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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 14:03
Friche industrielle ( Roubaix ) .

Friche industrielle ( Roubaix ) .

" L' analyse des différentes étapes de la désindustrialisation en France, depuis le début des années 1980, met en évidence que certaines dynamiques défavorables enregistrées depuis la crise de 2008 étaient déjà à l'oeuvre depuis trois décennies " ( INSEE, décembre 2012 ) .

Au début des années 1980, responsables économiques et dirigeants politiques décident que la France n'a plus à être une nation industrielle mais un pays de " services " ce qui implique que nos producteurs, ouvriers et techniciens, n'ont plus vocation qu'à devenir des vendeurs .

A coups de délocalisations, vers l'Europe de L'Est, la Chine, le Maroc, ou l'Amérique, l'industrie nationale est dévitalisée, les emplois industriels pérennes transformés en emplois de services plus facilement modulables, " précarisables ", individualisables, et moins facilement  " syndicalisables " . Le problème subséquent est que le nombre de nouveaux emplois créés dans les services, mais découpés à souhait en temps partiels, hachés en séquences, modulés, n'atteindra jamais le niveau des emplois durs détruits dans l'industrie .

La France s'engage allègrement dans le processus tandis que l'Allemagne et les pays du nord de l'Europe se montrent plus prudents et préservent leur outil industriel .

Le nombre de friches industrielles qui hantent les périphéries de nos villes quand on traverse le pays est là pour nous rappeler cette magistrale faute de nos dirigeants . Soyons clairs : les considérations financières, du type, augmentation des profits immédiats, ne sont pas étrangères à cette transformation économique tout comme l'appétit sans limite des actionnaires français .

La racine du mal, du chômage de masse durable et enkysté dans la société, est là et pas dans le code du travail ou les rigidités dites " structurelles " de notre société . 

L'étude de l'INSEE, dossier spécial daté du 20 décembre 2012 au soir, et passé presque inaperçu, décrit les quatre étapes de la désindustrialisation du pays, du début des années 1980 à l'après crise de 2008 .

Première période . De 1980 à 1989, la part de l'emploi manufacturier, production des biens de consommation, dans l'emploi total est passée de 22,1% à 17,8% . On pense d'abord à la crise de l'industrie textile . En fait, le phénomène n'est pas encore appréhendé par le grand public car ce premier décrochage est surtout dû à un changement d'organisation des entreprises, et ce qu'on appelle " l'externalisation des activités " qui ne font pas partie du coeur de métier de l'entreprise : essentiellement des services comme la comptabilité, l'entretien, le marketing . Artefact qui représente  25% de la baisse de l'emploi industriel, tout de même . 

Parallèlement à ce phénomène, la part de la " valeur ajoutée "  ( taux de profit ) de ces biens diminue de 20,6% à 17,7%, ce qui indique que nos produits deviennent moins bons et donc moins compétitifs parce qu'on néglige leur qualité, censée se faire ailleurs et que les entreprises investissent moins dans la modernisation de l'outil de travail .

Deuxième période . La part de l'industrie manufacturière continue de diminuer, en termes d'emplois qui passent de 17,8% à 14,3% et de valeur ajoutée qui baisse de 17,7% à 15,2% . Cependant, les prix restent stables, en raison de gains de productivité - donc d'exploitation du travailleur - permettant de maintenir la compétitivité- prix de la France et donc un commerce extérieur positif à + 10,5 Mds d'€ en moyenne, sur la période, chiffre qui masque le déclin industriel .

Troisième période . De 2001 à 2007, le poids de la valeur ajoutée passe de 15,2% à 11,9% et la part de l'emploi de 14,2% à 12% Le rythme de la désindustrialisation s'accélère, en particulier par rapport aux voisins européens et au passé ; le solde extérieur s'inverse, de +10,5 Mds en 2000 à - 10,7 Mds en 2007 . La dégradation devient très visible, mais personne ne s'en émeut . On la cache par du traitement social .

Quatrième période . Le mouvement s'accélère, tous les symptômes s'aggravent . L'emploi perd - 1,3%, la valeur ajoutée - 1,8%, le taux de marge des entreprises s'effondre de 33% à 28%, les prix sont trop bas pour refaire des marges parce qu'il faut faire " passer la pilule " de la pression sur les salaires et celle de l'austérité, les exportations à haute et moyenne technologie sont en baisse, le solde commercial atteint des records . ( Dans le même temps l'Allemagne investit dans la recherche pour maintenir sa production haut de gamme et préserve sonindustrie : en 2013, l'industrie représente encore 21,8% du PIB allemand, quand elle ne représente plus que 10,2% en France ) .

L'INSEE explique : les entreprises investissent moins dans la modernisation de l'outil de travail, dans la recherche et le développement, les grands groupes étranglent les moyennes entreprises qui ne peuvent se développer pour atteindre la taille nécessaire à l'accès au commerce international .

" Tu seras vendeur, mon fils ", dit le père . " Mais il n'y a plus rien à vendre ", répond le fils .

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 13:46
Photo du site : " pleinchamp " .

Photo du site : " pleinchamp " .

Le dindon de la farce : pour expliquer l'origine de l'expression, restons simples . Pour être mangé le dindon doit d'abord être plumé et donc en argot dupé . Puis, comme on le sert le plus souvent farci, évoquer sa farce paraît évident . A quoi bon remonter " aux farces " du Moyen-Age alors que le dindon n'était pas connu en Europe .

Si les Américains avalent 45 millions de dindes pendant la fête nationale de " Thanksgiving " ( 4e dimanche de novembre ), c'est pour rendre hommage à cet étrange volatile qui a sauvé de la faim les premiers colons européens débarqués sur le continent nord-américain : une grosse poule exotique qu'ils goûtaient pour la première fois ... " 

La tradition veut que ce jour-là le Président des EEUU  gracie un de ces " Meleagris gallopavo " .

Depuis, les dindes exportées dans la vieille Europe ont prospéré et la dinde aux marrons est même devenue le plat préféré des Français pour le réveillon de Noël : à cette occasion, nous en avalons plus de 2 millions et sommes devenus le troisième plus gros amateur de la planète .

Le problème est que " la bonne grosse dinde fermière des fêtes n'est plus qu'une illusion " : 95% des " Meleagris gallopavo " que nous savourons sont d'origine industrielle .

Rappelons donc ce qu'est notre pauvre dinde standard . 

Les pauvres bêtes s'entassent à cinq par mètre carré, dans des bâtiments sans fenêtre qui peuvent contenir jusqu'à 7500 congénères, dans un air saturé d'ammoniac à cause des déjections au milieu duquel elles souffrent de problèmes respiratoires et de lésions cutanées .

Au bout de quelques semaines, les femelles partent pour l'abattoir et ne sont conservés que les mâles qui ont l'avantage de grossir plus vite pour une même quantité de granulés . Histoire de les rendre plus voraces on descend la température du poulailler à 15° C., le dindon ne prenant alors pas " plus de fesses " mais de la poitrine : les ingénieurs agronomes l'ont en effet sélectionné pour qu'on puisse tailler dans son poitrail " bodybuildé ", qui représente 70% de la valeur commerciale de l'animal, le maximum de filets et d'aiguillettes . 

Devenu obèse jusqu'à afficher 22 kilos sur la balance en fin d'engraissement, le dindon accumule boiteries et ulcères . Au bout de 22 semaines, c'est l'exécution . Le dindonneau est suspendu par les pattes, la tête en bas, plongée dans un bac d'eau électrifiée, puis décapité .

Assaillis par une indignation tout à fait justifiée, certains envisagent de se rabattre uniquement sur les marrons pour fêter Noël, afin de ne plus faire souffrir personne . C'est une réaction méritoire . Mais pendant combien de temps encore pourra-t-on se régaler avec nos châtaignes d'Ardèche, bien françaises ? Les larves d'une " micro-guêpe chinoise " ravagent depuis 2005 nos châtaigneraies déjà menacées par des cultures plus rentables comme la pomme de terre et les céréales . Aujourd'hui, la France ne produit plus que 6000 tonnes de châtaignes par an, sept fois moins que dans les années 1960 .

Le résultat est que nous importons de plus en plus de châtaignes de l'Empire du Milieu qui est devenu, en vingt ans, le premier producteur mondial de ce fruit .

En clair : " Après avoir été les dindons de la farce nous serons bientôt marrons " .

 

NB : Le Canard Enchaîné du 21 décembre 2016, " La dinde du Père Noêl " .

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 15:09
Il était réputé insubmersible !

Il était réputé insubmersible !

Quelques minutes avant la collision avec un iceberg, on dansait dans les salons des ponts supérieurs du Titanic ...

Dans un rapport accablant et alarmiste, en date du 5 octobre 2016, le FMI met en garde les Etats, sur la situation de la dette mondiale . Elle atteint, en ce deuxième semestre 2016, la somme de 152 000 Mds de dollars, un montant jamais atteint . Cette somme représente plus du double de la richesse mondiale ( 225% exactement ) . " Et personne ne s'en soucie ... "

Les deux tiers de cette dette proviennent du secteur privé mais la dette publique des différents pays a également explosé depuis la crise financière de 2008 . Ce phénomène a été favorisé par des taux d'intérêt très bas, parfois négatifs, imposés par plusieurs banques centrales . Beaucoup de gouvernements se sont endettés au travers de programmes de relance pour tenter de faire repartir des économies nationales atones - c'est le cas des USA - tandis que l'Europe finançait elle ses banques, en leur rachetant les produits " pourris " achetés par ces dernières avant la crise financière .

La plus grande partie de la dette est évidemment concentrée dans les pays riches même si la Chine a beaucoup plus emprunté qu'auparavant, ces dernières années . Mais, même si les pays pauvres sont relativement moins endettés, et pour cause, ils ont eu tendance à avoir davantage recours au crédit ce qui les précarise beaucoup en cas de nouvelle crise .

Cette énorme dette mondiale pose trois gros problèmes, selon le spécialiste de la finance, Marc Fiorentino ( MonFinancier ) .

Et le premier problème, c'est bien cet océan de dettes qui recouvre la terre mais qui n'a pas relancé l'économie . Forcément, puisque ces sommes prêtées aux banques privées à taux zéro, par les Banques Centrales pour irriguer l'économie, ont été orientées vers la spéculation : ce sont les, aujourd'hui, très connus 700 000 Mds de $ qui circulent entre les places boursières mondiales à la vitesse de la nano-seconde .

Le deuxième souci est bien dans la définition de ce qu'est une dette : une dette, cela se rembourse . Mais comment pourrait être remboursée une dette deux fois plus importante que l'économie mondiale, cumulée ?

Il va bien falloir se poser la question du niveau de cette dette - voire d'une partie de sa légitimité . Le monde ne peut continuer longtemps à vivre sur une " effroyable supercherie " où la nature des échanges commerciaux - la confiance, aiment à dire les économistes - va exploser en vol .

Le troisième danger est immédiat : la hausse des taux d'intérêt qui se profile à l'horizon .

Les banquiers ne cessent de pleurer sur les pertes que leur occasionnent les taux trop bas, même s'ils se sont grassement payés sur " la bête " grâce à l'augmentation exponentielle des " frais bancaires ", en compensation . Or le FMI pointe que 1/3 des banques européennes connaissent des difficultés majeures . Elles vont donc obtenir très vite l'autorisation de relever ces taux, d'autant plus que le pétrole et l'énergie en général vont augmenter très sensiblement en cette fin d'année, à la suite du dernier accord des pays de l'OPEP .

L'augmentation des taux d'intérêt conjuguée à celle de l'énergie vont entraîner que des déficits publics déjà abyssaux, et il en sera de même pour les entreprises, vont devenir incontrôlables . Et à la clé, c'est le chômage qui le deviendra aussi .

Que va dire F. Hollande, au début de l'année prochaine, à ces journalistes à qui il a pris l'habitude de se confier ? Encore : " Je n'ai pas eu de bol " ?

Allons ! Notre futur proche n'est décidément pas dans les mains de la poignée de pitres parmi lesquels les médias veulent que nous choisissions le futur " Roi du Carnaval " .

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 11:03
" L'Independent ", tours jumelles de la Deutsche Bank .

" L'Independent ", tours jumelles de la Deutsche Bank .

(1) Slogan du héros cynique du film " Wall Street ", Gordon Gekko .

" " La Deutsche Bank est une banque hydrocéphale, elle a un très gros bilan sur de toutes petites jambes " ( Un banquier français, cité par le Canard Enchaîné du 5 octobre 2016 ) .

En France, des aventuriers de la politique mettent en pièces notre démocratie, tentent d'accaparer toute notre attention, et pourtant, au-delà de l'hexagone, la vie continue . Et de quelle façon !

Une nouvelle crise financière, plus grave que celle de 2008, pointe son nez . Un tremblement de terre comparable à la faillite de la banque américaine " Lehman Brothers ", au mois de septembre 2008 . Et le mauvais coup ne vient pas de " ces fainéants de Grecs " mais bien de la vertueuse Allemagne .

La plus grande banque allemande, la " Deutsche Bank " se trouve au bord du gouffre . Commençons par préciser que les responsables de la débâcle, eux, sont à l'abri .

Le PDG de la Banque, de 2006 à 2014, Josef Ackermann, ses deux Directeurs, Anshuman Jain et Jürgen Fitschen, à la tête de l'établissement entre 2009 et 2015, se sont gavés : à eux trois, le larrons totalisent la somme folle de 144 millions d'€ pour leurs poches, pour huit ans d'exercice . Si l'on prend en compte les émoluments de l'ensemble des membres du directoire, on grimpe à 318 millions d'€ . A côté nos banquiers français font pâle figure !

L'arrivée de ces mercenaires de la finance dans les tours jumelles de la " Deutsche Bank ", à Francfort, a provoqué des dégâts considérables .

La banque de Francfort, avec l'assureur Allianz, a été considérée pendant des décennies comme le principal poumon de l'économie allemande . Elle détenait des participations dans toutes les grandes entreprises du " DAX 30 " et sa valeur boursière s'élevait à 60 milliards d'€ . Les yeux rivés sur son modèle américain " Goldman Sachs ", Ackerman allait, en quelques années, dilapider le magot .

Ce " top banker " a trempé dans une multitude de combines financières pourries : faillite de l'empire de presse Léo Kirch, manipulations des taux interbancaires ( prêts entre banques ) Libor et Euribor, trucages sur les marchés des devises et des produits dérivés, fraude fiscale sur les transactions de permis de CO2, violation de l'embargo imposé par les USA sur les transactions en dollar avec l'Iran, et enfin spéculation sur les crédits immobiliers américains à risque ( subprimes ) ... Il les a toutes faites .

C'est sur cette dernière qu'il va chuter : la justice américaine entend infliger à la banque une amende de 14 milliards de $ pour responsabilité dans la crise des subprimes .

Cette annonce a mis le feu à la mèche .

Le 30 septembre dernier, le cours de l'action de la banque a plogé à 11,32 € réduisant sa capitalisation à 15,6 Mds d'€ ( quatre fois moins que le magot de départ ) .

Le coup est rude pour A. Merkel qui se refusait jusque-là à toute intervention de l'Etat en faveur des banques privées, échaudée par l'affaire de la " Hypo Real Estate " qui, en 2008, avait coûté 35 Mds d'€ aux contribuables allemands, après que le même Ackermann eut réussi à tordre le bras à la Chancelière . Mais elle doit subir la colère des épargnants et affronter l'angoisse des grands patrons allemands qui la supplient de voler au secours de la banque .

La Chancelière tiendra-t-elle bon ? Qui peut imaginer qu'elle renonce à aider le monstre hydrocéphale dont la chute entraînera la tempête, redoutée par nombre de banquiers, qui déferlera sur toute l'Europe ? Mais allez savoir : A. Merkel est une psycho-rigide .

Chez nous, la question n'émeut personne et certainement pas la trentaine " de comiques troupiers " en quête d'une investiture improbable ... Nous préférons disserter sur la longueur de la chevelure de Vercingétorix .

NB : d'après l'article d'Odile Benuahia-Kouider, " La tour infernale de la finance allemande ", Le Canard Enchaîné, 5 octobre 2016 .

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 15:30
 Fernand Léger : les constructeurs .

Fernand Léger : les constructeurs .

" Le principe constitutif de toute société, de toute civilisation, de toute formation sociale particulière est la mise en relation de la production et de la consommation " (Michel Clouscard ).

Pour maîtriser une économie nationale il faut contrôler, réduire, abattre ce qui l'empêche : les forces productives traditionnelles, celles qui ont fait la Nation, les forces vives de la République, les piliers de " l'exception française " . C'est ce que nous appellerons " l'épuration économique " : le démantèlement des forces productives traditionnelles .

C'est ce à quoi nous assistons, aujourd'hui, en direct : l'aboutissement du triptyque néo-libéral, social, libéral, libertaire .

Ne nous y trompons pas . C'est bien plus qu'un combat idéologique, de dévalorisation, de liquidation des valeurs . Il faut atteindre l'adversaire en son infrastructure même, à sa base, en sa cause et pas seulemnt en ses effets ou dans ses représentations .

Est d'abord visée la classe ouvrière à travers le démantèlement du droit du travail mais aussi la paysannerie, dans sa proximité avec la nature, ces deux forces productives élémentaires qui doivent être attaquées en leur existence même, dans leur identité de classe .

Dit autrement, l'ouvrier comme le paysan doivent être exclus de leur appartenance de classe ! Pour cela, il faut éliminer les métiers qui ne sont plus rentables - mais pour qui ? pourrait-on demander -, évidemment au nom d'une abstraction : la modernité .

A partir de là, a été engagée, à la fin des " trente glorieuses ", toute une épuration productive : désindustrialisation, délocalisations, invention de " l'atelier du monde " - la Chine -, visant le démantèlement de la classe ouvrière mais aussi des autres forces productives : artisans, travailleurs indépendants, petits patrons, dans leur secteur de base ( métallurgie, mines, textiles ) en même temps qu'on faisait disparaître les commerces et services de proximité au profit de ce qu'on allait appeler la grande distribution .

Toute une stratégie de la " terre brûlée ", une volonté unique : faire le vide, par les concentrations . Et il y en a encore qui cherchent les raisons du chômage de masse !

Comme nous l'avons dit en introduction, il ne s'agit pas d'un combat idéologique sur des valeurs : il n'est question que de mettre en oeuvre une sorte de " terreur économique " - et nulle expression n'est mieux appropriée pour décrire la détresse actuelle des agriculteurs - : l'élimination de l'adversaire par l'élimination de son métier, de ses moyens d'existence, de son environnement .

Une guerre ! Une " purification économique " en mode " guerre froide " qui vise l'existence physique de la classe ouvrière autant que l'existence physique de la paysannerie .

Il faut réduire l'adversaire - l'ennemi de classe réel ou potentiel - à n'être plus qu'une force productive dépendante, entièrement soumise aux impératifs financiers et bancaires d'une économie mondialisée, source de plus grands profits .

" Une guerre froide ", commencée par le " coup d'état permanent " que fut, en 1958, l'instauration d'un régime présidentiel - sous le prétexte de liquider les " tares " du parlementarisme -, régime présidentiel qui a permis aux grands patrons des multinationales d'encadrer l'appareil d'état républicain, et inversement ... Ainsi, dans les structures formelles de la République et de la démocratie bourgeoise allaient pouvoir commencer la perversion du citoyen en client, l'imposition à la société d'un ordre mercantile, la neutralisation du programme du Conseil national de la Résistance, jugé trop révolutionnaire et, ironie suprême, tout cela " au nom des droits de l'homme " .

Ce à quoi nous assistons aujourd'hui n'est que le dernier acte d'un long drame mais dont toutes les scènes ne sont pas encore écrites .

NB . Source : " Les métamorphoses de la lutte des classes ", Michel Clouscard, 1996, Ed. Le temps des cerises .

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 14:13
Arte .

Arte .

" Abundans cautela non nocet " : une précaution excessive ne fait pas de tort .

Lors de mon précédent billet concernant la crise financière ( annonce d'une crise de forte magnitude ) qui approche j'ai commis une approximation . J'ai écrit qu'en Europe, en cas de faillite d'une banque, les déposants ne seraient sollicités qu'en dernier recours . Eh bien, c'était faux ! Une petite astuce politicienne de nos gouvernants m'avait échappé .

Tenez-vous bien ! " Si votre banque fait faillite, elle pourra se renflouer en aspirant vos comptes, sans plus de façons " . Ce vol est autorisé par la directive européenne sur " Le redressement des banques et la résolution de leurs défaillances " ( BRRD No 2014/59/UE, adoptée par le Conseil le 15 mai 2014 et entrée en vigueur le 01/01/2015 ) . Elle est désormais applicable en France depuis le 20 août 2015, grâce à une ordonnance, passée en douce, ordonnance permise par la loi d'habilitation votée par le Parlement français le 30 décembre 2014, autorisant le gouvernement à légiférer sur certains sujets économiques .

L'ordonnance traduit donc dans le droit français la directive européenne dite BRRD .

Depuis 2005 où les Français votèrent si mal en rejetant la Constitution Européenne par référendum, il n'y a plus de référendum . C'est dorénavant la même chose pour les lois gênantes . On imagine aisément que le lobby bancaire tenait à la plus grande discrétion, tout autant que le pouvoir socialiste . Cet épisode, non seulement ne grandit pas ce pouvoir mais lui fait atteindre le niveau de l'abjection .

Pourquoi s'embêter avec un débat parlementaire - sauf s'il permet de détourner l'attention des Français des vrais enjeux, comme la loi sur la déchéance de nationalité - quand une simple et discrète ordonnance prise en catimini et pendant les vacances fait parfaitement l'affaire ?

Soyons clairs ! Lorsqu'une banque fait faillite, les actionnaires sont solidaires, de même que les détenteurs d'obligations émises par la banque, ce qui est logique . Jusque-là, rien de nouveau . Mais la nouveauté de la directive " BRRD " réside dans le fait que les clients de la banque vont aussi être ponctionnés, tout à fait légalement, jusqu'à la remise à niveau de l'affaire .

Rappelons-nous que " ce système de spoliation des citoyens pour sauver des banques " a été expérimenté à Chypre, en 2013, lorsqu'on a volé aux titulaires de comptes de la " Bank of Cyprus " 60% de leurs avoirs au-dessus de 100 000 euros .

Le système marcha si bien que l'Union Européenne s'empressa d'étendre la tactique à tous les pays membres en le gravant dans le marbre ( Loi du 15 mai 2014 ) et la directive qui en institue le fonctionnement : " Mécanisme Unique de Résolution " qui légalise la ponction des comptes bancaires, sans limite, en fonction des besoins des banques, le " MUR ", le bien nommé .

Le vol légalisé est anticipé dans la loi française, par nos chers " adversaires de la finance " . Toute cette précipitation ne tend qu'à prouver une chose, c'est le peu de confiance qu'ont les oligarques de Bruxelles dans le système bancaire et la crainte de la prochaine crise financière : sinon, pourquoi la Commission s'énerve-t-elle, et menace-t-elle ( jeudi 22 octobre 2015 ) les Etats qui n'ont pas ratifié encore la directive de les poursuivre devant la Cour Européenne de Justice ?

Normalement seuls les comptes de plus de 100 000 euros peuvent servir au renflouement de la banque, nous dit-on ! Les eurocrates de Bruxelles, à grands renforts de publicité, nous avaient annoncé que les épargnants seraient protégés par la constitution d'un fonds de garantie qui devait être doté de 55 Mds d'€ et d'une capacité d'emprunter sur les marchés . Admirons au passage l'ingéniosité des eurocrates : la banque vous vole mais les états ( membres du MUR ) vont vous rembourser, en partie seulement, avec l'argent des contribuables ... Passons ! Vive l'Europe !

Ah ! Oui, mais ! L'Europe n'a pas fait de publicité sur la suite . L'Allemagne s' est opposée à la constitution de ce fonds, et le 12 septembre dernier, lors de la réunion de l' Eurogroupe, la protection de nos 100 000 euros s'est volatilisée . Elle n'existe plus . Le saviez-vous ?

Tout ce montage juridique pose quand même un problème de fond . La société actuelle, donc capitaliste, repose sur un axiome sans lequel il n'y a pas de capitalisme : " Le concept de propriété privée " ou si l'on préfère " Le Principe d'inviolabilité de la propriété privée " .

Ce principe serait-il à géométrie variable ? Nos eurocrates voient-ils la contradiction ou s'assoient-ils dessus ? La question suivante ne devient-elle pas tout à fait crédible : les ouvriers qui confisqueraient un outil de travail mal géré par un patron feraient-ils autre chose que d'appliquer le " MUR " ?

Enfin, chacun doit désormais le savoir : si votre banque fait faillite, elle aura tout à fait le droit de se renflouer sur votre compte .

NB : d'après le billet d'Emilie Defresne, dans Media-Presse-Info .

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 14:33
cdc.be

cdc.be

" On cumule incertitudes et peurs ... Les marchés découvrent peut-être ce que l'économie réelle subit depuis longtemps . Une absence de croissance durable, un endettement généralisé, une inflation désespérément basse et les banques centrales qui ont grillé toutes leurs cartouches " ( Alexandre Delaigue, professeur d'économie, Université de Lille ) .

" La situation économique mondiale présente des risques pour la croissance aux Etats-Unis ", ( Janet Yellen, Présidente de la Banque centrale américaine, mercredi 10 février ) .

Patatras ! Le lendemain du jour où ces propos sont tenus, jeudi 11 février, toutes les grandes places boursières européennes dévissent : Madrid ( -5,8% ) ; Milan ( -5,6% ) ; Paris ( -4% ) ; Francfort ( -2,9% ) ; ( Londres ( -2,4% ) .

Les marchés prennent brutalement conscience que les banques européennes sont surexposées et c'est le sauve qui peut général sur les marchés d'action des valeurs bancaires . Les banques chutent lourdement et de façon synchronisée . Depuis le 1er janvier, les principaux groupes bancaires européens ont perdu entre 25 et 50% de leur valeur . La palme de la chute de la capitalisation boursière revient à l'une des premières banques européennes, la très vertueuse Deutsche Bank : le prix de son action a été divisé par deux, depuis le 1er janvier . ( Ce qui est le cas de la Société Générale en France ) . La plus grosse banque allemande a beau avoir l'équivalent de 20 Mds d'€ en dépôts, elle ne vaut plus que quelques petits vingt milliards .

Un économiste orthodoxe ( Benjamin Coriat, Université Paris XIII ) a l'explication : " La régulation bancaire voulue après la crise de 2008 est la cause des problèmes " . Après 2008, et afin de ne ponctionner le contribuable qu'en ultime recours, on a exposé l'actionnaire, or quand " ça sent mauvais ", l'actionnaire se défile : " C'est la poudre d'escampette à la Deutsch Bank, les actionnaires vendent à tour de bras " . Salauds de contribuables !

En fait qu'ont fait les banques ? Elles ont pris des positions très spéculatives dans le secteur pétrolier . Prix très élevés il y a encore trois ou quatre ans, paris sur la nouvelle manne des puits de pétrole de schiste aux EEUU et des sables bitumeux au Canada .

L'ogre chinois avalait tellement de matières premières qu'aucun expert n'a vu venir l'effondrement des prix du baril, désormais à moins de 27$, pas plus qu'ils n'avaient vu arriver la chute de l'immobilier en 2007-2008 .

Rien qu'en Europe ce sont 3500 Mds d'€ investissements dans le secteur pétrolier investis par les banques dont 500 Mds par les seules banques françaises .

Après la faute aux contribuables européens, la faute aux Chinois, cette fois, dont le pays connaît un ralentissement de la croissance spectaculaire, en raison d'un retournement des objectifs, décidé par le pouvoir, vers la consommation intérieure .

Mais pourquoi ne pas regarder vers les monarchies pétrolières du Moyen-Orient, Arabie Saoudite en tête, dont les robinets restent grands ouverts, histoire de mettre hors jeu le pétrole de schiste américain, entraînant dans leur jeu pervers, les autres producteurs, des pays émergents qui n'achètent plus à l'Europe, sauf des armes ? Un manque à gagner pour l'économie mondiale de 2100 Mds d'€ en deux ans .

Si l'on ajoute au tableau le fait que l'endettement public ( 100%, en moyenne ) et l'endettement privé ( entreprises et particuliers ), les " bouées de sauvetage naturelles " des marchés, ne les rassurent plus, les turbulences du secteur financier ne peuvent que s'aggraver . C'est pourquoi le FMI n'a pas fait dans la dentelle, le 19 janvier dernier, en décochant une flèche qui n'a ps arrangé les choses : " La croissance mondiale pourrait derailler en 2016-2017, si les transitions importantes de l'économie mondiale ne sont pas bien gérées " . Sont visés la Chine mais aussi tous les pays émergents qui contribuent à hauteur de 70% à la croissance mondiale . ( Le Brésil devrait connaître en 2016 une récession de 3,6% ) .

Admirons au passage, la beauté de la langue économique . La spéculation sur les matières premières est appelée très gentiment : transition économique .

Une autre incertitude plane sur la sphère financière : Les remparts traditionnels aux crises financières que sont les Banques Centrales ont ouvert après 2008 les vannes des liquidités, déversant des milliers de Mds de dollars dans l'économie mondiale, pour relancer la croissance, des montagnes de cash, favorisant la confusion, chez les acteurs financiers, entre création monétaire et création de richesse, en rachetant aux Etats et aux banques, des actifs - souvent pourris - contre de la création artificielle de monnaie créant des bulles à répétition, qui n'attendent plus qu'un évènement imprévu ( un " cygne noir " ) pour exploser . Ce sont 20 000 Mds de dollars, soit 30% du PIB mondial qui ont été distribués aux banques mais qui ne sont pas allés à l'économie réelle, donc ni aux investissements, ni à la consommation mais à la spéculation : " L'argent est allé de banque en banque, elles l'ont investi sur les marchés financiers ", dit l'économiste François Morin de l'Université de Toulouse I .

Le problème est que la ruée sur le pétrole de schiste se termine " en eau de boudin " aux EEUU . Les compagnies font faillite les unes après les autres, tant l'extraction s'est faite dans l'anarchie la plus totale, au point que 30% du marché des obligations pourries, aux EEUU trouve son origine dans le pétrole de schiste . Qui ne voit la similitude avec la crise de l'immobilier en 2008, est vraiment de mauvaise foi . Si les cours du baril devaient rester très longtemps si bas, le montant des créances douteuses ne pourra que grever davantage les bilans des majors de l'or noir, des banques et des assurances .

L'économiste Patrick Arthus, de Natixis, qui n'est pas un marxiste, prévient : " La prochaine crise sera plus violente car plus la liquidité mondiale est abondante, plus les mouvements de capitaux seront violents . Lorsque les investisseurs vont prendre peur, ce sera le début de la panique " . Or les banques centrales auront épuisé toutes leurs cartouches .

Fort heureusement, la France est à l'abri du séisme qui s'annonce . Le vendredi 12 février, le pays se dotait d'un gouvernement de combat, un gouvernement " resserré " ( 38 membres dont six nouveaux qui n'auront rien à faire ), prêt à affronter avec détermination l'hydre de Lerne qui menace .

NB : d'après l'article de Vittorio de Philippis, Libération du 11 février 2016 : " La chute des bourses est un symptôme du dérèglement des systèmes bancaire et financier " .

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 14:01
buffarot.lecroquantfree.fr

buffarot.lecroquantfree.fr

" Nous en sommes arrivés à un point sordide de financiarisation de notre alimentation par la trilogie que forme l'agro-industrie productiviste, la publicité pro-malbouffe et la grande distribution " ( Périco Légasse, journaliste ) .

On a rarement vu un ministre boucler son passage au gouvernement aussi " essoré " que le ministre de l'agriculture actuel, Stéphane Le Foll ; pourtant un dur, un costaud de la " hollandie " . Il ne supporte plus les agriculteurs, encore moins les journalistes et ses " sorties " sont quotidiennes . En fait, et bien qu'il ait voulu porter une réforme louable pour " l'agro-écologie ", il n'a pu que prendre conscience de son absence de pouvoir et mesurer la nocivité des politiques européennes qui tordent le cou à l'agriculture de qualité des petites et moyennes exploitations françaises au profit des " fermes-usines " d'Allemagne, d'Espagne ou des Pays-Bas, d'une industrialisation de l'agriculture, propre à assurer les plus gros profits financiers .

Stéphane Le Foll attend le remaniement ministériel annoncé avec une impatience non dissimulée .

Un épisode curieux a marqué le mois de décembre dans le sud-ouest de notre pays, juste avant les fêtes . Des " foyers " de grippe aviaire ont soudainement frappé les petits et moyens éleveurs de canards et d'oies, producteurs de foie gras dont la production a été tout aussi soudainement " gelée " par le gouvernement, au nom de la protection de la santé des populations, acculant à la faillite plusieurs centaines de ces élevages qui n'ont ni trésorerie, ni perspective de rattrapage pour compenser un arrête d'activité aussi long . Mais paradoxalement, les gros producteurs de foie gras avaient en stock des centaines de milliers de " foies gras " invendus, conservés au froid, gros producteurs à qui il fallait la quasi exclusivité du marché pendant quelques semaines pour écouler les invendus . Le résultat a été que nous avons ingurgité des dizaines de milliers de boîtes, sacs et paquets emplis d'infâmes morceaux de " chairs broyées ", industrialisées .

Passées les fêtes, on n'a plus parlé de la grippe aviaire . Cet épisode mérite, au moins, qu'on s'interroge . Et puis, ne tournons pas autour du pot : l'apparition des maladies est tout de même la conséquence directe du confinement des animaux en surnombre que l'on essaie de prévenir à l'aide de l'usage massif d'antibiotiques .

L'agriculture française n'est pas seulement sinistrée, elle est plongée dans un immense gâchis . Plus de cinq cents agriculteurs se suicident chaque année . Mais ces agriculteurs qui se suicident sont ceux qui ont appliqué à la lettre le consignes de la politique agricole européenne, encouragés par les directives de Bruxelles qui leur disait : modernisez-vous en empruntant beaucoup pour surproduire toujours davantage . Mais hélas, aussi, par les Chambres d'agriculture, aux ordres de l'agro-industrie, et les syndicats agricoles majoritaires, telle la FNSEA, bras armé de l'assassinat de notre agriculture . Ces malheureux agriculteurs ont nourri en leur sein leurs assassins .

Qui est le Président actuel de la FNSEA, depuis 2010 ? " Xavier Beulin " : un homme d'affaires . Président de la " Société Avril " ( ex- Sofiprotéol ), groupe agro-alimentaire pesant 7 Mds d'€ de chiffre d'affaire, en 2013, filière oléagineuse et protéagineuse . La société produit la quasi totalité du bio-diésel français, dénoncée comme une rente de situation par la propre Cour des Comptes et bénéficie d'une exonération fiscale . Il est par ailleurs, Vice- Président de la FDSEA du Loiret depuis 1990, Vice-Président du CETIOM ( Centre technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains ), Président de l'Alliance européenne des oléo-protéagineux, un lobbie auprés de la Commission européenne et même Président du Grand Port Maritime de La Rochelle . En résumé, un grand ami des petits et moyens agriculteurs .

On disait aussi aux agriculteurs, si une offensive vient vous menacer, elle viendra de si loin que l'Europe sera votre rempart .

Sauf que c'est notre alliée et premier partenaire, l'Allemagne, qui après nous avoir bien aidés dans le démantèlement de notre industrie, est passée à l'offensive sur l'agriculture et la guerre agricole est venue de l'intérieur avec des outils européens. C'est l'Allemagne qui a créé " des usines porcines " pouvant aller jusqu'à 40 000 bêtes ( peut-on encore parler d'agriculture ? ) " usines " fonctionnant avec de la main-d'oeuvre bulgare ou roumaine payée 3€ de l'heure . L'Allemagne peut ainsi vendre la viande porcine 30% moins cher que le moins cher des éleveurs bretons, à notre grande distribution, toujours prompte - cher Michel-Edouard Leclerc - à trahir l'économie nationale pour augmenter ses marges .

Allons ! Il est temps de vous souhaiter de bonnes vacances, bien méritées, Monsieur Le Foll !

NB : d'après le billet de Périco Légasse, Figarovox, " La France qu'on poignarde " du 29/01/2016 .

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 14:00
Dessin de Man : Midi Libre du 13/01, partagée par Manuel Lapert ( FB ) .

Dessin de Man : Midi Libre du 13/01, partagée par Manuel Lapert ( FB ) .

" Toute entreprise qui embauchera des jeunes de moins de 25 ans bénéficiera de l'exonération de la part patronale des cotisations de SS . Un effort de même nature sera engagé en faveur de l'apprentissage . Le deuxième objectif de ce programme est de mieux préparer les demandeurs d'emploi à l'exercice de leur futur métier . Le gouvernement proposera à tous les jeunes qui le souhaitent des formations en centre ... " ( Raymond Barre, Premier Ministre, 1977 ) .

Qui se souvient du rapport Charin de 1992, du rapport de la Martinière-Demarolle de 1996, du rapport Attali de 2007 ou du rapport Gallois de 2012 ? A part quelques spécialistes, personne ! Et pourtant tous prônaient l'allègement des charges sociales payées par les entreprises .

La question de l'allègement des " cotisations sociales des entreprises " ( induement appelées " charges sociales " ) ne date pas d'aujourd'hui : c'est une antienne régulièrement chantée depuis le début des années 1990 par le patronat et nombre d'économistes, expliquant la hausse incessante du chômage et ciblant en particulier leur taux trop élevé au niveau du SMIC, qui paralyse l'embauche .

Sauf que c'est ce qui est fait depuis vingt cinq ans, et que le chômage de masse n'a cessé de grimper .

Les gouvernements Rocard ( CSG ), Balladur, Juppé, dans les années 1990 vont entamer le processus qui ne s'est jamais arrêté depuis, puisque le gouvernement Jospin, ( 1997-2002 ) malgré les promesses, entérinera ces baisses, en ajoutant d'autres, jusqu'à 1,7 SMIC, dans les " Lois Aubry ", en vue d'accompagner la mise en place des 35 heures . ( Rapport du Conseil Economique et Social : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapportspublics ) .

En juillet 1993, Edouard Balladur exonère totalement de cotisations patronales les salaires jusqu'à 1,1 SMIC, et de 50% jusqu'à 1,2, avec une extension progressive jusqu'à 1,6 SMIC .

En 1996, Alain Juppé fusionne les deux mesures ce qui permet une réduction importante des charges qui touche les salaires de 5 millions d'employés et abaisse le coût du travail au niveau du SMIC de 12% ( Cf. les graphiques du Ministère du Travail, publiés en 2005) .

En 2003, le gouvernement Raffarin, fusionne toutes ces mesures, dans une loi du 17 janvier 2003, appelée " Réduction Fillon " qui diminue de 26 points le taux des cotisations pour les employeurs, au niveau du SMIC , taux porté à 28 points, en 2007, sous N. Sarkozy .

A ce propos, les grilles officielles de l'URSSAF, au 01/01/2016, sont révélatrices : pour un SMIC à 1466 €, brut mensuel, la " réduction Fillon ", représente 416 €, non plus payée par les entreprises mais par les contribuables, à travers l'IRPP ( Impôt sur le revenu ), la TVA et la CSG

Le coût de ces allègements explose, représentant, en 2009, un manque à gagner pour l'Etat de 22,9 Mds d'€, explique un rapport parlementaire : ( http://www.tresor.economie.gouv.fr/4578_tresor-eco-n97-les-allegements-de-cotisations-sociales-patronales-sur-les-bas-salaires-en-France-de-1993-a-2009 ) .

Le rapport entre le coût des mesures et leur effet sur l'emploi ne convaint pas les élus . Et cependant, les gouvernements successifs n'en restent pas là et continuent à mettre en place, à côté des exonérations de charges, des dispositifs fiscaux ( niches fiscales ) destinés à aider les entreprises ou carrément, comme N. Sarkozy en 2010, à supprimer certains impôts : ainsi d'une partie de la Taxe Professionnelle, qui rapportera aux entreprises 8 Mds d'€, tout de suite .

Dans un rapport de 2010, le Conseil des Prélèvements Obligatoires ( CPO ) et la Cour des Comptes en recensent 293 contre 252 en 2002 .

Selon ce même Conseil, ( lire " L'état de la France 2011-2012 " aux Ed. La Découverte ), tous ces dispositifs dérogatoires, mis bout à bout, représentent 172 Mds d'€ qui ont basculé dans le budget de l'Etat en 2011, alors que le déficit atteignait 148 Mds .

Et, là-dessus, F. Hollande va ajouter sa contribution, et il ne lésine pas : les 40 Mds d'€ du CICE, sur trois ans, accordés aux entreprises, seront transformés à partir de 2018, en abaissement de charges définitif . ( Discours du 18 janvier devant le CESE ) .

Pierre Gattaz a dû faire mine de ne pas pavoiser, tant le cadeau est énorme .

Qu'il nous soit permis de mettre en face d'un tel chiffre, un autre, très " émouvant " : pour 2015, les entreprises vont reverser à leurs actionnaires l'équivalent de 56 Mds d'€ de dividendes, sachant qu'elles auront touché, pour cette seule année, 24 Mds au titre du CICE .

Du recensement de toutes ces mesures, on peut tirer un premier constat : moins un employeur paie son salarié, plus il bénéficie de réductions de charges - tandis que le salarié continue de payer plein pot, les siennes -, alors pourquoi voulez-vous que le patron les augmente ?

Mais le pire est ailleurs : c'est le changement de société qui est à la clef de cet alignement de mesures, sur la durée - en apparence purement techniques .

D'une société de solidarité par le travail et la redistribution, nous basculons dans une société du chacun pour soi .

NB : Les données du billet sont empruntées à l'article de Samuel Laurent, Le Monde du 08/01/2015, " Depuis vingt ans, la France diminue les charges des entreprises " .

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 14:54
" L'économie mondiale pourrait dérailler ... "

" Le FMI se dit inquiet d'un risque de déraillement, en 2016, de l'économie mondiale en pleine tempête boursière, si les transitions importantes de l'économie ne sont pas bien gérées " .

Le Fonds vient d'abaisser ses prévisions de la croissance mondiale en 2016 et 2017, de o,2% , pointant la situation " périlleuse " de nombreux pays émergents, guettés par un " ralentissement généralisé ", alors que ces pays représentent plus de 70% de la croissance planétaire .

Le premier d'entre eux, la Chine, qui a engagé une difficile transition davantage tournée vers la consommation intérieure, en vue de se protéger de chocs sociaux devenus inéluctables, est prise dans une cascade de krachs boursiers qui ont fait dévisser les marchés mondiaux . En outre, la chute historique de la croissance chinoise à 6,9% ( officiellement ), mais plus prés des 3% ( officieusement ), et alors que la Chine est devenue la 2e puissance économique du monde, fait peser sur les autres pays émergents qui profitaient de son appétit insatiable pour les matières premières, ou des produits fabriqués tels l'acier, de lourdes conséquences, privant ces pays de précieux relais de croissance et de ressources .

Les prix du pétrole qui sont tombés en-dessous des 30$ le baril, du jamais vu depuis 13 ans, malgré un court effet d'aubaine, s'atténuent, sur le plan macro-économique, à mesure qu'augmentent les pertes des pays producteurs ( Arabie Saoudite, Russie, Vénézuela, Nigéria ) et que se réduisent les investissements dans l'extraction de pétrole et de gaz .

A cela, il faut ajouter la remontée des taux américains sur l'achat de dollars qui provoque un reflux de capitaux vers les EEUU et saigne à blanc ces pays émergents qui en avaient terriblement besoin pour les investissements nécessaires .

Le fonds revoit également à la baisse de 0,2% le taux de croissance de la France, en 2016, accordant à la zone euro, un petit 0,1% d'amélioration, mais situant cette croissance à 1,7% seulement, niveau insuffisant pour une création massive d'emplois . L'UE gardera donc ses 20 millions de chômeurs, " en stock ", pour employer le vocabulaire délicat des économistes .

Petite " pique ' à l'optimisme du Président Hollande écartant d'un revers de main la crise chinoise, comme ne devant pas impacter notre économie .

Tout cela, c'est de la " macro-économie " . Mais ce que ne dit pas le FMI - car ce serait toucher le coeur du réacteur - c'est que la catastrophe ferroviaire - pointe, effectivement, mais c'est du côté de la finance qu'il faut la dénicher .

Souvenons-nous ! La crise financière débute, en 2007, avec la faillite de deux fonds spéculatifs de la banque américaine Bear Sterns . Du fait du retournement du marché immobilier de nombreux souscripteurs réclament en même temps la récupération de leurs avoirs . Incapables de rembourser, les deux fonds font faillite, puis des banques de taille moyenne, puis la grande banque Lehman Brothers ... Les bourses mondiales dévissent et tout cela se termine par la plus grosse crise financière depuis la crise de 1929 .

Or, en décembre dernier, les observateurs avisés, ont relevé le même phénomène, outre-atlantique : des fonds spéculatifs, le New-Yorkais Third Avenue ou Stone Lion, ont mis la clef sous la porte dans l'incapacité de faire face aux demandes soudaines et massives de retraits de fonds .

Bien sûr, cela ne pourrait être qu'une simple coïncidence, si ces deux événements n'intervenaient dans un contexte financier extrêmement similaire . Les banques centrales ont inondé l'économie mondiale de liquidités, soignant le mal par le mal, et provoquant la formation de bulles en injectant cet excès d'argent dans le système . Si l'économie américaine semble avoir redémarré, la réindustrialisation reste un leurre, quant à l'Europe, elle a le plus grand mal à sortir de la déflation dans laquelle l'empilement de plans d'austérité successifs, l'a plongée .

La coopération internationale qui devait primer après 2008, à travers le G20, n'a été qu'une entourloupe, et c'est la guerre de tous contre tous qui l'a emporté .

La finance devait être régulée et réformée . En fait, les problèmes ont été transférés des grandes banques, dites systémiques, mieux surveillées, vers " une finance de l'ombre " , encore moins régulée que les grandes banques d'avant 2008 . Selon le " Financial Stabilty Board ", le " shadow banking " représente, fin 2015, 80 000 milliards de $, soit plus de 50% des actifs financiers et de 120% du PIB mondial ( contre 50 000 Mds en 2007 ) . Autant dire que, dans un contexte d'accélération, toujours plus grande, des transactions financières, l'opacité et l'instabilité du système financier n'ont fait que se renforcer .

C'est d'ailleurs le célèbre spéculateur Georges Soros, qui le dit : " La situation actuelle est très semblable à celle de l'époque " .

Et peut être suffira-t-il d'un " cygne noir " , un de ces fameux événements imprévisibles, pour amorcer un nouveau mouvement de panique .

Et, dans une telle situation, notre pays dont le tissu économique et social a tant de mal à se remettre de la précédente crise, aura en effet beaucoup à perdre d'une deuxième secousse .

Les incantations à l'Union nationale et au renouveau patriotique seront de peu d'effet face à un délitement général de la société .

NB : d'après le billet de Benjamin Masse-Stamberger, dans " figarovox ", économie .

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