai honte de l'insulte qui est faite à l'autre et qui, de ce fait, est infligée à mon propre honneur d'être un homme .

Le sentiment de honte est l'un des éléments constitutifs de la morale . Il est indissociable de la conscience de l'identité, elle-même constitutive de l'être humain . Je suis le spectateur de la souffrance infligée à un autre être humain, j'éprouve dans ma conscience douleur et compassion qui suscitent en moi un élan de sollicitude, lequel va se traduire en action .

Là réside la puissance du sentiment de honte, telle que l'envisageait B. Franklin . Mais une question surgit aussitôt . Si la conscience de l'identité habite tout être humain, comment se fait-il que les Européens demeurent immobiles et même se barricadent ou pire envisagent l'intervention d'une force armée agressive ( l'OTAN ) pour se protéger ? Se protéger de quoi ? Des aspirations élémentaires au bonheur de tout un peuple, valeurs dont eux-mêmes furent les porteurs pendant plus de deux siècles .

C'est parce qu'ils sont pris dans une contradiction fondamentale : " Etre un homme, rien qu'un homme " ou " céder " à la guerre économique enfantée par la mondialisation où la compassion devient faiblesse, les solidarités, des brèches à la concurrence sauvage, l'accueil de malheureux, un sacrifice .

" Toute honte bue " - magnifique expression populaire - l'Europe répond au malheur en décrétant l'état d'urgence : les Européens installent des régimes d'exception qui dérogent à la morale commune ; ils suspendent les droits humains fondamentaux, pourtant ratifiés par toutes les nations de la terre ; ils glissent sous le tapis les règles morales pourtant affirmées en démocratie et les sentiments ordinaires qu'ils réservent à leur seule famille .

L'horizon de l'Europe, aujourd'hui, c'est le déshonneur .

Et pourtant les solutions sont à notre portée, simples et même productives, positives, pour le continent, lui permettant de sortir par le haut de la crise provoquée par l'afflux massif - c'est vrai - de réfugiés . Rappelons que l'Europe a déjà surmonté des exodes de plus grande ampleur : l'Allemagne après la deuxième guerre mondiale, la France après la guerre d'Algérie .

Comment ces pays s'en sont-ils sortis ? La réponse ne doit pas faire peur : A crédit !

Le plan Marshall, dans le premier cas, a permis à des millions d'Allemands de l'est de se réfugier à l'ouest . Si on finance l'installation des réfugiés à crédit, les revenus du reste de la population ne diminuent pas et le volume global de l'activité augmente d'autant ...

Les réfugiés poseront d'autant moins de problèmes qu'ils seront accueillis généreusement : c'est en effet quand les revenus qu'on leur alloue sont trop faibles qu'ils représentent un danger de dumping social par le travail au noir . L'activité qu'ils engendrent, une fois installés, et cela peut aller vite si l'opération est bien menée, favorise le remboursement de l'endettement contracté, sans difficultés .

Accueillir décemment 2 millions de réfugiés, dont au moins la moitié rentreront chez eux, le conflit terminé, dans une Europe qui compte 510 millions d'habitants, cela coûte 30 Mds d'€ par an, soit 0,2% du PIB de l'Europe .

Est-il vraiment impossible pour l'Europe de s'endetter, à ce niveau, au moment où la Banque Centrale Européenne fait marcher la planche à billets, pour financer les banques, à hauteur de 60 Mds d'€ par mois ?

Il revient aux dirigeants européens de nous dire, dans les mois qui viennent, quel chemin ils auront choisi et aux citoyens de contraindre leurs dirigeants à agir, afin de ne pas avoir à partager avec eux le " déshonneur " de l'indifférence .

 

NB . Sources : " L'empire de la honte ", Jean Ziegler, 2005 : tribune de Pervenche Berès, Guillaume Duval, Yannick Jadot, " L'Europe peut accueillir dignement les réfugiés " .

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 15:25
Site " Une histoire populaire " : Jaurès en meeting, salle Wagram, novembre 2013 .

Site " Une histoire populaire " : Jaurès en meeting, salle Wagram, novembre 2013 .

Sous-titre : " Temps I : 1870-1890 " .

" La fraternité a beau être un principe de la République, repris par le socialisme, elle n'a guère marqué les relations entre les partisans de la transformation sociale ", ( Guy Konopnicki ) .

" La guerre des Gauches ", fondatrice du Parti Socialiste, commence immédiatement après la chute du premier gouvernement républicain proclamé par Gambetta au lendemain de la défaite de Napoléon III à Sedan, le 1er septembre 1870 . L'incapacité de la trop jeune république à repousser l'invasion prussienne avait amené à la Chambre des Députés une majorité fort peu républicaine et capitularde .

L'insurrection parisienne du 18 mars 1871, suivie de la proclamation de la Commune de Paris, entraînera la rupture de la gauche républicaine et bourgeoise d'avec  le mouvement ouvrier et socialiste qui va s'identifier à la Commune .

Les députés de gauche, pourtant élus par les Parisiens, quittent précipitamment Paris, imités par le Maire de la capitale, Jules Ferry, nommé par Gambetta . Le Comité Central de la Commune s'installe à l'Hôtel de Ville  reproduisant, en son sein, toutes les divisions du mouvement révolutionnaire : sept tendances s'affrontent, au sein du Comité, des anarchistes aux membres de l'Internationale de Marx, qui s'accordent douloureusement sur les mesures d'urgence et l'organisation de la défense . Les divisions de la Commune et la terrible répression que ses acteurs subiront, après sa chute, de la part d'un gouvernement se prétendant républicain, pèseront longtemps sur le mouvement ouvrier, dont " le mythe fondateur " demeurera " la semaine sanglante " ( 21-28 mai 1871 ) : les camps sont devenus irréconciliables .

Le dégoût né de mai 1871, engendre toutes les variantes de l'anarchisme : les plus modérés fondent un syndicalisme hostile à l'action politique à travers les Institutions, les plus durs passant à l'action violente ( Ravachol, Vaillant, Henry, Bonnot ... ) .

C'est au mouvement anarchiste que l'on doit les Bourses du Travail et la CGT .

Ignorer cette rupture à l'origine de l'anarcho-syndicalisme, mouvement puissant en France, à la fin du XIXe sicle et au début du XXe, c'est accepter de ne rien comprendre à la culture contestataire de la classe ouvrière de notre pays, spécificité de notre syndicalisme de lutte, à l'opposé des traditions nordiques de la négociation .

Avec le retour du bagne des Communards à la suite des Lois d'amnistie de 1879 et 1880, le socialisme politique tente de se reconstruire autour d'eux .

En 1882, Jules Guesde fonde le " Parti Ouvrier " en compagnie de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx ( après avoir créé deux ans plus tôt avec l'ancien communard Edouard Vaillant la " Fédération des travailleurs Socialistes " ) . Cette Fédération implose avec le départ du socialiste libertaire Paul Brousse, ne supportant pas le carcan d'un parti, puis celui d'Edouard Vaillant jugeant le projet idéologique de Lafargue trop dogmatique .

Un des premiers adhérents du Parti Ouvrier, l'ancien communard Jean Allemane, ouvrier typographe, s'oppose très vite au tandem dirigeant, le jugeant, lui aussi, trop dogmatique puisque ne fondant leur théorie que sur la prise du pouvoir par le prolétariat et rejetant tous les compromis .

Allemane prône un combat socialiste passant par la défense des libertés républicaines, le soutien aux avancées démocratiques comme les Lois Ferry qui ouvrent l'école aux enfants de prolétaires .

En 1890, Jules Guesde qui tente d'imposer sa légitimité contre celle, plus naturelle, des anciens communards, fait exclure du Parti Ouvrier Jean Allemane et ses partisans parmi lesquels on trouve Jean-Baptiste Clément, le poète de la Commune .

Ces derniers fondent aussitôt un autre parti : le " Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire " qui considère - comme les anarcho-syndicalistes - la grève générale en tant que moyen d'action de la classe ouvrière . Allemane se rapproche dans le même temps des syndicalistes et participera, à côté de Fernand Pelloutier, à la fondation de la CGT , en 1895, au Congrès de Limoges . Lafargue n'a pas de mots assez durs pour les anarcho-syndicalistes et Fernand Pelloutier .

Curieusement, la " Fédération Nationale des Syndicats ", créée en 1886, et tenue par les amis de Jules Guesde, aux fins d'avoir les syndicats comme appendices du parti, reste à l'écart .

En 1892, le parti de Guesde devient le " Parti Ouvrier Français " . Il perd avec le temps un peu de son dogmatisme, laissant le terrain ouvert à des formations plus ouvertes, et pourtant, chez les " guesdistes ", le temps n'est pas encore venu de laisser une place, à un homme qui, bien que venant d'un autre horizon, vient de se convertir au socialisme ...

 

NB : d'après l'article de Guy Konopnicki, Marianne No 1029 du 16 décembre 2016 : " La douloureuse naissance du socialisme français " .

 

 

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 08:53
Sculptures en granit et bronze : jardin des Tuileries .

Sculptures en granit et bronze : jardin des Tuileries .

" A la fin du XIXe siècle, des parlementaires bourgeois ayant conservé l'habitude de se rassembler à la gauche de l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, vont assez logiquement défendre la Révolution de 1789 et la République, tout en s'opposant au mouvement ouvrier en plein essor et à ceux qui veulent instaurer une véritable démocratie : on les désigne sous le nom de républicains " ( http://w.w.w. pardem.org ).

La République " bourgeoise ", c'est la souveraineté parlementaire en lieu et place de la souveraineté populaire . Le parlement est entièrement sous le contrôle de ces nouveaux maîtres de l'Etat qui en profitent pour développer le capitalisme ( Lois constitutionnelles de 1875 ) . Si le peuple est leur caution, la classe ouvrière est leur ennemi pratique .

On le voit tragiquement quand, au mois de juin 1848, les ouvriers réclament " le droit au travail et la république sociale ", c'est l'armée républicaine et le général Cavaignac qu'ils trouvent en face d'eux . Et la même chose va se répéter en 1871 pendant la Commune de Paris, lorsque le mouvement ouvrier va s'opposer à la " gauche républicaine ", celle de M. Thiers, et sera massacré par elle .

C'est pourquoi, le mouvement ouvrier naissant sera toujours hostile à cette gauche de républicains " bourgeois " . Et d'ailleurs, dans les textes de Karl Marx et Friedrich Engels, le terme de " gauche " n'apparaît jamais .

Il est donc très important de prendre acte que le mouvement ouvrier n'a commencé à exister qu'en s'affirmant en dehors du système " gauche-droite " interne aux classes dominantes . Ne pas intégrer cela ne peut conduire qu'à tous les égarements car, certes dans des conditions différentes, nous en sommes revenus au même point aujourd'hui .

Force est de constater que nous retrouvons au début du XXIe siècle les fondements du de la gauche du XIXe lorsqu'elle rassemblait les idéologies les plus en phase avec le capitalisme redevenu triophant, ses besoins de développement te les nouvelles bases de sa reproduction matérielle . Au XIXe siècle le capitalisme avait besoin de briser non seulement l'Etat absolutiste et théocratique, sa structure sociale et ses rigidités mais aussi l'autonomie des petits producteurs, des corporations, des traditions locales et populaires, des solidarités collectives traditionnelles et familiales afin de marchandiser le travail et d'industrialiser la production, de développer la colonisation . Aujourd'hui, rôle dévolu à la mondialisation .

Cette gauche d'alors ( le PS d'aujourd'hui ) proposer d'enchanter le monde avec les concepts de " progrès ", de " raison ", et de " république " avec la caution de la légitimité populaire apportée par le suffrage universel . Le capitalisme avait plus besoin de ces valeurs que du " conservatisme moral et politique " de la droite .

Tous les capitalistes bourgeois les plus importants se retrouvaient donc l'idéologie de la gauche parlementaire, donc de la gauche tout court, car le mouvement ouvrier, lui, ne se situait pas à gauche .

Tous ceux qui luttaient structurellement contre le capitalisme, pour établir une véritable démocratie, pour établir dans les faits le pouvoir des dominés, socialistes d'alors et syndicalistes, étaient les ennemis de cette gauche .

Les appellations de " gauche " et de " droite " en tant que clivage politique structurant ne s'imposeront qu'au début du XXe siècle avec " l'affaire Dreyfus " et la naissance du " Bloc des gauches ", anticlérical, ( Waldek-Rousseau, Emile Combes ) puis le " Cartel des gauches ", fin 1923, contre le " bloc national " mais toujours sans le soutien du mouvement ouvrier pris dans son ensemble, seuls quelques socialistes indépendants s'y associent .

En 1920, la scission de la SFIO ( ancêtre du PS ) qui entraîne la naissance du Parti Communiste Français va libérer les socialistes qui entament un rapprochement avec les radicaux en plein essor, tandis que les premiers députés communistes ( ils sont au nombre de 26 ), élus en 1924, restent à l'écart du " Cartel des gauches " .

Ils renvoient dos à dos la gauche et la droite assimilées à " deux fractions de la bourgeoisie ... le bloc des arrivistes, sous l'étiquette de gauche qui disputent les places au bloc des bourgeois repus ... Capitalistes de gauche et de droite se valent ... La gauche n'est qu'un autre visage de la droite, sous deux faces différentes, la tête reste la même ... " . Ainsi s'exprime-t-on dans les publications du tout jeune Parti Communiste , qui engrange près de 10% des voix, aux premières élections législatives auxquelles il participe, en 1924 .

Un peu plus tard, à partir de 1983, le PS de F. Mitterrand va engager le " virage néo-libéral " du pays aggravé trente ans plus tard par F. Hollande : " Rétablir les taux de profit des grandes entreprises, réhabiliter les capitaines d'entreprise, valoriser la France qui gagne, neutraliser les syndicats, marginaliser le PCF ... ", tout en nous tenant enfermés dans le schéma intellectuel " droite-gauche ", complètement mystificateur et source de toutes les confusions contemporaines .

Concluons en paraphrasant le poète F. Villon ( encore un François ) : " Hé, Dieu ! Si j'eusse mieux étudié mon histoire politique, au temps de ma jeunesse folle ... Que d'illusions je me serais épargnées ! "

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 13:47
" La gauche rêvée " .

" Pour comprendre la déliquescence contemporaine de beaucoup de forces politiques qui se rangent à gauche, et qui répand un brouillard épais sur l'échéance politique de 2017, une plongée dans l'histoire s'impose, encore une fois " .

Nous sommes très nombreux à avoir rêvé, au cours des dernières décennies, d'une gauche rassemblée et unie, pour - pensions-nous - faire avancer les luttes pour l'égalité sociale, l'intérêt général et le service des classes populaires .

L'histoire nous apprend que la notion de " Gauche " n'a vraiment eu de sens qu'à l'occasion de quatre périodes très courtes de l'histoire de France soit moins de treize ans tout au long d'un XXe siècle de construction de notre modèle social .

Le reste du temps la division a régné : une partie de cette gauche, la social-démocratie, s'alliant à la droite, tandis que l'autre gauche, communiste, s'appuyait sur les supposées réussites du bloc soviétique .

Quatre moments donc !

Le premier : la lutte contre les ligues fascistes et pour la constitution d'un Front Populaire, de la manifestation unitaire du 14 juillet 1935 au 13 février 1937, date de la mise en place de " la pause " dans les réformes sociales, décrétée par Léon Blum . Le PCF soutient le gouvernement sans y participer et rappelons que ce sont les grèves et les manifestations de juin 1936 qui permettent d'obtenir d'importants acquis sociaux .

Le deuxième : les luttes victorieuses contre l'occupant nazi, de la première réunion du Conseil National de la Résistance, le 27 mai 1943 au 5 mai 1947, date de la révocation des ministres communistes du gouvernement, par le Président du Conseil , le socialiste Paul Ramadier " Aux municipales qui suivent, en octobre de la même année, le PCF fait un score de 29,9% ) . Le gouvernement allait de la droite aux communistes, en passant par les socialistes et les gaullistes, soutenu jusque-là, par une forte mobilisation populaire .

Le troisième moment concerne cette improbable Union de la Gauche autour du " Programme Commun de gouvernement de la gauche ", entre sa signature le 27 juin 1972 et la rupture du 15 septembre 1977 . La gauche n'est certes pas au gouvernement mais la démarche fera naître bien des illusions dans les classes populaires, réenchantera même pour un temps le rêve d'un vrai changement . Pas pour longtemps !

Le quatrième de ces moments se situe entre le 10 mai 1981 et la victoire de F. Mitterrand à l'élection présidentielle, l'entrée de 4 ministres communistes au gouvernement de Pierre Mauroy, deux mois plus tard, et le 19 juillet 1984, le départ de ces mêmes ministres communistes, du gouvernement Fabius . Durant les deux premières années, de véritables conquêtes sociales sont mises en place : nationalisations, retraite à 60 ans, 5e semaine de congés payés, Lois Auroux portant sur les droits des travailleurs dans l'entreprise . Mais dès 1983, F. Hollande tourne le dos à ce mouvement, changement de direction facilité par la faiblesse des mobilisations populaires freinées par les directions du PCF et de la CGT en raison de la présence de ministres communistes au gouvernement .

Nous ne nous autorisons pas à classer dans ces grands moments d'une gauche unie, les deux périodes qui suivirent : " La gauche plurielle " de Lionel Jospin *, de 1997 à 2002, caractérisée par l'adhésion au Traité d'Amsterdam qui aggravait le Traité de Maastricht de 1992 et le volume des privatisations, supérieur aux privatisations engagées par J. Chirac puis Edouard Balladur, additionnées .

Et encore moins le quinquennat de F. Hollande qui marque l'adhésion totale et définitive du PS aux thèses néo-libérales et aux dérives suicidaires de la mondialisation .

A ce stade, il convient de préciser que ce qui nous retient d'apporter, pour l'instant, notre soutien à Jean-Luc Mélenchon, en vue de l'échéance de 2017, c'est l'adulation qu'il porte à deux des protagonistes de ces périodes : F. Mitterrand et Lionel Jospin .

Nous poursuivrons demain cette immersion dans l'histoire par un autre billet : " Nous n'avons plus le droit de rêver " .

* Note : le bilan de la gauche plurielle de Lionel Jospin, ( PS, PRG, Parti radical de gauche, Mouvement des Citoyens ( MRC de JP Chevènement ) Les Verts et le PCF ), issue des grandes grèves et manifestations anti-Juppé de l'automne 1995, peut s'établir ainsi :

Alors que la déclaration solennelle de la gauche plurielle proclamait : " La droite brade les services publics ... Pour France Télécom, Thomson, Air France, nous proposons l'arrêt des processus de privatisation " . Le gouvernement fera le contraire .

Signature du Traité d'Amsterdam sans renégociation dès le début de la Législature malgré les engagements solennels de L. Jospin ; accélération massive des privatisations ; 100 milliards de francs de coupes dans les budgets publics ; accroissement de la flexibilité pour les entreprises .

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 16:39

Réédition ( octobre 2015 ) .

 " Ni dans le domaine social-historique, ni nulle part ailleurs, la création ne signifie que n'importe quoi  peut arriver, n'importe où, n'importe quand et n'importe comment  " . ( Cornélius Castoriadis . Les carrefours du labyrinthe .) . (1) .

( Illustration : indiequebec.com ) .

 

 

malajube.jpg

 

 

   C'est dans un labyrinthe, semé de quelques carrefours, que je vais essayer de vous entraîner, aujourd'hui . La vie politique est certainement un des labyrinthes où les voies de circulation peuvent être les plus enchevêtrées . Et les carrefours, à l'occasion desquels certaines voies, parfois se croisent, y sont souvent peu déchiffrables .

   Voici l'histoire du labyrinthe à travers lequel, durant tout le XXe siècle, " la gauche " française a évolué, s'égarant en maintes occasions, pour finir par disparaître, en ce début de XXIe siècle .

   Ce corpus d'idées politiques, ce panthéon d'hommes illustres, ces conflits avec la réaction, monarchique et catholique, qui construisirent une certaine idée de notre pays, ont perdu tout sens . Pire, le concept de " Gauche " est devenu, aujourd'hui, un concept mystificateur .

 

   L'histoire commence, avec " l'introduction " en France, au cours de XIXe s. , du mot " socialisme ", grâce au journaliste et philosophe, Pierre Leroux . Leroux reprend le terme " socialiste ", en opposition à l'individualisme prôné par la bourgeoisie triomphante : il défend, à partir de ce terme, un socialisme associationniste et mutualiste, " un socialisme républicain qui fasse toute sa place à la liberté, tout en prenant l'idéal d'égalité dans le sens le plus exigeant, les sens social " , un socialisme de l'entraide ouvrière .

   Alors que le rouleau compresseur de la première révolution industrielle s'est mis en route, c'est autour de ces idées  d'entraide , d'association, de mutualisation, que vont se construire les premiers combats de la classe ouvrière .

   C'est pourquoi, d'ailleurs, en 1864, à Londres, est créée - ce que les historiens appelleront, plus tard, la Première Internationale , pour des commodités historiques - , mais qui se dénommait, à sa création " Association Internationale des Travailleurs " , qui réunissait ouvriers anglais et français .  Relevons, pour la petite histoire que les statuts furent rédigés par un certain Karl Marx .

   Parallèlement se développait, en opposition au Second Empire , un mouvement républicain, uni autour des Droits de l'Homme, Droits individuels et Droits collectifs, mais assis sur un Droit, dit supérieur, la liberté d'entreprendre .

   La IIe Internationale, fondée à Paris, en 1889, à l'initiative, avec d'autres, de Friedich Engels, réunissait les Partis ouvriers et les Partis socialistes d'Europe, sur la base de la lutte des classes, consacrant une rupture idéologique, claire, entre socialistes et républicains .

   Il est important, à ce stade, de rappeler que les deux plus grands massacres perpétrés, en France, contre la classe ouvrière, juin 1848 et mai 1871, le furent par des gouvernements républicains .

 

   L'histoire du concept de " gauche ", commence, selon une majorité d'historiens, avec l'affaire Dreyfus . Républicains et Socialistes se retrouvent, aprés quelques hésitations, peu reluisantes, dans le camp des Deyfusards, contre une réaction monarchique, catholique, nationaliste et antisémite, contre l'alliance du " sabre et du goupillon " . C'est le premier carrefour, où ce qu'on commencera à appeler " la gauche ", mais aussi le parti du mouvement, s'en tire , encore, tout à son honneur .  C'est aussi,  le début de la tension " droite- gauche ", qui sera la colonne vertébrale de la politique française du XXe s. 

   Le mouvement ouvrier socialiste qui participait déjà à la vie parlementaire, va entrer dans des gouvernements républicains, avec Alexandre Millerand, pour participer, dans une sorte de " compromis historique " noué avec la gauche libérale et républicaine, pour combattre un ennemi commun : les forces rétrogrades qui pensaient encore possible une restauration de l'Ancien Régime, l'Eglise Catholique qui refusait avec hargne de " perdre sa domination sans partage sur les institutions et sur les âmes " .(2) . 

   Cette Union, engagée au départ, dans un combat noble, le refus de toutes les Institutions oppressives et inégalitaires, allait se perdre, une première fois, dans le carrefour de 1914, dans l'Union Sacrée contre l'ennemi héréditaire - malgré les avertissements de Jean Jaurès qui lui coûtèrent la vie - dans la boucherie la plus ignoble et la plus stupide de l'histoire de l'humanité .

 

   Le parti radical incarnera " l'aile marchante " du progrés durant un demi-siècle, sauf qu'à vouloir incarner le progrés en opposition à l'Ancien Régime, et en accordant à la bourgeoisie - en tant qu'héritage de la Révolution - le rôle de classe progressiste, et refusant à la classe ouvrière le moindre rôle historique, les radicaux, les républicains et une frange des socialistes,  pour garder leur identité originelle de " réformateurs ", vont se faire un devoir d'anticiper tous les mouvements,  perçus comme modernes, qui agitaient la société capitaliste, qu'ils soient conformes ou non à l'intérêt du peuple, ou au seul bon sens .

   Les capitulations des années 1930, jusqu'à Munich - carrefour de toutes les lâchetés -  illustrent parfaitement, cette démarche .

 

   La droite réactionnaire, de l'alliance du " sabre et du goupillon " ayant été définitivement balayée en 1945, à la Libération, -  carrefour, plus heureux pour la gauche, mais il n'y en aura pas d'autre -  ce qu'on appelle, aujourd'hui la droite, ne désigne plus que les adeptes d'un capitalisme financier, sauvage et profondément inégalitaire .

   Les socialistes n'ont nullement, pour un temps encore, l'intention d'abandonner leurs convictions concernant l'ensemble des solidarités traditionnelles, l'importance du lien social, au contraire même, s'appuyant sur les républicains et sur une droite tournée vers un capitalisme familial, ils renforcent les protections, avec la création de la Sécurité Sociale .

   Passons sur le carrefour sans gloire des guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie  . La gauche fait du soulèvement algérien une vraie guerre, en 1956, laissant à l'homme de droite De Gaulle, le soin de faire la paix , mais aprés, encore une fois, bien des morts inutiles .

 

   Et viendront les années 1980, les années Mitterrand . Les socialistes vont chercher un homme de droite pour les représenter, qui réussit à entraîner communistes et radicaux, dans un concept  " d'Union de la Gauche " aussi ambigü,  qu'illisible : en fait un simple outil, pour faire élire Mitterrand .

   C'est le dernier carrefour, mais il est fondamental . C'est dans ce carrefour, que dans un désir irrépressible de continuer à incarner la modernité - mais en niant anthropologie, histoire et antagonismes de classes - le socialisme à la sauce " mitterrandienne ", devient " la gauche ", tout entière .

   Et la dégringolade pouvait commencer . On invente le  concept de " nouvelle gauche ", celle du marché , du contrat et du droit abstrait, celle des individus naturellement indépendants et seulement liés par " des accords privés ; celle des droits de l'homme mais seulement hors de l'entreprise .

   La bataille idéologique fait rage : critiquer les Lois du Marché ou l'Idéologie  des Droits de l'Homme - à sens unique et pour certains, seulement - c'est vouloir le retour des totalitarismes . Se méfier de ces politiques dites de compétitivité, qui fleurissent en ce moment, c'est être ringard .

   La  gauche  ayant renoncé à sa mission émancipatrice, n'est plus la gauche . La gauche estimant qu'elle n'a plus d'adversaire de classe n'est plus la gauche . La gauche ayant abandonné la solidarité au profit de la réussite individuelle n'est plus la gauche . 

   La gauche est juste une nouvelle droite tout juste capable d'instrumentaliser la droite traditionnelle sur des sujets de société où de vieux ressorts ataviques jouent encore .

   " Et si tant de travailleurs votent extrême-droite, ou ne votent plus, c'est qu'ils ont perçu cette triste vérité " . (2) .

 

 

   NB :  (2) .  d'aprés l'interview de Jean Claude Michéa, dans Marianne, No 828, à propos de la sortie de son livre " Les mystères de la gauche ", sortie le 6 mars . 

   

   

 

 

   

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 17:09
De la Tyrannie au Totalitarisme.

      Article  de décembre 2011 : réedition .

     Avertissement à Monsieur le Président de la République .

 

"La domination totalitaire est un nouveau type de régime en cela qu'elle ne se contente pas d'isoler l'individu, elle détruit également la vie privée. Elle se fonde sur la désolation, sur l'expérience d'absolue non-appartenance au monde, qui est l'une des expériences les plus radicales et les plus désespérées de l'homme."

   ( Hannah Arendt.1906-1975. Le Système totalitaire. Seuil.1972. Citée par J.M.Piotte: Les Grands Penseurs du monde occidental ) .  

    Les Tyrans peuplent les pages de nos livres d'histoire, qu'ils soient Monarques absolus  de "Droit Divin", ou Laïcs assoiffés de pouvoir, cupides et mégalomanes.

   Mais les tyrannies de l'histoire n'ont rien à voir avec les deux totalitarismes qui ont obscurci le XXe siècle. C'est sur ces nuances que nous voulons réfléchir avec l'aide de la philosophe américaine, d'origine juive allemande, Hannah Arendt.

   La Tyrannie supprime les Lois , elle supprime ainsi l'espace dans lequel s'exercent les libertés individuelles, définies par la Loi. Mais des champs vont échapper à son action, en particulier dans la vie privée, dans l'intimité familiale, par exemple. Je pense aux Protestants, sous Louis XIV, qui, après la Révocation de l'Edit de Nantes, continuèrent à pratiquer leur religion, en cachette, malgré les persécutions royales.

   H.Arendt nous dit que le principe de la Tyrannie se nourrit de  la crainte qu'a le tyran de son peuple,  et de la crainte que le peuple a du tyran.

   Mais le Totalitarisme est un phénomène complètement nouveau. Son mode de fonctionnement, ses visées, font d'abord qu'il apparaît comme inintelligible, du moins au début, incompréhensible au regard des traditions politiques et juridiques que nous avons héritées  des Grecs, voire de la morale judéo-chrétienne dont nous sommes imprégnés.(1) 

   Un régime totalitaire se construit sur une idéologie, la Tyrannie n'est que la mise en actes de la mégalomanie d'un individu,  il se construit  sur la " logique d'une idée ", qu'elle se proclame Loi Naturelle comme " la supériorité de la race aryenne ", chez les nazis, ou" Loi  Historique" comme " la dictature du prolétariat" chez Staline, vite devenue dictature du Parti.

   Cette notion est importante, car de l'idée originelle va se déduire, plus précisément va être théorisé, un processus  cohérent, systématique, inflexible, (1), le processus qui est soi-disant à l'oeuvre dans la nature pour les uns, dans l'histoire pour les autres.

   Cette idée originelle, fondatrice, a pour fonction " d'appréhender une réalité cachée ", la domination assurée du Grand Reich ou le Bonheur de la classe ouvrière, bien plus profonde que ce que nous enseigne notre petite expérience individuelle.

   En Espagne, Franco ne mobilisa pas une moitié de l'Espagne sur le thème antirépublicain, mais en appelant son putsch " la Croisade " au nom de la défense de l'Eglise.

   Pour le triomphe de l'Idée fondatrice, toute action est légitime, qu'elle soit utile à la collectivité ou pas, rentable économiquement ou pas, juste ou injuste, dés lors qu'elle participe à l'accomplissement de la Loi de l'histoire ou de la Loi naturelle ; c'est à dire que dans la pensée totalitaire toutes les Lois doivent être des éléments de la réussite du processus naturel ou historique.

   Ce processus, on le voit, est difficile à faire appréhender par les peuples dans la mesure où il n'est pas visible concrètement, il est un but, donc la force de la persuasion pour faire admettre le principe ne peut avoir de limite: le totalitarisme ne peut pas fonctionner sans la terreur ; dans tout système totalitaire la terreur prend la place des lois démocratiques, et il appartient à cette terreur de donner réalité à la loi du mouvement naturel et historique. (1)

 A partir de là, on comprend que l'outil principal de la terreur totalitaire ait pu être " le camp de concentration ". Le camp de concentration a pour vocation d'éliminer les individus, de les faire tomber dans l'oubli, et à tuer en eux toute spontanéité, toute notion de soi qui sont pourtant des sentiments porteurs de l'envie politique.

   Le camp devient donc une sorte de laboratoire de la domination totale de la société.

   " Les camps ne sont pas seulement destinés à l'extermination des gens et à leur dégradation, ils ont aussi pour vocation à transformer une simple chose en quelque chose que même les animaux ne sont pas. " ( H.Arendt. Le système totalitaire ) .

Nous avons dit, que la tyrannie supprime l'espace entre les hommes délimité par les lois, donc des espaces de liberté mais sans entrer dans les espaces intimes, le totalitarisme ne se contente pas de supprimer l'espace d'exercice des libertés, il élimine " le désert de la peur et de la suspiscion",- sentiment qui peut encore guider l'individu sous une tyrannie, qui sait où situer le danger -,  la tyrannie isole l'individu et le rend impuissant donc.

 Le totalitarisme " désole l'homme ", dit H.Arendt ,  c'est à dire dévaste son être, en le coupant, en le mettant à l'écart de toute relation humaine authentique.

  L'isolement intéresse surtout la vie politique, la désolation concerne la vie humaine dans son tout.

 Et pourquoi s'acharner à détruire la nature humaine, parce que ce faisant on détruit le sens commun, et qu'on ne peut " injurier outrageusement " le sens commun que s'il n'a plus de valeur dans l'esprit d'un peuple .

Pourquoi une telle digression, qui paraîtra à certains bien " vieillotte " ? Parce que je pense que vouloir introduire dans la Constitution toute considération sur la Nationalité d'un individu, c'est franchir la première marche d'un escalier dont on ne sait où il conduit.

Avec Hannah Arendt,  je crois que les régimes libéraux, au sens purement économique du terme, préparent le terreau d'où peuvent naître de nouveaux totalitarismes, en valorisant le point de vue économique au détriment du politique, la vie privée à la place de la vie publique, en atomisant la société, et en réduisant l'homme à un producteur-consommateur .

   NOTE: (1) Inspiré du livre de J.M.Piotte : " Les Grands Penseurs du monde occidental " . Chez FIDES 2005.

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