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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 16:09

 (1) ." L'âne frotte l'âne " . Chacun flatte démesurément l'autre .

 " J'en connais beaucoup aujourd'hui, / Non parmi les baudets mais parmi les puissances / Que le Ciel voulut mettre en de plus hauts degrés, / Qui changeraient entre eux les simples Excellences / S'ils osaient , en des Majestés ... / L'amour propre donnant du ridicule aux gens / L'injuste aura son tour, mais il faut plus de temps . " ( Jean de La Fontaine . Le Lion, le Singe et les deux Anes ) .

 ( Illustration : Grandville ) .

 

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   Ils se frottent mutuellement le dos ces " asini " de l'élite politico-médiatico-économique, oligarchique et clanique, peuplée d'avocats d'affaires et d'énarques, consanguins avec la finance, cumulards et inconsistants et parfois corrompus . Comptables myopes et sans imagination, vivant à des années- lumière des problèmes que rencontrent les citoyens, ils ne voient même plus la montée inexorable du chômage, les difficultés à rembourser les dettes publiques et privées, le recloisonnement des marchés financiers, les troubles sociaux et politiques qui s'exacerbent, la défragmentation prochaine de la zone euro, l'entrée de l'Union Européenne dans une " Grande Dépression " comparable à celle des années 1930, parce que les gouvernants européens font , absolument, tout le contraire de ce qu'il faudrait faire .

       Et pourtant, tous les signes annonçant la " Grande Dépression ", sont là, étalés devant leurs yeux .

  

   Le premier concerne l'irresponsabilité qui a atteint les politiques . L'année 2012, en Italie, est une année de fous . L'Etat et les collectivités doivent aux petites et moyennes entreprises 71 mds d'euros de factures impayées, impayées afin de ne pas dépasser les sacro-saints 3% de déficit imposés par Bruxelles . Le résultat est simple : durant cette année 2012,  41 PME ont faif faillite, chaque jour, balayant sans compassion ce qui avait fait le miracle industriel italien durant des décennies , et faisant chuter la production industrielle du pays de 25% en cinq ans .

   Le ratio de la dette sur le PIB, atteint désormais 136% .


   Les autres signes annonçant la grande dépression peuvent être regroupés en quatre foyers d'un désastre prévu .

   Le premier foyer concerne l'emploi . Le taux de chômage a d'ores et déjà dépassé les 27% en Espagne, dont 57% chez les jeunes ; même chose en Grèce dont 59.3% chez les jeunes ; même les Etats-Unis n'ont jamais connu un tel taux durant les années 1930 ; ce taux est passé, en deux ans, au Portugal, de 11% à 17%, alors que ce pa ys est le plus docile dans l'application des mesures d'austérité bruxelloises .


   Le deuxième foyer concerne l'industrie . Le niveau d'équipement, dans le domaine de l'automobile, des ménages européens mais surtout les politiques de réduction des salaires ont fait chuter les ventes d'automobiles de 16%, en France, au mois de mars, par rapport à l'année 2012 ; ces mêmes ventes ont chuté de 17% en Allemagne, pour la même période . Nous avons déjà dit que la production industrielle italienne avait baissé de 25% .

   Le niveau d'endettement des ménages, aux Pays-Bas atteint 250% du revenu disponible , on ne voit pas comment aller plus loin pour relancer la consommation . Le nombre de sociétés espagnoles déposant leur bilan a dépassé en 2012, de 45% le nombre de faillites de l'année 2011 .

   On compte, en Espagne, 3 millions de propriétés vacantes, suite à la chute de l'immobilier .


   Le troisième foyer d'inquiétude concerne la situation des banques . Depuis 2007, la valeur des prêts défaillants en Europe a augmenté de 150% . Durant la question chypriote, au mois de mars, les retraits de dépôts bancaires ont doublé, par rapport au mois de février, et ce malgré la fermeture des banques pendant plus d'une semaine . 

   Au Royaume-Uni , un quart des dépôts de particuliers sont placés dans des banques qui pratiquent un effet de levier de 40/1  : c'est à dire que quand elles achètent des dettes elles en prennent pour quarante fois leur mise de fonds . Autrement dit, elles continuent de jouer !

   J'évoquais, il y a quelques jours, la situation de la Deutsche Bank, à la tête d'une bombe de 56 000 Mds d'euros de produits dérivés ?

 

   Le quatrième foyer est humain . Les choses vont tellement mal , en Espagne, que des immeubles entiers sont envahis par les squatters qui ne sont que des personnes ayant perdu leur emploi et qui se sont fait expulser de leur logement par les banques . On compte, dans ce pays, où les solidarités familiales sont encore vivaces, au moins 30 000 SDF . Il y a aujourd'hui, prés de 300 000 Espagnols, sans papiers, à la recherche d'un emploi, au Maroc, qui sont raccompagnés à la frontière de l'enclave de Ceuta, quand ils sont pris .

   Il y a tellement d'enfants qui ne mangent pas à leur faim, en Espagne comme en Grèce, que les enseignants s'organisent comme ils peuvent, pour soulager de telles détresses .

   On arrêtera là, la liste des malheurs, pour ne pas tomber dans le misérabilisme .

 

   Pour ne pas voir la face de la dépression dans tous ces exemples, il faut véritablement être " tordu " . Et dire que certains osent avancer que la reprise n'est plus trés loin, au milieu de l'année 2014, alors que tous les indices montrent que 2014 sera une année encore plus noire que 2013 .

   Nous sommes engagés dans un " triple-dip récession " , comme disent les anglo-saxons, deux rebonds, trois creux , le troisième " creux " devenant définitif .

 

 

   NB :   A partir des sites " Zero Hedge " et " Atlantico " .


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Published by regain2012 - dans Economie
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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 11:08

"  La visibilité politique et sociale des chômeurs est trop faible pour inquiéter les politiques et pour qu'ils s'intéressent à cette catégorie de gens ailleurs que dans leurs discours " .

 ( Illustration : UESerbie ) .

  (1) .  ( Caumare : latin populaire, signifiant " se reposer durant la chaleur " . Vient du grec ancien Kauma : " chaleur brûlante "  . Etymologiquement a donné : chômer, chômage ) .


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   Se reposer à cause de la chaleur veut dire aussi "  faire la sieste "  . L'étymologie est une bien troublante science .    

   Le palmarès du chômage dans la zone euro est édifiant . Les Etats les plus touchés sont les Etats de tradition  " caumare " :

   Grèce : 27.2% ; Espagne : 27.16% ; Portugal : 17.5% : Slovénie : 14.5% ; Chypre : 14.2% ... Je ne comprends pas que nos subtils économistes n'aient pas encore fait le lien entre ces deux états de fait .

   Au premier trimestre 2013, la zone euro a atteint le chiffre de 12.1%,  presque 20 millions de chômeurs, soit les populations de la Norvège, la Finlande, le Danemark et l'Irlande réunies . En 1997,  l'Union Européenne, " à quinze ", avait déjà atteint le niveau de 18 millions de chômeurs : trop d'états de culture " caumare " en son sein . 

   Si l'on revient à la situation de l'Espagne - pays de  caumare  par excellence - les chiffres parlent d'eux-mêmes : 

   - Chute du PIB, en trois ans , de 1.3% ;  1.3 millions d'emplois vont encore disparaître en 2013 ; le chômage a atteint 27.16%  dont  57% chez les jeunes de moins de 25 ans et il ne commencera pas à baisser, au mieux, avant 2016 ; le déficit public atteint en 2013 les 7%, alors qu'il était prévu à 4.5% ; le niveau de la dette va dépasser les 100%  - il était de 58%,  à la veille de la crise de 2008 .

   Dans les pays nordiques, on ne connaît pas le besoin de " caumare " . D'ailleurs, les taux de chômage sont révélateurs :  Pays-Bas : 6.4% ; Luxembourg : 5.7% ; Allemagne : 5.4% ; Autriche : 4.7% .

   Mais comment les chercheurs en finance peuvent-ils passer à côté de telles évidences ?

 

   Bon, d'accord, ! Ils ont tellement de chiffres, de statistiques, de taux de ceci, de taux de cela, à analyser, qu'ils ne voient plus la réalité . Pour voir derrière des graphiques, des courbes, des paraboles et des hyperboles, des hommes et des femmes, il faut être trés fort .

   Imaginez un peu . Les sociologues ont à peu prés établi, aujourd'hui, que le chômage est corrélé avec la hausse de la criminalité, des suicides, que son effet est ravageur sur les familles : divorces, alcoolisme, violences conjugales . L'écrivain économiste américain suggère que la perte de bien-être d'une société,  causée par le  chômage, peut-être mesurée : 10 000 décés pour 1 million de chômeurs .

   Mais les économistes ne savent pas parler de cela .

   Tenez, un chercheur américain a pu établir, grâce à l'envoi de CV fictifs à plusieurs centaines d'entreprises, que plus le chômage s'installe et dure, plus il est difficile d'en sortir . Ainsi, être chômeur de plus de six mois écrase tous les autres handicaps . Les employeurs préfèrent appeler un chômeur inexpérimenté plutôt qu'un chômeur de plus de six mois .

   Avez-vous connaissance de plans de grande ampleur contre le chômage de longue durée ? Savez-vous que la France compte plus de deux millions de chômeurs de longue durée ? Il est bien établi que les effets du chômage obéissent à des processus de cristallisation, que plus le chômage dure plus il est difficile de le réduire par la suite et plus les personnes concernées ont des risques d'en souffrir les conséquences plus longtemps et plus douloureusement .

   Les économistes ne travaillent pas sur ces thèmes . Et encore moins en Europe qu'ailleurs, parce que l'Europe n'a pas été conçue pour cela .

 

   Démonstration !  En 2010, tout de suite aprés la crise des " subprimes ", le taux de chômage est le même aux Etats-Unis et en Europe . Quatre ans plus tard, il est quatre fois et demi plus élevé en Europe qu'aux USA . Mais aux USA on se " fiche " des déficits, la Fed a fabriqué des dollars et a prêté aux banques à 0%, car il fallait soutenir l'activité . En Europe la BCE, sur les injonctions de l'Allemagne, a mené une politique anti-inflation avec des taux d'intérêts élevés, jusqu'à l'arrivée de Mario Draghi,  pour protéger les banques et leur assurer des revenus intéressants et peu importe si elles injectaient ou pas de la monnaie dans l'économie .

   Le résultat est sans appel : dans un cas le chômage baisse, dans l'autre, l'activité est étouffée et le chômage explose .

 

   En fait " caumare " ne fait pas partie du vocabulaire économique . C'est tout au plus un terme politique, pour discours politiques .

   Et il y a quinze ans déjà, un Allemand, le chef-économiste de la Bundesbank, nous le disait clairement, mais c'était au mois d'août, nous étions en vacances, et nous ne souhaitions pas entendre .

   Otmar Issing, disait dans le quotidien économique allemand " Handesblatt ",  du 15 août 1997 : " Répandre l'espoir que l'Union Européenne Monétaire soulagera le problème du chômage c'est faire peser de fausses promesses sur le démarrage de l'euro ... ( programmé pour le 1er janvier 1999 ) ...  Notre propre et douloureuse expérience nous a appris que les problèmes de l'emploi ne peuvent être résolus par le biais de programmes publics pour l'emploi ..."

   Le message était on ne peut plus clair . L'emploi est l'affaire des marchés et pas des politiques publiques . Il ajoutait, déjà, dix ans avant la grande crise de 2008 : les Etats doivent réformer en profondeur les législations du travail en les rendant plus flexibles et en rééquilibrant les salaires entre les différents pays - certainement pas à la hausse - car , ajoutait-il, " les salaires réels devront baisser dans certains cas " . L'adjectif " réels " englobant les salaires et les côtisations sociales .

   Les Etats comprendront trés vite les dangers, faute de quoi, l'Union Européenne Monétaire , pourrait entrer quelques années aprés son lancement, dans une phase critique mettant en jeu son existence même .

 

   L'avenir de l'Europe est, d'entrée de jeu, bien ancré avec sa monnaie unique, dans les  baisses de salaires et des protections sociales, dans la réduction de l'emploi  . Et l'éminent économiste de prédire : " Si ce mécanisme d'équilibrage ne fonctionne pas, alors de grands problèmes sociaux vont apparaître ."

    L'idée de programmes européens pour l'emploi est à rejeter catégoriquement .

   

   Etrangement, " kauma " en grec ancien, a aussi donné le mot " calme " . Jusqu'à quand ?


   

 

   

 


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Published by regain2012 - dans Société
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 14:50

" Un Président français n'est plus qu'un Président de Région dans une zone Mark explosive " . (  d'aprés Emmanuel Todd ) .

 ( Illustration : lexpansionlexpress.fr ) .

 

 

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   " La raison principale pour laquelle la trés vertueuse Allemagne hurle, tempête, excommunie et donne des coups de pied de façon théâtrale à tous les Européens et fait tout ce qu'elle peut , même s'en remettre à l'inamicale BCE, pour empêcher l'effondrement des banques européennes tient dans un nom : " Deutsche Bank " . ( Philippe Herlin, chercheur en finance et professeur au CNAM ).

   La plus grande banque allemande présente une exposition à des produits dérivés - ceux que l'on a appelés toxiques, lors du krack de septembre 2008 - qui s'élève à 56 000 Mds d'euros , soit six fois le PIB de la zone euro .

    Si les banques d'un des pays qui comptent économiquement   - Espagne ou Italie - s'effondraient, cela provoquerait une rupture des chaînes de garantie entre systèmes bancaires que plus rien ne pourrait arrêter, les Etats n'ayant plus les forces de renouveler - comme en 2008 -  le sauvetage de leurs banques, en les renflouant par de la dette publique, ce qu'a reconnu trés clairement la Chancelière, la semaine dernière .

   Mais le " Chief Executive Officer " de la banque - Directeur Général en français -  tient à vous rassurer : si les choses devaient mal tourner, ces 56 000 Mds d'euros sont couverts par les 575 Mds de dépôts des épargnants allemands, ne riez pas, ce qui représente cent fois moins que les sommes exposées .

   " Au cas où la Deutsche Bank se trouverait dans la situation chypriote, la ponction sur les épargnants allemands risque d'être plus agressive que ce qu'elle est sur l'épargne du petit peuple de Chypre ", nous dit encore Philippe Herlin .

 

   Ce chiffre apparaît dans le rapport financier pour 2012, de la Deutsche Bank, dans la rubrique " Notional amounts and gross market values of derivative transactions " , à la page 85 . Je cite cet intitulé de chapitre pour faire partager la beauté des termes financiers : " gross market " .

   Trés sûrs d'eux, les gestionnaires de la banque allemande expliquent qu'en fait, les risques ne sont pas si colossaux qu'il n'y paraît, puisqu'à chaque fois que la banque souscrit un produit dérivé, elle achète en contrepartie, des titres de protection financière, pour se prémunir contre le risque :   CDS, Crédit Défault Swap .

   Ainsi la compensation des positions sur ces garanties et les engagements de la banque aboutissent à un solde positif net de 20.3 Mds d'euros . ( Admirable décimale ! )

   Sauf que ces sortes d'assurances sur les achats de titres sont souscrites auprés d'autres banques qui peuvent, elles-mêmes,  trés bien s'avérer défaillantes, un jour ou l'autre, s'emporte Ph. Herlin .

   Ces assurances sur dettes, ont contribué à la spéculation sur les dettes des pays de la zone euro, durant quatre ans ; c'est à travers ces CDS que les Américains nous ont exporté la crise de 2008 ; c'est sur la titrisation de tous ces produits dérivés que la monde de la finance a failli conduire à la ruine la planète en 2008 .

   Et que constate-t-on ?  On constate que les banques ont continué à jouer avec ces outils-là, et à grande échelle . On constate que le plus gros joueur, n'est pas la banque américaine, JP Morgan, quoiqu'exposée à 72 000 Mds de dollars, mais la plus grande banque allemande . On constate que cette banque est exposée pour un montant de 20 fois le PIB allemand . C'est dire si, dans le cas d'une attaque irrationnelle de traders sur la dette allemande, la déflagration risque d'être nucléaire .

 

   Alors, soyons lucides et regardons la réalité en face . Il faut que nous ouvrions  un deuxième " mur des cons " où nous allons épingler les portraits de tous les " condottieri " de la finance, de tous les économistes mercenaires, des journalistes économiques payés pour nous mentir, qui nous invitent, tous les jours, à regarder vers l'Allemagne, avec les yeux de Bernadette Soubirous regardant vers la grotte de " Massabiels ", afin que nous prenions exemple sur la rigueur protestante de nos voisins, sur leur sens aigü de l'intérêt général, sur leur passion pour l'ascèse sacrificielle .

   La vérité est que l'Allemagne a assis l'Europe sur une bombe à retardement qui pèse 56 000 mégatonnes d'explosifs . Ah ! ils sont beaux tous ces " journaleux " qui dépeignent la France , à longueur de " Unes " malfaisantes, comme le grand malade de l'Europe . Ah!  ils sont malins les Britishs de " The economist " qui nous voyaient en bâtons de dynamites qui allaient pulvériser l'Europe par leur déni de réalité .

   Ah !  ils ont l'air fin, ces psychanalystes" à deux balles ",  qui nous expliquent l'austérité " merkélienne ", tantôt à travers le puritanisme anglo-saxon, tantôt à travers la fable de " La cigale et la fourmi " .

   Merkel impose l'austérité à tout un continent parce que son propre système bancaire l'a mithridatisée . Alors elle n'a de cesse de dresser un cordon sanitaire autour des banques allemandes, en danger, en imposant aux autres pays de l'Union des plans d'austérité ineptes mais censés protéger ses propres banques, et qui n'ont d'autre finalité que de servir de remparts à la finance germanique .

 

   Et à ce stade, une vérité s'impose . L'Allemagne n'est pas une région où règnerait un cartésianisme philosophique à toute épreuve . Dans l'immensité de la culture allemande , s'est imposé un romantisme porteur de " trous noirs " qui défient tous les équilibres complexes de la nature humaine .

   " L'Allemagne, qui par deux fois , au XXe siècle, a conduit le continent européen au bord du chaos ", dit Emmanuel Todd, a montré jusqu'à quel niveau d'irrationnalité elle peut parvenir . C'est pourquoi  l'obstination de la Chancelière à imposer à l'Europe son " austérité ", et qui fait de notre région " l'enfant malade de l'économie mondiale ", doit nous interpeller .

   C'est pourquoi, la semaine dernière, François Hollande, quand il a sifflé la fin de la récréation au Parti Socialiste, à propos d'un débat sur " l'austérité merkélienne " que souhaitaient les militants, a commis une erreur politique .

 

 

   NB :  Informations recueillies sur les sites  www.egaliteetreconciliation.fr / et / www.contrepoints.org/2013 / ...


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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:17

" Les marchés forts et solides ont conclu que la Banque Centrale Européenne ne pouvait pas laisser la France à court d'argent ..." . ( Paul Krugman . Prix Nobel d'économie ) .

 ( Illustration : bagnoletenvert.com ) .

 

 

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   Il y a à peine quelques jours, la France a levé pour 8 Mds d'€ d'emprunts, comme elle le fait régulièrement . Non seulement elle a obtenu des prêts à taux négatifs, mais les acheteurs se sont précipités pour acheter de la dette française : ils étaient trois fois plus nombreux que ne l'attendait l'Agence Française du Trésor chargée de placer la dette française . ( 4 Mds ont été empruntés à -0.002%, 2 Mds à 0.02% et 2 autres Mds à 0.008% ) .

   Une question, se pose aussitôt : mais pourquoi des investisseurs payent-ils pour nous prêter de l'argent ?

   Deux réponses s'imposent à nous, qui se complètent . La première est celle de l'Américain Paul Krugman, ci-dessus, la seconde est proposée par l'économiste Alexandre Delaigue, proposition que j'appellerai le " syndrome d'oncle Picsou ", à savoir : " Quand rien ne fonctionne, autant se planquer au chaud " .

   Qu'est-ce à dire ? Simplement que la dette française est une valeur sûre .

   Les dettes souveraines des grands états ne rapportent quasiment rien - du coup, sur ce marché, on ne rencontre pas de traders fous - mais elles intéressent au plus haut point les grandes institutions financières, finalement trés friandes de ces titres qui leur permettent de diversifier leur portefeuille, se mettant ainsi à l'abri de produits toxiques ou volatiles : plutôt payer que de se retrouver avec des actifs pourris qui ne valent plus rien du jour au lendemain . Ce constat doit d'ailleurs nous interpeller : il montre que la confiance entre banques n'est pas revenue et que la fluidité des capitaux pour atteindre l'économie réelle est loin d'être revenue .

   Ainsi dernièrement, la Banque Centrale du Japon achète beaucoup d'euros pour faire baisser le Yen et relancer son économie . Ce qui l'intéresse c'est la sûreté de l'actif et pas la maximisation du rendement .

   La Banque Centrale Suisse fait la même chose . Elle achète des euros " à la pelle " pour faire baisser le franc suisse et relancer ses exportations, et pour ne pas garder trop de liquidités achète avec ces euros de la dette française .

   Mais, oh ! surprise, les grandes banques commerciales font de même . Depuis la crise de 2008, les régulations internationales se sont , tout de même un peu durcies, incitant les institutions bancaires à privilégier " la bonne dette costaude " plutôt que les actions trop volatiles . En outre, quand les banques acceptent de se prêter, entre elles, apporter en garantie de la dette publique, allemande ou française, est bien vu par le partenaire .

   Tout cela est-il à même de nous rassurer ? Certainement pas ! L'aspect totalement artificiel de la situation n'aura échappé à personne .

 

   La confirmation que tout n'est qu'artifice, imposture, absurdité, est apportée, encore ce matin, par la Commission Européenne, qui, constate que la France est dans l'impossibilité de réduire ses déficits et lui accorde un délai de deux ans, jusqu'en 2015, pour atteindre le sacro-saint et inepte seuil des 3% . 

   Les déficits ne seront pas contenus en 2013, puisqu'ils atteindront 3.9% du PIB, au lieu des 3% affichés dans les budgets, puis des 3.7% annoncés , il y a un peu plus d'un mois, et en 2014, ce ne sont plus les 2.9% de Pierre Moscovici qui " font la Une " mais le dérapage à 4.2% qu'annonce Bruxelles ce matin .

   La France est en récession en 2013 , -0.1% nous dit-on;  le chômage explosera au-delà des 11% , si l'on veut bien prendre en compte que les départements d'outre-mer font partie de la France ; la dépense publique a augmenté de 2.9% entre 2011 et 2012, mais on nous enfume les chiffres, en soustrayant le taux de l'inflation, puis la recapitalisation de la banque DEXIA ( 2.6 Mds d'€),  l'augmentation de la contribution au budget européen ( 0.8 Md d'€ ) ; on lisse les dépenses militaires sur plusieurs budgets, pour que cette augmentation des dépenses publiques ne fasse plus que 0.7% .

   La dépense publique augmentera encore en 2014 de 0.4% et de 0.2% en 2015 parce que malgré la charge fiscale insensée imposée aux Français, les recettes fiscales prévues ne rentrent pas du fait de l'austérité ; parce que des taxes exceptionnelles prises pour deux ans seront devenues caduques ; parce que les dépenses de retraite augmenteront encore - plus 4% en 2012 - du fait que les côtisations ne rentrent pas en raison du chômage dont l'indemnisation a augmenté de 5%, la même année .

   C'est du grand n'importe quoi ! Ce n'est plus de l'économie . C'est de la bande dessinée, c'est du  " Picsou " dans le texte . Nos politiques ne sont plus que des personnages de bande dessinée et les accents napoléoniens qu'ils adoptent pour nous annoncer comment ils vont terrasser la crise font plutôt rire .

   Quand vous pensez que le Président de la République Française, va se rendre à Bruxelles, dans les prochains jours, pour se justifier, devant des technocrates obtus, pour s'excuser devrait on dire , de ce que la France n'est pas au rendez-vous des nations vertueuses - au sens merkélien du terme - . Quelle humiliation ! Le Président passant un oral du " Bac " et même pas devant des Universitaires !

 

   Et voici ce qu'il va s'entendre dire, puisque le corrigé de l'épreuve est déjà dans toutes les gazettes . 

   La France, Monsieur, doit réformer d'urgence son marché du travail : vous n'êtes pas allé encore assez loin dans la flexibilité et la mobilité géographique; vous devez baisser le niveau de votre SMIC ; vous devez rallonger la durée du temps de travail .

   La France, Monsieur, a les dépenses de retraite parmi les plus élevées du monde, vous devez donc en plafonner la croissance .

   La France, Monsieur, a trop de fonctionnaires, vous devez donc sacrifier une grosse partie de vos services publics .

   En " off ", les technocrates bruxellois ajouteront :  cher François, ton pays n'a pas encore assez de pauvres, il faut que tu fasses des efforts . Allez, du courage, ce n'est pas si compliqué !

 

   Aprés Bruxelles, et aprés un épisode d'Oncle Picsou, peut-être aurons-nous droit à un épisode des " Pieds nickelés " .


   

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 14:49

" A propos qu'est-ce qu'un philistin ? Autrefois en Grèce, il s'appelait béotien ; on le nomme cockney en Angleterre ; épicier ou Joseph Prud'homme à Paris ; philistin pour les étudiants allemands ; bourgeois chez les derniers prolétaires ... " ( L. de Neuville . " Excentricités du langage ) .

 ( Illustration : maxisciences.com ) .

 

 

 

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   C'est le 1er Mai ! Un bien triste 1er Mai . Nous aurions pu fêter le premier anniversaire du retour de la gauche au pouvoir ; nous aurions pu célébrer un an de nouvelles conquêtes sociales ; nous aurions pu chanter le temps des cerises et l'unité syndicale retrouvée ; nous aurions pu rêver avec la philosophe Simone Weil, à propos des débuts du Front Populaire : " Se sentir des hommes pendant quelques jours . Indépendamment des revendications, cette grève est en elle-même une joie . Une joie pure . Une joie sans mélange ..."  - Article du 10 juin 1936, dans La Révolution Prolétarienne - .

   Nous aurions pu faire un pied de nez à l'infernale finance, toujours avec Simone Weil : " Nul ne sait comment les choses tourneront . Plusieurs catastrophes sont à craindre . Mais aucune crainte n'efface la joie de voir ceux qui toujours, par définition, courbent la tête, la redresser . Ils n'ont pas, quoiqu'on suppose du dehors, des espérances illimitées . Il ne serait même pas exact de parler en général d'espérance . Ils savent bien qu'en dépit des améliorations conquises, le poids de l'oppression sociale un instant écarté, va retomber sur eux . Ils savent qu'ils vont se retrouver sous une domination dure, sèche, sans égards . Mais ce qui est illimité, c'est le bonheur présent . Ils se sont enfin affirmés . Ils ont enfin fait sentir à leurs maîtres qu'ils existent ..." . (1) .

   Dans les urnes d'abord puis dans la lutte .

   Un 1er Mai, c'était, il y a encore peu de temps,  pour les travailleurs français, la mémoire " des grèves de la joie " de 1936, des premiers congés payés, des premières conventions collectives, la semaine des quarante heures .

   Existe-t-il aujourd'hui, au Parti Socialiste, un Marceau Pivert, cet instituteur de la Gauche Révolutionnaire de la SFIO, guesdiste,  pour écrire à François Hollande, comme le fit Pivert à Léon Blum, en mars 1937, protestant contre la pause sociale annoncée par Blum et démissionnant de ses responsabilités gouvernementales : " Non, je ne serai pas un complice silencieux et prudent . Non, je n'accepte pas de capituler devant le capitalisme et les banques . Non, je ne consens ni à la paix sociale ni à l'union sacrée . Et je continuerai à le dire, quoiqu'il m'en coûte . " 

   " Le vieux et courageux socialiste n'est plus et il n'a trouvé nul successeur " . (1) .

 

   Que pourrions-nous commémorer aujourd'hui, en ce 1er Mai 2013 ?  Même le muguet a perdu son parfum d'espoir ! Nous donne-t-il envie de danser cet aréopage de " notaires tristes " (1) qui entoure François Hollande , aréopage qui a capitulé avant d'avoir commencé-  que dis-je ? -  qui avait capitulé bien avant que ne commence la campagne électorale de leur candidat ?  Ont-elles été un seul moment en empathie avec le peuple durant la campagne - toutes ces futures excellences -  qui ne pensaient qu'à leur destin personnel  ? Sauraient-elles seulement ce que voulait dire la philosophe, si elles la lisaient, quand elle évoquait " la joie " d'un bout de dignité retrouvé, même éphémère, l'espérance d'un sort moins dur .

   Philistins, épiciers, notaires, qui encombrez les allées du pouvoir,  vous m'avez gâché mon 1er Mai 2013 ! L'univers ouvrier n'est plus le vôtre !  Défiler, une " boîte à outils " à la main n'est pas des plus " glamour " !

   Dans les salons du petit microcosme parisien du pouvoir, dont les murs suintent la connivence et la trahison, Ministres, Conseillers,  Inspecteurs des Finances, banquiers d'affaires, avocats fiscalistes, patrons de presse n'approchent plus depuis longtemps le monde du travail .

   La symbiose, cette alliance intime et durable, autrefois contre nature,  entre hiérarques du Parti Socialiste et milieux d'affaires, a entraîné " ces oeillères, cet engoncement administratif, ces rivalités de personnes, ce manque de souffle enfin qui expliquent le mol affaissement des élites de notre pays " ; ainsi parlait Marc Bloch des élites des années 1930 . Ainsi parlerait-il , aujourd'hui, des dirigeants socialistes et de" leur sécheresse de coeur " . (1) .

 

   En ce 1er Mai 2013  j'aurais aimé voir posée la question de la place du peuple dans les Institutions de la République d'où il est exclu depuis longtemps . J'aurais aimé que surgisse des rangs du PS un Fernand Pelloutier qui vienne nous dire que l'avenir ne se construira pas à Bercy mais dans un mouvement syndical uni, ferme sur ses convictions et intransigeant à l'endroit des partis politiques où règne l'entre-soi, avec des dirigeants politiques et d'entreprises issus des mêmes milieux, des mêmes écoles, des mêmes cercles et vénérant les mêmes dogmes .

   En ce 1er Mai 2013,  j'aurais été heureux de voir s'amorcer le débat sur la refondation d'une République digne de ce nom, une République sociale où les représentants du peuple soient issus du peuple .

 

   Rien de tout cela n'aura marqué le 1er Mai 2013 !  Alors, mon esprit se met à vagabonder jusqu'au 1er Mai 2017 , entre-deux tours d'une nouvelle élection présidentielle :  au premier tour,  N. Sarkozy a obtenu 34% des voix ; Marine Le Pen 23% ;  F. Hollande, président sortant, avec 19%, est éliminé du deuxième tour .

   Mais la nuit va tomber sur mon 1er Mai 2013 !

   

 

 

   Nb : (1) . D'aprés Laurent Mauduit . " L'étrange capitulation " . Ch . " Tout est possible " . J. C. Gawsewitch .2013 .

   

   

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 15:53

" La gauche n'arrive jamais au pouvoir que pour gérer le travail de deuil, la lente désagrégation, résorption, involution et implosion du social : c'est ce qu'on appelle le socialisme " .(1) .  ( Jean Baudrillard . La gauche divine . 1985 ) .

 ( Illustration : iconoclastes . fr.wikipedia.org ) .

 

 

images-copie-2.jpg ) .

 

   1981 : F. Mitterrand est élu . Pendant deux ans, l'obscur est vaincu, tout est visible, le champ social n'est plus un terrain de luttes obscures mais un espace diaphane, transparent, à travers lequel tout prend sens . L'Etat se trouve absorbé par cette transparence divine du social et se fait lui-même transparent, dit Baudrillard .

   " Désincarné, dépassionné, désaffecté, mais tout puissant dans sa transparence, l'Etat accède, en 1981, à sa forme extatique transpolitique ", ajoute Baudrillard . Le dessein majeur du socialisme n'est alors plus de dialectiser ni d'affronter la complexité du réel - il a vaincu et le peuple est en liesse - le dessein est de repenser la socialisation de l'être, par les valeurs, afin d'éloigner des esprits la trop épuisante lutte des classes . Finie l'aspiration à une autre société, le champ social est englobé dans " une immanence sociale ", un  " social sacralisé " , divinisé, qui va conduire les sociétés vers le bonheur, pour peu qu'on laisse les marchés accomplir leur oeuvre salutaire .

   L'acte fondateur de la gauche divine revient à l'inénarrable Jack Lang, dans un discours du mois de mai 1981, devant l'Assemblée Nationale : " Le 10 mai les Français ont franchi la frontière qui sépare la nuit de la lumière ... Tout est culturel . Culturelle l'abolition de la peine de mort que vous allez décider ! Culturelle la réduction du temps de travail ! Culturel le respect des pays du Tiers- Monde ... " .

   C'était l'acte de naissance de la gauche néolibérale, qu'on appela, alors, dit Julien Dray, ancien dirigeant socialiste, la " gauche morale " , afin de brouiller les pistes . Cette gauche morale, dite aussi deuxième gauche,  allait trés vite s'incarner dans des personnalités comme Jacques Delors,  qui devait laisser F. Mitterrand régner, à l'Elysée, aux prises avec " les forces de l'esprit ", tandis qu'elle reconstruisait le vocabulaire socialiste, à coups de parler-vrai, réalisme, pragmatisme, gestion rigoureuse, recours aux valeurs , pour mieux masquer sa conversion néolibérale, " en dérégulant la finance, en déprogrammant l'Etat et en plaçant l'homme politique sous vide " ... ( Christian Salmon ) .

   Les avatars de cet épisode prendront, plus tard, dans d'autres pays, les traits d'un Tony Blair, d'un Schröder ou d'un Zapatero ... Autant d'animaux fabuleux, de chimères de légende " constituées d'une tête sociale-démocrate et d'un corps néolibéral " . ( C.S.) .

   Transformer la notion même du social, si difficilement construite pendant deux siècles de luttes ouvrières, en un concept, en une idée pleinement transparente, parce que totalement désinvestie des aspérités de la complexité du réel, est un exploit intellectuel qui mérite d'être salué ; balayer des montagnes de souffrances, des millions de morts ouvrières , du champ des conflits sociaux, pour ne garder qu'une " abstraction pure, une belle âme, transparente, lisse et parfaite ", la gauche morale, avec un talent exceptionnel,  l'a fait .

   Mais, la gauche morale, en invitant le fait social sur l'autel de la culture et de l'esprit, et de la vie politique vue comme une abstraction, signait aussi la fin du politique .

   En effet, tout le discours social actuel, n'est plus qu'un discours tournoyant, impalpable, insaisissable, consistant à dire, que les valeurs morales tiennent lieu de tout le reste, tant et si bien que l'on peut presque dire que le Parti Socialiste n'est plus un parti politique, c'est un parti confessionnel, dont le chef, le Président de la République, n'a à nous offrir que les vertus théologales chrétiennes : la foi en lui, l'espérance en une reprise économique et la charité de ces bons messieurs du CAC40 .

   " Nous avons vécu un XXe siècle dans l'imaginaire du miroir, du dédoublement et de la scène de l'altérité et de l'aliénation . Nous vivons aujourd'hui dans celui de l'écran, de l'interface et du redoublement, de la contigüité et du réseau ", dit encore Baudrillard, c'est à dire dans un plan où chaque modèle politique ressemblant à l'autre modèle politique, nous n'avons d'autre avenir que " la réification de l'homme en machine standardisée " .

 

   Ce lourd bilan, c'est l'héritage politique du PS, qui a pris aujourd'hui " le visage impuissant d'un François Hollande,

qui s'adresse aux Français, entre deux portes, sans conviction, mais comptable, par son passé d'éminent dirigeant socialiste de cet amalgame européiste et néolibéral ", sans issue .

   Cet héritage qui prive  F. Hollande de toute possibilité de convaincre, de toute possibilité de résoudre le dilemme de la souveraineté face à la mondialisation néolibérale ne naît pas, je l'ai souvent écrit, d'une crise morale, mais d'une crise doctrinale :  la vision troublée et dédoublée des socialistes, qui " leur fait voir le monde avec une culture de gauche mais une focale de droite ... " . ( C.S.) .

   Cet astigmatisme politique ne nous conduit nulle part . " Quand le roi est nu et le pouvoir impuissant, l'exercice de l'Etat ne consiste plus qu'à jouer avec les apparences ." ( C.S. ) .

  Et c'est ainsi que F. Hollande adopte l'attitude des philosophes " sceptiques " de l'antiquité :  une tranquillité de l' âme - ne nous dit-on pas qu'à l'Elysée ne règne aucun énervement -  fondée sur un déni de connaissance, car la connaissance n'est pas nécessaire à l'action . Ce seraient, au contraire, nos convictions qui nous paralyseraient . F. Hollande affecte donc un détachement libérateur face aux affections quotidiennes .

   Et c'est peut-être bien le philosophe grec Epicure qui comprend le mieux l'énigme Hollande : " Il faut viser la suffisance à soi, car ainsi la douleur du manque est supprimée " .

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 14:50

 (1) ." En deux tweets bilingues mais sévères, le Premier Ministre, J. M. Ayraut, recadre la direction du Parti Socialiste qui, à l'occasion de la préparation d'une conférence nationale sur l'Europe, en juin prochain, osait attaquer  " l'intransigeance égoïste " de la chancelière allemande et appeler à " un affrontement démocratique " avec la droite conservatrice de la zone euro " . ( Hervé Nathan . Marianne 2 . 28/04/13 ... Débattre de Merkel : c'est interdit ) .

( Illustration :  lefigaro.fr ) .

 

 

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    Les troupes ont été recadrées et à l'égoïsme  et à l'affrontement, " formules inappropriées ", la rue de Solférino a substitué, illico, " l'amitié franco-allemande à laquelle il faut redonner toute sa force et tout son sens ..." . ( H. Nathan ) .

   Le président de l'Assemblée Nationale, C. Bartolone , qui avait évoqué, de son côté, " une nécessaire confrontation avec la conception de la  droite européenne ... la seule rigueur pouvant condamner la belle idée de l'Europe,  plutôt que la sauver ", s'est vu rappeler à l'ordre par Manuel Valls, qualifiant ses propos de nocifs et irresponsables " .

   Le débat sur l'Europe reste bien interdit en France, pour le moment . Et la récente expression du Président de la République, définissant l'existence " d'une tension amicale ", entre les deux pays, était totalement vide de sens .

   Mais qu'est-ce qui avait pris les dirigeants socialistes ?


   Tout simplement l'atmosphère générale qui traverse l'Europe, de part en part, où rien ne va plus . Car ces derniers jours, offrent une véritable  série noire pour l'Union . Imaginez, la série de mauvaises nouvelles qui s'est abattue sur la politique européenne en peu de jours !

   Le parti ultra-conservateur et anti-euro, allemand, " Alternative pour l'Allemagne ", vient de tenir son premier congrés , et est déjà crédité de 5% de voix pour les élections législatives de septembre 2013, ce qui lui permettrait d'obtenir des députés au Bundestag .

   Les croates ont voté pour élire leurs prochains députés qui siègeront au Parlement de Strasbourg , à partir du 1er Juillet, date de leur entrée dans l'Union . Euphorie des temps : 80% d'abstention ! C'est curieux comme les médias ont fait silence sur l'évènement .

   Le propre Président de la Commission, J. M. Barroso, qui rêve d'un troisième mandat, aprés les élections européennes de juin 2014, et qui a été secoué par les attaques du FMI , lors du dernier G20,  prend ses distances et fait savoir que " les politiques d'austérité ont atteint leurs limites ", en opposition à la doxa allemande .

   Le Parlement et la Commission ne parviennent toujours pas à trouver un compromis sur le budget européen, 2014-2020, prévu à la baisse par les chefs d'Etat et de gouvernement .

   Les Pays-Bas annoncent qu'ils mettent un frein aux politiques d'austérité, et refusent une économie supplémentaire de 4 Mds d'€ que réclamait Bruxelles .

   Les Espagnols préviennent que l'explosion du chômage - 27.16% et 57% chez les moins de 25 ans -  ne leur permet plus d'atteindre les objectifs de déficit fixés par Bruxelles et repoussent à la fin de 2016, le passage de ces derniers sous le seuil des 3% .

   Le tout nouveau gouvernement italien, d'Union Nationale,  qui prêtait serment ce matin, a fait savoir aussitôt qu'il fallait desserrer l'étreinte des mesures d'austérité .

   L'activité est en net recul en Allemagne, indice composite PMI . Et la Bundesbank commence à s'en prendre à la politique des taux d'intérêts trop bas, de la BCE , refusant dans le même temps d'avancer dans " l'Union bancaire ",  Union qu'elle avait acceptée en 2012 .

   Contre vents et marées, la chancelière reste sourde, aveugle et tient bon . Et le Président français, qui a horreur des conflits, refuse tout affichage de divergences .

 

   L'indice composite PMI -  Purchasing Managers Index - allemand est en baisse depuis six mois . Exprimé en pourcentage, cet indice prend en compte les prises de commandes, la production, l'emploi, les livraisons et les stocks du secteur manufacturier . Il indique ainsi le niveau de confiance des divers secteurs d'achats .

   Ainsi, aux Etats-Unis, chaque 20e jour du mois sont collectées les informations, auprés des directeurs d'achats de 50 entreprises, soit environ 400 responsables des achats, couvrant les 50 états américains, les données recueillies donnant accés à cet indice d'activité . Cet indice est publié le premier du mois suivant .

   Il aide à prévoir les évolutions du PIB d'un pays, à court terme, et, signal trés important, à fixer l'évolution des taux directeurs des Banques Centrales .

   En Mars 2013, l'indice allemand a atteint 48.8, ce qui indique une baisse significative du volume des affaires, puisque les spécialistes estiment qu'en dessous de 50, le pays est en récession . ( Au premier trimestre 2013, le PIB allemand, en corrélation avec l'indice, a baissé de 0.4% ) .

   Rappelons que cet indice pour la zone euro est à 46.5 depuis 21 mois ; il est en France à 44.8 ;  que ceux qui croient aux politiques d'austérité examinent ces chiffres avec soin .

 

   Mais, c'est maintenant que les choses deviennent intéressantes .

   Angela Merkel accepte trés mal d'être chahutée . Alors elle riposte . Elle invite la BCE à se recentrer sur sa mission première, la lutte contre l'inflation, supérieure à 2%, depuis 16 mois . La réduction de la consommation, liée à l'austérité, a fait baisser les prix, donc le surplus d'inflation constaté est à attribuer, disent les experts, à la multiplication de taxes nouvelles, aux augmentations des taux de TVA, pour lutter contre les déficits - encore une contradiction interne au système - et à un prix du pétrole élevé, et certainement pas à une dérive endogène de l'Union .

   En fait, de quoi s'agit-il ?  La BCE s'apprête à baisser, encore, son taux directeur, de 0.75% à 0.50%, pour faciliter la fluidité bancaire . L'Allemagne voudrait, au contraire que ce taux soit rehaussé, d'où l'épouvantail inventé de toute pièce de l'inflation . Mais à quelles fins ?

   Les intérêts des prêts bancaires consentis aux Etats en difficulté remonteront, les déficits reprendront, et les mesures d'austérité seront renforcées . Et l'Allemagne maintiendra son leadership sur l'Union .

   Et ce n'est pas tout . Angela Merkel refuse la création " d'un fonds de résolution des crises bancaires ", sorte d'assurance pour les banques, en cas de crise ; sans ce fonds, l'Union bancaire qu'elle avait acceptée en 2012, n'a plus aucun sens .

   On apprend, par ailleurs, étrange coïncidence, que la bundesbank a transmis , à la Cour Constitutionnelle allemande de Karlsrue, un rapport , pour avis, sur les mesures prises par la BCE, en septembre 2012, de prendre en charge les dettes des pays en difficulté, sans limitation :  mesure qui avait sauvé l'euro des griffes des spéculateurs . C'est comme si le chef-comptable d'une entreprise dénonçait son patron à la justice .

   Au Conseil Européen de juin 2012, Mme Merkel s'était engagée à faire remonter les salaires en Allemagne pour créer une bulle de consommation et de respiration, pour les autres pays de la zone euro, promesse non tenue et écartée, aprés l'annonce du refus de tout SMIC .

   Aujourd'hui, à toute demande d'aide, l'Allemagne répond : " Oui, aux conditions de Chypre ", sinon circulez !

 

   Les conservateurs allemands et Mme Merkel sont devenus un danger pour l'Union Européenne, en s'arc-boutant sur l'austérité et en trahissant leurs propres engagements . A l'Elysée, on est conscient de l'abîme qui se creuse avec le grand voisin, mais qu'on ne veut pas dénoncer par peur de la réaction des marchés .

   L'Europe Fédérale de Mme Merkel, est une " franche rigolade " . La réalité est la création d'une " zone mark ", au Nord .

   " Nous connûmes, autrefois, la perfide Albion  . Quel adjectif, allons nous trouver pour qualifier, trés bientôt, la Germanie " ? ( Hervé Nathan . Marianne.net / Auf-Merkel-debattieren / 28/04/2013 . )

 

   

 

   

 

   

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 16:06

" La raison qui explique que de nombreux pays en Europe ont un taux de chômage bien plus élevé que chez nous, tient au fait que les salaires et le rendement n'y sont pas en rapport " . (  Angela Merkel . Entretien donné au journal Bild, le 18 avril 2013 . )

 ( Illustration : JDD .com ) .

 

 

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   Quand le Président de la République française s'adresse aux Français, ceux-ci l'écoutent avec philosophie, voire scepticisme, ils n'en attendent rien . Ils se sont habitués aux discours abscons, auxquels on ne comprend rien, scandés par le mot fétiche du chef de l'Etat : " chocs " . Choc de compétitivité, choc de simplicité, choc de moralité, tant de chocs, qu'aprés tous ces discours prononcés dans la tonalité professorale qu'affectionne le Président, les Français ne sont plus choqués de rien .

   En vérité, ils se sont faits à cette étrange gouvernance, où l'on n'annonce rien mais où l'on frappe, sans prévenir, de tous côtés . C'est un peu comme les supposés propos du légat du pape, lors de la croisade des Albigeois, durant le " sac " de la ville de Béziers : " Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! "

   L'état mental qui a saisi le Président, qu'on appelle " ataraxie ", sorte de tranquillité de l'âme qui veut que l'on ne soit atteint par rien de ce qui se passe autour de nous, que toutes les préoccupations générales nous sont étrangères, le protège .

 

   La Chancelière allemande n'est pas dans ces dispositions d'esprit . Aprés une éclipse de quelques mois, de nos gazettes, hypnotisées par le débat sur le " mariage pour tous ", Angela Merkel fait son retour . Et elle ne monte pas sur les planches pour rien . En pleine campagne électorale, elle se retrouve attaquée de toutes parts, sur la question de sa politique d'austérité . Agacée, elle se rebiffe et parle clair !

   Aux Etats-Unis, au FMI, au G20, à son allié indéfectible, les Pays-Bas, qui renâcle à poursuivre dans la voie de l'austérité, à tous ceux qui lui disent que les pays qui ont des réserves , grâce en particulier à leur commerce extérieur, doivent pratiquer une politique de relance, en augmentant les salaires, en levant certaines restrictions, elle répond, sans ambigüité, qu'ils peuvent aller se " rhabiller " . Elle ne bougera pas d'un " iota " .

 

   Elle expliquait récemment, sans fard : " Nous n'avons plus la force de mettre en place une deuxième fois de gros programmes de conjoncture sans perdre la confiance internationale " . Ce qui revient à dire, nous avons déjà donné pour le Sud, aller au-delà, c'est, pour l'Allemagne, compromettre la confiance qu'elle a gagnée auprés des marchés, elle se refuse à soutenir à nouveau, comme en 2009, massivement l'économie, en subventionnant le chômage à temps partiel, d'autant plus qu'il s'agit cette fois d'aider les " voisins " et non pas la production allemande .

   Elle ne met pas de gants pour dire à ses alliés, et la France en premier,  qui réclament un soutien actif à la croissance, qu'il y a urgence de se réformer et de consolider les budgets publics .

 

   Mais elle n'en reste pas là . Vraiment agacée par les critiques qui se multiplient, elle s'en prend directement, à l'un des piliers des politiques sociales, en Europe, qui existe dans 21 pays de l'Union, mais pas en Allemagne, si ce n'est dans trois ou quatre branches :  le salaire minimum généralisé - le SMIC français - .

   Pour la chancelière, le salaire minimum généralisé et imposé par les politiques est une hérésie . Partout où il existe, le taux de chômage est trés supérieur au taux allemand , où le salaire minimum n'existe pas, dit-elle . Ses soutiens, les entrepreneurs allemands y vont de leur démonstration . Et de citer, évidemment la France, où le SMIC brut mensuel,  est à 1430 € - 9.43 €de l'heure -  ce qui crée , en France, un chômage supérieur de deux fois au taux allemand .

   Le message est clair : la France doit se défaire de cet anachronisme . ( Entre-nous, le gouvernement français a dans ses cartons un plan de désindexation du SMIC, par rapport au coût de la vie, tout comme pour les retraites ) .

  L'affirmation des milieux d'affaires allemands mérite qu'on y regarde de plus prés . A l'OFCE, l'économiste Eric Heyer est plus mesuré .

   L'Espagne ou la Grèce ont réduit d'un tiers leur salaire minimum -  respectivement, 752 € et 683€ mensuels - , ( une honte : salauds de pauvres, il faut voir comme ils sont exigeants ) et cela  n'a pas empêché le chômage d'exploser dans ces deux pays : l'Espagne a atteint, hier, son record historique de 6 millions de chômeurs, soit un taux de 27.16% . Le Portugal est dans la même situation .

   Un ministre de Merkel a même dit que l'on ne peut pas payer " un balayeur de rues " au même niveau qu'un ouvrier ou un employé .

   Certes, un salaire minimum trop élevé exclut du marché du travail les personnes peu qualifiées . Mais la réponse à l'équation est simple : la formation ! Où vont les 27 Mds d'€ annuels de la formation professionnelle ? F. Hollande si friand de commissions, n'a toujours pas abordé ce sujet, pourtant essentiel , autant pour l'accés à l'emploi, que pour le contrôle des gaspillages et , peut-être de la corruption . Pourquoi tant de prudence ?

   Faut-il envier le modèle allemand ? Le chômage a baissé de 5.5 en dix ans, mais dans le même temps la pauvreté a cru de 3.5 points . 6 millions de personnes vivent avec moins de 8€ de l'heure et 2 millions avec moins de 5 € de l'heure .

   Et ce qui inquiète la communauté internationale, c'est que l'activité industrielle allemande se contracte trés dangereusement depuis six mois : l'indice composite PMI  - compilation chaque mois, auprés d'un échantillon des directeurs des achats d'entreprises du montant des commandes et  achats réalisés ou en cours - a atteint le niveau de 48.8 ;  pour les économistes, en dessous de 50, la récession est là .

   Si l'on baisse encore, ou si l'on supprime, le salaire minimum dans les pays où il existe , ce n'est plus de récession, dont nous parlerons, mais de catastrophe humanitaire .

 

   

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 15:11

 

 "  Tout commence en mystique et finit en politique ..." .( Charles Péguy . Notre jeunesse ) .

 ( Illustration : www.purepeople.com/media ) .

 

 

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 Le roi Bérenger Ier, entre dans la salle du trône, suivi de la reine Marguerite, première épouse, et de la reine Marie, deuxième épouse . Le froid s'est installé, le chauffage ne fonctionne pas, et les murs du palais se lézardent , la population vieillit ou émigre .  Le sol est mou, constate la reine Marguerite,  il n'y a plus d'armée dans le royaume - il reste un seul garde, dépouille d'une puissance révolue, mais qui n'entend plus le roi et ne lui obéit plus - et le roi est malade, confirme le Médecin, à la fois chirurgien, bourreau et astrologue . Juliette, femme de chambre, cuisinière, jardinière, infirmière, représente le peuple mais, elle aussi,  n'obéit plus au roi .

   Assis sur son trône le roi se plaint de sa santé, de l'état du royaume, de l'état de l'Univers . Marguerite l'informe alors, sur la base des observations réalisées par le médecin, de sa mort prochaine, lui décrit sa décrépitude et celle du monde  . Mais le roi refuse , même s'il reconnaît que tout ne va pas pour le mieux, d'admettre la réalité .

   Il essaiera à plusieurs reprises de se relever, mais n'y parvient pas . Les arguments de Marguerite, froids et lucides, et du médecin, homme de science, produisent peu à peu leurs effets, sur les caprices enfantins de Bérenger et sa volonté de vivre .

   Et Juliette a beau raconter sa vie au roi qui s'émerveille de son quotidien, celui-ci l'écoute et lui parle de moins en moins souvent .

   Les éléments du décor de la pièce s'éloignent peu à peu, symbolisant la mort lente du roi, jusqu'à la disparition de tout décor qui marque la fin du monarque .

   Cette pièce est une réflexion , parmi d'autres, sur l'écoulement du temps, surla difficulté à se préparer à affronter la mort, sur l'apparition de la décrépitude, mais aussi sur la perception du réel, devant lequel on peut faire preuve de déni, de révolte ou de résignation . 

   La mort du roi est bien sûr une mort de théâtre, une fois le rideau tombé, le roi n'est plus roi, et retourne à la vraie vie, jusqu'au lendemain soir .

 

   Bérenger est de retour dans son palais, pour une autre représentation . Les fissures des murs se sont élargies, le sol se dérobe de plus en plus et il y fait toujours aussi froid, car on ne répare plus les radiateurs : mesures d'économie obligent ! 

   Mais Bérenger ne laisse pas d'intriguer la brave Juliette . Pourquoi s'isole-t-il, dans son palais, entouré seulement par " des copains d'école ", ceux que l'on appelle " la promotion Voltaire ", technocrates à l'âme desséchée, qui ne voient le monde qu'en chiffres : 3% de déficit, 1% de croissance, 90% de dette publique, 11% de chômage .

   Technocrates qui ne savent plus, depuis longtemps, qu'un pays c'est des paysages et un peuple .

   Du peuple , ils n'entrevoient, de temps à autre que l'ombre de Juliette . D'ailleurs, Bérenger ne parle plus au peuple . Aprés bien des mois de discours, on peut constater que ce mot, il ne l'a pas prononcé une seule fois .

   De quoi a-t-il peur notre bon roi pour se barricader ainsi et ne parler à personne ?

   A tel point que, dans les " communs " du château, sa " servidumbre " s'impatiente, râle et même tempête . Certains membres de son Parlement n'ont pas voté son " compromis historique " - 41 au total - sur la libéralisation totale des non-réembauches de " journaliers " par des " propriétaires"  affamés de profits .

   A tel point que son Intendant a dû réunir, en catastrophe, hier, au Palais-Bourbon,  tous ces gens, pour les caresser dans le sens du poil .

   L'acte fondateur du nouveau règne a été la signature du Traité d'allégeance à la Chancelière du Saint Empire Romain, Germanique .

 

   Les décors de la scène disparaissent peu à peu, ces manufactures qui ferment, les unes aprés les autres, ces fermes agricoles qui meurent, asphyxiées sous les ronces triomphantes . Bérenger demande du temps : il a cette fois, une boîte à outils, à trois tiroirs, qui comprend les sacrifices d'aujourd'hui, qui feront les profits de demain, qui feront eux-mêmes les emplois d'aprés-demain .

   Sauf, que cette boîte , on nous la sort depuis 35 ans, depuis le règne du bon roi Raymond, à la fin des années 1970, et les premiers " petits boulots ", et que le peuple n'a jamais rien vu d'autre que les sacrifices .

   Le temps, les technocrates l'ont eu, ils en ont mal usé, et le peuple en a assez . Il en a d'autant plus assez, qu'il a trés vite compris qu'on lui mentait sans vergogne .

   Bérenger a quitté le déni pour pénétrer dans le monde du mensonge . Que ce soit le dynamitage du droit de  travailler ou le pacte  pour libérer les manufactures - et ses 20 Mds de cadeaux aux propriétaires - il n'en avait pas parlé durant la campagne électorale pour le trône . Il ne lui a fallu que quelques semaines pour les asséner au bon peuple . Par contre la réforme de l'impôt  et sa progressivité, pourtant annoncées, ont été enterrées, et avec la même célérité .

   Les files d'attente devant les " paroisses " et leur soupe populaire s'allongent .

 

   Bérenger se meurt dans le coeur de ceux qui crurent en lui, sa popularité s'effondre au sein de ses sujets les plus fidèles, la haine a fleuri chez ceux pour qui il reste un usurpateur, mais il refuse d'admettre l'inéluctabilité de cette chute . Il est persuadé, que dans deux ans, environ, les royaumes voisins s'agenouilleront devant sa réussite .

   Que voulez-vous qu'il dise ?

   Quand en 1983, le roi François, le mentor de Bérenger,  prend le virage de l'austérité, ses Intendants ont au moins le courage et l'honnêteté d'annoncer le changement de politique, l'honnêteté d'en présenter les raisons, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, l'honnêteté d'avoir essayé autre chose, pendant deux ans .

   Quand en 1999, le roi Lionel se voit contraint d'abdiquer devant les puissances du marché, il l'avoue - l'Etat ne peut pas tout - mais il a essayé autre chose, pendant deux ans .

   Bérenger ne nous propose aucun " virage ", puisqu'il n'a rien essayé d'autre que ce que " les marchés " lui ont dicté : la TINA, - " There Is No Alternative "- . Et cela pose une question lourde de sens en termes démocratiques et éthiques : n'est-ce pas une duperie que nous vivons ? (2) .

   Les héritiers de Théophraste Renaudot ne savent plus à quel saint se vouer, dans leurs gazettes . Alors, n'osant pas évoquer le grand mensonge, ils ratiocinent bêtement sur l'incompétence du souverain .

   

 

   Je propose de revenir à Charles Péguy, en guise de conclusion : " Qu'est-ce qui importe ? Que les royalistes l'emportent sur les républicains ou l'inverse ? Non, cette importance est de peu, par rapport à celle-ci, que les républicains demeurent des républicains, que les républicains soient des républicains " .

   " Cesse de divaguer, me souffle la voix de Ionesco . Depuis quand les racines des mots sont-elles carrées ?" ( La leçon ) .

 

 

   NB :  (1) Pièce d'Eugène Ionesco . 1962 . /  (2) Laurent Mauduit . L'étrange capitulation .

   

 

  

 

  

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Published by regain2012 - dans Politique
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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 14:14

  " L'ordre marchand tient en peu de mots : les actionnaires sont des créateurs de richesses et les travailleurs sont des coûts " .

 ( Illustration : priceminister.com ) .le-triomphe-de-l-ordre-marchand-de-herve-hutin-893160653_ML.jpg

( Aujourd'hui, 80% des pays de la planète sont engagés dans des politiques d'austérité ) .

   " Il est bon qu'il y ait des hérétiques ", disait le grand historien Marc Bloch . De mon point de vue, aujourd'hui plus que jamais .

   Durant les deux prochaines décennies , l'Union Européenne ne sera rien de plus qu'un vaste espace économique commun . Sa monnaie sera de plus en plus utilisée de par le monde mais cette Europe n'aura pas réussi à se doter d' institutions politiques, sociales et militaires intégrées . Faute d'un dynamisme démographique, le renouvellement des générations n'y sera plus assuré . Durant les deux prochaines décennies, la moitié de la population mondiale - 3.5 milliards d'êtres humains -  continuera de survivre avec moins de deux dollars par jour .

   Dans ce même laps de temps, le PIB par habitant européen ne sera plus que la moitié du PIB par habitant américain - il était de 60% en 2006 -  ce qui se traduira par un affaiblissement de la qualité des services publics, affaiblissement vers lequel nous engagent politiques, économistes orthodoxes et élites médiatiques, des transports à l'éducation, de la santé à la sécurité .

 

   Les Etats affaiblis par leurs dettes colossales, dettes des banques que ces mêmes états ont reprises à leur compte, ne pourront plus financer des revenus d'assistance décents ; les tentatives pour réduire le nombre des plus  pauvres par le seul jeu des forces du marché ne fonctionneront plus , la croissance trop faible en raison des politiques d'austérité qui auront été maintenues et renforcées, ne fournira plus assez d'emplois ; la production de " biens spécifiques " réservés à ces catégories sociales ne pourra même pas les faire accéder aux produits de base .

   Un autre enfer nous attend . L'évolution économique et anthropologique qui pousse les masses d'individus vers d'énormes " mégapoles " va se heurter à l'impossibilité pour le marché d'installer les infrastructures nécessaires à l'accueil de millions de nouveaux citadins .

   Ces trés pauvres, la moitié de la population mondiale, vont être de plus en plus vulnérables aux épidémies, au manque d'eau, à la désertification, au réchauffement climatique ; ils seront de plus en plus contraints à se déplacer de la campagne vers les villes, puis de ville en ville , pour fuir la misère, la sécheresse, pour chercher un emploi et un logement . Un nomadisme particulièrement périlleux pour la pérennité de la démocratie .

   A ce stade, je me pose une question : est-ce que je décris, ici, le futur, ou la réalité d'aujourd'hui ? 

   Ces gens-là seront de plus en plus disponibles pour toutes les révoltes ou pour nourrir l'économie mafieuse . Je pense à la ville de Naples, qui nous a été présentée, toute la semaine , au JT de 13H de France2 : avec ses 50% de chômage , elle est aux mains de la " Camorra " . 

 

   Soyons clairs ! La gouvernance d'un monde de nomades devient quasiment impossible . Elle annonce non seulement  la victoire du marché sur la démocratie mais une situation totalement inédite dans l'histoire contemporaine de l'humanité, un marché sans Etat .

   Un marché sans Etat, c'est à dire, que nul ne sera capable d'assurer l'égalité de traitement des citoyens, la liberté de l'information, l'impartialité des élections . L'Etat, dans les trois décennies qui viennent, ne sera plus que le relais des entreprises dans l'opinion . 

   Et sur ce point, tous les historiens sont d'accord : un tel marché engendre l'apparition de cartels, sous-utilise les forces productives, favorise le chômage, gaspille les ressources naturelles, libère l'économie criminelle, donne le pouvoir aux " mafias " .

   Fantasmes vont penser certains ! Alors souvenons-nous que cela a déjà existé, en certains points du globe : la Chine en 1912 et ses seigneurs de la guerre ; la Somalie en 1990 et ses clans islamistes ; l'Afghanistan en 2002 ;  l'Irak en 2006 :  le Mali tout récemment ... 

 

   Mais , diront d'autres, le marché, lui-même ne pourra se satisfaire d'une telle sitution : il a toujours eu besoin d'un Etat fort pour exister . Et cela est vrai .

   Et le marché a déjà commencé à mettre en place ses réponses au délitement des structures étatales , car il sait que des règles doivent être respectées pour que les mauvais joueurs ne faussent pas la concurrence, pour que la loi des armes ne fausse pas la loi des échanges, pour que le droit de propriété soit respecté, pour que les consommateurs restent solvables .

   Et c'est pourquoi nous avançons vers des " gouvernances auroproclamées ", donc privées, donc anti-démocratiques .

   Prenons les sociétés d'assurances, qui ne souhaitent pas avoir à couvrir tous les sinistres que l'anarchie peut engendrer : elles vont produire des normes puis inventer des structures de contrôle, de surveillance, de police envers les tricheurs ou les supposés tricheurs, qu'elles rémunèreront et dirigeront , elles-mêmes .

   Arrêtons-nous un instant sur les banques . Elles se doteront d'organismes prudentiels mondiaux, chargés d'émettre les règles de bonne conduite concurrentielle, par dessus les gouvernements : et cela existe déjà, c'est le Comité de Bâle - Bâle I, Bâle II, Bâle III à partir de 2015 - qui édicte les règles bancaires et financières applicables à toutes les banques de la planète, sans qu'aucune loi mondiale en décide à leur place .

   Et les grosses entreprises de la distraction ? Seront-elles en reste ?  Aujourd'hui, aucune instance internationale n'est en son domaine aussi puissante que la Fédération Internationale de Football . Elle contrôle déjà toutes les recettes, considérables, que les médias déversent sur ce sport, sans que la légitimité de ceux qui la dirigent soit établie, ni que l'usage de ce qu'elle fait de ses ressources ne soit contrôlé . Et le moindre club de quartier est tenu de respecter la plus infime modification d'un règlement venu de Lausanne .

   Tenez, encore un exemple de ces nouvelles polices privées qui commencent à naître . Par quoi est géré, aujourd'hui, le système internet au niveau international ? Par un organisme de surveillance privé, autoproclamé, qui édicte ses propres règles : l'ICANN - Internet Corporation for Assigned Names and Numbers - .

 

   " Le monde sera, vers l'année 2050, un monde de déséquilibres extrêmes et de grandes contradictions ...

   ... La priorité accordée au court terme, à l'immédiateté, à la précarité, à la déloyauté, aura rendu plus difficile le financement de toute recherche et la collecte de l'impôt ...

   ... Le monde aura échoué et s'effondrera " . ( J. Attali )

   A moins que des hérétiques se lèvent et nous entraînent vers des révoltes salvatrices .

 

 

   NB : d'aprés le livre de Jacques Attali : " Une brève histoire de l'avenir ", Fayard, 2006, en démonstration inversée .

 

 


 

   

   

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