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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 14:22

" Pour la défense des intérêts communs, la société a créé, ordinairement par simple division du travail, ses organismes propres . Ces organismes, dont le sommet est constitué par le pouvoir d'Etat, se sont avec le temps  mis au service de leurs propres intérêts ; de serviteurs de la société, ils en sont devenus les maîtres..." ( Karl Marx .Misère de la philosophie .1845 .)

  ( Illustration : fr.wikipedia.org ) .

 

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   Les campagnes électorales des présidentielles revêtent, chez nous, un caractère trés personnalisé qui jette un voile sur les vrais enjeux, qui les rendent illisibles aux yeux des observateurs étrangers, qui écoeurent beaucoup d'électeurs, qui en font une espèce de pugilat verbal plutôt décevant . Quand les commentateurs ont dit: c'est normal, cette élection est la rencontre d'un homme avec un peuple, selon la volonté du Général de gaulle, ils ont tout dit, et surtout n'ont rien dit ! Je crois qu'il faut chercher dans l'histoire de notre pays le cheminement social et politique qui noua conduit à cette caricature de Démocratie : c'est qu'un jour, le pouvoir politique fut confisqué aux forces sociales desquelles il devait émaner, et que ce phénomène de confiscation ne fait que se renforcer au fil des siècles .

   Aujourd'hui, le pouvoir politique est totalement incarné dans la fonction de Président de la République, donc toute élection présidentielle n'est qu'un assaut dirigé vers la prise de ce pouvoir singulier .

   D'où cela est-il parti ? N'en déplaise à nos politologues assermentés, pour le comprendre, il faut remonter bien au-delà du Général de Gaulle .

 

   " Le pouvoir exécutif, avec son immense organisation bureaucratique et militaire, avec son mécanisme étatique complexe et artificiel, son armée de fonctionnaires, son armée de soldats, effroyable corps parasitaire qui recouvre comme d'une membrane le corps de la société française et en bouche tous les pores, se constitua à l'époque de la monarchie absolue, au déclin de la féodalité, qu'il aida à renverser . Les privilèges seigneuriaux des grands propriétaires fonciers et des villes se transformèrent en autant d'attributs du pouvoir d'Etat ; les dignitaires féodaux en fonctionnaires appointés ; la carte bigarrée des droits souverains médiévaux contradictoires devint le plan bien réglé d'un pouvoir d'Etat .

   La première Révolution française qui se donna pour tâche de briser tous les pouvoirs indépendants, locaux, municipaux, provinciaux, pour créer l'unité bourgeoise de la Nation, devait nécessairement  développer l'oeuvre commencée par la Monarchie absolue : la centralisation,, mais en même temps l'étendue, les attributs, l'appareil du pouvoir gouvernemental . Napoléon acheva de perfectionner ce mécanisme d'Etat . La Monarchie de Juillet y ajouta une plus grande division du travail, qui alla croissant à mesure que de nouveaux groupes d'intérêts apparaissaient avec par conséquent un nouveau matériel pour l'administration d'Etat .

   Chaque intérêt commun était immédiatement détaché de la société, opposé à elle au nom de l'intérêt supérieur, général, enlevé à l'initiative des membres de la société, transformé en objet de l'activité gouvernementale : le pont, la petite école rurale, la propriété communale du plus petit hameau, les chemins de fer, les biens nationaux, l'université ..." ( Karl Marx ."Le dix huit brumaire de Louis Bonaparte" . Ed. Intern.1928 .

 

   L'important est de comprendre sur quelle base sociale se bâtit cet édifice, perfectionné, et non pas brisé, par les  révolutions successives : 1789, 1793, 1830, 1848 .

   Les partis luttant pour le pouvoir, en sont toujours à considérer, que cet édifice du pouvoir d'Etat, si patiemment construit par la bourgeoisie, est " le butin du vainqueur " .

   La base donc de cette construction se trouve dans la classe la plus nombreuse alors, et jusqu'à il y a peu, la paysannerie, et plus précisément dit :" les paysans parcellaires " .

  " C'est une masse énorme, dont les membres vivent tous dans la même situation, sans être unis les uns aux autres par des rapports variés . Leur mode de production les isole les uns des autres au lieu de les amener à des rapports réciproques ." " La parcelle, le paysan, sa famille . A côté, une autre parcelle, un autre paysan, une autre famille ." ( K. Marx .)  

   Ces" paysans parcellaires" entre lesquels n'existent que des liens locaux, et non sociaux, sont incapables de défendre eux-mêmes leurs intérêts de classe ; dans leur isolement, ils ne peuvent se représenter eux-mêmes : aussi aspirent-ils à se donner à"des représentants à qui ils vont confier leur avenir, et leur destin, dont ils attendent qu'ils leur apparaissent comme leurs maîtres, comme une autorité supérieure, comme la puissance gouvernementale absolue ..." ( Karl Marx . Le dix-huit brumaire .)

   Notre héritage est là ! Et c'est K. Marx qui nous l'explique, en nous faisant revenir sur notre histoire : l'unité explicative, par l'histoire .

 

   Nous n'en sommes pas encore à nous donner des représentants qui doivent agir selon les mandats que nous, les citoyens, nous leur donnons . Le poids de la génétique nous fait élire des" maîtres", et les candidats à la " Grande Maîtrise" l'entendent bien ainsi . Derrière cette" tromperie consentie" se trouve l'explication de ces campagnes électorales décevantes, où le véritable enjeu ne se trouve pas à l'endroit où on l'attend .

   Et je crois trouver , dans le discours de J. L. Mélenchon, une sorte d'écho à cette anormalité : il n'est pas normal que le fait social soit soustrait à la société, que la pratique sociale se métamorphose en pratique politique . Il n'est pas normal qu'une telle situation se consolide au lieu de n'être qu'une étape provisoire vers un véritable développement social .

 

   NB : article inspiré par le livre d' Henri lefebvre . " Sociologie de Marx " .

   

 


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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 17:27

 La chute du communisme, le recul des dictatures en Europe et en Amérique du Sud, la conversion de la Chine à l'économie de marché " suggèreraient que les principes de liberté et d'égalité sur lesquels notre système est fondé ne sont pas le fait de hasards ou de préjugés ethnocentristes mais sont vraiment la révélation de la nature de l'homme en tant qu'homme, nature qui va en augmentant à mesure que le cosmopolitisme du point de vue grandit ...Si nous en sommes à présent au point de ne pouvoir imaginer un monde substantiellement différent du nôtre, dans lequel aucun indice  ne nous montre la possibilité d'une amélioration fondamentale de notre sort, alors il nous faut prendre en considération la possibilité que l'histoire elle même puisse être à sa fin..." ( Francis Fukuyama . La fin de l'histoire, le dernier homme . Cité par Jacques Dufresne, encyclopédie Agora .)

  ( Illustration : branchezvous.com ) .

 

 

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" Le libéralisme économique, disait le Britannique Lord Bryce, au XIXe siècle, désigne la reconnaissance du droit à la liberté des activités et des échanges économiques, fondée sur la propriété privée et les lois du marché ."

   J'ajoute que pour qu'un marché fonctionne, il faut des marchandises, à la source du profit, donc des producteurs de marchandises . Et puisque dans le libéralisme économique, il faut produire toujours plus, sinon il stagne puis disparaît, il faut inventer chaque jour de nouveaux produits qui deviendront des marchandises , par les lois du marché : c'est le règne de la marchandise .

   Afin que l'histoire ne s'arrête pas là, je propose aux cerveaux du libéralisme, de nouveaux modes de production . Messieurs, il faut transformer en marchandises, ce qu'encore , vous considérez comme improductif .

 

   " Un philosophe produit des idées, un poète des vers, un pasteur des sermons, un professeur des manuels... Un criminel produit des crimes .

   Si l'on considère d'un peu plus prés le rapport qui existe entre cette branche de production et l'ensemble de la société, on reviendra de bien des préjugés . Le criminel ne produit pas seulement des crimes, mais encore le droit criminel, le professeur qui fait ses cours sur le droit criminel et le manuel inévitable où le professeur condense son enseignement en vue de la vérité . Il y a donc augmentation de la richesse nationale . Le criminel produit en outre l'organisation de la police et de la justice criminelle, les agents, les juges, les jurés, les bourreaux, autant de catégories de la division sociale du travail, développant les facultés de l'esprit, créant de nouveaux besoins et de nouvelles manières d'y satisfaire . La torture, à elle seule a donné lieu aux inventions  mécaniques les plus audacieuses et occupé une foule d'honnêtes ouvriers à la production de ces instruments .

   En dehors des manuels sur le droit criminel, du code criminel et des législateurs, il produit de l'art, de la littérature, des romans, voire des tragédies . Le criminel apporte une diversion dans la vie monotone de la bourgeoisie . Il fait naître cette tension inquiète, cette mobilité d'esprit, sans quoi le stimulant de la concurrence finirait par s'émousser .

   Le criminel donne donc une nouvelle impulsion aux forces productives ..."

 

   Messieurs, de l'audace ! Au stade supérieur du développement du capitalisme, dont vous pensez qu'il ne peut être dépassé, cette satire vous propose des horizons, pour ne pas arrêter l'histoire .

  Eh ! bien,  non !  Ce texte n'est pas de moi . C'est un extrait méconnu de Karl Marx, qui, pour dénoncer l'absurdité du système capitaliste savait aussi manier " l'ironie et la verve " .  Absurdité qui peut conduire l'humanité à des aberrations sans nom .  On ne peut s'empêcher en lisant Marx de penser  à l'oeuvre de Balzac et à son  personnage négatif par excellence : Vautrin .

   Jean Rostand disait :" Le coeur ne mène pas si vite à l'absurdité que la raison à l'odieux ." 

 

   L'histoire n'est pas en cause . C'est un système de production qui interpelle . Fukuyama est passé complètement à côté de son sujet . Nous sommes dans une période de transition, de mutation où rien n'est figé ."Où va-t-on ? Qui le sait ? Qui peut le savoir ? On va , sans savoir où l'on va ." ( Henri Lefebvre) .

   Quelle finalité peut-on assigner à la société à travers la terreur nucléaire, les désastres environnementaux, la folie rationnelle de la cybernétique et des nanotechnologies ? 

  " La socialisation de la société peut-elle continuer et mûrir sous l'enveloppe du capitalisme et la percer à jour ? "( Henri Lefebvre .)

   Comment explorer un tel questionnement ? A partir de Marx !

 

 

   NB :(1) . Le titre est une expression de Napoléon Bonaparte .

                  Le texte de Karl Marx est emprunté au livre d' Henri Lefebvre : Sociologie de Marx .PUF .1966 .

   

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 14:18

" Nous ne connaissons qu'une seule science, la science de l'histoire ." ( K. Marx . F. Engels . L'idéologie allemande .1845 .)

  ( Illustration : bouddhanar.blogspot.com ) .

 

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   Toute la compréhension de la pensée de Marx est, deux cents ans plus tôt, dans la pensée de Spinoza : " Toute l'idée de la mer est dans une goutte d'eau" . La pensée de Marx est une pensée de l'unité et de la totalité . Et tous les malentendus qui ont éclaboussé cette Idée, tout au long du vingtième siècle, viennent de cette incompréhension .

   Que l'on ait été l'adversaire de Marx, et que l'on n' ait vu dans son oeuvre qu'une théorie économique, facilement critiquable puisque partielle ; que l'on ait adhéré à sa pensée et voulu la défendre, mais en n'y voyant  que le philosophe ; que l'on se soit aveuglé au point de n'y voir que le sociologue de la bourgeoisie ; dans tous les cas l'on se trompait, car c'était ne retenir que la partie d'un tout, c'était nier l'unité d'une pensée qui embrasse la totalité de l'histoire humaine .

   Marx le philosophie ! Personne n'a été plus sévère que Marx avec la philosophie .

   La philosophie n'est que théorie . Elle surgit comme vérité du monde non philosophique, de la religion, de la mythologie et de la magie, et fait surgir à son tour un nouveau monde non philosophique : un monde d'activités pratiques quotidiennes mais aussi politiques, sur lesquelles, l'idée n'a pas prise . Le philosophe ne peut que constater " l'insuffisance imannente de la philosophie ."

   En fait, les élaborations philosophiques dépendent des groupes et des classes en présence . Les philosophes tirent toujours du réel des interprétations qui ont un sens politique, donc une relation avec des intérêts de groupes ou de classes .

   Les tendances philosophiques qui ont voulu défendre les intérêts, les buts, les espérances des opprimés ont toujours été vaincues .

   Certes la philosophie nous mène au seuil des problèmes véritables, elle nous offre les outils pour aborder ces questions, pour les poser, mais elle ne peut par elle-même les résoudre .

 

   Marx l'économiste !  On attribue à Marx, aussi bien pour le critiquer que pour l'approuver, la modélisation d'un déterminisme économique, par lequel les forces productives et leur niveau entraîneraient mécaniquement l'apparition de formes sociales et de  rapports sociaux : propriété, institutions, idées .

   Cependant le sous-titre du Capital aurait dû mettre certains en garde : " critique de l'économie politique " .

   En fait le Capital étudie une société, la société bourgeoise, et un mode de production, le capitalisme . Ce n'est pas lui qui invente l'argent et la marchandise, la plus-value et le profit.

   Il se contente de constater, de décrire, et d'expliquer qu'un tel système ne peut fonctionner que sur les bases d'une société de pénurie, de non abondance, de rareté .

   D'où il déduit que cette économie politique là, doit cesser et être dépassée, car elle ne fait que mettre des entraves et bloquer le développement de certains groupes ou individus .

   Qu'explique-t-il finalement ? La société médiévale se fondait sur des rapports directs entre les êtres humains, transparents, mais rapports de maîtres à asservis .

   " Dans la société transformée, les rapports redeviendront directs et transparents, mais sans asservissement ."

   " Le Capital" n'est pas un traité d'économie politique, n'en déplaise à tant d'interprètes qui en ont mutilé toute la puissance .

 

   Marx sociologue ! La sociologie a tenté aussi de faire main-basse sur la pensée marxiste . Ce fut l'erreur majeure des théoriciens de l'URSS . Le matérialisme historique était, pour eux, une sociologie généralisée . Il contiendrait les lois générales de toute société, celles du devenir appliquées à l'histoire, contradictions motrices, changements quantitatifs gradués, changements qualitatifs par bonds .

   En effet, comment appliquer les lois générales de la dialectique au développement social ? L'examen de faits figés, hors mouvement, d'une société totale, sans lutte de contraires ; des constatations en lieu et place de la " contestation critique" ne peuvent conduire qu'à des conservatismes, qu'à des retours à la philosophie insuffisante, et en tout cas mutilent la pensée de Marx .

 

   La puissance de la pensée de Marx est ailleurs ! Dans l'appropriation de la pensée hégélienne qui "fonde la connaissance du temps et qui devient le fondement de toute connaissance de l'homme ." L'être humain est un être de temps car il est un être en devenir . Et le temps revêt un double aspect : croissance et développement.

   Marx va approfondir l'intuition hégélienne . Les êtres qui naissent en devenir croissent, c'est à dire augmentent graduellement selon telle ou telle de leurs propriétés . Ces propriétés sont quantitatives, mesurables . C'est sur ce segment que joue le déterminisme naturel . Dans le même temps et le même devenir surgissent des propriétés nouvelles, "des diversités qualitatives " . Croissance et développement inter-agissent , selon les lois dialectiques .

  " Un être qui ne ferait que croître quantitativement deviendrait vite un monstre . Et ils existent . La croissance est quantitative, continue ."

   Le développement est qualitatif, discontinu ; il traverse des bonds . 

  " La croissance est facilement prévisible . Le développement l'est moins ." Et peut-être même comporte-t-il de l'imprévu, hasards, apparitions surprenantes de qualités neuves, toutes créations difficilement réductibles au passé et à un quelconque déterminisme .

   " L'histoire est plus riche de créations, de formes et d'oeuvres que ne le laissaient supposer les prévisions ou l'attente de la réflexion ".

   On voit ici combien le marxisme est loin d'un matérialisme mécanique, d'un déterminisme fermé mais offre bien au contraire une ouverture à la réflexion pleine d'intérêt .

   C'est dans ce concept de "développement" qu'il faut placer le deuxième volet de la pensée marxiste, qui en fait comprendre sa spécificité et son ampleur . Si le déterminisme n'intervient que dans le mouvement naturel de la croissance, il y a toute la place à l'action de l'homme dans le " développement" . C'est ce que Marx appelle " la Praxis", l'action, les interactions, la pratique . La pratique de la société basée sur l'industrie, laquelle permet de prendre conscience de la pratique humaine en général . Et c'est là que vient se placer, pour Marx, le concept de lutte des classes , dont nous parlerons une autre fois .

 

 

   Le marxisme n'est pas une philosophie, il n'est pas davantage une école économique, pas plus qu'une démarche sociologique . Il est tout cela à la fois et même plus, il est aussi anthropologie, psychologie ou démographie . Mais du fait qu'il explicite l'historicité de la connaissance, qu'il déploie l'historicité de l'être humain, qu'il dénoue dans l'explication, les contradictions du couple économie-social, il est " profondément historique" .

   Marx nous dit que l'histoire est une science fondamentale, mais non unique,  parce qu'elle est la science de l'être humain, mais abordé dans son devenir, donc dans son action, sa praxis . Autrement dit, l'unité de toutes cse sciences se fait par l'histoire .

   " C'est dans la praxis que l'homme doit démontrer la vérité, c'est à dire la réalité, la précision, la puissance de sa pensée ..." ( Thèse II sur Feuerbach .)

   Tout ce qui est immobile n'est pas marxiste, pourrait-on dire !

 

 

   NB : d'aprés l'ouvrage d'Henri Lefebvre :"Sociologie de Marx". 1966 . Presses Universitaires de France .)



 

    

 

   

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 15:21

" Tous les ans, l'Inde, la Chine et l'Arabie enlèvent à notre empire cent millions de sesterces : tel est le montant de notre luxe et de ce que nous coûtent nos femmes, car je le demande: quelle fraction de ces importations va aux dieux du ciel et de l'enfer ? " ( Pline le Jeune .Cité par Claude Nicolet . Rendre à César .Gallimard .1988 .)

   Pline le Jeune oubliait simplement les exportations que les Romains envoyaient dans ces pays, qui s'équilibraient avec les importations . Mais déjà, sous l'empire romain, le commerce extérieur inquiétait  les élites .

  ( Illustration : lesmanantsduroi.com )

 

 

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.

 

   Je m'interroge sur toute cette logorrhée concernant la " Mondialisation" qui coule sur nous, sans pause et sans contenu . En soi, mondialisation, n'est qu'un terme abstrait, sans substance . Ce qu'il faut voir derrière, ce sont des mécanismes, des volontés politiques, des choix économiques à dénoncer . Ce que l'on comprend mieux fait déjà moins peur .

   Et je pose la question: faut-il avoir peur de la mondialisation ? Je parle de celle qui nous est présentée à longueur de journaux télévisés ou d'éditoriaux de la presse écrite : celle des pays pauvres qui veulent la mort des pays riches ; celle des pays en voie de développement qui aspirent à un mode de vie proche du nôtre et donc qui vont nous appauvrir .

   A mon avis, nous avons là, un " enfumage" supplémentaire, pour nous éloigner des vraies raisons des crises actuelles . Qui peut admettre que nous ayons à redouter le commerce avec les pays pauvres dont la production mondiale dépasse à peine les 3% des richesses produites chaque année par les nations les plus riches ? En tout état de cause, quand nous achetons cent euros d'importations à ces pays, nous sommes à peu prés sûrs de leur en vendre cent, parce que, eux-aussi, se développent .

   Le mal du capitalisme est ailleurs, dans son fonctionnement . Ce fonctionnement fut défini, au XVIIIe siècle, par deux économistes anglais, Adam Smith et Ricardo, le deuxième en particulier, sous le concept des " avantages comparatifs" : comprenez, la division internationale du travail .

   Ce n'est pas pour rien, si le slogan des Indignés de Wall Street était :" Non à Ricardo !"

 

   Le principe des " avantages comparatifs" est le suivant . Il y a une activité où j'excelle, je me spécialise dans celle-ci, et mes besoins dans d'autres secteurs qui relèvent d'une autre activité, je les achète : ainsi je gagne du temps et de l'argent .

   Cette posture, applicable aux individus, Ricardo la théorise pour les pays . Et pour bien en saisir la toxicité, peut-être faudrait-il dire la cruauté, examinons les choix politiques et le développement industriel de la Grande-Bretagne, premier état à entrer dans l'ère industrielle, durant ces deux derniers siècles, dans la mise en oeuvre du principe ricardien . " Chacun se spécialise dans une tâche, et abandonne les autres au marché " .

 

   Les Britanniques se lancent dans cette stratégie industrielle et commerciale dés la fin du XVIIIe siècle . Ils se spécialisent dans l'industrie où ils s'estiment les meilleurs et abandonnent leur agriculture au marché . Les dégâts ne se font pas attendre, en important les produits agricoles, elle ruine sa paysannerie qui vient grossir les populations misérables des villes . Comme quoi, le discours lénifiant, qui veut que" le commerce est un facteur d'épanouissement de chacun " est bien remis en cause . Mais dans le même temps, les pays du Sud qui commercent avec l'Angleterre " brisent leur artisanat" .

   La population rurale qui représentait 70% de la population totale de l'Angleterre au début du XVIIIe siècle, n'en représente plus que 25% en 1850 .

   Mais la tragédie ne s'arrête pas là . Les pays européens résistent à la pénétration britannique car eux-aussi s'industrialisent . Les Anglais s'attaquent donc à leurs colonies et aux pays sur lesquels elle assure un protectorat .

 L'exemple de l'Inde est édifiant . Quels sont les produits pour lesquels l'Inde jouit "d'avantages comparatifs" . Pas le blé :  les Britanniques l'achètent aux USA . L'Inde est meilleure dans l'exportation de produits tropicaux : coton, jute, indigo . "Sitôt dit, sitôt fait" .

   L'Inde est spécialisée dans la culture de produits qui ne garantissent plus son alimentation - et l'ancien grenier de l'Asie au début du XIXe siècle-, doit importer son alimentation de base .

   " Il ne faudra pas attendre longtemps pour que les famines ne viennent sanctionner ces choix ." ( D. Cohen ) . Et il en sera ainsi chaque fois que la conjoncture internationale sera défavorable .

   Rappelons au passage que c'est dans cette situation que sont maintenus les Etats africains, encore aujourd'hui, par les pays du Nord .

   Croyez-vous que le drame en resta là ? La cupidité des capitalistes Britanniques n'avait pas tout donné . Les Indiens excellent dans un autre domaine : la culture du pavot , dont le principal marché est la Chine toute proche .

   Mais les chinois inquiets des ravages de l'opium sur leur population ont fermé leurs frontières . Qu'à cela ne tienne ! Les Anglais déclarent la guerre aux chinois pour les obliger à ouvrir leurs ports aux importations de pavot . C'est la fameuse "guerre de l'opium" , qui se termineà l'avantage de l'Angleterre et du du libre-échange, en 1852 .

   Résultat désastreux pour la population chinoise dont les effets dureront cent ans .

   On pourrait ajouter à cette quête du bonheur portée par les fusils anglais : Ceylan et son thé, l'Empire Ottoman ou l'Amérique latine ...

 

   Les pays riches n'ont pas à craindre les pays pauvres . Les pays riches ont à craindre le système sur lequel ils ont bâti la prospérité de quelques-uns :" la loi de l'économie de marché, dont ils ont été les initiateurs".

   " Ce boomerang trop parfaitement lancé, le modèle occidental qui revient à ses créateurs " .( Daniel Cohen ) .

 

 

   NB : Texte inspiré par le livre de Daniel Cohen . Richesse du monde, pauvreté des nations . Flammarion .1997 .


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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 14:12

" On gagne beaucoup plus par l'industrie que par l'agriculture, et plus par le commerce que par l'industrie ." William Petty . Political Arithmetic. 1678 . Cité par Daniel Cohen .Richesse du monde .Pauvreté des Nations .1997 .)

" La haine des campagnes a une origine simple : les élites sont toutes urbaines et tiennent toutes, des villes, leur légitimité politique ." ( id.)

  ( Illustration : villesvillages.centerblog.net ) .

 

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  Depuis trés longtemps, j'ai en moi l'intuition que les villes, et que dire des mégalopoles d'aujourd'hui, sont un problème dans le développement de nos sociétés . Je pense même qu'il existe, dans l'évolution historique de l'humanité, un véritable antagonisme entre les villes et les campagnes . Daniel Cohen évoque Jéricho, Athènes ou Rome pour dire que" l'affrontement entre villes et campagnes est le coeur éternel de l'histoire humaine ."

   L'histoire apporte des réponses qui  confortent ces intuitions .

   Que se passe-t-il, au milieu du Quatorzième Siècle, en pleine guerre de Cent Ans ? C'est l'arrivée de la poudre noire en Europe, introduite par les Arabes depuis la Chine, et avec elle les armes à feu : bombardes, couleuvrines, ancêtres des arquebuses font leur apparition qui rendent armures et remparts bien plus vulnérables que ne le faisaient les armes blanches .

   Aprés les défaites de Crécy et de Poitiers, la vieille chevalerie n'a plus sa place dans les combats . Par ailleurs les méfaits des Grandes Compagnies, dans les campagnes, lors des périodes de trêves, coûtent trés cher .

   La nécessité des armées permanentes s'impose aux princes européens mus par des volontés d'expansion, les futurs états modernes sont en pleine construction . La surenchère militaire entre la France, l'Espagne, l'Angleterre ruine les finances de ces Etats  . Avec cette nouvelle organisation, les besoins financiers des souverains deviennent exorbitants .

   La peste noire, entre 1347 et 1352, et les famines,  tuent  40% de la population européenne . Il y a donc dans les campagnes une sorte d'embellie, beaucoup moins de gens, pour davantage de terres libres . Les élites vont cesser de s'intéresser à la campagne, qui leur paraît ne plus être un problème- coupable aveuglement- ,  pour regarder vers la ville où des réservoirs de richesse, dans l'industrie et le commerce,  paraissent leur ouvrir les bras .

 

  Nous assistons à l'entrée officielle de la bourgeoisie dans l'économie et la politique . Ces élites économiques vont trés vite amadouer les Princes . Les campagnes, bien que plus peuplées que les villes, ne peuvent pas fournir aux souverains les recettes fiscales attendues ; le paysan consomme sur place sa production, seuls les surplus peuvent participer aux échanges . Mais en ville, les industries et le commerce des foires peuvent apporter aux souverains les rentrées fiscales si nécessaires à l'entretien des armées permanentes . La richesse fiscale des campagnes est donc trop mince .

   Par contre, "les villes, sièges du commerce et de l'industrie, sont le lieu de passage des échanges marchands les plus denses, ceux qui portent la promesse d'une fiscalité abondante ". 

   L'alliance politique entre le politique et la bourgeoisie est là, toute nue, devant nous . La bourgeoisie offre aux princes, sous forme de droits,  la part nécessaire des activités commerciales pour remplir leurs caisses ; en échange, les corporations,d'artisans, les guildes de commerçants obtiennent des rois " les monopoles d'exercice de leurs métiers" ; le capitalisme vient de naître .

   Les campagnes vont participer au système, indirectement : il faut que le prix des denrées vendues aux villes soit toujours le plus bas possible pour nourrir facilement une population urbaine qui va devenir toujours plus nombreuse .

   Le capitalisme est né, et avec lui ses premières contradictions . "On n'aide pas les villes en appauvrissant les campagnes ", dit encore Daniel Cohen .

   Mais les élites de l'époque ont une autre vision des choses . Elles comprennent trés vite que le danger le plus grand est au coeur de ces villes dont elles appellent de leurs voeux l'expansion . Ce danger porte un nom: les émeutes de la faim . Ce sont les révoltes urbaines qui déclenchent les coups d'Etat et les révolutions, pas les jacqueries . Tout pouvoir en place redoute les émeutes de la faim .

 Sachant que la moitié de la consommation urbaine est constituée de produits alimentaires, il faut donc maintenir les prix des produits agricoles artificiellement bas .

   Mais en faisant pression sur ces prix, on ruine les paysans les plus vulnérables qui se voient obligés de venir s'entasser dans les villes, où les aides aux indigents maintiennent une apparence de paix, mais bien précaire , car l'exode rural n'est pas maîtrisé .

 

   Admirons la mise en place d'un système que je qualifierai de " protocapitaliste", où l'économie se met au service de la politique . La règle d'or, si j'ose dire, en est : faire entrer le plus d'or possible, mais ne pas en laisser sortir . Un  protectionnisme caricatural y est la règle : soutien de l'état aux exportations, donc  aux monopoles chargés de" la guerre commerciale"à l'étranger; blocage des importations pour éviter le gaspillage des " richesses nationales" à l'étranger ; cela pour le commerce et l'industrie .

   Pour l'agriculture, c'est le traitement inverse . La circulation du blé est étroitement encadrée . On interdit par exemple les exportations de blé et l'on favorise les importations de cette céréale, car il faut nourrir les villes .

   A trop vouloir pressurer les campagnes, l'on sait que tôt ou tard les famines reviennent . L'on sait également comment ont fini ces systèmes, en France par une révolution et la fin de l'Ancien Régime .


   Malheureusement, on sait aussi que ce système est celui qui a cours aujourd'hui en Afrique, lutte entre les villes et les campagnes, aggravé par la corruption des élites  et un grand déficit de démocratie .

    C'est, avec plus de délicatesse certes, dans un meilleur "emballage" de communication, sous une couche de fausse-démocratie, ce qui se poursuit chez nous comme en Europe . Sauf, qu'aujourd'hui, s'est ajoutée à la chaîne un acteur , assez anthropophage : la grande distribution .

   Mais puisque les paysans veulent continuer à voter massivement pour le digne héritier de ces temps idylliques, grand bien leur face .

 

   Par contre, je crains que l'humanité ne s'effondre avec l'explosion de ces"centrales nucléaires"  que sont nos mégalopoles ingérables, à terme, sur tous les plans : hygiène, santé, environnement, fourniture d'énergie, d'eau potable, transports, pollution , sécurité ...

 

 

   NB : (1). Titre emprunté au dernier film muet de Charlie Chaplin en 1931 .

                   Article inspiré par le livre de l'économiste Daniel Cohen ." Richesse du monde, pauvreté des nations . Flammarion . 1997 .


   





 

 

   

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 15:41

" La contradiction essentielle de toute tyrannie politique ou économique, c'est qu'elle est obligée de traiter comme des instruments inertes des hommes qui, quels qu'ils soient, ne pensent jamais descendre à l'inertie des machines matérielles. " . (Hegel ) .

  ( Illustration : devoir-de-philosophie.com ) .

 

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   Le discours dominant - je dis bien le discours, je ne parle pas de la réalité -, nous appelle à une sorte de pacification des relations sociales, au lissage de nos réactions, à l'apaisement, à la gentillesse, puisque tout va bien , alors que la société est plus dure que jamais .

   Cela se traduit au sein de nos élites, et même de la part de gens intelligents, par des théorisations sur " le bien vivre", " le vivre ensemble", " la réintroduction du lien social", "la société du respect", "la société de la réciprocité", et même , pour certains l'apologie de ce concept anglo-saxon, qui n'est rien moins que la charité chrétienne, " le care" ; comprenez : prévenance, responsabilité, compassion, attention aux autres . Autant de poncifs transparents et sans chair, qui rappellent " le doux commerce" de Montesquieu, mais qui masquent la vraie réalité du monde ultra-libéral .

   Certes, vivre avec ces valeurs ne peut faire de mal à personne . Mais cela reste-t-il suffisant ?

   Attention : si vous commencez à vouloir apporter des nuances à cette vision, à dire que c'est bien mais que l'essentiel n'est pas là, vous allez vous attirer un sourire indulgent d'un expert aguerri, éventuellement le sarcasme d'un interlocuteur averti, peut-être l'injure d'un conservateur psycho- rigide, à coup sûr les invectives d'un observateur de la vie publique "créationniste" et anti-darwinien .

  Et ne vous avisez pas de rappeler que nous sommes dans une société capitaliste ; n'allez pa rappeler Jaurès : " le capitalisme est la négation de l'homme " ou pire " l'égoïsme féroce du bourgeois" de Paul Lafargue ; ou la parole hérétique de Jules Guesde : " la lutte des classes est un fait" .(1). Car là, c'est la Cour Martiale du Figaro qui vous attend .

 

   Et pourtant ! Tenez : je ne prends pas Marx, cette fois, pour référence ! Non ! Je vous cite Spinoza .

   " Ou bien la tyrannie fera à ceux qu'elle opprime tant de mal qu'ils cesseront de redouter les suites que pourrait avoir pour eux une insurrection, et alors les opprimés se soulèveront contre l'oppresseur, ou bien celui-ci, pour prévenir les soulèvements, ménagera dans une certaine mesure les besoins, les instincts de ses sujets, et il les préparera ainsi à la liberté . De toute façon, la tyrannie doit disparaître en vertu du jeu des forces, parce que ces forces sont des hommes ." (1) .

   Et puis, qui est en droit d'exiger que l'on fasse sortir de l'histoire une pensée qui a brillé tout au long du XIXe siècle et qui a conduit aux grandes conquêtes sociales du XXe siècle que , justement , les tenants du libre-échange croient pouvoir reprendre aujourd'hui à la classe ouvrière et aux classes moyennes .

   Qui peut oser, dans ces petites élites étriquées et ridicules d'aujourd'hui, si touchantes dans leurs prestations télévisées, vouloir faire taire Marx, Jaurès ou Guesde ?

   Lequel peut nous interdire d'invoquer l'approche des grandes finalités dont ces hommes d'exception posaient les bases .

   " Le refus de l'exploitation de l'homme par l'homme, l'abolition de la propriété privée des moyens de production, de la distinction entre travail manuel et travail intellectuel, de l'Etat " comité d'affaires" ; la venue d'une société sans classes, l'épanouissement de tous par le développement de chacun, le passage harmonieux et logique de l'utopie au concret ..."(1).

   Ces hommes nous ont appris une chose essentielle, tel Jaurès  : " Le marxisme nous apprend que l'humanité a été jusqu'ici- fin du XIXe siècle- conduite par la force inconsciente de l'histoire ;  jusqu'ici ce ne sont pas les hommes eux-mêmes qui se meuvent ; ils s'agitent et l'évolution économique les mène ; ils croient produire les évènements mais les transformations économiques s'opèrent à leur insu même, et à leur insu agissent sur eux . L'humanité a été en quelque sorte comme" un passager endormi" qui serait porté par le cours d'un fleuve sans contribuer au mouvement, sans se rendre compte de la direction, se réveillant d'intervalle en intervalle et s'apercevant que le paysage a changé ...

...Lorsque l'antagonisme des classes, l'exploitation de l'homme par l'homme,  auront cessé, alors, l'humanité aura été arrachée à la longue période d'inconscience où elle marche depuis longtemps, poussée par la force aveugle des évènements, et elle sera entrée dans l'ère nouvelle où l'homme, au lieu d'être soumis aux choses, réglera la marche des choses ." ( Jaurès ) .(1) .

   Ce n'est pas " le caire" qui nous sortira de la dictature des marchés . C'est la dénonciation sans relâche d' un système qui nie l'homme .

 

   Concluons par un retour  à l'actualité : le Président de la République s'est permis de traiter son adversaire socialiste, F. Hollande de "Nul" . Au delà de l'indignité du propos, on a envie de lui dire qu'il continue : avec ces injures, dont il est coutumier, et qui remplacent chez lui le débat d'idées, il finira par réveiller la conscience du " passager endormi" qui rêve de prendre son destin en main .

 

 

   NB :(1) .

Ce texte s'inspire du discours de Jean Jaurès à la Conférence faite au Quartier Latin, le 12 Janvier 1896, à l'invitation du Groupe des étudiants collectivistes de Paris : " L'Idéalisme dans l'Histoire", suivi d'une réponse de Paul Laffargue .

(1) Le discours est présenté dans la publication : "Le grand débat", Jaurès, Guesde, Lafargue . Ed. Le temps des cerises . 1994 . Préface de Roger Bordier .

   

   

  

   

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 14:05

    Sous-titre : " Dis-moi tes valeurs, je te dirai qui tu es !"

   "La politique c'est le goût de l'avenir ." ( Max Weber ) .

   ( Illustration : kronos2010.blogspot.com ) .

 

 

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   Il est fréquent d'entendre, dans les débats télévisés, dans la bouche de ces extraterrestres qu'on appelle politologues, le slogan suivant : La France a glissé à droite, depuis trés longtemps .

   Et de nous donner des résultats de sondages , ciblant le premier tour des présidentielles , moment où l'on exprime son adhésion à une idée, parce qu'on a le choix :

   - Sarkozy : 28% ; Bayrou : 14% ; Le Pen : 17% ; Dupont-Aignan : 1% . Total : 60% .

   -Hollande : 27% ; Mélenchon : 12% ; Joly : 1% . Total : 40%

   Comme si tout cela était aussi simple . C'est par exemple oublier que Ségolène Royal, en 2007, seule contre tous, même les siens, et malgré une campagne d'improvisations,  fait un score de 47%, au deuxième tour .

   C'est oublier, un peu vite, que le candidat de le droite dure, de ces vingt dernières années, Jacques Chirac, n'a jamais pu atteindre les 20% au premier tour .

   C'est faire un amalgame hâtif entre un électorat populaire, qui veut hurler sa colère contre des élites politiques qui l'a abandonné, et choisit les Le Pen, toujours habiles à détourner cette colère en leur faveur, et un électorat carrément xénophobe et fascisant .

   En un mot, ces réflexions sont sans fondement ou alors poursuivent un but précis : annoncer Sarkozy, vainqueur avant l'heure !

 

   Je crois plus pertinent de regarder de prés l'évolution des Français, eu égard à certaines valeurs qui ont fondé notre pacte social . Des études trés sérieuses existent, et j'en recommande une : " La France à travers ses valeurs", dirigée par les chercheurs Pierre Bréchon et Jean-François Tchernia . Les travaux de l'année 2008, de leurs équipes- IEP de Grenoble, Sciences PO, CNRS- , ont été publiés par le journal"Le Monde", éditions des 24 et 25 avril 2009 , sous la signature de Gérard Courtois . Cette enquête est un volet d'une étude plus large sur les valeurs en Europe .

   Les enquêtes menées chaque neuf ans, 1981, 1990, 1999 et 2008, proposent à un panel de Français une batterie de questions sur les valeurs auxquelles ils sont attachés, batterie qui est pratiquement la même, chaque fois .

   Et qu'apprend-on, en 2008 ? ( Enquête menée juste avant l'explosion de la crise financière .)

 

   En résumé, l'étude de 2008, dit ceci : voler une voiture ou tricher sur sa déclaration d'impôts n'est pas toléré ; le divorce, l'avortement, et même l'euthanasie sont majoritairement admis ; neuf Français sur dix se disent assez heureux de la vie qu'ils mènent mais se disent mal gouvernés à 90% ; neuf sur dix se déclarent " fiers d'être Français mais en même temps la xénophobie régresse et le regard porté sur les immigrés est plus tolérant : seulement 10% se déclarent favorables à une immigration zéro, contre 33% qui sont pour l'immigration tant qu'il y a du travail , et 48% qui se déclarent pour une immigration contrôlée .

   Et , indicateur fort intéressant, parce que trés discriminant des valeurs de gauche ou de droite,  pour la première fois depuis trente ans, la demande d'Egalité devient plus forte que celle de Liberté : 57% de Français réclament plus d'égalité ; 40% plus de liberté .

   Précisons que le slogan de N. Sarkozy " travailler plus" emporte une certaine adhésion, mais le " gagner plus" beaucoup moins . L'égoïsme n'a pas encore tout emporté .

   A noter que la famille est plébiscitée à 96% et que religion et politique sont loin dans l'intérêt que leur portent les Français : respectivement 42 et 32% .

 

   Ces chercheurs tirent de ces chiffres un certain nombre de conclusions .

   Il y a certes, disent-ils, une montée de " l'individualisation" due certainement aux conditions de travail et à la crise économique mais rien ne permet d'affirmer que la société française a basculé dans l'individualisme propre à certains autres pays, dans le " chacun pour soi" et l'on ne relève pas de réelle suspicion à l'égard d'autrui .( Pierre Bréchon ) .

   Pour la référence à l'égalité, certains constats sont significatifs . En 1990, 60% de Français se déclaraient favorables à la libre-concurrence ; en 2008 ils ne sont plus que 40% . La demande envers l'Etat de plus de  protection sociale est en augmentation .  L'idée de contrôler plus sérieusement les entreprises passe, en onze ans, de 28% à 42%, et l'adhésion à de nouvelles nationalisations monte également .

   Ajoutons que la confiance dans les grandes entreprises est en déclin depuis 1990, tandis que la confiance dans les syndicats remonte, et en particulier chez les jeunes .( Pierre Bréchon ) .

   Voilà qui porte un coup sérieux au discours officiel .

   Quant aux attaques de N. Sarkozy contre la pauvreté et l'assistanat, elles risquent de lui jouer un mauvais tour ! Les Français sont moins brutaux que lui en ce qui concerne l'indemnisation du chômage : 33% seulement des Français pensent qu'un chômeur doit accepter un premier emploi, quel qu'il soit et dans n'importe quelle condition, contre 52% en 1990 . 

   66% des Français pensent que la pauvreté est due aux injustices de la société ; un tiers seulement l'attribuent à la paresse .( Raul Magni Berton ) .

   Les Français soutiennent également et majoritairement, les politiques sociales garantes de la cohésion de la société et rejettent la compétition entre les individus chère au Président de la République .( Frédéric Gonthier , Jean-François Tchernia ) .

 

   L'enquête révèle cependant une forte demande d'autorité . Mais il faut la relier à l'augmentation du sentiment d'insécurité , dans l'espace public,  justifié assez souvent mais également fort bien entretenu par les politiques de droite . Il est tout de même intéressant de relever que cette demande d'autorité n'a rien à voir avec une demande de retour à " l'ordre moral" ancien . Car cette revendication s'accompagne d'un désir d'accroissement de l' autonomie personnelle : ainsi parmi ceux qui demandent plus d'autorité, 73% reconnaissent dans le même temps le droit à l'homosexualité ; en 1981 ils étaient seulement 29% dans ce cas . Aujourd'hui, le principe d'autorité est moins marqué idéologiquement .( Etienne Schweisguth ) .

   En matière de xénophobie, les résultats sont également plus rassurants que le discours dominant . A la question, qui n'aimeriez-vous pas avoir comme voisins ? Seuls 3% des Français répondent des gens d'une autre race , contre 9% en 1990 . Sur le thème cher aux Le Pen de la préférence nationale à l'embauche, ils ne sont plus que 41% à y adhérer, contre 61% en 1990 .

   Quant à l'identité française, N. Sarkozy serait bien inspiré de lire l'enquête : 98% des personnes interrogées répondent que pour être Français, il est plus important d'être respectueux des lois et des institutions que d'avoir des origines françaises .( Bruno Cautrès ) .

 

   La conclusion générale de l'enquête 2008, son approche par les valeurs,  remet à plat toute l' argumentation de la pensée dominante : "Elle nous livre le portrait d'une France plus ouverte, plus tolérante et humaniste que ces trente dernières années", n'en déplaise à N. Sarkozy et à ses thuriféraires des plateaux télévisés .

   Et donc plus à gauche qu'ils ne  le laissent entendre !

 

 

   NB : réf. " Le Monde" . Ed. des 24 et 25 avril 2009 .

 

  

   


 

   


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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 14:08

" Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons ! Il semble que vous regardiez comme un grand bonheur qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies ." ( Etienne de la Boétie . Discours de la servitude volontaire . Cité par agoravox .)

  (Illustration : blog.science-infuse.fr )

 

 

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   Comme suite à l'article d'hier,  je vais tenter de prendre du recul, pour comprendre sur la durée vers où nous conduisent tous ces groupes de réflexion qui veulent fabriquer une nouvelle planète .

   D'abord, constatons que "les Guignols de l'info" de Canal+ ont tapé dans le mille avec leur World Company , M. Sylvestre et ses clones . Si ce n'est pas un hasard, c'est qu'il sont mieux informés que nos grands journalistes d'investigation, ou mieux que ces derniers sont bâillonnés .

   La W.C. existe, c'est le Transatlantic Policy Network, ( TPN) qui alimente en réflexions et propositions, voire en véritables feuilles de route,  le Conseil Economique Transatlantique, que j'évoquais hier, ainsi que les" Grands" de ce monde . Ce réseau est composé de parlementaires européens, de membres du Congrés Américain et de dirigeants de grandes entreprises transcontinentales . Il est financé par de grandes entreprises comme Boeing, Ford, Michelin, IBM, Microsoft, Chrysler, Pechiney, Siemens, Deutsche Bank...

   Sa puissance tient également au fait qu'il est relayé par d'autres think tanks importants comme l'Aspen Institute, l'European-American Business Council, le Council on Foreign Relations, le German Marshall Fund ou encore la Brookings Institution , tous financés par les multinationales .

   Les pressions sur les personnes trop curieuses, ou à l'inverse, le favoritisme, ne sont pas exclus de la démarche de ce réseau .

 

   La philosophie de fond est celle des Etats-Unis depuis la guerre froide largement exposée par deux  implacables théoriciens de la place des Etats-Unis dans le monde .

   Le premier est l'ancien Secrétaire d'Etat de Richard Nixon, Henry Kissinger, qui dans sa thèse de Doctorat de 1957," annonce la couleur": La diplomatie multilatérale ne produit que le chaos . Le strict respect du droit à l'autodétermination des peuples et de la souveraineté des Etats ne permet pas de garantir la Paix . Seule une puissance planétaire a les moyens matériels et la capacité d'intervenir partout et rapidement en période de crise ." 

   Plus prés de nous, le Conseiller de l'ombre de Barak Obama pour la politique étrangère, ancien Conseiller de Bill Clinton, est encore plus clair . Il s'agit de Zbigniew Bzrezinski . Voici ce qu'il déclarait, en substance, en 1997, sur le plateau de l'émission française Le Grand Echiquier : " L'amélioration du monde et sa stabilité dépendent du maintien de l'hégémonie américaine . Toute puissance concurrente est considérée comme une menace pour la stabilité du monde ..." Cependant, conscient que les Etats-Unis ne peuvent agir seuls, il concède que " le leadership américain, qui peut seul sauver le monde du chaos, ne peut être pleinement réalisé et atteindre ses objectifs qu'en coopérant avec l'Europe ..."

   Et d'ajouter : " Sans l'Europe, l'Amérique est encore prépondérante mais pas omnipotente, alors que sans l'Amérique, l'Europe est riche mais impuissante ."

 

   Il faut comprendre de quelle nature est la géostratégie d'aujourd'hui . Pour les élites mondialistes, l'avenir est à un gouvernement mondial : tous les derniers livres de J. Attali, depuis la crise ne parlent que de cela .

   Ne voit-on pas se construire, un peu partout sur la planète, des blocs : L' Union Nord-américaine lancée en 2005 ; l'Union asiatique lancée fin 2006 ; les Etats-Unis d'Afrique dont l'idée a été relancée en 2007 ; l'Union des Nations sud-américaines - UNASUR- , créée le 23 mai 2008 ; le système d'intégration centre-américain- SICA- créé le 6 décembre 2008 ; ( Pierre Hillard ) . Dans tous ces ensembles il est prévu une monnaie commune, un passeport commun, un Parlement commun .

   Dans ce" puzzle planétaire" Américains et Européens se voient contraints à une alliance intégrée, suggérée par Bzrezinski,  pour contrebalancer l'hégémonie économique chinoise ou indienne, voire plus tard l'hégémonie politique . Un marché de 800 millions de consommateurs et un PNB associé représentant 57% de la richesse mondiale produite , permettraient à l'Europe et aux USA de rester le moteur de l'économie mondiale .

   Que ce soit au prix de la mort de la Démocratie, du danger de conflits éventuels, importe peu aux membres du réseau TPN .

   J. Attali reconnaît l'existence de ces dangers, mais il pense nous rassurer en nous promettant le retour de cette démocratie pour la fin du siècle . Pourtant , nous savons tous que la démocratie ne peut survivre sans s'appuyer sur un territoire, des lois  et des frontières .

 

   C'est pourquoi, je vous recommande le discours de J.L. Mélenchon sur la politique étrangère . Il est seul à nous dire que la Paix, le développement économique de l'Europe , passent par des accords de coopération privilégiés avec ces nouveaux blocs, en Asie comme en Amérique du Sud . Il a saisi tous les enjeux de la constitution de ces blocs , et surtout les dangers de conflits que la volonté américaine porte en elle .

   Les autres candidats ne diront rien . Ils sont" enfoncés jusqu'au cou" dans la logique ultra-libérale de ces projets . C'est bien pour cela que la politique étrangère est totalement absente du débat , et le restera .

 

 

   NB : d'aprés l'article du site agoravox du 4 mai 2009, " vers l'Europe servile" , signé : Taiké Eilée .

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 14:32

" Le discours dominant a pour fonction première d'orienter une action et de maintenir la cohésion des exécutants en renforçant,  par la réaffirmation rituelle, la croyance du groupe dans la légitimité et la nécessité de son action ."  ( La production de l'idéologie dominante . 1976 . Pierre Bourdieu et Luc  Boltanski . Cités par  Arnaud Esquerre sur : http://www.espacestemps.net/  ) .

  "Le discours dominant n'exclut ni les divergences, ni les discordances, c'est son efficacité symbolique,  mais il refuse les modes de pensée les plus visiblement associés aux extrêmes ." 

   Le titre est emprunté au livre de Luc Boltanski :" Rendre la réalité inacceptable". Ed. Demopolis . 2008 .( Cité par Arnaud Esquerre : espacestemps .)

 ( Illustration : exposition.bnf.fr ) . L'Assomoir de Zola .imagesCA92JNFD-copie-1.jpg

 

   Je suis un fidèle lecteur des éditoriaux d'un grand journaliste, Jacques Julliard, dont je voudrais que les stars médiatiques auto-proclamées qui hantent les plateaux télévisés s'inspirassent, en termes de professionnalisme, d'authenticité et d'intelligence .

   Cependant , l'éditorial qu'il a écrit dans le magazine Marianne No 774 du 18 au 24 février : A quoi sert Mélenchon ? m'a interpellé . Non le fond de l'article, qui montre la place, à la fois symbolique et importante,  que la candidature de J.L.Mélenchon occupe dans le débat des présidentielles, mais la conclusion que le journaliste en tire . Le temps n'étant plus aux révolutions, dit-il, prôner la rupture avec le capitalisme est insensé .

   Par conséquent il faudrait prendre acte, pour ces dernières décennies, de deux défaites : celle de la droite, défaite morale ;  celle de l'extrême gauche , défaite de la pensée . 

 

   Je ne peux partager une telle conclusion . Il ne peut pas y avoir une défaite morale de la droite ; il y a le passage au cours des trente dernières années à un capitalisme financiarisé, dérégulé, sauvage, auquel chercher à attribuer de quelconques valeurs morales relèverait de l'imposture, puisque sa nature même est l'absence de morale . Nous l'avons assez dit dans les articles précédents pour ne pas y revenir .

   Il n'y a pas de défaite de la pensée à l'extrême gauche, cher monsieur Julliard . Mais peut-être faut-il commencer par clarifier certains termes . Jean Luc Mélenchon ne se réclame pas de l'extrême gauche, espace qu'il laisse aux trotzkystes ; J.L. Mélenchon se positionne à la place qu'occupa pendant trés longtemps un Parti Socialiste, anticapitaliste, sa référence est le Programme du Conseil National de la Résistance . Je n'ai entendu, à aucun moment, dans son discours,  l'appel à des soviets d'ouvriers ou de paysans, au lendemain de l'élection présidentielle .

   En fait, si défaite de la pensée, il y a , elle doit être cherchée, dans la partie social-démocrate du PS, incarnée par D. Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Martine Aubry , François Hollande évidemment, Jacques Delors et tous les autres "éléphants" du PS, tous convertis au néo-libéralisme, aprés la chute du bloc soviétique, avec une circonstance atténuante, que je veux bien leur concéder, ils n'avaient pas vu le diable qui se cachait dans les draps de cette machine à s'enrichir, tant ils étaient heureux de la chute de leur ennemi héréditaire : les communistes .

   En fait, la social- démocratie a choisi , dans les années 1980, de s'associer au chant des sirènes néo-libérales, parce que cela faisait trés moderne, ne parlait-on pas alors de la fin de l'Histoire ;  parce que cela lui  permettait de prendre ses distances d'avec ses alliances républicaines passées ; parce qu'elle voyait se dessiner le spectacle d'alternances du pouvoir , à l'américaine, aussi favorable au Parti qu'à la satisfaction des ambitions personnelles d'apparatchiks .

   Et là, cher monsieur Julliard, se joue une partie trés importante, pour le journaliste, le sociologue, le politologue : " repérer dans l'intersection du champ intellectuel et du champ du pouvoir les lieux où la parole devient pouvoir" comme le dit Boltanski, car cela est connu depuis l'antiquité, le pouvoir passe par le langage, car " les rapports de force s'engagent par des énoncés" .

   A mon sens, la bonne question n'est pas celle de la défaite d'une pensée, mais comment la peau d'une pensée a pu se substituer à la peau d'une autre pensée .

   Cela s'est produit quand le discours dominant a, rebondissant sur la chute de l'URSS, affiché le grand concept de la fin de l'histoire, de la fin du concept hégelien du progrés de l'histoire, du concept d'un capitalisme, stade supérieur de l'humanité .

   Pour faire passer cette vision de l'histoire, les " Initiés", ont joué trés finement : les " grandes orgues", sur l'individualisme, porté par un discours sur les droits de l'homme, donc les droits individuels, la diabolisation du groupe castrateur, de la solidarité,  des classes sociales, donc de la lutte des classes - il n'y avait plus d'ouvriers dans les années 1990 - .

   Par contre l'adoration du mérite personnel, de la réussite individuelle, de la compétition allait bon train .

   Qu'est-ce que je veux dire ? Non, il n'y a pas eu défaite de la pensée ! Nous avons assisté " à la conversion de la gauche social-démocrate à une conception bourgeoise et droitière du monde social ", ( Didier Eribon, http://www.didiereribon.blogspot.com/2012/ ) . C'est à dire l'adhésion de cette gauche-droitière à une pensée individualiste, une pensée des bons sentiments,  à une pensée de " l'autonomie de l'individu", de la responsabilité de l'individu, dans son parcours personnel, qui suppose de facto une adhésion au libre-échange, et surtout un rejet inconditionnel de tout déterminisme social .

   Refuser tout déterminisme social, toute idée de reproduction sociale des inégalités c'est, sans aucun sas, entrer dans une pensée d'où sont absentes" toute idée de domination, toute idée d'oppression, toute idée de conflictualité, toute idée de lutte des classes ."" D. Eribon ) . A un moment où le système financier fait tout pour relancer cette lutte des classes .

   Non ! je ne crois pas à une défaite de la pensée, dans la vraie gauche, celle qui sait que le déterminisme social, la reproduction des rapports  sociaux sont plus acérés que jamais .

   On n'a pas fait tout dire à la Réflexion de Bourdieu ;  on a à revisiter Marx et ses vrais interprètes ; on a à refaire parler les lettres de prison de Gramsci ; on a à nous expliquer pourquoi Deleuze et Derrida n'ont jamais été au programme de Sciences PO , alors qu'on y a  trouvé  Brasillach et tous les écrivains catholiques du XXe siècle, pendant des décennies .

   Je vous pose une question,  toute révérence gardée, monsieur Julliard : le couvreur Coupeau, dans l'Assomoir de Zola, ( voir l'illustration ), tombe-t-il du toit parce qu'il lisait la Déclaration des Droits de l'Homme, ou pour ne pas s'être attaché, parce que la sécurité représentait une perte d'argent pour lui ?

   Allons !  J.L. Mélenchon sait une chose : la pensée de gauche, c'est d'amener les travailleurs à se saisir d'un constat : la réalité que leur fabrique le système financier et ses affidés est une réalité inacceptable .

 

   


   

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 14:56

" La réalité augmentée désigne les systèmes informatiques qui rendent possible la superposition d'un modèle virtuel à la perception que nous avons naturellement de la réalité, et ceci en temps réel . Elle désigne les différentes méthodes qui permettent d'incruster de façon réaliste des objets virtuels dans une séquence d'images naturelles, tant pour une perception visuelle, qu'auditive ou tactile ...Temps réel et interactivité sont les deux critères qui permettent  de catégoriser la réalité augmentée .

   Ces techniques ont largement dépassé le champ du cinéma et de la télévision pour s'introduire dans les industries modernes : médecine, design, conception, maintenance,pilotage, robotique, études d'impact ou encore tourisme ..."

   ( Wikipedia.fr ) .

   ( Illustration : owni.fr ) .

 

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  "  Schématiquement, cette technologie insère des images de synthèse sur des images réelles à partir de l'appareli photo d'un téléphone portable ou de lunettes vidéo spéciales . Des petites caméras situées au milieu et à l'extérieur de chaque verre envoient en continu des images à deux écrans à cristaux liquides sur la face interne des lunettes . Une fois reliées à un ordinateur, les lunettes combinent les données informatiques avec les images filmées en direct, cela crée un champ stéréoscopique où les images de synthèse fusionnent avec celles du monde réel ..." ( Wikipedia.fr ).

   La règle étant que l'ajout d'objets dans une scène ne perturbe pas la cohérence du contenu filmé . 

   La presse écrite utilise ce principe d'interactivité et d'ajouts pour obtenir la réaction de ses lecteurs .

   L'édition, avec des livres dits " hyperactifs", qui permettent d'accéder, en temps réel, à des contenus complémentaires .

   La musique, avec des albums comprenant des animations sur certains morceaux .

   La publicité, avec les encarts vidéos sur des images sportives en direct .

   Les loisirs, où l'on plonge le spectateur dans un monde réel, enrichi d'objets et animaux virtuels .

   Le tourisme, qui propose des visites de sites historiques, enrichis d'images anciennes de ce site .

   Dans le E- commerce, on peut avant de commander des meubles, les visualiser , sur son propre ordinateur, tels qu'ils apparaîtront dans la pièce que vous leur réservez .

    Une automoile que vous pouvez intégrer dans un décor de route, afin de voir l'impact esthétique, avant de l'acheter .

 

   Par un de ces mystères de notre imagination, les associations d'idées, en écoutant hier soir, notre Président candidat, en direct, sur France 2,  je me suis mis à penser  à ce principe de  la" réalité augmentée ."

   Objectivement, il n'a pas été mauvais, mais je me suis dit tout au long de la soirée, qu'il lui manquait quelque chose .

   La connivence avec la plupart des journalistes, était manifeste, malgré la fausse insolence de l'animateur de l'émission, notamment pour l'aider à s'exprimer sur ses fautes de goût, au début de son quinquennat, et nous toucher avec ses difficultés sentimentales d'alors , et nous le rendre plus humain, et plus proche .

   Connivence encore, sur les questions financières, qu'il donne l'impression de maîtriser, mais sur lesquelles on ne le pousse pas dans ses retranchements afin de ne pas le mettre en difficulté,  sur lesquelles on ne cherche pas vraiment à obtenir une réponse claire .

   L'aspect politique de l'émission ne l'a pas davantage bousculé ; une tentative d'enfumage par le biais du pseudo-problème de la viande" halal " et vite, une passerelle pour qu'il puisse dérouler sa politique sur l'immigration :

   On divise par deux l'immigration légale, et tant pis pour les familles que l'on sépare ; on retire le minimum vieillesse aux vieux  parents étrangers ; on encadre le RSA dont trop d'étrangers bénéficient ; on retire l'aide médicale d'urgence aux étrangers illégaux, au risque de favoriser l'émergence de graves épidémies , en confondant : AME et CMU . Enfin, le Président assène sa vérité :" il y a trop d'étrangers en France ."

   Voyageons sur les terres du Front National, sauf que Marine Le Pen annonce, elle, une immigration zéro, et que les sondages indiquent, que les électeurs potentiels de Marine Le Pen, sont moins de 50% à vouloir voter pour N. Sarkozy au deuxième tour .

   En terme de " réalité augmentée", vous avez tous entendu, comme moi, que le nouvel ajout à son casting, était le pseudo-socialiste,  Claude Allègre," titrisé" ministre,  trois mois avant les élections .

   En terme de " réalité augmentée", encore, vous aurez relevé, cette tentative pour reprendre la main, en réponse au taux supérieur d'imposition, de 75%,  avancé par F. Hollande .

   Il annonce une imposition minimale, des groupes du CAC 40, dont certains ne paient pas d'impôts en France . Mais il commet une grosse erreur en introduisant cette annonce par une expression non calibrée : " je viens de me rendre compte ..." . Et une omission toute aussi lourde de sens, à savoir que c'est une " niche" , dite Copé, qui en 2004, a permis à ces groupes de s'exonérer de tout impôt en France .

   Ajoutons à cette " échographie", que le débat avec Laurent Fabius, ne l'a pas mis en valeur, et que l'on a vu revenir trés vite, son agressivité et son manque d'élégance politique .

 

   C'est vraiment trés tard dans la soirée que j'ai trouvé ce qui n'allait pas dans sa réalité . Il a perdu" le culot" qui avec ses discours sur la rupture, sur une image d'homme neuf, lui avait permis en 2007, d'emporter l'adhésion de la moitié des Français .

   Sa réalité, est amputée de "ce culot" qui lui avait permis de dire tout et son contraire, alors, et d'abuser des millions d'électeurs . Pourquoi ? Parce qu'il y a un bilan , qu'il voudrait éluder, mais qui lui colle à la peau . La preuve en est dans tous les efforts déployés par les journalistes, pour éviter de lui demander des comptes sur ce bilan .

   Et ce n' est pas" le cirage de bottes" indécent de Franz Olivier Gisbert, en  fin d'émission, qui va y changer quelque

chose .

   Eh ! oui, cette fois, N. Sarkozy n'a rien dans sa besace qui puisse transformer sa campagne en une " réalité augmentée " .


 

   

 


   

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Published by regain2012 - dans Politique
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