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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 15:41

 En 1988, à Bruges, Margareth Thatcher, posait avec la plus grande clarté, la position de la Grande Bretagne, sur la nature de l'intégration de son pays, à l'époque,  dans la Communauté Européenne  : " Nous n'avons pas repoussé, avec succès, les frontières de l'Etat en Grande Bretagne, pour qu'elles nous soient à nouveau imposées, à l'échelle européenne, via un Super-Etat européen qui exercerait sa domination depuis Bruxelles ."  Bruxelles préparait, à ce moment-là, le Traité de Maastricht, et l'intégration monétaire .

( Illustration : la Chambre des Lords . lemonde.fr ) .

 

 

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    Vingt-cinq ans aprés, le successeur conservateur de Mme Thatcher, le Premier Ministre D. Cameron, récidive,  plantant un coup de poignard dans le dos d'une Union Européenne en " capilotade ", et qui n'a d'Union que le nom .

   De quoi s'agit-il ?

   Hier, dans un discours solennel, Cameron a annoncé aux Britanniques, que s'il était réélu, en 2015, il soumettrait à référendum, le maintien ou la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne . Trés tacticien, son discours est trés lié à la politique intérieure de son pays, et à sa réélection .  Il articule sa proposition à une renégociation de la participation britannique à l'Union, sur le modèle suivant : " Le rapatriement à Londres d'une batterie de compétences aujourd'hui attribuées à Bruxelles ... "

   Et donc : " Les Britanniques seront consultés sur un choix trés simple, pour ou contre le maintien dans l'Union, sur la base du nouvel arrangement ... "

   Cela revient à demander de nouveaux cadeaux à l'Europe, une totale autonomie politique de la Grande Bretagne, mais tous les avantages du Marché Unique, car Cameron n'ignore pas que 50% du commerce extérieur de son pays se fait avec l'UE .

   Ce qu'il recherche, c'est une sorte de statut à la Norvégienne, ou à la Suisse ; on n'est pas dans l'Union, on n'en subit pas les cotraintes politiques, mais on bénéficie de tous les avantages commerciaux .

   J'avais déjà rappelé, ici, l'expression de napoléon : " Les Anglais sont des commerçants " . Ce jugement me paraît plus vrai que jamais .

   Il n'en reste pas moins vrai, qu'une telle annonce, d'une décision politique qui sera mise en oeuvre dans trois ans, ouvre pour l'Europe trois années d'incertitude, de fragilité, dont elle se serait bien passé, période qui risque de lui être fatale . C'est en cela que l'on peut parler de coup de poignard dans le dos, de la part d'un égoïsme politique britannique, qui n'a jamais cessé, dans toute l'histoire européenne .

   Et notons d'abord, que la négociation dont parle Cameron, n'a aucune chance d'aboutir, car les Britanniques ont déjà tout obtenu en termes de concessions : participation réduite au Budget européen, ni Euro, ni Schengen, ni Union Bancaire, ni Traité de Stabilité ...

   Même si l'Allemagne ou les Pays-Bas chercheront quelques concessions, car l'Allemagne ne veut pas rester en tête en tête avec la France, dans le " leader-ship " de l'Europe, la voie est étroite pour de nouveaux cadeaux aux Anglais .

 

   Cette dernière prise de position va achever l'Europe, car l'Europe , celle de ses Pères fondateurs a échoué . L' Europe actuelle unit des consommateurs mais certainement pas des citoyens . Le projet initial de ceux qui portèrent l'Idée était de créer une volonté commune de vivre ensemble . Oh ! certes, certains osent dire encore, qu'il n'y a pas eu de guerre en Europe depuis soixante ans, mais qui pourrait oser dire que nous vivons ensemble ?

   Oui, l'Europe est un échec : elle n'a pas réussi à faire émerger ce sentiment d'appartenance commune qui est au fondement de tous les corps politiques .

   Aujourd'hui, il n'existe ni volonté générale européenne, ni intérêt général européen . L'indifférence affichée des Européens à l'endroit de la position française sur le terrorisme au Sahel, est sinistre .

   Les sirènes de l'ultra-libéralisme ont mené les dirigeants européens, de tous bords, non pas vers les rives de la prise de conscience d'une nécessaire solidarité politique et sociale, mais par le jeu des intérêts matériels et économiques, soutenus par une période de prospérité partagée, vers les rivages de l'égoîsme du Marché Unique .

   Et dans cette dérive, réside aujourd'hui, toute la faiblesse de cette " Union " factice .

   Car dés que la prospérité n'est plus au rendez-vous, il ne reste plus devant vous, posée, qu'une seule question , et elle est vitale : quelles raisons feraient que les peuples européens auraient encore envie de rester ensemble ?

 

   En instituant comme seules règles viables, la compétition industrielle, la compétition salariale, la compétition fiscale, la compétition sociale, on a détruit l'Idée européenne .  Cameron ne fait qu'achever le travail !

 

 

   NB : inspiré de l'article de Ludovic Lamant sur Mediapart .

 


   

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 15:56


" Le dilemme philosophique de l'idéalisme et du matérialisme , ou plutôt du sujet et de l'objet, du moi et du monde, s'est aujourd'hui transporté sur le plan de la politique ; il ne se pose plus seulement à quelques spécialistes de la méditation philosophique, mais à tous :  l'homme doit-il être pour l'homme un sujet et une fin, ou un objet et un instrument ? " ( Thierry Maulnier . 1947 .)

 ( Illustration : paperblog.fr ) .

 

 

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   Le libéralisme est une vraie philosophie de vie, disent-ils . Comprenons , la théorie économique du marché, du libre-échange, du tout s'achète et tout se vend, est une philosophie . Vendre est une philosophie . Dieu est mort, mais la marchandise l'a remplacé avantageusement, et puisque tout est marchandise, il faut construire une philosophie autour de cet étrange " machin ".  D'autres tentèrent autrefois, de construire un nouveau culte, mais c'était  à la " Raison ", cela avait une autre allure

   Ils sont nombreux à s' être essayé à l'ennoblissement de la théorie économique, ainsi l'historien catholique,  René Rémond, dans son ouvrage " Le XIXe siècle " , chez Seuil . Ce brillant historien nous dit, à peu prés, ceci .

   " Le Libéralisme est d'abord une philosophie globale , un système complet, englobant tous les aspects de la vie en société et qui peut avoir une réponse à tous les problèmes posés par l'existence collective . Il ne faut donc pas le réduire à son seul aspect économique ...

   " Le Libéralisme est aussi une philosophie politique tout entière ordonnée autour de l'idée de Liberté et selon laquelle la société politique doit être fondée sur la liberté et trouver sa justification dans la consécration de celle-ci . Il n'est de société viable, à fortiori légitime, que celle qui a inscrit à ses frontons la Liberté ...

   " Le Libéralisme est une philosophie sociale individualiste dans la mesure où elle fait passer l'individu avant la raison d'Etat, les intérêts du groupe, les exigences de la collectivité ...

   " Le Libéralisme est encore une philosophie de l'histoire selon laquelle l'histoire est faite, non par les forces collectives, mais par les individus ...

   " Le Libéralisme est enfin une philosophie de la connaissance et de la vérité . En En réaction à la méthode d'autorité, le libéralisme croit à la découverte progressive de la vérité par la raison individuelle . Foncièrement rationaliste, il s'oppose au joug de l'autorité, au respect aveugle du passé, à l'empire du préjugé comme aux poussées de l'instinct . L'esprit doit pouvoir chercher lui-même la vérité, sans contrainte, et c'est de la confrontation des points de vue que doit se dégager, peu à peu, une vérité commune ...

   " Le libéralisme est bien une réponse globale à tous les problèmes que l'on peut se poser, dans la société, sur la liberté, sur les relations des uns avec les autres, sur son rapport à la vérité ... " (1) .

 


   En bon universitaire, René Rémond réfute, par avance, les attaques dont ses réflexions feront l'objet , réfutations qui méritent qu'on s'y arrête . Les critiques du libéralisme, dira-t-il, sont toujours caricaturales et n'émanent que des extrémismes . Elles ne portent que sur les comportements préjudiciables de certains acteurs du monde de la finance, sur la place donnée à l'argent, sur l'entreprise privée, sur les liens entre pouvoir et argent ou sur la faiblesse du politique face à l'économique et au financier . 

   Excusez-moi du peu ! René Rémond, dans ses réfutations, englobe l'ensemble des mécanismes et des travers du libéralisme . Nous sommes loin des critiques à la marge qu'il dénonce . Voulant contrer par anticipation ses détracteurs, il dénonce lui-même l'imposture sur laquelle le libéralisme s'est construit : les libertés individuelles sans aucune bride ;  le collectif, c'est à dire l'intérêt général, à l'encan .

   Relevons que dans son panégéryque sur le libéralisme, il n'est, à aucun moment, question de justice et encore moins de justice sociale . Et pourtant, toute la philosophie occidentale, s'est construite, depuis deux mille cinq cents ans, sur la valeur justice, et pas sur la valeur marchande .

   Dés lors que tout n'est que marchandise, même l'homme, la femme, l'enfant, la bio-diversité, le vivant ;  dés lors que la marchandise est l'aboutissement de tous les processus qui organisent le fonctionnement de la société, qui peut oser prétendre, qu'un tel fonctionnement met en oeuvre une véritable philosophie . Dés l'or que tout acte d'une société n'est évalué qu'à l'aune de sa valeur marchande, qui peut oser prétendre, que cette société travaille à sa propre émancipation, au bonheur des individus qui la constituent , valeurs fondatrices de la philosophie ?

   Marchandise et philosophie sont deux ennemis jurés .

   De quoi souffrent nos sociétés aujourd'hui ? Justement, de trop d'individualisme, qui sécrète ce mal moderne " du coude à coude " qui entraîne solitude, inégalités, disparités, misère, souffrance, et M. Rémond, voulait bâtir une philosophie sur un tel terreau .

 

   Heureusement, M. Rémond, dans la suite de son ouvrage, va nous ramener , de lui-même, à la basse réalité de son propos . 

   " Le libéralisme se défie foncièrement de l'Etat et du pouvoir, et tout libéral souscrit à l'affirmation que le pouvoir est en soi mauvais, son usage pernicieux, et que, s'il faut bien s'en accomoder, il faut aussi tenter de le réduire . Le libéralisme rejette donc tout pouvoir absolu , celui de l'Ancien Régime mais également l'autorité populaire ... " . (1) .

   René Rémond vient nous offrir un aveu de taille . Moins d'Etat, c'est la théorie économique défendue par Ronald Reagan, aux Etats-Unis,  Margareth Thatcher, au Royaume-Uni,  remarquables philosophes du XXe s., c'est la politique mise en oeuvre depuis trente ans en Europe, qui a conduit notre continent à la paupérisation actuelle .

   La philosophie est loin de ces traquenards sociaux .

   Et puis tenez, pour ceux qui résisteraient encore, voici ce qu'ajoutait René Rémond : " Le combat culturel anti-autoritaire contre les tyrannies, contre toutes les tyrannies, est fondamentalement libéral et non pas socialiste ."(1)

   Voilà un historien estimable qui n'avait pas vu qu'en 1940,  la grande majorité des libéraux partit avec armes et bagages, derrière Pétain, avant de plonger des mains sales dans l'engrenage de la collaboration .

 

 

   NB : (1)  Citations empruntées au blog " les hommes libres ", le libéralisme une vraie philosophie de vie , du  17/01/2013 .

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 14:35

" Si votre seul outil est un marteau, tout ressemble à un clou " .( Proverbe japonais . Cité par Laurent Neumann, Marianne . No 822 ).

 ( Illustration : Le Mali . opusmang.com ) .

 

 

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   Le 9 janvier, deux colonnes d'environ 1200 combattants djihadistes, foncent vers le Sud-Mali, en particulier vers les villes de Konna et Mopti . En quelques heures, les soldats maliens, trés vite à court de munitions fuient la ville, abandonnant armes, blessés et population .

   A 70 kms, plus au sud, de trouve la ville de Sévaré, où est installé un Quartier Général tactique de Forces Spéciales françaises et un aérodrome doté d'une piste pour recevoir des avions de ravitaillement gros-porteurs .

   Aprés Sévaré, la voie est libre pour entrer dans Bamako, où les djihadistes sont attendus par des cellules dormantes amies . Une fois dans Bamako, la donne politique change complètement de nature . Un gouvernement islamiste radical se met en place, que la Communauté Internationale, aurait bien du mal à ne pas reconnaître, au bout de quelques mois . Dans un autre cas, tenter de déloger les djihadistes d'une ville de 2 millions d'habitants, ne pouvait se faire qu'au prix de trés lourdes pertes militaires et civiles et sans aucune certitude de succés .

   La France a des bases dans toute cette région où stationnent des forces spéciales, prêtes à passer à l'action à tout moment : au Burkina, au Tchad, en Côte d'Ivoire et dans d'autres pays et dispose d'un système d'observation, depuis le ciel fort sophistiqué, un satellite Pléiade, un avion Atlantique2 et des écoutes électroniques  sur la base de Sévaré et au Burkina . L'appel au secours du Président malien, le 10 janvier, lève toutes les réserves politiques .

   Il fallait agir, en urgence,  F. Hollande l'a fait, et c'est tout à son honneur .

   Cela dit, et le constat d'urgence étant établi, une question essentielle est posée à F. Hollande . Que se passe-t-il au niveau européen ? Chacun  félicite, depuis son balcon, le Président français, mais personne ne bouge . Les Britanniques dépêchent deux avions de transport sur la base française d'Evreux, dont l'un est encore en panne sur cette même base . L'Allemagne promet une aide médicale, et c'est tout .

 Le problème est trés grave, la France ne peut pas rester seule sur ce théâtre d'opérations, car les difficultés sont multiples et sérieuses .

 

   Mais posons-nous d'abord la question de l'attentisme européen . Une opération militaire coûte cher, actuellement l'intervention française revient à un million d'euros par jour ; les politiques d'austérité en Europe ne feront pas bon ménage avec une aventure militaire . Les leçons de l'aventure Libyenne, et la gestion catastrophique de l'aprés Kadhafi , pèsent lourd dans la réflexion des Européens . La peur d'attentats terroristes sur leur propre sol, retiennent certains, et l'on voit bien les réactions au traitement de la prise d'otages à In Amenas, par l'armée algérienne .

   La peur d'un enlisement du conflit à la " afghane " obsède tous les dirigeants européens .

   L'intervention française est limite par rapport aux résolutions de l'ONU, qui ne prévoient pas de déploiement au sol de troupes non-africaines . 

   Et puis il y a la situation politique européenne . Il faut regarder les choses en face : les Européens sont extrêmement divisés . A l'aube d'une nouvelle négociation sur l'avenir politique de l'Europe, en 2014, l'affrontement idéologique entre la France , l'Allemagne, et dans une moindre mesure les Anglais, puisque ces derniers veulent purement et simplement quitter le bateau, est programmé : qui pourrait croire que des abandons de souveraineté et d'identité nationale supplémentaires vont être enfantés dans la liesse ? On voit des jeux diplomatiques bi-latéraux se dérouler , de la part de chacun des deux leaders européens, en direction des autres Etats membres, pour neutraliser le voisin .

   La meilleure preuve du fossé qui sépare nos deux grandes nations est l'organisation à minima du cinquantenaire de la signature du Traité de l'Elysée, traité d'amitié et de coopération entre les deux pays, ce mardi 22 janvier, traité signé par De gaulle et le Chancelier Adenauer, le 22 janvier 1963 .

   Mais reconnaissons que face aux enjeux que la situation malienne soulève, beaucoup de réticences peuvent apparaître comme étriquées, sinon minables .

 

   Car les enjeux sont grands . On ne pourra pas éliminer totalement la menace djihadiste, dans cette région . Mais on doit la réduire au maximum , sinon aprés le Mali, c'est l'ensemble du Sahel qui sera devenu ingérable . Le juge anti-terroriste Trévidic, décrit un croissant partant du nord de la Mauritanie jusqu'à N'Djamena au Tchad .

   Ne nous laissons pas leurrer, les pays africains de la CEDEAO, n'ont pas d'armées dignes de ce nom, leurs contingents, mal équipés, mal formés, mal encadrés, ne sont d'aucune efficacité, face à des combattants déterminés et lourdements armés, et en plus heureux de mourir pour Dieu,  que sont les djihadistes .

   Mais, par contre, ces contingents, de pays du sud, peuvent devenir extrêmement difficiles à maîtriser, quand, au nom de vengeances ethniques, ils vont se déchaîner sur les populations civiles du nord, parfois arabes, et donc assimilées aux esclavagistes d'autrefois . Négliger les aspects ethniques de ce conflit pourrait être ravageur, dans les mois qui viennent .

   Face à ces dangers endogènes, la France, seule, pourrait se trouver vite débordée, et plongée dans la situation , soit de complice d'exactions, soit d'avoir à affronter deux ennemis à la fois .

 

   François Hollande a pris ses responsabilités avec courage, mais c'était la décision la plus facile . Le plus dur est à venir !

 

 

   NB :   Inspiré de Le Canard Enchaîné du 16 janvier 2013 : " L'Etat Major a convaincu Hollande ... " et Marianne du 19 au 25 janvier 2013, Jean Dominique Merchet .

 


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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 15:40

" Deux demi-vérités ne font pas une vérité " .

( Illustration : On a retrouvé la 7e compagnie . Robert Lamoureux ) .

 

 

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   Dans son roman " Le cheval dans la locomotive ",  l'écrivain anglo-hongrois Arthur Koestler aborde un sujet trés complexe, concernant la nature humaine et son besoin inconscient d'auto-destruction . Il attribue cette pulsion à la lutte interne que se livreraient notre cerveau ancien - le cerveau reptilien - siège de nos instincts, et notre néo-cortex, siège de la raison . Il part du constat que " Les Lumières " en consacrant l'Homme, comme un être raisonnable que l'on peut convaincre par des arguments logiques, ont négligé ses besoins affectifs et instinctifs, l'inscrivant dans une schizophrénie définitive, qui allait enfanter le socialisme, puis le communisme, mouvements fonctionnant sur l'adoration de la " Déesse Raison " , invoquée et convoquée, à toutes occasions, mais dans un mythe totalement  désincarné, qui ne pouvait que déclencher chez les hommes une soif de bien-être désormais inextinguible , soif qu'il décrira dans un autre roman, " Les hommes ont soif " .

    Il évoque, ensuite, ce qui devait suivre, " le socialisme scientifique " de Marx . Le mythe d'un monde nouveau ayant vaincu toutes les inégalités sociales, nouvel absolu, donc,  auquel il fallait parvenir par tous les moyens , et berceau de tous les totalitarismes .

 

   Aprés avoir lu cela, je me suis imposé une lecture de certains évènements, selon la grille koestlérienne : cerveau reptilien ou cortex raisonnable .

   " Malgré 650 millions de livres d'emprunts extraordinaires entre 1783 et 1786, le trésor royal reste vide . Pour éviter la banqueroute des mesures d'urgence s'imposent . Al'été 1786, le Contrôleur Général des Finances, Calonne, présente à Louis XVI un plan d'assainissement financier qui comporte un changement radical du système fiscal . L'impôt foncier qu'on appellerait subvention territoriale, devrait être acquitté par tous, sans distinction de classe . Des assemblées provinciales seraient chargées, à la place des Fermiers Généraux, qui se servaient un peu trop aisément, de la répartition de cet impôt . Les droits seigneuriaux et féodaux de l'église seraient rachetés par l'Etat, les biens du clergé seraient imposés comme ceux des autres citoyens . La suppression des douanes intérieures, la libre circulation des grains, le paiement des journées de corvée pour l'entretien des chemins, serait accordé aux paysans . Ces réformes étaient inspirées de Turgot et de Necker, à qui elles avaient été refusées par la Cour . " ( Site : www.devoir-de-philosophie.com ) .

   Le 22 février 1787, le Roi réunit  " l'Assemblée des Notables ", grands seigneurs, haut clergé, noblesse de robe, grands marchands, désignés par lui, qui rejette en bloc ces propositions : autrement dit, qui refusent de payer l'impôt .

   Quelques mois plus tard éclatera la Révolution . A l'évidence, le refus des privilégiés de participer à l'effort national de redressement relevait de leur cerveau reptilien .

 

   Le 11 janvier 2013, une négociation sociale, entre syndicats des salariés et patronat, s'est terminée par un accord qui démantèle le droit du travail et favorise les licenciements massifs, sans autre forme de procés . Le patronat est content . Il vient d'obtenir ce qu'il réclamait depuis trente ans . Le patron de Renault n'a pas attendu que cet accord soit traduit sous forme de Loi . Quatre jours aprés, il annonce 7500 fermetures de postes d'ici à 2016, en France .

   Le MEDEF, fort de ce résultat, n'a pas attendu quelques mois, pour que les travailleurs respirent un peu et aient le temps de digérer l'accord fatal du 11 janvier . Dés le 15 janvier, hier, quatre jours aprés l'accord sur les licenciements, il remet ça et attaque durement, sur un autre aspect de la politique sociale : les retraites . Et ce, sans attendre le deuxième trimestre de l'année, au cours duquel le gouvernement prévoyait une nouvelle négociation sur le sujet .

   Trés habilement, le MEDEF s'attaque aux " Complémentaires- retraites ", pas encore frontalement au Régime Général, mais il sait où il va . Le Ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, l'opposant farouche, auto- proclamé à la " lutte des classes ", vient de donner le feu vert aux patrons . " Les partenaires sociaux devraient se mettre d'accord d'ici à mars sur une désindexation des pensions Agirc-Arrco ... Un accord de ce type serait un élément trés important d'appréciation . On ne pourrait pas ne pas entenir compte ..." . propos rapporté par Les Echos, journal des entreprises, qui le traduit en clair : une telle décision servirait de modèle pour résorber une partie du problème de financement des retraites .

   Selon la CGT, les propositions sont les suivantes : l'évolution des pensions doit se faire en 2013 sur le taux de l'inflation, moins un point et demi, puis moins un point, les années suivantes . Le décrochage d'avec l'augmentation des prix est consommé . Le calcul des pensions de reversion passerait de 60% à 56% : courage aux dames qui ont la malchance de devenir veuves . L'âge minimum d'accés à la retraite passerait de 55 à 60 ans et les droits des chômeurs dans le calcul de leur pension serait abaissé de 30% .(Cité par Mediapart . Laurent Mauduit . 16/01/2013 ).

 

   Pourquoi se gêner ? Depuis six mois,  F. Hollande accepte toutes les reculades, céde sur tout . Le patronat y va donc à la dynamite . 

   De quel cerveau relève  l'usage de la dynamite dans les relations sociales, à votre avis ? A l'évidence cela relève du cerveau reptilien des patrons, comme de celui des privilégiés de 1787 . Dans cette course folle à la dévastation de notre système social, les patrons risquent de " prendre des harengs pour des chevaux de course " , aurait dit  A. Koestler .



 

    

 

   

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 16:46

" La vérité n'est pas une chose que les uns possèdent et que les autres ne possèdent pas " . ( Friedich Nietzsche ) .

 ( Illustration : fr.novopress.info ) .

 

 

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   " La modestie et la modération augmentent toujours en proportion du degré de délicatesse de conscience dans les choses de l'esprit " . (1) . Hier, plusieurs centaines de milliers de Français ont parcouru, officiellement au nom de la Croix, les rues de Paris, pour exprimer leur opposition au mariage homosexuel - le bien mal nommé mariage pour tous - et à l'adoption d'enfants par les couples homosexuels .

   Ce que j'ai retenu des images diffusées par les chaînes de télévision, c'est l'angoissante tristesse qui montait de ces cortèges convergeant vers le Champ de Mars , malgré les pitreries de " la folle " de service, Frigide Barjot .

   Il est vrai que, réunir des croyants sincères, des croyants hypocrites, des politiques en mal de voix, pour le futur, des politiques à la recherche d'un troupeau docile mais haineux, des ministres des grandes églises, - mais paradoxalement, les dignitaires de ces mêmes églises étaient restés cachés - , des revanchards d'une élection récente perdue, des nostalgiques d'une certaine année 1984, des " paumés " d'une société où les injustices s'étendent à vue d'oeil, et à qui l'on fait croire que l'histoire du " mariage pour tous " est une affaire de bobos, et tout cela enrobé dans une espèce de profession de foi à la gloire du " Père tout Puissant ", - du Père - sacrifiant son fils pour nous sauver, n'était pas chose aisée .

   Mon impression fut bien celle-ci : ces gens étaient tristes et n'avaient pas l'air de bien comprendre ce pourquoi ils se retrouvaient, un dimanche d'hiver, dans le froid, en plein coeur de Paris .

   Ne leur en veuillons pas : les arguments de leurs mentors sont d'une telle médiocrité - quand ils ne prennent pas l'ampleur  hystérique adoptée par certains -  que l'on n'a pas envie de se mettre à leur place . D'autant plus que la Croix ne peut pas leur répondre .

   Aprés tout, le droit à l'égalité devant une Institution aussi  essentielle à l'organisation rationnelle de la société, que l'est le mariage, ne souffre pas des millions d'heures de débat .

 

   Mais voilà, dans l'autre camp, médiocrité et hystérie, aussi, ont été invités dans le débat . Je veux parler de cette façon qu'ont certains porte-parole de cette cause dont la brutalité du propos a dû "secouer " plus d'un de leurs partisans, brutalité qui consiste à criminaliser, culpabiliser, traiter d'homophobe  quiconque ose exprimer, ne serait-ce que la moindre nuance, par rapport au dogme .

   La bonne illustration de ce travers se trouve dans un billet du magazine Marianne du 24 au 30 novembre 2012, sous la signature de Christine Lambert et Joseph Macé-Scaron : " Ils ne sont pas homophobes, comme ils disent " . En 14 affirmations , présentées comme 14 délits, tous ceux qui ont un jugement nuancé sur le sujet, se retrouvent classés " homophobes ", voire comme persécuteurs des homosexuels . Par exemple :

   " Ils ne sont pas homophobes, mais ils estiment que les momosexuels revendiquent un privilège ...

   Ils ne sont pas homophobes, mais ils estiment que le mariage n'a pas à offrir un voile de respectabilité à des amours dissolues ...

   Ils ne sont pas homophobes mais ils sentent qu'un enfant pour se développer a besoin d'un référent masculin et d'un référent féminin ...

   Ils ne sont pas homophobes mais , quand même, gays et lesbiennes ne devraient pas imposer leur choix de vie à l'ensemble de la société .

   Ils ne sont pas homophobes, mais ils pensent, au plus profond d'eux-mêmes, que les homosexuels ne sont pas des hommes et des femmes comme les autres ..." 

   Tout le monde est mis dans le même panier . Cela ne me paraît pas raisonnable . Le passage à " un esprit de secte "  - comme le disait Nietzsche de ceux qui se présentaient trop aisément en persécutés - n'est pas loin . Nos deux amis, par ailleurs excellents journalistes, devraient méditer ces paroles de Nietzsche : " On réfute une cause en la mettant respectueusement de côté, c'est ainsi qu'on réfute aussi les théologiens ..." .(1) .

 

   Mais la grave erreur des partisans du mariage pour tous a été de vouloir aller trop vite et trop loin, avec la complicité, peut-être la duplicité, d'élus socialistes, en joignant à la première revendication, une notion, " le droit à l'enfant ", englobant la Procréation médicalement assistée et la Gestation pour autrui, notion floue, incompréhensible, et qui ne relevait plus du droit citoyen mais de la bio-éthique .

   Comme le dit, à peu prés, Jacques Julliard, dans son éditorial de Marianne du 11 au 18 septembre 2013, la vie, c'est à la fois la vie d'un corps et la vie d'un esprit, et vouloir faire vivre l'un, sans l'autre, ne peut conduire qu'à d'amères désillusions .

   Et comme le dit ce grand journaliste : " Sans moi ! ", je dis, de mon côté, que je me retire de ce débat .

   " Passer au travers du feu pour sa foi, qu'est-ce que cela prouve ? Il vaut mieux, en vérité, que notre propre loi naisse de notre propre brasier " . (1) .

 

 

   NB : (1) . Nietzsche . " L'antechrist " .



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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 14:39

" Tu seras employable, mon fils, mais il n'y aura plus d'emplois " .

 

 

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    La tendance est à la déterioration de l'emploi dans toute l'Europe . En novembre 2012, le taux de chômage , dans l'Union, atteint un record, depuis vingt ans : 11.8% . Ce qui signifie qu'en 2013, le taux de 12% sera dépassé . Allemagne, Autriche, Pays-Bas, jusque là préservés, connaissent une érosion de l'emploi, ce qui a conduit la Chancelière Merkel, à doubler de six mois à un an, la durée du recours au chômage partiel, l'Etat prenant 67% de l'indemnisation, à sa charge . Mesure catastrophique pour les Etats voisins, en termes de compétitivité ...

   " Il est désormais établi qu'une politique d'austérité combinée à une réforme du marché du travail, ne permet pas de sortir de la crise ...Faciliter les licenciements accélère les pertes d'emploi sans pour autant stimuler les embauches, et l'on assiste, ainsi, à un " enkystement du chômage de longue durée . " ( Raymond Torrès . Directeur du Centre de recherche de l'Organisation Internationale du Travail à Genève . Interview de Mediapart . )

 

   En 1984,  le patron du CNPF, ancêtre du MEDEF, Yvon Gattaz,  exigeait du gouvernement socialiste la suppression de " l'autorisation préalable de licenciement ", en contre-partie de la création de 400 000 emplois . Il les avait baptisés les " ENCA " : emplois nouveaux à contraintes allégées . Rappelons qu'en 1981, la gauche avait remis au centre des relations sociales le CDI . En 1986, Jacques Chirac, Premier Ministre de cohabitation, supprima l'autorisation préalable de licenciement, mais le pays ne vit jamais les 400 000 emplois de M.  Gattaz . ( Laurent Mauduit . Marianne No 821 ) .

 

   Vendredi dernier, 11 janvier 2013, un nouvel  accord sur les relations au travail a été signé, entre syndicats et patronat, médiatiquement occulté par l'actualité au Mali, ce qui ne lui enlève, en rien, son importance sociale majeure . Trois centrales syndicales l'ont approuvé, ont pris donc leurs responsabilités, mais, que ces responsables syndicaux me pardonnent, au-delà de mesures ne prenant pas en compte les avertissements des Organismes Internationaux,  je ne peux m'empêcher de voir derrière cet accord, le plat de lentilles contre lequel, Esaü, vendit, selon la bible, son droit d'aînesse à son frère Jacob .

 

   Revenons donc sur cet accord , en rappelant que depuis des mois, Mme Parisot, patronne du MEDEF, n'a cessé de répéter que tout accord passerait par " des avancées décisives en matière de flexibilité, sans lesquelles il n'y aurait pas d'accord ", car ajoutait-elle, " il fallait apaiser l'angoisse des patrons qui était à son comble " . ( Sortez les mouchoirs ! )

   Je veux donc préciser, à ce stade, que si accord il y a eu, c'est bien parce que Mme Parisot a dû obtenir beaucoup sur la flexibilité, d'autant que des élections ont lieu au MEDEF, en mai, et qu'elle est candidate à sa réélection, en bousculant un peu les statuts de l'organisation .

 

   Que dit cet accord ?

   Les syndicats obtiennent quelques avancées, reconnaissons-le, en toute honnêteté . Les CDD seront un peu plus taxés, sur les côtisations chômage de l'UNEDIC : la côtisation passe de 4% à 7% pour les CDD de moins de un mois, et à 5.5% pour les CDD de un à trois mois . Les travailleurs obtiennent des " droits rechargeables " en matière de chômage, c'est à dire qu'ils garderont les droits non utilisés en cas de reprise du travail avant l'épuisement des droits précédents, ainsi que les droits acquis sur le temps de formation, en cas de changement d'entreprise - c'est tout " le volet sécurité " de l'accord . Ils obtiennent un droit à une complémentaire santé, dont la moitié de la côtisation est prise en charge par l'entreprise : cela existait déjà dans beaucoup d'entreprises, ce n'est donc qu'un élargissement .

   Un représentant des travailleurs siègera dans le Conseil d'Administration des sociétés de plus de 5000 salariés . Rien de révolutionnaire de ce côté-là .

   Et du côté flexibilité, Mme Parisot a-t-elle eu son compte ?  Je crois qu'elle peut être contente, le Code du Travail vient d'en prendre un coup .

   L'entreprise  " en cas de graves difficultés conjoncturelles " pourra négocier - au niveau de l'entreprise - avec le syndicat majoritaire, des baisses de salaires et des augmentations du temps de travail, jusqu'à une durée de deux ans, en echange du maintien de l'emploi . Remarquons que dans beaucoup de grandes entreprises, cela existait de fait, mais que bien de " plans sociaux " et de fermetures d'usines, frappent des sociétés, où ces négociations avaient eu lieu ;  les actionnaires ne s'embarrassent pas d'accords sociaux quand leurs dividendes baissent .

   Grande nouveauté : l'élargissement des " Contrats  Intermittents " . C'est le principe de l'emploi des moniteurs de ski, dans les stations de sports d'hiver : un contrat à durée indéterminée, mais ciblé sur des périodes précises de l'année, dont on est sûr du retour périodique de l'activité . la rémunération est négociée, soit lissée sur l'année, soit mobilisée sur les périodes de travail effectif . Ces contrats obéissaient jusqu'à présent à des règles strictes, d'accords de branches, par exemple. ( Dan Israel . Mediapart du 12 janvier 2013 ) .

   Leur élargissement et leur assouplissement constituent une ouverture à du " n'importe quoi " en matière d'embauche,  et surtout à l'explosion du nombre de travailleurs pauvres . Retenez bien cette innovation : " Les contrats intermittents ", nous en entendrons beaucoup parler dans les mois qui viennent .

   Mais ce n'est pas terminé .

   Mme Parisot a obtenu la mise en cause des Conseils des Prud'hommes, cette justice populaire haïssable, trop dure avec l'entreprise et trop lente . La mise en place des " plans sociaux " est allégée afin de limiter le nombre de recours des salariés devant la justice, et est mise en place l'étude du transfert des recours sociaux, des " Prud'hommes " vers la justice administrative,  moins regardante sur le sort des salariés, peuvent penser certains . En matière de sécurité professionnelle, Mmes et MM . les responsables syndicaux représentant les salariés, et signataires de l'accord,  il y avait mieux à faire, me semble-t-il !

   Finalement, Mme Parisot est trés contente !

 

   D'aprés ce que j'ai cru comprendre, M.  le Président de la République aussi est trés content . A ses détracteurs qui lui reprochent, sans cesse , de ne pas savoir où il va, je dis, d'essayer de mettre , bout à bout, toutes ses mesures économiques et sociales depuis des mois, puis de les rattacher aux propos de son Ministre du Budget - J. Cahuzac, Mots Croisés, France2, du 07/01/2013 - " Je n'ai jamais cru à la lutte des classes ", et ils changeront, peut-être, d'opinion  .



 

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 14:30

Réédition de la publication du 11/01/2013 .

" Ces autocontraintes, qui sont le résultat des regards rétrospectifs et prospectifs auxquels on habitue , dés l'enfance, l'individu inséré dans un ensemble d'enchaînements d'actions en constante extension, se présentent sous la forme d'habitudes soumises à une sorte d'automatisme ." ( Norbert Elias . La dynamique de l'Occident . 1939 ) .

 ( Illustration : radio-canada.ca ) .

 

 

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   La socialisation est un mécanisme à l'issue duquel les contraintes que des hommes exercent sur d'autres hommes se transforment, par intériorisation, en autocontraintes " . ( Ph. Braud ) .

   L'interdépendance poussée des individus et des groupes dans nos sociétés modernes exige l'acquisition de langages communs, de références partagées, l'assimilation de codes de comportements qui vont rendre les relations moins imprévisibles, donc moins problématiques . Retenons, à ce stade, l'importance majeure de l'adjectif " imprévisible " . Tous ces mécanismes supposent un processus d'apprentissage fondé, d'abord,  sur " des frustrations et des renonciations " , mais aussi des représentations de savoirs et de savoir-faire perçus comme utiles ou valorisants .

   La socialisation politique est un aspect de ce processus général et continu d'inculcation et de réception de normes et de repères, de savoirs et de savoir-faire .

  Une question s'impose alors à nous, sur ce sujet : quelles croyances et quels savoirs nous sont transmis,  par la famille d'abord, puis l'école, puis les groupes auxquels nous nous identifierons, et dans quelle mesure cette transmission gouvernera-t-elle ensuite nos comportements de citoyen ?  Certainement, en primat, l'appartenance à une classe sociale .

 

    Cependant, dans nos sociétés contemporaines, à forte différenciation sociale, qui font coexister de trés nombreuses " subcultures " propres à des classes sociales, des groupes religieux, des espaces régionaux et locaux, dissoudre l'autonomie individuelle dans un primat de " conscience collective " ou de " jeu de facteurs culturels " peut apparaître comme insuffisant . 

   L'individualisme inculqué à nos consciences par la société marchande engendre des comportements intentionnels qui peuvent se  fonder sur un calcul rationnel, en opposition aux " comportements naturels conditionnés " . Souvent, le sujet, dans son passage à l'action,  fait intervenir un calcul délibéré, coût/avantage, " une sorte de processus jalonné d'arbitrages et de compromis, entre les normes qui s'imposent à lui, les valeurs et croyances auxquelles il souscrit, et ses intérêts tels qu'il les conçoit " .  Il pourra même, dans un contexte un peu trop opaque, adopter un comportement déviant .

   Ajoutons à ce libre-choix individualiste, certains ressorts, d'origine presque " psychanalytique " de déni de réalité ou d'idéalisation de soi : je proclame, en citoyen averti,  voter pour tel candidat, parce que je condamne la gestion de son adversaire, alors qu'en fait, mon candidat promeut une politique anti-immigré qui me convient, mais mon estime de moi-même ne me permet pas de l'avouer .

   C'est la fameuse schizophrénie américaine d'une société qui enseigne les valeurs chrétiennes d'amour fraternel et d'humilité, mais qui dans la réalité asseoit et exalte la réussite sociale sur des valeurs de compétition, d'agressivité, de réussite matérielle, de mépris du vaincu, complètement antagonistes avec l'idéal chrétien .

   C'est encore le grand paradoxe de notre devise républicaine, qui montre à quel point, on peut intérioriser de plusieurs manières des croyances et des modèles culturels, soit dans le sens de la dénégation, soit dans le sens d'une mobilisation pour l'action . " Liberté, Egalité, Fraternité ! " Les libertés individuelles engendrent des inégalités de situation graves, mais un discours politique bien construit peut arriver à nous faire accepter ces inégalités ; l'égalité effective suppose la contrainte et le renoncement à certaines libertés élémentaires . La fraternité, donc la solidarité, impliquent des efforts en matière d'impôt, par exemple, dont on voit bien, aujourd'hui, que cela ne coule plus de source .

   Voilà une trilogie indissociée qui permet de donner à chacun l'illusion d'une croyance commune .

 

   La culture politique serait donc " la configuration des comportements appris, partagés et transmis par les membres d'une société donnée ", dit Ralph Linton, en vue d'offrir une réponse aux exigences élémentaires des êtres humains : affirmation de soi, approbation d'autrui, satisfaction d'intérêts personnels ...

   Mais l'intérêt  personnel  peut aussi prendre la forme du don et du désintéressement, en lieu et place de la " froide raison du marchand " . C'est tout le problème de la conciliation entre les impératifs culturels et les capacités de choix stratégiques de l'individu affrontant une situation sociale déterminée .

   Il faut ajouter à ces réflexions le concept créé par la psychologie sociale , " du rôle " . " Dans une situation sociale donnée, des individus, vont assumer un ensemble d'attitudes et de comportements prévisibles, qui ne seront ni calculés ni réfléchis, mais simplement l'expression de ce qu'ils pensent être ce que l'on attend d'eux " .

 

   De ces constats, on peut déduire , qu'il y aura forcément affrontement entre des systèmes de représentations, les uns dominants, explicités de façon savante et sophistiquée, les autres dominés, réduits à des élaborations frustes . Mais la légitimité des uns ou des autres se gagnera par la lutte politique, passage obligé du dépassement de la contradiction .

   Et voulez-vous que je vous dise ?  Le résultat de la négociation en cours, entre patronat et syndicats, sur la nouvelle éthique du " Droit du Travail ", sera le révélateur du niveau de résistance " des attentes et des croyances fortement constituées " à des pseudo-vérités nouvelles , telles que l'installation définitive et massive, dans notre cadre de société, du " travailleur pauvre " .

 

 

   NB : texte inspiré du livre de Ph . Braud . Sociologie politique . LGDJ .

 

 

   

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 14:36

" Si aucune prise de conscience collective ne s'opère concernant la réalité des intérêts spécifiques d'un groupe face à un autre groupe, les conflits d'intérêts et les antagonismes demeureront , trés longtemps latents, ne débouchant sur rien ."  ( d'aprés Ph. Braud . Sociologie politique ) .

 ( Illustration : mlouizi.unblog.fr ) .imagesCAYHW03W.jpg

 

   Ils sont nombreux ceux qui ne comprennent pas que, face à la dévastation du champ économique et social, " les gens ne bougent pas ", pour employer l'expression consacrée . On sait, depuis Lénine, que la conscience de classe n'est pas un phénomène spontané, qu'elle se construit, et ce dans le contexte d'une lutte idéologique, implacable .

   Prenons l'exemple de la négociation sur la flexibilité du travail qui a repris, aujourd'hui, entre patronat et organisations syndicales : les médias ne nous disent pas que l'enjeu, est un progrés social, pour une meilleure protection du salarié, attente légitime en ce début de XXIe s. . Non ! Les médias détournent l'attention des gens, vers un enjeu de " justice " - et admirez, sur ce point, la réthorique - entre ceux qui ont un CDI, et qui sont trop bien protégés, et toutes les victimes des CDD précaires . La réponse doit donc être : réduire les protections apportées par les CDI, voire carrément les supprimer, pour mettre tout le monde à égalité, mais vers le bas .

 

   En ce domaine, il s'agit de comprendre les processus d'accés à une conscience politique, processus complexes et longs . Le processus commence trés tôt, dés l'enfance,  à travers la perception du réel par notre conscience individuelle, qui se noue grâce à des " représentations socialement construites ", par l'apport de grilles de lecture de notre vécu, venues de la famille, de l'école et de de notre environnement personnel immédiat . Grâce à elles, l'individu va apprendre à se situer dans l'espace social, c'est la première étape, et notamment identifier soit des convergences d'intérêts ou d'aspirations avec d'autres individus, soit des différences ou des divergences .

   On voit donc apparaître une vision de son identité nationale par rapport aux étrangers côtoyés ; celle de l'appartenance professionnelle par rapport à d'autres catégories d'actifs ; celle d'une allégeance religieuse par rapport à d'autres croyants : en un mot , la vision de l'appartenance à un groupe . 

   Dans notre environnement, des interventions vont avoir lieu, " d'institutions ou d'individus spécialisés qui enseignent, éduquent, transmettent un ensemble de savoirs et d'attitudes qui vont nous permettre d'intérioriser les rôles correspondants et d'assurer leur reproduction " . ( Ph. Braud ) .

   Nous sommes là en plein travail d'élaboration de ce qu'on peut appeler " la construction sociale de nos attentes ", socle, qui devra se consolider par l'apport, en effet miroir, de ce que nous renvoient les autres groupes, dont certains seront antagonistes du nôtre .

 

   Mais de cette première étape, on ne passe pas automatiquement à la conscience politique . Car des freins internes menacent notre perception du réel . Chaque individu n'est pas réductible à un seul de ses statuts sociaux . Le même individu peut avoir du mal à clarifier nettement ce que sont ses intérêts réels, à la fois en tant que contribuable, usager des services publics, parent d'élève, résident de banlieue, fonctionnaire subalterne, salarié à temps partiel ou en CDI, etc ...

   " Le niveau de formation générale, la capacité à accéder à des sources fiables d'information, l'aptitude à décrypter les éléments de propagande d'une information objective, élargissent ou réduisent les possibilités du passage à l'action " .

 

   Il faut donc pour l'accés à une conscience politique, c'est à dire la formulation d'exigences sociales et politiques,  et le désir de passer à l'action, en plus d'une vision lucide du réel,  que deux conditions soient remplies . 

   Des collectifs doivent s'organiser pour " orchestrer et consolider une revendication commune " et surtout la parer de l'auréole d'un succés possible justifiant les sacrifices engagés .

   La mobilisation d'attentes pour les transformer en exigences est le fait d'organisations spécialisées, partis, syndicats, associations .

   Et c'est le travail de construction et de qualification des intérêts collectifs, la formulation d'exigences revendicatives, la définition de stratégies par ces organisations, qui joueront le rôle décisif dans la prise de conscience , par les individus, d'appartenance à une classe sociale .

   Mais rien ne sera encore possible si l'organisation ne propose pas à l'individu une lecture du réel basée sur l'Idée de " Justice ", donc d'injustice à combattre, parce qu'on est soi-même victime de certaines injustices .

   Le processus d'intégration de l'idée de justice et de la perception personnelle d'être une victime, renforce généralement le passage aux comportements protestataires, si l'on vit dans une société qui, comme les sociétés démocratiques, a placé au premier plan de son éthique " officielle "  la valeur " justice " .

 

   Demain, quand tomberont les résultats de la négociation sur la flexibilité au travail, nous verrons quel est le véritable niveau de conscience de classe, des signataires d'éventuels accords : je veux dire, quel est leur niveau d'intégration personnelle de la valeur " justice " !

 

 

   NB : d'aprés Ph. Braud . Sociologie politique . 8e édition . LGDJ . Sept. 2006 .

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 14:36

"  Si la classe ouvrière lâche pied dans son conflit quotidien avec le capital, elle va se priver de la possibilité d'entreprendre tel ou tel mouvement de grande envergure... En même temps, les ouvriers ne doivent pas s'exagérer les résultats de cette lutte quotidienne ... " ( Salaire, Prix, Profit : la lutte entre le Travail et le Capital . Karl Marx ) .

 ( Illustration : l'express ) .

 

 

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   " C'est à se bidonner ! "  Hier soir, au journal de 20H de France2, la nouvelle est tombée . Les économistes du FMI viennent d'avouer avoir commis " une grosse boulette " dans l'élaboration du modèle mathématique mis au point pour mesurer les impacts des politiques d'austérité sur la vie quotidienne des Européens . Rassurez-vous, ces quelques secondes d'égarement de David Pujadas, nous assénant une telle incongruité, ne seront pas reprises, et encore moins commentées, dans les médias : cela fait trop désordre . Alors, expliquons-nous !

   Les brillants experts du FMI, suivis par les Européens, avaient établi un modèle, sur la base suivante : 1 euro d'économie sur les dépenses publiques, ou de pression sur les revenus, devait avoir un impact d'austérité, c'est à dire sur nos moyens d'existence : investissement, emploi, consommation, protection sociale, niveau de vie, de 1 euro, également : 1 pour 1 .

   A partir de là, tout s'enclenchait pour déterminer, les effets sur la croissance, les investissements, l'emploi, à partir des sommes réelles retranchées de l'activité générale . Sauf que, quatre ans aprés les premiers plans de rigueur, nos beaux messieurs se rendent compte qu'ils se sont trompés, et que le rapport n'est pas de 1 pour 1, mais de 1 pour 3 . Ce qui signifie que pour 1 euro d'économie, l'impact sur l'activité économique et sur les ménages, est multiplié par 3 .


   Ainsi, pour un million d'euros d'économies de dépenses publiques, c'est trois millions d'euros qui vont manquer dans les tuyaux de l'économie réelle, c'est une austérité trois plus lourde qui frappe les populations .

   Et attendez, le meilleur est à venir . La justification de l'erreur ne manque pas de sel : nos experts avouent avoir oublié le coefficient psychologique, dans la conception du modèle mathématique . Comprenons, nos comportements individuels, face à la crise : nos attitudes personnelles face à la consommation ou à l'épargne, face aux soins dont nous avons besoin mais que nous reportons, face au travail au noir, etc ...

   Ils avaient simplement oublié que si les mathématiques font partie des sciences dures et que la psychologie humaine en est trés éloignée .

   Le résultat est qu'aprés avoir lancé des injonctions aux politiques, afin qu'ils engagent l'Europe dans une implacable austérité, il y a quatre ans, le constat des dégâts est tel, particulièrement sur la croissance et l'emploi, qu'ils " retournent leur veste " et réclament un coup de frein à toutes les politiques de rigueur .

   Sauf que cela ne se fait pas en claquant des doigts, que le mal est fait et qu'il porte un numéro d'identification : 2013 .

 

   Ca va mieux, nous dit le Président de la République, la crise de l'euro est derrière nous . Le sauvetage de la Grèce est en bonne voie, l'Irlande, l'Espagne et le Portugal donnent des signes de reprise, le Traité de Stabilité Financière est en place tout comme l'Union bancaire . Les marchés financiers se calment, les marchés financiers sont calmés !

   " La Pravda " du pouvoir socialiste, Libération, reprend l'antienne gouvernementale le 4 janvier 2013, pour nous annoncer le début de la fin de la crise financière : finies les crises de panique qui nous secouaient depuis quatre ans, régulièrement . Les valeurs bancaires sont plébiscitées, les bourses sont euphoriques .

   Bercy retrouve un semblant de sourire : le pari du Président d'infléchir la courbe du chômage, à la fin de l'année 2013, sera tenu . C'est imparable car c'est mathématique !

   En 2013, 120 000 personnes nouvelles rejoignent le marché du travail, à qui il faut trouver un emploi, et 80 000 perdent leur emploi, suite aux différents plans sociaux prévus ; mais dans le même temps, le gouvernement injecte dans l'économie, 100 000 " emplois avenir" et  100 000 " contrats-génération " :  200 000 = 200 000 . C'est mathématique !  Les experts de Bercy n'ont pas encore lu les aveux des experts du FMI ! Et la psychologie alors ?

 

   En fait, ça ne va pas mieux, c'est pire ! Depuis quatre ans, l'économie réelle de l'Europe est dévéstée . Le chômage explose, les plans sociaux se multiplient ;  le crédit d'impôts pour la compétitivité de vingt milliards d'euros va aller enrichir M. Mittal, Peugeot et les banques qui jouent contre l'économie ;  la croissance " est dans les choux ", cela fait cinq trimestres qu'elle est nulle ; le soi-disant pacte de croissance européen rêvé par Hollande joue l'Arlésienne ; l'Europe n'a toujours pas de budget pour la période 2014-2020 ; les Britanniques veulent faire exploser l'UE ...

   L'année 2013 reste " l'année du serrage de ceinture généralisé " .(1) .

   En vérité, " les marchés ne dorment que d'un oeil " et au premier signe de faiblesse d'un des pays exposés par l'austérité, ils se remettront à " frapper " .(1) .

 

 

   NB : (1) . Titre d'un article du Canard Enchaîné du 9 janvier 2013 :  page 8 .

 

   

    

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 15:09

Sous-titre :  La France et le chômage de masse . 


  "  NAIRU : Non Accelerating Inflation Rate of Unemployement :  taux de chômage nécessaire pour que l'inflation n'augmente pas " .

 ( Illustration : les  journaliers . jmrw.com ) .

 

 

 

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   Nous nous sommes habitués à entendre l'énoncé de la mission, unique mission de la Banque Centrale Européenne, qui est de lutter contre l'inflation . Si bien qu'on ne se pose plus la question de savoir s'il n'y avait pas d'autres missions à lui confier, et particulièrement, la lutte pour l'emploi .

   Voilà plus de vingt ans, qu'en France, le taux de chômage n'est pas descendu en-dessous de la barre des 8% . En 2013, nous dépasserons largement le taux de 11%, ( Métropole et Outre-mer ) . Il y a vint ans, en 1992, François Mitterrand, alors Président de la République, n'hésitait pas à dire, dans une interview télévisée, que, contre le chômage, tout avait été essayé .

  Certes, depuis trente ans, l'emploi s'est profondément transformé . L'INSEE donne une image d'un emploi plus féminin, plus salarié et plus tertiaire

    En 1970, l'emploi est majoritairement masculin, à 64%, la moitié des emplois se retrouvant dans trois secteurs : industriel à 29% ; agricole à 13% ; dans le bâtiment à 10% . Le travail indépendant mobilise 21% de la population active .

   En 2008, l'emploi est essentiellement salarié à 91%, dont 76% dans le tertiaire, et se rapproche de la parité , puisqu'on trouve 47% de femmes chez les salariés .


   Alors certes, la France a perdu 750 000 emplois industriels, ces dix dernières années , délocalisations obligent : quinquennats Chirac/ Sarkozy . Relevons au passage que cette période correspond aux baisses massives de charges et d'impôts, les plus importantes depuis la fin de la deuxième guerre mondiale . La corrélation entre charges , compétitivité et emploi, n'est pas aussi évidente qu'on veut bien nous le faire croire .

   Alors certes, la féminisation de l'emploi s'est poursuivie, mais de là à affirmer qu'elle est une des causes les plus importantes de la poussée du chômage, comme le font certains économistes, il y a un pas que je ne franchirai pas . Pour la bonne raison que nous sommes loin, avec un taux de 57.7% de femmes au travail, à peine au-dessus du taux moyen européen de 57%,  de certains autres. taux : 73.4% au Danemark ; 67.7% aux Pays-Bas ; 70% en Suède ; 65.8% au Royaume-Uni ; 62.2% en Allemagne .

   L'immigration pèserait sur l'emploi nous dit une certaine droite . Or il se trouve que l'immigration de travail est pratiquement tarie depuis vingt ans : nous recevons entre quinze et vingt mille travailleurs étrangers, par an, pas plus . Le reste concerne les étudiants et le regroupement familial .

 

   Le problème du chômage de masse est ailleurs . Et il porte un nom : le NAIRU . C'est encore un de ces coefficients inventés par des experts , par ces économistes qui ne se trompent jamais . C'est la mise en équation mathématique de votre vie, de la vie de vos enfants : les " gens " de l'OCDE ont établi un lien entre l'inflation et le taux de chômage et l'ont traduit dans une formule mathématique, dont tout le monde de la finance se sert : OCDE, BCE, banques centrales, Bruxelles et gouvernements, pour mieux encadrer " l'austérité " qui nous est infligée .

   Le point de départ est le taux de l'inflation . J'ai le souvenir des discours politiques des années 1980 où P. Bérégovoy, ministre socialiste de l'économie, nous assénait l'argument que l'inflation était toujours payée par les salariés, par les pauvres . Et cela marchait . Il nous a fallu un moment pour comprendre une évidence, que le pauvre ne possédant rien, l'inflation ne peut pas lui prendre grand chose .

   Par contre l'épargnant, et surtout le gros épargnant, qui ne peut pas dépenser, avant la fin du mois, tout ce qu'il a gagné le mois précédent, lui, sur la durée, voit sa cagnotte rognée par l'inflation .

   Et dés le début des années 1990, va se mettre en place, avec le Traité de Maastricht, la création de la BCE, et la définition de son unique mission, la politique désinflationniste, qui va faire exploser le chômage de masse .

   Entre 1983 et 2006, la part des salaires est tombée de 9.3%, dans le PIB, tandis que 160 milliards d'euros passaient du travail vers le capital, il fallait bien protéger cette manne de toute inflation .

 

   Pour bien comprendre le processus, il faut faire un rapide passage obligé par les banques : l'objectif d'une banque est de n'avoir que des clients endettés, pour toujours, auprés d'elle, ce qui lui confère le Pouvoir, en mettant tout le monde sous sa dépendance .

   Mais l'inflation vient contrecarrer ce processus, en diminuant sur la durée notre dette : donc, en accord avec les tenants de la grande finance, les banquiers ont dit stop à l'inflation .

   Et comme l'ont montré les experts de l'OCDE, même si l'on peut contenir l'inflation par la pression sur les salaires, il y a un outil encore plus efficace, c'est le chômage de masse .

   Le plein-emploi qui met en circulation trop d'argent crée de l'inflation, alors si l'on ne veut plus d'inflation, il faut mettre un terme au plein emploi : le chômage devient indispensable .

   Ainsi, tenez, en 1999, l'OCDE considéra que la France avait atteint un NAIRU de 9.9% : cela voulait dire qu'il ne fallait pas que le chômage tombe au-dessous de 9.9%, sinon l'inflation repartait . (http://www.oecd.org/dataoecd/44/49/2086128.pdf ) .

   La politique de privatisation des services publics et donc de la suppression des postes de fonctionnaires, sous le prétexte de la dette, va dans le sens de l'application stricte de la règle NAIRU .

 

   Alors, quel avenir reste-t-il au plein-emploi ? Aucun !  La formule de l'ancien patron du MEDEF, le baron Seillière, actuel patron de " Business Europe ", ça ne s'invente pas, est claire : " La contrainte européenne joue à plein pour orienter notre pays vers une certaine forme de réforme " .

   Et l'idéal de M. le Baron, c'est le retour aux journaliers : le cinéma italien d'aprés guerre nous montre ces ouvriers agricoles pauvres, rassemblés dés le petit matin, sur la place du village, attendant les régisseurs des grands domaines, qui vont venir faire leur choix, " de viande ", pour la journée , payée " une misère " .

   Ne riez pas ! Cela existe déjà : dans les extérieurs de nos grandes villes, le ramassage de travailleurs clandestins est une réalité ; et plus légalement, que sont les agences d'intérim - et bientôt Pôle Emploi - sinon les " régisseurs " des temps modernes ?

 

 

   NB : d'aprés l'article d'Agoravox du 15/12/2010 . " Origines du chômage de masse " .

  

   

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Published by regain2012 - dans Economie
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