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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 14:44

Pourquoi sont-ils pauvres ? " Ils sont pauvres parce que nous ne nous soucions pas d'eux, parce que nous sommes une société trés inégalitaire...parce que nous n'acceptons pas de payer plus d'impôts...parce que nous n'acceptons pas de freiner notre appétit pour consommer toujours plus...parce que nous ne désirons pas vraiment une société plus égalitaire ." (Richard Titmuss. Professeur à la London School of Economy ; dans son livre: The Meaning of Poverty ; cité par P. Rosanvallon : la société des égaux .)Muraille-de-chine.jpg

   Illustration : lebondosage.over-blog.fr

 

   Le protectionnisme ne s'est pas encore invité dans la campagne des présidentielles , du moins chez les grands candidats . Mais pourquoi le laisser à Marine Le Pen , qui " fait son beurre", sur ce thème ,auprés des couches populaires ? On a peur du mot , dans le courant social-démocrate , on n'en veut pas chez les ultra-libéraux , car il est contraire à l'idéologie dominante qui a réussi le tour de force, grâce à des médias complaisants et à des journalistes ignares , de le faire assimiler à du  néo-fascisme , grâce à un exercice de sémiologie réussi , assimiler protectionnisme et repli .

 

   L'histoire du XIXe siècle nous enseigne que ce concept a traversé tous les courants de pensée , qu'il fut tantôt assimilé au progrés social, tantôt à un frein au développement économique ,  mais jamais dans le même camp . Il est intéressant de revisiter cette histoire .

   Précisons cependant, qu'aujourd'hui ," les frontières", si je puis me permettre ce jeu de mots , qui définissent le terme sont nettes ; le protectionnisme est l'empêcheur de tourner en rond, dans la jungle  du capitalisme financier débridé .

 

   Dans les années 1830 , 1840, le débat est tendu entre libres-échangistes d'Outre- Manche , et protectionnistes du continent . Déjà !

   Mais le débat fut d'abord rude en Grande Bretagne, entre les Gands Aristocrates , propriétaires terriens, dont les règlements appelés : " Corn Laws" protégeaient les productions céréalières , et la Bourgeoisie Industrielle en quête de débouchés vers le continent . 

   L'argumentation des libres-échangistes, en Grande Bretagne n'est pas sans intérêt ; il fallait ouvrir les frontières au nom du pouvoir d'achat de la classe ouvrière, afin de favoriser la consommation des couches populaires , l'ouvrier n'est pas un prolétaire , il est d'abord un consommateur . Un " civic consumers ", disait-on, c'est à dire  un acteur du développement du pays par son implication dans la consommation , productrice de richesse , et partant bénéficiaire de cette richesse. L'abaissement des droits de douane sur les produits importés bénéficie, au premier chef, au consommateur. J'ajoute, pour ma part, qu'il ne touche pas aux bénéfices des capitalistes, et c'est bien le débat actuel sur la "TVA sociale, emploi, environnementale...", habillez-la comme vous voulez !

L'inversion de l'argumentaire politique vaut son pesant d'or , mais remarquons la similitude de l'argument avec les raisons qui , aujourd'hui justifient l'ouverture au marché chinois , quel qu'en soit le coût moral  ou environnemental .

   Les"corn laws" seront supprimées à la fin des années 1840 .

   En Allemagne, C'est le protectionnisme qui l'emporte avec les théories de Friedrich List, ( Système national d'économie politique, 1841 ),(1), où il propose une association douanière aux différents petits  états allemands, le" Zollverein" ; mais c'est dans une intention politique : préparer la marche vers l'unité allemande.

 

   En france, c'est le protectionnisme qui, à la même époque, est défendu par les plus conservateurs des politiques :  Thiers et Guizot . " En matière d'industrie, nous sommes des conservateurs, des protecteurs ." ( Discours à la chambre des Députés, 1er avril 1846, de Guizot . ) (1).

   L'économiste Charles Dupin," Bien être et Concorde des classes du Peuple français", (1), théorise la  notion "d'ouvrier français" en lieu et  place de prolétaire , pour créer le sentiment d'appartenance nationale , "d'inclusion", et cela passe par l'institution de barrières douanières, protectrices . Il parlera même de "concurrence cosmopolite ", " le plus grave danger qui menace la classe ouvrière ."(1)

   Ne nous y trompons pas, cette passion pour le protectionnisme est éminemment politique ; Guizot sait trés bien que l'ouverture à la libre concurrence  provoquera  un accroissement des inégalités, le durcissement du travail dans les usines , et marqué par les violences de la Révolution de1830 , il se refuse à prendre le risque de :" perturbations brusques, soudaines, générales , à l'ordre établi...", soucieux, se disait-il, " d'épargner à l'industrie, comme aux autres grands intérêts, tout désordre , tout déplacement inattendu..." ( Discours du 11 mai 1846.) (1)


   Tous ces débats vont même jeter le trouble dans le camp de la pensée socialiste .

   Louis Blanc rejettera le protectionnisme, jugeant que le vrai problème est plutôt dans l'organisation du travail .

   Le journal ouvrier " l'Atelier",( novembre 1846 ), dénonçait ces règles protectionnistes qui " protégeaient les gros bénéfices  industriels "

   Et même Karl  Marx,qui , tout en dénonçant " la liberté du capital", s'en prendra au protectionnisme  " qui saigne à blanc le peuple ." Il dira même: " Je vote pour le libre-échange." ( Discours sur le libre-échange de 1848.)

 

   Qu'est-ce à dire ? Au-delà des époques, des courants de pensées, des visions politiques, il reste une certitude , c'est que ce débat n'est pas un débat de passéistes, de rétrogrades , d'illuminés , d'ignares, ou " d'abrutis" . Ce débat doit prendre sa place dans la campagne des présidentielles,avec les questions évidentes qu'il soulève : Le protectionnisme  protège qui ? Il entrave quoi ? Il nuit à qui ? Il  déstabilise quoi ?

    Les "abrutis" ne sont pas ceux que l'on pense .

 

 

   NOTE: (1). Citations empruntées au livre de Pierre Rosanvallon , La société des égaux , Seuil, 2011.


 


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Published by regain2012 - dans histoire
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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 15:29

   " Depuis les années soixante, les EE.UU subissent un effondrement  sans précédent de leur vie civique , sociale , associative et politique, c'est à dire de leur capital social, avec des conséquences dramatiques . ( Robert Putman. Politologue américain, professeur à Harvard, dans son livre : " E  Pluribus Unum ". Cité par Wikipedia .)


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   Illustration: gemmes-pierres.com

 

   Nous avons parlé souvent dans ces pages des dangers qui menacent la vie démocratique : poussée des individualismes et des égoïsmes, accaparement  du pouvoir par les partis ; main-mise des institutions financières sur le pouvoir politique, etc. Ce sont les dangers les plus visibles.

   Mais la vie démocratique est menacée, également, par un autre fléau, moins apparent, moins évident, mais bien plus insidieux, c'est le" séparatisme" , ce besoin de s'éloigner des autres, de ne plus avoir affaire aux autres, ce refus de partager , dont on voit apparaître les symptômes , dans des modes de vie  ou de gestion des affaires, au caractère séparatiste .

   Ce mouvement  s'inscrit dans la droite ligne des ligues anti-impôts,  des ligues du refus de payer pour les autres,  aussi bien que dans l'idéologie de l'individu contribuable et non point citoyen . Je suis contribuable, je demande des comptes sur les services qui me sont rendus, à moi, pas à la collectivité , exit le citoyen .

   

   J'appelle ce type d'évolution, " le syndrome des coquilles vides ." Et  je m'en explique ,à partir de quatre exemples 

 

   Connaissez-vous,  les " unincorporated areas" ?  Cela nous vient des Etats-Unis ." Ce sont  des zones résidentielles d'initiative privée, qui ne sont insérées dans aucune structure municipale , qui sont gérées sur le mode de grandes copropriétés, et qui ne possèdent aucun service public. Tout y est privé  : les écoles comme les centres commerciaux , les équipements culturels ou sportifs comme les services de sécurité .  Pas de parcs publics, pas de trottoirs dans les rues , aucune vie politique , par la force des choses . Ces agglomérations ont réduit les impôts locaux  aux acquêts ; surtout peuplées de blancs , elles semblent vivre en appesanteur... " ( Cité par P. Rosanvallon , La société des égaux .)

   Voilà, une premiére coquille vide : vide de vie, vide de sens, vide d'humanité .

 

   J'ai récemment vu, sur une chaîne de télévision, un reportage sur la ville de Détroit aux USA . Ancienne capitale de l'automobile , particulièrement sinistrée par la crise , au bord de la faillite financière  et ayant perdu un tiers de sa population .

   Du coup certains quartiers, sont  ; en tout cas il n'y reste plus que quelques familles, noires comme   par hasard . Eh ! bien, la Municipalité a décidé de couper tous les réseaux dans ces quartiers , jugés insuffisamment peuplés : plus d'eau, plus d'électricité , plus de transports , plus d'écoles et plus d'hôpitaux . Isolement total .

   Deuxième exemple de coquille vide : subi et non voulu, cette fois, mais qui participe du même phénomène .

 

   Nous n'en sommes pas là , en Europe . Mais regardons certaines évolutions gestionnaires , par rapport à nos traditions politiques .

   Alors que la France venait d'entrer dans une phase de décentralisation intense , que se multipliaient les transferts de compétences, de l'Etat vers les collectivités locales ," on a mis en place un niveau d'intercommunalité , ayant en charge : transports, gestion des déchets , développement économique , culture , gestion de l'eau ...Des postes financiers puissants , vidant d'autant , les prérogatives municipales . Et ce qui est plus grave encore, c'est que les élus de ces instances le sont par la voie indirecte . Ils ne sont pas directement responsables devant des électeurs . Ils ne sont , en outre , que des gestionnaires, des techniciens, dont j'ai déjà dénoncé le défaut .( Voir P. Rosanvallon .La société des égaux . Ch. la tentation de l'hogénéité .)

   Il ne restera bientôt plus aucun pouvoir au Maire , qui pourtant est le premier élu , le plus proche du citoyen , l'élu à  qui l'on peut le plus facilement demander des comptes , car si la démocratie c'est un lien, c'est d'abord un lien de proximité .

   Mais il restera toujours à Monsieur le Maire la Présidence du Comité des fêtes ! Et voilà, la troisième coquille vide .

 

   La quatrième, je la trouve dans la construction européenne. Chacun sait que l'objectif final de cette construction , c'est la disparition des Etats-Nations , au profit de grandes régions, et d'un Etat supra-national européen. Un pouvoir, trés loin du citoyen, technicien, non représentatif, comme l'est actuellement la Commission Européenne .

   Ma quatrième coquille vide, c'est la Nation . La Nation, qui pourtant porte depuis deux siècles, les valeurs démocratiques . Les historiens nous disent pourtant, parce que c'est la leçon de la démocratie athénienne , que la démocratie ne peut s'épanouir que sur un territoire limité.

   Alors, les tenants d'une gouvernance mondiale prêtent un peu à sourire .

 

   Où voulais-je aller, avec mes coquilles vides ? Eh ! bien, que j'espère n'avoir à jamais connaître , une démocratie fossilisée .

   

 

   

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 13:58

"L'égoïsme  est la rouille des sociétés" ( Tocqueville. De la Démocratie en Amérique. Cité par Pierre Rosanvallon dans son livre La société des égaux chez Seuil.2011.)

   Illustration:conar-56-skyrock.com

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   Je reviens à mon obsession, l'Egalité, "L'Idée mère" de la Révolution, dira le ministre de Louis XVI, Necker.( Cité par P.Rosanvallon.) Les définitions de l'Egalité étaient magnifiques sous l'ére révolutionnaire.

   Le Constituant Pierre Louis Roederer dit :" L'affection qui a décidé le premier éclat de la Révolution, excité ses plus violents efforts, obtenu ses plus grands succés, c'est l'amour de l'Egalité."( Oeuvres du Comte P.L.Roederer. (1).)  Et d'ajouter:"Le premier motif de la Révolution a été l'impatience des inégalités."

   Siéyès, père de la première Constitution, nous dit la même chose, en dénonçant l'arrogance, la morgue et le mépris des aristocrates:" Le privilégié se considère comme faisant partie d'un ordre à part, une nation choisie, dans la nation."( Essai sur les privilèges. )(1) Et de dénoncer" l'univers d'exemptions légales" de devoirs exigés des autres membres de la société (1). Aujourd'hui, on appellerait cela " les niches fiscales."

   Un autre rédacteur de cette Constitution nous éclaire sur l'appréhension qu'ont les révolutionnaires de 1789. Le pasteur gardois, Rabaut Saint-Etienne, nous dit:" On pose comme principe dans la formation d'une société que tous les hommes qui  y entrent sont égaux. On ne veut pas dire qu'ils sont égaux de taille, de talents, d'industrie, de richesses, mais qu'ils sont égaux en liberté." C'est à dire," dans une relation sociale où nul n'est soumis à autrui."(1)

   

   Plus tard, Tocqueville dira, à propos de ces mêmes privilégiés :" C'est à peine s'ils croient faire partie de la même humanité."( De la Démocratie en Amérique.)

   Parler d'égalité sans évoquer Babeuf et la" Conjuration des Egaux", de 1796, préparée contre un Directoire corrompu, serait injuste. Que disent en substance les Egaux qui veulent remettre en tête des préoccupations des Citoyens, le principe d'égalité ? Voici un extrait de leur Manifeste , de 1796 :" Nous ne voulons pas seulement cette égalité inscrite dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons...Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets...L'instant est venu de fonder l'égalité réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, et tant pis si elle ne plaît pas à l'égoïste, à l'ambitieux qui frémira de rage..."(2).

   Tocqueville avait même songé à un moment à" une société des semblables". Nous en sommes loin.


   Comment, d'une telle période, puis  d'un XXe siècle qui se voulut égalitaire, en Europe, certes sous les coups de boutoir de la classe ouvrière et de ses syndicats, a-t-on pu entrer , depuis trente ans, dans une société,  aussi égoïste et individualiste, que celle d'aujourd'hui ?

   La globalisation, le libre-échange, la financiarisation de l'économie, la société de consommation, ont bouleversé nos représentations. Mais ces phénomènes ne suffisent pas à expliquer" le processus de décomposition du lien social"(1) qui affecte nos démocraties.

   En fait, l'évolution des connaissances, le développement des échanges, la libre circulation des personnes, les progrés techniques , la communication, les réseaux sociaux, rendent nos sociétés plus complexes, plus diverses, plus hétérogènes. A l'individu, entouré et encadré, de l'ancien monde rural, immobile presque figé,  mais rassurant, s'est substitué un individu plongé dans un monde urbain déshumanisé, anonyme, agressif, jugé dangereux .

   Cela est connu. 

   Dans nos villages du premier tiers du XXe siècle, les écarts entre les modes de vie des habitants n'étaient pas spectaculaires.

   Mais depuis, la médiatisation spectaculaire des niveaux d'existences des diverses catégories sociales, a modifié notre approche de la notion d'égalité. Aux privilèges, se sont substitué les passe-droits, la fraude, la corruption, parfois légale, le copinage, le refus de l'impôt, l'évasion fiscale, les niches fiscales,  autant de phénomènes qui entament la confiance dans le principe d'égalité, et qui, au lieu d'inciter à la protestation collective, induisent des comportements individualistes, du type: je vais faire la même chose. Moi aussi, je n'ai qu'à tricher sur les impôts, sur les aides sociales ; moi aussi, je vais utiliser mes relations pour "caser" mes enfants. 

   N'entend-on pas dire, l'exemple vient d'en haut. Et malheureusement, c'est souvent vrai. 

 

   Que peut produire une société dont la grande majorité des élites ne cherche qu'à échapper au devoir de l'impôt , aux versements  des côtisations sociales: acteurs, chanteurs, sportifs, capitaines d'industrie, sociétés, organisations bancaires...

   Le citoyen regarde cela, et lui qui est captif, va chercher à imiter ces comportements plutôt qu'à lutter contre le travers.  Cela concerne l'extrême d'en- haut, si j'ose dire. Mais un autre phénomène vient compliquer la perception qu'un monde d'égaux est possible. C'est à l'inverse, le danger de ce que je me permets d'appeler l'extrême d'en-bas.

   Les politiques de compression drastique des salaires menées depuis des années, nous ont conduit à un resserrement injuste et dangereux des aides sociales, versées aux plus démunis, et des revenus des actifs . je vois là, une des formes les plus insidieuses que les pouvoirs politiques ont inventées pour diviser, ou pire pour dresser" les pauvres" contre" les plus pauvres". Le sentiment d'injustice ressenti par les actifs est dévastateur.      Leur rage ne s'adresse plus au dirigeant, mais au voisin " aidé". Voilà comment on détourne la colère des gens et surtout comment on éloigne , leur perception politique, du sentiment d'égalité . En fait se substitue au désir d'égalité le sentiment" qu'il y a deux poids et deux mesures"(1), et qu'on est "le seul à jouer le jeu."

   J'ai bien dit dangereux, car les mouvements d'extrême droite, ont un talent certain pour jouer avec ces sentiments ambigüs, ouvertures à tous les racismes. Depuis quelques années, les classes moyennes et les classes populaires, vivent dans ce sentiment "du deux poids , deux mesures", ne nous étonnons pas de les voir dériver vers le chant des sirènes du Front National.

   Ce "deux poids, deux mesures" est le creuset de la défiance sociale, de la perte de foi dans le devoir de solidarité, il est donc urgent de travailler au rétablissement du lien social, de"la réciprocité" dans les relations sociales(1), de la rigueur contre les nantis qui n'en ont jamais assez, de la transparence dans l'accomplissement de nos obligations citoyennes...

   La" corrosion"- qu'évoque le titre de Tocqueville- et  qui atteint notre contrat social n'est, peut-être, pas encore irréversible.


   Monsieur Hollande, voilà un sujet qu'il vous sera difficile d'esquiver, dans les semaines qui viennent.

 

 

   NOTE/ (1). Citations extraites du livre de P.Rosanvallon:"La société des égaux", dont s'inspire cet article.( Seuil.2011.)

                (2) Manifeste des Egaux: tiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/conjuration_des_%C%89gaux

 

   


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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 15:26

  Sous-titre: Monsieur Minc.  Illustration: futura.sciences.com)

 

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   "L'homme est le seul animal dont l'action soit mal assurée, qui hésite et qui tâtonne, qui forme des projets avec l'espoir de réussir et la crainte d'échouer. C'est le seul qui se sente sujet à la maladie, et le seul aussi qui sache qu'il doit mourir...Le reste de la Nature s'épanouit dans une tranquillité parfaite...

   De tous les êtres vivant en société, l'homme est le seul qui puisse dévier de la ligne sociale, en cédant à des préoccupations égoïstes quand le bien commun est en cause ; partout ailleurs, l'intérêt individuel est  inévitablement subordonné à l'intérêt général. Cette double imperfection est la rançon de l'intelligence...

   L'homme ne peut pas réfléchir à ce que la nature lui demande, en tant qu'elle a fait de lui un être sociable, sans se dire qu'il trouverait souvent son avantage à négliger les autres, à ne se soucier que de lui-même." ( Henri Bergson.Les deux sources de la morale et de la religion. 1932.)

 

   Qui ne connaît Monsieur Alain Minc ? Il hante tous les plateaux télévisés, tous les studios de radios, pour y déverser son credo ultra-libéral, et sa pensée sur l'inégalité entre les hommes, comme phénomène naturel, et disons-le, pour lui, tout à fait normal, puisque il se positionne, dans la catégorie supérieure.

   Il parade sous les projecteurs, arborant en permanence un sourire suffisant et se vautrant, sans aucun respect, dans les fauteuils que fournit la production.

   Il fait partie de cette nouvelle aristocratie des experts techniciens, "de ceux qui s'estiment les meilleurs" , comme le dit Robert Redeker, pour participer à la direction du pays, et qui sait, si on le pousse un peu, à la direction  du monde.

   Je le rangerais volontiers dans cette catégorie, conceptualisée par le sociologue P.Bourdieu;  ces gens , égarés dans" un racisme de l'intelligence",  "dominants qui justifient à tout moment l'ordre social dans lequel ils dominent. Dominants qui se sentent d'une race supérieure par leur intelligence."( P.Bourdieu." Classe contre classe.")


   Ce monsieur est intelligent, mais n'a oublié qu'une chose, c'est que l'intelligence exige de nous, sa rançon, et elle est double, comme le dit  H.Bergson: elle peut conduire à l'égoïsme et à l'autisme à l'égard de ce que la nature peut nous demander.Elle rend nos jugements incertains car nous avons peur de l'avenir.

   Eh! oui, je l'avoue, Monsieur Minc m'irrite.  Mais je crois nécessaire que chacun connaisse les idées malsaines que l'on agite autour du candidat de l'Elysée. Je ne prends pour cela que trois exemples, sur toutes les inepties que ce Monsieur peut débiter, d'aucuns diront les horreurs.


   En janvier 2011, il s'en prend à M.Séphane Hessel, homme de probité, d'engagement humaniste, de courage politique reconnus dans le monde entier, pour railler le succés de son ouvrage: " les Indignés", se félicitant ,avec ironie, qu'un vieil homme de 95 ans écrive des" Best Sellers"- admirez le choix de l'expression anglaise- puis ajoutant que  M.Hessel n'est pas Karl Marx et que son petit livre n'est pas le Capital.

   Monsieur Minc on se déshonore, à jalouser, on se rabaisse,  en s'en prenant aux grands hommes. 


   En mai 2010, M.Minc avait déjà frappé trés fort, en affirmant que les personnes âgées coûtaient trop cher à la Sécurité Sociale. Il racontait donc que son père de 102 ans, avait été hospitalisé en soins intensifs, ce qui avait coûté 100 000 euros à la Sécu: il trouvait que c'était "un luxe immense". Mais il ne pensa pas, qu'il pouvait rembourser la Sécu, lui qui en a les moyens. Il proposait donc de faire payer les anciens," sur leur patrimoine ou celui de leurs ayants-droits". ( Cf.  le site du journal le post, du 08/05/2010. http://www.lepost.fr) .  Encore faut-il posséder un patrimoine. Je ne m'étends pas, cette idée mérite un débat qui nous mènerait trop loin. Cependant, on peut déjà se dire, que M.Minc commencerait par les personnes âgées, puis les handicapés,  les obèses, les alcooliques... 

   En octobre 2008, Monsieur Minc ne se démonte pas, et à propos de la crise financière et économique, déclare que le peuple est aussi responsable que les dirigeants politiques; ceux-ci n'ayant fait que suivre, en prenant leurs décisions ,  ce que les citoyens voulaient : dépenser plus pour améliorer leur bien-être.

   Monsieur Minc est décidément bien petit. Mais voilà, il conseille le Prince, N.Sarkozy,  et fort de son pouvoir de persuasion,  ne renonce pas à vouloir influer sur M.Hollande, pour lui faire inclure dans son programme des mesures "anti-vieux."


 

   Si l'on revient à H.Bergson, il suggérait  que tout bien se paie au prix fort. L'intelligence est le propre de l'homme, c'est ce qui le distingue de l'animal dont l'adaptation à la nature se fait par d'autres moyens, l'instinct par exemple.

   Mais l'intelligence fait que 'l'homme ne tient pas au présent", comme disait Pascal. Son intelligence est toute tendue vers son avenir, et du coup, il doit d'abord se représenter les buts qu'il veut atteindre afin de déterminer les moyens pour réaliser son projet.

   Et voilà comment M.Minc eût pu devenir un sujet d'études du grand philosophe. Les imperfections de son intelligence, le reste de cette intelligence tendu vers un avenir  où il atteindrait le statut de Sénèque ou de Cicéron, font que sa réflexion pour y parvenir le pousse à déglutir des énormités dont il ne voit plus l'incongruïté.

   Pauvre M.Minc.

 

 

   NOTE: les références à Bergson sont empruntées au site http://www.philolog.fr/la-double-imperfectionrancon-de-lintelligence-bergson/


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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 13:59

   Sous-titre: "L'Illusion Politique" Essai de J.Ellul de 1965.robot-secretaire-utilisation_-x13421462.jpg

 

   "L'Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s'échappe de sa bouche:' Moi, l'Etat, je suis le Peuple'." ( Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra.) - Cité par http://fr.wikipedia.org )

   Illustration: Le robot secrétaire. fotosearch.

 

   Dans la société technicienne que nous dépeint  J.Ellul,( cf.les deux articles précédents), existera-t-il encore un espace pour l'exercice de la Démocratie ?  Nietzsche nous décrit le monstre froid de l'Etat, au XIXe siècle;  qu'aurait-il écrit aujourd'hui ?

   J.Ellul nous aide à répondre en partie, même si l'on ne peut le suivre jusqu'au bout, notamment quand il voit un espace démocratique dans le Christianisme ou quand il suggère une " dépolitisation" du citoyen assez ambivalente.

   La première réserve réside dans la transformation de la Vie Politique, en politique spectacle, à cause, pour Ellul, des techniques de communication qui imposent leur diktat à la parole politique. Guy Debord reviendra sur:" La Société du Spectacle," en 1967.

   La technique nous rend paresseux, dira-t-il encore, et nous retire la volonté de chercher ce qu'est le bien, le vrai, le juste, alors nous demandons à l'Etat de le chercher pour nous, nous nous en remettons à lui , au lieu d'assumer pleinement notre liberté.

   Il juge le discours social ambiant : "tout est politique", dangereux car en faisant du fait politique "le centre d'intégration de toutes les analyses du système social", nous nous privons du regard externe nécessaire à la compréhension des phénomènes et nous livrons aux critères de la technique pour juger de la pertinence de tel ou tel progrés ; nous nous livrons à notre propre ennemi.

   De quoi devons- nous nous méfier avant tout ?

   

   Le technicien est le Maître du jeu. Par souci d'efficacité, c'est le technicien qui, en tant que connaisseur du dossier, décide de ce qu'il faut faire. Il domine la décision du politique parce qu'il détient l'information et la procédure d'application. C'est le technicien qui rédige le décret, pas le Ministre.

   Le Politique ne peut pas matériellement répondre à toutes les demandes, il donne donc carte blanche aux membres de son cabinet, aux techniciens, pour décider du nécessaire. Lui se contente de signer le dossier, sans l'approfondir.

   "Le Ministre, lui-même, ne peut que demander à un collaborateur de le conseiller pour choisir entre plusieurs variantes proposées par d'autres techniciens".( Club Jean Moulin: "L'Etat et le Citoyen" chez Seuil. 1961.)

   Et oublions la croyance que le Parlement contrôle encore l'Exécutif. Oublions également, que "dans la civilisation des loisirs" les citoyens trouvent le temps et la disponibilité d'exercer un contrôle sur le pouvoir.( Andrée Michel. A propos de L'Illusion Politique.)

   D'ailleurs, dans la société technicienne, l'efficacité prime sur la réflexion. "Plus les problèmes sont sérieux et importants, plus on cherche à les résoudre par la voie technicienne", dit encore J.Ellul, à croire qu'il avait anticipé la crise actuelle et la tragique et vaine agitation de N.Sarkozy. 

 

   Mais alors, où est donc l'illusion , dans ce système qui s'auto-alimente et ne laisse aucune place aux interventions extérieures ?

 

   L'univers technicien est verrouillé. La marge de manoeuvre des politiques est trés faible," ce n'est plus  l'Etat qui agit, toutes les décisions sont dictées par des impératifs techniques, ce sont donc les techniciens qui sont à l'origine des décisions politiques. C'est la fin du politique proprement dit." ( Marc Schweyer:  J.Ellul ou la Technique Asservissante. Colloque de Gunsbach. 1999.)

   L'illusion elle est dans le discours: " Le Citoyen considère souvent les discours de l'Etat comme étant des mensonges, et cependant il y croit", disait Alfred Sauvy."Introduction à la Psychologie Politique". A.Colin.1957.)

   Le fait politique n'est plus que discours, donc propagande. La période actuelle est riche en démonstrations de cette affirmation. 

   L'action politique ne se situe plus que dans l'adhésion de l'opinion aux décisions techniciennes. Un seul but est assigné par les techniciens au politique: atteindre le public, modifier éventuellement l'opinion, donc la manipuler. 

   L'action politique n'est plus que propagande afin que" cette opinion ne vienne pas , sans cesse bouleverser le travail politique entrepris."( J.Ellul). 

   " L'homme politique n'agit pas selon la réalité des faits, mais selon l'opinion" dit Marie-Noëlle Sarget, ( Problèmes et limites de l'approche systémique de la décision politique) , parce qu'il veut être suivi ; il se doit donc de créer l'opinion selon ce que veut le système. L'acte politique doit donc être précédé d'un travail  préalable, trés soigné, sur l'opinion. Le Président actuel est un orfèvre en la matière.

   Ce qui revient à dire que ce n'est pas l'acte politique qui compte mais l'acte traduit pour l'opinion publique.

   " L'homme qui écoute un débat télévisé ou un orateur, ou lit un journal, est immergé dans un monde, certes réel, mais particulier parce que créé par les mots..." ( David Krech et R.S.Crutchfield. Théorie et problèmes de psychologie sociale.PUF.1952 ).

   Le système technicien veut " administrer les choses" tandis que les politiques, au temps où la technique était soumise aux hommes "voulaient gouverner les hommes."( Michel Crozier; Le phénomène bureaucratique. Seuil.1963.)

   La politique , aujourd'hui, ce n'est plus que cela: fabriquer une opinion. Le seul apport du politique, c'est la forme, l'apparence, séduire le citoyen pour lui faire accepter l'inacceptable. Là réside l'Illusion politique.

 

   Alors, que nous reste-t-il à faire ?


   Malgré toutes les questions que la société moderne pose, la politique existe et nous sommes tous concernés par elle parce que l'Etat  ne peut rien faire sans l'approbation du peuple. Donc une "réappropriation démocratique" est toujours possible mais, peut-être hors des partis hégémoniques, hors la main-mise des professionnels de la politique, par des citoyens bien décidés à travailler ensemble, ne fuyant pas les tensions.

   En somme, des collectifs liés" par des intérêts socio-politiques, intellectuels, culturels, artistiques, mais aussi économiques,"( J.Ellul),  qui trouveraient une organisation suffisamment efficace pour s'opposer aux décisions injustes de l'Etat.

 

 

   NOTE: texte inspiré de " L'illusion politique". http://fr.wikipedia.org/wiki/L'illusion_politique


   

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 14:43

   "Autrefois, la technique était un enjeu mais, depuis l'avènement de l'informatique, elle a changé de nature pour former à l'intérieur de la société un véritable" système technicien" ( Mémoire de fin détudes philosophiques: Alexis J. Le système technicien de Jacques Ellul. Site:alexis.lautre.net/doc/doku.php?id )

   Illustration: blog.gaborit-d.comtimescape-4k-video-copie-1.jpg


   Durant la nuit de la Saint-Sylvestre et le jour du Nouvel An, plus de un milliard de SMS ont été émis, à travers toute la France, au titre des voeux traditionnels. Ce qui veut dire, que trente ou quarante millions de Français ont envoyé, en vingt quatre heures, entre vingt et trente SMS chacun. Cette information m'a renvoyé à une réflexion qui m'occupe depuis longtemps, à savoir: la place prise par la technique dans notre vie de tous les jours, et surtout le rôle qu'elle tient dans nos pensées, nos comportements , nos décisions , en un mot dans notre vie sociale et politique.

 

   L'initiateur de la Pensée sur la question de la technique est, sans conteste, le philosophe allemand Heiddegger, dans son essai: "Etre et Temps." ; en France l l'historien et philosophe dont l'apport est le plus riche est certainement  Jacques Ellul, particulièrement dans son Essai: "Le Système technicien" de 1977. 

 

   Je pense, comme beaucoup de monde, que les progrés technologiques précèdent et induisent les évolutions des moeurs, des conduites, des comportements de l'individu dans toute société humaine.

   Parlant de J.Ellul, le philosophe Robert Redeker, ( Magazine Marianne No 768 du 7 au 13 janvier 2012), dit:" Il est le premier à voir dans la technique le facteur décisif du monde actuel... C'est la technique, et non le travail qui structure la société. L'extension de la technique atteint tous les aspects, même les plus intimes, de la vie humaine."

 

   Et, en effet, la technique a fait une intrusion dans tous les domaines de notre vie. Et même les plus intimes. Remarquons d'abord, qu'aujourd'hui, on accole à toutes les activités humaines le mot tchnique :

   -Techniques commerciales.

   -Techniques administratives.

   -Techniques industrielles.

   -Techniques pédagogiques.

   - Techniques médicales.

   - Techniques artistiques. Le phénomène culturel fut pourtant, pendant des siècles, de l'ordre symbolique.

    - Techniques sexuelles . Quoi de plus intime !

   L'on sait, aujourd'hui, combien la télévision a contribué à tuer la vie sociale, les réunions entre voisins, les veillées, le dialogue dans la  famille.

   L'on connaît bien l'impact de l'automobile sur la montée de l'individualisme, sur la psychologie du paraître, sur l'agressivité du conducteur, maître chez lui, dans ses huit cents kilos d'acier et de plastique.

   Personne ne discute l'influence de la chirurgie esthétique et de la cosmétologie sur l'adoration que nous portons à notre corps, au détriment des qualités intérieures.

   Qui douterait que l'augmentation des systèmes de vidéo-surveillance, loin de nous rassurer, ne fait qu'accroître le sentiment d'insécurité.

   Est-ce que les progrés de la médecine, au demeurant fort louables, ne contribuent-ils pas à nous rendre la douleur plus insupportable qu'autrefois ?

   L'automatisation, n'a-t-elle pas rendu beaucoup de lieux publics déshumanisés ? stations de métro ou gares SNCF où il n'est plus possible de trouver un agent pour vous renseigner ou vous porter assistance.

   Et le succés d'Internet n'est-il pas en train de révolutionner toutes les relations humaines ? Dans quelques années, penserons-nous encore à nous parler? Connaîtrons-nous encore le sens du mot conversation ? Aurons-nous encore envie de sortir de chez nous ?


   L'on pourrait multiplier les exemples. Mais il en est un, encore, que nous ne pouvons occulter. Je pense au poids que prend l'administration automatisée, aux multiples fichiers sur lesquels nous sommes recensés, mais attention, sous forme de numéros: est-ce que nous pouvons nous sentir exister, à travers un numéro ? Est-ce que le fonctionnaire peut voir un être humain, de chair, de sang, traversé d'émotions,inquiet ou rassuré , derrière le numéro que lui impose son ordinateur ?

   Qui n'a pas eu affaire aux plates-formes téléphoniques des grandes administrations, des grandes entreprises, de sa banque, ou aux fameux rendez-vous téléphoniques avec son "conseiller", mot trés à la mode, qui désigne un ectoplasme que nous ne connaîtrons jamais, mais qui a pendant quelques jours ou quelques mois, un morceau de votre vie entre les mains.

   Et que dire des" Experts Mécanisés" politiques, dont accouche chaque année, l'Ecole Nationale d'Administration, (ENA) ? Nous y reviendrons.

 

   Robert Redeker dit, non sans pertinence, que le pouvoir censé nous protéger et nous rassembler, en fait " est entre les mains d'experts techniciens qui forment une nouvelle aristocratie: le gouvernement de ceux qui s'estiment les meilleurs."( Marianne, No 768.)

   En fait, l'intrusion massive de la technique dans notre quotidien, pose la question plus grave de l'exercice de la liberté, de la réelle indépendance de la politique par rapport à la technique. J.Ellul y avait déjà consacré un essai: L'illusion politique. Nous y reviendrons dans un autre article.

 

 

   NOTE: Titre: Le gouvernement des choses: J.Claude Milner ".La Politique des choses" de 2005.

                           L'oubli de l'Etre:" Etre et Temps" de Heidegger . Traduction parue chez Gallimard Paris. 1986.

 

    


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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 15:03

   " On confond les frontières et les murs. Les frontières sont des vaccins contre les murs. Elles permettent le va-et-vient. La frontière est une marque de modestie et de respect de l'autre: non, je ne suis pas partout chez moi." ( Régis Debray. Eloge des frontières.NRF.)

   Remarquons, en passant, que les Pays qui prônent avec le plus de vigueur l'abolition des frontières sont ceux , qui ces dernières années, ont construit des murs pour stopper l'immigration clandestine.

frontiere.jpg   Illustration: accordsperdus.com

 

   A l'heure où nous entrons dans le débat de la campagne présidentielle, il est un thème qui fera l'objet de beaucoup d'échanges, c'est celui du Protectionnisme, et donc celui des Frontières. Je me dis qu'il est intéressant de savoir de quoi les candidats vont nous parler. D'autant plus qu'on nous annonce la mise en place dans les prochains jours d'une TVA sociale sur les produits venant des pays émergents qui n'est possible que sur la base de frontières. Nous laisserons, pour l'instant, de côté, le débat sur le pouvoir d'achat.

   

   Les partisans de l'ultra-libéralisme vont nous appâter avec "la Planète village", plus de frontières, nous sommes tous frères. Présenté ainsi, le problème est résolu: la majorité des gens est pour. Pas tout le monde cependant.

   Mais la réalité du discours de ces "humanistes" du porte-feuilles, c'est autre chose: plus de frontières, c'est "la circulation sans frein des capitaux, c'est les délocalisations aberrantes de nos usines, c'est la destruction des systèmes de protection sociale."(1)

   C'est la domination, sans partage et sans frein, d'un clan sur tous les autres.(1)

   Regardons ce que nous montre l'histoire des sociétés. Chaque fois que des frontières ont été abolies, c'est par le fait de" forces  brutales d'occupation qui les ont piétinées"(1), jamais par des volontés libératrices ou émancipatrices.

   On peut mesurer aujourd'hui, avec la crise financière mondiale, le désastre de l'abolition des frontières, par la libéralisation  des échanges financiers, de la circulation des capitaux qui n'ont plus de patrie, donc qui ne sont soumis à aucune règle. La chute des frontières, c'est l'avènement des Paradis fiscaux et certainement pas du paradis sur terre.

   "Quand on abat des frontières, on construit des murs", nous dit Régis Debray. Parlez-en avec un voyageur qui débarque dans un aéroport américain.(1)

   

   Il est une tradition, au Québec, de ne jamais fermer sa porte, la nuit, et de laisser une lumière allumée sur le perron, pour ne pas laisser un voyageur égaré, seul, dehors,  dans le froid polaire.

   L'image de la porte me plaît beaucoup. Ce n'est pas la porte, le problème. C'est l'usage qu'on en fait. Est-ce qu'on la ferme à double-tour, est-ce qu'on la fait blinder en y ajoutant trois serrures de sécurité, et puis , allez, avec une caméra de vidéo-surveillance, sur le perron ?

   Ou bien, la laisse-t-on ouverte au visiteur, de qui l'on attend seulement la simple question: est-ce que je peux entrer ? Comme , on le fera, soi-même, le lendemain, en lui rendant visite, parce qu'on veut lui montrer qu'on apprécie son invitation, ou, à tout le moins son hospitalité, son savoir vivre, sa générosité, puisqu'il nous accueille, chez lui, dans son intimité.

   Je dis que la porte, c'est le symbole du respect, si elle reste ouverte: je vous respecte donc je vous reçois; je vous respecte, donc je vous demande si vous voulez bien me laisser entrer.

 

   Et il en va de même pour les frontières.

   Sans frontière, donc sans territoire sur lequel va se bâtir un Etat de Droit, donc une Constitution qui libère et qui protège, ne peut régner que l'anarchie, que la loi du plus fort, qui opprime.

   Et la frontière qui dit où commence le Droit, voire où il finit, protègera également l'étranger qui m'a demandé refuge, hospitalité, éventuellement protection.

 

   Ajoutons, que c'est sur des territoires limités," à échelle humaine", que la vie démocratique peut s'èpanouir, que le" contrôle démocratique" peut s'exercer. L'échelle planétaire ne peut nourrir que des régimes totalitaires. Qui peut croire à un gouvernement mondial démocratique ? Une telle idée n'est même pas utopique, elle n'est qu'un leurre.

   "Une fusion généralisée"(1) ne peut que favoriser le plus riche et le plus fort. Par contre "une coexistence pacifique mondiale", entre voisins autonomes mais qui se respectent, si elle reste utopique, est tout de même envisageable.

   " La frontière a été, et à bien des sens, demeure une institution politique de base: dans une société avancée, aucune vie économique, politique ou sociale régulée ne pourrait s'organiser sans elle. Les lois régissent des territoires clos, dans lesquels les systèmes juridiques impliquent qu'il y ait des frontières établissant un cadre à l'intérieur duquel s'exerce le vivre ensemble".( Malcolm Anderson. Les frontières: un débat contemporain. Site: Cultures et conflits.)

   Comme le dit Hegel:" La chouette de Minerve ne s'envole qu'à la tombée de la nuit..." C'est dans la maturité des êtres que l'Idéal apparaît face au Réel, ajoutait-il. ( Cité dans le blog: bellesplumes de Daniele.)

   Qui sait ! Peut-être faut-il attendre que l'Humanité atteigne sa pleine maturité, pour que le Réel s'impose à l'Idéal et s'installe cette coexistence pacifique entre voisins autonomes.

 

 

   NOTE: (1) article inspiré  du blog: blogs.rue89.com/yeti-voyageur/2010.

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 14:15

  " L'Humanisme républicain, comme le Christianisme, se vivent au jour le jour, mais ne sont pas du quotidien. Ils donnent de la profondeur au temps." ( Régis Debray. Le moment fraternité.")

   Illustration: accordsperdus.comimagesCA4JP914.jpg

    L'être humain n'est qu'un être de temps.Nous ne sommes que temps. Nous ne sommes que la conscience de quelque chose qu'on appelle le temps. Toute notre vie n'est que la mise en scène de morceaux de temps.

   Le temps n'existe pas en dehors de nous. Il est nous.

   Ce qui nous différencie de l'animal , ou du végétal, ce n'est pas comme on l'a prétendu si longtemps, que nous sommes un être pensant, un être doté d'une conscience, la conscience de soi , non : c'est d' être un individu qui sait qu'il doit mourir, qui sait qu'il est un être fini.

   C'est la conscience de la mort qui nous attend.

   A partir de là, nous inscrivons notre existence dans la construction d'un processus de durée: le temps. Mais, notre temps. Notre parcours, notre trajectoire, notre destinée, notre vie, notre chemin, notre carrière, notre enfance, notre vieillesse, autant de notions qui ne sont que des descriptions de notre temps.

   Et comme cela est tragique, nous nous inventons des tas de mythes auxquels nous raccrocher pour exorciser le drame: la Religion, Dieu, l'Ame, l' Immortalité de l'Ame, l'Art... La Politique. 

   Avec la religion, un dieu , l'âme, l'être humain pleure sur son sort. Avec la politique, il veut réagir contre un sort inacceptable, il entreprend donc une lutte contre le temps, qu'il veut domestiquer.

   Mais ce ne sont que des béquilles, pour supporter une implacable réalité, à savoir que nous ne sommes rien.

   Je ne sais plus à qui j'emprunte cette citation:" Regardons la fourmi: si elle avait conscience de sa mort, serait-elle aussi affairée, aussi tenace, aussi vaillante, aussi attachée à l'organisation collective de la fourmilière ?"

   Bien sûr que non ! C'est pourquoi elle ne fait pas de politique. 

 

   Régis Debray, dans son livre " Le Moment Fraternité" ne me paraît pas dire autre chose, quand il affirme:" L'homme réalise son essence à travers le temps."

   Qu'est-ce à dire ? Nous sortons de l'Histoire.  Nous sortons d'un cycle historique de deux mille ans, où le Christianisme nous a enfermés dans un conditionnement du temps, en trois dimensions: attente, espérance, accomplissement, sur lequel se sont construites nos idéologies politiques ; R.Debray dit : la religion politique a sécularisé la rédemption avec le baptême ; le salut avec le travail ; le jugement dernier par l'égalité devant la mort.

   Deux mille ans de soumission au Prince de droit divin ; deux mille ans de soumission à " la Vallée de larmes" ; deux mille ans de soumission à la " Promesse" : les premiers seront les derniers.

   Cela va-t-il rester vrai, encore longtemps ?

 

    Aujourd'hui, avec la déchristianisation de l'Europe, nous sortons de l'Histoire, qui définit par excellence le temps. "L'Homme ne pense plus temps, progression," . Avec les technologies nouvelles, la vitesse de propagation de la communication, la vitesse des déplacements humains, des échanges marchands, l'homme pense" espace." L'homme moderne pense que le temps est vaincu.

   Et  là est le danger, pour l'avenir de l'Espèce. Nous sommes en plein paradoxe. C'est au moment où l'être humain sort de l'Histoire, espace temps, pour entrer dans l'ère de la Nature, espace physique, biodiversité, qui nous fait vivre, dont dépend l'avenir de l'Espèce ;  en termes politiques, où il entre dans l'ère de l'Ecologie, au sens le plus élevé du mot , ( rien à voir avec EELV, )-  que cet être humain se croit devenu immortel, ayant vaincu le temps.

   Là est le danger, car quand on se croit immortel, on prend tous les risques, on n'a plus d'attention pour notre environnement, pour les autres. Et l'on fait se rapprocher sa fin, donc l'on convoque à nouveau le temps.


   En tout cas, la politique de la soumission doit céder la place au combat pour la survie.

   En même temps que nous devons prendre la mesure de nos limites. Du tout pour la religion, dépassé, ne tombons pas dans le tout Sciences, dans une espèce de nostalgie du Positivisme du XIXe siècle, qui contient aussi, en lui, ses dangers.

   Comme le dit si bien Edgar Morin, nous avons les plus grands spécialistes, mais ils ne savent pas nous parler de ce qu'est leur spécialité.

  

   Attention: " Chaque période de l'histoire fait expier à la précédente son impensé", dit R.Debray. La Religion de l'Histoire avait oublié la Nature, elle en est punie par son affaiblissement.

   Que ceux qui pensent la Nature n'oublient pas à leur tour un danger permanent qui guette les Sociétés Humaines: " la dynamique historique des conflits". Si l'on n'y prend garde, le XXIe siècle pourrait nous ramener aux violences du XXe.

   La menace est trés grande, sur ce sujet, en ce XXIe siècle.

   C'est pourquoi, tout en nous saisissant avec détermination des problèmes des équilibres naturels, que l'homme a contribué à créer, nous devons "retrouver le sens de la durée".(1)

   Il faut en somme "  rechristianiser"la société,(1) mais dans le sens de la Religion des Valeurs de la République. Ce sont des Chrétiens-Sociaux qui, en 1848, proposèrent d'ajouter la Fraternité, à la Devise de la République.  Et même si ce mot est à attribuer aux  Pères de l'Eglise, Saint Augustin et Thomas d'Aquin, il n'est pas iconoclaste pour un disciple de la Laïcité.

 

 

   NOTE: citations empruntées au site BLOG CITOYEN T17 (  tulipe7.free.fr)

                 (1) Citations de Régis Debray. "Le moment Fraternité".


 

      

 


 


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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 14:59

   Lors de l'hiver 1954, un homme  lançait un  cri de colère et un appel à la solidarité  en faveur des sans-logis, qui fit plier même les politiques. La presse qualifia cet appel, dés le lendemain, " d'insurrection de la bonté."

   Quelques années plus tard il créait son association" les compagnons d'Emmaüs". 

   "Emmaüs, c'est un peu la brouette, les pelles et les pioches avant les bannières. Une espèce de carburant social à base de récupération d'hommes broyés" dira  l'Abbé Pierre .( Cité par Albine Novarino dans son livre L'Abbé Pierre, 2007, chez Ed. du 8e jour.)

   Est-ce qu' un tel geste serait possible  aujourd'hui ? Je pense que cela s'avèrerait difficile pour plusieurs raisons.

   Illustration: image JPEG.


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   Il n'y a pas si longtemps encore, la misère des " grands exclus"(1) parvenait à toucher la collectivité, en tout cas une majorité d'individus. Des mesures de solidarité " pour apaiser les souffrances des exclus" étaient mises en oeuvre en même temps que des temps forts pour les grandes causes mobilisaient la conscience des citoyens, si bien que l'on pouvait se dire que dans" l'imaginaire collectif, le personnage de l'exclu restait un enjeu émotionnel important."(1)

   Et quand la solidarité institutionnelle ne suffisait pas , les Associations humanitaires, on pourrait dire aussi la Charité, assuraient le complément .

   Chacun réagissait en fonction de son registre moral intime mais ne rejetait pas définitivement l'exclu. On ne le fréquentait pas, c'est vrai, mais on ne l'ignorait pas, non plus.

   On pourrait dire, que même s'il errait dans les rues, le SDF, l'Exclu, "le clochard" ne nous dérangeait pas, mieux, il ne nous faisait pas peur.

 

   Qu'est-ce qui a donc changé ? Et depuis quand ? Et pourquoi ?

 

   Nous sommes entrés dans une société où la montée des individualismes, donc de l'égoïsme, de la réussite matérielle, de l'argent comme valeur première, où la peur du lendemain, où la banalisation de la violence, où la justification de la brutalité institutionnelle ont bouleversé la hiérarchie des valeurs, " le personnage de l'exclu dérange la belle organisation sociale"(1) que certains ont rêvée pour eux-mêmes. L'exclu, le marginal, Le SDF, "fait tache" sur la photo d'une société qui se veut pure, aseptisée, jolie comme des vacances sur la Côte d'Azur.

 

   Eh ! oui, le marginal doit " disparaître, il est trop inquiétant car il est l'image, peut-être, de notre futur."(1)

 

   Le candidat élu aux élections présidentielles de 2007, avait annoncé que deux ans plus tard, s'il était élu, plus personne ne passerait la nuit couché,dans la rue,  sur un trottoir. Nous nous en souvenons tous. Ce que nous n'avons pas compris sur le moment, c'est comment il s'y prendrait.

   Nous avons dû penser qu'il allait se préoccuper des causes sociales et économiques qui provoquaient " cette croissance exponentielle du nombre de SDF"; qu'il allait étudier pourquoi , dans cette population , il y avait de plus en plus de jeunes, de jeunes femmes, avec désormais des mineurs parmi eux, et effectivement" de plus en plus violents, sans repères, désespérés" , (1) de malades, à la psychologie fragilisée également ; nous avons cru qu'il y aurait un recrutement spécial de travailleurs sociaux, de terrain ; qu'il y aurait un plan spécifique de réhabilitation de la psychiatrie, en déshérance en France ; on a cru que les dispositifs tels la CMU seraient renforcés, que même les sans-papiers auraient accés aux soins ; que les droits des adultes handicapés seraient préservés.

 

   Eh ! bien, on n'avait rien compris. Le "cadreur", cf. mon article précédent: les invisibles, le cadreur qui nous gouverne voyait les choses autrement. Autrement, cela veut dire: cacher ces taches qui altèrent l'image de notre grande société fraternelle, et même si possible les faire disparaître. Vous pensez que j'exagère ! Bien sûr.

 

   Alors, regardez la liste des mesures prises contre ces pauvres gens, en cinq ans. (Sur le modèle des mesures liberticides évoquées dans un précédent article.)"Tout se passe comme si aprés avoir tenté de les apprivoiser, on passait au dressage.

 

   -Arrêté anti-chien, en ville: on prive le SDF du seul compagnon fiable qu'il ait, voire de son seul protecteur.

   -Arrêté anti-regroupement: ces jeunes dans les cages d'escaliers sont insupportables, c'est vrai. Mais on a retiré aux associations de quartier qui les occupaient toutes les subventions, on a supprimé les recrutements d'éducateurs, et l'on n'a rien fait pour l'emploi des jeunes. En plus les sanctions prévues pour ces délits: amendes ou travaux d'intérêt général sont inapplicables.

   -Arrêté anti-prostitution, anti raccolage, et dernièrement anti clients: tout cela promet un avenir radieux aux MST et au SIDA. Mesure à laquelle il faut ajouter l'institutionnalisation de la délation, qui fragilise le sort des prostituées à l'égard du proxénète.

   - Fermeture du Centre d'accueil de "Sangatte" à Calais, pour les sans-papiers: cette mesure a jeté dans les rues de la ville, dans les foyers d'accueil , dans les forêts avoisinantes, des centaines d' immigrés en transit pour la Grande Bretagne , et plus grave, les mettant hors de portée des associations caritatives.

   - Les poursuites engagées contre des citoyens remarquables qui aident "les sans-papiers" ont, de ce point de vue, apporté un éclairage plus que troublant sur certaines conceptions de notre Président.

 -   Les mesures d'expulsion à l'encontre de familles ne payant pas leurs loyers, même en hiver, car la loi si chèrement obtenue, par l'Abbé Pierre, a été revisitée, dans un sens plus restrictif.

   Le travail des associations est mis en péril, la prise en charge psychologique, sociale, sanitaire de ces publics par des réseaux de bénévoles compromise.

 "  -L'application du Décret sur la réduction de peines pour pathologie grave ou âge avancé, reste lettre morte: seul un certain Mr Papon, en a bénéficié."(1)

   -Réduction de 30% des subventions au SAMU Social de Paris, qui a entraîné la démission de son Président, sarkozyste.

   On peut ajouter à cette liste, la hausse effrayante des" incarcérations", ( plus 39% en cinq ans), qui frappent en priorité ces populations marginales: ne vous laissez pas abuser par le discours officiel, le grand banditisme se porte bien. Les nouvelles incarcérations touchent ces personnes sans défense, les spécialistes les appellent, non sans pertinence, " les néocriminalisés", qui n'ont rien à gagner à aller en prison: 

   Parents d'enfants délinquants scolaires, sans-papiers, prostituées, rebelles à l'autorité publique, consommateurs de drogue, malades psychiques. Aprés, les politiques diront qu'on manque de psychiatres dans les prisons.

   Notons, malgré l'absence d'argent, le plan de création de 30000 places de prison supplémentaires, si le candidat de la droite est élu. La prison ! Toujours la prison !


   Allons, n'accablons pas davantage le Président . Sa politique est trés claire: on frappe d'abord "sur les populations visibles, celles qui font désordre dans la rue: prostituées, usagers de drogues, précaires, sans-papiers, SDF, malades mentaux."(1)

   Et les politiques d'aide, de prise en charge, de solidarité ? Mais, mon bon monsieur, elles coûtent trop cher, et il y a la crise.

 

   Ah ! Cher Abbé Pierre, revenez vite,  car ça " ne tourne plus rond" ! Ce n'est pas l'image de ma France que nous donne le Président actuel.

 

 

   NOTE:(1) Inspiré de l'article de D.Bougeois sur le site: psycause.pagesperso-orange.fr/000_les invisibles.


   

 

   

   

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 14:08

   "Il est , parmi les métiers du cinéma, celui de cadreur. La tâche de ce professionnel est de veiller à ce que dans le champ de l'objectif, lorsque tournent les moteurs des caméras, rien n'apparaisse de façon indue."

   En ce sens, et  pour cacher l'exclusion et la précarité, N.Sarkozy s'est montré un "cadreur" trés talentueux.

   ( Site psycause.pagesperso-orange.fr   D.Bourgeois.)35545323.jpg

 

   Marine Le Pen nous propose, pour sa campagne électorale, un slogan redoutable d'efficacité et qui va faire des ravages. Nous avons eu, au moment de Mai 68 ," la majorité silencieuse", puis "les sans-voix", les "oubliés de la croissance" tout au long des années 1980, et même dans les années 2000, "la France d'en-bas."

   Avec Marine Le Pen, tous ces gens deviennent des" invisibles". Attention ! Le concept n'apparaît pas par hasard. Il est extrêmement bien instrumentalisé, d'où le piège machiavélique que tend cette dame aux  candidats de "l'establishment", comme aurait dit son père.

   Rappelons-nous qu'il y a quelques années, "les invisibles" désignaient, encore sans trop de mépris, les SDF, les marginaux, les exclus du système. Marine Le Pen, avec une psychologie non dénuée de subtilité, le reprend, pour désigner les classes populaires et" les classes moyennes inférieures", dont elle se pose en "défenseure" intraitable et infatigable.

   Elle sait qu'elle mord déjà trés fortement sur ces couches sociales, ( 37% d'intententions de vote chez les ouvriers ),  et qu'elle a encore une forte marge de progression; elle sait que ces couches sociales sont les sacrifiées de la crise et qu'elles vivent trés mal les inégalités fiscales et les cadeaux faits aux riches, par Sarkozy.

   Elle connaît certains ressorts psychologiques qui traversent ces couches sociales: le déclassement, la précarité, qui leur  fait entrevoir le spectre de 'l'invisibilité", réservé aux marginaux, voici peu de temps; elle a compris que le sentiment de dévalorisation, la perte de l'estime de soi, étaient des vecteurs assurés de la colère et donc du soutien à celui, ou celle, qui crie trés fort en votre nom, à l'injustice et à l'ignominie.

   Ce fut , trés longtemps,  le rôle " tribunicien" du Parti Communiste, dans la défense des plus humbles,et avec succés.

   C'est le même ressort psychologique que celui qui sous-tend le racisme des individus, récemment" naturalisés", et qui se montrent durs avec ceux qui restent encore étrangers, car ils ne veulent plus être assimilés à l'étranger, puisqu'ils sont intégrés.

 

   Et puis ce concept va permettre à Marine Le Pen de provoquer un débat sur la légitimité de la Démocratie représentative. Débat légitime, en ce début de XXIe siècle, nous allons y revenir, mais que le Front National repositionnera sur une base antidémocratique, du style: la Démocratie n'a-t-elle pas fait son temps ?

   L'on sait au Front National, et même trés bien, puisqu'il n'a pas d'élus nationaux, que la grande colère des électeurs vient du mépris, du moins de l'indifférence, des Elus à leurs difficultés. De la coupure  entre  la classe politique, de droite comme de gauche, et les couches populaires. On sait aussi que les gens ne vont pas assimiler les militants du Front National à ces élus qui ont failli. Et là, est le piège le plus redoutable.

   Je vous le redis, le choix d'un tel axe de campagne est loin d'être anodin ; il est même trés dangereux.

 

   Ce choix soulève le débat sur la légitimité, dans une société de la communication, de l'internet, de la légitimité  de la représentation démocratique, de la délégation des pouvoirs, d'un citoyen à un représentant élu qui devient " un tenant lieu"...( Ph.Braud. Sociologie Politique.)

   Nous parlons d'un mécanisme, qui peut paraître banal, tant nous y sommes habitués, mais qui en réalité est fort complexe: politiquement, juridiquement, moralement.

   Mon député parle en mon nom, parce que je ne sais pas parler, parce que je n'ai pas les moyens de me payer le voyage à Paris, et surtout parce que, si nous allions tous à Paris, cela poserait quelques problèmes de logistique et de cacophonie.

   Mais de quel droit ? Là est la question !

   Le sociologue, Pierre Bourdieu, avait utilisé une formule trés évocatrice: "le coup de force symbolique" de la représentation. En donnant à ce concept  " une dimension magique ", il en démontrait toute la complexité.( Ph.Braud.Ib.)

   En effet, comment expliquer, selon la raison pure, que l'élu d'une majorité d'électeurs certes, va représenter tous les habitants de sa circonscription,  ceux qui ne votent pas comme ceux qui ont voté contre lui et ceux qui l'ont élu.

   Ph. Braud dit clairement:" cest une fiction nécessaire", que tout élu endosse tout de suite:" Je serai le Président de tous les Français... La France veut...La France ne se laissera pas..." Nous connaissons cela !

   Ce serait donc, finalement,  une banale " réthorique" qui supporterait notre système représentatif ? Certes adossée à une construction juridique qu'on appelle une " Constitution", mais qui finalement se réduit à dire qui a les compétences pour édicter les règles et qui fait partie du groupe qui doit respecter ces règles.

   C'est tout de même, un peu insuffisant, quand on y réfléchit bien.

   Et Bourdieu montre bien la fragilité de l'édifice, quand il dit: " C'est parce que le Représentant existe, parce qu'il représente( symboliquement), que le groupe représenté existe, et qu'il fait exister en retour son Représentant , comme représentant d'un groupe."( Cf. Délégation et fétichisme.) ( Cité par Ph.Braud.)

   On le voit, cette notion de représentation est complexe et difficilement déchiffrable.

   Ajoutons que, collectivement, cette notion peut être contestée, à travers des résultats qui ne tiennent pas compte de la représentation des divers courants de pensée qui traversent une Nation, quand les lois électorales sont instrumentalisées pour ne favoriser que la pensée dominante ou ne permettent l'accés à des fonctions qu'à certaines catégories.

   La répartition des catégories sociales à l'  Assemblée Nationale de 2002 à 2007 était  révélatrice de dysfonctionnements scandaleux:

 

   17% de femmes.

   32% de fonctionnaires.

   27% de  professions libérales et travailleurs indépendants.

   Aucun ouvrier.

   Aujourd'hui, 10% de députés en sont à leur 6e mandat, 30% à leur 3e mandat.

 Marine Le Pen a de quoi moudre de l'anti-parlementarisme durant la campagne.

   Ah ! je l'admets, je pose beaucoup de questions mais j'apporte peu de réponses. Pourtant, en 2007, Ségolène Royal avait suscité un vrai débat avec ses "Jurys Populaires" destinés à demander des comptes à des Elus, en cours de mandat. Ce processus existe , me semble-t-il, aux Etats- Unis, sous le nom de "Recall." Pourquoi ne pas revenir sur ce sujet ? Du courage, Mr Hollande. Cela couperait l'herbe sous les pieds de Mme Le Pen.

 

   Cependant, faut-il se dire que nous , les citoyens, nous allons rester longtemps, ces ombres qui attendent à la file indienne , chaque cinq ans, devant un isoloir, pour désigner celui ou celle à qui nous confions notre avenir durant cinq ans , en restant muets et passifs durant ce même temps ?

   Je ne crois pas: nous sommes entrés dans une autre ère.

 

 

   NOTE: En ce qui concerne la notion de représentation, l'article s'inspire d'éléments du livre de Ph.Braud. Sociologie Politique.8e éd.Chez LGDJ.

   

 


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Published by regain2012 - dans Politique
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