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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 14:21
Photo tempsreel.nouvelobs.com

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" Nous allons vivre une présidentielle particulière où l'on jouera à l'aveugle " ( J. Ch. Cambadélis, Premier secrétaire du PS ) .

J.Ch. Cambadélis s'affole un peu trop vite . Le dernier essai ( Insoumissions, Portrait de la France qui vient , chez Seuil ) de son ami Thierry Pech, directeur général de la Fondation " Terra Nova " - la boîte à idées du PS - ne pourrait-il l'éclairer un peu ?

" La France qui vient ", explique l'essayiste, est en train de naître, sous nos yeux, à partir de l'expression de trois " insoumissions " : dans la sphère du travail, dans celle de la consommation et enfin dans celle de la démocratie . Les figures les plus positives de la société contemporaine, vues par T. Pech, sont donc celles de l'autoentrepreneur et des " slashers " - ces gens qui cumulent plusieurs jobs -, celles des " contre-consommateurs ", ces gens qui veulent consommer intelligemment et celles des audacieux en matière de " démocratie délibérative " en lieu et place de la " démocratie représentative " .

Nous voilà donc placés devant un corpus d'idées parfaitement clair et immédiatement exploitable : la classe politique a en face d'elle " des individus qui se regardent de plus en plus comme des entrepreneurs d'eux-mêmes - l'avenir appartient à ceux qui ont confiance en lui - et d'abord dans les catégories les plus qualifiées " . Là, réside la force phénoménale qui va permettre de " faire surgir immanquablement  les formes de la société de demain ", dans ce désir de chacun " d'écrire sa vie ", de " s'accomplir soi-même " . C'est beau comme du Verlaine !

 Les forces objectives d'un capitalisme en demande de davantage de profits, de plus de flexibilité et de mobilité de l'emploi pour ce faire, de réduction du pouvoir d'achat et des protections sociales, sont oubliées dans la réflexion " terranovienne " . Sûrement par volonté de clarté .

 Une seule question prévaut aujourd'hui : " Quelle politique sociale pour des temps libéraux ? " Mais poser la question ainsi, c'est y répondre : " Le droit du travail, hérité de la civilisation de l'usine, d'un salariat rassemblé, ignore un certain nombre d'autres actifs, tels les indépendants, les artisans, les agriculteurs ... Il faut refondre ce droit du travail en un nouveau droit, " le droit à l'activité professionnelle " , un droit qui engloberait tous les actifs et les protégerait à proportion inverse de leur degré d'autonomie ... " La voilà, la révolution authentique, versus " Terra Nova " .

On prend acte des évolutions de l'individualisme et des attentes sociales qui se cristallisent, aujourd'hui, en un besoin grandissant " d'autonomie ", le maître mot  - en mettant de côté le rôle majeur de la propagande des classes dominantes dans ces évolutions - et l'on décrète, un nouvel ordre social extraordinairement " tarabiscoté " :

" Vous êtes très autonome, très qualifié, votre besoin de protection est sans doute très inférieur à celui d'un salarié ou d'un autoentrepreneur très peu qualifié ", on vous protège moins, mais en contrepartie, vous participerez beaucoup moins à la solidarité et l'on réduit vos cotisations sociales .

Vous me suivez, toujours ? Ou plutôt, suivez-vous bien, Monsieur Pech ? Si c'est le cas, posons lui la question suivante : ces gens autonomes, qualifiés, éduqués se trouvent essentiellement dans les classes moyennes supérieures, et les classes supérieures, dont toutes les enquêtes démontrent que leurs dispositions à la solidarité envers les plus démunis s'affaissent chaque jour un peu plus, alors que dans les classes populaires fleurit le sentiment d'être " les poires du système " . 

En instituant, les classes privilégiées, en " acmé " de la révolution à venir, ne rejetez-vous pas, les classes populaires devenues, dans votre raisonnement réactionnaires, aux oubliettes, ne leur laissant plus le choix qu'entre le retrait de toute vie politique, par l'abstention ou pire, l'abandon dans les bras du Front National ?

La réponse de Monsieur Pech est atterrante : " L'arithmétique, résout la question ", déclare-t-il dans son essai . On ramène les classes populaires vers les urnes, en leur demandant de choisir : " Protection ou Liberté " .  Et ils seront nombreux à vouloir " s'accomplir par  eux-mêmes ", ces ouvriers, sans SMIC, sans Sécu, sans droit au chômage . Car, voyez-vous, la seule définition du socialisme qui vaille est celle du socialiste libéral italien, Carlo Rosselli :  " Le socialisme sera réalisé lorsqu'on aura fait entrer la liberté dans la vie des pauvres " . ( Pour ma part, j'en étais resté au cri du chef de file des " Enragés " à la Convention : " Un affamé n'a que faire d'un bulletin de vote " ) .

" Je suis progressiste, très simplement, car je cherche à jeter les bases d'une confiance dans l'avenir et dans l'idée que demain peut être meilleur qu'aujourd'hui ", clame Monsieur Pech, à la fin de son livre, pris par des convulsions de ses convictions parfaitement émouvantes .

 

NB : les citations sont empruntées à l'entretien accordé par Thirry Pech, à Marianne , No 1033 du 13 janvier 2017 .

 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 15:22
" Genèse " : commons.wikimedia.org .

" Genèse " : commons.wikimedia.org .

" Je veux rendre toute puissante l'influence du clergé pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme : " Jouis ! "  ( Adolphe Thiers ) . Aujourd'hui : François Fillon .

(1) . Genèse, chap.3, verset 19 .

Je ne suis pas un ardent défenseur des " primaires " . Je me refuse à " amnistier " les dirigeants du PS de ce quinquennat de renoncements et de trahisons, mais je reconnais que, hier soir, lors du deuxième débat de la " primaire socialiste ", les candidats nous ont fait vivre un grand moment, lorsqu'ils ont abordé le thème de la " Laïcité " .

Suspendue entre deux attentats, l'élection présidentielle ne se jouera pas sur le " chômage " . La première préoccupation des Français est la lutte contre le terrorisme . C'est pourquoi, sur les sujets que sont la sécurité et la laïcité, les candidats " socialistes " qui veulent déjouer tous les pronostics, se doivent d'être impeccables . Et hier soir, sur la " Laïcité ", je le dis, sans ambages, ils l'ont été . En effet, et l'événement est tellement rare qu'il convient de le souligner, nous avions, hier soir, l'une des affiches les plus laïques et les plus responsables, que la Gauche européenne puisse nous offrir .

Du côté des " petits " candidats, François de Rugy et Sylvia Pinel n'ont pas failli à leurs engagements, le premier dénonçant depuis longtemps les errements des écologistes sur le sujet, la seconde, en tant qu'héritière de ces Radicaux qui furent les pères de la Loi de 1905 .

Pas de multiculturalisme béat ni d'héritier du cléricalisme, dans cette primaire ! Un vrai soulagement .

Du côté des quatre " grands ", même détermination certes, mais pas toujours la même vigilance envers l'intégrisme, convenons-en .

Manuel Valls à qui l'on reproche parfois ses choix droitiers à cause d'un certain extrémisme laïque est un élu qui s'est battu dans sa ville d'Evry pour organiser des conférences sur la laïcité, a favorisé la mixité ethnique, a refusé d'employer le terme " islamophobie " après l'attentat contre l'hebdomadaire " Charlie-Hebdo ", a soutenu la crèche " Baby Loup ", qui refusait que ses employées soient voilées, a publiquement, en tant que Premier Ministre, mis en garde l'Observatoire de la Laïcité de Jean-Louis Bianco pour son rapprochement avec le CCIF et le rappeur " Médine " ... Pourtant, le Ministre Manuel Valls se rendit au Vatican, pour assister à une cérémonie de béatification, ce que n'aurait jamais fait son modèle en politique, Clémenceau .

Vincent Peillon campe sur la même attitude de fermeté envers les religions intrusives comme en témoignent sa Charte de la Laîcité affichée dans toutes les écoles, l'introduction de l'enseignement de la morale républicaine ou encore les " ABCD de l'égalité " entre hommes et femmes . Il a combattu, en son temps, contre les conférences du " prêcheur " islamiste Tariq Ramadan . Mais, ces deux dernières années, celles de son retrait de la politique, et surtout des attentats meurtriers qui ont endeuillé le pays, il a semblé mollir, fustigeant davantage " les dérapages " au nom de la Laïcité que le recul de cette idée structurante de la république . Et il y a quelques jours seulement, sa langue a fourché, quand il a osé comparer le sort des musulmans en France au port de l'étoile jaune, par les juifs, dans les années 1940 ...

Benoît Hamon avait bien commencé quand, il y a huit ans, en tant que député européen, il avait soutenu la liberté d'expression de la député néerlandaise d'origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali, condamnée à mort par des islamistes pour des propos jugés islamophobes . Mais depuis qu'il est élu à Trappes et se veut le candidat de la banlieue, Hamon parle beaucoup moins de laïcité et plus du conflit israëlo-palestinien . Le Canard Enchaîné affirme qu'il y verrait un bon moyen de " récupérer les voix des quartiers " . Peu glorieux ! Et on le devine plus précautionneux quand il s'agit de parler des cafés où les femmes sont interdites que de la libération, en féministe affirmé,  de Mme Catherine Sauvage .

Arnaud Montebourg, enfin, semble ne pas avoir grand chose à dire sur la laïcité, il faut vraiment l'interroger avec insistance, il peut alors lâcher quelque bonne interprétation .

Les bons moments sont si rares dans cette campagne des " primaires " que nous ne devons pas bouder notre plaisir .

 

NB : d'après le billet de Caroline Fourest, dans Marianne No 1033, " Une primaire sur la laïcité " .

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 14:59
( Site topito.com )

( Site topito.com )

" La justice c'est comme la Sainte Vierge, quand on ne l'a pas vue depuis longtemps, on commence à douter " ( réplique de Michel Audiard dans le film Pile ou face ) .

" Au-delà des photos people et des sourires de circonstance, des discours en anglais pour amuser la galerie et des soupirs voluptueux de nos élites, où est la vérité du phénomène médiatique appelé " Macron "  : le grand bond en avant ... dans le brouillard ? "

Il est inutile d'attendre un programme de la part du candidat " Macron " . Un programme n'a jamais fait élire un Président de la République . C'est tout juste bon à être pris en pleine figure, six mois après l'élection, à travers le traditionnel catalogue des promesses non tenues . Non ! Emmanuel Macron a mieux : un projet ! Un projet, cela a le mérite de pouvoir rester imprécis et flou, à la limite ambigu et de ne pas vous lier les mains . Nous n'aurons donc que des " éléments de langage " à nous mettre sous la dent mais que l'on peut décrypter .

Ce projet peut se résumer ainsi : " Faciliter, à tous les échelons, l'accès à l'emploi " .  Jusque-là tout va bien . Mais comment ? C'est facile, répond-on dans l'entourage de l'ancien ministre . Il suffit de faciliter les licenciements de ces 80% d'actifs en CDI, ces " insiders ", ces protégés de la mondialisation, en commençant par limiter de façon drastique le montant des indemnités de licenciement et les attributions des Conseils de Prud'homme . En ce domaine la Loi El Khomri n'est pas allée assez loin .

Parallèlement, il faudra former massivement et obligatoirement les privés d'emploi, ces " outsiders ", à l'endroit desquels " il faut montrer plus de bienveillance " : seuls 15% des 32 Mds d'€ de crédits réservés à la formation professionnelle sont mobilisés pour les chômeurs . Or, les privés d'emploi au long cours sont massivement peu qualifiés . A ce stade, rien à redire .

Dans le même temps, on alignera les couvertures maladie et chômage des artisans, commerçants et des micro-entrepreneurs sur celles des salariés en supprimant le RSI, ce régime tant décrié des Indépendants, véritable hold-up sur les bénéfices . L'idée est bonne, mais cache peut-être des arrière-pensées non énoncées .

Par ailleurs, il tient à rendre du pouvoir d'achat aux salariés : en favorisant des augmentations de salaire ? Pas du tout . Les entreprises doivent pouvoir poursuivre la reconstitution de leurs marges, initiée sous F. Hollande . On va donc accélérer la réduction des cotisations sociales des entreprises et pour faire avaler " la pilule ", on réduit les cotisations des salariés, ce qui leur redonne du pouvoir d'achat . 

Il nationalise en outre l'UNEDIC,  à la barbe des partenaires sociaux, prononçant la fin de la notion d'assurance pour le chômage . La couverture chômage n'est plus un dû pour lequel on a cotisé, mais un simple engagement de l'Etat, révisable à tout moment par la loi, et dont le montant et la durée peuvent être, en cas de crise, corrigés par simple décision réglementaire .

Faux-naïf, Macron sait qu'il doit jouer cartes sur tables . Aussi prend-il soin d'avancer un mode de financement de ces réductions de cotisations : la CSG, donc l'impôt . Avec 1,7% d'augmentation de la CSG, il compte récupérer 20 Mds d'€ de rentrées fiscales . Certes les petits salaires y retrouveront un avantage provisoire, 500€ par an, mais sur quel principe ? Ce sont les salariés qui se redonnent l'argent qui était le leur, sous forme de salaire différé, l'entreprise n'est pas mise à contribution . Et, cerise sur le gâteau, les retraités sont de facto écartés de la mesure, ne cotisant plus, mais participent à la revalorisation des salaires en lieu et place de l'entreprise avec l'augmentation de leur CSG . L'habileté politique mérite qu'on la salue : " Gagner plus, en cotisant moins " ! Et si vous tombez malade, entre temps,alors que vous ne cotisez plus, il sera toujours temps d'aviser !

De ce point de vue, la philosophie " macronienne " énonce qu'elle souhaite établir un contre-feu à l'exploitation des micro-entrepreneurs par les plates-formes numériques mais dans le même temps, si elle veut bien moraliser, un tant soit peu,  " l'ubérisation " de l'économie, elle ne la dénonce pas, mais au contraire la favorise en lui donnant une apparence présentable .

A partir de là, se pose la question essentielle : quels effets la " macronisation " de l'économie va-t-elle produire sur la qualité des emplois ? Quand on entend le chant des sirènes venu du MEDEF, on comprend tout : employer librement des micro-entrepreneurs sans craindre leur requalification en CDI par la justice, en lieu et place des CDD auxquels il faut verser une indemnité de 10% de fin de mission, en fin de contrat . 

En tout cas, tel est le deal social que propose Emmanuel Macron aux Français en 2017, leur promettant qu'ainsi ils décrocheront plus facilement un " job " ... comme on dit aujourd'hui .

Comme toujours avec les tenants du libéralisme extrême, la " bienveillance macronienne " s'assortit donc d'importantes " contreparties " : " Je vous facilite l'accès à l'emploi ... ultra-précaire " . 

Plus subtil que du Fillon mais pas moins brutal !

 

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 13:54
Halte à la brosse à cheveux stupide !

" Cours moins vite, camarade, le nouveau monde, celui du réchauffement climatique, de Goldman Sachs et de la Silicon Valley, est devant toi ... " ( Jean-Claude Michéa, Notre ennemi, le capital, chez " Climats " ) .

Chaque année, le gouvernement accorde aux entreprises, un Crédit d'impôts pour la Recherche et le Développement ( R&D ) d'un montant de 5,5 Mds d'€ . Ces milliards sont-ils bien utilisés ? La réponse va de soi . La France est classée troisième nation au monde pour l'innovation technologique, depuis trois ans, et le groupe Kérastase, filiale de l'Oréal de Mme Bettencourt, vient de se voir attribuer le prix international de l'Innovation au " Consumer Electronics Show " ( CES ) de Las Vegas ( janvier 2017 ) pour sa " brosse à cheveux intelligente " , une première dans toute l'histoire de l'humanité .

Il faut préciser que cette brosse est vraiment formidable .

Elle est bourrée de capteurs qui vont nous permettre d'évaluer la qualité de nos cheveux, de mesurer la force de notre brosse, d'enregistrer le son que celle-ci produit - d'un intérêt absolu pour le sort de l'humanité - . Quatre ans de recherche approfondie pour la mettre au point . On imagine aisément l'ambiance tendue qui a prévalu dans les laboratoires de " Kérastase ", durant ces quatre années, chacun cherchant à se dépasser, flirtant avec le burn-out, pour réussir le challenge : porter haut les couleurs de la " French Tech ", confirmer qu'impossible n'est pas français .

Ajoutons une autre qualité à notre brosse nationale . Elle est hautement compétitive, ce qui est extrêmement important pour notre balance commerciale . Imaginez : 200€ pièce, c'est donné, eu égard aux services qu'une telle invention va rendre à la collectivité .

Quoi ? Vous doutez de son utilité, hommes de peu de foi ! Elle sera connectée, un maître mot ! Elle transmettra à votre smartphone ses infos . Celui-ci, via une application mobile, vous dira quels produits, quels shampoings, quelles crèmes, quelles poudres, quels onguents vous devrez acheter - chez l'Oréal, cela va de soi - pour que vos cheveux vous soient reconnaissants de toute l'attention que vous leur portez .

Cela dit, à Las Vegas, la victoire n'était pas acquise d'avance, la concurrence fut dure .

Le diffuseur de parfum " Sensorwake " qui vous pschitte sans prévenir un nuage qui va vous endormir ; le bitoniau " Wistiki " qui retrouve votre chien ou votre trousseau de clefs égarés - renvoyant du même coup le pauvre Saint Antoine de Padoue à son cher Moyen-Age - ; la brosse à dents " Kolibree " qui analyse 16 zones différentes de votre bouche et vous dit où insister . Et, tenez-vous bien, rien que des trouvailles françaises, qui ont tenu longtemps la dragée haute à la brosse à cheveux . 

La Secrétaire d'Etat au Numérique, Mme Axelle Lemaire, pouvait arborer un visage radieux en pronostiquant que le combat contre le chômage passera par l'économie numérique . Sapin, Fillon, Macron, qui ont fait le pèlerinage de Las Vegas, ont bien eu raison d'insister : " Là, est l'économie de demain " !

Au même moment, sort le livre du philosophe Jean-Claude Michéa : " Notre ennemi, le capital " . On y lit deux vérités premières : " C'est une nécessité inhérente à toute société libérale que de poursuivre à l'infini le processus de mise en valeur du capital " ... autrement dit, toute production de biens et de services ne doit avoir qu'un seul but, il faut que ça rapporte ... " quand bien même la plupart des marchandises ainsi produites se révéleraient tout à fait inutiles " .

 M. Michéa n'aura pas droit au " Crédit d'impôts recherche ", ses vérités n'ont rien d'innovant ...

 

 

NB : d'après l'article de J.L. Porquet, Le Canard Enchaîné du 11 janvier 2016, " Coupons les cheveux en quatre " .

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 11:53

Article du 13/01/2012 : réédition .

 

"La Nature a doté l'homme d'une intelligence fabricatrice au lieu de lui fournir les instruments, comme elle l'a fait pour bon nombre d'espèces animales et végétales, elle a préféré qu'il les construisît, lui-même." ( H.Bergson. L'évolution Créatrice.1907.°

 

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   Illustration:" Mon cerveau et moi", de Ph.Sollers.Site:pileface.com

 

    Je dois reconnaître un défaut personnel, j'ai du mal à faire confiance à l'intelligence de nos dirigeants politiques. Je ne parle évidemment pas de leurs capacités, de leurs aptitudes à appréhender les problèmes . Mes interrogations proviennent du fait que l'intelligence se déploie sur la toile de passions, d'émotions, de préjugés qui rendent souvent aveugle , sourd , égoïste, le sujet politique.

   L'homme, comme le dit H.Bergson, est un " homo faber " qui doit construire par lui-même les outils de sa survie, tracer, par lui-même, le sillon de sa vie. Et quand on a choisi comme objet de sa propre réalisation, le pouvoir, c'est à dire l'exercice de sa propre domination sur les autres, toutes les dérives, tous les dangers nous guettent , comme l'arrogance que peut procurer le sentiment de sa supériorité intellectuelle.

   Peut-il exister un mal pire que la misère du monde ? Je réponds, oui ! C'est la misère du monde programmée par des gens intelligents et au nom de leur intelligence, je veux dire " la domination " des uns fabriquant " l'exclusion " des autres par l'intelligence .

 Cette domination étant ensuite théorisée, pour apporter les justifications morales à cet état de fait: je domine car je suis plus intelligent ; tu es dominé car tu le mérites, puisque tu n'as pas les qualités nécessaires pour être autre chose.

   Max Weber nous avait déjà alertés sur ces dangers : " Les dominants ont toujours besoin d'une " sociodicée ", c'est à dire, d'une justification théorique du fait qu'ils sont privilégiés " .

   Je suis donc inquiet quant au comportement de nos dirigeants politiques, car les cinq années écoulées nous ont offert la démonstration de cette maladie  trés particulière de la société : une personnalité agitée entraînant dans le tourbillon de sa jouissance du pouvoir tout le personnel politique.

   La conséquence naturelle de ce mal étant l'incapacité de ces dirigeants de parler au peuple, de l'écouter, de prendre en compte sa désorientation, d'un côté comme de l'autre. Mais, dans ce brouillard, il est des gens, aussi imprégnés que les autres de leur supériorité,  qui ont saisi où se trouve le point faible, et qui trés hypocritement appuient où cela fait mal ; Mme Le Pen a une longueur d'avance sur ses concurrents, sur cette question.

 

   Pour mieux me faire comprendre, je vais en appeler à un grand sociologue, qui a analysé ces phénomènes et sans aucune tendresse.

   Pierre Bourdieu lance un pavé dans la mare, en 1983, dans un article publié par le Monde Diplomatique et intitulé:" Classe contre Classe". Il y invente le concept de "Racisme intellectuel", concept qui ne lui vaudra pas que des amis.       Que dit-il en substance ?

 

   " Il y a des groupes qui ont besoin de se justifier d'exister comme ils existent...( La sociodicée de M.Weber.)...Et cela conduit au...Racisme de l'intelligence...Le racisme de l'intelligence est un racisme de classe dominante  de nature petite bourgeoise... Il est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend , pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d'être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l'intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une justification de l'ordre social qu'ils dominent. Il est ce qui fait que les dominants se sentent d'une race supérieure...

   Le racisme de l'intelligence concerne une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d' intelligence , et qui ont pris la place, pour l'accés aux positions du pouvoir économique, et politique,des titres anciens, comme les titres de propriété et les titres de noblesse..."

 

   Je crois comprendre, enfin, ce qu'est une intelligence dévoyée. Je me dis qu'à côté de la lutte des classes traditionnelle, loin d'être révolue, s'est développé un autre conflit, ces dernières décennies. Le conflit entre ceux qui croient savoir, " les meilleurs ", et ceux qui, naïvement sont tombés dans les pièges tendus, par " les  ruses de la parole ", par d'habiles procédés où l'on ridiculise le dominé, en le mettant en situation: comme nos élites médiatiques savent si bien le faire.

   Il est un autre ressort qui crée les conditions de l'apparition de cette nouvelle lutte des classes. Les " soi-disant inférieurs " sont de plus en plus nombreux à prendre conscience de la duperie. Et les dominants voient cela comme une menace. Et toute leur énergie sera mobilisée à ramener " à leur niveau inférieur " les dominés.

   Avez-vous vu beaucoup de politiques en appeler à l'intelligence de leurs électeurs ?

 

 

   

 

   

   

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 14:11
Est-ce que l'on " farte " les planches de surf ?

" - Tu sais pas à qui tu as à faire . Moi, j'ai bouffé des méduses ...( B.de N.) - Ah ! C'est pour ça que t'es transparent ! ..." ( Répliques du film Brice de Nice ) .

" Macron est parti en car pour continuer par de la marche à pied, " En marche " . Le voici désormais passé à la planche de surf ", comme ne cessent de le répéter les médias " embauchés " pour faire sa promotion : " La vague qui monte " . Si l'on s'en réfère à l'affluence de ses meetings, où il refuse du monde, quand Manuel Valls a du mal à rassembler deux cents ou trois cents personnes, même en terrain non hostile comme Liévin, les médias n'ont pas tort . D'autant plus que sur le Net la fréquentation est à l'avenant, et là encore, Valls se voit distancé, ce qui ne manque pas de l'énerver : qu'est venu faire, dans la course, ce " candidat de trop " qui profite chaque jour un peu plus du " trop " de candidats ?

La vague qui devait larguer le jeune homme " immature " dans un bouillon d'écume sans consistance, l'a en fait ramené, en trois coups de cuillère à sondages, à la troisième place, voire à la deuxième, du premier tour de l'élection présidentielle . 

Désormais bien installé dans le paysage de la présidentielle, le " surfeur ", ne cesse de perturber la " primaire " socialiste . 

Certes en piquant la vedette à Manuel valls qui devait en être le favori, qu'il n'est toujours pas, mais surtout, en prenant en tenaille, avec Mélenchon à gauche, cette primaire à laquelle aucun des deux ne participe, dont le vainqueur se retrouvera forcément coincé, entre eux deux .

Rien n'est joué d'avance, nous sommes bien d'accord . D'autant que " l'homme de la vague " reste, côté programme, plutôt dans le vague et que, avec les débats de cette semaine, la primaire va repasser sur le devant de la scène . Mais il convient de prendre la mesure du handicap que la " planche de surf " représente pour le succès de l'opération " Belle alliance populaire " .

Le vainqueur de la compétition à droite avait de fortes chances de se retrouver à l'Elysée . Le vainqueur de la primaire socialiste sait d'ores et déjà, qu'il n'a presque aucune chance d'y parvenir .

En attendant, " Brice de Nice ", fait tout pour la plomber . Il ratisse large, multiplie les déplacements, les meetings, s'apprête à en faire un grand dans le Nord, là où Valls a été boudé et, originalité " bricéiste ", vient sur le terrain où l'on attend le moins un grand libéral, ancien banquier d'affaires, il promet le remboursement à 100% des lunettes, des prothèses dentaires et auditives . C'est qu'il faut aussi  taper Fillon, sur sa droite, ce pourfendeur de la " Sécu " . A moi, " les sans-dents "

" Brice "  ne reculera devant rien pour vendre " sa vague " , une vague qui ne s'étale pas mais qui s'étend parce qu'il faut qu'elle " éclabousse ", comprenez-vous, et jusqu'au gouvernement, où le vent en poupe de Macron rend " l'encalminage " de Valls encore plus problématique .

D'autant qu'à l'image de Ségolène Royal, certains sont tentés de " prendre la vague au vol ", les autres se contentant de répéter que les vagues, ça peut submerger un temps les quais, mais que ça finit par retomber, ce qui reste bien insuffisant pour contrer la vague .

Quoi qu'il en soit, c'est un véritable " vent de panique " qui souffle à Solférino, au point que des responsables socialistes n'excluent plus l'idée qu'une partie de leur électorat ne " file chez Macron ", et ce quel que soit le vainqueur de la primaire, mouvement qu'ils entrevoient encore plus prononcé, si Valls est battu, l'horreur absolue étant même envisagée par un cadre du parti ( selon le Canard Enchaîné ) : " Plus de la moitié de nos parlementaires pourrait alors rejoindre Emmanuel Macron, la dynamique serait de son côté, pas du nôtre, et dans ce cas, il n'est pas sûr que notre candidat pourrait se maintenir " .

Epilogue : qui est donc Brice de Nice ? Un pseudo surfeur, prétentieux, égocentrique, obnubilé par son apparence et le plaisir de " casser " ses interlocuteurs grâce à des réparties cinglantes qui les désarçonnent . A Nice, il n'y a jamais de vague qui permette de surfer et Brice le sait bien, tout comme il sait que le surf c'est " casse gueule " .

 

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 14:11
Image du film de Jacques Demy ( 1971 ) .

Image du film de Jacques Demy ( 1971 ) .

" Malheur à toi, terre, dont le prince est un jeune homme et dont les princes ont mangé dès le matin ", ( L'Ecclesiaste, X, 16 ) .

( Note : Hamelin est une ville de Basse-Saxe, au centre de l'Allemagne, bâtie sur les rives du fleuve Weser, qui se jette dans la Mer du Nord ) .

Au XIXe siècle, les frères Grimm, reprennent le récit d'un événement survenu dans la ville d'Hamelin, au XIIIe siècle, et en font le conte du " Joueur de flûte d'Hamelin ", qui, grâce à un air sorti de sa flûte, libère la vile d'une invasion de rats, entraînant ces animaux dans son sillage et les conduisant jusqu'à la Weser, où tous se noient . ( Le titre allemand du conte étant " Der Rattenfänger, l'attrapeur de rats " ) .

L'historien Jules Michelet avait signalé, en son temps, qu'avec l'apparition du suffrage universel dans le processus politique, le problème des hommes politiques modernes allait être de gérer leur carrière sous la menace permanente de ce suffrage universel, c'est à dire qu'ils allaient devoir s'appuyer à la fois " sur l'argent des riches et le suffrage des pauvres " . Une équation très complexe .

L'entrée du capitalisme dans son stade " néolibéral " n'a pas arrangé les choses . Dès lors que sur fond de croissance en berne et de désastre écologique grandissant, il est devenu clair que les pays libéraux avaient désormais plus de comptes à rendre à leurs créanciers internationaux qu'à leurs propres citoyens, les élites occidentales ont dû se mettre à réfléchir sur le moyen le plus efficace de " gouverner autrement " .

C'est à cette aune-là, qu'il faut mesurer les péripéties actuelles de la vie politique française, disparition des uns, réapparition éphémère des autres, apparition de nouvelles têtes . C'est à cette aune-là qu'il faut chercher à comprendre le sens de ce nouveau slogan, totalement incompréhensible selon les critères de la tradition française, ce " Ni droite, ni gauche " venu d'en haut, dont on trouve l'accomplissement dans la grande coalition allemande " SPD-CDU ", conservateurs et sociaux-démocrates, à ne pas confondre avec le " ni gauche, ni droite " d'en bas, porté par le mouvement " Podemos " espagnol : " Tracer de nos mains un éclair qui montre qui sont ceux d'en bas et qui sont ceux d'en haut ", dit très joliment le théoricien du mouvement Juan Carlos Monedero .

Dans la nouvelle perspective, venue d'en haut, qui a la faveur des " marchés financiers ", il fallait d'abord mettre sur la touche les classes populaires, " ces empêcheurs de tourner en rond ", et ce fut le rôle dévolu à Marine Le Pen : " le joueur de flûte " de la nouvelle politique , entraîner les classes populaires dans son sillage, jeu risqué, certes, mais que l'on saurait contenir, le moment venu . 

La " Rattenfänger " des classes populaires a tenu son rôle avec un certain succès, emmenant " les indésirables ", grisés par sa démagogie, se noyer dans la " Weser " du Front National .

Le PS, dont le dépeçage façon Hollande avait bien fonctionné, et réduit à une portion congrue de nostalgiques, étant prêt à faire le saut ultime, le scénario pouvait être lancé à la faveur de ces " Primaires ", de droite comme de gauche, importées des EEUU, mais impossibles à acclimater en France comme on va le voir .

Les deux " jokers " de la classe dominante, les plus prometteurs à l'évidence, pour mener la sarabande " ni droite, ni gauche " étaient Emmanuel Macron et Alain Juppé : " le " off " et le " in " .  Manuel Valls aurait pu faire l'affaire, pensa-t-on un moment . Mais ses rigidités dans le domaine régalien le rendaient peu fiable .

Misère ! Contre tous les pronostics officiels et les instituts de sondage, c'est le fils de notaire, le notable de province, sans subtilité, sans imagination, sans fibre populaire qui l'emporte et devient le présidentiable le plus plausible : avec moins d'aveuglement, ces élites arrogantes, auraient pu deviner, que les primaires, cette espèce de " suffrage censitaire " , vieux et vicié, pouvait conduire à cela .

Du coup, toutes les cartes sont rebattues . Tout est à refaire . Bon, d'accord ! Macron est toujours là : on va donc tout miser sur Macron . Tous les médias doivent se mettre " en ordre de marche " - oui, nous osons - pour élever " le brillant jeune homme " à la dimension d'un présidentiable . Fillon ne convient pas vraiment à nos élites urbaines façonnées pour la mondialisation : l'élection présidentielle étant la dernière élection qui mobilise encore les classes populaires, son programme des primaires, radical en matière sociale, va l'obliger - et il a déjà commencé - à des " rétropédalages " que les " marchés "  détestent, parce que incertitudes et risques ne sont jamais bons pour les affaires .

Mais notre classe dirigeante ne doit pas écarter trop vite l'avertissement de l'Ecclesiaste, vieux de 2300 ans : " Malheur à toi, terre, dont le prince est un jeune homme et dont les princes ont mangé dès le matin " .

 

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 14:57
Plus belle la vie : place du Mistral .

Plus belle la vie : place du Mistral .

Soirée de " Nouvel An " chez Jean-Pierre Pernaud : la France comme carte postale y est tout entière représentée . Chaque salle de l'hôtel particulier du présentateur  a son animation régionale - paysans vendéens armés de fourches, stand de produits auvergnats, orchestres basque et savoyard, groupe de polyphonie ... Le bureau du journaliste avec sa grande bibliothèque de guides touristiques et ses " Sept d'or " est bien le lieu où la nouvelle France se construit comme représentation . Comme la carte précède le territoire, le Journal de 12 heures, de Pernaud et de TF1 précède la réalité& . Par ses choix réactionnaires le fabricant de cartes postales " fait " la France ...( La Carte et le Territoire, Michel Houellebecq, 2010 ) .

Les  J.T. sont des mines de renseignements pour qui sait les regarder et particulièrement au moment des fêtes et des congés, pour que nous nous fassions une idée de ce que la France est en train de devenir . 

La nation fière et querelleuse, reconnaissable entre toutes, incapable de s'imaginer autrement qu'au faîte de la domination politique, du développement des lettres et des arts, des sciences et des technologies est en train de céder la place à un peuple de petits rentiers de son patrimoine et d'aubergistes du monde occidental . Un scénario à la Houellebecq mais pas si absurde qu'il n'y paraît .

La " carte postale " d'un pays fatigué, recroquevillé, bonhomme au fond, revenu de tout, et " vivant des rentes de sa grandeur passée ", des châtelains vieillissants qui font visiter à des japonais et des Chinois bardés d'appareils photos, la galerie de portraits de leurs ancêtres .  Cette attitude porte un nom : " Le Tourisme " . 

Pour s'en convaincre il suffit de regarder les J.T. Tout y est traité - et particulièrement chez Chez Jean-Pierre Pernaud - en fonction de son incidence sur la fréquentation touristique .

Y aura-t-il de la neige cet hiver ? Du soleil, l'été prochain ? Des vagues dans le Golfe de Gascogne pour les surfeurs ? Des grèves pendant l'Euro de football ? Du verglas lors des 24 heures du Mans ? C'est terrible, mais y aura-t-il encore des attentats terroristes qui feront fuir le touriste américain ? Allons-nous connaître une nouvelle flambée de la délinquance qui éloignera de Paris le touriste chinois ?

Quand le Ministre de l'Education Nationale fixe le nouveau calendrier des vacances scolaires qui trouve-t-il en face de lui, comme contradicteur unique, s'il met trop l'accent sur l'intérêt des élèves ? Le représentant du syndicat de l'hôtellerie . 

Lors des dernières fêtes, nous n'avons pas eu un seul J.T. sans le passage d'un grand chef, cuisinier, pâtissier, chocolatier, venu y présenter son dernier livre de recettes .

" Les châteaux de la Loire, la Tour Eiffel, la blanquette à l'ancienne, le rosé de Provence, le béret basque, les cabarets de Montmartre, le pèlerinage de Lourdes, la Fête de l'Huma, le Festival d'Avignon, Les Vieilles Charrues de Carhaix, tous ces hauts-lieux ne se conjuguent plus qu'à un seul temps : le potentiel de fréquentation touristique ... " . Un dénominateur commun peu compatible avec notre gloire culturelle  passée : " Liberté, égalité, foie gras " .

Le Français fut jadis un monsieur décoré ignorant avec superbe la géographie de son pays, il est devenu un garçon en gilet rayé et serviette sur l'avant-bras . Et comme il a conscience de sa chute - à la différence de son concurrent italien - il s'acquitte de sa nouvelle tâche avec mauvaise humeur . Demandez donc aux garçons de café et aux chauffeurs de taxis parisiens .

A terme, la France pourrait ressembler à la série télévisée de France 3 , " Plus belle la Vie " . Un quartier de Marseille qui n'existe pas, une Place du Mistral en carton, un bar du Mistral enserré dans un studio de tournage et des touristes dont la première préoccupation, en arrivant dans la cité phocéenne, est de demander à visiter la " Place du Mistral . "

( Note technique : derrière la carte postale à la Houellebecq, une réalité . Le tourisme représente le secteur économique où la précarité est la plus élevée : temps partiel, CDD, contrats de mission de courte durée, emplois saisonniers, heures supplémentaires non payées dans la restauration .

Ce secteur devait compenser la désindustrialisation du pays, liée aux délocalisations massives des investisseurs français vers les pays émergents : en trente ans, la part de l'industrie dans la richesse du pays est tombée à 11%, quand elle reste à 16% dans la zone euro et à 22% en Allemagne, et alors que les industries traditionnelles restent les principaux fournisseurs d'emplois stables ( CDI ) .

Cherchez l'erreur ! )

 

NB : d'après l'article de Jacques Jullierd dans Marianne, No 1032, " Trois scénarios pour la France " .

 

 

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 13:54
" Une nouvelle conception de l'identité s'impose à nous, d'urgence ! "

" Pour aller vers l'autre il faut avoir les bras ouverts et la tête haute, et l'on ne peut avoir les bras ouverts que si l'on a la tête haute " ( Amin Maalouf ) .

N'est-ce pas le propre de notre époque d'avoir fait de tous les hommes des migrants et des minoritaires ? Nous sommes tous contraints de vivre dans un univers qui ne ressemble plus à notre terroir d'origine : nous devons tous apprendre d'autres langues, d'autres langages, d'autres codes et nous avons tous l'impression que notre identité, en tout cas telle que nous l'imaginions depuis l'enfance, est en danger et cela du fait que l'évolution accélérée du monde nous a fait traverser en trente ans ce qu'autrefois nous traversions en cinq ou six générations . Aussi le statut de migrant n'est-il plus seulement celui d'une catégorie de personnes arrachées à leur milieu nourricier, il a acquis une valeur d'exemple .

" Avant de devenir un immigré, on est un émigré " . Avant d'arriver dans un pays, on a dû en quitter un autre et les sentiments d'une personne envers le pays qu'elle a quitté ne sont jamais simples . Si l'on est parti, c'est qu'il y avait des choses que l'on rejetait : la répression, l'insécurité,la pauvreté, l'absence d'avenir . Mais ce rejet s'accompagne toujours d'un sentiment de culpabilité à l'égard de proches que l'on s'en veut d'avoir abandonnés, de la maison où l'on a grandi, d'une enfance dont on s'éloigne . En même temps des attaches persistent : la langue, parfois la religion, la musique, les compagnons d'exil, les fêtes, la cuisine ... 

Parallèlement, les sentiments éprouvés envers le pays d'accueil ne sont pas moins ambigus . Si l'on y est venu c'est parce que on y espérait une vie meilleure pour soi-même et pour les siens, attente doublée d'une appréhension face à un inconnu car l'on se sait pris dans un rapport de force défavorable : on redoute d'être rejeté, humilié, on est à l'affût de toute attitude de mépris, d'ironie, de pitié . 

Alors le premier réflexe ne sera pas d'afficher sa différence mais de chercher à passer inaperçu . Le rêve secret de beaucoup de migrants, à l'arrivée, c'est d'imiter leurs hôtes et quelquefois ils y parviennent . Le plus souvent ils n'y parviennent pas parce qu'ils n'ont pas le bon accent, ni la bonne nuance de couleur, ni le nom ni le prénom ni les papiers qu'il faudrait . Alors, ils sont nombreux à se montrer par fierté, par bravade, par provocation plus différents qu'ils ne sont . Et dans tout ce nombre, certains vont aller bien plus loin, leur frustration débouchant sur une contestation brutale .

Et pourtant la sagesse voudrait que l'on porte un regard plus apaisé sur les tensions entre population autochtone, porteuse de culture locale et population plus récemment arrivée mais riche de traditions différentes .

En matière d'immigration, le premier écueil est celui qui fait voir le pays d'accueil comme " une page blanche où chacun pourrait écrire ce qui lui plaît ou comme un terrain vague où chacun pourrait s'installer avec armes et bagages, sans rien changer à ses gestes et habitudes " .

Le deuxième écueil, tout aussi nuisible, voudrait que le pays d'accueil  soit " une page déjà écrite et imprimée " comme une terre dont les lois , les valeurs, les croyances, les traits culturels auraient été écrits une fois pour toutes et auxquels les immigrants n'auraient plus qu'à se soumettre en silence .

Caricature ? Peut-être, mais parfois la caricature est nécessaire pour permettre à chacun de mesurer l'absurdité de sa position s'il la pousse jusqu'à sa conséquence ultime . Certes, certains continueront de s'entêter mais les hommes de bon sens avanceront vers un horizon moins fermé, fait de ponts et non de murs, à savoir que " la pays d'accueil n'est ni une page blanche, ni une page achevée mais une page que l'on écrit ensemble " .

Bien des conceptions ont prévalu durant des siècles qui ne sont pas acceptables aujourd'hui comme la suprématie prétendument " naturelle " de l'homme sur la femme, la hiérarchie des races ou même " l'apartheid " et bien d'autres ségrégations ; longtemps la torture fut considérée comme normale dans la pratique de la justice et l'esclavage apparut longtemps comme une réalité de la vie que de grands esprits du passé se gardaient bien de remettre en cause . Mais des idées nouvelles ont peu à peu réussi à s'imposer : l'idée que tout homme avait des droits qu'il fallait définir et respecter ; l'idée que les femmes devaient avoir les mêmes droits que les hommes ; l'idée que la nature méritait d'être préservée : l'idée qu'il existe pour tous les humains des intérêts communs ...

Cela veut dire que les idées qui ont prévalu tout au long de l'histoire ne sont pas nécessairement celles qui devront prévaloir dans les prochaines décennies et donc que, lorsque des idées nouvelles apparaissent, nous avons le devoir de reconsidérer nos attitudes, nos habitudes, nos croyances, nos mentalités, car le danger est toujours présent lorsque de nouvelles réalités apparaissent trop vite que nos mentalités ne demeurent à la traîne et qu'alors nous pouvons nous retrouver en train de combattre des incendies en les aspergeant de produits inflammables .

 

NB : d'après " Les identités meurtrières " de Amin Maalouf .

 

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 14:30
" Entre intégrisme et désintégration " .

" Et ceux qui ne pourront pas assumer leur propre diversité se retrouveront parmi les plus virulents des " tueurs identitaires " s'acharnant sur ceux qui représentent cette part d'eux-mêmes qu'ils voudraient oublier " ( Amin Maalouf, Les identités meurtrières " ) .

La conception qui réduit l'identité à une seule appartenance installe les hommes dans une attitude partiale, sectaire, intolérante, dominatrice, quelquefois suicidaire, et les transforme bien souvent en tueurs ou en partisans de tueurs . Leur vision du monde en devient distordue et ils ne raisonnent plus qu'à travers un seul concept : " Les Nôtres " . Dès lors que l'on estime n'appartenir qu'à une seule communauté, on se veut solidaire de son destin, seul compte le point de vue des " Nôtres ", qui est souvent celui des plus militants de la communauté, des plus démagogues, des plus enragés . Enragés qui vont, très vite, devenir tyranniques à l'égard du reste de la communauté, en particulier contre " les tièdes " que l'on dénonce, que l'on terrorise, que l'on punit comme " traîtres " et " renégats " .

Il est aisé d'imaginer de quelle manière le repli sur une appartenance unique peut pousser des hommes aux pires extrémités . Si l'on a bien instillé dans leur esprit le sentiment que " les autres " constituent une menace pour leur ethnie, leur religion, leur nation, tout ce qu'ils pourront faire pour écarter cette menace leur paraît parfaitement légitime ; même lorsqu'ils en arrivent à commettre des massacres, ils sont persuadés qu'il s'agit là d'une mesure nécessaire pour préserver la vie de leurs proches . Et comme tous ceux qui gravitent autour d'eux partagent ce sentiment , les massacreurs ont toujours bonne conscience, et même peuvent s'étonner de se voir appeler " criminels " . N'attendons pas d'eux qu'ils cherchent un seul instant à se mettre à la place de ceux de " l'autre bord " qui ne sont pas des victimes mais des coupables .

C'est pourquoi, criminels, ils ne peuvent pas l'être puisqu'ils ont seulement cherché à protéger leur vieille mère, leurs frères et soeurs et leurs enfants . 

Ce sentiment d'agir pour les siens, d'être porté par leurs prières et de se trouver en état de légitime défense est une caractéristique commune de tous ceux qui, ces dernières années et en tous points du globe, ont commis les crimes les plus abominables . Et il ne s'agit pas de cas isolés . En Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Palestine, en ex-Yougoslavie, au Rwanda, en Inde, en Indonésie, en Algérie, au Nigéria, au Soudan, en Birmanie, en Tchétchénie, en Syrie, au Yémen, hier et aujourd'hui, le monde est couvert de communautés blessées qui subissent encore des persécutions ou qui gardent le souvenir de souffrances anciennes et qui rêvent d'obtenir vengeance . Nous ne pouvons pas demeurer insensibles à leur calvaire, nous ne pouvons que partager leur désir de parler librement leur langue, de pratiquer sans crainte leur religion, de préserver leurs traditions . Mais nous devons veiller à ne pas glisser trop aisément de la compassion à la complaisance . 

Car le danger est grand, quand nous pardonnons trop hâtivement, à ceux qui ont souffert de l'arrogance coloniale, du racisme, de la xénophobie, de pardonner aussi leur propre arrogance nationaliste, leur propre racisme et leur xénophobie et du coup de nous désintéresser du sort de leurs victimes .

La tâche est complexe . On ne sait vraiment jamais où s'arrête la légitime revendication de l'identité et où commence l'empiétement sur les droits des autres .

Nous disions, hier, que le mot identité était " un faux-ami " . Il commence par refléter une aspiration légitime et soudain, le voilà devenu un instrument de guerre par le glissement d'un sens à un autre presque imperceptible, comme naturel, et nous nous y laissons tous prendre .

Tous les massacres qui ont eu lieu ces dernières années sont " liés " à des " dossiers identitaires " complexes et fort anciens . Quelquefois, les victimes sont désespérément les mêmes mais quelquefois aussi, les bourreaux d'hier deviennent les victimes d'aujourd'hui et les victimes d'hier, les bourreaux d'aujourd'hui . C'est bien pourquoi, dans ces conflits, toute complaisance est à bannir . 

Et c'est également pourquoi, lorsque les observateurs extérieurs que sont les médias, les experts, les diplomates, les hommes politiques,  se mêlent de ces jeux pervers, ils doivent le faire avec la plus grande circonspection et surtout avec la plus grande honnêteté car lorsqu'ils installent telle communauté dans le rôle de " l'agneau " et telle autre dans le rôle du " loup ", ce qu'ils font, peut-être parfois à leur insu, c'est accorder par avance l'impunité aux crimes des uns .

Et l'on peut se trouver parfois confronté à pire . Il s'agit de l'attitude que l'écrivain franco-libanais Amin Maalouf appelle le " laisser-tuer " . Celle des éternels sceptiques pour qui tout nouveau massacre n'est que répétition de l'histoire, qu'il en est ainsi de puis l'aube de l'humanité et qu'il est illusoire d'espérer que cela puisse changer .

Eh bien, non ! A l'ère de la mondialisation, du brassage accéléré et vertigineux des sociétés qui nous enveloppe tous, nous n'avons pas le droit d'imposer à des milliards d'êtres humains désemparés un seul choix : l'affirmation outrancière de leur identité ou la perte de toute identité, " l'intégrisme ou la désintégration " .

 

NB : d'après " Les identités meurtrières ", d'Amin Maalouf, ch. 4 .

 

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