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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 14:14

" L'accroissement de la richesse n'est pas du tout la même chose que la réduction de la pauvreté ." ( Joan Robinson .1972. Economiste Britannique de l'Ecole de Cambridge .)

   " La richesse ne reste une richesse que si sa rareté est maintenue et si la majorité est exclue de sa possession et de son contrôle ." ( Charles A. M. Clark . Professeur d'économie à l'Université catholique St John , USA .)

  ( Illustration : nato.int )

 

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   Il est un ressort de la mécanique capitaliste dont" les économistes mercenaires télévisuels" ne parlent jamais : " La rareté " !  

   Le premier grand idéologue de la théorie libérale de l'économie, l'Anglais Adam Smith ,( XVIIIe s.),  est trés clair : la richesse doit être largement partagée ." Aucune société ne peut être assurée de la prospérité et du bonheur, lorsque la plus grande partie de ses membres sont pauvres et misérables ." ( La richesse des Nations .) Smith pensait que l'intérêt général l'emporterait sur les égoïsmes, que l'individu a besoin des autres, introduisant la notion de sympathie dans son discours,  et que la société d'abondance irriguerait, des richesses créées par le système capitaliste, toutes les strates du corps social .

   Il ne pouvait imaginer que plus tard , vers la fin du XIXe siècle, des disciples moins humanistes, les économistes néo-classiques ou " marginalistes",  corrigeraient ses analyses en introduisant un concept qui allait donner toute sa mesure au système : la rareté .

   On dit que Karl Marx passa une partie de sa vie à élucider ce qu'il appelait " la théorie du manque " et que c'est quand il eut défini le concept de " plus-value", pierre angulaire de sa doctrine, qu'il comprit qu à  ce premier concept s'adossaient deux autres notions : rareté et accumulation capitaliste  .

   Nous n'évoquons pas ici, la rareté naturelle , rareté des ressources naturelles, rareté de l'eau de la terre, rareté des relations sociales, rareté des bons sentiments, mais une construction économique et sociale , qui agit sur l'activité de production pour la réguler afin de préserver l'accumulation des profits : " la rareté organisée " .

 

   Comment cela marche-t-il ?

   L'accumulation des profits se fait dés la fabrication d'un bien, par la production d'une plus-value sur ce bien . Pour fabriquer ce bien, le capitaliste achète à un ouvrier sa force de travail , et la paie au prix du renouvellement de cette force de travail : la nourriture, l'habillement, le logement et le maintien de la famille de l'ouvrier . Si cet ouvrier peut vivre, à minima, avec quatre heures de travail, et s'il m'en donne huit, la plus-value du capitaliste correspondra à la valeur des quatre heures que je lui fais faire sans les lui payer , moins le coût de la matière première et les taxes .

   C'est ce mécanisme  qui crée le profit . Et c'est ce mécanisme qui engendre la nécessité d'organiser la rareté . 

   L'abondance des produits sur le marché fait baisser  la valeur d'échange du produit, donc la plus- value, donc le profit . Organiser la rareté, créer le manque,  est une nécessité .

 

   Nous sommes au coeur de la contradiction fondamentale du système capitaliste. J'insiste, ici,  sur un aspect de mon discours .  Je revendique le retour au vrai vocabulaire de l' économie politique, capitalisme, accumulation, profit ,plus-value,  c'est le seul moyen de comprendre les manipulations, les mensonges  auxquels nous sommes soumis . Les termes de libéralisme, de néo-libéralisme, de finance folle , n'ont servi qu'à enfumer nos esprits .

   La contradiction du système est la suivante : il faut produire pour générer de la plus-value, il faut vendre pour la réaliser, donc il faut créer des besoins, mais à un moment il faudra mettre une barrière à l'assouvissement de ces  besoins par le plus grand nombre .

   L'homme est un être de désirs . Pour l' économie capitaliste il faut transformer ces désirs en besoins . Et là, tous les progrés scientifiques et technologiques servent puissamment cette démarche. Les progrés des sciences humaines, la connaissance subtile de la psychologie humaine, les manipulaions  sur les instincts primitifs, l'exploitation des réflexes mimétiques , sont autant d'armes à la disposition du capitaliste pour nous accrocher.

   L'organisation de la rareté ne peut être un phénomène spontané . Là encore le système a ses outils . La concentration des forces de production en trés grandes entreprises, en sociétés  transnationales plus puissantes que certains Etats , les réseaux d'experts , les organisations internationales , ( OMC, Banque Mondiale, FMI, Davos, Bourse de Chicago sur les matières premières, Conseil des gouverneurs de banques centrales à Bâle...), autant d'institutions à même de programmer une rareté, à tout instant .

 

   Cette approche du système par la rareté a l'avantage de nous faire comprendre tous les autres comportements du capitaliste . Le chômage de masse est un outil de l'organisation de la rareté : la rareté de l'emploi. Les concentrations capitalistes , capables d'imposer leur volonté aux Etats en sont un autre . Les transferts de charges sociales vers l'ensemble d'une population, qui vont augmenter la plus value, participent du phénomène. La réduction des investissements productifs, usines, automatisation , sont aussi des moyens de créer de la rareté . Ce phénomène est intéressant à observer: il fait partie du débat des élections présidentielles , chez nous ,sous le vocable de désindustrialisation . La désindustrialisation de notre pays,  ce n'est pas la faute des chinois, c'est la mise en oeuvre du principe de rareté , par la réduction des investissements .

   J.M. Harribey dont un article a inspiré ce texte, professeur à l'Université Montesquieu de Bordeaux et ancien Président d'ATTAC , appelle ce système : " L'économie économe ."

   Les thuriféraires du capitalisme jouent trés bien leur partition . En assimilant, dans leur discours envers le public , la course à l'accumulation des profits sans fin, à une pseudo production de masse , entendez d'abondance, ils  cachent une réalité tout autre :" la richesse n'est pas directement liée à la production de biens et de services, puisqu'elle n'est liée qu'à la rareté d'un bien , donc elle n'est pas liée non plus à l'amélioration du bien-être de toute la population, et en particulier des plus pauvres " , condamne Charles M.A.Clark .

 

   La quête de l'abondance ce ne peut pas être l'entretien de la rareté . Le vrai visage du capitalisme est tout entier dans cette contradiction !

 

   (1).J. M. Harribey .

   

   

 

   

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 16:50

   "De nos jours le savoir sous toutes ses formes joue un rôle capital dans le fonctionnement de l'économie . Les nations qui exploitent et gèrent efficacement leur capital de connaissances sont celles qui affichent les meilleures performances . Les entreprises qui possèdent plus de connaissances obtiennent systématiquement de meilleurs résultats . Les personnes les plus instruites s'adjugent les emplois les mieux rémunéré ." ( Rapport de l'OCDE, 1996 : Technologie, productivité et création d'emplois . (Cité par" Le Monde actuel ", 2000, Gallimard ,Questions éconoiques et sociales .)

  ( Illustration : linter.over-blog.com )

 

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   Essayons un peu d'aborder les fondamentaux du système capitaliste, autrement que par l'approche purement financiére , par exemple par l' approche historico-économique . Aprés le stade du  capitalisme marchand des XVVIIe et XVIIIe siécles, aprés le stade du capitalisme industriel du XIXe et de la première moitié du XXe siècle , selon la vision de fernand Braudel , dans quel stade du capitalisme sommes-nous entrés au début des années 1980, et pour le XXIe siècle ?

   Un colloque, Paris I/ CNRS de 1999 , a dégagé la définition de " capitalisme cognitif" , capitalisme du savoir , de la connaissance .( Cité par Le Monde actuel, 2000 , Questions économiques et sociales . Article du journaliste Antoine Reverchon .)

   Le système capitaliste , qu'on tourne ou retourne la chose dans tous les sens , reste à la base un système d'accumulation de capital . Quels seraient, aujourd'hui les ressorts de cette accumulation ?

   Les historiens de l'économie nous disent : la connaissance , à travers " la dématérialisation des biens produits comme dans celle des facteurs de production ." ( A. Reverchon .)

   Nous sommes passés de l'époque où nous achetions des produits manufacturés pour les utiliser, les user , les consommer , à une époque où nous achetons davantage des services :  loisirs , sports , spectacles ,  et quand nous faisons l'acquisition de produits matériels : téléviseurs , jeux vidéos , ordinateurs, tablettes , ce n'est plus en tant que produits à consommer mais outils pour les services qu'ils vont nous rendre et pour l'exploitation que nous allons en tirer .

   Dit autrement , pour les prolongements que nous allons donner au produit , par l'intervention de notre intelligence, de nos savoirs , pour des compléments ludiques, culturels , artistiques ou carrément professionnels , en l'occurrence , l'ordinateur et toutes ses utilisations .

   Cette vision fait dire aux historiens de l'économie que l'on est entrés dans la société de production de biens immatériels .

   Comprenons bien ; La valeur d'un produit , dans le système capitaliste , est sa valeur marchande , faite du travail incorporé , de l'impôt et de la plus-value recherchée par le capitaliste . Dans la société de l' immatérialité , s'ajoutent  à ces bases dont la valeur se réduit par l'automatisation , les nouvelles valeurs des services qui sont attachés à la production de ces nouveaux biens : " disponibilité  et autonomie des salariés, maintenance , évidente en informatique , financement, aidé ou non, investissement initial, logistique ,gestion des stocks, logicels créés par l'entreprise ou pas , politique de la qualité, conception dans les propres bureaux d'études de l'entreprise ou externalisée , productivité évaluée et mise en oeuvre suivant  des programmes conçus par des sociologues "maison" ou des cabinets de consultants extérieurs, marketting et publicité .

 

   On le voit bien , la part de services immatériels , de données dépendantes de l'intelligence et de la connaissance , tend à s'imposer comme essentielle . Pour autant , la fabrication du produit  que je qualifierai de "nodale" , demeure et ne peut être évacuée .

   Et une fois cela dit, deux considérations s'imposent à nous ! 

 

   Est-ce que cette nouvelle donne dans l'élaboration d'un produit, ce besoin plus grand d'intelligence , change quelque chose à la nature même du système capitaliste , porteur de tensions, conflictuel , ennemi de la dignité humaine ?

   Evidemment pas ! La fabrication "nodale" est délocalisée dans des pays émergents et reste porteuse de l'exploitation déjà connue ; et dans le pays  qui se charge de la création de plus-value , elle engendre le chômage de masse et la pression sur les salaires et la couverture sociale .

   Dans la relation duelle, patron-salarié , y a-t-il une modification du rapport de subordination entre les deux ? Aucune , et je suis tenté de dire, cette relation est encore plus dure pour le salarié .

   A ce salarié on dit : soyez plus autonome , plus responsable , prenez des initiatives que votre niveau de compétences vous aotorise de prendre .

   Mais la vérité est tout autre . Les vraies consignes sont les suivantes : "soyez autonome , parce que je le veux ! Innovez mais selon les règles de l'entreprise ! Décidez, mais sans faire prendre de risques à l'entreprise !" ( A. Reverchon.)

   Le salarié, armé  d'une formation initiale longue et de qualité , enrichie par" une formation tout au long de la vie" qui lui a demandé bien d'efforts personnels , découvre vite la supercherie, à travers un salaire qui n'est pas à la hauteur de l'employabilité qu'il s'est construite , et à travers un rapport humain dans l'entreprise, qui en est presque plus humiliant que le rapport de l'ère fordiste .

   D'où ces nouvelles maladies psychiques et les taux de suicides dans l'entreprise qui explosent .

 

   On comprend mieux les slogans politiques qui disent que l'avenir d'un pays est dans la formation des jeunes, la recherche et l'innovation ! C'est vrai !

   On comprend moins bien pourquoi N.Sarkozy a saccagé l'école publique, en cinq ans .

   On se pose des questions sur le flou maintenu par le candidat socialiste sur le sujet .

 

 

   NOTE : D'aprés l'article de A. reverchon ." Le Monde actuel". Questions économiques et sociales .2000 .Gallimard .


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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 14:13

   Sous-titre : les zones grises du droit du travail .

 

   "La Commission Européenne a publié un rapport en 2003, aprés des études lancées durant l'année 2000 , sur ce qu'elle appelle "une zone grise entre le travail salarié et le travail indépendant ."  Les termes utilisés dans ce rapport sont ceux de : "travailleurs économiquement dépendants ", " travailleurs parasubordonnés" , ou " personnes pouvant s'apparenter à des travailleurs salariés ". ( D'aprés l'avant-propos au rapport , de Mme Odile Quintin , Direction Générale de " l'Emploi et des Affaires Sociales " .

  ( Illustration : meyroune.elunet.fr )


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   En 1981, la Gauche et François Mitterrand présentaient aux Français un autre modèle de Société, dont les Nationalisations étaient le coeur, mais il y avait à côté , un volet social d'une grande importance qui concernait les droits des travailleurs dans l'entreprise , la place du délégué du personnel par exemple . Aprés les élections , ces projets se traduiront dans les Lois Auroux , du nom du Ministre du travail de F.Mitterrand .

   Je suis toujours surpris, quand j'entends faire référence au mois de Mai 1981, de n'entendre jamais parler des Lois Auroux . Pourtant la notion du " Droit du Travail " avait du sens pour les ouvriers .  

 

   Aujourd'hui,"  crise aidant",  le débat se cantonne dans des exercices techniques qui lassent les ouvriers, ne leur parlent pas et donc ne les mobiliseront pas . Pourtant bien des inquiétudes seraient à nourrir à propos du Droit au travail, quant à l'évolution du " contrat de travail" , et particulièrement au sujet de la progression fulgurante de nouvelles relations sociales , baptisées par les Italiens il y a déjà quinze ans , " la parasubordination" ,dans une loi de 1998 , et que le journaliste  Alain Lebaube qualifie " d'espace indécis, de véritable triangle des Bermudes où s'évanouissent tous les repères traditionnels " . ( Le Monde actuel ; J.C. Grimal ; Gallimard ; 2000 )


   A l'origine qu'est-ce que le contrat de travail ?


   Dans le modèle Fordiste , c'est à dire celui de l'ère industrielle , c'est l'acceptation d'un lien , entre deux personnes  , l'employeur et le salarié . Pendant le travail ,  le salarié se met à la disposition de l'autorité de l'employeur et exécute ses ordres ; en contrepartie de cette sujétion, l'employeur lui assure un revenu régulier , et lui procure une couverture sociale . L'employeur s'engage surtout à fournir du travail au salarié, lequel s'engage à ne pas être absent .

 

   Personne n'ignore que dans la société de l'ultra-libéralisme , de l'inégalité érigée en dogme , si la sujétion du salarié n'émeut pas le patron , il n'en va pas de même d'avoir à participer à la couverture sociale de son salarié et de ses enfants . Sous le terme , édulcoré, de coûts de production , il s'agit de dire : " je ne veux plus payer pour lui ."

   Alors , comme l'on ne peut pas attaquer de front le système social , ce qui provoquerait,  à coup sûr , de violentes réactions , on invente de nouvelles formes de relations du travail , qui vont conduire au même résultat , mais plus lentement et insidieusement .

   Le processus est enclenché depuis des années . C'est le transfert des risques , par la sous-traitance , trés visible dans l'attribution des marchés publics, c'est " l'externalisation" de certains services, l'expertise comptable par exemple, l' entretien et le nettoyage, RATP ou SNCF,  les  plates-formes téléphoniques aux dysfonctionnements  desquelles nous avons été tous confrontés un jour , et enfin ces" travailleurs dépendants économiques" , qui assurent des missions d'entreprise ,  mais prennent sur eux les coûts de leur couverture sociale .

   Les réseaux d'entreprise , voulus pour optimiser les services du salarié , participent du mouvement .

   Le statut de l'auto-entrepreneur , si vanté par la nébuleuse sarkozyste , est un dispositif à classer dans cette évolution .

   Ajoutons à la liste, la multiplication de situations hors normes , ces consultants-conseils, ces conseils juridiques , ces communicants " aux confins du salariat, un pied dedans, un pied dehors , qui vivent en solitaire les contraintes de la sujétion " .( A. Lebaube ).

   Ce processus n'est pas anodin .  Il conduit à une évolution de la couverture sociale collective, solidaire, arrachée par les travailleurs au cours de tout un siècle de luttes vers une individualisation de la couverture sociale , avec à terme , la fin de la Sécurité Sociale  et  de la  Retraite par répartition  pour une explosion des profits des assurances privées , que nous n'arrêtons pas de dénoncer .

   Il a une autre finalité , tout aussi dangereuse , c'est d'isoler le travailleur et par voie de conséquence de neutraliser les luttes futures , d'empêcher les mobilisations d'autrefois .

   Soyons vigilants sur l'argumentation d'apparence ; ce serait la conséquence des nouvelles technologies , de l'informatique , de l'organisation nouvelle du travail ; le salarié accède à plus de liberté , d'autonomie , d'initiative .

   Foutaises ! Demandez à ceux qui ont choisi le télé-travail ; ils sont plus " fliqués" que jamais sur leurs ordinateurs .

   Pourquoi tout ce discours ? Parce qu'il faut sortir le débat actuel de l'ornière où Nicolas Sarkozy veut l'enliser . Sortir d'un débat d'experts-comptables et l'élever vers une réflexion de société , mobilisatrice : quel avenir pour le salariat , quel avenir pour les relations sociales , quel avenir pour les services publics , quel avenir pour une école publique que Sarkozy nous laisse exangue ?

 

 

   NOTE : L'idée de ce texte est partie de la lecture de la série :" Le monde actuel", publié par Le Monde Economie , chez Gallimard , 2000 . Titre : Questions économiques et Sociales .

   

 

   

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 14:10

   Dans l'entreprise, " je peux vous dire que la préparation du futur n'a pas toujours la place qu'elle devrait avoir . La simple observation des résultats financiers reste le critère quasi unique ." ( C.H. Le Chevalier . Consultant d'entreprise . Cité par Monde Economie. M.B. Baudet.)

 (  Illustration : stripsjournal.canalblog.com )

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   Laissons un peu de côté les spreads, CDS, subprimes, triple A , et bla, bla, bla, et posons le débat de fond . Dans les années  1980 , à la remorque des Américains et des Anglais, la France fait le choix d'une économie basée sur les services et le modèle  financièr , contre son industrie , et prépare donc les temps où l'on déchante, la crise d'aujourd'hui . Le chômage de masse chronique, ce n'est pas à cause du coût du travail, c'est parce que  nos dirigeants, droite et gauche confondus , ont décrété que le pays devait se passer de son industrie traditionnelle , car les services financiers étaient bien plus lucratifs . Exit donc notre sidérurgie , nos industries chimiques , nos houilléres, le textile la machine outil .

   Et c'est là que commence la schizophrénie de nos patrons . Je ne parle pas des artisans et petits commerçants .)

   Encore une fois, un peu d'histoire ne nous fera pas de mal . Au temps- qui n'était pas béni, non plus- du capitalisme familial , avant la seconde gerre mondiale, les patrons étaient les" faiseurs" et" défaiseurs" de la vie sociale. Grâce au cadre stable du contrat de travail à durée déterminée, ainsi qu'aux horaires établis , une fois pour toute, le patronat administrait les horaires professionnels, mais aussi l'espace civique de ses travailleurs . Les Houillères, Michelin, Peugeot, Renaud, logeaient les familles, construisaient des stades, finançaient les clubs sportifs " maison", avaient leurs propres commerces, et leurs propres écoles d'apprentis . Se faire embaucher chez Michelin, c'était se marier à Michelin pour la vie. 

   L'entreprise supervisait complètement la vie sociale .

 

   A la libération, le gouvernement d'Union nationale , nationalise, crée la Sécurité Sociale , et décide de ne pas écarter le patronat de cette dimension de gestionnaire de l'espace social , mais au nom de la justice sociale, chère au Conseil National de la Résistance, il décide que cela se fera en co-gestion avec les Syndicats .

   C'est la naissance du paritarisme . Les quatre  branches de la Sécurité Sociale seront gérées sur un mode paritaire , Syndicats-Patronat , à égalité de représentation , puisque cette solidarité est financée par les côtisations des salariés et des entreprises : branche maladie, retraites, chômage, collecte des fonds de la  formation professionnelle .

   Des sommes énormes sont en jeu , et la gestion des fonds de la formation professionnelle soulève régulièrement des interrogations .

   Le fait est que le patronat a gardé toute sa place dans la vie sociale , hors de l'usine , du pays .

 

   Mais les évolutions économiques, sociales, culturelles voire politiques sont en train de changer la donne .

   La financiarisation de l'économie , le sacrifice délibéré de notre industrie , la compétiton internationale, l'Europe, modifient considérablement  la donne sociale .

   L'affaiblissement des contrats de travail en CDI, au bénéfice des CDD , du temps partiel , du travail intérimaire, le chômage de masse, les 35 heures,  bouleversent complètement  l'organisation de la vie sociale . On n'a qu'à regarder les débats sur le travail du dimanche .

   L'évolution de la démographie , a conduit les organismes sociaux à des niveaux d'endettement insupportables, l'Etat est obligé d'intervenir pour maintenir les équilibres ; on introduit donc l'impôt  dans la gestion de la solidarité .

 

    Du coup, une partie du patronat, le regard fixé sur le coût du travail, c'est à dire le poids des charges , combat pour le passage de la solidarité à l'impôt . C'est ce qu'on appelle la fiscalisation des charges .

   Mais une autre partie de ce même patronat, devine un danger , c'est la perte de toute influence sur la vie sociale , c'est la fin de la gestion paritaire ,c'est la perte de la gestion de certains pactoles de la formation professionnelle .

   L'Etat aura la main-mise , seul, sur ces politiques . Le patronat, par égoïsme actionnarial , se marginalise , lui-même .

   Les plus intelligents de cette caste, sentent les dangers futurs, de cette marginalisation : perte d'influence et retour à la lutte des classes . C'est pourquoi, certains avaient proposé aux syndicats , en 2000 , plusieurs rounds de négociations sur le thème de " la Refondation Sociale" , mais ces discussions ont produit peu de résultats .

 

   Alors, je dis, attention ! Les propositions de Nicolas Sarkozy de dimanche dernier vont dans le sens de la fiscalisation de la solidarité  : baisse des charges, augmentation de la TVA, de la CSG , impôt qui ne porte pas son nom.

   On sait ce qu'il en est de la Dette des Etats , due aux banques, et non aux peuples . Au nom de la dette, les prestations diminueront régulièrement , on se soignera moins, mais cela fera le jeu des assurances privées. Ce refrain est bien connu .

  (Vigilance !  Monsieur Hollande flirte avec ces thèmes : faire de la CSG et de l'impôt sur le revenu, un seul impôt . C'est exactement la fiscalisation de la solidarité .)

 

   Et voilà ce qu'il en est de la schizophrénie de nos patrons : c'est ce qui explique un écho aux propositions présidentielles , assez mitigé, dans les milieux patronaux .

 

 

   NOTE : texte inspiré de l'article de Alain Lehaube . Le Monde Economie ." Le monde actuel ". Gallimard . 2000.

   



   


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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 14:29

   "C'est le peuple qui sera le juge suprême, c'est lui qui prononcera, c'est lui qui jugera, mais ce que nous lui devons, nous, aprés avoir affirmé devant lui et notre conscience, une idée, c'est de nous y tenir quels que puissent être les remous et les mouvements incertains de l'opinion, c'est d'y engager notre responsabilité personnelle . Ce sera moins dangereux que vous ne l'imaginez : les courants qu'on dit irrésistibles sont faits bien facilement de la paresse qu'on met à leur résister ."

   ( Jean Jaurès .Discours du 18 novembre 1908 . Cité dans le livre édité par le Centre et le Musée Jean Jaurès  .Exposition de septembre et octobre 1994 .)(1).

 (  Illustration : histoire.image.org )imagesCAR11NS5.jpg

 

   Je vois dans la campagne électorale actuelle des raisons , pour chacun , de désespérer, de se replier sur soi, de s'enfermer dans un égoïsme que pourtant je dénonce, tous les jours,  depuis mon premier article .

   Je pressens tous les pièges qui nous sont tendus par les " grands candidats ", et je me dis que nous sommes bien loin de l'appel de Jaurès, que j'ai mis en exergue , comme une adresse aux responsables socialistes .

 

   Le premier piège qui nous est tendu réside dans ces discours de la plus grande nudité  gestionnaire , froidement monétaires et économiques, au nom de la crise , complètement extérieure au problème français , purement spéculative  . Regardez comme on ne parle plus de spéculation , mais de compétitivité économique, de compétitivité des entreprises . Le changement sémantique n'est pas anodin . Les dérives financières, noyau dur de la crise,  sont occultées, ainsi on ne parlera plus de s'attaquer aux rouages de la spéculation ; on revient à la vieille antienne , du poids du coût du travail, du poids des charges patronnales , mais surtout pas du parasitisme des actionnaires . Glissement sémantique anodin ? Sûrement pas ! Revenir à la question des coûts , c'est à dire pour le travailleur, qui préfère la simplicité , son  salaire et ses côtisations, c'est préparer l'opinion à la nécessité de geler l'un et augmenter l'autre . Mr Hollande, sur ce point , vous vous refusez à apporter une vraie réponse.

   Les grands enjeux, l'école , la recherche , la formation n'ont droit qu'à des incantations . Mr Hollande nous ne voyons rien dans votre programme , qui puisse rappeler "les germes d'un futur meilleur" tel que les appelait de ses voeux jaurès .

 

   Un deuxième piège nous attend avec les errements catatoniques du candidat sortant . Certes reconnaissons lui une cohérence  irréfragable : le quinquennat a commencé par de superbes cadeaux financiers aux riches ; il se termine par un magnifique racket sur les pauvres, avec l'imposition de deux points de TVA supplémentaires, et l'augmentation de la CSG .

   Avec lui, nous allons avoir droit aussi au discours gestionnaire, plus clair que son concurrent : c'est aux pauvres de payer . Ajoutons-y",  les boules puantes" que son entourage va continuer à balancer, qui font partie de la stratégie d'enfumage sur les vraies solutions .

 

   Le troisième piège, pour détourner nos votes , est bien connu , il a trente ans d'âge , c'est le" Vote Utile ". Il n'y aurait que trois discours valables , à la hauteur, pensent même certains . C'est le mécanisme " du racisme de l'intelligence", dénoncé par Bourdieu et dont j'ai déjà parlé . Certains détiendraient la vérité, les autres n'ont qu'à suivre. C'est la manipulation des sondages sur le score de Marine Le Pen, contre qui on ne pourrait faire barrage qu'en votant massivement pour F. Hollande, dés le premier tour . Attention ! Là réside le danger le plus grand .

   Donnons un score de maréchal au Parti Socialiste dés le premier tour , et soyons sûrs qu'il retournera à ses vieux démons , hégémonie,impérialisme des idées, trahison des promesses, dés le lendemain .

   Au sein de la gauche, l'histoire démontre qu'il a toujours fallu  des contre-pouvoirs forts aux vieilles tentations oligarques de ce parti .

   Faisons un petit retour en arrière, sur la défaite de Jospin en 2002, qui revient dans le débat en ce moment . Est-ce bien un hasard ? Voter utile ce serait échapper à un nouveau  21 avril 2002 ? Car ces candidatures de gauche, irresponsables,  peuvent faire perdre François Hollande .

   Qu'est-ce qui a fait perdre Lionel Jospin en 2002, qui ne réunit que 16% des suffrages ?  Des erreurs, des mauvais choix politiques , l' arrogance des caciques du PS  qui croyaient la victoire acquise . Et certainement pas les autres candidatures de gauche . Je m'explique .

   L'abstention a été élevée dans les couches populaires désespérées par les socialistes . Or l'abstention favorise le Front National , c'est vérifié .

   Que disait Jospin à ces couches populaires ? " L'Etat ne peut pas tout... Mon programme n'est pas socialiste ..."

   Qu'ont fait ses Ministres des Finances, Stauss-Kahn et Fabius  ? Alléger, déjà,  les impôts des riches , libérer les " stocks options ". Et que fait son gouvernement, en fin de mandat, pour plaire à la CFDT et aux Verts ? Mettre en place" les 35 heures", dans la précipitation, dans le désordre, dans l'impréparation,  en promettant au patronat  20 Mds d'euros par an,  pour  dédommager les entreprises, que nous payons toujours . Et en ajoutant à cela une faute politique énorme , que peu de gens ont relevée : exclure les ouvriers et employés des petites entreprises de moins de vingt ouvriers de ce dispositif.

   Qui avait désespéré la classe ouvrière , en l'oubliant ?

 

   Mr Hollande , vous avez dit avoir été traumatisé par ces évènements, c'est bien ! Alors, attention , ne commettez pas les mêmes erreurs qu'en 2002 !  Pour l'instant, les ouvriers et les employés sont les oubliés de vos propositions, et votre attitude à l'égard de Bayrou est ambigüe . Bayrou, dont le vide sidéral des propositions devient "assourdissant" .

   Pour ma part , je suis convaincu que l'élection ne se gagnera à gauche que par une forte participation au scrutin et qu'elle se perdra si l'abstention est trés élevée .

   J'ai choisi comme introduction à ce blog les dernières phrases du Germinal de Zola :" La germination des siècles futurs ", qui rejoignent l'appel de Jaurès dont j'ai fait mon titre, aujourd'hui . Pourquoi ?

   Nous avons besoin d'hommes et de femmes politiques qui ne nous promettent pas que de réparer les dégâts de la Finance , mais d'hommes et de femmes qui nous proposent aussi de poser les bases d'un vrai futur .


   

   

 

   

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 14:44

Pourquoi sont-ils pauvres ? " Ils sont pauvres parce que nous ne nous soucions pas d'eux, parce que nous sommes une société trés inégalitaire...parce que nous n'acceptons pas de payer plus d'impôts...parce que nous n'acceptons pas de freiner notre appétit pour consommer toujours plus...parce que nous ne désirons pas vraiment une société plus égalitaire ." (Richard Titmuss. Professeur à la London School of Economy ; dans son livre: The Meaning of Poverty ; cité par P. Rosanvallon : la société des égaux .)Muraille-de-chine.jpg

   Illustration : lebondosage.over-blog.fr

 

   Le protectionnisme ne s'est pas encore invité dans la campagne des présidentielles , du moins chez les grands candidats . Mais pourquoi le laisser à Marine Le Pen , qui " fait son beurre", sur ce thème ,auprés des couches populaires ? On a peur du mot , dans le courant social-démocrate , on n'en veut pas chez les ultra-libéraux , car il est contraire à l'idéologie dominante qui a réussi le tour de force, grâce à des médias complaisants et à des journalistes ignares , de le faire assimiler à du  néo-fascisme , grâce à un exercice de sémiologie réussi , assimiler protectionnisme et repli .

 

   L'histoire du XIXe siècle nous enseigne que ce concept a traversé tous les courants de pensée , qu'il fut tantôt assimilé au progrés social, tantôt à un frein au développement économique ,  mais jamais dans le même camp . Il est intéressant de revisiter cette histoire .

   Précisons cependant, qu'aujourd'hui ," les frontières", si je puis me permettre ce jeu de mots , qui définissent le terme sont nettes ; le protectionnisme est l'empêcheur de tourner en rond, dans la jungle  du capitalisme financier débridé .

 

   Dans les années 1830 , 1840, le débat est tendu entre libres-échangistes d'Outre- Manche , et protectionnistes du continent . Déjà !

   Mais le débat fut d'abord rude en Grande Bretagne, entre les Gands Aristocrates , propriétaires terriens, dont les règlements appelés : " Corn Laws" protégeaient les productions céréalières , et la Bourgeoisie Industrielle en quête de débouchés vers le continent . 

   L'argumentation des libres-échangistes, en Grande Bretagne n'est pas sans intérêt ; il fallait ouvrir les frontières au nom du pouvoir d'achat de la classe ouvrière, afin de favoriser la consommation des couches populaires , l'ouvrier n'est pas un prolétaire , il est d'abord un consommateur . Un " civic consumers ", disait-on, c'est à dire  un acteur du développement du pays par son implication dans la consommation , productrice de richesse , et partant bénéficiaire de cette richesse. L'abaissement des droits de douane sur les produits importés bénéficie, au premier chef, au consommateur. J'ajoute, pour ma part, qu'il ne touche pas aux bénéfices des capitalistes, et c'est bien le débat actuel sur la "TVA sociale, emploi, environnementale...", habillez-la comme vous voulez !

L'inversion de l'argumentaire politique vaut son pesant d'or , mais remarquons la similitude de l'argument avec les raisons qui , aujourd'hui justifient l'ouverture au marché chinois , quel qu'en soit le coût moral  ou environnemental .

   Les"corn laws" seront supprimées à la fin des années 1840 .

   En Allemagne, C'est le protectionnisme qui l'emporte avec les théories de Friedrich List, ( Système national d'économie politique, 1841 ),(1), où il propose une association douanière aux différents petits  états allemands, le" Zollverein" ; mais c'est dans une intention politique : préparer la marche vers l'unité allemande.

 

   En france, c'est le protectionnisme qui, à la même époque, est défendu par les plus conservateurs des politiques :  Thiers et Guizot . " En matière d'industrie, nous sommes des conservateurs, des protecteurs ." ( Discours à la chambre des Députés, 1er avril 1846, de Guizot . ) (1).

   L'économiste Charles Dupin," Bien être et Concorde des classes du Peuple français", (1), théorise la  notion "d'ouvrier français" en lieu et  place de prolétaire , pour créer le sentiment d'appartenance nationale , "d'inclusion", et cela passe par l'institution de barrières douanières, protectrices . Il parlera même de "concurrence cosmopolite ", " le plus grave danger qui menace la classe ouvrière ."(1)

   Ne nous y trompons pas, cette passion pour le protectionnisme est éminemment politique ; Guizot sait trés bien que l'ouverture à la libre concurrence  provoquera  un accroissement des inégalités, le durcissement du travail dans les usines , et marqué par les violences de la Révolution de1830 , il se refuse à prendre le risque de :" perturbations brusques, soudaines, générales , à l'ordre établi...", soucieux, se disait-il, " d'épargner à l'industrie, comme aux autres grands intérêts, tout désordre , tout déplacement inattendu..." ( Discours du 11 mai 1846.) (1)


   Tous ces débats vont même jeter le trouble dans le camp de la pensée socialiste .

   Louis Blanc rejettera le protectionnisme, jugeant que le vrai problème est plutôt dans l'organisation du travail .

   Le journal ouvrier " l'Atelier",( novembre 1846 ), dénonçait ces règles protectionnistes qui " protégeaient les gros bénéfices  industriels "

   Et même Karl  Marx,qui , tout en dénonçant " la liberté du capital", s'en prendra au protectionnisme  " qui saigne à blanc le peuple ." Il dira même: " Je vote pour le libre-échange." ( Discours sur le libre-échange de 1848.)

 

   Qu'est-ce à dire ? Au-delà des époques, des courants de pensées, des visions politiques, il reste une certitude , c'est que ce débat n'est pas un débat de passéistes, de rétrogrades , d'illuminés , d'ignares, ou " d'abrutis" . Ce débat doit prendre sa place dans la campagne des présidentielles,avec les questions évidentes qu'il soulève : Le protectionnisme  protège qui ? Il entrave quoi ? Il nuit à qui ? Il  déstabilise quoi ?

    Les "abrutis" ne sont pas ceux que l'on pense .

 

 

   NOTE: (1). Citations empruntées au livre de Pierre Rosanvallon , La société des égaux , Seuil, 2011.


 


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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 13:58

"L'égoïsme  est la rouille des sociétés" ( Tocqueville. De la Démocratie en Amérique. Cité par Pierre Rosanvallon dans son livre La société des égaux chez Seuil.2011.)

   Illustration:conar-56-skyrock.com

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   Je reviens à mon obsession, l'Egalité, "L'Idée mère" de la Révolution, dira le ministre de Louis XVI, Necker.( Cité par P.Rosanvallon.) Les définitions de l'Egalité étaient magnifiques sous l'ére révolutionnaire.

   Le Constituant Pierre Louis Roederer dit :" L'affection qui a décidé le premier éclat de la Révolution, excité ses plus violents efforts, obtenu ses plus grands succés, c'est l'amour de l'Egalité."( Oeuvres du Comte P.L.Roederer. (1).)  Et d'ajouter:"Le premier motif de la Révolution a été l'impatience des inégalités."

   Siéyès, père de la première Constitution, nous dit la même chose, en dénonçant l'arrogance, la morgue et le mépris des aristocrates:" Le privilégié se considère comme faisant partie d'un ordre à part, une nation choisie, dans la nation."( Essai sur les privilèges. )(1) Et de dénoncer" l'univers d'exemptions légales" de devoirs exigés des autres membres de la société (1). Aujourd'hui, on appellerait cela " les niches fiscales."

   Un autre rédacteur de cette Constitution nous éclaire sur l'appréhension qu'ont les révolutionnaires de 1789. Le pasteur gardois, Rabaut Saint-Etienne, nous dit:" On pose comme principe dans la formation d'une société que tous les hommes qui  y entrent sont égaux. On ne veut pas dire qu'ils sont égaux de taille, de talents, d'industrie, de richesses, mais qu'ils sont égaux en liberté." C'est à dire," dans une relation sociale où nul n'est soumis à autrui."(1)

   

   Plus tard, Tocqueville dira, à propos de ces mêmes privilégiés :" C'est à peine s'ils croient faire partie de la même humanité."( De la Démocratie en Amérique.)

   Parler d'égalité sans évoquer Babeuf et la" Conjuration des Egaux", de 1796, préparée contre un Directoire corrompu, serait injuste. Que disent en substance les Egaux qui veulent remettre en tête des préoccupations des Citoyens, le principe d'égalité ? Voici un extrait de leur Manifeste , de 1796 :" Nous ne voulons pas seulement cette égalité inscrite dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons...Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets...L'instant est venu de fonder l'égalité réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, et tant pis si elle ne plaît pas à l'égoïste, à l'ambitieux qui frémira de rage..."(2).

   Tocqueville avait même songé à un moment à" une société des semblables". Nous en sommes loin.


   Comment, d'une telle période, puis  d'un XXe siècle qui se voulut égalitaire, en Europe, certes sous les coups de boutoir de la classe ouvrière et de ses syndicats, a-t-on pu entrer , depuis trente ans, dans une société,  aussi égoïste et individualiste, que celle d'aujourd'hui ?

   La globalisation, le libre-échange, la financiarisation de l'économie, la société de consommation, ont bouleversé nos représentations. Mais ces phénomènes ne suffisent pas à expliquer" le processus de décomposition du lien social"(1) qui affecte nos démocraties.

   En fait, l'évolution des connaissances, le développement des échanges, la libre circulation des personnes, les progrés techniques , la communication, les réseaux sociaux, rendent nos sociétés plus complexes, plus diverses, plus hétérogènes. A l'individu, entouré et encadré, de l'ancien monde rural, immobile presque figé,  mais rassurant, s'est substitué un individu plongé dans un monde urbain déshumanisé, anonyme, agressif, jugé dangereux .

   Cela est connu. 

   Dans nos villages du premier tiers du XXe siècle, les écarts entre les modes de vie des habitants n'étaient pas spectaculaires.

   Mais depuis, la médiatisation spectaculaire des niveaux d'existences des diverses catégories sociales, a modifié notre approche de la notion d'égalité. Aux privilèges, se sont substitué les passe-droits, la fraude, la corruption, parfois légale, le copinage, le refus de l'impôt, l'évasion fiscale, les niches fiscales,  autant de phénomènes qui entament la confiance dans le principe d'égalité, et qui, au lieu d'inciter à la protestation collective, induisent des comportements individualistes, du type: je vais faire la même chose. Moi aussi, je n'ai qu'à tricher sur les impôts, sur les aides sociales ; moi aussi, je vais utiliser mes relations pour "caser" mes enfants. 

   N'entend-on pas dire, l'exemple vient d'en haut. Et malheureusement, c'est souvent vrai. 

 

   Que peut produire une société dont la grande majorité des élites ne cherche qu'à échapper au devoir de l'impôt , aux versements  des côtisations sociales: acteurs, chanteurs, sportifs, capitaines d'industrie, sociétés, organisations bancaires...

   Le citoyen regarde cela, et lui qui est captif, va chercher à imiter ces comportements plutôt qu'à lutter contre le travers.  Cela concerne l'extrême d'en- haut, si j'ose dire. Mais un autre phénomène vient compliquer la perception qu'un monde d'égaux est possible. C'est à l'inverse, le danger de ce que je me permets d'appeler l'extrême d'en-bas.

   Les politiques de compression drastique des salaires menées depuis des années, nous ont conduit à un resserrement injuste et dangereux des aides sociales, versées aux plus démunis, et des revenus des actifs . je vois là, une des formes les plus insidieuses que les pouvoirs politiques ont inventées pour diviser, ou pire pour dresser" les pauvres" contre" les plus pauvres". Le sentiment d'injustice ressenti par les actifs est dévastateur.      Leur rage ne s'adresse plus au dirigeant, mais au voisin " aidé". Voilà comment on détourne la colère des gens et surtout comment on éloigne , leur perception politique, du sentiment d'égalité . En fait se substitue au désir d'égalité le sentiment" qu'il y a deux poids et deux mesures"(1), et qu'on est "le seul à jouer le jeu."

   J'ai bien dit dangereux, car les mouvements d'extrême droite, ont un talent certain pour jouer avec ces sentiments ambigüs, ouvertures à tous les racismes. Depuis quelques années, les classes moyennes et les classes populaires, vivent dans ce sentiment "du deux poids , deux mesures", ne nous étonnons pas de les voir dériver vers le chant des sirènes du Front National.

   Ce "deux poids, deux mesures" est le creuset de la défiance sociale, de la perte de foi dans le devoir de solidarité, il est donc urgent de travailler au rétablissement du lien social, de"la réciprocité" dans les relations sociales(1), de la rigueur contre les nantis qui n'en ont jamais assez, de la transparence dans l'accomplissement de nos obligations citoyennes...

   La" corrosion"- qu'évoque le titre de Tocqueville- et  qui atteint notre contrat social n'est, peut-être, pas encore irréversible.


   Monsieur Hollande, voilà un sujet qu'il vous sera difficile d'esquiver, dans les semaines qui viennent.

 

 

   NOTE/ (1). Citations extraites du livre de P.Rosanvallon:"La société des égaux", dont s'inspire cet article.( Seuil.2011.)

                (2) Manifeste des Egaux: tiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/conjuration_des_%C%89gaux

 

   


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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 15:26

  Sous-titre: Monsieur Minc.  Illustration: futura.sciences.com)

 

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   "L'homme est le seul animal dont l'action soit mal assurée, qui hésite et qui tâtonne, qui forme des projets avec l'espoir de réussir et la crainte d'échouer. C'est le seul qui se sente sujet à la maladie, et le seul aussi qui sache qu'il doit mourir...Le reste de la Nature s'épanouit dans une tranquillité parfaite...

   De tous les êtres vivant en société, l'homme est le seul qui puisse dévier de la ligne sociale, en cédant à des préoccupations égoïstes quand le bien commun est en cause ; partout ailleurs, l'intérêt individuel est  inévitablement subordonné à l'intérêt général. Cette double imperfection est la rançon de l'intelligence...

   L'homme ne peut pas réfléchir à ce que la nature lui demande, en tant qu'elle a fait de lui un être sociable, sans se dire qu'il trouverait souvent son avantage à négliger les autres, à ne se soucier que de lui-même." ( Henri Bergson.Les deux sources de la morale et de la religion. 1932.)

 

   Qui ne connaît Monsieur Alain Minc ? Il hante tous les plateaux télévisés, tous les studios de radios, pour y déverser son credo ultra-libéral, et sa pensée sur l'inégalité entre les hommes, comme phénomène naturel, et disons-le, pour lui, tout à fait normal, puisque il se positionne, dans la catégorie supérieure.

   Il parade sous les projecteurs, arborant en permanence un sourire suffisant et se vautrant, sans aucun respect, dans les fauteuils que fournit la production.

   Il fait partie de cette nouvelle aristocratie des experts techniciens, "de ceux qui s'estiment les meilleurs" , comme le dit Robert Redeker, pour participer à la direction du pays, et qui sait, si on le pousse un peu, à la direction  du monde.

   Je le rangerais volontiers dans cette catégorie, conceptualisée par le sociologue P.Bourdieu;  ces gens , égarés dans" un racisme de l'intelligence",  "dominants qui justifient à tout moment l'ordre social dans lequel ils dominent. Dominants qui se sentent d'une race supérieure par leur intelligence."( P.Bourdieu." Classe contre classe.")


   Ce monsieur est intelligent, mais n'a oublié qu'une chose, c'est que l'intelligence exige de nous, sa rançon, et elle est double, comme le dit  H.Bergson: elle peut conduire à l'égoïsme et à l'autisme à l'égard de ce que la nature peut nous demander.Elle rend nos jugements incertains car nous avons peur de l'avenir.

   Eh! oui, je l'avoue, Monsieur Minc m'irrite.  Mais je crois nécessaire que chacun connaisse les idées malsaines que l'on agite autour du candidat de l'Elysée. Je ne prends pour cela que trois exemples, sur toutes les inepties que ce Monsieur peut débiter, d'aucuns diront les horreurs.


   En janvier 2011, il s'en prend à M.Séphane Hessel, homme de probité, d'engagement humaniste, de courage politique reconnus dans le monde entier, pour railler le succés de son ouvrage: " les Indignés", se félicitant ,avec ironie, qu'un vieil homme de 95 ans écrive des" Best Sellers"- admirez le choix de l'expression anglaise- puis ajoutant que  M.Hessel n'est pas Karl Marx et que son petit livre n'est pas le Capital.

   Monsieur Minc on se déshonore, à jalouser, on se rabaisse,  en s'en prenant aux grands hommes. 


   En mai 2010, M.Minc avait déjà frappé trés fort, en affirmant que les personnes âgées coûtaient trop cher à la Sécurité Sociale. Il racontait donc que son père de 102 ans, avait été hospitalisé en soins intensifs, ce qui avait coûté 100 000 euros à la Sécu: il trouvait que c'était "un luxe immense". Mais il ne pensa pas, qu'il pouvait rembourser la Sécu, lui qui en a les moyens. Il proposait donc de faire payer les anciens," sur leur patrimoine ou celui de leurs ayants-droits". ( Cf.  le site du journal le post, du 08/05/2010. http://www.lepost.fr) .  Encore faut-il posséder un patrimoine. Je ne m'étends pas, cette idée mérite un débat qui nous mènerait trop loin. Cependant, on peut déjà se dire, que M.Minc commencerait par les personnes âgées, puis les handicapés,  les obèses, les alcooliques... 

   En octobre 2008, Monsieur Minc ne se démonte pas, et à propos de la crise financière et économique, déclare que le peuple est aussi responsable que les dirigeants politiques; ceux-ci n'ayant fait que suivre, en prenant leurs décisions ,  ce que les citoyens voulaient : dépenser plus pour améliorer leur bien-être.

   Monsieur Minc est décidément bien petit. Mais voilà, il conseille le Prince, N.Sarkozy,  et fort de son pouvoir de persuasion,  ne renonce pas à vouloir influer sur M.Hollande, pour lui faire inclure dans son programme des mesures "anti-vieux."


 

   Si l'on revient à H.Bergson, il suggérait  que tout bien se paie au prix fort. L'intelligence est le propre de l'homme, c'est ce qui le distingue de l'animal dont l'adaptation à la nature se fait par d'autres moyens, l'instinct par exemple.

   Mais l'intelligence fait que 'l'homme ne tient pas au présent", comme disait Pascal. Son intelligence est toute tendue vers son avenir, et du coup, il doit d'abord se représenter les buts qu'il veut atteindre afin de déterminer les moyens pour réaliser son projet.

   Et voilà comment M.Minc eût pu devenir un sujet d'études du grand philosophe. Les imperfections de son intelligence, le reste de cette intelligence tendu vers un avenir  où il atteindrait le statut de Sénèque ou de Cicéron, font que sa réflexion pour y parvenir le pousse à déglutir des énormités dont il ne voit plus l'incongruïté.

   Pauvre M.Minc.

 

 

   NOTE: les références à Bergson sont empruntées au site http://www.philolog.fr/la-double-imperfectionrancon-de-lintelligence-bergson/


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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 13:59

   Sous-titre: "L'Illusion Politique" Essai de J.Ellul de 1965.robot-secretaire-utilisation_-x13421462.jpg

 

   "L'Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s'échappe de sa bouche:' Moi, l'Etat, je suis le Peuple'." ( Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra.) - Cité par http://fr.wikipedia.org )

   Illustration: Le robot secrétaire. fotosearch.

 

   Dans la société technicienne que nous dépeint  J.Ellul,( cf.les deux articles précédents), existera-t-il encore un espace pour l'exercice de la Démocratie ?  Nietzsche nous décrit le monstre froid de l'Etat, au XIXe siècle;  qu'aurait-il écrit aujourd'hui ?

   J.Ellul nous aide à répondre en partie, même si l'on ne peut le suivre jusqu'au bout, notamment quand il voit un espace démocratique dans le Christianisme ou quand il suggère une " dépolitisation" du citoyen assez ambivalente.

   La première réserve réside dans la transformation de la Vie Politique, en politique spectacle, à cause, pour Ellul, des techniques de communication qui imposent leur diktat à la parole politique. Guy Debord reviendra sur:" La Société du Spectacle," en 1967.

   La technique nous rend paresseux, dira-t-il encore, et nous retire la volonté de chercher ce qu'est le bien, le vrai, le juste, alors nous demandons à l'Etat de le chercher pour nous, nous nous en remettons à lui , au lieu d'assumer pleinement notre liberté.

   Il juge le discours social ambiant : "tout est politique", dangereux car en faisant du fait politique "le centre d'intégration de toutes les analyses du système social", nous nous privons du regard externe nécessaire à la compréhension des phénomènes et nous livrons aux critères de la technique pour juger de la pertinence de tel ou tel progrés ; nous nous livrons à notre propre ennemi.

   De quoi devons- nous nous méfier avant tout ?

   

   Le technicien est le Maître du jeu. Par souci d'efficacité, c'est le technicien qui, en tant que connaisseur du dossier, décide de ce qu'il faut faire. Il domine la décision du politique parce qu'il détient l'information et la procédure d'application. C'est le technicien qui rédige le décret, pas le Ministre.

   Le Politique ne peut pas matériellement répondre à toutes les demandes, il donne donc carte blanche aux membres de son cabinet, aux techniciens, pour décider du nécessaire. Lui se contente de signer le dossier, sans l'approfondir.

   "Le Ministre, lui-même, ne peut que demander à un collaborateur de le conseiller pour choisir entre plusieurs variantes proposées par d'autres techniciens".( Club Jean Moulin: "L'Etat et le Citoyen" chez Seuil. 1961.)

   Et oublions la croyance que le Parlement contrôle encore l'Exécutif. Oublions également, que "dans la civilisation des loisirs" les citoyens trouvent le temps et la disponibilité d'exercer un contrôle sur le pouvoir.( Andrée Michel. A propos de L'Illusion Politique.)

   D'ailleurs, dans la société technicienne, l'efficacité prime sur la réflexion. "Plus les problèmes sont sérieux et importants, plus on cherche à les résoudre par la voie technicienne", dit encore J.Ellul, à croire qu'il avait anticipé la crise actuelle et la tragique et vaine agitation de N.Sarkozy. 

 

   Mais alors, où est donc l'illusion , dans ce système qui s'auto-alimente et ne laisse aucune place aux interventions extérieures ?

 

   L'univers technicien est verrouillé. La marge de manoeuvre des politiques est trés faible," ce n'est plus  l'Etat qui agit, toutes les décisions sont dictées par des impératifs techniques, ce sont donc les techniciens qui sont à l'origine des décisions politiques. C'est la fin du politique proprement dit." ( Marc Schweyer:  J.Ellul ou la Technique Asservissante. Colloque de Gunsbach. 1999.)

   L'illusion elle est dans le discours: " Le Citoyen considère souvent les discours de l'Etat comme étant des mensonges, et cependant il y croit", disait Alfred Sauvy."Introduction à la Psychologie Politique". A.Colin.1957.)

   Le fait politique n'est plus que discours, donc propagande. La période actuelle est riche en démonstrations de cette affirmation. 

   L'action politique ne se situe plus que dans l'adhésion de l'opinion aux décisions techniciennes. Un seul but est assigné par les techniciens au politique: atteindre le public, modifier éventuellement l'opinion, donc la manipuler. 

   L'action politique n'est plus que propagande afin que" cette opinion ne vienne pas , sans cesse bouleverser le travail politique entrepris."( J.Ellul). 

   " L'homme politique n'agit pas selon la réalité des faits, mais selon l'opinion" dit Marie-Noëlle Sarget, ( Problèmes et limites de l'approche systémique de la décision politique) , parce qu'il veut être suivi ; il se doit donc de créer l'opinion selon ce que veut le système. L'acte politique doit donc être précédé d'un travail  préalable, trés soigné, sur l'opinion. Le Président actuel est un orfèvre en la matière.

   Ce qui revient à dire que ce n'est pas l'acte politique qui compte mais l'acte traduit pour l'opinion publique.

   " L'homme qui écoute un débat télévisé ou un orateur, ou lit un journal, est immergé dans un monde, certes réel, mais particulier parce que créé par les mots..." ( David Krech et R.S.Crutchfield. Théorie et problèmes de psychologie sociale.PUF.1952 ).

   Le système technicien veut " administrer les choses" tandis que les politiques, au temps où la technique était soumise aux hommes "voulaient gouverner les hommes."( Michel Crozier; Le phénomène bureaucratique. Seuil.1963.)

   La politique , aujourd'hui, ce n'est plus que cela: fabriquer une opinion. Le seul apport du politique, c'est la forme, l'apparence, séduire le citoyen pour lui faire accepter l'inacceptable. Là réside l'Illusion politique.

 

   Alors, que nous reste-t-il à faire ?


   Malgré toutes les questions que la société moderne pose, la politique existe et nous sommes tous concernés par elle parce que l'Etat  ne peut rien faire sans l'approbation du peuple. Donc une "réappropriation démocratique" est toujours possible mais, peut-être hors des partis hégémoniques, hors la main-mise des professionnels de la politique, par des citoyens bien décidés à travailler ensemble, ne fuyant pas les tensions.

   En somme, des collectifs liés" par des intérêts socio-politiques, intellectuels, culturels, artistiques, mais aussi économiques,"( J.Ellul),  qui trouveraient une organisation suffisamment efficace pour s'opposer aux décisions injustes de l'Etat.

 

 

   NOTE: texte inspiré de " L'illusion politique". http://fr.wikipedia.org/wiki/L'illusion_politique


   

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 14:43

   "Autrefois, la technique était un enjeu mais, depuis l'avènement de l'informatique, elle a changé de nature pour former à l'intérieur de la société un véritable" système technicien" ( Mémoire de fin détudes philosophiques: Alexis J. Le système technicien de Jacques Ellul. Site:alexis.lautre.net/doc/doku.php?id )

   Illustration: blog.gaborit-d.comtimescape-4k-video-copie-1.jpg


   Durant la nuit de la Saint-Sylvestre et le jour du Nouvel An, plus de un milliard de SMS ont été émis, à travers toute la France, au titre des voeux traditionnels. Ce qui veut dire, que trente ou quarante millions de Français ont envoyé, en vingt quatre heures, entre vingt et trente SMS chacun. Cette information m'a renvoyé à une réflexion qui m'occupe depuis longtemps, à savoir: la place prise par la technique dans notre vie de tous les jours, et surtout le rôle qu'elle tient dans nos pensées, nos comportements , nos décisions , en un mot dans notre vie sociale et politique.

 

   L'initiateur de la Pensée sur la question de la technique est, sans conteste, le philosophe allemand Heiddegger, dans son essai: "Etre et Temps." ; en France l l'historien et philosophe dont l'apport est le plus riche est certainement  Jacques Ellul, particulièrement dans son Essai: "Le Système technicien" de 1977. 

 

   Je pense, comme beaucoup de monde, que les progrés technologiques précèdent et induisent les évolutions des moeurs, des conduites, des comportements de l'individu dans toute société humaine.

   Parlant de J.Ellul, le philosophe Robert Redeker, ( Magazine Marianne No 768 du 7 au 13 janvier 2012), dit:" Il est le premier à voir dans la technique le facteur décisif du monde actuel... C'est la technique, et non le travail qui structure la société. L'extension de la technique atteint tous les aspects, même les plus intimes, de la vie humaine."

 

   Et, en effet, la technique a fait une intrusion dans tous les domaines de notre vie. Et même les plus intimes. Remarquons d'abord, qu'aujourd'hui, on accole à toutes les activités humaines le mot tchnique :

   -Techniques commerciales.

   -Techniques administratives.

   -Techniques industrielles.

   -Techniques pédagogiques.

   - Techniques médicales.

   - Techniques artistiques. Le phénomène culturel fut pourtant, pendant des siècles, de l'ordre symbolique.

    - Techniques sexuelles . Quoi de plus intime !

   L'on sait, aujourd'hui, combien la télévision a contribué à tuer la vie sociale, les réunions entre voisins, les veillées, le dialogue dans la  famille.

   L'on connaît bien l'impact de l'automobile sur la montée de l'individualisme, sur la psychologie du paraître, sur l'agressivité du conducteur, maître chez lui, dans ses huit cents kilos d'acier et de plastique.

   Personne ne discute l'influence de la chirurgie esthétique et de la cosmétologie sur l'adoration que nous portons à notre corps, au détriment des qualités intérieures.

   Qui douterait que l'augmentation des systèmes de vidéo-surveillance, loin de nous rassurer, ne fait qu'accroître le sentiment d'insécurité.

   Est-ce que les progrés de la médecine, au demeurant fort louables, ne contribuent-ils pas à nous rendre la douleur plus insupportable qu'autrefois ?

   L'automatisation, n'a-t-elle pas rendu beaucoup de lieux publics déshumanisés ? stations de métro ou gares SNCF où il n'est plus possible de trouver un agent pour vous renseigner ou vous porter assistance.

   Et le succés d'Internet n'est-il pas en train de révolutionner toutes les relations humaines ? Dans quelques années, penserons-nous encore à nous parler? Connaîtrons-nous encore le sens du mot conversation ? Aurons-nous encore envie de sortir de chez nous ?


   L'on pourrait multiplier les exemples. Mais il en est un, encore, que nous ne pouvons occulter. Je pense au poids que prend l'administration automatisée, aux multiples fichiers sur lesquels nous sommes recensés, mais attention, sous forme de numéros: est-ce que nous pouvons nous sentir exister, à travers un numéro ? Est-ce que le fonctionnaire peut voir un être humain, de chair, de sang, traversé d'émotions,inquiet ou rassuré , derrière le numéro que lui impose son ordinateur ?

   Qui n'a pas eu affaire aux plates-formes téléphoniques des grandes administrations, des grandes entreprises, de sa banque, ou aux fameux rendez-vous téléphoniques avec son "conseiller", mot trés à la mode, qui désigne un ectoplasme que nous ne connaîtrons jamais, mais qui a pendant quelques jours ou quelques mois, un morceau de votre vie entre les mains.

   Et que dire des" Experts Mécanisés" politiques, dont accouche chaque année, l'Ecole Nationale d'Administration, (ENA) ? Nous y reviendrons.

 

   Robert Redeker dit, non sans pertinence, que le pouvoir censé nous protéger et nous rassembler, en fait " est entre les mains d'experts techniciens qui forment une nouvelle aristocratie: le gouvernement de ceux qui s'estiment les meilleurs."( Marianne, No 768.)

   En fait, l'intrusion massive de la technique dans notre quotidien, pose la question plus grave de l'exercice de la liberté, de la réelle indépendance de la politique par rapport à la technique. J.Ellul y avait déjà consacré un essai: L'illusion politique. Nous y reviendrons dans un autre article.

 

 

   NOTE: Titre: Le gouvernement des choses: J.Claude Milner ".La Politique des choses" de 2005.

                           L'oubli de l'Etre:" Etre et Temps" de Heidegger . Traduction parue chez Gallimard Paris. 1986.

 

    


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Published by regain2012 - dans Société
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