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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 14:50

 Sous-titre :  " La common decency " d'Orwell . 


 "  La logique de l'individualisme libéral, en sapant continuellement toutes les formes de solidarité populaire  encore existantes, détruit du même coup l'ensemble des conditions morales qui rendent possible la révolte anticapitaliste " . ( Jean Claude Michéa : les mystères de la gauche . Interview à Marianne, No 828, 2 au 8 mars 2013 ) .

 ( Illustration : 1984 d'Orwell . stygmate.propagande.org ) .

 

 

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   " Le capitalisme est devenu un système économique, social et culturel total ", (1) .  Mode de vie forcément privé de tout sens - accumuler pour accumuler, disait Marx - inégalitaire puisque uniquement possible, selon la logique de l'accumulation - si la richesse se concentre à un pôle de la société, et l'austérité, la misère, à l'autre pôle , mais impossible à universaliser, dans un monde où les richesses sont forcément limitées .

   Relevons que, malgré les mensonges et les caricatures médiatiques, ces idées de bon sens commencent à être partagées par un public toujours plus large .

   Si ce constat peut paraître encourageant, souhaitons qu'il ne soit pas trop tard . Car, dans une société où tout conspire à créer un type d'être humain absorbé par la consommation et le plaisir du moment, à la fois cynique et conformiste, on peut se demander, si avec de tels citoyens, la démocratie pourra encore survivre longtemps .

   Le temps donc nous est compté !

   Le système capitaliste ne peut que s'effondrer - nous l'avons dit, les ressources de la planète sont limitées - mais, " sommes-nous sûrs que sa chute donnera naissance à une société décente, plutôt qu'à un monde barbare, policier et mafieux" ? (1) .

 

   Je reviens un instant à mon sujet d'hier, la gauche n'est plus la gauche . Dimanche dernier, le JDD publiait un appel de cent députés socialistes, appel de soutien aux accords dits " Accords Nationaux Interprofessionnels "- ANI - signés en janvier, et dont la transcription, dans la Loi, entre en discussion à l'Assemblée Nationale . Relevons, au passage, que cet appel, intervient, deux jours avant les manifestations organisées par la CGT et FO, contre cet accord , qui concrétise une quasi totale liberté de licencier . Une question toute bête vous vient à l'esprit, si vous essayez de penser par vous-même : comment fera-t-on reculer le chômage, si l'on commence d'abord par faciliter outrancièrement les licenciements ?

   " Cet accord marque la naissance d'un nouveau modèle social . Nous devons dépasser les débats du XXe s. entre lutte des classes et réformisme . Pour retrouver sa place dans la mondialisation, l'Europe doit inventer un nouveau modèle fondé sur la coopération . La coopération entre les forces productives, entre chercheurs, salariés, entrepreneurs ... Souplesse d'adaptation des entreprises et sécurisation des parcours professionnels des salariés peuvent se traduire par l'innovation, la mobilisation réactive et la valorisation des ressources humaines ... ", dit l'appel .

   On ne fait plus grève, on ne réforme même plus, on coopère . On n'entre plus en conflit puisqu'on a inventé " la mobilisation réactive " :  je vois la tête du gars de Peugeot qui va être licencié, en train de décrypter cette expression  imbécile . Ce texte illustre parfaitement mon propos d'hier .

 

   Que des organisations syndicales aient pu signer un tel accord, que les partis de l'alternance politique, puissent le promouvoir, car n'oublions pas, que le même texte, à peu de chose prés, fut proposé par N. Sarkozy, en janvier 2012,  juste avant qu'il ne se se lance dans la campagne électorale, tout cela montre bien que la partie pourrait être bientôt perdue par les classes populaires .

   Alors, à partir du dernier livre de J. C. Michéa, je me suis retourné vers la pensée de George Orwell, ce Britannique adepte d'un socialisme révolutionnaire, antistalinien, et plutôt méprisé par l'Intelligentzia française .

   La préoccupation première d'Orwell, c'est l'homme ordinaire , tout un chacun . Il a compris trés tôt que, si pour juger, nous nous appuyons sur nos expériences, notre environnement quotidien, il y a des forces , dans le monde moderne qui détruisent l'homme ordinaire, qui le coupent de sa propre expérience et qui font en sorte que cet homme ordinaire ne juge plus à partir de ce qu'il voit ou de ce qu'il entend, en le faisant prisonnier d'une déformation permanente de la langue .

   " Coopérer ", comme disent nos députés socialistes, c'est beau !  L'expression est plus douce que " rapport de force ", par exemple  . Et n'est-ce pas encore plus beau, quand on coopère à son propre déplumage ?

   Cela s'appelle remodeler les esprits .

   Et Orwell  propose alors, à l'homme ordinaire,  d'observer ce qui se passe autour de lui, les comportements spontanés de certaines personnes, qui hors de toute lecture imposée, réagissent selon un sentiment presque instinctif mais fondateur de notre humanité : " Il y a des choses qui se font et d'autres qui ne se font pas " . C'est une réaction qui nous vient, quelle que soit notre morale ou notre religion, c'est un sentiment d'injustice insupportable, un cri : " cela ne devrait pas exister " .

   Les exemples sont millions . Du curieux et des institutrices qui s'interposent, à une sortie d'école, entre la police et des enfants de sans-papiers , à ces vieilles dames - qui ne sont pas des militantes - mais qui apportent de quoi manger et de quoi se soigner dans des camps de Roms,  simplement parce que cela est insupportable .

   Ce ressort, Orwell l'appelle " la décence commune " - common decency - ; et attention, cela n'a rien à voir avec " le ras-le-bol ", c'est bien plus que cela : c'est le sentiment spontané de l'inacceptable .

   Orwell mise donc sur ce sentiment propre aux hommes ordinaires : il y a des choses qui ne se font pas " pour contrecarrer les manipulations politiques et culturelles qui tentent de nous asphyxier .

   Proche de cette idée, l'Américain Thomas Frank se dit que, les hommes politiques représentant l'idéologie dominante, obligés, pour se faire élire, d'adopter un discours de " l'inacceptable ", d'avancer des promesses de retour à plus de décence,  pour ensuite, une fois élus, proposer la privatisation d'une compagnie électrique, perdent , de plus en plus de crédibilité .

 

   " Il n'empêche que le temps nous reste compté, car la logique de l'individualisme libéral, en sapant continuellement toutes les formes de solidarité encore debout, fait reculer, peu à peu, l'ensemble des conditions morales  qui rendent possible la révolte anticapitaliste " .(1) .

 

   

   NB :  (1) . J. C. Michéa . Interview Marianne No 828 par Aude Lancelin .


 

   

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 16:00

" Méfiez-vous de ceux qui disent avoir tout compris de l'Italie et peuvent l'expliquer clairement . Ou ils se trompent ou ils ont été mal informés . "  ( Jacques Nobecourt  . Journaliste ) .

 ( Illustration : Le Nouvel Observateur . Le Plus ) .

 

 

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   Elections générales, en Italie, des 24 et 25 février 2013 . Les Italiens auraient perdu la tête ; les Italiens ne sont pas sérieux ; les Italiens mettent en péril la zone euro et la cohésion européenne .

   Aprés avoir lynché Berlusconi en 2010,  ils le remettent en selle en 2013 ; ils avaient un technocrate qui avait commencé le sauvetage de l'Italie, et ils le renvoient à ses chères études ; ils lui préfèrent un illuminé à qui ils offrent un boulevard d'aventurisme et d'inconnu qui pourrait provoquer l'explosion de l'Italie .

   On aura tout entendu, ces quatre derniers jours, sur l'inconscience italienne, dans la bouche de nos commentateurs patentés, mais nous serons restés, malgré la violence des anathèmes, bien loin du message que les Italiens ont envoyé à l'Europe .

 

   Les chiffres d'abord .

 

  • L'abstention atteint les 25%, soit 8 points de plus qu'en 2008, à ces mêmes élections générales .
  • Berlusconi perd 6 millions de voix, soit moins 40%, toujours par rapport à 2008 .
  • La gauche en perd 3.5 millions, soit, moins 28% .
  • La Ligue du Nord perd 50% de ses voix .
  • Le technocrate Mario Monti, n'atteint pas les 10% de suffrages . ( Le camouflet est cinglant ) .
  • Le Mouvement 5 étoiles ( M5S ), de l'ex-humoriste Beppe Grillo, - tous à la maison, a casa -, recueille 25.6%, majoritairement auprés des jeunes, et obtient 109  Députés, et 54 Sénateurs , jeunes majoritairement, n'ayant jamais été élus ou n'ayant appartenu à aucun autre parti, auparavant .

   Laissons de côté les questions institutionnelles que les Italiens sauront régler, comme ils l'ont toujours fait, et regardons de prés, les chiffres . Les deux grands partis traditionnels, de l'alternance, - même si Berlusconi était plutôt sur la défensive, sur le sujet -  plus Mario Monti, ont fait campagne pour plus d'Europe, seul moyen, selon eux, de sortir de la crise .

   Eh ! bien, absentionnistes et " grillonistes ", ont dit non à cette ligne, à plus de 50% . Qui peut soutenir que ces électeurs ne savaient pas ce qu'ils faisaient ?

 

   Beppe Grillo est un personnage ambigü, tout n'est pas clair dans son discours, pas plus que ses objectifs personnels, mais là n'est pas, pour l'instant, le problème . Laissons l'injure infâmante de " populiste " à des " journaleux " aigris qu'il a vilipendés et refusé de rencontrer .

   Retenons, pour l'instant, qu'il a mené sa campagne en s'adressant directement aux jeunes - premières victimes de la politique européenne - via les réseaux sociaux, sur quatre thèmes, parfaitement établis : 

  • Une classe politique qui a trahi .
  • La corruption des élites .
  • L'Europe ultra-libérale .
  • L'euro qui asphyxie l'Europe du Sud .

   Le message que nous délivrent les Italiens est un message de rupture, une rupture en deux points : cela fait quatre ans que l'Europe devait être la solution à la crise, mais plus cela change, plus c'est pareil . Les élites nous disent que la solution c'est plus d'Europe, mais pourquoi faudrait-il plus d'Europe, puisque l'Europe n'avance plus et reste dans le noir ? Encore une fois, ce message est-il aussi inconséquent que le prétendent les commentateurs ?

   Le message des jeunes italiens, dont 37% sont au chômage, dont des milliers s'exilent, tous les jours, vers l'Allemagne, par exemple, au même titre que les jeunes Espagnols,  Grecs ou Portugais, n'est l'expression que d'un rejet des élites politiques , incapables de sortir du dogme ultra-libéral .

 

   L'Italie serait-elle une anomalie ? Croire cela serait vite oublier que depuis quatre ans, c'est dans toute l'Europe, que les citoyens se saisissent des élections, pour présenter la facture à leurs gouvernements . On n'a pas bien vu, qu'en France, il y a quelques mois, les scores cumulés du Front National, du Front de Gauche, des abstentionnistes et des bulletins blancs, dépassaient aussi les 50% .

 

   Le message récent de l'Italie est , en fait, un message d'exigence pour une autre construction démocratique, transparente et honnête de l'Europe . Un message de condamnation de choix économiques, d'un déficit de démocratie, d'absence de grands projets et de mythes mobilisateurs .

   Si les élites politiques européennes ne prennent pas la mesure de ce qui est en train de se passer, les lendemains seront catastrophiques .

   La grande leçon du vote italien des 24 et 25 février 2013, ne dit pas autre chose !

   

   

   

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 14:03

" M. Lashmi Mittal annonce qu'il relance l'activité de ses hauts-fourneaux de Lorraine, à partir de minerai de cheval, bien moins cher que le minerai de fer, pour la bonne santé de ses profits ." 

 ( Illustration : lafaineantitude.blogs.nouvelobs.com ) .findus.jpg

 

   C'est une histoire banale que je vais vous raconter . D'autant plus banale, que, comme toute histoire de l'humanitré, elle commence par une guerre .

   Au mois de juin 1967, les Etats arabes attaquent Israël, mais sont défaits trés rapidement par Tsahal . C'est ce que l'on a appelé la " guerre des six jours " . Quelques années plus tard, au mois d'octobre 1973, les mêmes Etats arabes, désireux de prendre une revanche sur leur ennemi héréditaire, attaquent une nouvelle fois Israël, profitant des fêtes juives du Yon Kippour, Le grand Pardon . Grâce à une aide massive des Etats-Unis, Tsahal repousse, une nouvelle fois cette agression .

   Les Etats arabes comprennent qu'ils ne parviendront jamais à rien, par la force militaire, et se rendent compte, par contre, qu'ils ont, entre les mains, une arme bien plus redoutable .

   Les Etats arabes de l'OPEP, réunis à Koweït, les 16 et 17 octobre 1973, décident alors, unilatéralement, d'un embargo sur les livraisons de pétrole, envers les Etats-Unis et les Pays européens qui ont soutenu Israël . Dans le même temps, ils décident d'une augmentation du brut de 70% et d'une réduction de la production mensuelle de 5% .

   En quelques mois, le prix du baril est multiplié par quatre, passant de 3$ à 12$ . ( Rappelons, au passage, qu'il est en ce moment à 120$ ). Ce fut ce qu'on appela le premier choc pétrolier, pour l'Occident .

 

   En quelques années, la manne pétrolière va conduire les pays producteurs à inonder les économies occidentales de liquidités .

   Que faire de toutes ces liquidités que les Etats producteurs font gérer par des fonds internationaux ? L'industrie, avec son retour sur investissement au niveu de 5 à 6%, n'est pas intéressante, à priori . Par ailleurs les cerveaux malades du monde capitaliste, commencent à se dire que l'on peut, tout à fait délocaliser cette industrie pas assez rentable vers des pays émergents, aux salaires misérables, comme la Chine, dont on décrète qu'elle sera la grande " usine " à fabriquer les biens domestiques de la planète . Il y a quand même, vu le niveau des salaires et l'absence de protections sociales, encore quelques profits à en tirer .

   Quant à notre monde occidental, ces mêmes cerveaux, découvrent, que l'afflux de liquidités, peut trouver à épanouir, dans les services et les nouvelles technologies qui s'annoncent , et où, aucune règle , aucune norme, n'a encore été inventée, par ces trublions de politiques .

   Cela dit, tous ces capitaux disponibles, ne vont vraiment donner tout leur potentiel, que si on les libère des carcans législatifs nationaux, et si on leur offre la planète entière, comme terrain de jeu .

 

   Pas de problème ! Il existe déjà une zone de libre-échange en Europe, un peu trop protectrice, mais à laquelle on tordra vite le cou, grâce à l'aide des Etats-Unis et du Royaume-Uni . Nous sommes dans les années 1980, et tout sourit aux cerveaux du Grand Capital . L'URSS, embourbée en Afghanistan, agonise et va tomber . Les politiques salariales et sociales que le danger communiste imposait à l'Occident, ne sont plus de mise .

   Avec la chute de l'URSS, la réunification de l'Allemagne reviendra à l'ordre du jour, les anciens pays satellites de l'URSS offriront aus investisseurs des marchés insoupçonnés .

   Et un deuxième miracle va servir les appétits de nos nouveaux rapaces . Les grands hommes politiques, ayant une haute perception de leurs devoirs, ont disparu . Les responsables économiques ont maintenant à leur disposition des acteurs de seconde zone, Ronald Reagan aux Etats-Unis, des femmes en mal d'autorité, Margareth Thatcher au Royaume-Uni, des socialistes français désireux de se hisser dans le tableau d'honneur des grands économistes, des alccooliques en Russie, comme Boris Eltsine, prêts à tout casser .

   Il faut libérer les flux de capitaux, il faut abattre les frontières, il faut libérer les banques de tant de règlementations ineptes, afin que les masses de liquidités disponibles se déploient dans tous ces nouveaux espaces . Ces hommes et ces femmes politiques, sans envergure,  vont s'y employer avec enthousiasme  .

   On va créer même un gendarme - comble des contradictions -  chargé de veiller au respect de ces libéralisations : l'Organisation Mondiale du Commerce .

 

   Les retours sur investissement passent de 5 à 6% à 15 ou 20% . Croyez-vous que cela satisfasse nos prédateurs ? Bien sûr que non !  Nous sommes dans les années 1990, et commence la chasse aux salaires trop élevés, aux emplois trop protégés, aux protections sociales :  les profits ne sont jamais assez élevés !

   Certes, cette agression brutale  contre les travailleurs peut générer des conflits sociaux . Ne sous-estimez pas votre agresseur !  L'abondance de liquidités va permettre de cacher la rigueur salariale imposée aux travailleurs, en ouvrant les vannes du crédit sans retenue . En plus, la finance est encore gagnante, grâce aux intérêts perçus .

 

   Vous devez vous demander où je vais et ce que j'ai fait  du minerai de cheval ? Je passerai donc sur la crise immobilière et les crédits toxiques - les subprimes -, sur la crise financière de 2008,  pour arriver plus vite à Findus .

   Les pressions sur les salaires, sur le pouvoir d'achat des gens, peuvent aussi s'occulter, de façon complémentaire aux politiques de crédit,  par l'utilisation d'autres artifices . Ce sont les politiques de pression sur les prix à la consommation . Depuis des décennies ,certains de nos politiques, plus visionnaires que d'autres,  ont favorisé, à cet effet, le développement de la grande distribution, qui en ce moment joue , à plein , son rôle de gendarme des prix : étrangler le producteur, étrangler le transformateur, étrangler le transporteur, mais préserver ses 30% de marge ;  chez " Leclerc ", on ne se décarcasse pas, pour 5% de marge .

   Alors, les intermédiaires, pliant sous la botte impitoyable de la grande distribution, n'ont plus qu'un choix, tricher !     Attention ! Je ne dis pas qu'ils ne pourraient pas vivre sans tricher, mais disons qu'ils vivraient moins bien, que leurs profits seraient un peu rognés .

 

   Alors, on invente le minerai de viande, auquel on fait faire le tour de l'Europe, car plus on est de fous à tricher, plus on rit , ou le thon blanc trempé dans un colorant rouge, pour le vendre au prix du thon rouge : affaire en cours, en ce moment, aux Etats-Unis . Et, attention, consommateurs : le système capitaliste n'y est pour rien . Si vous suivez tous les débats télévisés qui accompagnent cette imposture, consommateurs, tout est de votre faute : pourquoi voulez-vous manger toujours moins cher ? 

  •  Heureusement, il y avait Findus, pour nous prévenir que le capitalisme, parfois, c'est moche .

 

   

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 14:09

" La lampe de la pauvreté n'est pas lumière " . ( Proverbe persan ) .

 ( Illustration : photos.internautes.com ) .

 

 

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   Le 4 mars prochain, l'économiste J. P. Fitoussi publie un livre, " le théorème du lampadaire ", (1) où il s'en prend aux instruments de mesure de l'économie, PIB, dettes, déficits et autres indicateurs, avec lesquels on nous aveugle, afin de ne pas nous laisser voir les vrais problèmes, un peu, " comme le lampadaire qui , la nuit, éclaire une partie de notre rue, mais laisse dans l'obscurité le reste du paysage ". ( Hervé Nathan . Marianne No 827 ) .

   J.P. Fitoussi pousse plus loin son raisonnement en nous montrant comment sont inversées les valeurs . On fait du respect de ces indicateurs une " pseudo-vertu ", et l'on classe comme ringarde la lutte contre les inégalités et la pauvreté .

    On pourrait traduire ainsi sa pensée : les hommes politiques qui devraient être des " laveurs de vitres " qui nous permettent de mieux voir le monde, l'obscurcissent, en fait, afin de nous cacher les vrais enjeux .

 

   On peut trouver un exemple concret de tels détournements dans le domaine de l'agriculture européenne . A l'automne 2012, et malgré le silence des grands médias, on apprenait que l'agriculture allemande était passée devant l'agriculture française . La France n'occupait plus le premier rang des nations agricoles de l'Union Européenne . Les responsables français du secteur, tout occupés à faire inscrire la cuisine française au patrimoine de l'humanité, n'en revenaient pas . Et au salon de l'agriculture qui se tient actuellement Porte de Versailles, on ne parle que de cela .

   Les exportations agricoles allemandes ont doublé, en dix ans, de 2001 à 2011, passant de 30 Mds d'euros à 60 Mds . Le terrain conquis par l'élevage allemand est impressionnant . En cinq ans, l'Allemagne a résorbé le solde négatif de ses échanges de volaille avec la France, les exportations de volailles allemandes passant de 110 millions d'euros à 180 millions et égalant les exportations françaises vers l'Allemagne, qui ne progressent plus .

   Pour la viande bovine, les Allemands nous ont littéralement lessivés, exportant vers la France presque le double de ce que nous leur vendons : 330 millions d'euros, contre 180 millions, et nous stagnons depuis 2008 .

   Pour la viande porcine, le solde se creuse aussi, et nous importons 32% de porc allemand de plus qu'en 2008 .

   L'Allemagne a donc nettement progressé ces cinq dernières années, dans le sucre, le porc, le lait et surtout la volaille . Moins dans les céréales, semblerait-il .

 

   Il est particulièrement intéressant d'examiner à quel prix ces progrés ont été réalisés, les conditions de ce développement résumant parfaitement le modèle germanique qui peut se moquer des règles européennes et de la concurrence non faussée le plus cyniquement du monde .

   C'est d'abord une agriculture productiviste, trés industrielle, trés concentrée, peu regardante sur les normes, qui a été mise en place, avec l'arrivée des Lands pauvres de l'ex-Allemagne de l'Est, lors de la réunification, il y a vingt ans, sur des espaces immenses et des terres à coût peu élevé .

  C'est ainsi, par exemple, que le cheptel porcin est en constante augmentation mais que le nombre d'exploitations a été divisé par deux, en dix ans, la quart des éleveurs porcins ayant dû se reconvertir entre 2005 et 2010 .

   Côté volaille, alors que la France compte 8000 exploitations de 17 000 têtes en moyenne, l'Allemagne possède 1000 exploitations seulement mais de 60 000 têtes en moyenne .( Le Monde.fr du 22/11/2012 ) .

   On imagine les dégâts de l'élevage en batterie poussé à ses extrêmités, pour le bien-être  des animaux, pour l'environnement, et pour la qualité du produit : où sont les si puissants mouvements écologistes allemands ?

   Est-ce que, les coûts des investissements pour les aménagements et l'extension des bâtiments agricoles, en vue de respecter les normes sanitaires, mais qui altèreraient les gains de productivité, ne sont bons que pour les autres européens ?

  Récemment, plusieurs dizaines d'exploitations avicoles allemandes ont été soupçonnées d'avoir vendu des oeufs sous l'appellation bio ou de plein air, alors qu'elles ne respectaient pas la taille des cages définies par l'UE .

  L'agriculture allemande est résolument tournée vers les exportations à coups de subventions publiques, et d'une productivité cynique :  pas de SMIC dans l'agriculture ; emploi d'ouvriers polonais, dans les abattoirs à cinq ou six euros de l'heure ou de travailleurs Roumains et Bulgares dans les exploitations de l'Est, payés au taux de leur pays d'origine , contre la réglementation européenne . Tant et si bien que la France a dû déposer une plainte auprés de la Cour Européenne .

 

   Le lampadaire dirige sa lumière sur la réussite des exportations allemandes, sur l'absence de déficits du pays . Le lampadaire met dans la lumière l'intransigeante chancelière qui donne des leçons de morale à toute l'Europe . Mais le lampadaire ignore les recoins de la rue où " mijotent " les plats préparés de la compétitivité .

   

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 15:03

"  Quelles que soient les passions qui nous animent, orgueil, ambition, avarice, curiosité, luxure ou désir de vengeance, leur âme, le principe de toutes, c'est la sympathie ..." . ( David Hume . 1711, 1776 . traité de la nature humaine ) .

 ( Illustration : journaldunet.com ) .

 

 

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   Que l'on exhume enfin la pensée de Hume des brumes londoniennes, et la crise actuelle nous apparaîtra presque comme une bénédiction .

   Ils sont fous ces Français, avec leur histoire de raison qui serait la cause par laquelle nous agissons et qui produit la morale et ses règles  et d'où nous déduisons l'Idée de Justice . Qu'est-ce qu'ils racontaient, ces Anciens ? La morale et la politique ne sont pas fondées sur une raison qui régirait, d'en haut, les passions . La raison doit au contraire partir des passions qui sont la source de toute énergie humaine .

   La morale est plus sentie que jugée et ce sont donc nos passions qui sont les causes de nos actions . Pour Hume, les deux passions fondamentales sont l'orgueil et l'humilité . " Par orgueil, j'entends cette impression agréable qui naît dans l'esprit quand la vue de notre vertu, de notre beauté, de nos richesses et de notre pouvoir, nous rend contents de nous-mêmes ; par humilité, j'entends tout le contraire ."(1) .

   La propriété est, parmi toutes ces causes, celle qui produit le plus souvent le sentiment d'orgueil . La possession, ce grand motif d'orgueil, mais aussi motif d'amour, est un bien dont l'essence consirte dans la possibilité de se procurer des commodités de la vie, des plaisirs, du pouvoir . La possession est donc aussi un plaisir par anticipation .

   Par ailleurs, " un riche sent mieux la félicité de sa condition s'il l'oppose à celle d'un mendiant ", comme le puissant jouit " du contraste, entre lui et celui qu'il commande " .(1) .

   Et, à ce stade, " tenons-nous, à la rampe ", si j'ose dire .  La possession est aussi un plaisir par le sentiment de reconnaissance  qu'elle suscite chez les autres, par le sentiment de sympathie qu'elle provoque chez celui qui a moins   : " Le possesseur tire ainsi une deuxième satisfaction de la richesse, celle qui naît de l'amour et de l'estime acquis grâce à elle ". (1) .

 

   Le fonctionnement de la société s'établit , selon Hume, sur le sentiment de sympathie : my boss is very sympathetic . Ceux qui n'ont rien, fondent leur bonheur, sur l'admiration qu'ils éprouvent pour les riches et les puissants et ce pour trois raisons : l'espoir de profiter d'une partie de leurs biens ; le plaisir ressenti dans l'observation des belles possessions de l'autre ; jardins, maisons, chevaux, chasses privées ... ;  la participation , par l'imagination, l'imagination seulement, au bonheur du propriétaire .

   Je suis heureux parce que je peux partager, en imagination, tous les talents de Frank Ribéry : oui, bon, enfin !

   Il existe donc un  ressort qui nous fait sortir de nos propres plaisirs ou douleurs, d'ailleurs, en nous identifiant à ceux des autres, c'est la sympathie, passion éminemment sociale .

   Tout désir, toute passion, même l'orgueil, même l'égoïsme, dit Hume, sont ouverture sur l'autre, puisqu'ils en  sollicitent l'admiration et la sympathie . " Nous ne pouvons former aucun désir qui ne se refère à la société ... Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition,avarice, curiosité, leur âme, leur principe , c'est la sympathie ..." (1) .

 

   Et là, attention !  " La sympathie, passion sociale, est toujours celle d'un inférieur pour un supérieur, jamais l'inverse ". (1) .

   ( Morale de la pensée de Hume : tu aimeras ton patron, ou ton riche voisin, comme toi-même, et le monde retrouvera la délicieuse harmonie des premiers temps ) .

   Cependant, Hume, est pris, à ce stade, de quelques doutes . Pourquoi les biens et les pouvoirs des grands ne suscitent-ils pas l'envie au lieu de la sympathie ? Pourquoi les hommes mus par l'orgueil et ce besoin insatiable de se comparer, ne sont-ils pas continuellement en lutte pour la possession des biens ou celle du pouvoir ?

   La première réponse lui vient, naturelle et charmante : parce que les riches savent que leur plaisir, éprouvé par comparaison, passe par une ostentation de leurs biens sans provocation , et écarte, ainsi, l'envie .

   La deuxième réponse tient dans la conviction que l'idée de justice prend sa source dans la sympathie éprouvée pour les riches, parce que la justice, aprés un bon travail d'éducation, mené par le gouvernement, est reconnue par tous, comme un principe de respect de la propriété .

   On peut dire cela d'une autre façon :  la justice est mise au service de la propriété qu'elle doit protéger de façon absolue . Elle assure la propriété des biens de chaque personne en interdisant à un autre la possession, l'usage et la jouissance de ces biens .

   Elle rend possibles les échanges qui respectent les intérêts de chacun : chacun désignant, en la matière, celui qui a de quoi échanger, celui qui possède .

   A tous les autres, Hume ne laisse que le droit d'aimer . Et Jésus fut crucifié pour la deuxième fois .

 

 

   NB : (1) Traité de la nature humaine . David Hume . D'aprés J. M. Piotte : les grands penseurs du monde occidental chez FIDES . 2005 .

   

   

   

   

   

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Published by regain2012 - dans philosophie
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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 15:06

" La philosophie est écrite dans ce vaste livre constamment ouvert devant nos yeux, je veux dire l'Univers, et on ne peut le comprendre, si l'on n'apprend d'abord la langue et les caractères dans lesquels il est écrit . Or, il est écrit en langue mathématique et ses caractères sont le triangle, le cerccle, et autres figures géométriques, sans lesquelles il est humainement impossible d'en comprendre un mot " . ( Galilée . Il Saggiatore . 1623 ) .

 ( Illustration : networkedblogs.com ) .

 

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   Aujourd'hui, 10 000 milliards de décimales du nombre Pi  - 3,14 -  sont connues . Record détenu par deux informaticiens, un japonais et un américain, depuis le 17 octobre 2011, grâce aux calculs d'ordinateurs grands comme plusieurs terrains de tennis .

   Le nombre Pi a fasciné tous les savants, de l'Antiquité à nos jours : ses propriétés fascinantes en font un nombre d'exception, presque irrationnel . Pi a introduit l'irrationnalité dans les mathématiques .

   Cela a commencé, vers 1800 av. JC, avec le scribe Amhès, qui , à partir de la comparaison suivante : " l'aire du cercle de diamètre 9 est celle du carré de côté 8 coudées " a trouvé la première valeur de Pi : 3.16 .

   Les Babyloniens, 400 ans av. JC. ;  Archimède, au IIIe s. av . JC. ;  les Chinois vers le IIIe s. de notre ère s'approcheront au cent millième de la valeur exacte de Pi . Au IVe s. de notre ère, les Indiens, donnent , dans le Siddhanta la valeur, reconnue aujourd'hui, de  3.1416 . Ala fin du XIVe s. , les Arabes parviendront à 14 décimales exactes, l'Occident arrivant à 9 décimales, au début du XVIe s. 

   Le nombre Pi est à la base de toute mesure de l'espace clos parfait : le cercle , et donc de notre architecture, de notre urbanisme, de tant d'objets qui font notre quotidien . Pi a traversé 4000 ans d'histoire de l'humanité .

 

   Aujourd'hui, les savants qui ont remplacé Archimède, Ptolémée ou Galilée, et qui prétendent présider à nos destinées, s'appellent " les économistes " . Ils ont compris l'importance que peut revêtir l'adoration d'un nombre, un tant soit peu mystérieux, par les êtres humains, alors ils ont inventé le " PIB " . Vous savez, ce nombre, ils disent cet indicateur, chargé de mesurer la richesse du monde, plus précisément " la création de la richesse monétisable " . Il faut comprendre la production de tout ce qui peut devenir une marchandise .

   Pour ces nouveaux savants, la richesse ne peut être que quelque chose qui s'achète et qui se vend . Que l'on puisse être riche de bien d'autres choses ne leur effleure même pas l'esprit .

   Ils ont donc assis les vies de sept milliards d'êtres humains sur un PIB : Produit Intérieur Brut .

 

   Si vous voulez comprendre où ils veulent en venir, il suffit d'examiner l'information qu'ils nous diffusent depuis l'automne 2012, à des fins idéologiques .

   " En 2016, les Etats-Unis auront perdu leur première place dans le classement mondial du PIB, au profit de la Chine " ,(1),  les Etats-Unis , dans l'univers des économistes, représentant le Bien, et la Chine, le Mal . Mais que signifie ce PIB ?  Signifie-t-il, qu'en 2016, la Chine sera le pays le plus riche du monde, donc un pays trés dangereux, puisqu'il représente le mal ? Veut-on nous faire peur ? Ne voudrait-on pas, derrière cet affichage, nous masquer d'autres réalités ?

   Car, à la vérité, la réalité est tout autre . " Rapporté à la population de chacun de ces pays, cette nouvelle signifie seulement, qu'en 2016,  la richesse d'un Chinois atteindra 20% de la richesse d'un Américain " .(1) . Ce qui n'est plus la même chose .

   " Dans des pays trés inégalitaires, le PIB ne reflète ni ce qu'il advient des riches, ni ce qu'il advient des pauvres, pas même de l'ensemble de la population " . " La démarche juste serait de nous dire ce qu'il advient du revenu du plus grand nombre, et non de celui d'une minorité ". (1) .

   Quand on sait que les évolutions du PIB, son taux de croissance,  alimentent toutes les enquêtes internationales qui donnent lieu à ces classements de pays, dont sont si friands les médias, plus ou moins abscons, on ne peut que s'inquiéter .

   Quand on sait, aussi, que " les critères d'évaluation des politiques économiques déterminent ces mêmes politiques économiques ", (1), comme le montrent les politiques d'austérité européennes actuelles, on devine aussitôt tous les dangers que  l'adoration d'un tel " veau gras ", nous fait courir :  l'imposition de réformes socialement coûteuses et le plus souvent inutiles " sur la base de statistiques artificielles et arbitraires " .

 

   Affirmons-le sans ambage, si nous devons au nombre Pi les plus beaux monuments de l'histoire de l'humanité, si nous laissons faire, nous devrons au PIB, la plus grande catastrophe humanitaire de tous les temps . Car soyons clairs, le PIB menace la démocratie .

   " Une croissance - du PIB - qui ne bénéficie qu'à une fraction infime de la population et qui est préjudiciable à une part importante de cette même population, va rendre tous régimes démocratiques insoutenables " .(1) .

   Retenons une première leçon,  quand les médias, les think tanks, les ONG, les fondations  les fonds de recherche, sont contrôlés par une poignée seulement de privilégiés, seul le PIB fait autorité .

   Et les manipulations du PIB, nous entraînent , plus loin encore . Qui peut admettre que " l'on va résoudre le problème du chômage en multipliant à l'infini le nombre de salariés qui ne peuvent plus vivre de leur travail " ? (1) .

   Et si l'on retournait le concept de mondialisation, si utile aux économistes, pour nous faire avaler que tout est sous contrôle, grâce au PIB, mais que les sacrifices sont incontournables, pour leur dire que, justement, à cause de la mondialisation, les gens n'ont jamais eu autant besoin de protections, et qu'il n'est donc pas question de toucher aux protections sociales ?

 

   Entre ceux dont le futur - un indécent futur - est assuré et ceux que hante la peur du lendemain, la religion du PIB a dévoré tout espace de négociation . Avec le nombre Pi  les hommes ont négocié tous les espaces et les volumes possibles et imaginables . 

   Par contre, il faut partir à l'assaut du PIB, pour retrouver tous nos espaces de négociation et de progrés .

 

 

   NB : (1) . D'aprés l'article de l'économiste Jean Paul Fitoussi, dans le magazine Marianne No 827 : " L'économie contre la démocratie ", annonçant la parution de son prochain livre : " Le théorème du lampadaire " .

   

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 14:48

"  Manque d'imagination ? Amateurisme ? Poids des technocrates ? Crainte de la sanction des marchés ? Peur de prendre des décisions ? Vision à court terme ? Application simpliste de l'analyse social-démocrate ? " . Toutes les questions ont été posées par les médias à l'endroit de la gouvernance Hollande . Il y a sûrement un peu de tout cela . Et autre chose aussi !

 ( Illustration : lexpress.fr ) .

 

 

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   Peu d'observateurs ont relevé, cette semaine, avec quelle tranquillité, voire sérénité, F. Hollande a accueilli les résultats de la Commission Européenne, concernant les objectifs qu'il s'était fixés : déficits, chômage, perspectives 2014, récession . Les éditorialistes ont préféré gloser sur les " camouflets " touchant au budget européen en baisse, ou le pacte de croissance mis au rebut par Merkel et Cameron . 

   Eh ! bien, je vois les choses autrement . Comme je l'ai déjà dit, François Hollande sait où il va, n'en déplaise aux amis de Sarkozy et n'est pas autrement inquiet . Oh ! Ce ne sont pas les encouragements de l'agence de notation Standard & Poor's, qui le rassurent, non, c'est la capacité de la France à payer encore, un peu plus d'impôts, ce qui explique d'ailleurs, l'attitude de S & P .

   Si je ne craignais d'être vulgaire, je dirais qu'il s'est convaincu d'en avoir " encore sous la pédale ", c'est à dire de pouvoir faire mieux, d'aller plus loin, plus fort .

   Cela mérite quelques explications !

 

   Il a assuré 2013 sans trop de dégâts, quelques points de popularité en moins . Voyez plutôt, ce que donne la facture de cette année, pour les classes populaires - celles qui ont entre 1100 euros et 2100 euros de revenus par mois, que nos experts osent appeler classes moyennes - .

  • désindexation du barême de l'impôt sur le revenu :  1.7 Mds d'euros .
  • refiscalisation des heures supplémentaires              : 0.5 Md .
  • retour des côtisations sur les heures supplém .       :  1.5 Mds .
  • augmentation des taxes sur le tabac et les alcools : 0.6 Md .
  • hausse du forfait social des salariés de 8% à 20%    : 1.8 Mds .
  • hausse du forfait des travailleurs indépendants        : 1 Md .
  • CSG sur les revenus du capital                                        : 0.6 Md .
  • hausse des côtisations des retraités                            : 1 Md .
  • assujetissement des retraites à la CSA                        : 0.4 Md .
  • hausse de la redevance TV                                               : 0.1 Md .

        Total                                                                                                      : 9.2 Mds d'euros .


   Les véritables classes moyennes et aisées payant dix autres Mds d'euros .

 

   Et pour 2014, la facture va augmenter d'autant pour ces mêmes classes populaires :

  • hausses de la TVA de 19.6% à 20%, et de 7% à 10%      : 6.5 Mds d'euros .
  • taxe carbone - à préciser, mais au moins de ... -           : 3 Mds .

          Total                                                                                 : 9.5 Mds .

 

   

   Que dire de plus ? Nous sommes loin des promesses du Premier Ministre, affirmant que les augmentations d'impôts seraient indolores pour 9 français sur 10 .

   Encore une fois, une comparaison politique s'impose . Et rien ne sert de se tricher à soi-même, mais la politique de F. Hollande s'apparente à la politique de Tony Blair, dans la deuxième moitié des années 1990, et que tant de socialistes français ont admirée et prise comme exemple . Je me souviens des propos de Margareth Thatcher, quelques années aprés son départ du gouvernement britannique, répondant à un journaliste qui lui demandait quelle était, selon elle,  sa meilleure réussite politique . La dame de fer avait répondu : " La création du New Labor " . Le New Labor était ce parti qu'avait créé Tony Blair, au sein du mouvement travailliste, pour gagner les élections de 1994 , avec lequel il poursuivit la politique de Mme Thatcher, ce pourquoi cette dame lui rendait hommage .

   Ce que reproche encore aujourd'hui, à Blair, le vieux leader de la gauche travailliste, Tony Benn .

 

   F. Hollande est un adepte de la société anglo-saxonne du " care " : " le souci des autres ", " la sollicitude ", " l'attention " apportée aux plus démunis, aux plus " vulnérables " et aux plus " dépendants " . Ce qui n'est pas condamnable en soi .

   Le principe en est :  " La société prend soin de vous, mais vous devez vous aussi prendre soin des autres et de la société " .

   La vulnérabilité et la dépendance sont des traits de la condition de tout un chacun, il faut donc avoir le souci constant des faibles et des victimes .

   C'est trés beau ! Mais cela porte un nom bien connu, la charité chrétienne, l'acte individuel, qui n'a jamais résolu les grands problèmes de l'humanité .

   La Révolution, en France, nous a appelés à choisir, la Justice, qui est tout autre chose . Mais les Anglo-Saxons, ont trouvé une expression admirable pour dénoncer le principe de Justice, par les politiques publiques, par la solidarité collective :

   - " Les vulnérables et les dépendants constituent le point aveugle de l'éthique et de la justice . " .

 

   Seul l'acte individuel n'est point aveugle . Le résultat de ce dogme signe la fin des solidarités publiques . F. Hollande poursuit, avec moins de brutalité certes, l'action entamée par son prédécesseur .

   Quant au chômage, son objectif n'est pas de le faire disparaître, mais, suivant en cela le dogme allemand, de le masquer, par une extension du travail partiel imposé et des " mini-jobs ", qui, si l'on en croit le journaliste allemand qui intervenait, jeudi dernier, dans l'émission " Des paroles et des actes ", sur France2,  " n'altèrent pas la dignité de leur titulaire, puisqu'ils sont légaux " . Qu'on ne puisse pas vivre avec 400 euros par mois, n'altère pas, non plus, la conscience d'un journaliste .

 

   Non !  F. Hollande, n'est pas inquiet puisque tout est prévu et moralement habillé . La rose aura vécu " l'espace d'un matin ", mais ses épines poursuivront les classes populaires quelques temps encore .

 

 

   NB :  les chiffres, concernant les impôts,  présentés, sont empruntés au tableu de la rédaction du magazine Marianne, No 827 , du 23 février au 1er mars 2013, page 12 .

   

 

   

 

   

 

   

 

 

   


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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 14:12

" Les marionnettes n'amusent que les enfants et les gens d'esprit " .  ( George Sand ) .

 ( Illustration : latabledecesar.fr ) .

 (1) .Sur une idée du journaliste Claude Weill ,du Nouvel Observateur, entendue dans l'émission " C'est dans l'air ", France5 .

 

 

Tatayet.jpg

 

   Tatayet est cette marionnette impertinente et provocatrice, animée par le ventriloque belge Michel Dejeneffe, et qui a agrémenté, bien souvent,  nos soirées télévisées , depuis 1975 .

   Et en ce moment, je ne peux m'empêcher de penser à " Tatayet " quand je vois l'agitation, l'énervement, l'hystérie " des Amis de Nicolas Sarkozy ", tant d'efforts déployés pour que le " grand homme " ne disparaisse pas de nos écrans, pour que l' oeuvre monumentale réalisée par le " grand homme " continue de rayonner dans toutes les chaumières du royaume de France, pour que le peuple, se sente tout à coup, honteux du deuxième régicide dont il s'est rendu coupable, le 6 mai 2012, en renvoyant dans les ténébres, un génie de l'histoire de France, à la fois Charlemagne, Saint-Louis, Louis XIV et Napoléon .


   Ne nous y trompons pas :  N. Sarkozy, ce n'est pas Tatayet ! N. Sarkozy c'est Michel  Dejeneffe, le ventriloque, mais en plus fort : il a cloné plusieurs  " Tatayet ", chargés de parler à sa place, plus précisément de dire ce que lui voudrait dire, mais ne peut pas dire, car c'est encore trop tôt pour être dit  - peut-être le moment sera-t-il venu, aprés les élections municipales du printemps 2014 - et puis, dites, il y a les 12 000 euros mensuels du Conseil Constitutionnel, qui lui interdisent de se mêler de la politique intérieure . Il ne va pas se priver de cet argent de poche, bêtement .

   Qu'à cela ne tienne, il a ses " Tatayet " :  Morano, Hortefeux, Estrosi, Copé, Guéant, Guaino, Minc, Balkany, Séguéla ... Rien que des flèches ! Et ils donnent de la voix !

   Ils étaient venus, ils étaient tous là - enfin presque - comme le chantait Charles Aznavour dans les années 1960, mais c'était pour la mamma, à la Maison de la Chimie, ce 20 février 2013, des centaines, plus tout à fait jeunes, à vrai dire, nostalgiques et surtout pleins de haine pour la populace qui préféra Hollande à leur dieu olympien . 

   On put y entendre évoqués les " hauts faits d'armes " de la Présidence Française de l'Union Eurpéenne, au cours du deuxième semestre de l'année 2008 . Nicolas arrêtant, en Août 2008,  de ses petits bras les chars russes qui filaient à toute allure sur Tbilissi, la capitale de la Géorgie ; sauf que l'offensive russe était déjà terminée .

   Nicolas sauvant la planète - oui monsieur, la planète - d'une crise fiancière sans précédent , en octobre de la même année ; sauf que, dans la crise, nous y sommes toujours, et que les exploits de Nicolas ont coûté au pays 600 mds d'euros supplémentaires de dette .

   Et Nicolas, dans le désert de Libye, sentant bon le sable chaud, pourfendant un ami de la veille, déstabilisant pour des décennies tout un pays, et laissant aux mains des islamistes, des arsenaux d'armes vertigineux , allumant , dans le Sahel, un incendie, dont nous allons entendre parler, trés longtemps encore .

  •  Parmi les plus belles envolées, entendues, ce 20 février 2013, relevons celle de J. F. Copé :
  •  " Depuis le début de l'année 2013, nous avons retrouvé le chemin de la sagesse, la volonté de travailler ensemble, avec une seule idée : servir les intérêts de la France , sur la base des idées que nous avons bâties avec N. Sarkozy ."
  •    Ou encore, celle d'Ingrid Bettencourt : " N. Sarkozy a porté les idéaux de Liberté, Egalité, Fraternité au-delà des frontières . Il a globalisé que nous nous faisons du Bien . Il a eu le cran d'apporter du spirituel dans la politique . "

 

   Lâchons-nous , pourquoi se gêner ?  Notre héros, était aussi un grand philosophe et un moraliste , et qui sait, pourquoi pas, un grand théologien !  Enfin, c'est d'un tel ridicule, que la grande presse, toujours prompte à emboucher les trompettes de la renommée, n'a pas osé se faire l'écho de pareilles imbécillités .

 

   Ces sketchs , que je ne nommerai pas " tatayétiens ", car la marionnette " tatayet " ne mérite pas pareille ignominie, m'ont aussitôt  fait penser à la propagande bonapartiste, de l'époque du Consulat, quand Bonaparte installe sa réputation de général invincible, dans le paysage politique , encore mais pour peu de temps, révolutionnaire .

 

   Et cela commence  par la victoire du Pont d'Arcole, prés de Vérone, en 1796, où, Bonaparte, face à une citadelle autrichienne puissamment armée,  loin de traverser le pont en brandissant un drapeau tricolore , est précipité dans les eaux boueuses de la rivière Alpone, ce qui lui sauvera la vie, car les autrichiens empruntant le pont, ne le verront pas .

   Mais le peintre Antoine Jean Gros saura, avec l'aide de Joséphine de Beauharnais, peindre, autre chose, cette image d'Epinal, que nous avons tous vus, dans nos vieux livres d'histoire .

   Et cela continuera, cette fois, avec le peintre Jacques Louis David, qui ne nous présentera pas, un Bonaparte franchissant, inquiet, le col du Saint-Gothard, dans les Alpes, pour la deuxième campagne d'Italie de mai 1800, sur le dos d'une mule ,  car la piste est étroite,  mais un fringant général sur un cheval nerveux , défiant la montagne et déjà le monde . Bonaparte commandera à David plusieurs copies de l'évènement, pour être présentées dans toutes les Cours d'Europe .

   La légende se poursuivra, avec la semi-victoire du village piémontais de Marengo , en Juin 1800, dont Bonaparte réécrira trois fois le scénario, afin qu'il consacre définitivement, son autorité de Premier Consul .

   Ces anecdotes ont fait dire aux historiens que Bonaparte avait inventé les bases de la propagande politique .

 

   Je me sens pousser des ailes, et  j'ai presque envie de conseiler une démarche politique singulière à notre " petit timonier " . Sans avoir à partir de l'île d'Elbe, il pourrait commencer sa marche vers la reconquête de Paris, depuis la maison de sa femme au Cap Nègre, emprunter la Route Napoléon, à travers les Alpes, pour marcher à la rencontre de son Maréchal Ney, à lui, qui pourrait le conduire triomphant jusqu'à la capitale, où l'attendra un peuple en liesse .

   Certes, il lui reste une tâche qui n'est pas mince : trouver son Maréchal Ney !

 


 

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 14:50

" Les dispositifs uniquement ciblés sur les pauvres tendent à devenir à la longue de pauvres dispositifs " . ( Antoine Math . Economiste ) .

 ( Illustration :  clinique.qc.ca ) .


 

 

15.jpg

 




 

   Le constat, ci-dessus, est largement démontré par la baisse permanente des minimas sociaux par rapport au revenu médian,  qui sont devenus des pièges à pauvreté .

   Nous évoqions hier l'histoire des politiques familiales en France, tout au long du XXe siècle, et les dangers encourus par la société à vouloir toucher à cet édifice, à des fins strictement comptables et dans le seul souci de trouver des économies .

   Relevons d'abord une réalité : les seules et bien connues " allocations familiales " sont versées chaque année à 4 Millions et demi de familles et représentent une somme de 12 Mds d'euros , - chiffres CAF - .

   Si l'on cumule toutes les aides à la famille, versées par les CAF : complément familial, femme isolée, Paje, aide personnalisée au logement, aide à la garde d'enfants, allocation de rentrée scolaire, complément au RSA socle pour les enfants,  la totalité de ces prestations représente une somme de 77 Mds d'euros par an .

   Rappelons que l'ensemble des niches fiscales, dont les exonérations des charges sociales aux entreprises, représentent exactement le double : 154 Mds d'euros/an .

   Rappelons également que le poids des  politiques  familiales à l'intérieur de la production de richesse du pays n'a cessé de baisser depuis la Libération .

   En 1948, " la branche famille " représentait 50% des dépenses de Sécurité Sociale . Elle n'était plus que de 13.8% en 2007,  et 12.1% , si l'on retire l'Allocation Adulte Handicapé, qui n'est qu'en partie une prestation familiale .

   Un exemple concret : en 1954, une famille de trois enfants recevait l'équivalent de 781 euros/mois - hors allocation logement -, en 2006 elle en reçoit la moitié, soit 403 euros .

   La branche famille qui pesait 3.5% du PIB en 1950, ne pèse plus que 2.3% de ce même PIB en 2006 , et si l'on regarde le PIB: Personne les aides familiales sont passées de 20% à 10% .

   Rappelons enfin, que nous ne sommes pas les plus actifs en matière d'aide familiale en Europe, nous ne sommes même que huitième,  puisque le Danemark y consacre  3.8% de son PIB ;  le Luxembourg 3.7% ;  l'Allemagne 3.3% ;  la Suède 3.1% ;  la Finlande 3% et la Norvège 2.9% ...

   Il faut dire qu'actuellement, la moitié de ces aides est déjà soumise à un plafond de ressources .

   En outre,  l'effet redistributif pour réduire un peu les inégalités est avéré : 61% de ces sommes reviennent aux familles ayant le niveau de vie le plus bas . Mais précisons, en même temps, que la charge représentée par l'éducation d'un enfant , si elle est couverte à 40% par la collectivité, reste à 60% à la charge de la famille .

 

   Tout cela étant dit, l'on peut donc regarder si quelques points ne peuvent pas être corrigés . Le Président de la Cour des " Comptables " n'est pas un sot, aprés tout . Et puis, les médias sont déjà en campagne, les sondages tombent : trois Français sur quatre sont favorables au plafonnement des prestations familiales ; cela ne peut qu'aider ceux qui nous gouvernent . Un Français sur deux seulement est favorable à la fiscalisation de ces aides .

   Un rapport récent de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques, ( DREES ), du Ministère de la Santé a montré que soumettre les " allocations familiales " à l'impôt rapporterait 800 millions d'euros, la moitié de l'effort étant supporté par les 20% les plus aisés . Les ménages modestes seraient relativement épargnés .

   Présenté comme cela, la mesure revêt, en apparence,  un caractère de justice sociale - si chère à F. Hollande et J. M. Ayraut - sauf que ce n'est pas si simple : l'augmentation des impôts est là, avec son cortège de rebuffades, les classes moyennes se retrouvent dans l'oeil du cyclone et des familles non-imposables se retouveront à payer l'impôt sur le revenu .

   Le plafonnement des " allocs " sous condition de ressources paraît également une bonne idée, mais déjà montent des revendications à l'endroit des mères élevant seules un ou plusieurs enfants, qui constituent la moitié des familles surendettées auprés de la Banque de France et les gros bataillons des " bénéficiaires " des associations humanitaires . Tout comme  le droit aux allocations familiales dés le premier enfant . Droit légitime et nécessaire, c'est une évidence, mais qui , si on le fait reposer sur la politique de la famille, alors qu'il relève de la lutte contre les exclusions, va dénaturer complètement le cadre politique initial .

   Ce faisant, nous basculons dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion, domaine trés facilement stigmatisable, facile politiquement à attaquer - nous gardons tous le souvenir des agressions verbales du Président précédent - aisément érodable, par circulaires administratives, mais surtout générateur d'enfermement . Une politique familiale nationale, n'enlève pas leur dignité aux personnes : l'aide sociale, pour ne pas employer le terme d'indigence, est humiliante .

   Voilà pourquoi je dis qu'il y a danger à vouloir " découdre " la politique familiale, parce qu'on n'a pas le courage " d'en découdre " avec les banques et les profiteurs de niches fiscales, qui de toute façon, ne cesseront jamais de " gueuler " au hold-up . 

   Enfin, peut-être allons-nous avoir droit à un vrai débat !


 

   NB : inspiré par l'article de Mediapart " et si Didier Migaud n'avait pas toujours tort " , de Mathieu Magnaudeix, en date du 20/02/2013 .

 


   

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 15:10

" La progressivité du taux d'imposition se justifie parce que le superflu peut, par définition,être réduit dans une proportion plus forte que le nécessaire ... Un célibataire a un niveau de vie supérieur à un père de quatre enfants ayant un même revenu . Les imposer également serait frapper également la part des plaisirs et la viande du premier, mais frapper déjà la part de pain du second ."  ( Alfred Sauvy ) .

 ( Illustration : bonjourdefrance.com ) .

 

 

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   Ce pourrait être amusant s'il ne s'agissait de la vie quotidienne de millions de Français, et avec eux de millions d'Européens, mais la politique " des fonds de tiroir " que l'on racle, sans révolution,  juste en vue de trouver des économies pour rétablir les sacro-saints équilibres budgétaires, nous fait basculer dans un nouveau modèle social, sans heurts, presque sans débats .

   L'austérité ne suffit plus, nous n'arrivons pas à atteindre les objectifs fixés par des lumières, qui n'éclairent pas l'Olympe, mais les labyrinthes bruxellois, alors il faut trancher dans le vif, et arracher, carrément, les morceaux : et tant pis s'ils sont bons et sains . On ne regarde plus cela, à l'époque où l'on peut nous faire prendre du cheval pour du boeuf .

   Je veux parler de la politique familiale, qui est maintenant dans le " silencieux " du gouvernement, à travers  le " viseur " de la Cour des Comptes .

 

   Comme c'est le cas trés souvent, un peu d'histoire est nécessaire, pour aborder le sujet . Les allocations familiales ont été créées en 1932, suite à l'inquiétude du gouvernement français de l'époque à l'endroit d'une poussée de la natalité en Allemagne . Les instituteurs sont sollicités pour appuyer, dans les écoles, la politique de natalité, comme les officiers dans les casernes . Le Gouvernement Provisoire, en 1945, dans le cadre de la mise en place de la Sécurité Sociale,  en élargit le champ, crée le "quotient familial " -  demi-part par enfant, dans le calcul de l'impôt sur le revenu - mais sort le premier enfant du droit aux " allocations", au titre d'une incitation à la natalité .

   Deux principes président à la confirmation de ces droits . Le premier est le principe d'universalité : tous les Français, quels que soient leur revenu, ont accés aux allocations familiales, car il ne s'agit pas pour le législateur de l'époque d'une règle de répartition de la richesse, mais d'une volonté politique de la Nation, clairement affirmée, de participer à la construction de l'avenir de cette nation .

   Le deuxième principe, est lié au principe républicain d'égalité .  Le quotient familial, voté à l'unanimité des deux chambres,  est assis sur la règle, non pas du revenu brut, mais sur la notion de niveau de vie, comme le rappellent  la réflexion d'Alfred Sauvy, citée ci-dessus , et l'expression du sénateur socialiste  Adolphe Landry, porteur du projet : " à niveau de vie égal, taux d'imposition égal " .

   Rappelons également que la politique familiale correspond à la transition entre une France rurale, pré-industrielle, où la famille, les enfants, assurent directement  la subsistance des Anciens - leur retraite, diront certains -,  la même maison accueille trois générations, parfois plus ; transition avec la première révolution industrielle, où les enfants quittent la ferme, pour la ville et l'usine .

   Il faut alors que la société se préoccupe des Anciens, abandonnés par la force des choses, et c'est le début des revendications ouvrières, à la fin du XIXe siècle, pour la mise en place des Caisses de Retraite .

   La " Libération " consacre le principe des retraites par répartition, prises en charge par les actifs, ce que l'on appelle la solidarité intergénérationnelle . Attention !  Nous sommes au coeur du sujet ! 

 

   Aprés la saignée en hommes du conflit de 1914- 1918, l'industrie ne pouvait  plus se passer du travail des femmes , tout comme l'agriculture, mécanisation et immigration ne pouvant tout combler . Il fallait donc trouver des politiques familiales, qui eurent du mal à voir le jour, jusqu'à la Libération .

   Mais en 1945 , le législateur décide que l'échange intergénérationnel relève dorénavant de l'Etat, qui doit veiller à son bon déroulement, à l'équité des échanges et à la pérennité du système .

   On voit trés clairement l'imbrication extrême entre système de retraite et politique familiale . Puisque les actifs supportent , à un temps donné, la sécurité du versement des pensions aux aînés, il faut que ces actifs soient les plus nombreux possible, dans ce même temps, donc que les enfants d'aujourd'hui, qui seront les côtisants de demain, soient le plus nombreux possible, eux-aussi .

   Il faut donc que l'aide aux familles soit à la hauteur de cet enjeu, hauteur qui peut se manifester, bien sûr, par différentes mesures : allocations, baisses d'impôts, investissements pour l'école, l'école maternelle, les crèches, les gardes d'enfants, les aides à domicile, le congé parental .

   On le voit, la construction d'une politique familiale, réussite française incontestée, a pris du temps, est complexe, n'est pas indépendante de tout un modèle social et économique , au contraire trés intégré .

   Tirer un seul fil de cette pelote, pour de minables considérations comptables , c'est prendre le risque de tout renverser, c'est à l'évidence tourner la page de solidarités constitutives de l'idéal républicain .

   Et pire que tout : alors que nous vivons une époque de dissolution du lien social , dont témoignent  les comportements égoïstes et arrogants de nos stars du showbizz, toucher aux politiques familiales, peut jeter des millions de personnes appartenant aux classes moyennes, dans le rejet de notre Projet Républicain - du moins de ce qu'il en reste - dans le rejet de la côtisation sociale, dans le rejet de l'impôt, en un mot dans le rejet de la solidarité .

   Et nous entendrons bientôt, dans les micro-trottoirs qu'affectionnent nos journalistes, ce qui est courant aux Etats-Unis : " Je ne veux pas payer pour les autres ! "

   Et l'édifice France sera par terre, à la disposition de qui voudra le ramasser .

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Published by regain2012 - dans Société
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