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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 15:50

" Nous ne savons pas où notre voyage nous conduit, ni-même où il devrait nous conduire " . ( Eric J. Hobsbawn ) .

 ( Illustration : montreurdimages.blogspot.com ) .

 

 

avion.jpg

 

   Survolons, sans chiffres pour une fois, ces trente dernières années de libéralisme sans entraves . L' Age d'or qui les a précédées , a entraîné dans l'abondance environ 600 millions d'individus appartenant à environ vingt pays dévelpppés . Il devait y entraîner la majeure partie des  6 milliards d'autres . Ce ne fut pas le cas, et si un tiers de la population mondiale a bénéficié peu ou prou de Grand Bond en avant, deux tiers sont restés sur le bord du chemin , l'abîme entre pays pauvres et pays riches s'est élargi , et sauf une révolution démographique, au Sud, ne peut que se creuser encore .

   En ce début de XXIe siècle, trois aspects de l'économie mondiale sont alarmants .

   C'est d'abord la technique qui continue à chasser la main-d'oeuvre de la production de biens et de services, sans créer suffisamment de postes de travail de même nature que ceux qu'elle élimine ni garantir un taux de croissance économique suffisant pour les absorber .

   Le deuxième problème réside, tandis que la main-d'oeuvre demeure un grand facteur de production, dans le transfert de l'industrie, de ses anciens centres dans les pays riches, aux salaires élevés, vers des pays dont le principal atout est des mains et des têtes bon marché .

   Les conséquences sont évidentes : le transfert d'emplois vers les régions à bas salaire, la baisse des salaires dans les pays où ils étaient plus élevés, conformément aux principes du marché et de la concurrence mondiale sur les salaires .

   Les vieux pays industriels comme la Grande Bretagne, la France ou l'Italie peuvent donc se transformer en pays à main d'oeuvre bon marché, mais avec des résultats socialement explosifs et sans aucun espoir de rivaliser avec les pays émergents .

   Dans le passé, les Etats firent face à ces tensions par le protectionnisme, la Grande Bretagne en fut un modèle extraordinaire, au XIXe siècle .

   Le troisième malheur qu'apporte avec elle la mondialisation, c'est le net affaiblissement sinon la disparition des instruments qui permettaient de gérer les effets sociaux des bouleversements économiques : les filets de la protection sociale . Et si en 1987, une crise mondiale financière presque comparable à celle de 1929, fit trés peu parler d'elle , hors des milieux financiers, c'est bien grâce à l'efficacité des filets sociaux, depuis déchirés par l'ultra-libéralisme , nous explique E. J. Hobsbawn .

   La crise de 2008 a montré que l'économie mondiale n'était plus " qu'un moteur de plus en plus puissant et incontrôlé ."

   Et l'histoire s'arrête là ! Le passé a perdu son rôle dans l'emballement du système qu'on n'hésitait pas autrefois à appeler fièrement : " le système de création de richesse ..." .

 

   Regardons alors les battements du coeur du système . Le miracle économique de " l'Age d'or " - d'une vingtaine de pays, rappelons-le - s'est nourri d'une augmentation des revenus réels des individus, car les économies de consommation ont besoin de consommateurs de masse avec des revenus suffisants pour acheter des produits de consommation durables de haute technologie . Et l'essentiel de ces revenus a été gagné sous forme de salaires sur des marchés de travail à hauts salaires .

   Mais ces hauts salaires sont d'ores et déjà compromis, alors que les consommateurs de masse sont plus que jamais essentiels à l'économie .

   Mais les gouvernements occidentaux et les financiers persistent à dire que les emplois dans le tertiaire, jusque là plus stables - fonction publique, banques et finance, emplois de bureau - rendus superflus par les progrés techniques, doivent être réduits massivement , alors qu'ils avaient servi à compenser les pertes d'emplois industriels . Dirigeants politiques et hommes d'affaires continuent à dire que le coût des protections sociales est trop élevé et doit être réduit .

   Disons-le plus brutalement, du haut " des cimes impersonnelles "  d'où les économistes considèrent la situation, peu leur chaut de laisser de côté une minorité de pays pauvres, jugés économiquement sans intérêt et négligeables ; peu leur chaut de se passer des plus pauvres, à l'intérieur des pays qui participent à l'économie mondiale, du moment que le nombre de consommateurs potentiellement  intéressants reste suffisamment important .

    Toute la subtilité du raisonnement de ceux qui conduisent le char de l'économie tient en un seul mot : " le curseur " . Où placer le curseur du niveau des consommateurs potentiellement exploitables ? Où placer le curseur du nombre d'inutiles à exclure ? Les inégalités de développement demeurent un élément négligeable .

 

   Je crois que le dernier mot revient à l'économiste autrichien du milieu du XXe siècle, Joseph Schumpeter, pour qui le capitalisme était voué à disparaître et qui, évoquant les crises financières cycliques de ce  système disait , en 1939 : "  Ce ne sont pas des amygdales qu'on puisse traiter en elle-mêmes : elles ressemblent plutôt au battement du coeur, à l'essence de l'organisme qui les manifeste " . ( Cité par E. J. Hobsbawn dans l'Age des Extrêmes ) .

   Il devait penser à une intervention chirurgicale radicale .

   Le début du XXIe siècle nous a entraînés dans un vol de nuit dont nul ne peut dire combien nous serons à en revenir .

 

 

   NB : d'aprés  " L'Age des Extrêmes " de E. J. Hobsbawn .

 

   

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:03

" La difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d'échapper aux idées anciennes " . ( J. M. Keynes ) . ( Cité par Jack Dion, Marianne No 812 ) .

 ( Illustration : photo de mycheledaniauafp.com ) .

 

 

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   Puisque j'ai choisi d'aborder tous les problèmes sous l'angle de la raison, en bannissant l'émotionnel, je me dois de commencer par disséquer l'expression la plus à la mode, aujourd'hui, et la moins rationnelle qui soit : " le coût du travail " . Eh ! oui . Pour les évêques médiatiques, pour les politiques, pour les hommes d'affaires, bientôt , s'ils n'y prennent garde, pour les travailleurs, le travail coûte de l'argent à celui qui en offre .

   Il s'agit là d'un " renversement " du sens d'un concept totalement " renversant ."

   Nous avons vécu deux siècles sur une base théorique, non contestée, que le prolétaire, n'avait aucun patrimoine, mais possédait un savoir faire manuel ou intellectuel, une énergie physique et mentale, qu'on appelait sa force de travail . Dans le système capitaliste, le prolétaire vend sa force de travail à celui qui possède les moyens de production, pour vivre et faire vivre sa famille, unité qui concourt à maintenir sa force de travail .

   Dés les débuts du capitalisme, la rémunération de la  " force de travail " fut parfaitement définie et circonscrite - comme l'a montré Marx - à un minimum minimorum : on rémunère le travailleur pour qu'il puisse manger, se loger, se vêtir,  et nourrir ses enfants, futures forces productives . L'objectif étant qu'il ne s'use pas trop vite à la tâche et reste productif assez longtemps .

   Ce contrat a donné naissance à la paye, ou au salaire , c'est comme on veut !


   Aprés les grands conflits du XXe siècle et à cause de la menace communiste, la deuxième moitié du XXe s. vit s'élargir le concept de renouvellement de cette force de travail à la santé et même à une " protection du vieux travailleur ", la retraite, par un système de côtisations retenues à la source, considérées comme un " salaire indirect ", et donc intégrées au même concept, de renouvellement de la force de travail .

   Patience ! La boucle n'est pas bouclée ! Le travailleur a vendu sa force de travail pour fabriquer  un bien matériel : objet ou service .  Ce bien matériel en soi n'a aucune valeur . Il a donc eu un coût, pour l'entrepreneur . Oui, mais attention . L'entrepreneur va le mettre sur le marché, c'est à dire le transformer en marchandise, pour se payer, rentabiliser son capital et le faire fructifier pour en élargir la rentabilité . Il va donc fixer à ce bien matériel un prix selon un calcul simple : matières  premières, frais de production, salaires, impôts et sa plus-value . Ce que lui tient à gagner : en règle générale un maximum .

   Ces constats étant faits, on peut se poser les bonnes questions, les questions raisonnables !

 

   Dans le processus de fabrication, l'intervention de la force de travail du salarié peut-elle être considérée comme un coût ou comme l'étape indispensable de la naissance d'un bien . Sans l'intervention de la force de travail, il n'y a pas de bien . Donc, le concept de travail est d'une autre nature , il est l'action  sans laquelle il n'y a pas de bien, donc de marchandise, donc de plus-value capitaliste , par conséquent pas de capital .

   Et si sans l'action du travailleur il ne saurait y avoir naissance du capital, c'est que le capital est consubstantiellement partie du travail et ne saurait donc constituer un coût .

   Le travail crée le capital , telle est la réalité .

 

   On peut dire autre chose, aux mitrés médiatiques . Si le travail a un coût, si les côtisations sociales sont une charge,  jusqu'où peut nous conduire cette logique ?

   Pour le capitaliste, dont la seule raison d'être est le niveau de sa plus-value, le coût du travail sera toujours trop élevé, il faudra donc continuellement l'abaisser et quel peut-être le terme de cette course au moindre coût ? L'absence totale de coût . Et cela porte un nom : l'esclavage !

 

   Hier,  F. Hollande tenait sa première conférence de presse . En termes de communication, d'affirmation de son autorité, de description du cap qu'il s'est fixé, je l'ai trouvé plutôt à l'aise .

   Sauf que la nature du cap qu'il s'est donné ne peut que m'inquiéter . Il reprend, à son tour, l'antienne du " coût du travail ", il la fait sienne sous le vocable de " compétitivité des entreprises ", et l'annonce de nouvelles mesures d'exonérations de " charges " pour les entreprises, trés importantes déjà , confirme qu'il a cédé à la pensée dominante et aux milieux d'affaires .

   La baisse des coûts salariaux et sociaux est à l'oeuvre depuis quinze ans, dans notre pays, et l'on ne peut pas dire qu'elle a changé quoi que ce soit à la situation catastrophique de l'emploi . La raison en est simple . A notre baisse des coûts les concurrents allemands et européens répondent aussitôt par une augmentation de leur productivité et une meilleure qualité-prix de leurs produits . C'est une course sans fin . Parfois d'une perversité renversante .

   Un récent documentaire télévisé nous a montré à l'oeuvre des rabatteurs d'entreprises allemandes, courant l'Espagne pour y recruter les jeunes ingénieurs sans emploi . Le cynisme élevé en loi naturelle .

   Le cap fixé par F. Hollande nous conduit à plus de chômage, à plus d'austérité, à moins de solidarité .

 

   " Pourquoi n'entend-on jamais, et pourtant la raison voudrait qu'on abordât aussi les problèmes de ce côté là de la crise : le coût des dividendes, le coût de la rente, le coût des délocalisations, le coût de la fuite des capitaux, le coût des placements financiers, le coût des niches fiscales ? " ( Jack Dion . Marianne No 812 . Les dévôts de la pensée mythique .)

   

 

   

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 14:05

Sous-titre : Averroès " le commentateur " ou le clerc Jacques de Venise .

 " En Europe , l'Islam n'a pas davantage évincé le Christianisme que celui-ci avait éradiqué les pratiques païennes ou éliminé le judaïsme . Toutes ces religions peuvent objectivement se prévaloir d'une présence légitime . Toutes font partie intégrante de l'Europe et  de notre patrimoine " . ( Jack Goody . L'islam en Europe .) 

 ( Illustration : Averroès - 1126, 1198 -  zephyron.blogspot.com ) .

 

 

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   Le " bloc identitaire ", droite de l'extrême droite est un groupuscule qui a fait parler de lui , voici quelques semaines lors de l'inauguration de la Mosquée de Poitiers . Son slogan : " Mon premier drapeau c'est ma couleur de peau ". ( Mathieu Destal . Marianne ) .

   José Maria Aznar, ancien premier ministre espagnol de droite, s'est cru autorisé, la semaine dernière, à réclamer une aux pays arabes, une indemnisation pour les sept années d'occupation de l'Espagne, du VIIIe au XVe siècle .

   Les évêques catholiques de France perdent pied, face au projet de loi autorisant le mariage entre personnes du même sexe, et pronostiquent la légalisation prochaine de la polygamie et de l'inceste . ( Cardinal Barbarin ) .

   Le trés droitier UMP J. F. Copé veut conquérir le leadership de son parti à l'aide d'un pain au chocolat et du racisme antiblanc .

   Au printemps 2008, une polémique assez tendue agite les milieux universitaires médiévistes, à propos de la diffusion de la pensée aristotélicienne en Europe : se fait-elle par le canal d'historiens chrétiens ou la doit-on à Averroès et aux penseurs arabo-musulmans ?

   Qu'on veuille bien m'excuser, mais je ne peux m'empêcher de penser que tous ces faits sont liés !

 

   Revenons à la controverse universitaire sur Aristote . Elle est partie d'un livre du médiéviste Sylvain Gouguenheim, à destination du grand public ( sic) , en 2008 : " Aristote au Mont Saint- Michel " . La diffusion de la pensée du philosophe grec serait due aux traductions latines , directement du grec ancien, d'un moine Jacques de Venise, lors d'un séjour au Mont Saint-Michel .

   Sauf que les historiens n'ont trouvé aucune preuve du passage de ce moine , à part deux lignes dans la biographie d'un prieur, qui n'a pas connu le clerc .

   Jacques de Venise a travaillé en Italie, et comme il ne maîtrisait pas le latin, ses traductions ne sont guère prisées par les historiens .

   Les médiévistes n'ont pas été tendres avec leur confrère, rappelant, dans leur grande majorité, le rôle essentiel des penseurs arabo-musulmans de El-andalus, et d'Averroès, en particulier, pour la transmission en Europe occidentale de la philosophie grecque et singulièrement de la philosophie d'Aristote, entre le neuvième et le quinzième siècle, pensée par ailleurs condamnée par l'Eglise Catholique . Déjà ! 

 

   Il ne s'agit, ni plus ni moins,  que de nier le rôle majeur de celui qui " a transmis et réinventé Aristote " pour le plus grand bien du progrés intellectuel en Europe . Il ne s'agit, ni plus ni moins, que de refuser, à ce Sévillan du XIIe siècle, la qualification que lui donne le médiéviste Alain de Libera, professeur à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes :  "  Averroès est l'un des pères spirituels de l'Europe occidentale ." 

   Averroès disait de la pensée d'Aristote : " Elle est la souveraine vérité et son intelligence la limite de l'intelligence humaine ... Aistote a fondé et achevé la Logiue, la Physique et la Métaphysique ." ( Préface du commentaire à la physique ) .

   Cette attitude " négationniste "  conduit ses chantres à des refus de réalités historiques navrants .

   C'est par exemple la négation de l'influence de la pensée d'Aristote et de celle  d'Averroès sur l'un des Pères de l'Eglise Romaine, Thomas d'Aquin - ( 1224 - 1274 ) .

   Thomas d'Aquin apprend Aristote grâce à son professeur , un domicain allemand, Albert le Grand, à Paris et à Cologne . D'Aquin repense l'ensemble des croyances chrétiennes à la lumière d'Aristote .

   C'est un théologien, donc tout le ramène à Dieu, mais il distingue, comme Aristote et Averroès, la raison de la foi . La raison aide à connaître l'essence des choses, leurs causes propres, mais la raison naturelle étant limitée, la foi complète la raison . Averroès avait également établi une différence, entre le savoir , la science et la religion , accordant toutefois le primat à la révélation . Notons que, l'un et l'autre, furent condamnés par les chefs religieux, Averroès à l'exil dans les dernières années de sa vie , Thomas d'Aquin par les Franciscains et certains évêques, qui ne souffraient pas qu'on laisse la raison échapper, un tant soit peu, au Créateur .

   Et pourtant, Thomas d'Aquin persiste, distinguant la loi divine de la loi naturelle, qui est construite sur trois préceptes : l'instinct de conservation commun aux chrétiens et aux païens  ; l'instinct de procréation commun aux hommes et aux animaux ; le troisième précepte est propre à l'homme, et relève de sa nature raisonnable,  la recherche de la connaissance, le savoir . L'homme cherche à connaître l'univers, à subordonner ses passions à la raison, et à faire dépendre sa vie du bien de la communauté . " Les riches doivent, selon le droit de nature, distribuer leurs surplus pour subvenir aux besoins des pauvres " .

   " Dans la mesure où la loi s'écarte de la raison, elle est ce qu'on appelle une loi inique ", dit encore Thomas d'Aquin . Malgré ces glissades vers la pensée raisonnable, l'Eglise acceptera de le canoniser .

   Averroès, dont la problématique fut toujours celle du statut juridique et social de la philosophie dans un monde dominé par les juristes et les théologiens, devint à partir du XIXe siècle, bien plus tard il est vrai, et à le faveur du déclin de l'Empire Ottoman,  la figure de proue de toutes les aspirations progressistes du monde arabe .

 

   Nos négationnistes passent ainsi sur beaucoup de faits , pourtant d'un grand intérêt .

   Ils ignorent ainsi la remarquable synthèse que fait , au début du XIVe siècle,  le mathématicien, astronome, philosohe, médecin,  juif, Gersonide, né à Bagnols sur Cèze, dans le Gard, en 1288, de la pensée d'Averroèes et de celle de son corréligionnaire Maïmonide : " Le dogme de la création biblique est compatible avec l'éternité de la matière " .

   Ils ne voient pas , non plus, que Dante, dans sa Divine Comédie, a placé Averroés, dans les limbes de l'Enfer, cercle des hommes verueux et sans reproche, parmi les grands philosophes de l'humanité, et qu'au Paradis, siège Siger de Brabant, le plus célèbre des averroistes, parmi les grands théologiens .

   Ils réfutent enfin le rôle fondamental de l'Université de Padoue dans l'averroisme de la Renaissance, deuxième moitié du XVe siècle et début du XVIe : deux siècles durant, les plus grands connaisseurs d'Averroès vont enseigner dans cette Université et répandre la pensée du Maître dans toute l'Europe .

   Pourquoi ces rappels historiques ? Pour dire que l'Europe s'est construite au confluent de trois pensées : la Chrétienne, la Judaïque et l'Islamique et que vouloir en nier une, c'est nier l'influence des trois .

 

   Une autre raison m'a poussé à revenir sur cette histoire de la pensée européenne . Face à un monde devenu fou, de domination, de cupidité, de réussite individuelle, de narcissisme, j'écrivais il y a quelques jours , que les peuples devaient réécrire leur propre récit, et ne pas le laisser aux dominants .

   Le retour sur ces penseurs de la raison, m'a convaincu que ce nouveau récit, à écrire, était celui de " l'histoire de la raison " .

   En France, on a souvent tendance à le faire commencer à notre Siècle des Lumières . Le XVIIIe siècle français n'est pas né de rien, subitement . Il est un aboutissement de siècles de tâtonnements de la pensée, et j'épouserais volontiers, la classification proposée par le philosophe François Châtelet, dans son livre,  " Une histoire de la Raison ", ( Seuil, 2010 ) : 

   - Invention de la Raison : Socrate et Platon .

   - La Raison et la Réalité : Platon et Aristote .

   - La Science de la Nature : Galilée et Descartes .

   - La Raison et la Politique : Machiavel et Löcke .

   - La Modernité : Kant .

   - L'Histoire : Hégel et Marx .

   Cependant entre Aristote et Descartes, longue période où la réflexion ne s'est pas interrompue, j'offrirais une place importante à Averroès , Maïmonide et Thomas d'Aquin .

   

   

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 14:19

"  Les laboratoires pharmaceutiques américains Merck - 86 000 employés, classés dans les cinq plus grandes sociétés pharmaceutiques au monde - ne livre plus à la Grèce , son médicament vedette contre le cancer, - l'Erbitux - , par peur de ne pas être payés . En 2011, ce seul médicament a généré pour Merck un chiffre d'affaires de 855 millions de dollars " . ( Magazine Marianne No 812 du 10 au 16 novembre 2012 ) .

 Il ne fait pas bon être Grec et avoir un cancer en ce moment .

 ( Illustration : petrophoto.net  - Siège de la commission européenne à Bruxelles ) .

 

 

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   D'où partions-nous ?  " A la sortie de la seconde guerre mondiale, Etats, mouvement social, partis politiques et patronat industriel des pays développés à économie de marché se mettent d'accord sur un compromis  dédié à la construction d'une société d'abondance partagée, dans une logique productiviste généralisée ..." (1) .

   Ce que certains économistes ont bien voulu qualifier, fort abusivement , de  " Trente glorieuses " - pour qui a vécu son enfance et sa jeunesse dans des familles pauvres ou modestes des années 1950- 1960, il ne trouve aucun élément lui  permettant de dire qu'il a vécu dans l'opulence-  ne furent qu' " une course à la productivité " d'où "  la classe ouvrière et ses représentants sortirent usés jusqu'à la corde " .

   Les travailleurs et leurs organisations syndicales et politiques ne virent pas que les deux chocs pétroliers des années 1970, Thatcher et Reagan dans les années 1980, " la course à la guerre des étoiles " lancée par le Président américain pour y entraîner l'URSS et la conduire à la ruine , avaient sonné la fin de l'ère du compromis  .

   Pendant ce temps,  les comptables du grand patronat, avaient déjà tout compris . Loin d'être ignorants des analyses de Marx, leur farouche ennemi,  ils avaient déjà établi, avec l'aide de ce grand penseur, que la baisse des taux de profits, liés à une production industrielle basée sur le marché domestique, devenait inéluctable, puisque les besoins d'équipements individuels arrivaient à saturation . 

   Dans les années 1980 donc, les grands capitalistes " décident unilatéralement d'abandonner le compromis social né de la fin de la seconde guerre mondiale, de se délester de leurs responsabilités sociales et de se concentrer sur les segments stratégiques de l'industrie : recherche, innovation, haute technologie et assemblage " .(1) .

   Le reste est abandonné aux pays émergents de l'Asie du Sud-Est . Voilà ce que les économistes appointés appellent la mondialisation, cette espèce de dragon des temps modernes, présenté comme une étape naturelle de l'évolution de l'humanité, et qui n'est qu'une stratégie, un calcul , des puissants de ce monde .

   Les Etats-Unis s'empressent d'inviter les dirigeants de l'Europe à s'associer à ce mouvement, ceux-ci ne se font pas prier,  la machine est en marche, et les travailleurs et leurs organisations ne voient toujours rien venir . 

 

   Les grands capitaines d'industrie pensent avoir sauvé la mise pour quelques nouvelles décennies, mais en leur sein, quelques surdoués, ayant appréhendé avant les autres, tout le potentiel que la révolution  informatique entraîne avec elle, vont pousser les dirigeants capitalistes à " aller plus loin, plus vite, plus fort " .

   Ces Prométhées de l'intelligence artificielle - enfants de nos grandes écoles de commerce -  vont pousser  les industriels à se détourner des activités productives pour se consacrer aux gisements de profits que la grisante " économie immatérielle " semble promettre :  logiciels, communication, banques d'affaires, services supérieurs, spéculation pure .

   C'est le stade appelé, bien improprement, " la financiarisation de l'économie ", car l'expression ne dit rien du contenu de la révolution que l'on vient de nous faire subir, en douceur, je veux dire sans guerre, et que je préfère appeler , pour ma part : " la transformation de la société de l'arithmétique en société de l'algorithme " . (1) .

   Révolution oui, avec un corollaire terrible, le chômage de masse . La société de l'arithmétique offrait une place à presque tout le monde . La société de l'algorithme , elle, rejette preque tout le monde .

   Et devant la masse des exclus, en constante augmentation, de cette nouvelle société,  les travailleurs et  leurs organisations  semblent, enfin, vouloir ouvrir les yeux .

   Mais il est peut-être trop tard, à tout le moins, on a laissé le capitalisme aller trop loin pour qu'il soit aisé de stopper sa marche vers ce qui pourrait devenir l'anéantissement de l'humanité .

   Parce que, voyez-vous, nous n'en avons pas fini avec l'exportation des crises américaines vers notre continent . Aprés les " subprimes " de l'immobilier, en 2008, nos amis nous préparent une nouvelle bulle financière, qu'ils tricotent déjà en de nouvelles  titrisations toxiques, celle de leur dette sur les " prêts étudiants " . Mille Mds de  dollars de prêts dont les remboursements rentrent trés mal dans leurs banques . Les études supérieures ne sont pas gratuites aux USA . Et avec la crise beaucoup d'étudiants abandonnent les études en cours de route .

 

   Tenez, un petit aparté ! La Commission Européenne de Bruxelles est en pleine discussion pour l'élaboration du budget pluriannuel de l'Union de 2014 à 2020 . La Commission a présenté un projet d'un montant de 1033 Mds d'euros, contre 976 Mds pour les six années passées . Tous les Etats refusent cette augmentation, veulent un rabotage du budget, et les menaces de veto pleuvent : le britannique Cameron le premier ;  les Français, qui ne veulent pas entendre parler de baisse des subventions agricoles ; les Danois qui trouvent la politique agricole trop coûteuse ; les Allemands, qui posent comme condition le strict respect des politiques d'austérité . Et les pays d'Europe Centrale attendent en silence le couperet : la fin des aides au développement venues de Bruxelles . (2) .

   Le mot relance est banni des discussions quoiqu'en dise notre Président, seule l'austérité a droit de cité .

   On sait bien que la sortie de crise passera par l'Europe ou ne sera pas . Le Président peut bien dire qu'il " sent " les prémices de la sortie de crise - en grec, les prémices désignaient les premiers fruits sortant de terre - nous avons compris, nous, que  " la crise reste notre horizon " pour trés longtemps .

   On a rarement vu des fruits magnifiques naître de terres dévastées !

 

 

   NB :  Texte inspiré par l'article des invités de mediapart du 30 octobre 2012 - Les murailles de Jéricho . (1) .

             Le paragraphe sur le budget européen est emprunté à l'article du journaliste François Bonnet, Marianne No 812 du 10 au 16 novembre 2012 . " Europe : ce que cache le futur budget " .

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 17:08

 

Réédition de septembre 2011 . " Par l'endettement les Etats abdiquent leur souveraineté ; par la faim qui en découle, les peuples agonisent et renoncent à leur liberté ."

 

 

 "Je viens vous dénoncer votre bonheur. Il est fait du malheur d'autrui. Vous avez tout, et ce tout se compose du rien

  des autres."    V.HUGO . ( L'HOMME QUI RIT ) .10052902063220716123864                                                                                                                     

                                                                                                                      

 

 

 

   Dans les années 1990, aprés la chute du bloc soviétique, une théorie eut beaucoup de succès, et l'antienne n'est pas terminée . Cela donnait à peu prés le ton suivant : l'histoire est finie, le capitalisme triomphe. Il est le stade supérieur de l'Humanité. Le  chantre de cette grande idée était le philosophe et économiste américain : Francis Yukuhama. Exit  HEGEL et son concept  : "L'Histoire est progrés ", concept qui devait soutenir toutes les théories socialistes du XIXe siècle.

   Depuis longtemps,  j'avais envie d'écrire la fiche descriptive de ce stade supérieur de l'Humanité. Le moment est venu. Les rapports et chiffres de l'ONU m'ont beaucoup aidé.

   Nous allons examiner les réussites du Capitalisme à l'échelle mondiale, car la malice de nos experts, autoproclamés, qui hantent les plateaux de télévision où  ils ne viennent que pour nourrir leur Ego, est de nous présenter les problèmes à l'aune unique de l'hexagone ou de l'Europe, zones encore favorisées.

 

        -Quatre milliards d'êtres humains vivent sous le seuil de pauvreté.

        -Quarante pour cent de la population mondiale vit dans des bidonvilles.

        -Dix millions d'enfants de moins de cinq ans meurent chaque année de malnutrition, d'épidémies, de la pollution de l'eau.Quarante pour cent des pays du sud abritent quatre vingt dix pour cent des victimes.

        -Un milliard deux cent millions d'hommes vivent avec moins de un dollar par jour.

        -Huit cent cinquante millions d'adultes sont analphabètes et plus de trois cent millions d'enfants n'ont aucune chance de fréquenter un jour une école.

        -Des maladies pourtant guérissables ont tué ,en 2004,plus de douze millions de personnes.

        -En 1970,quatre cent millions de personnes souffraient de sous-alimentation, aujourd'hui on en dénombre huit cent quarante millions, soit plus du double.

        -En 2002, au Brésil, huit mille enfants des rues ont été assassinés.

 

   Arrêtons là la litanie, mais citons ce témoignage rapporté par J.Ziegler : dans les favellas du Brésil, les mères, le soir, mettent à bouillir de l'eau dans la marmite en y déposant des cailloux. Et quand les enfants réclament à manger elles leur répondent que ce sera bientôt prêt, attendant qu'ils s'endorment en ayant oublié le repas.

 

   Comme il est terrible, ce cri d'Edmond  Kaiser, le fondateur de l'Association TERRE DES HOMMES : " Si l'on ouvrait la marmite du monde, sa clameur ferait reculer le ciel et la terre. Car ni la terre ni le ciel, ni aucun d'entre nous, n'a vraiment mesuré l'envergure terrifiante du malheur des enfants, ni le poids du pouvoir qui les broie." ( cité par J.Ziegler dans l'Empire de la Honte.)

 

   Mais ne pleurons pas . En septembre 2004 , le journal Le Monde publiait un article sous la plume d'Eric Le Boucher : " Les multinationales sont assises sur un tas d'or dont elles ne savent plus quoi faire ."

   L'on sait, aujourd'hui, ce que ce tas d'or, quatre ans plus tard, a rapporté à l'Europe . L'on sait aujourd'hui, ce qui attend l'Europe, dans les vingt ans qui viennent : il faut que ce tas d'or rapporte , au moins son équivalent, à ceux qui le possèdent .

   Le prix à payer sera l'appauvrissement drastique de l'Europe . Et pour nous faire accepter cet état de fait, on nous culpabilise, en nous assénant à longueur de journée, que la misère des pays du tiers monde, c'est le travailleur européen, par son avidité qui l'a provoquée .

   Comme si les peuples n'avaient pas compris d'où était parti le coup fatal, pour nos sociétés développées mais aussi, hélas, pour le tiers monde .

   Non !  L'histoire n'est pas terminée . Beaucoup d'individus ont saisi que l'ultra-libéralisme, que le capitalisme financier,  ne peuvent vivre en bonne intelligence avec l'être humain : ils ne sont pas faits l'un pour l'autre .

   L'histoire ne fait que commencer .


 

NB   : Les chiffres donnés ici sont tirés du livre de J.Ziegler, ancien haut fonctionnaire de l'ONU,  " L'Empire de la Honte. "

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 16:15

      Sous-titre : comment les rendre meilleures ?  ( Réédition de septembre 2011 ) .

 

 

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 " L'ironie de l'histoire mondiale met tout sens dessus dessous. Nous les révolutionnaires, nous les chambardeurs, nous prospérons mieux par les moyens légaux que par les moyens illégaux et le chambardement...Le mode de lutte de 1848 est périmé aujourd'hui , sous tous les rapports." ( F. Engels. A l'occasion de la réactualisation du Manifeste.)

 

   Le thème de l'insécurité fut un sujet important de la récente campagne électorale, comme il le fut en 2007 et en 2002 . D'ailleurs il le fut aussi dans la campagne des primaires socialistes. Nicolas Sarkozy a tout fait pour que depuis dix ans, le sujet soit dans la tête de tous les Français.

   Ce que je voudrais dire c'est que ce n'est pas nouveau . Aujourd'hui , avec l'aide appuyée de certains médias, l'on a caractérisé deux groupes sociaux dangereux : les Immigrés et les jeunes. A coups de unes de journaux, de journaux télévisés débordants de faits divers au quotidien, de précisions sur les nationalités des délinquants, ou sur leur âge, on instille dans notre esprit cette notion de groupes dangereux. Le Front National joue sa partition sur le thème,  Nicolas Sarkozy joua la sienne en son temps : la stigmatisation des Roms, en tant que groupe ethnique, le démontra . Les dérapages du journaliste Eric Zemmour, parmi d'autres, en furent,  récemment, une illustration révélatrice .

 

   Je l'ai dit, ce n'est pas nouveau, c'est  une stratégie permanente des classes dirigeantes, même si elle peut prendre des formes différentes.

   Tout au long du XIXe siècle la bourgeoisie a organisé en dogme un concept : LES CLASSES DANGEREUSES . Cela voulait dire, les classes pauvres sont des classes dangereuses.

   En 1838, l'Académie des Sciences Politiques et Morales récompense le livre  d'un obscur fonctionnaire de la Préfecture de la Seine, intitulé : " Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes et des moyens de les rendre meilleures."( Cité par le philosophe J.C.Milner, dans un article publié par l'Humanité du 13.01.2004 ).

   Cette peur du pauvre est certainement un héritage de la Révolution Française. Que disait ce brave monsieur:"... Classes nombreuses, classes malheureuses, classes vicieuses, classes laborieuses et classes dangereuses..." On répondit à cette peur par de la charité et par beaucoup de Répression. Aujourd'hui, on dirait au Karcher. Et pour les classes vicieuses, peut-être bien la racaille de nos banlieues.

   Au début du XXe siècle on parle moins de classes dangereuses. IL est vrai que la bourgeoisie a trouvé un autre ennemi : le Communiste. Qui ne se souvient de l'image du Moujik, un couteau entre les dents. Parallèlement on tente aussi  de traiter les difficultés par le progrés social ,  parce que les luttes ouvrières poussent à cela.

   Mais une chose me trouble. Depuis trois décennies, la science se mêle de théoriser la peur du possédant, en édifiant des concepts sur la  " Violence ouvrière."

   Même le grand Bourdieu y a apporté sa pierre: " Une classe qui comme la classe ouvrière n'est riche que de sa force de travail ne peut rien opposer aux autres classes que sa force de combat qui dépend de la force physique de ses membres, c'est à dire de leur nombre, de leur conscience et de leur solidarité..."

   La sociologue Isabelle Sommier étudie , elle, les actions spectaculaires des militants de la CGT, vite assimilées à des actions de violence comme le montrent les extraits suivants:" Les actions spectaculaires menées par la CGT lors de certains conflits... dérivent d'une conception d'ensemble de la virilité . Privés de capital économique et culturel, les ouvriers ne disposent en effet d'autre ressource que corporelle..."- le prolétaire ne  peut renvoyer "... que l'image d'une pure force musculaire... "  Savez-vous, toutes les femmes, de plus en plus nombreuses , engagées dans les conflits sociaux font toutes du catch à leurs heures perdues.

   Ou encore : "Dans une société où sont chaque jour de plus en plus dépréciées les valeurs de masculinité... l'affirmation identitaire se réduit à une théâtralisation de la force de combat..."

   Il y a même mieux : " Les représentations guerrières données par la CGT... permettent ainsi de prendre en charge certains ouvriers ou employés, grévistes désespérés, en les encadrant et en les soumettant à l'action pédagogique et canalisatrice des chefs syndicaux...

    Mais où veut-on nous amener?

   Complétons le florilège. Pour le philosophe A.Finkelkraut :  " C'est la nostalgie de l'épreuve virile comme critère d'identité..."  Le sociologue Michel Verret voit dans la violence ouvrière : "...la séduction de la mort..." . Pour des classes  dont la vie est une lutte permanente pour vivre, et si possible dans la dignité, on ne peut trouver meilleure description.

   

   Le consensus est trés fort pour dire que la lutte des classes est terminée, que les luttes revendicatives ne mobilisent plus, que l'individualisme a triomphé. Alors pourquoi réactiver cette peur des violences, des classes pauvres et vicieuses ? Peut-être parce que face à un corps électoral vieillissant  et  dont les plus anciens votent  massivement,  l'argument est d'une efficacité redoutable .

 

NOTE :  Les extraits cités, sont empruntés au site web de : " Cultures et Conflits " .

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 14:15

" Les problèmes que peut aujourd'hui soulever l'islam ne sauraient être assimilés à une culture jugée " autre " et supposée rétrograde . La civilisation musulmane tient depuis longtemps une place prépondérante en Europe, où elle s'est d'abord imposée en Espagne et dans le monde méditerranéen dés le VIIè siècle, pour ensuite pénétrer les pays de l'Est au XIVe siècle, et poursuivre sa parcée jusque dans les steppes du Nord ."  ( L'islam en Europe .Jack Goody . Anthropologue britannique . ed. La Découverte .2004 . Cité par : fr.wikiquote.org ) .

 ( Illustration : La mosquée bleue à Istanbul ) .

 

 

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   " L'assimilation systématique de l'Europe au christianisme et à la modernité a fait oublier - ou même nier - tout ce que l'Islam a pu apporter à la civilisation européenne ", dit aussi Jack Goody .

   " En Europe, l'islam n'a pas davantage évincé le christianisme que celui-ci avait éradiqué les pratiques païennes ou éliminé le judaïsme . Toutes ces religions peuvent objectivement se prévaloir d'une présence légitime et, en ce sens, aucune ne saurait être considérée comme " autre ", toutes font partie intégrante de l'Europe, de notre patrimoine " , dit encore l'anthropologue anglais .

 

   Imaginez-vous lire, un jour , dans votre presse régionale : un Français d'origine chrétienne , a agressé une dame âgée, sur la place du marché ? Non !  Alors, pourquoi un journaliste quelconque, se croit-il autorisé à écrire :  un Français d'origine musulmane a braqué une bijouterie sur le  boulevard " Dumachin " ?

   Depuis des décennies, nos dirigeants politiques et nos élites, ont écarté, tout à fait arbitrairement, l'islam de la tradition judéo-chrétienne, en ont fait une " civilisation de l' Autre", alors que l'islam est consubstantiel, avec le judaïsme et le christianisme,  de l'histoire de l'Europe .

   Et l'on fait semblant, aujourd'hui, de ne pas comprendre pourquoi il y a tant de malentendus entre l'islam et l'Europe .

 

   Le XIXe siècle avait entamé la dissociation de ce creuset à trois substances, en présentant l'Afrique du Nord ou le Moyen-Orient, comme les perles de l'exotisme - terme auquel se rattache toujours un goût de mépris - , de l'obscurantisme, l'islam devenant trés vite l'image d'une entrave au progrés .

   Ce fut oublier un peu vite, tout ce que la civilisation arabe avait apporté, à notre continent, de mouvements tant humains, que politiques, culturels ou religieux , soit, dés le VIIe siècle, par la péninsule ibérique, et la conquête de l'Espagne, soit  grâce à Venise et son florissant commerce , entre le XIIe et le XVIe siècles, soit à partir des conquêtes militaires de l'est de l'Europe et des Balkans, par l'Empire Ottoman, au XIVe siècle . 

 

   On doit aux philosophes, artistes, savants et médecins, mais aussi aux artisans mosaïstes arabo-musulmans, des apports indissociables de notre culture .

   Et d'abord la connaissance de la civilisation grecque : les premières traductions des auteurs grecs, d'Aristote particulièrement, " le premier maître " dans la pensée musulmane, qui pénètrent en Europe par Venise - ce singulier point de rencontre entre l'Orient et l'Occident -  ou l'Espagne , grâce aux commerçants juifs de Catalogne et d'Occitanie, avant d'être retraduites en latin .

   La transmission des oeuvres grecques qui vont provoquer l'épanouissement de la " Renaissance " en Europe, nous la devons aux musulmans .

   Les apports culturels et scientifiques sont nombreux et essentiels : sur le plan de l'architecture, de l'astronomie, de la médecine évidemment, avec les traités de médecine d'Avicenne, d'Averroès ou de son maître Avenzoar .  . La médecine d'Avicenne, ( le troisième maître dans l'ordre de la pensée),  inventeur de l'ophtalmologie, de la gynécologie-obstétrique et de la psychologie, qui supplante en ce domaine Galien, sera la référence en Europe jusqu'au XVIIe siècle . Avicenne qui avait traduit, en outre, Hippocrate et Galien .

   Averroès, à qui certains historiens n'hésitent pas à attribuer la paternité du concept de laïcité, de la séparation entre le temporel et la foi , ce qui lui vaudra l'exil de sa ville de Cordoue, dans les dernières années de sa vie .

   C'est également le livre d'Avenzoar décrivant l'importance de la nutrition sur la santé ou inventant les expérimentations médicales sur les animaux .

   Les apports dans le domaine de l'agriculture, notamment les techniques de l'irrigation, sont encore visibles dans le sud de l'Espagne, en Andalousie .

   On sait moins qu'en matière de littérature, la poésie lyrique et la littérature romantique arabo-musulmanes ont influencé bien des auteurs européens . N'oublions pas de citer la musique et les traités musicaux du deuxième maître " Al- Farabi " , qui fait évoluer une musique de tradition orale vers un art plus savant, plus construit .

   Enfin, les techniques culinaires ont toute leur place dans ce faisceau d'influences .

 

   Il est impératif de faire toute la lumière - et c'est le rôle des historiens - sur la pauvreté du discours dominant, attribuant définitivement aux Européens l'invention de valeurs supérieures comme la Liberté ou l'Egalité et déniant à la pensée arabo-musulmane toute lumière .

   C'est seulement ainsi que nous arriverons à combattre et à faire reculer l'idéologie meurtrière entretenue par les adeptes du choc des civilisations, pour nous détourner de l'enjeu essentiel, économique et social, qui consiste à détruire toutes les défenses sociales pour les profits de quelques-uns .

   L'Islam, la civilisation arabe,  n'ont rien à voir avec l'abjection capitaliste !

 

 

   NB : d'aprés le site " Etudes rurales " à propos du livre de Jack Goody - L'Islam en Europe .

 

   

   

   

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 18:00

   Sous-titre: le marché de dupes . ( Réédition de novembre 2011 ) .grece-intro-athenes.jpg

 

 

   " Saviez-vous que sur les marchés d'Athènes, les oranges allemandes  se vendent moins cher que les oranges grecques ? "

 

    Nous avons été scandalisés par toutes les injures adressées ces derniers mois au peuple grec, ces Méditerranéens tricheurs et paresseux. Certains propos d'hommes politiques, allemands, par exemple, ont atteint les limites du racisme. 

    Cela m'a donné envie d'éplucher la rigueur et l'austérité,  de nos amis d'outre-Rhin en matière économique!

 

   Les politiques allemandes des dernières années ont fait peser sur les pays du Sud de l'Europe des hypothèques non négligeables. A la fin des années 1990, avec le Chancelier Gerhard Schröder, l' Allemagne choisit le modèle économique exportateur: le développement économique se fera sur les exportations et donc sur la compression de la consommation intérieure. A partir de 1998, ce social-démocrate, entame une politique d'austérité qu'aucun dirigeant de droite n'aurait osé envisager . Il faut dire que les syndicats sont trés affaiblis et que la majorité des allemands, marqués dans leurs gènes, par les deux crises inflationnistes des années 1920 et 1930, est prête à tout accepter.

   -Gel des salaires: ils n'augmenteront en dix ans que de 4.4%, alors que dans la même période le salaire moyen européen augmente de 19%, et en Grande Bretagne de 28%. Les objectifs de convergences européennes ne gênent pas les allemands.

   -Les versements des indemnités de chômage passent de 32 mois à 12 mois.

   -L'âge de la retraite recule à 67 ans.

   -On multiplie les petits boulots, le temps partiel, et surtout on se refuse à créer un SMIC,  ce  qui permet de payer certains travailleurs à 5 euros de l'heure. Nos "économistes" appellent cela le "Dumping social". Savez-vous ce que veut dire Dumping, en anglais? Cela vient de To dump: "déblayer". Pas mal, non?

   On peut commencer à vendre, nos produits sont moins chers.

   On va même délocaliser la fabrication des composants des machines outils, montés en Allemagne, dans les Pays voisins de l'Europe Centrale, que l'Allemagne a poussé à faire entrer massivement dans l'Union Européenne.( 10 pays, le 1er mai 2004.) Ainsi la main d'oeuvre est moins chère. On passe des petits accords bilatéraux, confidentiels, et la Commission Européenne fait comme si elle n'avait rien vu.

   On va même se créer une vraie agriculture, qui marche bien, grâce à cette politique salariale , il suffit de demander aux paysans alsaciens.

   Bon ! Jusque là, nous sommes dans le domaine de l'économie, ce n'est pas joli, mais c'est encore assez propre, puisque le peuple allemand l'a accepté.

 

   Maintenant, abordons, les aspects un peu moins reluisants . La création de l'Euro s'est faite sur la parité du Mark, en accord avec les partenaires, certes. Aussitôt, les pays du Sud se sont retrouvés avec une monnaie surévaluée, et comme aucun mécanisme de compensation n'a été mis en place, volonté allemande oblige, les produits allemands se sont retrouvés"moins chers" sur tous les marchés du Sud: double concurrence déloyale!

   Et tout cela ne suffisant pas, nos amis germaniques ont fait plus fort. Ils ont anticipé une Directive européenne, dite directive Bolkinstein, en la distordant un peu : ils font rentrer des travailleurs Polonais, Hongrois, Bulgares, qu'ils paient au coût du pays d'origine, en particulier, dans l'agriculture, soit à 5 euros de l'heure, dans les abattoirs par exemple. Le coût horaire est de 20 euros en France.( Les Pays-Bas font la même chose.)

   Ou encore: pour aider les exportations, le gouvernement n'a pas investi depuis dix ans dans les infrastructures qui vieillissent lamentablement.

   Mais, il y a mieux! Et là, nous Français, ne sommes pas moins irréprochables, que nos amis d'outre-Rhin!

 

   Les prêts à la Grèce,en pleine crise, se sont faits de manière odieuse. La Commission Européenne, le FMI, ont emprunté à la BCE ou à la FED à 1%, pour reprêter aux Grecs à 5.5% ! On s'est engraissé sur le dos de la victime, 

pour des sommes évaluées entre 80 et 120 Mds d'euros d'emprunts .

   Enfin ! Le "clou de l'opération " !  L'Europe impose à la Grèce des économies drastiques sur les salaires , les retraites, les indemnisations du chômage, mais surtout pas sur ses dépenses militaires : 4% de son PIB, c'est énorme ! Mais ses principaux fournisseurs sont les Etats-Unis, l'Allemagne et la France, trois "gentils" Etats, qui veulent être payés.

   Et voilà comment les Grecs mangent des oranges allemandes!  

 

  

 

 

NOTE : Les chiffres et informations techniques sont empruntés à la publication  "La Libre Belgique" ; Entretien avec le politologue Eric Toussaint : mise en ligne le 22/10/11.


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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 15:34

" Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité ...( art. 22 de la Déclaration des Droits de l'homme de 1948 ) .

 ( Illustration : ambulances.centerblog.net ) .

 

 

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   Viennent de s'achever des négociations entre syndicats de médecins, Caisse Nationale de l'Assurance Maladie et Mutuelles de santé . Etes-vous à même de dire, à cette heure-ci, si elles se concluent sur un accord ou un désaccord, si le patient potentiel que nous sommes tous y a gagné, si l'avenir de notre système de santé est assuré ? Aucun média ne dit la même chose sur le sujet . Il faut reconnaître que le système est devenu fort complexe, et qu'aucun acteur n'a envie de nous le rendre un tant soit peu lisible , pour des tas de raison plus qu'évidentes .

   Ainsi, qui est capable , aujourd'hui, de dire à l'avance, combien va coûter telle période et nature de soins, combien va-t-il devoir avancer, combien lui restera-t-il à sa charge en fin de parcours ? Personne !

 

   Un fait est sûr, c'est qu'en 2012, 20% de Français ont renoncé à des soins, pour des raisons économiques, et que pour les personnes n'ayant pas de mutuelles, la statistique passe à 40% .

   Cela peut se comprendre trés bien si l'on précise, qu'en 2012,  le remboursement de la médecine de ville par la Sécurité Sociale n'atteint plus que  55% des frais engagés par le patient . Cela se décomposant ainsi : 70% de la consultation ; 60% des soins paramédicaux, infirmier, kiné, radiologie ou analyses médicales ; puis les médicaments, remboursés à 65, 30 ou 15% . En enlevant chaque fois , sur chaque acte, le forfait Fillon de 1euro .

   Un exemple ! Sur une consultation de généraliste, avec dépassement d'honoraire, à 50 euros, vous serez remboursé ainsi : 70% du tarif de base de la SS, pour une consultation de généraliste à 22 euros, soit 15.40 euros, moins 1 euro du forfait Fillon, soit  14.40 euros ; votre mutuelle, si elle rembourse au taux 100%, c'est la majorité, vous versera la différence, par conséquent 6.60 euros . Vous aurez sorti de votre poche, tout de même 29 euros .

   Les tarifs des mutuelles de santé, aprés une augmentation de 8% en 2010, et de 8% à nouveau au 1er janvier 2012, ont dissuadé un certain nombre de personnes en grande difficulté économique . La taxe Fillon, doublée en 2011, passant de 3.5% à 7%, sur les mutuelles, n'a pas arrangé les choses .

   Ajoutons au tableau les dépassements d'honoraires, en forte augmentation, et qui représentent aujourd'hui, 2.5 milliards d'euros annuels, non remboursés, sauf par quelques mutuelles particulièrement chères, et l'on a la vérité de notre politique de soins, aprés le quinquennat Sarkozy .

 

   Mais revenons à nos négociations ! Pourquoi tant d'opacité, de non-dits ? C'est que l'objet de ces discussions ne porte pas sur l'avenir de notre protection sociale, sur les déserts médicaux, mais sur la rémunération des médecins, presqu'exclusivement , et particulièrement sur les dépassements d'honoraires de certains . Nous ne sommes pas tout à fait dans l'ontologie médicale .

   Attention : il s'agit, à ce stade, de procéder à  un distingo trés clair . La grande majorité de nos généralistes, nos médecins de famille donc, ceux qui nous connaissent et en qui nous plaçons toute notre confiance, sont conventionnés avec la SS de secteur 1  et ne pratiquent donc pas le dépassement d'honoraires . Au contraire, je dirais qu'eux méritent une revalorisation de leur rémunération .

   Nous devons observer ici l'attitude des spécialistes, majoritairement dans le secteur 2, celui des dépassements . Le gouvernement et la CNAM étaient trés remontés contre les dépassements abusifs, qui interdisent l'accés aux soins spécialisés à beaucoup de personnes .

   Eh ! bien, détendez-vous, ils ont gagné, les médecins, bien sûr !

   Le fâmeux seuil , établi par le gouvernement pour indécence, au-delà, à savoir 150% de la base SS, est passé dans le préambule du protocole d'accord, c'est à dire qu'il est là pour faire joli, mais n'a plus aucun caractère contraignant . Eh ! oui, il y a des réfractaires à une médecine égalitaire .

 

   Alors, en conclusion, je voudrais conseiller à ces modèles de " vertu solidaire " qu'il existe un pays où ils pourraient exercer leur cupidité : Madagascar . Il n'y a pas de Sécurité Sociale, sur injonction du FMI , tout est payant . Quand tu arrives à l'hôpital, tu dois posséder avec toi, tes draps, tes pansements, les produits désinfectants, et l'argent pour payer d'avance ta nourriture . Voilà ce que me disaient des amis malgaches qui m'ont rendu visite, il y a quelques jours, seulement . Ajoutez-y que, depuis 2009, les pays occidentaux font le boyccott du nouveau régime, et vous comprendrez pourquoi  l'île ferme , un à un, ses dispensaires, par manque de médicaments .

 

   Messieurs et Mesdames les Spécialistes, un continent où les honoraires sont totalement libres existe, et en plus, on ne vous y demandera pas de comptes . Cela vaut la peine d'y réfléchir !

   


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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 13:07

" On pourrait croire que l'enseignement des théories qui nous ont menés dans le mur a été sérieusement repensé depuis 2008 . Surprise : il n'en est rien ! Dans les masters d'éco et de finance, dans les grandes écoles de commerce, les futures élites récitent les mêmes cours - ou presque . " ( Emmanuel Lévy, Anna Topalov . Marianne No 809 du 20 au 26/10/12 ) .

 ( Illustration : unithèque.com ) .

 (1) . Titre emprunté au livre d'Emmanuel Todd, Aprés la démocratie .Gallimard .

 

 

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   Trois informations, en apparence sans lien direct, m'ont interpellé ces derniers jours . La première concerne un documentaire télévisé où l'on voit fonctionner une usine textile chinoise, ouverte en Ethiopie . Les ouvriers et ouvrières y travaillent, six jours sur sept, dix heures par jour, pour un salaire de 40 euros par mois, sous l'autorité de contremaîtres chinois peu sympathiques , qui, la montre à la main , ne cessent de houspiller leurs semi-esclaves . La raison de cette délocalisation inattendue : en Chine, ces ouvriers coûteraient six fois plus cher . L'essentiel est dit !

   La deuxième information donnée par le magazine Marianne concerne les programmes des grandes écoles commerciales et des masters universitaires d'économie . Malgré la crise commencée en 2008 et dont nous n'avons, peut-être pas vécu le pire, les contenus des programmes économiques de ces établissements n'ont pas bougé . A la rentrée 2012, à HEC, on a distribué les mêmes polycopiés des cours de finance  qu'en 2006 .

   Dans les masters universitaires, où certains professeurs ont essayé de créer des modules à consonnance humaine, " responsabilité sociale de l'entreprise ", " éthique des affaires " ou  encore " finance et déontologie", ces modules vivotent, quand ils ne ferment pas .

    La troisième information est liée à l'attribution du Prix Nobel d'Economie ."  L'efficacité des marchés  a montré ses limites avec la crise . Qu'à cela ne tienne, les banques regardent désormais du côté des neurosciences et de la recherche comportementale " , disent les journalistes de Marianne . 

    Dans les salles de marchés règnent en maître, trading haute fréquence et modèles à rationalité limitée : c'est à dire, où  la spéculation est considérée comme un jeu, où l'anticipation des réactions des concurrents est essentielle . Vous comprenez, à ce stade,  les motifs de l'attribution du Prix Nobel d'Economie à deux Américains ayant travaillé sur des équations tendant à rationnaliser les règles de tout jeu,  " ce que l'on a cru longtemps être des caprices du hasard " . Cette attribution n'a rien d'innocent , ne vous y trompez pas .

   L'économiste Frédéric Lordon traduit cela trés bien quand il dit : " Les prix du marché sont comme ceux de la bourse, ils n'ont en réalité aucun sens, mais ce n'est pas grave, on joue quand même ."

   Pourquoi ce détour par trois faits si distincts : tout simplement , parce qu'ils indiquent deux leçons à tirer de ces dernières années . La sortie de la crise ne se fera pas par les affaires ni par les économistes ; la sortie de crise ne peut passer que par un retournement politique de l'Europe .

 

   C'est pourquoi je dis : halte au feu !  Messieurs les directeurs de journaux, vos attaques permanentes contre le couple exécutif, sa mollesse et son manque d'autorité, ne poursuivent qu'un seul but : faire croire à son incompétence . Hors le fait que vous emboîtez le pas à une droite irresponsable et furieuse de sa défaite, vous vous comportez comme ces républicains américains, qu'anime " une haine froide " de l'Etat, de l'impôt et de toute solidarité . ( Cf. le dernier livre de la philosophe canadienne Nicole Morgan, " Haine froide ") .

   Votre attitude autorise les plus grands idiots de l'élite parisienne à traiter le chef de l'Etat de "nouille ", " " d'imbécile", Karl Lagarfeld, dont les dénégations sur sa méconnaissance de l'espagnol ne convainquent que lui-même, ou encore un Luc Ferry décrivant une gauche " qui ne peut qu'avaler son chapeau ", qu'il n'y a plus de débat possible, le principe de réalité étant le plus fort : la démocratie lui dit merci . ( Marianne No 809 . Jack Dion ) .

   Eh ! bien, si, le débat peut se poursuivre, n'en déplaise à M. Ferry, l'un des plus piètres ministres de l'Education que nous ayons eu .

   F. Hollande a beaucoup de longueurs d'avance sur ses ridicules contempteurs .

   Il sait que l'avenir passe par l'Europe, que l'avenir passe par l'axe franco-allemand, mais pas à n'importe quel prix . C'est toute la confrontation politique qui, actuellement se joue , au niveau européen, à fleurets mouchetés, entre Hollande et Merkel , et bien plus importante et décisive que le vote conjoncturel du traité ou l'union bancaire .

   La vérité de la confrontation tient à deux visions en apparence inconciliables : les Allemands veulent passer à l'étape fédéraliste, tout de suite, étape éminemment politique, les contenus de la construction de l'Etat fédéral et des objectifs qu'il se fixe, se faisant par la suite, en chemin, en quelque sorte . 

   La position de F. Hollande, qui n'a rien à voir avec la fuite en avant ultra-libérale et destructrice de son prédécesseur est de dire, qu'il faut s'être mis d'accord, d'abord, sur les contenus de cette Union Fédérale, avant de la concrétiser .

   Que dit-il ? " Avant de se lancer dans une mécanique institutionnelle, les Européens doivent savoir ce qu'ils veulent faire ensemble " . Réflexion frappée au coin du bon sens !

   François Hollande est certes un social-libéral, attaché au marché et au libre échange . Mais il a compris que l'Europe doit renverser son dogme " de la totale et anarchique libre circulation des capitaux et des marchandises, pour stopper la destruction totale de l'industrie et du tissu social sur le vieux continent " .

   F. Hollande a compris que l'Allemagne est et restera le coeur de l'industrie européenne, qu'il faut l'admettre, et qu'on peut amener les dirigeants allemands à envisager la protection de cette industrie . Il a compris que le Royaume-Uni, ultra-libéral, dont l'ADN est la finance,  ayant sacrifié son industrie et son agriculture à l'idole financière, n'a plus sa place dans l'UE, c'est pourquoi il ne dit rien sur les forces centrifuges à l'oeuvre en Grande Bretagne pour une sortie de l'Union Européenne .

   Il sait que l'Allemagne est actuellement libre-échangiste, mais que ce n'est pas son identité . La Fédération allemande s'est construite, historiquement, sur une union douanière, le Zollverein . 

   La vieille et absurde croyance française que l'Allemand est dogmatique et ne peut changer d'idée n'est pas celle de F. Hollande . La chancelière a bien accepté la mise en place d'une taxe sur les transactions financières .

   N'a-t-on pas vu l'Allemagne, face au problème du vieillissement de sa population et à la nécessité de s'ouvrir à l'immigration, mettre à bas, en matière de naturalisations,  son " sacro-saint" droit du sang pour le remplacer par le droit du sol ?

   Qui peut croire que l'Allemagne ne tire que des profits de l'euro fort ?  Elle doit elle-aussi subir les délocalisations, l'effritement de ses classes moyennes, la baisse des salaires .

   C'est bien parce que l'Allemand est pragmatique qu'un revirement de sa part est possible, de l'arrêt du gaspillage sur les marchés financiers américains des  profits tirés de son efficacité industrielle, à une relance de la demande intérieure européenne, grâce à un protectionnisme européen intelligent .

   Le but de ce protectionnisme n'est pas de repousser les importations venues des pays situés à l'extérieur de la préférence communautaire, mais de ne pas les laisser entrer n'importe comment et à n'importe quelle condition .

   Je suggèrerai volontiers au Président d'ajouter à sa vision d'un retournement de l'Europe, l'option suivante : pour revivifier la vie démocratique européenne, actuellement en état d'asphyxie, il est un objectif incontournable . Les espaces économique et politique doivent coïncider à nouveau . Il faut donc créer une forme politique d'un genre nouveau . Je la vois entre la pointe bretonne de la France et la limite de l'ancien rideau de fer . Clairement et définitivement établie, cette force qui représente déjà, la plus grande masse économique du monde, la plus grande concentration de savants, d'ingénieurs, de techniciens et d'ouvriers qualifiés, pourrait contrer toutes les attaques spéculatives imaginables et montrer au monde que la finance sauvage et son train d'inégalités sociales n'est pas un avenir obligé .

   Messieurs les journaleux, regardez l'action de F. Hollande sous cet angle cela vous évitera d'accumuler, jour aprés jour, les âneries !

 

 

   NB : la vision européenne de la deuxième partie du billet est inspirée par le livre " Aprés la Démocratie " d'Emmanuel Todd . Gallimard . 2008 ) .


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Published by regain2012 - dans Economie
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