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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 15:59
arnets2psycho.net

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" Dès lors que les mots viennent à manquer, ce sont les coups qui partent " ( A. Bentolila )

" Subir pendant treize ou quatorze ans une obligation scolaire qui ne leur a pas donné les mots pour laisser une trace d'eux-mêmes sur l'intelligence des autres mène une partie des élèves à trouver délicieux le goût de la violence ..." , poursuit le professeur de linguistique .

L'un des drames actuels vécu par l'école est bien celui-ci : malgré toutes ses promesses et toutes ses exhortations, l'école n'a pas réussi - mais le lui a-t-on permis ? - à aider tous ses élèves à mettre en mots leur pensée avec sérénité et maîtrise . Les baisses drastiques des horaires d'apprentissage de la langue, à l'école élémentaire comme au collège, ces dernières décennies, ont pulvérisé la sage et séculaire définition de ce mot : la langue est faite pour s'expliquer,, elle est faite pour argumenter avec autant de fermeté que de tempérance .

Soyons clairs ! Il ne s'agit pas de dire que certains élèves n'auraient pas les moyens intellectuels de se doter d'une langue puissante et efficace . Si certains élèves n'ont pas les mots pour dire le monde et laisser une trace pacifique d'eux-mêmes sur l'esprit des autres, c'est parce qu'ils sont enfermés dans un milieu scolaire tellement ghettoïsé que l'idée même de la conceptualisation, du passage à l'idée et de l'argumentation est exclue de leur monde . 

C'est l'impuissance de communiquer avec d'autres que ceux qui leur ressemblent qui rend ainsi quasiment impossible toute tentative de relation pacifique, tolérante, maîtrisée . Elle les condamne à vivre dans un monde devenu hors de portée des mots . 

S'expliquer y est devenu aussi difficile " qu'incongru "  . Incongrue, cette capacité, pourtant tellement humaine, de transformer pacifiquement le monde et les autres par la seule force des mots .

La parole, réduite à la proximité et à l'immédiateté - d'une insulte, d'un vol, d'un deal, d'une agression, d'une soumission au caïd ou d'une injonction de caïd - a perdu le pouvoir de faciliter le temps d'une sereine négociation linguistique .

Or ce temps est la seule forme de dissuasion contre la violence et l'affrontement physique . Car, on peut alors s'affronter avec des mots avant d'en venir aux armes .

Leur parole, devenue éruptive n'est plus qu'un instrument d'interpellation, d'apostrophe brutale, d'invective qui banalise l'insulte et précipite le conflit au lieu de  le différer .

L'humiliation de ne pas posséder ce qui fait le propre de l'homme, la langue qui permet de s'expliquer, l'exaspération  de ne pas avoir l'espace et les moyens de se faire entendre conduisent inéluctablement à l'agression . 

Ce constat ne saurait être une justification de la violence, toujours inacceptable, mais tenter de décrire les articulations de cette violence est indispensable pour les enseignants qui veulent en détourner les élèves et pour les décideurs politiques qui se trompent depuis quarante ans . 

Si certains élèves passent à l'acte plus vite et plus fort, aujourd'hui, c'est parce que face à l'imprécision et à la pénurie des mots, l'école a été privée des moyens nécessaires à une résistance absolue contre ce mal . Et nous ne pensons pas ici au nombre de postes d'enseignants, essentiel par ailleurs, mais à la dérive engendrée par la multiplication de réformes, toutes plus bêtes les unes que les autres .

Le combat pédagogique quotidien est celui d'apprendre à préférer la distance à l'immédiate proximité, la différence à la ressemblance, la précision à la confusion .

" Echoués sur les rivages hostiles de la langue, combien d'élèves devront mourir encore de ce mal, qu'on pourrait appeler " l'indifférence au verbe ", qui n'est qu'une autre face de la haine ? "

 

NB : d'après A. Bentolila, Marianne du 21 octobre 2016 .

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 14:56
Des professeurs à bout de souffle .

" T'es qui toi pour me dire ce qu'est beau, ce qu'est vrai ou ce qu'est pas vrai ? "

Voilà la question que, chaque matin, un professeur doit affronter en entrant dans sa classe, dans ces collèges et ces lycées professionnels défavorisés, " véritables clones éducatifs des cités de relégation qui les entourent " .

Dans " ces camps retranchés ", où des enseignants tentent désespérément d'attirer des élèves rebelles à tout apprentissage, et d'en empêcher d'autres d'entrer pour commettre des violences totalement inacceptables , surveillants, professeurs, proviseurs sont l'objet d'agressions qui ne cessent de se multiplier .

On aura beau renforcer les forces " éducatives " ou policières, les caméras de surveillance, autour et dans " ces fortins éducatifs ", contre " des tribus indigènes " inexplicablement insensibles aux propositions éducatives et culturelles de la République, la question de fond restera posée, et sans solution, si l'on ne tente pas de comprendre : comprendre et non excuser !

Cela commence avec l'interpellation, proposée en exergue, qui dit bien comment sont gravement remis en cause les principes républicains de notre école, niant le sens même de sa mission de transmission de savoirs et de valeurs .

L'apostrophe " T'es qui, toi ? ", met en cause la légitimité du maître à transmettre le corpus de vérités et de beautés qui nous rassemblent, annonçant du coup, une  possible soumission des élèves au premier prophète ou à la première idole venue .

De ce maître dont on ne reconnaît plus ni la formation, ni les connaissances, ni l'expérience, ni la mission citoyenne, la voix ne compte pas plus qu'une autre, voire sans doute moins .

Les élèves, des parents, les politiques en sont venus aujourd'hui à contester sa mission de transmettre un patrimoine commun de savoirs patiemment questionnés et un héritage culturel et moral que " le temps a longuement filtré " . 

Tout ce que dit le maître peut ainsi être soumis à une réfutation à priori, parce que " cet homme ", " cette femme ", " banalisés " sont aujourd'hui suspectés - par tout un monde d'intégristes soutenus par des politiques inconscients - de manipuler les esprits et les goûts pour défendre des valeurs d'un autre temps et imposer des croyances suspectes .

Avouons-le, nous avons consenti collectivement à la banalisation et à l'affaiblissement du métier de maître d'école . Peu considérés, peu soutenus, contestés, mal payés, beaucoup de nos maîtres d'école ont fini par se comporter en fonctionnaires comme les autres : soucieux de préserver des avantages acquis, choisissant le repli corporatiste, en lieu et place du combat contre la perte de confiance des parents et les errements d'un Etat qui trouve que l'école publique coûte trop cher .

Il est donc urgent de donner à la Nation des signes forts qui disent la place essentielle du maître d'école dans notre société, qui rappellent, plus que jamais, qu'on compte sur lui pour transmettre notre patrimoine de valeurs culturelles, scientifiques et morales . Si l'on veut qu'il redevienne le résistant à l'inculture et à la passivité intellectuelle, le résistant à la violence générée par l'incapacité au dialogue, il faut d'urgence, lui déclarer avec conviction qu'il est le rempart contre la barbarie et qu'à ce titre, une véritable revalorisation sociale et financière lui est due, significative, parce qu'elle justifiera qu'on lui demande, en retour, un engagement sans faille .

En un mot, il faut, tout mettre en oeuvre, sans lésiner sur les moyens, pour lui redonner une chance d'être à nouveau respecté .

Soyons clairs . Rien, aujourd'hui, dans les débats où s'affrontent des candidats dans des " primaires " hallucinantes, n'annonce que l'on prend le chemin de ce renouveau . L'école reste la grande oubliée de ces débats .

 

NB : d'après le billet du linguiste A. Bentolia, " Ces agressions de professeurs ... ", Marianne No 1020 du 21 octobre 2016 .

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 15:03
Photo " L'Express.fr " .

Photo " L'Express.fr " .

" Trente ans après la création du baccalauréat professionnel, l'enseignement public professionnel est en voie de destruction totale . Deux quinquennats se sont acharnés sur lui dans un cocktail dévastateur qui mêle coupes budgétaires et mépris pour les qualifications ... ", ( Jean-Luc Mélenchon, ancien ministre de l'enseignement professionnel ) .

Depuis dix ans, sous F. Hollande et sous N. Sarkozy, 176 lycées professionnels publics ont été fermés, 3500 classes ont disparu dans cette voie éducative, on comptait 57 000 lycéens de moins en 2015, dans cette voie, par rapport à 2005 . Et seulement depuis 2012, on y compte 3340 postes d'enseignants en moins alors que déjà, sous N. Sarkozy, les 2/3 des emplois supprimés dans l'enseignement secondaire ont frappé les lycées professionnels, alors que les effectifs d'élèves n'y représentaient que le tiers de l'enseignement secondaire . Pour la même période de 2012 à 2015, , c'est à une baisse moyenne des crédits pédagogiques - à la charge des Régions - de 30% que nous avons assisté, ce qui reporte sur les élèves et les familles des frais supplémentaires d'équipement et de fournitures : tenues, outillages, matériaux, déjà très chers, souvent dissuasifs .

Dans certaines académies enclavées, Limoges, Clermont-Ferrand, Besançon on compte désormais moins de 20 lycées professionnels publics pour toute une région .

" La hache est passée partout et a frappé fort " , ( JLM ) .

Cette pénurie organisée constitue une dissuasion efficace comme on peut s'en douter . Parallèlement, on s'acharnait sur le cursus des élèves et le recrutement des enseignants de l'enseignement professionnel .

Réduction de la formation au Baccalauréat Professionnel de quatre ans à trois ans, ce qui diminuait l'attrait de cette qualification jusque-là prisée par les patrons, alors qu'elle constituait un passeport pour l'insertion indiscutable .

Bouleversement de la formation des professeurs des disciplines techniques jusque-là recrutés dans les " viviers " professionnels pour leurs compétences reconnues, ce qui était le gage d'un lien étroit et évident avec l'entreprise et dont on exige aujourd'hui qu'ils aient un niveau universitaire de type master .

Absurde ! Aberrant !

Et F. Hollande - fidèlement aidé par sa ministre N. Vallaud-Belkacem - a ajouté au désastre, son cynisme habituel . Les annonces de créations de postes - qu'on appelle aujourd'hui " sans réalité " - comprenons qui ne verront jamais le jour, mais il faut justifier les 60 000 créations de la campagne électorale, ont été concentrées sur l'enseignement professionnel : les concours de recrutement sont très loin de couvrir les créations annoncées officiellement et restent donc vacants . La technique est très simple : sous-calibrage des besoins dans les disciplines fortement demandées, c'est à dire moins de postes ouverts pour éliminer plus de candidats et diminution de leur attractivité : commencer une carrière à 1400 € par mois dans un métier difficile et méprisé avec un niveau master a tari les viviers d'enseignants dans beaucoup de secteurs .

Loin d'être avaugles, toutes ces coupes budgétaires répondaient à une injonction : les critères comptables doivent tout dominer, une injonction voulue et planifiée .

Que beaucoup de jeunes aient pu se sauver pendant des décennies grâce à la voie professionnelle n'est jamais entré en ligne de compte, dans les " comptes " de Bercy .

La mort de la voie professionnelle est voulue et planifiée, sinon comment les politiques auraient-ils pu accepter, que pendant les deux derniers quinquennats, alors que la filière professionnelle n'accueillait plus 57 000 élèves, les lycées d'enseignement général devaient en absorber 76 000 supplémentaires, la plupart venus des listes de refusés en lycée professionnel, par manque de place, donc pas du tout faits pour l'enseignement long - comme on dit encore - et donc en échec dès l'année de seconde et donc qui sortiront en cours de scolarité " sans qualification " .

Et voilà le " gros mot " lâché . Le gros mot qui qui concentre toute la duplicité, tout le cynisme, des politiques .

Voilà trois décennies que l'on nous assène ce chiffre si terrifiant, si culpabilisant : " Chaque année 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification ! " ( 1/5e d'une promotion ) . Relevons que ce chiffre ne bouge pas depuis trente ans . Les 76 000 élèves, dont nous venons de parler, rejetés par la voie professionnelle exsangue et jetés sans filets dans la voie générale auraient pu réduire cette " horreur " .

Mais c'est si bon de pouvoir mettre sur le dos de " l'école " - pour préparer des objectifs plus lointains, à gauche comme à droite - ce qui relève de purs choix politiques : faire voler en éclats tout le système des qualifications !

NB : Réf. " L'ère du peuple ", JLM , " Préparer les producteurs de la nouvelle économie "

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 14:38
Dessin de Gros dans Marianne, No 1013 .

Dessin de Gros dans Marianne, No 1013 .

(1) . " L'école devrait être au coeur des préoccupations des candidats à la prochaine élection présidentielle . Or il n'en est rien . Regrettable ..." ( Marianne, No 1013, page 20 ) .

On ne saurait attribuer, sans commettre une injustice, l'état actuel de l'école à F. Hollande . Ce pilier de la République s'affaisse depuis plus de trente ans, après que F. Mitterrand eut tué le dernier grand ministre de cette institution, Alain Savary, au détour de la manifestation géante des tenants de l'école dite " libre ", du 24 juin 1984, à Paris où l'on trouvait les parents de ceux qui manifestèrent au début du quinquennat contre la Loi instituant " le mariage pour tous " .

Les apprentis sorciers qui ont fait de notre école une espèce de boutique de " restauration rapide ", avec force moniteurs de cuisine, tisseurs de macramé et sculpteurs de pâte à modeler, sont connus : Lionel Jospin, Jack Lang, F. Bayrou, Claude Allègre et Ségolène Royal, F. Fillon, Luc Ferry, Xavier Darcos, Luc Chatel, Vincent Peillon, Najat Vallaud-Belkacem, autant de ministres qui choisirent pour leur propre tranquillité, non pas d'améliorer la situation de l'école mais de faire plaisir aux parents d'élèves avec un but non avoué : distraire les élèves pendant que les parents sont au travail .

Cela commença par cette manie désastreuse qui consiste, quand un problème est insoluble, d'en renvoyer la solution sur le système scolaire, comme ils disent, : le sexe, la race, la nation, l'immigration, l'environnement, la politesse ou le code de la route .

La grammaire, la littérature, le calcul, l'histoire de France pourraient attendre .

L'école n'a jamais été faite pour résoudre les problèmes de la société, par contre, comme le disait Charles Péguy, toute crise de l'école témoigne d'une crise de la société .

Depuis trente ans, l'école n'a pas eu les responsables qu'elle méritait . Ils ont pulvérisé ce trésor national au profit de " sales " compromissions avec le monde économique, à travers ce slogan puant : " C'est l'école qui produit nos millions de chômeurs " . Les activités de macramé vont corriger cela !

Prenons la fameuse éducation à la citoyenneté, vue par leurs yeux de technocrates emballés par le slogan : " Il faut ouvrir l'école sur la vie " .

Qu'en est-il ? On a surtout ouvert l'école à la violence, à la triche, au fric, à la frime, à la drogue, au racket, au sexisme, à la haine, à l'inculture .

Pour un certain nombre de parents, l'école publique est devenue un lieu mal-famé : est-ce que j'exagère ? Ecoutez , autour de vous, à quoi tient le succès des écoles privées !

Oui, c'est vrai, j'ai la nostalgie de cette école où j'apprenais le scepticisme avec Montaigne, la vertu de la critique avec Voltaire, l'esprit chrétien avec Pascal, la rêverie avec Gérard de Nerval, le romanesque avec Balzac, la véhémence avec Victor Hugo, la rébellion avec Emile Zola ...

Aussi, je le dis sans ambages, je donnerai ma voix, en 2017, au candidat qui osera annoncer que tout est à reprendre, tout est à réformer, mais attention, réformer avec les maîtres, et non avec l'Inspection Générale de la Rue de Grenelle dont les rapports ne sont que des inventaires de bazar, réformer avec des professeurs mieux payés et considérés que des équipiers de McDo,

Je donnerai ma voix à un discours abandonnant la philosophie de la complaisance au profit de l'excellence, de l'effort, du dépassement de soi . Un discours auquel le candidat de mon choix ajoutera : diminuons l'écart des salaires par deux, fixons un plafond pour les revenus dans l'entreprise, imposons beaucoup plus les dividendes, allégeons la charge fiscale des classes moyennes qui ne consomment plus ...

Et pourquoi ? Pour que la lutte pour la réduction des inégalités, qui doit faire partie des missions de l'école, puisse y prendre toute la dimension qu'elle mérite .

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 14:05
Image midilibre.fr

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" Si un élève conteste le contenu d'un cours en arguant de sa croyance, l'enseignant ne doit pas aller à la confrontation avec lui, mais lui rappeler les savoirs qu'il est chargé de lui enseigner " . ( Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Observatoire de la Laïcité, co-rédacteur du " Livret laïcité " ) .

Après les attentats de janvier 2015, F. Hollande et Najat Vallaud-Belkacem avaient fermement tapé sur la table : il fallait davantage présenter et célébrer la laïcité dans tous les établissements scolaires de France .

Le Président décida donc de l'instauration " d'une journée de la laïcité ", tous les 9 décembre, anniversaire du vote de la Loi sur la Séparation de l'église et de l'Etat, la ministre, quant à elle, promit d'offrir " un livret laïcité " à tous .

Ce document vient d'arriver, le 20 octobre, dans les écoles, les collèges et les lycées de France sous un titre des plus sobres : " La Nation confie à l'école la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République " .

Trente et une pages qui font l'éloge de la laïcité . Qui s'en plaindrait ?

Bon, il y a le passage sur les propositions de commération du 9 décembre 2015, qui ne fait pas encore tousser, mais quand même, prête à sourire : " saynètes, vidéos, poèmes, et même jeux de rôle ", y sont convoqués, tout comme " des débats autour de dilemmes moraux " . Courage, chers " hussards noirs de la République ", et évitez les débats sur le paradigme de Lavoisier : " Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme " .

Là où quelque chose ne va plus, c'est quand on lit, page 17 du livret, l'instruction suivante, donnée aux professeurs : " Il faut pouvoir éviter la confrontation ou la comparaison du discours religieux et du savoir scientifique . Dans les disciplines scientifiques ( SVT, Physique-Chimie, etc. ) il est essentiel de refuser d'établir une supériorité de l'un sur l'autre comme de les mettre à égalité " .

A l'hebdomadaire " Marianne " ( No 966 du 23 octobre 2015 ), et sur Twitter, on grimpe aux rideaux : " On demande à tous les professeurs de ne plus jamais distinguer le savoir du croire ", et même de se taire quand un élève expliquera que " c'est Dieu qui a créé l'homme " .

Le journaliste Laurent Nuñez prend un exemple : " Je suis professeur de biologie . Je suis les programmes et j'enseigne à mes élèves la théorie de Darwin sur l'évolution des espèces . Un élève m'interrompt et m'explique que c'est Dieu qui a créé l'homme . J'obéis à la ministre et je m'auto-censure, me refusant à expliquer à l'élève que la science est fondée sur des observations de faits et qu'elle prime sur la croyance . Que puis-je faire si je ne peux, devant mes élèves, ni comparer, ni confronter des propositions ? Je me tais ! " .

Mais " La Pravda " ( quotidien Libération ) de Laurent Joffrin veille au grain .

Non ! Le livret ne dit pas ce que Marianne dénonce . Et La Pravda nous invite à lire, le paragraphe qui précède l'extrait incriminé : " Dans le dialogue avec les élèves et leurs parents, il revient aux chefs d'établissement et directeurs d'école de montrer que les savoirs enseignés sont le fruit de la démarche scientifique de l'historien et montrer aux élèves la distinction entre savoir, opinion ou croyance . Distinction entre croire et savoir : ce qui peut être cru ne relève pas de l'enseignement scolaire de l'école laïque mais appartient à la liberté de conscience , de croyance de chacun ... Il convient de ne pas faire de la classe un lieu de débat sur la question de la vérité de la croyance religieuse, qui ne relève pas des missions de l'école ... " .

Ils le font exprès ou quoi ?

Qui peut imaginer le principal du collège déclamant, lors des " réunions d'accueil ", le jour de la rentrée, devant les élèves et les parents : " Ici, Madame, Monsieur, nous ne nous réclamons que d'une seule démarche : la démarche scientifique " . Ridicule !

Mais il y a plus grave : " Ce qui peut être cru ne relève pas de l'enseignement scolaire de l'école laïque " . Qui ne voit l'extrême danger - et la stupidité - d'une telle affirmation ?

Affirmer cela, n'est-ce pas admettre qu'on peut ne pas croire ce que l'école dit, que le savoir scientifique peut être discuté, voire réfuté, que le savoir acquis à la maison, à l'église, au temple ou à la mosquée est, au moins, au même niveau que le savoir apporté par l'école ?

Quant à la dernière phrase, elle constitue, purement et simplement, une injure à l'éthique qui meut la très grande majorité des professeurs .

La Pravda aurait mieux fait de se taire !

En septembre 2011, des enseignants posèrent à demi-nus - en toute pudeur, sur un calendrier, pour protester contre les mesures de N. Sarkozy et de son ministre Luc Chatel, en train de démolir l'école : c'était trop tôt !

C'est aujourd'hui que cette initiative s'imposait . Car c'est aujourd'hui que les professeurs sont définitivement nus . Après leur avoir retiré leur autorité, après les avoir privés des moyens matériels d'enseigner, on dépèce leur mission de sa " substantifique moëlle " : la démarche scientifique .

Et c'est bien d'une nouvelle laïcité dont le " livret " de Mme Vallaud-Belkacem accouche . Une laïcité hors-sol !

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 14:38
Alain .

Alain .

" C'est presque tout, que de savoir lire ", ( Alain ) .

Dans toute réforme, on trouve toujours deux volets . Le volet technique et l'arrière fond idéologique ou moral . En ce qui concerne celle qui nous préoccupe, la réforme des programmes de l'école primaire et des collèges et par voie de conséquence des horaires, des méthodes, de la place accordée à chaque discipline, nous en avons vu, hier, le volet technique, " la ratatouille " des horaires, des services des enseignants, des découpages hebdomadaires . Un premier abaissement, nous dirons, économique .

Le deuxième abaissement est moral .

Ce projet de réforme a au moins un mérite, le mérite de la clarté . " Pourquoi prive-t-on les collégiens de l'enseignement des Lumières, précisément au moment où triomphent la barbarie et l'obscurantisme " ? Excellente question du linguiste Alain Bentolila . En effet, Voltaire, J.J. Rousseau, Diderot, d'Alembert, donc " l'Encyclopédie ", donc la Tolérance, la Justice, les Libertés, les inacceptables privilèges ne seront plus enseignés à nos enfants . La connaissance de ces grands auteurs devient facultative, laissée à l'appréciation des professeurs, qui sont abandonnés, ainsi, seuls, face à toutes les pressions fanatiques . Une infamie !

Le latin disparaît à son tour . On coupe le lien avec notre langue . " On retire la mère à la fille ", dénonce Régis Debray . Il ne s'agit pas de défendre la position intenable du " latin pour tous ", en vigueur dans l'après guerre, mais de dire que la disparition totale des langues anciennes de notre éducation, est une mesure de " déculturation " , de " désidentification ", d'abandon de la langue à une pseudo - modernité mercantile .

L'enseignement de l'Allemand est sacrifié . La suppression des " classes bilingues ", jugées par Mme la Ministre trop élitistes, 275 000 élèves concernés, tout de même - au-delà du message d'éloignement de l'idée de l'Europe, envoyé aux bons élèves - confirme la direction prise par ce déni culturel et politique, en faveur d'un " anglais de comptable " , d'un utilitarisme des plus vulgaires .

Venons-en à la question qui me tient à cœur, entre toutes : le sort de l'enseignement de l'histoire . Si je devais me convaincre que le parti Socialiste se veut l'acteur de la marginalisation " définitive " de l'enseignement de l'histoire, c'est " définitivement " que je le rangerais, pour ma part, dans les armoires de la plus haïssable réaction .

Si l'on examine attentivement les programmes du cycle 4 au collège, on ne peut que s'étonner de la place faite à l'Islam par rapport au Christianisme et au Rationalisme des Lumières .

Réduire l'influence du Christianisme, en Europe et en France , au seul thème " de la société rurale encadrée par l'Eglise ", est une manipulation historique . Ne pas faire de la philosophie des Lumières un axe majeur de notre enseignement est " un attentat contre notre identité " .

Le renoncement à la chronologie, encore une fois définitivement acté, aux savoirs constitués, en faveur de regroupements par thèmes, où les professeurs iront piocher au gré des intérêts manifestés par les élèves, d'un émiettement des programmes, est catastrophique . La chronologie permet de classer et donc de mettre en mémoire les faits historiques dans leur progression . Si les élèves les découvrent de façon aléatoire, sans organisation, ils ne les fixeront pas . Le respect de la chronologie n'est pas en contradiction avec la contextualisation d'évènements ou de personnages . Elle éclairera d'autant mieux des questions actuelles qu'elles auront été étudiées à leur juste place .

On ne peut comprendre que sur la base de ce qu'on a appris précédemment . C'est pourquoi, on ne peut pas remettre en question les disciplines, car ce sont elles qui réorganisent le savoir de manière séquentielle : ce sont elles qui permettent, à chaque professeur, et ce sont elles seules, de poser la question fondamentale dans toute pédagogie véritable : " Par quoi on commence " ?

C'est le principe de l'ordre énoncé par Descartes, au XVIe siècle, puis repris par Condorcet .

Le rôle essentiel du professeur est de reconstituer un savoir dans un ordre intelligible . La possibilité de multiplier les impasses, inscrite dans la réforme, contredit complètement cet apprentissage séquentiel .

Comment comprendre la révolution française sans connaître les philosophes des Lumières et les guerres de Religion ?

Partir de " l'intérêt des élèves " est aberrant .

Puisque " les intérêts " surviennent dans la conversation, parlons-en ! Il y a bien des intérêts qui vont sortir vainqueurs de cette " carabistouille " . Les intérêts des agences de tourisme, des entreprises hôtelières et des stations de ski . Car, détacher du projet de réforme, le nouveau calendrier scolaire des trois années à venir, annoncé il y a deux semaines par la Ministre, n'aurait pas de sens .

On y découvre des changements incongrus qui ne plairont qu'aux professionnels du tourisme et aux 8% de français qui vont au ski . C'est simple, tout a été fait pour concentrer les vacances sur la période d'hiver . Congés de février avancés, congés de printemps avancés aussi, et tant pis, s'il restera, après, aux élèves, à enchaîner onze semaines pour atteindre les vacances d'été : entre le 18 avril et le 5 juillet .

Que voulez-vous : après le 18 avril, il fait trop chaud et la neige fond !

Si F. Hollande laisse passer ce projet de réforme, " le collège sera devenu un grand cimetière pour enfants fragiles ", s'indigne Alain Bentolia .

NB : d'après le dossier du magazine Marianne ( No 941 ), " Le massacre des Innocents " et l'éditorial de Jacques Julliard .

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 14:51
lusile17.centerblogs.com

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" Quand une société ne peut pas enseigner, c'est qu'elle ne peut pas s'enseigner, c'est qu'elle a honte, c'est qu'elle a peur de s'enseigner elle-même ... Une société qui ne s'enseigne pas est une société qui ne s'aime pas ; et c'est précisément le cas de la société moderne " . ( Charles Péguy, " Pour la rentrée ", Les cahiers de la quinzaine, 11 octobre 1904 ) .

A cent dix ans de distance, Charles Péguy décrit avec la plus grande minutie l'avenir de l'école républicaine : une société qui ne s'aime pas abandonne son école à tous les vents mauvais .

C'est à la bonne élève de la classe du " gouvernement ", en apparence très lisse, et pourtant déterminée dans l'obéissance au maître, Najat Vallaud-Belkacem, que F. Hollande a confié la tâche d'échouer le navire " école " sur les plages du néolibéralisme .

Les propositions du Conseil Supérieur des Programmes présentées cette semaine sont la traduction de cet échouage que l'on peut résumer ainsi : " Adieu au collège unique, vive le collège moyen, où des élèves moyens vont apprendre des choses moyennes ", dit le chroniqueur du magazine Marianne, Laurent Nuñez .

Les " apparatchiks " inamovibles de la Rue de Grenelle, ceux qui désignent une piscine, par la poétique circonvolution : " milieu aquatique profond standardisé " ; l'apprentissage de l'écriture par : " maîtriser le geste graphomoteur qui permet d'automatiser progressivement le tracé des lettres " ; et la dictée par : " exercice de vigilance orthographique soutenu par l'enseignant " ; les apparatchiks ont définitivement gagné la bataille .

Le premier geste concerne la primarisation du collège . Après la maternelle, école primaire et collège sont associés en quatre cycles qui enjambent allègrement la si " terrifiante " entrée en 6e .

Le cycle 2 comprend le CP, le CE1, le CE2 ; le cycle 3 regroupera le CM1, le CM2 et la 6e ; le cycle 4, la 5e, la 4e et la 3e .

Au sein de chacun des cycles, les redoublements sont interdits ; ils coûtent trop cher ( 2 Mds € en postes d'enseignants ) ; il faut y substituer " les attendus " . Ce sont les " objectifs de compétence " à atteindre, assignés à chaque cycle, comme aujourd'hui, mais qui ne sont plus exigés, ils sont seulement " attendus " : et tant pis si les élèves en difficulté achèvent de se noyer dans l'échec, n'ayant jamais eu le temps d'apprendre à lire .

Le deuxième geste castrateur est à chercher dans le retour en fanfare du concept d'interdisciplinarité, où l'on apprend que " plus d'heures signifie en fait moins d'heure " ( Laurent NUñez ) .

C'est une révolution : les " EPI " , ( Enseignements pratiques interdisciplinaires ), où les élèves n'ont pas cours mais " bricolent " . J'assume le mot . Ils devront, eux-mêmes, balisés par deux ou trois professeurs, présenter des exposés, réaliser des maquettes, mener des enquêtes, etc ... En terme de révolution, nous sommes loin du compte . Tout ces dispositifs existent déjà et " vivotent ", quand ils ne sont pas purement et simplement abandonnés par les professeurs tant leur inanité est évidente : les TPE au Lycée, les PPCP en Lycée professionnel, les IDD au collège ... Exercices totalement discrédités par l'existence d'internet et la pratique du " copier-coller " .

Et tout cela pour voler des heures de cours aux Mathématiques, au Français et à l'Histoire : 2 H de cours en moins en 6e ( 2 H de soutien en Maths et en Français, accordées en groupe réduit, aux élèves en difficulté ) ; 1h en 5e ; 4 h 30 en 4e ; 6 h 30 en 3e .

Cette interdisciplinarité s'accompagne d'un deuxième volet, insidieux : la polyvalence des Professeurs . Il fallait en finir avec l'enseignement disciplinaire," Le rêve caché du ministère depuis vingt ans ", rabaisser les diplômes et demain réduire le temps de formation des enseignants . Dès la rentrée 2016, pour les classes de 6e, l'horaire des professeurs de physique, de biologie et de technologie sera globalisé, l'un pouvant se substituer à l'un des deux autres à tout moment : absence, formation continue, réunions, élaboration de sujets d'examen ... Le remplacement à la chaîne, même si la technologie n'a que peu de points communs avec la biologie ou la physique . Mais les parents seront contents et les rectorats plus tranquilles .

C'est égal, les élèves auront un adulte devant eux, même pour faire seulement acte de présence .

L'espace imparti à ce billet ne me permet pas d'aller plus loin . Je poursuivrai donc demain, à propos de la Littérature, du Latin, des Classes européennes et de l'Histoire .

Repose en paix, cher Condorcet : Najat Vallaud-Belkacem veille sur ton héritage . " Il faut enseigner ce qui permet de ne point dépendre " .

NB : d'après le dossier de Marianne No 941 ( Le massacre des Innocents ) .

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 14:35
" L'institutrice du peuple " (1) .

" Généreux amis de l'égalité, de la liberté, réunissez-vous pour obtenir de la puissance publique une instruction qui rende la raison populaire ou craignez de perdre bientôt tous les fruits de vos nobles efforts . N'imaginez pas que les lois les mieux combinées puissent faire d'un ignorant l'égal de l'homme habile et rendre libre celui qui est l'esclave de ses préjugés " ( Condorcet ) .

(1). " La République doit être l'institutrice du peuple ", ( Jules Barni, philosophe et député, 1818- 1878 ) .

" L'école républicaine " est envoyée au front, mais ne nous enfume-t-on pas avec un slogan dont aucun politique n'est capable de nous donner une définition claire, tout simplement, parce que depuis trente ans, on en a déconstruit l'architecture ?

La thèse républicaine fondatrice, qui suit, a été attaquée de toute part : le progrès des lumières politiques est conditionné par le progrès des lumières générales donc par le progrès de l'instruction publique .

Cette thèse est remarquablement résumée par Condorcet : " Même sous la Constitution la plus libre un peuple ignorant est esclave " .

Condorcet mettait déjà le doigt sur la contradiction dans laquelle les politiques plongeraient, un jour, l'école dont il rêvait : une approche pour une école " démocratique ", on pourrait dire social-démocrate, mais certainement pas une approche pour une école républicaine, conforme à l'avis majoritaire après un débat éclairé entre les citoyens .

En trente ans, les consultations sur l'école - associant enseignants, parents d'élèves, élèves et experts de l'éducation - se sont multipliées, plusieurs dizaines, après lesquelles, ce sont toujours les experts qui ont eu le dernier mot .

Je rappellerai seulement celle de Claude Allègre, sur le lycée, en 1998, dont le questionnaire adressé aux lycéens, commençait par cette question, biaisée et démagogique : " Vous ennuyez-vous au Lycée " ? On n'a pas de temps à perdre avec les finalités de l'école républicaine : " Instruire les futurs citoyens pour qu'ils se conduisent eux-mêmes et puissent jouir de la plénitude de leurs droits " ( Condorcet ), non, on fait " parler les jeunes " pour les empêcher de prendre vraiment la parole .

Aussi, fait-on l'apologie des bons sentiments - on organisera les visites de casernes de pompiers, de maisons de retraite, de crèches - pour remettre à plus tard la connaissance des principes ; on fait l'apologie de la " civilité " ( Ségolène Royal, ministre des enseignements scolaires sous le gouvernement Jospin ) pour ne pas instituer une véritable citoyenneté ; on ne bannit pas l'apprentissage du respect, mais c'est un respect réduit à la politesse, et non le respect de l'opinion de l'autre, de toutes les opinions ; on parle des " jeunes " et non pas des " élèves " ; on commence à marginaliser les idées d'instruction, de culture et d'enseignement au profit du " débat permanent entre les opinions des jeunes " ; les activités remplacent les cours ; les projets remplacent les programmes . On va proposer aux élèves " une culture commune des jeunes ", jamais définie, au lieu d'une culture générale de l'humanité . C'est un processus de déscolarisation de l'école qui se met en place au cours des années 1990 , comme si on voulait pactiser avec l'ignorance .

Dans ces années 1990, l'exercice majeur, - au lycée - d'apprentissage à la vie sociale et à la citoyenneté républicaine, la dissertation philosophique, littéraire ou historique, invitant à la confrontation réfléchie des thèses, à l'élaboration programmatique, à l'exposé clair d'arguments, à un effort de mise en forme, fut violemment attaqué par les pédagogistes, restant dès lors fortement décrédibilisé, amputant le lycée de sa mission " de laboratoire d'une opinion publique éclairée " .

N'oublions pas les débats récurrents, comme celui consistant à comparer " les 35 heures de lycéen à l'école " aux 35 heures du travailleur à l'usine : comme si l'on pouvait mettre sur le même plan le travail scolaire qui est formation personnelle et culture générale et certainement pas productivité marchande immédiate .

N'oublions pas les débats sur " l'école qui doit diffuser des savoirs ", alors que les " savoirs " ne s'adressent à personne, contrairement aux disciplines scolaires qui sont des connaissances précises adressées à des élèves réunis dans des classes, aux fins de les recevoir .

La langue des " Sciences de l'éducation " est symptomatique de la démarche engagée, tourner le dos au modèle républicain : on parle des " jeunes " et non pas des élèves, disions-nous ; on parle de " personnes ressources " et non plus de professeurs ; de " savoirs " et non de disciplines scolaires ; de " culture commune " et non de culture générale ; " d'activités " et non de cours ; de " sensibilisation " et non d'instruction .

On enrichit cette " novlangue " d'épithètes bien pesées : les programmes " trop chargés " ; les disciplines " repliées sur elles-mêmes " ; le baccalauréat , " une loterie coûteuse " ; la correction des professeurs " subjective " ; " traumatisante ", la notation chiffrée ...

Pour son malheur, les " docteurs " en charge de la santé de l'école républicaine, avaient décidé de remplacer Condorcet et Jules Ferry par Baden- Powell, processus où l'aphorisme du philosophe Alain vient prendre toute sa place : " On berce au lieu d'instruire " !

L'école, à un certain moment, a frisé le " boy-scoutisme ", il vaut mieux le savoir .

D'un partage imposé des bons sentiments on ne tirera jamais la moindre définition d'un principe ; la réalité exige une étude sérieuse, approfondie, critique ; si l'on y préfère une confrontation ludique d'impressions furtives, on n'a plus besoin d'apprendre ou d'enseigner .

Dans l'école démocratique - et non républicaine - où l'on joue le " tout préventif ", où l'on accepte que l'acte répréhensible puisse rester " impuni ", pourquoi s'étonner de la montée de la violence ?

De renoncements répétés, en mystifications idéologiques confortées par les manipulations pédagogistes, nous avons oublié que l'école républicaine devait former " une raison publique critique et éclairée " .

Et maintenant, on exige d'elle qu'elle répare tous les errements politiques de ces trente dernières années, ceux de nos gouvernants, ceux des intellectuels, ceux de l'aristocratie médiatique ... tous ceux qui ont voulu maquiller en progrès sa dégradation .

Comment les professeurs pourront-ils " élever " vers un débat organisé, éclairé, critique et respectueux des opinions différentes, des élèves de troisième qui n'ont que " 500 mots " à leur disposition, sur des thèmes aussi lourds que république, religion, liberté de conscience, liberté d'expression, séparation des églises et de l'état, dogme, raison scientifique mais aussi assassinat, tuerie ou terrorisme ?

Pas par du " replâtrage ", Madame la Ministre, comme semblent l'indiquer vos premières annonces . Tout est à reprendre, de A à Z, comme on dit . Et il n'y a aucune minute à perdre .

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 14:47
toutes-a-l-ecole.org

toutes-a-l-ecole.org

" Déséquilibrée dans ses fondements axiologiques originaux l'école fait tanguer à son tour la cohésion nationale et sociale " . ( Nathalie Mons, Maître de conférence à l'Université de Cergy Pontoise, sociologue ) .

L'universitaire écrit ces mots - certainement exagérés, en ce qui concerne la deuxième proposition - après l'affaire Merah de Toulouse, alors que déjà, les politiques demandaient aux enseignants de faire respecter une minute de silence dans nos écoles et d'organiser des débats, comme cela avait été le cas pour le 11 septembre 2001, " à chaud ", sans réflexion préalable et surtout sans aucun soutien .

Suite au drame de " Charlie Hebdo ", ils réitèrent le même scénario, en répétant les mêmes errements et les mêmes insuffisances , et puis s'étonnent des résistances apparues . J'en veux à la Ministre de l'Education Nationale .

Et Nathalie Mons d'interpeller, avec la plus grande clarté, les politiques et les responsables du monde éducatif : " Si, dans le cadre de ce drame, les élites éducatives n'ont pas été capables de définir à l'adresse des enseignants, ces valeurs et ces normes qui fondent la cohésion sociale à la française, c'est parce que depuis trente ans, les politiques scolaires ont progressivement déconstruit cet ensemble de valeurs et de normes qui fondaient la fameuse " école républicaine " .

Nous avons pu remarquer, ces derniers mois, avec quelle attention nos politiques s'attachaient à ne plus parler de l'école sans y ajouter, aussitôt, l'épithète " républicaine " . Bon réflexe, en soi, mais, quelle profondeur mettent-ils dans le qualificatif . Je pense qu'ils avaient oublié, ce que rappelle la sociologue, que : " La formation vise à fonder une compréhension rationnelle scientifique du monde qui s'oppose à la culture religieuse ... " .

Il est donc grand temps de soumettre à la société une réflexion sur l'essentiel, je veux dire : " le fondement républicain de l'école " . Au diable les réformes " pédagogistes ", les activités d'éveil , bavardages emphatiques qu'on veut nous faire cautionner depuis trente ans, à travers une formule tarabiscotée, de 1989 : " l'élève au centre du système éducatif . Le " fond ", rien que le " fond " .

Et si, enfin, cette proposition, était acceptée, il ne faudrait pas avoir peur d'affronter l'histoire .

Si l'école, dans sa forme républicaine, prend sa source chez Condorcet ( Les mémoires sur l'instruction publique ), si c'est Jules Ferry qui la mettra en œuvre sous la Troisième République, paradoxe de l'histoire, ce sont François Guizot et Victor Cousin - l'historien et le philosophe - qui en ont été les véritables penseurs, et ce sous la Monarchie de Juillet . Je laisse aux historiens le soin de nous expliquer pourquoi l'histoire de la République a préféré laisser tomber dans l'oubli, leur apport, et la Loi Guizot sur l'instruction primaire de 1833 .

Ces points feront l'objet d'un autre billet .

Guizot et Cousin voulaient développer un état de droit fondé sur une philosophie de l'histoire, le rationalisme comme réalisation du système du savoir et surtout une instruction primaire et secondaire comme un travail mené par la société sur elle-même, liant l'histoire de la pensée et l'histoire de l'école .

Que voulaient-ils dire ? Que " la raison change le monde dès qu'on promet à chacun de la faire dominer en lui-même ", et donc que " toute école est une école de la raison " , excusez du peu !

Ils tentaient de faire passer le message universel que l'école n'était pas faite pour les seules jeunes générations parce qu'à travers elles, c'est l'humanité tout entière qui était visée .

C'est à ce titre qu'ils ne considéraient pas l'école comme un service public ordinaire, mais comme une magistrature, donc un pilier de la République : " Elle n'est pas un service que l'Etat rend aux personnes privées, par exemple aux familles, mais une fonction liée à sa nature " , et c'est pourquoi l'école ne dépend pas des préfets mais d'une magistrature universitaire spécifique " les Recteurs " .

L'objet de l'école est de faire l'homme avant le citoyen et le citoyen avant le consommateur . Ce seul constat montre, s'il en était besoin, la profondeur des dérives que la société libérale a imposées à l'école .

L'école de Guizot et Cousin n'est pas encore démocratique - les filles sont oubliées - mais elle est déjà républicaine .

Dans les circonstances actuelles, le rappel de la " Lettre aux instituteurs du 17 novembre 1883 ", signée Jules Ferry, ne me paraît pas inopportun : " Si parfois vous êtes embarrassés pour savoir jusqu'où il vous est permis d'aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous vous pourrez vous tenir . Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s'il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire . demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent dans votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il vous entendrait dire . Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment, car ce que vous allez communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre sagesse, c'est la sagesse du genre humain, c'est une de ces idées d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l'humanité " .

Il va de soi que dans cette lettre, les mots les plus importants sont : " honnête homme ", " de bonne foi " et " idées d'ordre universel ", parce qu'on ne tue pas pour une opinion .

Madame la Ministre, l'actualité de tous ces discours, nous montre à quel point nous devons faire preuve de fermeté sur les principes originels si nous ne voulons pas que notre école soit emportée par les dérives démagogiques et obscurantistes qui la menacent depuis trop longtemps .

(1) . Source : " De l'école à la République : Guizot et Victor Cousin ", Jacques Billard, PUF, Paris, 1998 .

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 14:58
On masque, on efface, puis on éradique ...

" Ce n'est pas vrai qu'autrefois tout le monde avait le certificat d'études . En 1940, la moitié d'une classe d'âge ne l'obtenait pas " . ( Antoine Prost, historien de l'école ) .

Le classement PISA, ( Programme international pour le suivi des acquis des élèves ), de l'OCDE, a montré, l'année dernière, combien la France chutait ( 25e place sur 65 pays ), dans le domaine des compétences scolaires acquises par les jeunes de 15 ans, insistant surtout sur l'augmentation des inégalités sociales dues à l'école .

L'enquête PIRLS ( Progress In International Reading Literacy Stady ), Association internationale pour l'évaluation des acquis scolaires, en dit plus, relevant l'effondrement de la capacité de lecture des écoliers français, relégués à la 29e place sur 45 pays concernés .

Les écoliers français réussissent à 67% dans les QCM ( Questionnaires à choix multiple ), mais seulement à 40% les exercices d'expression . " Plus la réponse attendue doit être élaborée, plus le score des écoliers français diminue ", précise l'enquête, ajoutant qu'ils font partie de ceux qui rendent leur copie avec le plus de réponses manquantes . L'enquête souligne également, un point rarement commenté, à savoir que la baisse de qualité atteint aussi les bons élèves : seuls 5% d'élèves accèdent à une " compréhension élaborée des textes " .

Le Ministère se voit contraint, face aux publications internationales de donner ses propres études qui reconnaissent une chute de niveau en calcul, dès la fin des années 1980, et la même chute, en lecture, à la fin des années 1990 .

L'une d'entre elles, menée par le CEDRE ( Cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon ), pointe par exemple " l'affaiblissement de l'assimilation par les élèves d'une culture historique et géographique qu'on ne saurait expliquer par les changements de programme ", ce qui signifie, en termes non technocratiques, que la part des élèves qui ne savent rien en histoire et géographie, c'est à dire, ceux qui " ont du mal à interpréter des informations auxquelles ils ne peuvent donner sens ", s'est accrue de presque 20%, en quelques années .

Regrettons que le Ministère se refuse à incriminer, même pour une partie, les changements frénétiques de programmes, qui agite en permanence, sa bureaucratie .

Dans le même temps, le Ministère reconnaît que " la proportion d'élèves, dans le groupe de niveau le plus élevé, est passée de 10% à 6% " , ces résultats étant imputés à la non maîtrise de la lecture .

Un rapport de l'Inspection Générale de 2013, enfonçait le clou, soulignant que le sabordage de la formation des maîtres, avait entraîné une aggravation de la situation, " la majorité des maîtres ne disposant plus des cadres théoriques minimaux, qui leur permettaient d'être lucides quant à leurs pratiques " .

Complétons le constat avec ces mots du mathématicien Cédric Villani ( Médaille Fields ), " En maths, les horaires ont été réduits, les programmes se sont vidés et les exigences de démonstration sont moins fortes " .

Pendant des années le Ministère a tenté de masquer toutes ces dérives : de la très euphémisante " harmonisation des notes " au baccalauréat, au glissement du Baccalauréat Professionnel en baccalauréat général ; de la suppression des redoublements en fin de 6e, de 4e ou de 1e, qui remonte maintenant à une dizaine d'années et qui a fait diminuer ces derniers de 180 000 à 70 000, au collège, à une orientation en Lycée professionnel, après la 3e, au forceps, en supprimant les commissions d'affectation pour y substituer une affectation par informatique, totalement absurde .

Mais tous ces subterfuges ne suffisant plus, on passe, avec Mme Vallaud Belkacem, à l'étape suivante : l'éradication de toutes les aspérités qui gênent, en vue de créer " un consensus lisse ", son rêve .

Eradication de la note de 0 à 20 ; suppression généralisée de tous les redoublements ( 1Md d'€ d'économies, pour faire plaisir à M. le Président ) ; marginalisation de " l'écriture manuscrite longue ( plus de 10 lignes ), l'effort d'écriture rebutant les élèves, on doit le leur épargner ... " ; interdiction de faire lire les élèves, à haute voix, en classe, afin de ne pas les humilier qui rejoint, celle plus ancienne, du " par cœur " qui n'était qu'un exercice niais, puisque ne sollicitant que la mémoire, comme si la mémoire n'était qu'un outil très subalterne de l'intelligence . etc ...

Mais, l'escamotage des mauvais résultats va être illuminé par une trouvaille de génie : " le miracle numérique " . La Ministre a atteint l'extase quand elle nous a annoncé ( après une déclaration présidentielle, en conférence de presse ) : " Nous allons faire entrer l'école dans l'ère du numérique, une opportunité fantastique pour réduire les fractures sociales, scolaires et culturelles " . Pensée magique ! Le dixième plan numérique, depuis celui de Laurent Fabius, en 1985, et ses célèbres " MO5 ", qui sauva l'entreprise Thomson de la faillite .

En 2016, on distribuera dans les collèges, une tablette aux 800 000 élèves de cinquième . Et, tant pis, si à peine la moitié des professeurs y croient, bien placés pour savoir que si la technologie peut faciliter le travail des élèves et des enseignants, elle ne remplacera pas l'acquisition des bases qui se dégrade du fait de la réduction des temps d'apprentissage . Eux savent que les écrans n'ont d'utilité qu'une fois les apprentissages de base acquis, pour bien savoir s'en servir .

Mme la Ministre, soyons sérieux : " Ce qui ne marche pas sur le papier ne marchera pas mieux sur les tablettes " !

Et si l'on se demandait pourquoi les grands pontes d'Apple, Google ou Yahoo prennent soin de mettre leurs enfants dans des écoles déconnectées, n'utilisant que tableaux, livres, cahiers et crayons, nous apprend la presse américaine ?

Et puis, Mme la Ministre, si l'on redonnait du courage à tous ces enseignants de l'école primaire ? Ils sont les moins bien payés d'Europe, leur pouvoir d'achat a chuté de 40% depuis 1981, leurs salaires sont gelés depuis quatre ans .

Ne voyez-vous pas ce qu'il vous reste à faire ?

NB : A partir de l'article de Marianne ( No 921 du 12 décembre 2014 ), " L'école en échec scolaire ", de Eric Conan, Vladimir de Gmeline et Hervé Nathan .

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