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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 16:06

" La raison qui explique que de nombreux pays en Europe ont un taux de chômage bien plus élevé que chez nous, tient au fait que les salaires et le rendement n'y sont pas en rapport " . (  Angela Merkel . Entretien donné au journal Bild, le 18 avril 2013 . )

 ( Illustration : JDD .com ) .

 

 

Francois-Hollande-Angela-Merkel_pics_390.jpg

 

   Quand le Président de la République française s'adresse aux Français, ceux-ci l'écoutent avec philosophie, voire scepticisme, ils n'en attendent rien . Ils se sont habitués aux discours abscons, auxquels on ne comprend rien, scandés par le mot fétiche du chef de l'Etat : " chocs " . Choc de compétitivité, choc de simplicité, choc de moralité, tant de chocs, qu'aprés tous ces discours prononcés dans la tonalité professorale qu'affectionne le Président, les Français ne sont plus choqués de rien .

   En vérité, ils se sont faits à cette étrange gouvernance, où l'on n'annonce rien mais où l'on frappe, sans prévenir, de tous côtés . C'est un peu comme les supposés propos du légat du pape, lors de la croisade des Albigeois, durant le " sac " de la ville de Béziers : " Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! "

   L'état mental qui a saisi le Président, qu'on appelle " ataraxie ", sorte de tranquillité de l'âme qui veut que l'on ne soit atteint par rien de ce qui se passe autour de nous, que toutes les préoccupations générales nous sont étrangères, le protège .

 

   La Chancelière allemande n'est pas dans ces dispositions d'esprit . Aprés une éclipse de quelques mois, de nos gazettes, hypnotisées par le débat sur le " mariage pour tous ", Angela Merkel fait son retour . Et elle ne monte pas sur les planches pour rien . En pleine campagne électorale, elle se retrouve attaquée de toutes parts, sur la question de sa politique d'austérité . Agacée, elle se rebiffe et parle clair !

   Aux Etats-Unis, au FMI, au G20, à son allié indéfectible, les Pays-Bas, qui renâcle à poursuivre dans la voie de l'austérité, à tous ceux qui lui disent que les pays qui ont des réserves , grâce en particulier à leur commerce extérieur, doivent pratiquer une politique de relance, en augmentant les salaires, en levant certaines restrictions, elle répond, sans ambigüité, qu'ils peuvent aller se " rhabiller " . Elle ne bougera pas d'un " iota " .

 

   Elle expliquait récemment, sans fard : " Nous n'avons plus la force de mettre en place une deuxième fois de gros programmes de conjoncture sans perdre la confiance internationale " . Ce qui revient à dire, nous avons déjà donné pour le Sud, aller au-delà, c'est, pour l'Allemagne, compromettre la confiance qu'elle a gagnée auprés des marchés, elle se refuse à soutenir à nouveau, comme en 2009, massivement l'économie, en subventionnant le chômage à temps partiel, d'autant plus qu'il s'agit cette fois d'aider les " voisins " et non pas la production allemande .

   Elle ne met pas de gants pour dire à ses alliés, et la France en premier,  qui réclament un soutien actif à la croissance, qu'il y a urgence de se réformer et de consolider les budgets publics .

 

   Mais elle n'en reste pas là . Vraiment agacée par les critiques qui se multiplient, elle s'en prend directement, à l'un des piliers des politiques sociales, en Europe, qui existe dans 21 pays de l'Union, mais pas en Allemagne, si ce n'est dans trois ou quatre branches :  le salaire minimum généralisé - le SMIC français - .

   Pour la chancelière, le salaire minimum généralisé et imposé par les politiques est une hérésie . Partout où il existe, le taux de chômage est trés supérieur au taux allemand , où le salaire minimum n'existe pas, dit-elle . Ses soutiens, les entrepreneurs allemands y vont de leur démonstration . Et de citer, évidemment la France, où le SMIC brut mensuel,  est à 1430 € - 9.43 €de l'heure -  ce qui crée , en France, un chômage supérieur de deux fois au taux allemand .

   Le message est clair : la France doit se défaire de cet anachronisme . ( Entre-nous, le gouvernement français a dans ses cartons un plan de désindexation du SMIC, par rapport au coût de la vie, tout comme pour les retraites ) .

  L'affirmation des milieux d'affaires allemands mérite qu'on y regarde de plus prés . A l'OFCE, l'économiste Eric Heyer est plus mesuré .

   L'Espagne ou la Grèce ont réduit d'un tiers leur salaire minimum -  respectivement, 752 € et 683€ mensuels - , ( une honte : salauds de pauvres, il faut voir comme ils sont exigeants ) et cela  n'a pas empêché le chômage d'exploser dans ces deux pays : l'Espagne a atteint, hier, son record historique de 6 millions de chômeurs, soit un taux de 27.16% . Le Portugal est dans la même situation .

   Un ministre de Merkel a même dit que l'on ne peut pas payer " un balayeur de rues " au même niveau qu'un ouvrier ou un employé .

   Certes, un salaire minimum trop élevé exclut du marché du travail les personnes peu qualifiées . Mais la réponse à l'équation est simple : la formation ! Où vont les 27 Mds d'€ annuels de la formation professionnelle ? F. Hollande si friand de commissions, n'a toujours pas abordé ce sujet, pourtant essentiel , autant pour l'accés à l'emploi, que pour le contrôle des gaspillages et , peut-être de la corruption . Pourquoi tant de prudence ?

   Faut-il envier le modèle allemand ? Le chômage a baissé de 5.5 en dix ans, mais dans le même temps la pauvreté a cru de 3.5 points . 6 millions de personnes vivent avec moins de 8€ de l'heure et 2 millions avec moins de 5 € de l'heure .

   Et ce qui inquiète la communauté internationale, c'est que l'activité industrielle allemande se contracte trés dangereusement depuis six mois : l'indice composite PMI  - compilation chaque mois, auprés d'un échantillon des directeurs des achats d'entreprises du montant des commandes et  achats réalisés ou en cours - a atteint le niveau de 48.8 ;  pour les économistes, en dessous de 50, la récession est là .

   Si l'on baisse encore, ou si l'on supprime, le salaire minimum dans les pays où il existe , ce n'est plus de récession, dont nous parlerons, mais de catastrophe humanitaire .

 

   

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 15:11

 

 "  Tout commence en mystique et finit en politique ..." .( Charles Péguy . Notre jeunesse ) .

 ( Illustration : www.purepeople.com/media ) .

 

 

382410-le-roi-se-meurt-avec-michel-bouquet-a-637x0-2.jpg

 

 Le roi Bérenger Ier, entre dans la salle du trône, suivi de la reine Marguerite, première épouse, et de la reine Marie, deuxième épouse . Le froid s'est installé, le chauffage ne fonctionne pas, et les murs du palais se lézardent , la population vieillit ou émigre .  Le sol est mou, constate la reine Marguerite,  il n'y a plus d'armée dans le royaume - il reste un seul garde, dépouille d'une puissance révolue, mais qui n'entend plus le roi et ne lui obéit plus - et le roi est malade, confirme le Médecin, à la fois chirurgien, bourreau et astrologue . Juliette, femme de chambre, cuisinière, jardinière, infirmière, représente le peuple mais, elle aussi,  n'obéit plus au roi .

   Assis sur son trône le roi se plaint de sa santé, de l'état du royaume, de l'état de l'Univers . Marguerite l'informe alors, sur la base des observations réalisées par le médecin, de sa mort prochaine, lui décrit sa décrépitude et celle du monde  . Mais le roi refuse , même s'il reconnaît que tout ne va pas pour le mieux, d'admettre la réalité .

   Il essaiera à plusieurs reprises de se relever, mais n'y parvient pas . Les arguments de Marguerite, froids et lucides, et du médecin, homme de science, produisent peu à peu leurs effets, sur les caprices enfantins de Bérenger et sa volonté de vivre .

   Et Juliette a beau raconter sa vie au roi qui s'émerveille de son quotidien, celui-ci l'écoute et lui parle de moins en moins souvent .

   Les éléments du décor de la pièce s'éloignent peu à peu, symbolisant la mort lente du roi, jusqu'à la disparition de tout décor qui marque la fin du monarque .

   Cette pièce est une réflexion , parmi d'autres, sur l'écoulement du temps, surla difficulté à se préparer à affronter la mort, sur l'apparition de la décrépitude, mais aussi sur la perception du réel, devant lequel on peut faire preuve de déni, de révolte ou de résignation . 

   La mort du roi est bien sûr une mort de théâtre, une fois le rideau tombé, le roi n'est plus roi, et retourne à la vraie vie, jusqu'au lendemain soir .

 

   Bérenger est de retour dans son palais, pour une autre représentation . Les fissures des murs se sont élargies, le sol se dérobe de plus en plus et il y fait toujours aussi froid, car on ne répare plus les radiateurs : mesures d'économie obligent ! 

   Mais Bérenger ne laisse pas d'intriguer la brave Juliette . Pourquoi s'isole-t-il, dans son palais, entouré seulement par " des copains d'école ", ceux que l'on appelle " la promotion Voltaire ", technocrates à l'âme desséchée, qui ne voient le monde qu'en chiffres : 3% de déficit, 1% de croissance, 90% de dette publique, 11% de chômage .

   Technocrates qui ne savent plus, depuis longtemps, qu'un pays c'est des paysages et un peuple .

   Du peuple , ils n'entrevoient, de temps à autre que l'ombre de Juliette . D'ailleurs, Bérenger ne parle plus au peuple . Aprés bien des mois de discours, on peut constater que ce mot, il ne l'a pas prononcé une seule fois .

   De quoi a-t-il peur notre bon roi pour se barricader ainsi et ne parler à personne ?

   A tel point que, dans les " communs " du château, sa " servidumbre " s'impatiente, râle et même tempête . Certains membres de son Parlement n'ont pas voté son " compromis historique " - 41 au total - sur la libéralisation totale des non-réembauches de " journaliers " par des " propriétaires"  affamés de profits .

   A tel point que son Intendant a dû réunir, en catastrophe, hier, au Palais-Bourbon,  tous ces gens, pour les caresser dans le sens du poil .

   L'acte fondateur du nouveau règne a été la signature du Traité d'allégeance à la Chancelière du Saint Empire Romain, Germanique .

 

   Les décors de la scène disparaissent peu à peu, ces manufactures qui ferment, les unes aprés les autres, ces fermes agricoles qui meurent, asphyxiées sous les ronces triomphantes . Bérenger demande du temps : il a cette fois, une boîte à outils, à trois tiroirs, qui comprend les sacrifices d'aujourd'hui, qui feront les profits de demain, qui feront eux-mêmes les emplois d'aprés-demain .

   Sauf, que cette boîte , on nous la sort depuis 35 ans, depuis le règne du bon roi Raymond, à la fin des années 1970, et les premiers " petits boulots ", et que le peuple n'a jamais rien vu d'autre que les sacrifices .

   Le temps, les technocrates l'ont eu, ils en ont mal usé, et le peuple en a assez . Il en a d'autant plus assez, qu'il a trés vite compris qu'on lui mentait sans vergogne .

   Bérenger a quitté le déni pour pénétrer dans le monde du mensonge . Que ce soit le dynamitage du droit de  travailler ou le pacte  pour libérer les manufactures - et ses 20 Mds de cadeaux aux propriétaires - il n'en avait pas parlé durant la campagne électorale pour le trône . Il ne lui a fallu que quelques semaines pour les asséner au bon peuple . Par contre la réforme de l'impôt  et sa progressivité, pourtant annoncées, ont été enterrées, et avec la même célérité .

   Les files d'attente devant les " paroisses " et leur soupe populaire s'allongent .

 

   Bérenger se meurt dans le coeur de ceux qui crurent en lui, sa popularité s'effondre au sein de ses sujets les plus fidèles, la haine a fleuri chez ceux pour qui il reste un usurpateur, mais il refuse d'admettre l'inéluctabilité de cette chute . Il est persuadé, que dans deux ans, environ, les royaumes voisins s'agenouilleront devant sa réussite .

   Que voulez-vous qu'il dise ?

   Quand en 1983, le roi François, le mentor de Bérenger,  prend le virage de l'austérité, ses Intendants ont au moins le courage et l'honnêteté d'annoncer le changement de politique, l'honnêteté d'en présenter les raisons, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, l'honnêteté d'avoir essayé autre chose, pendant deux ans .

   Quand en 1999, le roi Lionel se voit contraint d'abdiquer devant les puissances du marché, il l'avoue - l'Etat ne peut pas tout - mais il a essayé autre chose, pendant deux ans .

   Bérenger ne nous propose aucun " virage ", puisqu'il n'a rien essayé d'autre que ce que " les marchés " lui ont dicté : la TINA, - " There Is No Alternative "- . Et cela pose une question lourde de sens en termes démocratiques et éthiques : n'est-ce pas une duperie que nous vivons ? (2) .

   Les héritiers de Théophraste Renaudot ne savent plus à quel saint se vouer, dans leurs gazettes . Alors, n'osant pas évoquer le grand mensonge, ils ratiocinent bêtement sur l'incompétence du souverain .

   

 

   Je propose de revenir à Charles Péguy, en guise de conclusion : " Qu'est-ce qui importe ? Que les royalistes l'emportent sur les républicains ou l'inverse ? Non, cette importance est de peu, par rapport à celle-ci, que les républicains demeurent des républicains, que les républicains soient des républicains " .

   " Cesse de divaguer, me souffle la voix de Ionesco . Depuis quand les racines des mots sont-elles carrées ?" ( La leçon ) .

 

 

   NB :  (1) Pièce d'Eugène Ionesco . 1962 . /  (2) Laurent Mauduit . L'étrange capitulation .

   

 

  

 

  

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 14:14

  " L'ordre marchand tient en peu de mots : les actionnaires sont des créateurs de richesses et les travailleurs sont des coûts " .

 ( Illustration : priceminister.com ) .le-triomphe-de-l-ordre-marchand-de-herve-hutin-893160653_ML.jpg

( Aujourd'hui, 80% des pays de la planète sont engagés dans des politiques d'austérité ) .

   " Il est bon qu'il y ait des hérétiques ", disait le grand historien Marc Bloch . De mon point de vue, aujourd'hui plus que jamais .

   Durant les deux prochaines décennies , l'Union Européenne ne sera rien de plus qu'un vaste espace économique commun . Sa monnaie sera de plus en plus utilisée de par le monde mais cette Europe n'aura pas réussi à se doter d' institutions politiques, sociales et militaires intégrées . Faute d'un dynamisme démographique, le renouvellement des générations n'y sera plus assuré . Durant les deux prochaines décennies, la moitié de la population mondiale - 3.5 milliards d'êtres humains -  continuera de survivre avec moins de deux dollars par jour .

   Dans ce même laps de temps, le PIB par habitant européen ne sera plus que la moitié du PIB par habitant américain - il était de 60% en 2006 -  ce qui se traduira par un affaiblissement de la qualité des services publics, affaiblissement vers lequel nous engagent politiques, économistes orthodoxes et élites médiatiques, des transports à l'éducation, de la santé à la sécurité .

 

   Les Etats affaiblis par leurs dettes colossales, dettes des banques que ces mêmes états ont reprises à leur compte, ne pourront plus financer des revenus d'assistance décents ; les tentatives pour réduire le nombre des plus  pauvres par le seul jeu des forces du marché ne fonctionneront plus , la croissance trop faible en raison des politiques d'austérité qui auront été maintenues et renforcées, ne fournira plus assez d'emplois ; la production de " biens spécifiques " réservés à ces catégories sociales ne pourra même pas les faire accéder aux produits de base .

   Un autre enfer nous attend . L'évolution économique et anthropologique qui pousse les masses d'individus vers d'énormes " mégapoles " va se heurter à l'impossibilité pour le marché d'installer les infrastructures nécessaires à l'accueil de millions de nouveaux citadins .

   Ces trés pauvres, la moitié de la population mondiale, vont être de plus en plus vulnérables aux épidémies, au manque d'eau, à la désertification, au réchauffement climatique ; ils seront de plus en plus contraints à se déplacer de la campagne vers les villes, puis de ville en ville , pour fuir la misère, la sécheresse, pour chercher un emploi et un logement . Un nomadisme particulièrement périlleux pour la pérennité de la démocratie .

   A ce stade, je me pose une question : est-ce que je décris, ici, le futur, ou la réalité d'aujourd'hui ? 

   Ces gens-là seront de plus en plus disponibles pour toutes les révoltes ou pour nourrir l'économie mafieuse . Je pense à la ville de Naples, qui nous a été présentée, toute la semaine , au JT de 13H de France2 : avec ses 50% de chômage , elle est aux mains de la " Camorra " . 

 

   Soyons clairs ! La gouvernance d'un monde de nomades devient quasiment impossible . Elle annonce non seulement  la victoire du marché sur la démocratie mais une situation totalement inédite dans l'histoire contemporaine de l'humanité, un marché sans Etat .

   Un marché sans Etat, c'est à dire, que nul ne sera capable d'assurer l'égalité de traitement des citoyens, la liberté de l'information, l'impartialité des élections . L'Etat, dans les trois décennies qui viennent, ne sera plus que le relais des entreprises dans l'opinion . 

   Et sur ce point, tous les historiens sont d'accord : un tel marché engendre l'apparition de cartels, sous-utilise les forces productives, favorise le chômage, gaspille les ressources naturelles, libère l'économie criminelle, donne le pouvoir aux " mafias " .

   Fantasmes vont penser certains ! Alors souvenons-nous que cela a déjà existé, en certains points du globe : la Chine en 1912 et ses seigneurs de la guerre ; la Somalie en 1990 et ses clans islamistes ; l'Afghanistan en 2002 ;  l'Irak en 2006 :  le Mali tout récemment ... 

 

   Mais , diront d'autres, le marché, lui-même ne pourra se satisfaire d'une telle sitution : il a toujours eu besoin d'un Etat fort pour exister . Et cela est vrai .

   Et le marché a déjà commencé à mettre en place ses réponses au délitement des structures étatales , car il sait que des règles doivent être respectées pour que les mauvais joueurs ne faussent pas la concurrence, pour que la loi des armes ne fausse pas la loi des échanges, pour que le droit de propriété soit respecté, pour que les consommateurs restent solvables .

   Et c'est pourquoi nous avançons vers des " gouvernances auroproclamées ", donc privées, donc anti-démocratiques .

   Prenons les sociétés d'assurances, qui ne souhaitent pas avoir à couvrir tous les sinistres que l'anarchie peut engendrer : elles vont produire des normes puis inventer des structures de contrôle, de surveillance, de police envers les tricheurs ou les supposés tricheurs, qu'elles rémunèreront et dirigeront , elles-mêmes .

   Arrêtons-nous un instant sur les banques . Elles se doteront d'organismes prudentiels mondiaux, chargés d'émettre les règles de bonne conduite concurrentielle, par dessus les gouvernements : et cela existe déjà, c'est le Comité de Bâle - Bâle I, Bâle II, Bâle III à partir de 2015 - qui édicte les règles bancaires et financières applicables à toutes les banques de la planète, sans qu'aucune loi mondiale en décide à leur place .

   Et les grosses entreprises de la distraction ? Seront-elles en reste ?  Aujourd'hui, aucune instance internationale n'est en son domaine aussi puissante que la Fédération Internationale de Football . Elle contrôle déjà toutes les recettes, considérables, que les médias déversent sur ce sport, sans que la légitimité de ceux qui la dirigent soit établie, ni que l'usage de ce qu'elle fait de ses ressources ne soit contrôlé . Et le moindre club de quartier est tenu de respecter la plus infime modification d'un règlement venu de Lausanne .

   Tenez, encore un exemple de ces nouvelles polices privées qui commencent à naître . Par quoi est géré, aujourd'hui, le système internet au niveau international ? Par un organisme de surveillance privé, autoproclamé, qui édicte ses propres règles : l'ICANN - Internet Corporation for Assigned Names and Numbers - .

 

   " Le monde sera, vers l'année 2050, un monde de déséquilibres extrêmes et de grandes contradictions ...

   ... La priorité accordée au court terme, à l'immédiateté, à la précarité, à la déloyauté, aura rendu plus difficile le financement de toute recherche et la collecte de l'impôt ...

   ... Le monde aura échoué et s'effondrera " . ( J. Attali )

   A moins que des hérétiques se lèvent et nous entraînent vers des révoltes salvatrices .

 

 

   NB : d'aprés le livre de Jacques Attali : " Une brève histoire de l'avenir ", Fayard, 2006, en démonstration inversée .

 

 


 

   

   

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 15:03

" Je ne vous dis pas de me croire, je dis seulement ce que l'on me dit de dire " . ( Bernadette Soubirous . Lourdes ) .

 ( Illustration : confessionnal . 92.catholique.fr ) .

 

 

Confessional.jpg

 

 

 


 

   Les " communicants " ont encore frappé . L'exercice de haute voltige auquel les mercenaires de l'agence Havas Worldwide, ex-RSCG, ont soumis hier, sur la chaîne BFMTV, leur client Jérôme Cahuz ac, qui devait demander le pardon au bon peuple de France pour sa faute, et " sa part d'ombre " a atteint un niveau d'indécence à faire pâlir tous les Machiavel de la terre .

   Ils sont à ranger au magasin des accessoires, les bons vieux confessionnaux de nos églises et nos braves curés de campagne à qui nous demandions, autrefois, dans le secret de la confession, d'absoudre nos péchés . Les communicants ont pris leur place pour organiser le nouveau système " d'indulgences " qui passe par les " paraboles " (sic ) installées sur nos toits ou sur nos balcons .

   Bernadette Soubirous n'était pas " coachée " par Stéphane Fouks, le pape de la communication politique, mais elle avait compris, déjà, il y a cent cinquante ans, que communiquer, " c'est dire ce qu'on vous dit de dire " .

   Et hier, Jérôme Cahuzac n'a pas failli à cette règle d'or .

   Nous avons eu droit au " remake " d'un Strauss-Kahn, retour d'Amérique, il y a deux ans, sur le plateau du JT de 20H, de Claire Chazal : " C'est ma faute, c'est ma trés grande faute ", mais de vérité sur l'affaire,  point !

   Cela n'a rien d'étonnant puisqu'ils sont cornaqués par les mêmes professionnels du mensonge, tout comme d'autres, au sommet de l'Etat .

 

   Une différence tout de même entre les deux interventions . Strauss-Kahn, fidèle à son image de star, avait choisi TF1 et le journal de 20H, un dimanche, tandis que Cahuzac, bien plus finement, retient une chaîne de moindre audience, à 18H,  un journaliste anonyme donc impressionné, pour atténuer l'impact direct de son propos, et laisser aux commentateurs le soin de faire le " buzz ", puisque c'est ainsi qu'on dit aujourd'hui .

   Ce choix est loin d'être innocent ou anodin . Car ses communicants vont l'obliger à se fendre d'un deuxième mensonge public, qu'il est préférable de faire passer filtré par les commentaires des gens avisés . Nous allons nous en expliquer .

   Mais regardons d'abord le ton de l'entretien . Larmoyant, contrit, modeste, repentant : rien ne manque pour créer l'émotion du téléspectateur voire la compassion envers un homme à terre et qui n'hésite pas à dire que la prison lui fait peur - comme à tous les gens honnêtes - , et à qui l'on a conseillé d'ajouter que, oui, l'idée du suicide l'a bien effleuré .

   De ce côté-là, l'objectif est atteint . Le personnage a retrouvé toute l'humanité qui sied, en ces circonstances . Mais, quand même, trois points de cette mise en scène  ne peuvent qu'interpeller quiconque est animé d'un brin de curiosité .

   Et d'abord, si le personnage se défend, presque sur un mode psychanalytique, en arguant de ce comportement humain qui incite à occulter dans son inconscient la faute commise, voire à en faire un véritable déni et parfois  à l'oublier, il ne dit pas qu'il s'est battu comme un beau diable pour empêcher le site Mediapart de publier ses informations, cherchant par tous les moyens à le discréditer : étrange pour quelqu'un qui avait oublié !

   

   Puis à la question, le Président savait-il que vous aviez triché, Cahuzac ne répond pas trés franchement que le Président ne savait rien . Il utilise, avec une extrême habileté, une expression lourde de sens : " J'ignore le niveau de connaissance qu'avait le Président de l'affaire " . Au château, à ce moment-là, certains ont dû sursauter . Je ne peux m'empêcher d'y voir une sorte d'avertissement subliminal, peut-être pour que cesse le jeu des injures ad hominem, ou pour dire qu'il ne pourra pas supporter longtemps seul l'infâmie, et que le temps de l'aider est venu ?

 

   Le troisième  point qui doit nous intriguer est celui du deuxième mensonge public que ses communicants imposent à Cahuzac, celui du montant de ses avoirs sur ce compte caché, aujourd'hui à Singapour .

   Six cent mille euros dit l'ex-ministre, quinze millions d'euros dit la presse suisse, informée par des sources bancaires fiables, montant confirmé par les spécialistes qui précisent que les banques suisses ou singapouriennes n'ouvrent pas de comptes exposés, à moins de dix millions d'euros .

   L'intérêt de ce deuxième mensonge ne m'apparaît pas, d'autant plus qu'il est fort dangereux pour la suite de l'affaire , s'il est éventé .

   J'avoue que sur cette question les communicants m'ont " bluffé " . Il reste à voir jusqu'à quand !

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 14:56

" La meilleure façon de prédire ce que sera demain, c'est encore de l'inventer " . ( Devise des chercheurs de la société Xérox ) .

 ( Illustration : bigbrowser.blog.lemonde.fr ) .

 

 

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   On ne peut plus en douter, la personnalité de François Hollande est devenue une énigme pour une large majorité de Français . Laissons de côté les injures proférées par des patrons de presse en grandes difficultés financières et à la recherche de " Unes " aussi ravageuses que stupides :  " faible ", " mou " , " incompétent ", " indécis " ...

   S'interroger sur le tempérament du chef de l'Etat n'est pas une question secondaire, car le mystère qui s'est installé autour de la personnalité présidentielle accroît le malaise et les inquiétudes qui traversent le pays .

   Si l'on en croit les commentateurs politiques, les conseillers de l'Elysée, de Matignon, des grands ministères, sont décontenancés, déstabilisés, par un homme qui écoute mais ne dit rien, ne parle pas, ne s'explique pas . Tout ce beau monde attend depuis des mois la définition d'un cap, d'une direction qui ne vient pas . Ce phénomène pourrait expliquer en partie, la multiplication des " couacs " ministériels, venant de personnalités désireuses de montrer qu'elles, ont tout compris .

   F. Hollande avait choisi de nous offrir une Présidence normale, donc modeste, apaisante, et il y avait réussi durant les premiers mois de son mandat, aprés le typhon sarkozyste .

   Il s'était posé en rassembleur, ce qui était, encore une fois, une bonne chose, mais pourquoi n'a-t-il pas vu que la droite frustrée, qui n'a jamais cessé de considérer comme illégitime tout ce qui ne sort pas de son sein, ne le laisserait pas en paix ?  Une droite tellement bête, qu'elle ne voit même pas, que la politique économique et sociale actuelle est celle de son " mentor " .

   Pourquoi a-t-il  engagé, comme dossier prioritaire et urgent, le débat sur " le mariage pour tous ", sujet clivant s'il en est, alors qu'il enterrait d'autres promesses politiques ou sociétales tout aussi importantes, débat trés mal engagé, parce que laissant la bride sur le coup à quelques extrêmes qui aussitôt en voulurent plus - PMA et GPA - et firent basculer l'opinion d'une passive acceptation à un rejet radicalisé ?

 

   Le bon portrait du Président a été fait par un journaliste avec qui je n'ai aucune affinité, Philippe Tesson dans Le Point , mais qui pour une fois, me semble avoir visé juste :  " Indéchiffrable, imprévisible, secret, F. Hollande joue de ses apparences avec une habileté déconcertante, apparences qu'il a longtemps cultivées " .

   Une actualité récente justifie tout à fait ce jugement . Lors des aveux de J. Cahuzac, s'indigne-t-il avec quelques accents de dégoût sur le comportement du " mouton noir " de son gouvernement ? Pas du tout ! Il se contente de " prendre acte ", froidement, comme un greffier de tribunal, avec " sévérité " comme un  pion  de Lycée, de la faute de son ministre .

   Le même Ph. Tesson de souligner, et il m'en coûte de rejoindre ce jugement,  que l'apparente modestie cache en fait " un mélange d'arrogance dissimulée sous une manière pateline  qui tient lieu d'autorité " .

   Ce jugement me paraît conforté par une autre observatrice du monde politique, la journaliste du " Monde " , Raphaëlle Bacqué, qui, hier dans l'émission " C dans l'air ", sur France5, déclarait, à peu prés ceci : on a tellement rappelé l'extrême habileté politique du premier secrétaire du Parti Socialiste, que le Président s'en est persuadé, en joue, et peut-être fonde trop facilement sa politique sur ce seul talent .

 

   C'est ainsi qu'il en va de cette décision de faire publier aux Ministres, dans l'urgence, leur patrimoine , cette espèce de concours du pauvre, cette humiliation des élus, cette compétition misérable qui ne peut que flatter les instincts populaires les moins nobles .


   Pour ma part je crois entrevoir dans la personnalité du Président quelques traits qui rappellent les " troubles schizoïdes ", dont sont atteints les politiques qui ont fait profession du service de l'Etat  : " Une activité professionnelle conduite de manière solitaire et indépendante ; peu d'intérêt manifesté aux marques de sympathie,  d'émotion , de rejet  - qui les rend blindés à toutes les attaques venues de leurs adversaires - ;  l'interdiction faite à soi-même d'exposer ses émotions qui entraîne une image de froideur mais aussi d'apathie .

 

   Seulement voilà, la politique ne saurait être qu'une affaire d'habileté intellectuelle . Rappelons que la politique c'est sûrement aussi " inventer un avenir " en s'attachant à inverser les courbes suivantes :

   - 65 Mds d'impôts nouveaux entre 2011 et 2013 ;

   - 90.2% , niveau de la dette fin 2012, point où la dette se renouvelle seule, et où il faut atteindre au moins 4% de croissance pour en inverser la courbe .

   - 3.8% de déficit au lieu des 3% annoncés .

   - 10.9% de chômage, Métropole plus DOM, car c'est cela la France,  en constante augmentation .

   - 56.9% de dépenses publiques en 2013, sans qu'aucune mesure sur les gaspillages n'ait été prise .

   - 46.5% de prélèvements obligatoires en 2014 . 6 Mds d'€ d'impôts supplémentaires à ajouter à ceux déjà prévus .

   - 0.1% de récession en 2013 dit le FMI .

 

   La vérité de F. Hollande est ailleurs !  Dans une seule question : " Pourquoi n'a-t-il pas cherché un seul instant à modifier la politique de son prédécesseur ? " (1) .

 

 

   NB : (1) . Laurent Mauduit . " L'étrange capitulation " . J. C. Gawsewitch, Editeur . Avril 2013 .

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 14:12

 " L'héritage de Margareth Thatcher c'est une nation d'individus riches et de communautés pauvres " . ( Leader du Parti Libéral britannique ) .

 ( Illustration : afrus.ru ) .france_de_jef_site_0.png

 

   C'est l'histoire d'un enfermement idéologique,  psychologique et technocratique . Entre 1983 et 1986, au moment du tournant de la rigueur des années Mitterrand, aprés une tentative d'ouverture vers un socialisme modéré, entre 1981 et 1982, trois figures du socialisme français, Jacques Delors, Laurent Fabius et Pierre Bérégovoy, vont convaincre François Mitterrand de la nécessité d'un changement de stratégie, et avec son accord, engager la France, sur la voie du libéralisme financier et de la libre circulation des capitaux .

    Le paradoxe est fort : "  C'est Jacques Delors, figure importante du socialisme français qui va être, plus que quiconque, l'architecte de la rigueur française et amener le Parti Socialiste à remettre en question, complètement, ses positions sur les questions financières ... Ce fut un moment où les positions de la gauche française en matière de libéralisation des capitaux ne se distingua plus de celles de la droite ... ". ( Rawi Abdelal . Harvard Businness School ) .

   Comme le dit encore le professeur de Harvard, les Etats-Unis ne vont pas mener le combat pour institutionnaliser les règles et les obligations d'un marché financier libéral, ils étaient plutôt  partisans de laisser les marchés s'imposer, au coup par coup, librement . Ils vont donc regarder faire les Français, sans les forcer .

   " Ce n'est donc pas une capitulation de la gauche européenne qui ouvre la voie à l'instauration du libéralisme sur les marchés financiers, la gauche française a fait beaucoup plus que de se laisser briser par les réalités de la mondialisation, les socialistes français se sont ralliés, dans les années 1980, carrément, au marché ...

   A cette époque, la gauche et la droite, française et européenne, n'étaient d'accord sur pratiquement rien, sauf sur la finance " .

    Voici ce que dit J. Delors, dans un entretien, en décembre 2004, avec Rawi Abdelal  : " Historiquement, il a toujours existé en France une position minoritaire - une partie de la gauche et les démocrates chrétiens -  qui considère l'inflation comme le pire fléau pour la santé à long terme de l'économie, parce qu'elle ronge la valeur de la monnaie, pousse à la fuite des capitaux, lèse les pauvres et les classes moyennes . Cette minorité a toujours cherché à moderniser la France, à stabiliser sa monnaie, à combattre l'inflation, à promouvoir l'emploi et une croissance saine . Il se trouve qu'elle l'a emporté, en France, dans les années 1980, mais la bataille a été longue et dure " .

   Analyse en forme d'aveu, mais particulièrement anachronique par rapport à la situation de 2013 .

 

   Enfin, passons ! L'histoire commence en 1981 . De 1961 à 1981, l'Europe et l'OCDE résistent à toutes les tentatives de libéralisation des mouvements de capitaux . Seuls quatre pays, Etats-Unis, Grande- Bretagne, Allemagne et Japon se sont engagés dans cette voie .

   En 1981, suite aux mesures économiques et sociales avancées du gouvernement d'Union de la Gauche de F. Mitterrand, les marchés sont trés irrités et organisent une fuite des capitaux massives . Malgré un contrôle des changes draconnien et aprés trois dévaluations du franc, en dix huit mois, et un niveau des réserves en devises trés affaibli , deux ans plus tard, sous la houlette de J. Delors, la France décide que, puisqu'on ne peut enrayer la fuite des capitaux, on n'a qu'à faire comme au judo : " on se couche avec l'adversaire " . C'est à dire, qu'on en libéralise la circulation, pour qu'ils reviennent .

   Ce que confirme le Français Henri Chavransky, alors Président du Comité des Mouvements de Capitaux de l'OCDE, de 1982 à 1994, dans un entretien, en avril 2004, avec Rawi Abdelal : " Nous avons compris que dans une époque d'interdépendance, les capitaux trouveraient toujours le moyen de circuler , et nous avons été obligés de libéraliser l'ensemble " .

   Peter Hall,  professeur à Harvard, appelle cette sorte de conversion, " le long processus d'apprentissage  de la gauche française " .

   La vérité est ailleurs .  Jonah Levy, professeur à Berkeley, en sciences politiques, spécialiste de Tocqueville, voit dans ce qu'il accepte d'appeler un " apprentissage ", autre chose : " Un Delors, un Fabius, un Bérégovoy, et d'autres, avaient des raisons plus personnelles de se rallier à l'économie de marché, ce choix leur permettait de se doter d'une identité politique attrayante, d'un profil moderne, compétent, qui tranchait avec l'image archaïque et excessivement idéologique d'un Chevènement ou d'un Marchais " . 

   Les membres influents du Parti Socialiste avaient commencé à se réinventer .

   Aprés avoir largement assoupli les contrôles sur les mouvements de capitaux, dés 1983, supprimé le plafond d'allocations de devises en cas de voyage à l'étranger et le carnet des changes, en 1985, ils entreprennent de libéraliser à peu prés toutes les transactions financières et notamment autorisent la création d'eurobonds libellés en francs : une banque étrangère peut créer et mettre en vente  une obligation sur le franc . Ce qui est le summum de ce que permet le libéralisme . La monnaie d'un pays peut se créer ailleurs que chez lui .

   Paradoxalement, lors de la cohabitation - Mitterrand, Chirac - entre 1986 et 1988, le gouvernement de droite ralentira le mouvement . Mais en 1988, les socialistes revenus aux affaires, sous la houlette de Michel Rocard, achèvent la besogne . Ce qui permet à Rawi Abdelal  de dire : " au 1er janvier 1990, le compte de capital de la France est complètement ouvert " .

   Le Français Pascal Lamy, un socialiste, aujourd'hui  Directeur Général de l'OMC, à l'époque collaborateur de Jacques Delors, confirme tout cela : " Lorsqu'il s'agit de libéraliser, il n'y a plus de droite en France . La gauche devait le faire, parce que la droite ne l'aurait pas fait " . ( Entretien avec R. Abdelal ) .

   Un conservateur, comme Jacques de Larosière, ancien Directeur Général du FMI, ancien gouverneur de la Banque de France, ex- collaborateur de Giscard d'Estaing, confirme ce constat, lui qui disait qu'il fallait nuancer les bienfaits de la libre circulation des capitaux : " Sans les institutions et les procédures de surveillance voulues, les mouvements de capitaux peuvent causer des ravages " , dira-t-il .

   L'ardeur de la gauche française à surpasser la droite ne se borna pas à la finance et s'étendit à tous les domaines de la vie économique .

   En matière monétaire, Jonah Lévy constate, chez les socialistes,  " une orthodoxie financière beaucoup plus forte que celle observée chez les gens de droite " , alimentée par cette soif de " crédibilité " .

   Ce phénomène a été largement analysé . Serge Halimi, spécialiste en sciences politiques, y voit " l'ambition de faire ses preuves sur le terrain même de l'opposition . Cette conviction  se traduit par une politique encore plus brutale que celle de la droite lorsqu'il s'agit d'appliquer des politiques économiques orthodoxes " .

   Pour l'économiste luxembourgeois, David Howarth, " il était nécessaire, pour les socialistes de se fabriquer une image de gérants économiques responsables, tant pour des raisons de politique intérieure, la volonté de rester au pouvoir, que pour résister à la spéculation internationale contre le franc " .

   Cette logique de conquête de crédibilité aux yeux des marchés financiers mondiaux exigeait, en quelque sorte, de la gauche française qu'elle se fît " plus royaliste que le roi " .

   Le conseiller du milliardaire américain Donald Trump, l'avocat d'affaires George Ross, dira de son côté : " Les socialistes ont dû vivre un changement massif sans aucune autre stratégie plausible, se débattre dans bien des contradictions et encaisser des coups, mais au final ils gardèrent le pouvoir, au prix d'un certain cynisme de la part de certains et de la dépossession pour les autres de toute conviction forte " .

 

   Et tout allait s'accélérer, au niveau européen, quand l'architecte de la rigueur à la française, Jacques Delors, accède à la Présidence de la Commission Européenne où il va rester dix ans . 

   Delors ne perd pas de temps et produit, en juin 1985, son livre blanc, qui est la feuille de route de l'Europe, pour atteindre au 1er janvier 1993, l'achèvement du marché intégré , non pas sur le seul trépied, de la libre circulation des biens, des services et des personnes, mais avec l'ajout d'un quatrième pied : la libre circulation des capitaux, qui pourtant ne figurait pas dans le Traité de Rome et avait suscité la résistance, pendant plusieurs décennies, de la majorité des Européens dont la France .

   Delors bousculera toutes ces réticences, non sans une certaine rouerie, que d'autres appellent habileté politique . Mais c'est un autre sujet .

   Le tournant français engendrera, par la volonté de certains socialistes français le tournant européen vers le néolibéralisme et le système financier dominateur .

   L'économiste français Jacques Melitz dira : " Lorsque les historiens de l'économie considèreront ce moment crucial de l'histoire financière de l'Europe, ils concluront que le programme français de libéralisation des capitaux a donné le" Livre blanc de Delors " qui lui-même a engendré le passage d'une Europe protectrice au marché intégré des services financiers ".

   Enfermé dans le dogme du " franc fort " protecteur de l'économie, Delors poursuit sa logique, et ne voit la protection assurée du franc, que dans une Union Monétaire, une monnaie unique, qu'il marchande avec l'Allemagne contre la libéralisation des services financiers . L'affaire est conclue entre Helmut Khol, Mitterrand et Delors .

   George Ross écrira que l'Union Monétaire était plus que tout le reste " le bébé de Delors ", qui voyait dans les fondations de cette organisation " l'exploit le plus grandiose qu'un Président de la Commission aurait jamais accompli ", motivation que l'intéressé ne nie pas, puisqu'il déclara, dans un entretien avec R. Abdelal que " ces autres considérations politiques ont joué un rôle " .

   " C'est en France que s'est déroulée la bataille déterminante des idées libérales pour l'Europe ", dans les années 1980, pourra écrire Craig Parsons, professeur à l'Université de l'Oregon .

 

   Le résultat de ces considérations politiques, psychologiques et technocratiques, est que durant ces années-là, l'Europe perdit avec le marché unique des capitaux et les taux de change fixes toute possibilité de conduire des politiques monétaires autonomes . 

   Le résultat de cette conversion est " que l'âme du socialisme est morte dans ces années-là ", que le socialisme perdait, à tout jamais, la capacité de piloter l'économie du pays en toute souveraineté .

   Le résultat est que Jacques Delors enfermait à tout jamais , ses disciples et ses successeurs, dans un cadre dogmatique irréversible .

   Le résultat est que François Hollande , en disciple revendiqué de J. Delors, est enfermé dans ce cadre dogmatique, qu'en technocrate buté il n'en sortira pas, et que donc, la route qu'il trace, au jour le jour, nous conduit dans l'enfer, alors que son maître  nous promettait " l'emploi et une croissance saine " .

 

 

   NB :  d'aprés l'article du professeur Rawi Abdelal - site champ libre - " Le Consensus de Paris :  la France et les règles de la finance mondiale " . ( traduction de Rachel Bouyssou ) .

   

   

 

   

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 14:57

" Et maintenant, il y a le nouvel Omo, qui lave encore plus blanc ! dit la publicité ... Oh ! moi, je ne change pas de poudre de lessive, j'ai peur que mon linge devienne transparent, à force ... répond la ménagère ." ( Coluche . La publicité . )

   ( Illustration : La mére Denis . Publicité de la marque Vedette . Années 1970 . /  perso.numericable.fr ) .

 

 

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   Séisme, tsunami, explosion nucléaire, coup de tabac en mer,  l'affaire Cahuzac ? Rien de tout cela !  C'est une simple inondation, une banale montée des eaux, mais qui rend fébrile tout le microcosme politique . Car une montée des eaux, c'est quasiment impossible à endiguer . L'eau monte tant qu'elle en a envie, devient peu à peu trouble et sale, à cause de tout ce qu'elle arrache et entraîne sur son passage, puis se retire, quand elle l'a décidé , toute seule, et on ne sait jamais vraiment à quel moment . Elle entraîne beaucoup de déchets et on ne sait jamais, vraiment, où elle va les déposer .

   Là est le drame de l'affaire Cahuzac . Un tremblement de terre est suivi de quelques répliques, certes, mais, quand elles cessent, le calme revient, aussitôt . Aprés un dégât des eaux, l'humidité reste imprégnée dans les murs de la maison et la moisissure ne part plus : la maison peut devenir inhabitable .

   L'inondation naît de pluies violentes et qui durent . Et il pleuvait depuis longtemps devant la porte d'un certain nombre d'élus, devant la porte de certains " ténors " de la politique, à droite comme à gauche . C'est pourquoi  l'affaire Cahuzac ne saurait être une surprise pour personne .

   La classe dirigeante est aux abois, c'est un fait . Elle ne peut ignorer que l'affaire va être suivie d'autres, maintenant que le long fleuve tranquille de la corruption et du mensonge est sorti de son lit . C'est pourquoi, le Président de la République et le Premier Ministre ont voulu frapper vite et fort, en faisant appel à la Mére Denis des machines à laver " Vedette " et au nouvel " Omo " des années 1970 . Mais en oubliant, que dans les deux cas, il s'agissait de publicité, mensongère , par définition .


   Bon, d'accord !  On veut laver plus propre . Je souscris à ce voeu .

   Quatre mesures " phares " ont été annoncées, hier, par le Président de la République . Création d'une Haute Autorité de contrôle de la transparence politique ; d'un " Parquet " spécialisé dans la lutte contre la délinquance financière et la corruption, avec un champ d'investigation national ; obligation faite aux élus de publier leur patrimoine ; définition du champ des conflits d'intérêt .

   Il est triste de devoir constater que ces quatre propositions existent déjà, dans les faits, et ne sont pas des nouveautés . Il y a bien donc une opération de communication qui entachent, dés le départ, la sincérité des intentions du Président .

   La Commission pour la transparence politique, existe déjà : donnons lui, comme ses membres le réclament depuis longtemps, les pouvoirs législatifs d'investigation et de transmission à la justice, des fraudes constatées .

   Les parquets financiers existent, au niveau de chaque circonscription juridique, et celui de Paris a déjà des pouvoirs d'investigation nationaux . Donnons- leur plus de moyens d'agir, matériels et humains, et les résultats viendront aussitôt .

   Les déclarations de patrimoine existent, également, donnons les moyens à la commission de contrôle de les vérifier réellement et de poursuivre . Là est la sagesse . Livrer les patrimoines à l'appétit d'une presse en difficulté financière, ou à des citoyens exaspérés par la crise économique, est une aberration .

   Les conflits d'intérêt sont bien connus : certains sont déjà encadrés ; resserrons les mesures actuelles, mais n'inventons pas une nouvelle usine à gaz .

 

   Trés habilement, F. Hollande introduit dans son plan, la lutte contre les paradis fiscaux . Mais il sait mieux que quiconque que cela est une affaire européenne, sans aucune chance d'aboutir, puisque la liberté de circulation des capitaux est inscrite dans le marbre européen, depuis le Traité de Maastricht, que les paradis fiscaux, la concurrence fiscale et le secret fiscal, sont le coeur du système financier européen, que les petites phrases sussurées pas des ministres suisses, autrichiens ou luxembourgeois, sur la volonté de transparence de leur pays, ne sont que de menues vaguelettes de diversion .

 

   Ce que je veux dire, c'est qu'en plaçant sa riposte à la secousse " Cahuzac ", sur un plan strictement moral, F. Hollande, fait plus fort que Mitterrand, fait encore mieux que son maître : il place tout son monde, les siens et ses adversaires, en porte à faux . Ou le soutenir ou se déjuger aux yeux de l'opinion . Et l'on peut en voir les effets, d'ores et déjà, dans la cacophonie et les divisions qui se font jour, à droite comme à gauche, à propos de ce plan, tout comme dans la confusion qui atteint éditorialistes et commentateurs médiatiques .

   Bravo François ! Sauf que rien n'est réglé pour autant .


   

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 16:10

   " Fides " était la déesse de la bonne foi et de l'honneur, chez les Romains . Elle symbolisait la parole donnée par le citoyen romain . Elle était la personnalisation du respect des engagements, la gardienne de l'honnêteté et de l'intégrité des transactions, elle était la déesse du serment et de la loyauté . Son siège se trouvait dans la main droite de l'homme . Aussi tout engagement, tout contrat se transmettaient de la main droite à la main droite .

   ( Illustration : statue de Fides, devant l'Assemblée Nationale ./ caissedesdepots.fr ) .

 

 

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   Le 5 mai 2013, Jean-Luc Mélenchon, invite le peuple à manifester pour donner " un coup de balai "  dans le cloaque politique dans lequel le pays est immergé . C'est bien, il en appelle aux valeurs représentées par " Fides ", mais il est dans l'erreur . Les métaphores qu'il utilise pour mobiliser les classes populaires, " nettoyage ", " purification ", vont à l'encontre du projet qu'il défendait, durant la campagne des présidentielles, un projet d'ouverture aux autres, une société de métissage .

   En plaçant son initiative sous l'étendard de la morale - je disais hier que la crise n'était pas morale - il passe à côté de son sujet et ne mobilisera pas .

   En plaçant son initiative sous un mot d'ordre abstrait, sans consistance, ambigü, de convocation d'une Assemblée Constituante en vue d'une VIe République, il ne répond à aucune des inquiétudes du plus grand nombre, et en particulier pas à l'angoisse de ne plus y arriver : en désignant comme ennemi " un système qui révèle sa pourriture intrinsèque ... ", J.L. Mélenchon ne parle à personne . Pire, ses excés contribuent à la perte de crédit de la parole politique , car son discours est devenu trop " inquisiteur, négatif, culpabilisant " .(1) .

   " On ne peut penser le réel - aurait pu lui dire Lénine - avec une syntaxe moraliste qui se contente d'opposer les menteurs, les pourris, les bons et les autres " . (1) .

   L'adversaire n'est pas la moralité de quelques-uns, l'adversaire c'est la finance, la banque et leurs commis qui ont mis des chaînes à la démocratie .

 

   Mais que s'est-il passé depuis mai 2012, dans la tête de ce leader politique que j'ai soutenu, suivi et défendu ? Sa campagne électorale, en 2012, fut exemplaire . Je pense en particulier au meeting de Marseille et à son discours " des bras ouverts " à tous les peuples de la Méditerranée .

   Il avait, avec un talent indiscutable, incarné un nouveau modèle politique, en se déportant du discours politicien habituel, sur trois points essentiels :

   - Déplacement du débat public, de la scène médiatique, fausse et enrobée de spectacle, à celle de la place publique, celle du forum .

   - Force du discours sur la perception des solidarités, sur l'identité nationale, sur le rapport à l'autre .

   - Elévation du niveau du langage : il y avait de l'épique, du carnavalesque, de la poésie, dans son vocabulaire . (1) .

   Depuis, J.L. Mélenchon a fait son retour sur la scène médiatique, sur les plateaux radiophoniques et télévisés, délaissant les places publiques, plateaux où l'on ne peut capter l'attention que par la provocation, et le jeu,  " à toi, à moi ", qu'imposent les animateurs d'émissions ou de débats .

   Tant et si bien que le langage imagé, captivant, de la campagne a cédé la place à un vocabulaire inquisiteur, souvent excessif, qui dénature ses analyses .

   En s'en prenant directement et personnellement à F. Hollande, il réveille les vieilles lunes de la IIIe Internationale, qualifiant les " socio-démocrates " de " socio-traîtres " . Le Parti Communiste Français a payé trés cher ces excés passés .

   J.L. Mélenchon doit relativiser le romantisme qui l'étreint à l'endroit des révolutions latino-américaines . Ce qu'a fait un Chavez au Vénézuela mérite d'être défendu . Mais la " révolution citoyenne " vénézuélienne, n'a rien à voir avec la situation française . Chavez a réintégré dans le jeu politique et démocratique l'écrasante majorité de son peuple, qui en était exclu . Mais nous n'avons pas en France une énorme rente pétrolière confisquée à rendre à la population, et la droite française n'a pas fait tirer sur le peuple, lors d'émeutes de la faim, provoquant 3000 morts, comme cela fut le cas en 1988, au Vénézuela .

 

   Disons-le enfin . la décridibilisation de la parole politique ne date pas d'aujourd'hui . Elle remonte à plus de trente ans en arrière, et est due aux révolutions néolibérales et aux révolutions des technologies de l'information, d'une part . A la perte de crédibilité de la signature de l'Etat, donc des politiques, suite à l'explosion des dettes publiques et à la direction ultra-libérale prise par l'Europe .

   Nos adversaires sont là ! C'est pourquoi, je partage les réserves du député communiste du Puy de Dôme, André Chassaigne, quant à cette initiative de manifestation, dirigée, qu'on veuille bien l'avouer ou pas, en premier lieu contre F. Hollande ; qui va se transformer en spectacle plus qu'en mouvement de vraie exigence politique ; qui va donner des arguments à la radicalisation de la droite ; qui va jeter davantage de gens dans les bras de Marine le Pen .

   La chienlit s'étend à l'Assemblée Nationale où les injures volent bas . Les classes populaires sont écoeurées . C'est une faute politique majeure que de faire de la rue une caisse de résonnance du dégoût des Français pour leur classe politique dont l'écrasante majorité a une haute opinion de sa fonction .

 

 

   NB : (1) . texte inspiré de l'entretien donné par le chercheur Christian Salmon, à Libération .

   

   

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 14:17

"  En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai ..." ( Talleyrand ) .

 ( Illustration : détail du Platon de Raphaël ) .

 

 

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   La crise que nous traversons - je ne parle pas ici de la crise économique et sociale - n'est ni morale, ni politique, ni gouvernementale, c'est la crise de " la démocratie confisquée " .

   Cette crise n'est pas morale .

   Platon est mort depuis deux mille quatre cents ans ...  Sa thèse des " philosophes rois " ne lui a pas survécu bien longtemps . " S'il n'arrive pas , ou bien que les philosophes deviennent rois, dans les états, ou bien que les rois ne deviennent philosophes, et ainsi que le pouvoir politique et la philosophie se rencontrent sur la même tête, alors il n'y aura pas de trêve aux maux dont souffrent les états ." 

   Pour Platon, le but de l'état est de faire régner la vertu, c'est à dire d'instaurer une société juste , fondée sur quatre vertus : la sagesse, le courage, la tempérance et la justice . Mais pour organiser un tel état, il faut que les gouvernants possèdent, eux-mêmes, ces qualités .

   Pour Platon, donc, la morale est la fin visée par la politique . 

   Cette thèse fut celle de la République Romaine jusqu'au Ier s. av. J.C. . La "dignitas " était le souci unanime des citoyens romains, c'est à dire de l'estime de soi et de la réputation dont on jouit aux yeux des autres . En ces circonstances il s'agissait de ne point faillir . Mais au début du Ier s. av. J.C.,  Caton l'Ancien, déplore déjà, qu'à la suite des conquêtes et de l'enrichissement rapide qu'elles apportent, la dégénérescence des vieilles vertus s'installe : " Il s'en trouvait bien peu qui voulussent labourer la terre de leurs mains, souper petitement, qui se contentassent d'une robe simple ou d'un logis modeste " .

   Puis à la fin du Quinzième siècle,  le philosophe florentin Machiavel est passé par là . Pour lui, l'art politique est au-delà du bien et du mal . Une faute politique est plus grave qu'un crime moral . Le critère de la faute est l'échec . Pour Machiavel, en effet, rien n'est pire, en politique, que l'insécurité qui accompagne la faiblesse d'un état . Seul un pouvoir fort peut assurer la paix, qui est la condition de l'ordre moral . Et pour établir et maintenir la paix, tous les moyens sont bons .

   " A bien examiner les choses, on trouve que, comme il y a certaines qualités qui semblent être des vertus et qui feraient la ruine du Prince, de même, il en est d'autres qui paraissent des vices et dont peuvent résulter néammoins sa conservation et son bien être . Que le Prince songe uniquement à conserver son état et sa vie . 

   A lire ces lignes de Machiavel, on a l'impression d'être plongé, littéralement, dans le mélodrame français actuel .

   Par ailleurs, pour décider de qualifier cette crise de morale, existe-t-il, aujourd'hui, dans notre pays, une voix assez puissante, indiscutable, et respectable qui pourrait nous dire où est le bien, où est le mal ?

 

   Cette crise n'est pas davantage politique . La France est gérée par plus de cinq cent mille élus . Un élu pour cent huit habitants . Un record stupide, d'ailleurs  . Les centaines de milliers de conseillers municipaux bénévoles ne sont pas à mettre dans le même panier que quelques milliers d'apparatchiks, de politiques professionnels, de cumulards, de roitelets de provinces, de grands féodaux régionaux, de " pantouflards ", ces gens qui vont et viennent, entre sphère publique et sphère privée, et entretiennent tous les conflits d'intérêts, qui apparaissent, tous les jours dans les médias qui veulent bien en parler .

   Dans les partis politiques, ce qu'on a coutume de désigner sous le vocable de " base ", les militants du quotidien, les diffuseurs de tracts, sont dans leur immense majorité, honnêtes et sincères .

   Dans nos mairies, lors des divers rendez-vous électoraux, le suffrage universel est respecté, les fraudes électorales sont réduites à quelques dérapages, vite dénoncés et le plus souvent sanctionnés par la justice .

   Même si, un " inconscient " comme J. F. Copé, a cru pouvoir faire un hold-up sur son parti , en toute impunité .

   Le pays, les territoires, les villes sont gérés, dans la majorité des cas, plutôt bien . Ce n'est donc pas à l'échelon de la gestion de la Cité qu'il faut chercher le malaise .

 

   Cette crise n'est pas, non plus , une crise de régime . Nous ne sommes pas dans la situation italienne, sans gouvernement depuis un mois . Nos Institutions fonctionnent . Le Président est en place pour quatre ans encore, ;  il garantit la légitimité du gouvernement ;  le Parlement légifère ;  le Conseil Constitutionnel contrôle la constitutionnalité des lois . La Cour de Cassation assure la conformité aux lois des décisions prises par les différents niveaux de la justice ordinaire . Cela revient à dire que les droits individuels des citoyens sont protégés .

   En un mot, encore une fois, les journalistes, pris de fébrilité, furieux contre eux-mêmes d'avoir laissé Mediapart se couvrir de gloire à la faveur de l'affaire Cahuzac, en rajoutent, en " font des tonnes " et passent une nouvelle fois à côté du sujet .

 

   La crise , tient dans le mot de Talleyrand : ce qui est cru est plus important que ce qui est vrai . C'est cela qu'on peut appeler la crise de " la démocratie confisquée " .

   Elle naît d'abord dans le sentiment d'impunité que vous confère le cumul des pouvoirs, local et national, le renouvellement à vie de ces pouvoirs, le clientélisme qui en résulte, les services rendus qui appellent des services à vous rendre ... Les louanges d'une presse facilement courtisane, aprés une prestation télévisée réussie . La soumission d'élus de votre camp ou du camp adverse, lorsque vos fonctions les placent entre vos mains, parce que vous avez accés à des dossiers compromettants, et que certains ne sont pas totalement blancs .

   L'attitude et l'arrogance d'un J. Cahuzac, face aux journalistes comme face aux députés, relèvent essentiellement de ce fonctionnement . 

   Qu'on ne me dise pas que personne n'était au courant des fautes de cet homme politique . Dans ces milieux , tout se sait, mais tout le monde se tient " par la barbichette " .

   Cahuzac est nommé au ministère du budget, car il représente  la solidité pour faire passer la politique d'austérité,  la force pour en imposer à l'opposition, le talent pour convaincre .

   Et il le sait . Il sait qu'il est le pilier de cette politique, il sait que F. Hollande sait, mais n'a pas le choix des hommes . Voilà ce qui explique son assurance . Tout le monde fera front, autour de lui .

   Et puis, il y a le fonctionnement qui s'est mis en place , depuis plus de trente ans, autour de ces hommes et de ces femmes de pouvoir : c'est ce qu'on appelle la communication . Ce " rideau de fer " de communicants qui accompagnent  dorénavant les hommes et les femmes de pouvoir, qui les coupent de toutes les réalités, qui leur disent ce qui " va être cru " et ce qui " est vrai ", mais qu'il ne faut pas dire, ces communicants, véritables chiens d'aveugles, guettant le moindre faux-pas de leur client,  à éviter ou à rattraper, scrutant tous les sondages quotidiens qui épinglent ou grandissent  leur grand homme et le feront procéder à  un pas de côté ou à un entrisme brutal, sur telle ou telle thématique, selon les résultats du sondage retenu .

   Le mal perpétré par ces officines, avec le consentement des gens de pouvoir, redisons-le, n'est pas prêt d'être mesuré .

   Nous n'en donnerons qu'un seul exemple . La " Société Conseil en Communication ", trés bien connue sous le nom de " Euro RSCG " , dont le patron s'appelle Stéphane Fouks, conseilla, autrefois,  un certain Lionel Jospin, lors de la campagne des présidentielles de 2002 . Personne n'a oublié le résultat . Et l'on dit que F. Hollande,  avait attribué, à l'époque, une part du désastre à M. Fouks .

   Euro RSCG conseillait et encadrait D. Strauss- Kahn , le héros de la clientèle Fouks, quand celui-ci, explosa en plein vol, depuis une chambre d'un sofitel new-yorkais .

   Depuis rebaptisée " Havas Worldwide ", et malgré deux échecs retentissants, on retrouve cette officine et son patron dans tous les rouages de la " Hollandie " . Pourquoi ? Nous le saurons un jour . 

   En tout cas, J. Cahuzac et Pierre Moscovici  étaient " drivés " jusqu'à la semaine dernière, par " Fouks & Co ", pour " la stratégie de communication financière ", pour " la préparation d'émissions " (sic), pour " la rédaction d'argumentaires . 

   Au cabinet de Cahuzac, c'était une " fouquette ", gros calibre , qui tenait la com' du ministre, au quotidien, " fouquette qui avait travaillé pour Mme Bettencourt , durant l'affaire bien connue , et ce malgré l'opposition de J. M. Ayrault, inquiet de vagues possibles, mais Cahuzac était passé en force . On peut se demander pourquoi . (1) .

   Et un troisième client de " Fouks " qui a explosé en vol  ! 

   Pourtant, vous en étonnerez-vous peut-être, on trouve des spécialistes de cette officine, encore, au Ministère de la Défense, auprés du Président de l'Assemblée Nationale, au service de presse de l'Elysée, auprés de Valérie Trierweiler . 

   Ces gens chargés de nous faire croire ce que nous devons croire, sont bien en cour !

 

   Alors, face à l'éclatement en " feu d'artifice " de la démocratie bafouée, ce n'est pas avec une petite loi sur la moralité politique, que F. Hollande doit pouvoir s'en tirer cette fois .

   La " prudente imprécision " de ses habituels discours n'est plus de mise . Lui qui affectionne le mot " choc ", doit savoir que le vrai choc, c'est de prendre de vitesse tout son beau monde : les siens et les autres .

   C'est une proposition de loi sur le non cumul et le non renouvellement des mandats, drastique, sans ambigüité, sans demi-mesure . Et si les parlementaires rechignent, parce qu'ils y perdront bien des privilèges, le Président n'a qu'à les prévenir, qu'alors, il en appellera au peuple par référendum .

   Chacun sera placé devant ses responsabilités . Et quel que soit le résultat, le Président sortira grandi de cette séquence de courage et de vérité .

   Si F. Hollande choisit encore une fois la prudence, je prédis que ce mandat se terminera dans un désordre politique et social inextricable .

 

 

   NB : (1) . Marianne No 833 .  Anne Rosencher : " Fouks ", le roi de la com dans le viseur " .

    


   

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Published by regain2012 - dans Politique
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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 16:19

 " La vertu est le principe de la République ", disait Montesquieu . " Le socialisme est une morale ", reprenait Jaurès .

( Illustration : roger-edgar-gillet.com ) . Le Prétoire .

 

 

FG0235_Le_Pretoire_200ko.jpg

 

   Pour des dizaines de millions de Français, " il y a l'explosion du chômage, il y a les fermetures d'usines, il y a les plans sociaux qui se multiplient, il y a la baisse du pouvoir d'achat, il y a les difficultés pour se loger décemment, il y a l'impossibilité de se soigner correctement, il y a l'angoisse quotidienne de ne plus y arriver ", et pendant ce temps, les hommes et les femmes politiques , n'affichent qu'une seule préoccupation : s'entretuer, sur un seul sujet, qu'ils connaissent trés mal, d'ailleurs,  la morale .

   Les journalistes, jamais en retard quand il s'agit de morale, n'est-ce pas, ajoutent aux éructations " bipolaires " des politiques, leurs " convulsions " égocentriques .  Le résultat : la France vit, depuis deux semaines,  dans un délire d'injures, d'imprécations, de dénonciations, d'anathèmes, d'excommunications, à faire rougir de honte le plus cruel des Grands Inquisiteurs que l'Eglise catholique ait pu nous offrir, dans le passé . 

   J'ai même entendu une lumière de l'UMP, dire, à propos de l'affaire Cahuzac, que c'était plus grave que le scandale de Panama ou que l'affaire Stavisky . On se dit parfois que Guy Debord, avait eu raison, dans les années 1950, de " recommander de placer un interrupteur sur chaque réverbère " ; en effet, je crois bien qu'on devrait pouvoir éteindre certaines lumières, au plus vite, sans barguigner .

    Le scandale de la Compagnie du canal de Panama, à la fin des années 1880, mit en cause des hommes politiques et des journalistes, soudoyés par un homme d'affaires véreux et ruina des dizaines de milliers d'épargnants .

   L'affaire Stavisky, dite du Crédit Municipal de Bayonne, au début de l'année 1934, concerna un autre homme d'affaires véreux, des journalistes, des politiques, dont un ministre, la police et la justice, un procureur qui tenta de ralentir l'action judiciaire , et la révocation du sous-préfet qui avait soulevé le scandale . Elle portait sur le détournement d'une somme équivalant à un Md et demi d'€, d'aujourd'hui .

   Dans les deux cas elle se termina par la mort mystérieuse des deux protagonistes .

 

   Si l'on en revient au fracas actuel qui résonne dans tout le pays et à l'étranger,  constater que l'actuel accusateur public, le " Fouquier-Tinville " de la vertu républicaine outragée, le " Savonarole " de la religion vertueuse, s'appelle Jean-François Copé, le plus grand tricheur politique de ces dernières années, qui n'a pas hésité à " truander " son propre parti, pour s'emparer du titre de Président , il y a à peine quelques semaines, donne envie de lui " donner la fessée " .

   Entendre, tous ces paltoquets de l'UMP, dont la plupart traînent des " casseroles judiciaires " derrière eux, et depuis des années, exiger la démission du gouvernement, une commission d'enquête parlementaire, des excuses publiques du Président vous pousserait preque à donner du martinet .

   Et mes amis journalistes !  Plus rien ne les arrête . Le pouvoir est affaibli, alors, ce qu'on n'aurait jamais osé faire sous la Présidence Sarkozy, tant il leur faisait peur, devient un jeu . " Il est mou, il manque d'autorité, il est crédule, il est naïf, il ne sait pas où il va, il n'est pas à la hauteur ... " Pauvre Président ! Car c'est à lui qu'on s'en prend .

   Les journalistes aiment les politiques affaiblis, ils aiment le lynchage . Ils aiment aussi, pour l'adrénaline, la compétition au " scoop " . Les amalgames, non seulement ne leur font pas peur, mais ils adorent . Je n'ose pas dire que le ministre Cahuzac les intéresse déjà moins qu'avant hier, mais les comptes " offshore " du trésorier de campagne du candidat Hollande, ont occupé tous les journaux de la journée . " Mouiller Hollande ", même si l'info est vraie,  dans le climat délétère actuel, ne peut qu'enfumer le débat, mener à des confusions et des opacités préjudiciables à la vérité nue . L'info pouvait attendre quelques jours . C'est de l'adrénaline à bon marché .

   Et ce n'est pas tout, lancer à la criée que le conseiller fiscal de Cahuza c qui lui a ouvert son premier compte en Suisse, est un ami de trente ans, un proche de Marine Le Pen, n'apporte rien au débat, mais on la " balance ", ainsi, pour le citoyen lampda, tout n'est plus qu'obscurité, et vive le " tous pourris " .

   Pensez, mon bon monsieur, l'affaire Stavisky provoqua la manifestation du 6 février 1934, des ligues fascistes contre l'Assemblée Nationale , ( 15 morts ) . Ah ! si l'on pouvait revivre cela ! Que de bons papiers on aurait à écrire !

 

   Nous sommes plongés, par les politiques et les médias, dans une sorte de climat de " superstition " que Jorge Luis Borges  décrit trés bien, dans sa nouvelle " Utopie d'un homme fatigué ", " où se passent des évènements, du jour au lendemain, qu'on aurait honte d'ignorer ... Et on lit, tout cela, on regarde, on écoute, pour l'oublier , aussitôt effacé , quelques heures aprés, par de nouvelles banalités " .

   Mais entre-temps, le mal de la confusion a fait son oeuvre .

 

   (1) . Titre d'une émission radiophonique, sur France Inter, dans les années 1980, 1990 .

   

 

   

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