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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 14:09

" La lampe de la pauvreté n'est pas lumière " . ( Proverbe persan ) .

 ( Illustration : photos.internautes.com ) .

 

 

lampadaire-1089760642-1641348.jpg

 

   Le 4 mars prochain, l'économiste J. P. Fitoussi publie un livre, " le théorème du lampadaire ", (1) où il s'en prend aux instruments de mesure de l'économie, PIB, dettes, déficits et autres indicateurs, avec lesquels on nous aveugle, afin de ne pas nous laisser voir les vrais problèmes, un peu, " comme le lampadaire qui , la nuit, éclaire une partie de notre rue, mais laisse dans l'obscurité le reste du paysage ". ( Hervé Nathan . Marianne No 827 ) .

   J.P. Fitoussi pousse plus loin son raisonnement en nous montrant comment sont inversées les valeurs . On fait du respect de ces indicateurs une " pseudo-vertu ", et l'on classe comme ringarde la lutte contre les inégalités et la pauvreté .

    On pourrait traduire ainsi sa pensée : les hommes politiques qui devraient être des " laveurs de vitres " qui nous permettent de mieux voir le monde, l'obscurcissent, en fait, afin de nous cacher les vrais enjeux .

 

   On peut trouver un exemple concret de tels détournements dans le domaine de l'agriculture européenne . A l'automne 2012, et malgré le silence des grands médias, on apprenait que l'agriculture allemande était passée devant l'agriculture française . La France n'occupait plus le premier rang des nations agricoles de l'Union Européenne . Les responsables français du secteur, tout occupés à faire inscrire la cuisine française au patrimoine de l'humanité, n'en revenaient pas . Et au salon de l'agriculture qui se tient actuellement Porte de Versailles, on ne parle que de cela .

   Les exportations agricoles allemandes ont doublé, en dix ans, de 2001 à 2011, passant de 30 Mds d'euros à 60 Mds . Le terrain conquis par l'élevage allemand est impressionnant . En cinq ans, l'Allemagne a résorbé le solde négatif de ses échanges de volaille avec la France, les exportations de volailles allemandes passant de 110 millions d'euros à 180 millions et égalant les exportations françaises vers l'Allemagne, qui ne progressent plus .

   Pour la viande bovine, les Allemands nous ont littéralement lessivés, exportant vers la France presque le double de ce que nous leur vendons : 330 millions d'euros, contre 180 millions, et nous stagnons depuis 2008 .

   Pour la viande porcine, le solde se creuse aussi, et nous importons 32% de porc allemand de plus qu'en 2008 .

   L'Allemagne a donc nettement progressé ces cinq dernières années, dans le sucre, le porc, le lait et surtout la volaille . Moins dans les céréales, semblerait-il .

 

   Il est particulièrement intéressant d'examiner à quel prix ces progrés ont été réalisés, les conditions de ce développement résumant parfaitement le modèle germanique qui peut se moquer des règles européennes et de la concurrence non faussée le plus cyniquement du monde .

   C'est d'abord une agriculture productiviste, trés industrielle, trés concentrée, peu regardante sur les normes, qui a été mise en place, avec l'arrivée des Lands pauvres de l'ex-Allemagne de l'Est, lors de la réunification, il y a vingt ans, sur des espaces immenses et des terres à coût peu élevé .

  C'est ainsi, par exemple, que le cheptel porcin est en constante augmentation mais que le nombre d'exploitations a été divisé par deux, en dix ans, la quart des éleveurs porcins ayant dû se reconvertir entre 2005 et 2010 .

   Côté volaille, alors que la France compte 8000 exploitations de 17 000 têtes en moyenne, l'Allemagne possède 1000 exploitations seulement mais de 60 000 têtes en moyenne .( Le Monde.fr du 22/11/2012 ) .

   On imagine les dégâts de l'élevage en batterie poussé à ses extrêmités, pour le bien-être  des animaux, pour l'environnement, et pour la qualité du produit : où sont les si puissants mouvements écologistes allemands ?

   Est-ce que, les coûts des investissements pour les aménagements et l'extension des bâtiments agricoles, en vue de respecter les normes sanitaires, mais qui altèreraient les gains de productivité, ne sont bons que pour les autres européens ?

  Récemment, plusieurs dizaines d'exploitations avicoles allemandes ont été soupçonnées d'avoir vendu des oeufs sous l'appellation bio ou de plein air, alors qu'elles ne respectaient pas la taille des cages définies par l'UE .

  L'agriculture allemande est résolument tournée vers les exportations à coups de subventions publiques, et d'une productivité cynique :  pas de SMIC dans l'agriculture ; emploi d'ouvriers polonais, dans les abattoirs à cinq ou six euros de l'heure ou de travailleurs Roumains et Bulgares dans les exploitations de l'Est, payés au taux de leur pays d'origine , contre la réglementation européenne . Tant et si bien que la France a dû déposer une plainte auprés de la Cour Européenne .

 

   Le lampadaire dirige sa lumière sur la réussite des exportations allemandes, sur l'absence de déficits du pays . Le lampadaire met dans la lumière l'intransigeante chancelière qui donne des leçons de morale à toute l'Europe . Mais le lampadaire ignore les recoins de la rue où " mijotent " les plats préparés de la compétitivité .

   

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Published by regain2012 - dans Economie
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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 15:03

"  Quelles que soient les passions qui nous animent, orgueil, ambition, avarice, curiosité, luxure ou désir de vengeance, leur âme, le principe de toutes, c'est la sympathie ..." . ( David Hume . 1711, 1776 . traité de la nature humaine ) .

 ( Illustration : journaldunet.com ) .

 

 

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   Que l'on exhume enfin la pensée de Hume des brumes londoniennes, et la crise actuelle nous apparaîtra presque comme une bénédiction .

   Ils sont fous ces Français, avec leur histoire de raison qui serait la cause par laquelle nous agissons et qui produit la morale et ses règles  et d'où nous déduisons l'Idée de Justice . Qu'est-ce qu'ils racontaient, ces Anciens ? La morale et la politique ne sont pas fondées sur une raison qui régirait, d'en haut, les passions . La raison doit au contraire partir des passions qui sont la source de toute énergie humaine .

   La morale est plus sentie que jugée et ce sont donc nos passions qui sont les causes de nos actions . Pour Hume, les deux passions fondamentales sont l'orgueil et l'humilité . " Par orgueil, j'entends cette impression agréable qui naît dans l'esprit quand la vue de notre vertu, de notre beauté, de nos richesses et de notre pouvoir, nous rend contents de nous-mêmes ; par humilité, j'entends tout le contraire ."(1) .

   La propriété est, parmi toutes ces causes, celle qui produit le plus souvent le sentiment d'orgueil . La possession, ce grand motif d'orgueil, mais aussi motif d'amour, est un bien dont l'essence consirte dans la possibilité de se procurer des commodités de la vie, des plaisirs, du pouvoir . La possession est donc aussi un plaisir par anticipation .

   Par ailleurs, " un riche sent mieux la félicité de sa condition s'il l'oppose à celle d'un mendiant ", comme le puissant jouit " du contraste, entre lui et celui qu'il commande " .(1) .

   Et, à ce stade, " tenons-nous, à la rampe ", si j'ose dire .  La possession est aussi un plaisir par le sentiment de reconnaissance  qu'elle suscite chez les autres, par le sentiment de sympathie qu'elle provoque chez celui qui a moins   : " Le possesseur tire ainsi une deuxième satisfaction de la richesse, celle qui naît de l'amour et de l'estime acquis grâce à elle ". (1) .

 

   Le fonctionnement de la société s'établit , selon Hume, sur le sentiment de sympathie : my boss is very sympathetic . Ceux qui n'ont rien, fondent leur bonheur, sur l'admiration qu'ils éprouvent pour les riches et les puissants et ce pour trois raisons : l'espoir de profiter d'une partie de leurs biens ; le plaisir ressenti dans l'observation des belles possessions de l'autre ; jardins, maisons, chevaux, chasses privées ... ;  la participation , par l'imagination, l'imagination seulement, au bonheur du propriétaire .

   Je suis heureux parce que je peux partager, en imagination, tous les talents de Frank Ribéry : oui, bon, enfin !

   Il existe donc un  ressort qui nous fait sortir de nos propres plaisirs ou douleurs, d'ailleurs, en nous identifiant à ceux des autres, c'est la sympathie, passion éminemment sociale .

   Tout désir, toute passion, même l'orgueil, même l'égoïsme, dit Hume, sont ouverture sur l'autre, puisqu'ils en  sollicitent l'admiration et la sympathie . " Nous ne pouvons former aucun désir qui ne se refère à la société ... Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition,avarice, curiosité, leur âme, leur principe , c'est la sympathie ..." (1) .

 

   Et là, attention !  " La sympathie, passion sociale, est toujours celle d'un inférieur pour un supérieur, jamais l'inverse ". (1) .

   ( Morale de la pensée de Hume : tu aimeras ton patron, ou ton riche voisin, comme toi-même, et le monde retrouvera la délicieuse harmonie des premiers temps ) .

   Cependant, Hume, est pris, à ce stade, de quelques doutes . Pourquoi les biens et les pouvoirs des grands ne suscitent-ils pas l'envie au lieu de la sympathie ? Pourquoi les hommes mus par l'orgueil et ce besoin insatiable de se comparer, ne sont-ils pas continuellement en lutte pour la possession des biens ou celle du pouvoir ?

   La première réponse lui vient, naturelle et charmante : parce que les riches savent que leur plaisir, éprouvé par comparaison, passe par une ostentation de leurs biens sans provocation , et écarte, ainsi, l'envie .

   La deuxième réponse tient dans la conviction que l'idée de justice prend sa source dans la sympathie éprouvée pour les riches, parce que la justice, aprés un bon travail d'éducation, mené par le gouvernement, est reconnue par tous, comme un principe de respect de la propriété .

   On peut dire cela d'une autre façon :  la justice est mise au service de la propriété qu'elle doit protéger de façon absolue . Elle assure la propriété des biens de chaque personne en interdisant à un autre la possession, l'usage et la jouissance de ces biens .

   Elle rend possibles les échanges qui respectent les intérêts de chacun : chacun désignant, en la matière, celui qui a de quoi échanger, celui qui possède .

   A tous les autres, Hume ne laisse que le droit d'aimer . Et Jésus fut crucifié pour la deuxième fois .

 

 

   NB : (1) Traité de la nature humaine . David Hume . D'aprés J. M. Piotte : les grands penseurs du monde occidental chez FIDES . 2005 .

   

   

   

   

   

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Published by regain2012 - dans philosophie
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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 15:06

" La philosophie est écrite dans ce vaste livre constamment ouvert devant nos yeux, je veux dire l'Univers, et on ne peut le comprendre, si l'on n'apprend d'abord la langue et les caractères dans lesquels il est écrit . Or, il est écrit en langue mathématique et ses caractères sont le triangle, le cerccle, et autres figures géométriques, sans lesquelles il est humainement impossible d'en comprendre un mot " . ( Galilée . Il Saggiatore . 1623 ) .

 ( Illustration : networkedblogs.com ) .

 

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   Aujourd'hui, 10 000 milliards de décimales du nombre Pi  - 3,14 -  sont connues . Record détenu par deux informaticiens, un japonais et un américain, depuis le 17 octobre 2011, grâce aux calculs d'ordinateurs grands comme plusieurs terrains de tennis .

   Le nombre Pi a fasciné tous les savants, de l'Antiquité à nos jours : ses propriétés fascinantes en font un nombre d'exception, presque irrationnel . Pi a introduit l'irrationnalité dans les mathématiques .

   Cela a commencé, vers 1800 av. JC, avec le scribe Amhès, qui , à partir de la comparaison suivante : " l'aire du cercle de diamètre 9 est celle du carré de côté 8 coudées " a trouvé la première valeur de Pi : 3.16 .

   Les Babyloniens, 400 ans av. JC. ;  Archimède, au IIIe s. av . JC. ;  les Chinois vers le IIIe s. de notre ère s'approcheront au cent millième de la valeur exacte de Pi . Au IVe s. de notre ère, les Indiens, donnent , dans le Siddhanta la valeur, reconnue aujourd'hui, de  3.1416 . Ala fin du XIVe s. , les Arabes parviendront à 14 décimales exactes, l'Occident arrivant à 9 décimales, au début du XVIe s. 

   Le nombre Pi est à la base de toute mesure de l'espace clos parfait : le cercle , et donc de notre architecture, de notre urbanisme, de tant d'objets qui font notre quotidien . Pi a traversé 4000 ans d'histoire de l'humanité .

 

   Aujourd'hui, les savants qui ont remplacé Archimède, Ptolémée ou Galilée, et qui prétendent présider à nos destinées, s'appellent " les économistes " . Ils ont compris l'importance que peut revêtir l'adoration d'un nombre, un tant soit peu mystérieux, par les êtres humains, alors ils ont inventé le " PIB " . Vous savez, ce nombre, ils disent cet indicateur, chargé de mesurer la richesse du monde, plus précisément " la création de la richesse monétisable " . Il faut comprendre la production de tout ce qui peut devenir une marchandise .

   Pour ces nouveaux savants, la richesse ne peut être que quelque chose qui s'achète et qui se vend . Que l'on puisse être riche de bien d'autres choses ne leur effleure même pas l'esprit .

   Ils ont donc assis les vies de sept milliards d'êtres humains sur un PIB : Produit Intérieur Brut .

 

   Si vous voulez comprendre où ils veulent en venir, il suffit d'examiner l'information qu'ils nous diffusent depuis l'automne 2012, à des fins idéologiques .

   " En 2016, les Etats-Unis auront perdu leur première place dans le classement mondial du PIB, au profit de la Chine " ,(1),  les Etats-Unis , dans l'univers des économistes, représentant le Bien, et la Chine, le Mal . Mais que signifie ce PIB ?  Signifie-t-il, qu'en 2016, la Chine sera le pays le plus riche du monde, donc un pays trés dangereux, puisqu'il représente le mal ? Veut-on nous faire peur ? Ne voudrait-on pas, derrière cet affichage, nous masquer d'autres réalités ?

   Car, à la vérité, la réalité est tout autre . " Rapporté à la population de chacun de ces pays, cette nouvelle signifie seulement, qu'en 2016,  la richesse d'un Chinois atteindra 20% de la richesse d'un Américain " .(1) . Ce qui n'est plus la même chose .

   " Dans des pays trés inégalitaires, le PIB ne reflète ni ce qu'il advient des riches, ni ce qu'il advient des pauvres, pas même de l'ensemble de la population " . " La démarche juste serait de nous dire ce qu'il advient du revenu du plus grand nombre, et non de celui d'une minorité ". (1) .

   Quand on sait que les évolutions du PIB, son taux de croissance,  alimentent toutes les enquêtes internationales qui donnent lieu à ces classements de pays, dont sont si friands les médias, plus ou moins abscons, on ne peut que s'inquiéter .

   Quand on sait, aussi, que " les critères d'évaluation des politiques économiques déterminent ces mêmes politiques économiques ", (1), comme le montrent les politiques d'austérité européennes actuelles, on devine aussitôt tous les dangers que  l'adoration d'un tel " veau gras ", nous fait courir :  l'imposition de réformes socialement coûteuses et le plus souvent inutiles " sur la base de statistiques artificielles et arbitraires " .

 

   Affirmons-le sans ambage, si nous devons au nombre Pi les plus beaux monuments de l'histoire de l'humanité, si nous laissons faire, nous devrons au PIB, la plus grande catastrophe humanitaire de tous les temps . Car soyons clairs, le PIB menace la démocratie .

   " Une croissance - du PIB - qui ne bénéficie qu'à une fraction infime de la population et qui est préjudiciable à une part importante de cette même population, va rendre tous régimes démocratiques insoutenables " .(1) .

   Retenons une première leçon,  quand les médias, les think tanks, les ONG, les fondations  les fonds de recherche, sont contrôlés par une poignée seulement de privilégiés, seul le PIB fait autorité .

   Et les manipulations du PIB, nous entraînent , plus loin encore . Qui peut admettre que " l'on va résoudre le problème du chômage en multipliant à l'infini le nombre de salariés qui ne peuvent plus vivre de leur travail " ? (1) .

   Et si l'on retournait le concept de mondialisation, si utile aux économistes, pour nous faire avaler que tout est sous contrôle, grâce au PIB, mais que les sacrifices sont incontournables, pour leur dire que, justement, à cause de la mondialisation, les gens n'ont jamais eu autant besoin de protections, et qu'il n'est donc pas question de toucher aux protections sociales ?

 

   Entre ceux dont le futur - un indécent futur - est assuré et ceux que hante la peur du lendemain, la religion du PIB a dévoré tout espace de négociation . Avec le nombre Pi  les hommes ont négocié tous les espaces et les volumes possibles et imaginables . 

   Par contre, il faut partir à l'assaut du PIB, pour retrouver tous nos espaces de négociation et de progrés .

 

 

   NB : (1) . D'aprés l'article de l'économiste Jean Paul Fitoussi, dans le magazine Marianne No 827 : " L'économie contre la démocratie ", annonçant la parution de son prochain livre : " Le théorème du lampadaire " .

   

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Published by regain2012 - dans Société
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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 14:48

"  Manque d'imagination ? Amateurisme ? Poids des technocrates ? Crainte de la sanction des marchés ? Peur de prendre des décisions ? Vision à court terme ? Application simpliste de l'analyse social-démocrate ? " . Toutes les questions ont été posées par les médias à l'endroit de la gouvernance Hollande . Il y a sûrement un peu de tout cela . Et autre chose aussi !

 ( Illustration : lexpress.fr ) .

 

 

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   Peu d'observateurs ont relevé, cette semaine, avec quelle tranquillité, voire sérénité, F. Hollande a accueilli les résultats de la Commission Européenne, concernant les objectifs qu'il s'était fixés : déficits, chômage, perspectives 2014, récession . Les éditorialistes ont préféré gloser sur les " camouflets " touchant au budget européen en baisse, ou le pacte de croissance mis au rebut par Merkel et Cameron . 

   Eh ! bien, je vois les choses autrement . Comme je l'ai déjà dit, François Hollande sait où il va, n'en déplaise aux amis de Sarkozy et n'est pas autrement inquiet . Oh ! Ce ne sont pas les encouragements de l'agence de notation Standard & Poor's, qui le rassurent, non, c'est la capacité de la France à payer encore, un peu plus d'impôts, ce qui explique d'ailleurs, l'attitude de S & P .

   Si je ne craignais d'être vulgaire, je dirais qu'il s'est convaincu d'en avoir " encore sous la pédale ", c'est à dire de pouvoir faire mieux, d'aller plus loin, plus fort .

   Cela mérite quelques explications !

 

   Il a assuré 2013 sans trop de dégâts, quelques points de popularité en moins . Voyez plutôt, ce que donne la facture de cette année, pour les classes populaires - celles qui ont entre 1100 euros et 2100 euros de revenus par mois, que nos experts osent appeler classes moyennes - .

  • désindexation du barême de l'impôt sur le revenu :  1.7 Mds d'euros .
  • refiscalisation des heures supplémentaires              : 0.5 Md .
  • retour des côtisations sur les heures supplém .       :  1.5 Mds .
  • augmentation des taxes sur le tabac et les alcools : 0.6 Md .
  • hausse du forfait social des salariés de 8% à 20%    : 1.8 Mds .
  • hausse du forfait des travailleurs indépendants        : 1 Md .
  • CSG sur les revenus du capital                                        : 0.6 Md .
  • hausse des côtisations des retraités                            : 1 Md .
  • assujetissement des retraites à la CSA                        : 0.4 Md .
  • hausse de la redevance TV                                               : 0.1 Md .

        Total                                                                                                      : 9.2 Mds d'euros .


   Les véritables classes moyennes et aisées payant dix autres Mds d'euros .

 

   Et pour 2014, la facture va augmenter d'autant pour ces mêmes classes populaires :

  • hausses de la TVA de 19.6% à 20%, et de 7% à 10%      : 6.5 Mds d'euros .
  • taxe carbone - à préciser, mais au moins de ... -           : 3 Mds .

          Total                                                                                 : 9.5 Mds .

 

   

   Que dire de plus ? Nous sommes loin des promesses du Premier Ministre, affirmant que les augmentations d'impôts seraient indolores pour 9 français sur 10 .

   Encore une fois, une comparaison politique s'impose . Et rien ne sert de se tricher à soi-même, mais la politique de F. Hollande s'apparente à la politique de Tony Blair, dans la deuxième moitié des années 1990, et que tant de socialistes français ont admirée et prise comme exemple . Je me souviens des propos de Margareth Thatcher, quelques années aprés son départ du gouvernement britannique, répondant à un journaliste qui lui demandait quelle était, selon elle,  sa meilleure réussite politique . La dame de fer avait répondu : " La création du New Labor " . Le New Labor était ce parti qu'avait créé Tony Blair, au sein du mouvement travailliste, pour gagner les élections de 1994 , avec lequel il poursuivit la politique de Mme Thatcher, ce pourquoi cette dame lui rendait hommage .

   Ce que reproche encore aujourd'hui, à Blair, le vieux leader de la gauche travailliste, Tony Benn .

 

   F. Hollande est un adepte de la société anglo-saxonne du " care " : " le souci des autres ", " la sollicitude ", " l'attention " apportée aux plus démunis, aux plus " vulnérables " et aux plus " dépendants " . Ce qui n'est pas condamnable en soi .

   Le principe en est :  " La société prend soin de vous, mais vous devez vous aussi prendre soin des autres et de la société " .

   La vulnérabilité et la dépendance sont des traits de la condition de tout un chacun, il faut donc avoir le souci constant des faibles et des victimes .

   C'est trés beau ! Mais cela porte un nom bien connu, la charité chrétienne, l'acte individuel, qui n'a jamais résolu les grands problèmes de l'humanité .

   La Révolution, en France, nous a appelés à choisir, la Justice, qui est tout autre chose . Mais les Anglo-Saxons, ont trouvé une expression admirable pour dénoncer le principe de Justice, par les politiques publiques, par la solidarité collective :

   - " Les vulnérables et les dépendants constituent le point aveugle de l'éthique et de la justice . " .

 

   Seul l'acte individuel n'est point aveugle . Le résultat de ce dogme signe la fin des solidarités publiques . F. Hollande poursuit, avec moins de brutalité certes, l'action entamée par son prédécesseur .

   Quant au chômage, son objectif n'est pas de le faire disparaître, mais, suivant en cela le dogme allemand, de le masquer, par une extension du travail partiel imposé et des " mini-jobs ", qui, si l'on en croit le journaliste allemand qui intervenait, jeudi dernier, dans l'émission " Des paroles et des actes ", sur France2,  " n'altèrent pas la dignité de leur titulaire, puisqu'ils sont légaux " . Qu'on ne puisse pas vivre avec 400 euros par mois, n'altère pas, non plus, la conscience d'un journaliste .

 

   Non !  F. Hollande, n'est pas inquiet puisque tout est prévu et moralement habillé . La rose aura vécu " l'espace d'un matin ", mais ses épines poursuivront les classes populaires quelques temps encore .

 

 

   NB :  les chiffres, concernant les impôts,  présentés, sont empruntés au tableu de la rédaction du magazine Marianne, No 827 , du 23 février au 1er mars 2013, page 12 .

   

 

   

 

   

 

   

 

 

   


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Published by regain2012 - dans Politique
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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 14:12

" Les marionnettes n'amusent que les enfants et les gens d'esprit " .  ( George Sand ) .

 ( Illustration : latabledecesar.fr ) .

 (1) .Sur une idée du journaliste Claude Weill ,du Nouvel Observateur, entendue dans l'émission " C'est dans l'air ", France5 .

 

 

Tatayet.jpg

 

   Tatayet est cette marionnette impertinente et provocatrice, animée par le ventriloque belge Michel Dejeneffe, et qui a agrémenté, bien souvent,  nos soirées télévisées , depuis 1975 .

   Et en ce moment, je ne peux m'empêcher de penser à " Tatayet " quand je vois l'agitation, l'énervement, l'hystérie " des Amis de Nicolas Sarkozy ", tant d'efforts déployés pour que le " grand homme " ne disparaisse pas de nos écrans, pour que l' oeuvre monumentale réalisée par le " grand homme " continue de rayonner dans toutes les chaumières du royaume de France, pour que le peuple, se sente tout à coup, honteux du deuxième régicide dont il s'est rendu coupable, le 6 mai 2012, en renvoyant dans les ténébres, un génie de l'histoire de France, à la fois Charlemagne, Saint-Louis, Louis XIV et Napoléon .


   Ne nous y trompons pas :  N. Sarkozy, ce n'est pas Tatayet ! N. Sarkozy c'est Michel  Dejeneffe, le ventriloque, mais en plus fort : il a cloné plusieurs  " Tatayet ", chargés de parler à sa place, plus précisément de dire ce que lui voudrait dire, mais ne peut pas dire, car c'est encore trop tôt pour être dit  - peut-être le moment sera-t-il venu, aprés les élections municipales du printemps 2014 - et puis, dites, il y a les 12 000 euros mensuels du Conseil Constitutionnel, qui lui interdisent de se mêler de la politique intérieure . Il ne va pas se priver de cet argent de poche, bêtement .

   Qu'à cela ne tienne, il a ses " Tatayet " :  Morano, Hortefeux, Estrosi, Copé, Guéant, Guaino, Minc, Balkany, Séguéla ... Rien que des flèches ! Et ils donnent de la voix !

   Ils étaient venus, ils étaient tous là - enfin presque - comme le chantait Charles Aznavour dans les années 1960, mais c'était pour la mamma, à la Maison de la Chimie, ce 20 février 2013, des centaines, plus tout à fait jeunes, à vrai dire, nostalgiques et surtout pleins de haine pour la populace qui préféra Hollande à leur dieu olympien . 

   On put y entendre évoqués les " hauts faits d'armes " de la Présidence Française de l'Union Eurpéenne, au cours du deuxième semestre de l'année 2008 . Nicolas arrêtant, en Août 2008,  de ses petits bras les chars russes qui filaient à toute allure sur Tbilissi, la capitale de la Géorgie ; sauf que l'offensive russe était déjà terminée .

   Nicolas sauvant la planète - oui monsieur, la planète - d'une crise fiancière sans précédent , en octobre de la même année ; sauf que, dans la crise, nous y sommes toujours, et que les exploits de Nicolas ont coûté au pays 600 mds d'euros supplémentaires de dette .

   Et Nicolas, dans le désert de Libye, sentant bon le sable chaud, pourfendant un ami de la veille, déstabilisant pour des décennies tout un pays, et laissant aux mains des islamistes, des arsenaux d'armes vertigineux , allumant , dans le Sahel, un incendie, dont nous allons entendre parler, trés longtemps encore .

  •  Parmi les plus belles envolées, entendues, ce 20 février 2013, relevons celle de J. F. Copé :
  •  " Depuis le début de l'année 2013, nous avons retrouvé le chemin de la sagesse, la volonté de travailler ensemble, avec une seule idée : servir les intérêts de la France , sur la base des idées que nous avons bâties avec N. Sarkozy ."
  •    Ou encore, celle d'Ingrid Bettencourt : " N. Sarkozy a porté les idéaux de Liberté, Egalité, Fraternité au-delà des frontières . Il a globalisé que nous nous faisons du Bien . Il a eu le cran d'apporter du spirituel dans la politique . "

 

   Lâchons-nous , pourquoi se gêner ?  Notre héros, était aussi un grand philosophe et un moraliste , et qui sait, pourquoi pas, un grand théologien !  Enfin, c'est d'un tel ridicule, que la grande presse, toujours prompte à emboucher les trompettes de la renommée, n'a pas osé se faire l'écho de pareilles imbécillités .

 

   Ces sketchs , que je ne nommerai pas " tatayétiens ", car la marionnette " tatayet " ne mérite pas pareille ignominie, m'ont aussitôt  fait penser à la propagande bonapartiste, de l'époque du Consulat, quand Bonaparte installe sa réputation de général invincible, dans le paysage politique , encore mais pour peu de temps, révolutionnaire .

 

   Et cela commence  par la victoire du Pont d'Arcole, prés de Vérone, en 1796, où, Bonaparte, face à une citadelle autrichienne puissamment armée,  loin de traverser le pont en brandissant un drapeau tricolore , est précipité dans les eaux boueuses de la rivière Alpone, ce qui lui sauvera la vie, car les autrichiens empruntant le pont, ne le verront pas .

   Mais le peintre Antoine Jean Gros saura, avec l'aide de Joséphine de Beauharnais, peindre, autre chose, cette image d'Epinal, que nous avons tous vus, dans nos vieux livres d'histoire .

   Et cela continuera, cette fois, avec le peintre Jacques Louis David, qui ne nous présentera pas, un Bonaparte franchissant, inquiet, le col du Saint-Gothard, dans les Alpes, pour la deuxième campagne d'Italie de mai 1800, sur le dos d'une mule ,  car la piste est étroite,  mais un fringant général sur un cheval nerveux , défiant la montagne et déjà le monde . Bonaparte commandera à David plusieurs copies de l'évènement, pour être présentées dans toutes les Cours d'Europe .

   La légende se poursuivra, avec la semi-victoire du village piémontais de Marengo , en Juin 1800, dont Bonaparte réécrira trois fois le scénario, afin qu'il consacre définitivement, son autorité de Premier Consul .

   Ces anecdotes ont fait dire aux historiens que Bonaparte avait inventé les bases de la propagande politique .

 

   Je me sens pousser des ailes, et  j'ai presque envie de conseiler une démarche politique singulière à notre " petit timonier " . Sans avoir à partir de l'île d'Elbe, il pourrait commencer sa marche vers la reconquête de Paris, depuis la maison de sa femme au Cap Nègre, emprunter la Route Napoléon, à travers les Alpes, pour marcher à la rencontre de son Maréchal Ney, à lui, qui pourrait le conduire triomphant jusqu'à la capitale, où l'attendra un peuple en liesse .

   Certes, il lui reste une tâche qui n'est pas mince : trouver son Maréchal Ney !

 


 

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 14:50

" Les dispositifs uniquement ciblés sur les pauvres tendent à devenir à la longue de pauvres dispositifs " . ( Antoine Math . Economiste ) .

 ( Illustration :  clinique.qc.ca ) .


 

 

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   Le constat, ci-dessus, est largement démontré par la baisse permanente des minimas sociaux par rapport au revenu médian,  qui sont devenus des pièges à pauvreté .

   Nous évoqions hier l'histoire des politiques familiales en France, tout au long du XXe siècle, et les dangers encourus par la société à vouloir toucher à cet édifice, à des fins strictement comptables et dans le seul souci de trouver des économies .

   Relevons d'abord une réalité : les seules et bien connues " allocations familiales " sont versées chaque année à 4 Millions et demi de familles et représentent une somme de 12 Mds d'euros , - chiffres CAF - .

   Si l'on cumule toutes les aides à la famille, versées par les CAF : complément familial, femme isolée, Paje, aide personnalisée au logement, aide à la garde d'enfants, allocation de rentrée scolaire, complément au RSA socle pour les enfants,  la totalité de ces prestations représente une somme de 77 Mds d'euros par an .

   Rappelons que l'ensemble des niches fiscales, dont les exonérations des charges sociales aux entreprises, représentent exactement le double : 154 Mds d'euros/an .

   Rappelons également que le poids des  politiques  familiales à l'intérieur de la production de richesse du pays n'a cessé de baisser depuis la Libération .

   En 1948, " la branche famille " représentait 50% des dépenses de Sécurité Sociale . Elle n'était plus que de 13.8% en 2007,  et 12.1% , si l'on retire l'Allocation Adulte Handicapé, qui n'est qu'en partie une prestation familiale .

   Un exemple concret : en 1954, une famille de trois enfants recevait l'équivalent de 781 euros/mois - hors allocation logement -, en 2006 elle en reçoit la moitié, soit 403 euros .

   La branche famille qui pesait 3.5% du PIB en 1950, ne pèse plus que 2.3% de ce même PIB en 2006 , et si l'on regarde le PIB: Personne les aides familiales sont passées de 20% à 10% .

   Rappelons enfin, que nous ne sommes pas les plus actifs en matière d'aide familiale en Europe, nous ne sommes même que huitième,  puisque le Danemark y consacre  3.8% de son PIB ;  le Luxembourg 3.7% ;  l'Allemagne 3.3% ;  la Suède 3.1% ;  la Finlande 3% et la Norvège 2.9% ...

   Il faut dire qu'actuellement, la moitié de ces aides est déjà soumise à un plafond de ressources .

   En outre,  l'effet redistributif pour réduire un peu les inégalités est avéré : 61% de ces sommes reviennent aux familles ayant le niveau de vie le plus bas . Mais précisons, en même temps, que la charge représentée par l'éducation d'un enfant , si elle est couverte à 40% par la collectivité, reste à 60% à la charge de la famille .

 

   Tout cela étant dit, l'on peut donc regarder si quelques points ne peuvent pas être corrigés . Le Président de la Cour des " Comptables " n'est pas un sot, aprés tout . Et puis, les médias sont déjà en campagne, les sondages tombent : trois Français sur quatre sont favorables au plafonnement des prestations familiales ; cela ne peut qu'aider ceux qui nous gouvernent . Un Français sur deux seulement est favorable à la fiscalisation de ces aides .

   Un rapport récent de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques, ( DREES ), du Ministère de la Santé a montré que soumettre les " allocations familiales " à l'impôt rapporterait 800 millions d'euros, la moitié de l'effort étant supporté par les 20% les plus aisés . Les ménages modestes seraient relativement épargnés .

   Présenté comme cela, la mesure revêt, en apparence,  un caractère de justice sociale - si chère à F. Hollande et J. M. Ayraut - sauf que ce n'est pas si simple : l'augmentation des impôts est là, avec son cortège de rebuffades, les classes moyennes se retrouvent dans l'oeil du cyclone et des familles non-imposables se retouveront à payer l'impôt sur le revenu .

   Le plafonnement des " allocs " sous condition de ressources paraît également une bonne idée, mais déjà montent des revendications à l'endroit des mères élevant seules un ou plusieurs enfants, qui constituent la moitié des familles surendettées auprés de la Banque de France et les gros bataillons des " bénéficiaires " des associations humanitaires . Tout comme  le droit aux allocations familiales dés le premier enfant . Droit légitime et nécessaire, c'est une évidence, mais qui , si on le fait reposer sur la politique de la famille, alors qu'il relève de la lutte contre les exclusions, va dénaturer complètement le cadre politique initial .

   Ce faisant, nous basculons dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion, domaine trés facilement stigmatisable, facile politiquement à attaquer - nous gardons tous le souvenir des agressions verbales du Président précédent - aisément érodable, par circulaires administratives, mais surtout générateur d'enfermement . Une politique familiale nationale, n'enlève pas leur dignité aux personnes : l'aide sociale, pour ne pas employer le terme d'indigence, est humiliante .

   Voilà pourquoi je dis qu'il y a danger à vouloir " découdre " la politique familiale, parce qu'on n'a pas le courage " d'en découdre " avec les banques et les profiteurs de niches fiscales, qui de toute façon, ne cesseront jamais de " gueuler " au hold-up . 

   Enfin, peut-être allons-nous avoir droit à un vrai débat !


 

   NB : inspiré par l'article de Mediapart " et si Didier Migaud n'avait pas toujours tort " , de Mathieu Magnaudeix, en date du 20/02/2013 .

 


   

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 15:10

" La progressivité du taux d'imposition se justifie parce que le superflu peut, par définition,être réduit dans une proportion plus forte que le nécessaire ... Un célibataire a un niveau de vie supérieur à un père de quatre enfants ayant un même revenu . Les imposer également serait frapper également la part des plaisirs et la viande du premier, mais frapper déjà la part de pain du second ."  ( Alfred Sauvy ) .

 ( Illustration : bonjourdefrance.com ) .

 

 

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   Ce pourrait être amusant s'il ne s'agissait de la vie quotidienne de millions de Français, et avec eux de millions d'Européens, mais la politique " des fonds de tiroir " que l'on racle, sans révolution,  juste en vue de trouver des économies pour rétablir les sacro-saints équilibres budgétaires, nous fait basculer dans un nouveau modèle social, sans heurts, presque sans débats .

   L'austérité ne suffit plus, nous n'arrivons pas à atteindre les objectifs fixés par des lumières, qui n'éclairent pas l'Olympe, mais les labyrinthes bruxellois, alors il faut trancher dans le vif, et arracher, carrément, les morceaux : et tant pis s'ils sont bons et sains . On ne regarde plus cela, à l'époque où l'on peut nous faire prendre du cheval pour du boeuf .

   Je veux parler de la politique familiale, qui est maintenant dans le " silencieux " du gouvernement, à travers  le " viseur " de la Cour des Comptes .

 

   Comme c'est le cas trés souvent, un peu d'histoire est nécessaire, pour aborder le sujet . Les allocations familiales ont été créées en 1932, suite à l'inquiétude du gouvernement français de l'époque à l'endroit d'une poussée de la natalité en Allemagne . Les instituteurs sont sollicités pour appuyer, dans les écoles, la politique de natalité, comme les officiers dans les casernes . Le Gouvernement Provisoire, en 1945, dans le cadre de la mise en place de la Sécurité Sociale,  en élargit le champ, crée le "quotient familial " -  demi-part par enfant, dans le calcul de l'impôt sur le revenu - mais sort le premier enfant du droit aux " allocations", au titre d'une incitation à la natalité .

   Deux principes président à la confirmation de ces droits . Le premier est le principe d'universalité : tous les Français, quels que soient leur revenu, ont accés aux allocations familiales, car il ne s'agit pas pour le législateur de l'époque d'une règle de répartition de la richesse, mais d'une volonté politique de la Nation, clairement affirmée, de participer à la construction de l'avenir de cette nation .

   Le deuxième principe, est lié au principe républicain d'égalité .  Le quotient familial, voté à l'unanimité des deux chambres,  est assis sur la règle, non pas du revenu brut, mais sur la notion de niveau de vie, comme le rappellent  la réflexion d'Alfred Sauvy, citée ci-dessus , et l'expression du sénateur socialiste  Adolphe Landry, porteur du projet : " à niveau de vie égal, taux d'imposition égal " .

   Rappelons également que la politique familiale correspond à la transition entre une France rurale, pré-industrielle, où la famille, les enfants, assurent directement  la subsistance des Anciens - leur retraite, diront certains -,  la même maison accueille trois générations, parfois plus ; transition avec la première révolution industrielle, où les enfants quittent la ferme, pour la ville et l'usine .

   Il faut alors que la société se préoccupe des Anciens, abandonnés par la force des choses, et c'est le début des revendications ouvrières, à la fin du XIXe siècle, pour la mise en place des Caisses de Retraite .

   La " Libération " consacre le principe des retraites par répartition, prises en charge par les actifs, ce que l'on appelle la solidarité intergénérationnelle . Attention !  Nous sommes au coeur du sujet ! 

 

   Aprés la saignée en hommes du conflit de 1914- 1918, l'industrie ne pouvait  plus se passer du travail des femmes , tout comme l'agriculture, mécanisation et immigration ne pouvant tout combler . Il fallait donc trouver des politiques familiales, qui eurent du mal à voir le jour, jusqu'à la Libération .

   Mais en 1945 , le législateur décide que l'échange intergénérationnel relève dorénavant de l'Etat, qui doit veiller à son bon déroulement, à l'équité des échanges et à la pérennité du système .

   On voit trés clairement l'imbrication extrême entre système de retraite et politique familiale . Puisque les actifs supportent , à un temps donné, la sécurité du versement des pensions aux aînés, il faut que ces actifs soient les plus nombreux possible, dans ce même temps, donc que les enfants d'aujourd'hui, qui seront les côtisants de demain, soient le plus nombreux possible, eux-aussi .

   Il faut donc que l'aide aux familles soit à la hauteur de cet enjeu, hauteur qui peut se manifester, bien sûr, par différentes mesures : allocations, baisses d'impôts, investissements pour l'école, l'école maternelle, les crèches, les gardes d'enfants, les aides à domicile, le congé parental .

   On le voit, la construction d'une politique familiale, réussite française incontestée, a pris du temps, est complexe, n'est pas indépendante de tout un modèle social et économique , au contraire trés intégré .

   Tirer un seul fil de cette pelote, pour de minables considérations comptables , c'est prendre le risque de tout renverser, c'est à l'évidence tourner la page de solidarités constitutives de l'idéal républicain .

   Et pire que tout : alors que nous vivons une époque de dissolution du lien social , dont témoignent  les comportements égoïstes et arrogants de nos stars du showbizz, toucher aux politiques familiales, peut jeter des millions de personnes appartenant aux classes moyennes, dans le rejet de notre Projet Républicain - du moins de ce qu'il en reste - dans le rejet de la côtisation sociale, dans le rejet de l'impôt, en un mot dans le rejet de la solidarité .

   Et nous entendrons bientôt, dans les micro-trottoirs qu'affectionnent nos journalistes, ce qui est courant aux Etats-Unis : " Je ne veux pas payer pour les autres ! "

   Et l'édifice France sera par terre, à la disposition de qui voudra le ramasser .

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 14:42

"  Frères humains, qui aprés nous vivez, / N'ayez les coeurs contre nous endurcis, / Car si pitié de nous, pauvres, avez, / Dieu en aura plus tôt de vous mercis ." (1) . François Villon .

 ( Illustration : echolalie.org ) .pendus1.jpg

 

   Nous vivons une étrange époque ! Nous devinons que ceux qui détiennent le pouvoir nous ont passé une corde au cou, qu'ils serrent, au fil des mois, sans hâte, mais avec détermination, sans à-coups, pour éviter toute douleur trop aigüe, mais inexorablement, parce qu'il faut mettre hors d'état de nuire des idées saugrenües, que ces irresponsables de Français sont allé instiller dans la tête de gens qu'ils ont osé appeler " citoyens " : c'était en 1789, puis en 1793, puis en 1848, puis en 1870 et même en 1945, où des personnalités de premier plan, qui n'auraient jamais dû porter de telles idées subversives, sont allé inventer la Sécurité Sociale, la politique familiale, la politique de santé universelle, les retraites : en un mot la solidarité .

   Allons, laissons tomber les balivernes de dette, de déficit, de compétitivité, de libre échange, qui ne sont que des leurres pour nous faire accepter une seule chose : les solidarités n'ont rien à faire dans un système où seuls comptent la concurrence entre individus, l'individualisme, la réussite personnelle, l'égoïsme .

   Un système que Jules Renard résumait parfaitement : " Il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas " .

 

   Le drame, est que les héritiers de ceux qui portèrent haut et fort " la grande Idée " de solidarité, sont ceux qui aujourd'hui tiennent le bout de la corde qu'ils serrent autour de notre cou . Parler de trahison serait trop facile ! Je préfère à cet anathème le reproche de déni, d'aveuglement , de lassitude intellectuelle à l'endroit de forces qui, elles, ne se fatiguent jamais d'amasser, d'accumuler, de profiter .

   Les descendants de ces forces anciennes qui faisaient des profits en créant de la richesse ont complètement changé le logiciel : aujourd'hui " ils créent de l'argent " .

   Vous n'allez pas leur demander de participer à l'éducation pour tous, au maintien de la santé pour tous, au droit que pourraient réclamer nos anciens à une vieillesse digne . Ce n'est pas le rôle de leur " argent " .

   A propos de nos anciens, il est de bon ton d'affirmer qu'ils sont des privilégiés, que les retraités ont plus de revenus que les salariés . J'invite chacun à lire le récent rapport de la Banque de France sur le surendettement, en France . La dernière évolution montre l'augmentation des personnes seules avec enfants, le plus souvent, et surtout de retraités pris entre deux nécessités : l'aide à leurs ascendants trés âgés et l'aide aux enfants tombés dans la précarité .

 

   Trêve de bavardages ! Regardons la réalité en face ! Le gouvernement actuel a choisi l'Europe et ses diktats . Aprés la ratification du traité européen de stabilité budgétaire, en octobre dernier, la messe était dite: nous venions de nous passer la corde au cou et le noeud coulant ne va plus cesser de se serrer .

   Nous avons commencé par la rigueur budgétaire et une explosion fiscale sans précédent . En fait la réponse la moins dangereuse pour les tensions sociales, si on l'habille intelligemment d'une pseudo idée de justice .

   Nous avons poursuivi avec la consolidation d'une politique de santé à deux vitesses, confirmée par les accords sur les dépassements médicaux pour les médecins spécialistes et le déremboursement de davantage de médicaments et de certains actes .

   La pression sur les salaires et les retraites se poursuit .

   Mais Bruxelles, Mme Merkel, la BCE et les Marchés ne sont pas satisfaits . Pourtant, en matière de santé de nos services publics , nous sommes , comme on l'entend dire, " à l'os " .

   On exige de nous des révisions structurelles : l'accord " dit social " du mois de janvier, qui ôte aux travailleurs toute protection contre les licenciements est insuffisant, répètent les mêmes .

   Alors on va serrer une fois de plus le noeud coulant . La Cour des Comptes, agissant de plus en plus comme un Parlement d'Ancien Régime, qui possédait un droit de remontrance envers le Roi, en matière d'impôt, dit, chaque mois, au Président de la République, comment il doit s'y prendre . 

   Et pour cette semaine le ton est donné, et la confirmation que ce qui reste du modèle français de solidarité, c'est encore trop et que cela fait mauvais effet sur l'ensemble de l'Europe, et envers les marchés, mais cela va sans dire . 

   Alors, il va falloir toucher à la politique familiale et , à nouveau, aux retraites . Gageons qu'avec le courage politique qui caractérise ce gouvernement, nous nous acheminons, une nouvelle fois, vers des mesures fiscales, jugées par les politiques moins dangereuses que la suppression des allocations familiales pour les hauts revenus, ou le recul de l'âge légal de la retraite : les prestations familiales seront assimilées à un revenu et donc imposables ; l'abattement de 10%, dans le calcul de l'impôt sur le revenu, accordée à nos retraites , lui, sera supprimé .

   Le noeud-coulant poursuit sa course . Les grands-parents aideront un peu moins les petits-enfants, ce n'est pas grave .

 

   Pendant ce temps, ceux qui nous ont précipités dans l'abîme, vont continuer à vivre du bon temps ! Le saviez-vous ? Vous pensez encore que la finance française est matraquée par le fisc ? Eh ! bien, détrompez-vous ! Les grandes  banques françaises, ( BNP Paribas ou Société Générale ),  ont payé ces dernières années, entre 2002 et 2009,  8% d'impôts, en moyenne, sur leurs bénéfices - pendant que vos frais bancaires explosaient - , le niveau de Total , soit quatre fois moins que les PME . Si l'on y ajoute les banques mutualistes ce montant passe à 13%, oui 13%, alors qu'une PME paie 33.4% . Nous sommes le pays qui taxe le moins ses banques, 13%, seule l'Autriche est plus généreuse que nous pour ses banquiers : 10% . (2) .

 

   Dans le même temps, l'Allemagne taxe ses établissements financiers au taux de 50% ; les trés libéraux Etats-Unis et Royaume-Uni à 30%, Danois et Italiens à 25% . (2) .

   " Mon adversaire c'est la finance ", a-t-on pu entendre, durant la campagne électorale de 2012  :  cherchez l'erreur .

   La vérité est cruelle . N'est-ce pas  M. Moscovici, Ministre de l'Economie et des Finances, qui déclariez, il y a peu, devant la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale : "  Je ne suis pas l'ennemi des banques ..." ? 

   La suite de ce discours ne peut être que :  le supplice du noeud-coulant, pour la grande majorité des Français, est donc une nécessité .

 

 

   NB :  (2) Rapport de fin janvier du Conseil des Prélèvements Obligatoires ( CPO ) . Ces chiffres ne se trouvent que dans les annexes, car le coeur du rapport ne présente que les lamentations des banquiers sur la trop forte pression fiscale qui les broie . ( Cité par Emmanuel Lévy, Marianne No 826, page 42 ) . 

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 14:33

"  Les individus, familles ou groupes de la population peuvent être considérés en état de pauvreté quand ils manquent des ressources nécessaires pour obtenir l'alimentation type, la participation aux activités sociales et pour avoir les conditions de vie et les commodités qui sont habituellement encouragées ou approuvées dans les sociétés auxquelles ils appartiennent ." ( Peter Townsend . Economiste britannique : 1928-2009 ) .

 ( Illustration : mplbelgique.worldpress.com ) .

 

 

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   Nous devons à F. Hollande de nombreux débats sur la notion de richesse, depuis son fâmeux " je n'aime pas les riches ", en 2007,  jusqu'à la surtaxe de 75% sur les revenus supérieurs à un million d'euros par an . Force est de constater que chez nos experts économiques, personne n'a voulu " se mouiller " et que la définition du " riche " n'a pas avancé d'un iota .

   Que l'on prenne l'approche toute subjective d'un blogueur : " Avec 30 centimes d'euros je peux manger un plat de riz en sauce au Burkina Faso, je peux éventuellement, trouver une demi-baguette de pain dans certains coins ruraux de France et je peux acheter un bonbon à Paris . Avec 30 c. je suis riche au Burkina Faso et pauvre à Paris " ;  ou que l'on prenne la trés prudente  mais totalement floue approche de l'INSEE pour qui les riches se trouveraient dans le 10% des foyers de quatre personnes, les plus aisés, qui ont un revenu d'activité supérieur à 35 000 euros, par an . Mais l'INSEE ne fait  entrer dans ses critères ni le patrimoine, pourtant essentiel, ni les revenus du patrimoine .

   Finalement, ce n'est pas si grave : être riche, c'est posséder, et ce que l'on possède se voit, pire, se montre, s'exhibe .

   Bref, le débat sur une définition de la pauvreté, eût été plus utile : car ce qu'on ne possède pas ne se voit pas, et par conséquent est plus difficile à appréhender . Cependant  les réflexions sur cet état social, n'ont pas manqué, depuis le Siècle des Lumières .

 

   Pour simplifer le débat, nous pourrions dire que l'approche de ce concept a été traversée durant tout  le XXe siècle, par trois courants essentiels .

   Le premier, est celui des économistes, porté par Martin Rosavallion, Directeur Recherche et Développement à la Banque Mondiale, et cela ne nous étonnera pas, il s'agit de l'approche " monétariste " . " Le modèle de la pauvreté monétaire explore la pauvreté en tant que non-réalisation d'un certain standard de vie, exprimé monétairement ", dit François Bourguignon, directeur de l'Ecole d'Economie de Paris . Le revenu ou les dépenses de consommation d'un individu ou d'une " unité de consommation " - autrefois on disait une famille - sont mesurés à l'aune de nombreux paramètres quantitatifs, et déterminent si cet individu ou ce mini-groupe est en dessous d'un seuil arbitraire, le seuil de pauvreté : en Europe 60% du salaire médian, soit pour les Français, 960 euros par mois, de revenus .

   L'hypothèse, qui fait consensus chez les économistes, en est que les différences de revenu ou de consommation permettent de rendre compte des différences de conditions de vie . La pauvreté monétaire y est vue comme prenant en compte les différences entre les individus qui cherchent tous à maximiser leur bien-être avec les ressources qu'ils possèdent et parviennent ainsi à des niveaux de satisfaction différents . La catégorie de pauvres est alors celle qui ne peut pas, avec les ressources qu'elle possède, acquérir " un panier de biens et de services " qui est pourtant nécessaire à sa survie .

   Relevons, en passant, que cette théorie réduit l'être humain à sa fonction économique, sans autres considérations philosophiques ou métaphysiques, pour utiliser le terme à la mode, à " l'homo oeconomicus " .

   Et cela n'est pas sans conséquence . Les tenants de l'analyse en termes monétaires n'hésitent pas à pousser leur logique jusqu'au bout . Et cela éclate dans la définition du seuil de pauvreté des pays en voie de développement . Le niveau critique des dépenses pour qu'une personne ne soit pas considérée comme pauvre est, dans ce cas précis, défini par la moyenne des seuils de pauvreté nationaux : ces seuils sont calculés comme étant le coût associé au niveau minimum de calories nécessaires pour ne pas tomber dans la sous-alimentation ou niveau de consommation nécessaire à la survie : il s'ensuit que le seuil de pauvreté, dans les pays sous-développés, est fixé par les spécialistes à 1.25 $ , par jour . Au-dessus de 1.25$ par jour, vous êtes riche, en Angola, au Congo, au Mali ou ailleurs ... Mais avec cette approche, les experts peuvent faire mieux .

   Haïti, l'île martyr, oubliée des dieux et des hommes ! Le dernier tremblement de terre, l'augmentation vertigineuse du prix des matières premières, le manque d'organisation des ONG, ont carrément pulvérisé le seuil de pauvreté . Dans l'immense bidonville de la Cité du Soleil, au Nord de Port-au-Prince, Josselène vend ses gâteaux d'argile et de matière grasse végétale - pleine de protéines, vous dira un cadre de la Banque Mondiale - pour 5 " gourdes "- 30 centimes d'euros, l'unité - . Les deux tiers de la population d'Haïti vivent avec trois de ces gâteaux quotidiens, et des maux de ventre permanents .

 

   La deuxième approche, portée par l'Américain John Rawls, se veut plus philosophique . C'est la théorie dite  " des biens premiers " .  Rawls base toute sa philosophie politique sur la colonne vertébrale de la " justice " .

   " Chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu des libertés de base égales pour tous, compatible avec le même système pour les autres .

   Les inégalités sociales et économiques ne sont supportables que si elles sont organisées à l'avantage de chacun - et non de quelques-uns - et attachées à des fonctions ou des positions ouvertes à tous . "

   Ainsi les valeurs sociales telles que la liberté, l'égalité, les bases sociales du respect de soi, que Rawls appelle " les biens premiers " doivent être réparties entre les individus de manière à ce que tous les membres de la société, considérés comme libres et rationnels, puissent accepter le contrat social que leur propose la société .

   Dans ces conditions, les " biens premiers " seront utiles à chacun et pourront l'aider à réaliser la plus grande part de ses projets de vie : liberté d'expression, d'association, de circulation, choix d'occupation, libre accés aux différents choix de vie, pouvoirs et prérogatives liés à son mérite, revenu et richesse attachés à son travail, et surtout les bases sociales du respect donc de l'estime de soi . L'Education joue un rôle majeur dans l'accés à tous ces " biens premiers " .

   La pauvreté n'est plus le résultat arithmétique improbable d'une série d'opérations arbitraires, mais est définie alors, sur la base d'une théorie de la justice et du bien, " de manière universelle ", pourrait-on dire, par le manque de " biens premiers " .

   

   Certains y voient une difficulté :  est-il vraiment possible de définir un ensemble de besoins primaires universels, communs à tous, sans tenir compte des variations individuelles ?  Demandons aux Haïtiens quelles opportunités individuelles nous leur avons laissées, depuis l'arrivée de Christophe Colomb sur leurs côtes ?

   Une telle question ne laisse pas de m'étonner ! Voilà plus de 2000 ans que la philosophie apporte des réponses à cette question, chaque fois balayées par les dirigeants politiques, pour qui, de pareilles idées sont trop subversives .

 

   L'économiste indien, Amartya Sen, Prix Nobel en 1998, pour ses travaux sur la famine, le développement humain et l'économie du bien-être, n'est pas convaincu par Rawls et aborde la pauvreté par un autre concept, celui des " capabilités " : il faut comprendre, " capacités à faire ou à être " , les pauvres étant ceux qui ne possèdent pas ces capacités . C'est la troisième approche de ce sujet .

   Sen condamne d'emblée l'approche monétariste, trop réductrice, puisqu'elle ne tient pas compte de la condition physique de l'individu ou de ses " accomplissements individuels ", c'est à dire de ses réussites autres que matérielles . 

   Son concept de " capabilités " est né avec les études qu'il mène sur les famines dans le monde, crises dans lesquelles il croit voir, au-delà des cycles climatiques et des décisions politiques, des faiblesses individuelles dans l'adaptation de certaines populations à l'arrivée d'une période de famine .

   Il met en cause notamment l'incapacité de certaines populations à se sortir de la dépendance engendrée par une seule ressource agricole, et défend la capacité à anticiper, en se prémunissant, par la culture de plusieurs ressources . Sauf que Sen néglige, ici, les éléments politiques et les stratégies de l'Occident pour faire dépendre l'alimentation des pays en voie de développement, des importations occidentales .

   Il constate ainsi que les famines seraient plutôt le résultat d'un dysfonctionnement dans la capacité d'appropriation des ressources que de la pénurie alimentaire et ne voit pas que cette " capacité d'appropriation " est entravée , par exemple, par les règlements de l'OMC .

   L'économiste indien propose, à partir de ce constat, une théorie selon laquelle, on peut mesurer " le bien-être " auquel un individu peut avoir accés, " en prenant en compte ce qu'une personne réussit effectivement à accomplir avec les ressources dont elle dispose, compte tenu de ses caractéristiques personnelles et des circontances extérieures . Sen ajoute à sa vision quelque chose d'important : l'individu est certes capable d'accomplissements, si ceux-ci sont à sa portée, mais aucune obligation de résultat ou d'accomplissement effectif  n'est exigée ; seule compte véritablement " la capacité à être ou à faire " . Les philosophies orientales ne sont pas loin !


    Sen propose donc une vision de la pauvreté par manque de " capacités ", et qu'importe le résultat ; Rawls, voit la pauvreté dans l'insuffisance de justice ; les monétaristes ne retiennent que les satisfactions matérielles par les ressources .

   Le propos n'étant pas de trancher entre ces trois visions de la pauvreté,  je laisse conclure les habitants de New-Delhi, ville de 13 millions d'habitants,  où 34% de la population vit dans des bidonvilles et 15% dans la rue .

   A une enquête sur leurs critères de définition de la pauvreté, les pauvres de New-Dheli ont répondu, par ordre d'importance : être une femme ; être âgé ; être peu éduqué ; avoir un faible niveau de consommation ; vivre dans un ménage où le père n'a pas de travail stable .

   Les pauvres de l'Asie nous donnent une leçon : la qualité de vie réelle est plus importante que le seul niveau de consommation .

 

 

   NB : d'aprés l'article de Raphaëlle Bisiaux : Comment définir la pauvreté ? site : www.leconomiepolitique.fr : No 49 de janvier 2011 . Raphaëlle Bisiaux est consultante auprés de l'OCDE .

   

   

  

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 00:00

 Réédition de mai 2012 .

  " Ces voix anciennes qui pourraient surgir, un jour, peut-être, de l'océan mental sur lequel flotte le monde d'aujourd'hui ." ( d'aprés Alexandra David Neel , à propos de la Chine . Sinologue . )

   ( Illustration : revue-medias.com ) .

 

 

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   " La mondialisation est en route et il n'est au pouvoir d'aucun gouvernement au monde de s'opposer seul à sa progression ... Au contraire, chaque soubresaut, chaque incident de parcours, chaque accident, chaque erreur, fournit l'occasion , non d'une remise en cause, mais d'un durcissement . A chaque épisode, l'emprise augmente des fabricants de normes sur la vie des peuples ." ( J. Peyrelevade . Le capitalisme total . nov . 2005 .Seuil  ).


   Un seul exemple : le G8 qui vient de se tenir à Camp David, il y a quelques heures, et alors que l'Europe est sur le point d'imploser, n'a accouché que de phrases creuses sur la rigueur et la croissance .

 

   De l'Antiquité à la Renaissance, de la Renaissance au siècle des Lumières, et au-delà, jusqu'au XIXe siècle et à l'avènement de la première révolution industrielle, de grands penseurs ont pu contester, influencer, voire infléchir certaines évolutions politiques, économiques et sociales . Aujourd'hui, les grandes voix se sont tues . Le silence est tombé sur l'absurdité et les perversions d'une logique économique et financière sans cap pour l'avenir de l'humanité .

 

   Qui répond, aujourd'hui, aux "fabricants de normes", qui s'imposent à tous, à " ces préceptes", dont l'excellence est tous les jours réaffirmée et ne saurait prêter à discussion ? Personne ! S'il y a , ici ou là, quelques réactions, elles sont éparses et surtout locales . Existent-ils, ces penseurs, capables de livrer une critique de la civilisation contemporaine et de répliquer à sa violence ? 

   Dans son tout récent livre, le  philosophe André Guigot : " Qui pense quoi ? Inventaire subjectif des grands penseurs contemporains ", n'en trouve  pas . Il ne voit, devant lui, " qu'un paysage intellectuel désolé " . ( Chronique de Robert Redeker . Marianne No 787 du 19 au 25 mai 2012 .)

   Soyons moins sévères qu'André Guigot et reconnaissons que  bien des facteurs objectifs peuvent expliquer des silences qui ne seraient que des murmures de " voix bâillonnées " .

 

   Et rappelons que les censures éditoriales, médiatiques, de l'argent, existent toujours, voire sont plus puissantes que jamais . Rappelons que les philosophes people tiennent le haut du pavé médiatique, et ne sont pas particulièrement intéressés à dénoncer un système dont ils vivent, et même trés bien .

   Cela dit, il est plus intéressant de chercher à identifier des raisons bien plus profondes à cette situation .

   

   " Hier, la force militaire du conquérant a vaincu des civilisations merveilleusement élaborées ; aujourd'hui, le marchand a étendu partout ses réseaux - a mis en place sa force de frappe médiatique, sa communication - quand le sage n'est pas encore sorti de son village ...", ( J. Peyrelevade ), entendez, de son laboratoire à l'Université .

   Qu'est-ce à dire ?

   Les normes dévastatrices du système sont universelles : les " marchands" ont su mettre à leur service toutes les technologies de communication, de transport, d'échanges, les forums et les commissions confidentielles, toute l'intelligence technique disponible, parce qu'ils en ont les moyens . Ces normes qui traversent la planète, dans des allers et retours incessants sont hors de portée de l'intellectuel, qui, lui, travaille encore dans une démarche de " voisinage " , et trés souvent individualiste .

   Qui connaît à l'heure actuelle un seul forum international de philosophie, ou d'histoire ou d'anthropologie ? Alors que les forums médicaux, économiques, de l'armement sont foison ! 

   Le philosophe ne s'est pas encore mis à la vidéo-conférence ou à l'internet ; le dialogue n'est pas facile entre penseurs allemands, japonais brésiliens, russes, français , sur des sujets qui à la fois les concernent et les débordent tous .

   Les langues, les nationalités, les cultures différentes, les distances physiques sont des obstacles que les multinationales ont surmontés depuis longtemps . Du coup, le discours de l'intellectuel est  " fragmenté", alors que le nouvel espace économique est homogène et armé .

   Autre difficulté : les préoccupations des marchands sont trés " terre à terre", donc frappées du sceau de la simplicité, la pensée est plus complexe . " La complexité fragilise, là où la simplicité triomphe " . Faire du profit est d'un usage plus immédiat que la philosophie .

 

   Et pourtant la critique de l'intellectuel est un préalable à toute remise en cause et partant à toute réforme .

   Mais voilà, l'intellectuel a toujours eu tendance à mépriser, un peu, l'emprise économique . Cependant il faut qu'il entende, qu'aujourd'hui, il est déjà prisonnier des lois élaborées en dehors de lui, et que cela ne peut que s'aggraver .

   Devant les dangers qu'encourt la planète et l'humanité tout entière, il faut exiger de lui qu'il renonce , pour un temps, à sa raison d'être, l'étude, l'analyse, l'élaboration d'une vraie culture littéraire, philosophique, artistique, religieuse , pour se plonger dans l'anonymat de la sphère marchande .

   Il faut exiger de lui, qu'il s'extraie pour un temps, de la culture fondatrice de l'identité, car attachée à un territoire, à l'histoire d'un peuple, d'une nation, qu'il s'extraie de " l'accumulation de siècles de sagesse", pour aller s'occuper de " mécanismes frustes", mais mondiaux, où réside d'ores et déjà la source de tout pouvoir .

   Face à " l'immédiateté barbare d'une puissance nouvelle", le philosophe doit élever la " muraille des valeurs séculaires ". Mais en évitant un écueil ! La condamnation morale ne suffit pas ; pas plus que l'imprécation ou l'affirmation de sa solidarité avec les dominés . La malédiction prononcée contre un système, ne dit rien sur le fonctionnement d'un autre modèle . La condamnation éthique est plus commode que le long apprentissage du détail de la technique économique, de la décomposition de ses rouages, pour savoir lesquels changer, lesquels freiner, lesquels libérer . Car il faut démontrer avant de dénoncer . C'est cependant ce que nous attendons de nos intellectuels .

 

   Il reste quelque chose encore à dire . L'intellectuel critique a besoin du politique . Historiquement c'est contre les princes qu'il a acquis le droit de s'exprimer, et de façon indépendante . Les princes ont vite compris leur intérêt à accepter l'interpellation du penseur, le dialogue incessant avec lui, d'où ils tirent leur légitimité .

   Aujourd'hui, la situation a changé . Le Prince n'est plus là . L'intellectuel a en face de lui, des normes, produits d'une activité anonyme, d'experts, de consultants, de gestionnaires interchangeables , mais aucun " architecte" contre qui tonner .

 

   Alors, que faire ?  Avant que notre démocratie ne soit définitivement devenue " un placébo local" à un modèle définitivement installé, dont les règles, les mécanismes, les structures, seraient devenus la nouvelle culture, chers intellectuels, ressaisissez-vous, reprenez langue avec les politiques et réinventez le politique .

 

 

   NB : inspiré du livre de Jean Peyrelevade . Le capitalisme total . Seuil .2005

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