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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 14:25

Les juifs sont les descendants du royaume de David et sûrement pas les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars ..." . Est juif, tout descendant du peuple juif contraint à l'exil, il y a deux mille ans ...", telle est la définition que donne l'histoire officielle en Israël .

" Tout Israélien sait que le peuple juif existe depuis qu'il a reçu la Thora dans le Sinaï, et qu'il en est le descendant direct et exclusif . Chacun sait que ce peuple, sorti d'Egypte, s'est fixé sur " La terre promise " où fut édifié le glorieux royaume de David et de Salomon, partagé ensuite en royaumes de Juda et d'Israël . De même nul n'ignore qu''il a connu l'exil à deux reprises : après la destruction de premier temple, au VIe s. avant J.C., puis à la suite de celle du second temple, en l'an 70 après J.C.

Allait s'ensuivre pour lui une errance de deux mille ans : ses tribulations le menèrent au Yémen, au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu'au fin fond de la Russie, mais il parvint toujours à préserver les liens du sang entre ces communautés très éloignées . Ainsi son unicité ne fut jamais altérée . A la fin du XIXe s. les conditions commencèrent à mûrir pour son retour dans l'antique patrie ...

Vierge, la Palestine attendait que son peuple originel vienne la faire refleurir, car elle lui appartenait, et certainement pas à cette minorité arabe, dépourvue d'histoire et arrivée là, par hasard . Justes devenaient donc les luttes menées par le peuple errant pour reprendre possession de sa terre et criminelle l'opposition violente de la population locale ...

Cette interprétation de l'histoire juive au passé linéaire est l'œuvre, entre la fin du XIXe et le début du XXe s., de talentueux reconstructeurs du passé dont l'imagination fertile a inventé sur la base de morceaux de mémoire religieuse, juive et chrétienne, un enchaînement généalogique continu pour le peuple juif ... " .

Ainsi s'exprime l'historien israélien Schlomo Sand, professeur à l'Université de Tel Aviv, auteur de " Comment le peuple juif fut inventé ? " ( Fayard 2008 ) .

Aujourd'hui, c'est le travail, en Israël, des départements universitaires spécialistes de " l'histoire du peuple juif " que de perpétuer cette approche, au détriment des recherches menées par les historiens de " l'histoire - dite - générale ", bien séparée de la première et soumise à une marginalité déconcertante .

Et pourtant ces recherches, depuis la fin des années 1980, en particulier " la nouvelle archéologie ", posent des questions surprenantes .

La Bible peut-elle être considérée comme un livre d'histoire ? Le départ d'Abraham pour Canaan, la sortie d'Egypte ou le royaume unifié de David et Salomon font-ils partie d'une histoire réelle, authentique ? Ne seraient-ils pas de simples récits destinés à constituer une identité nationale juive ?

" L'archéologie contredit la possibilité d'un grand exode au XIIIe s. avant notre ère; de même Moïse n'a pas pu faire sortir les Hébreux d'Egypte, pour la bonne raison que " la terre promise " était aux mains des Egyptiens . D'ailleurs on ne trouve aucune trace de révolte d'esclaves dans l'empire des pharaons pas plus que d'une conquête rapide du pays de Canaan par des étrangers ...

Il n'existe aucun signe ou souvenir du somptueux royaume de David et Salomon, seules demeurent des traces de deux petits royaumes : Israël et Juda . Au VIe s. av J.C. le peuple de Judée ne subit pas d'exode, seules quelques élites intellectuelles furent appelées à Babylone ...

Quant à l'acte fondateur de la diaspora juive, l'exil de l'an 70 de notre ère sur ordre de Rome, il est tout autant discutable . Les Romains n'ont jamais exilé de peuple sur tout le flanc oriental de la Méditerranée . A l'exception de prisonniers réduits en esclavage, les habitants de Judée continuèrent à vivre sur leurs terres ... Une partie d'entre eux se convertit au Christianisme, au IVe s., la grande majorité se rallia à l'Islam, lors de la conquête arabe, au VIIe s.", dit encore Schlomo Sand .

Avant 1929 et la grande révolte palestinienne, les cofondateurs de l'Etat d'Israël, tels David Ben Gourion ou Yitzhak Ben Zvi , n'hésitaient pas à écrire que les paysans de Palestine étaient les descendants de l'antique Judée : " Eretz Israël, dans le passé et dans le présent ", 1918 .

Cela revenait à reconnaître que les descendants, par le sang, des juifs de Judée, étaient les Palestiniens .

Mais, alors, il convient de répondre à la question suivante : d'où viennent les nombreux juifs qui peuplent le pourtour méditerranéen dès l'Antiquité ? La réponse est simple : " d'une ardeur prosélyte ", des juifs de l'époque, étonnante, mais attestée par les grands auteurs latins .

Royaume juif puissant au Yémen, tribus berbères d'Afrique du Nord judaïsées, dont certaines passeront en Espagne lors de la conquête de la Péninsule Ibérique, la plus grande conversion de masse concernant, entre la Mer Noire et la Caspienne, l'immense royaume khazar, au VIIIe s. , autant de témoignages de ce prosélytisme en contradiction avec la doctrine sioniste .

" Mais les cauchemars identitaires d'hier, feront place, demain, à d'autres rêves d'identité ... " .

L'histoire n'est-elle pas, une identité en mouvement ?

NB : d'après l'article de Schlomo Sand, août 2008, dans le Monde Diplomatique .

L'aveuglement de Samson, Rembrandt .

L'aveuglement de Samson, Rembrandt .

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 21:49

En 1288, moururent sur le bûcher, en la ville de Troyes, treize juifs qui avaient refusé de se convertir . Une complainte leur fut dédiée par un anonyme. Ce texte fut retrouvé, au XXe siècle, dans les documents de la Bibliothèque du Vatican par le linguiste Arsène Darmesteter .

" Elle est mise à mal, la malheureuse gent ; Et ce n'est pas sa faute si la rage la prend ; Car d'entre eux sont brûlés maints preux braves et gens , Qui n'ont pu pour leur vie donner rachat d'argent .

Notre joie est troublée, troublé notre déduit, Car ceux que la Thora occupait sans répit, Etudiant sans fin et de jour et de nuit, Ils ont reconnu Dieu ! Et tous ils sont détruits .

De la réforme gent, nous souffrons ces douleurs, A bon droit nous pouvons changer de couleur . Dieu ! Prends-nous en pitié : entends nos cris, nos pleurs ! Car nous avons perdu maint homme de malheur .

En place est amené Rab Isaac Châtelain Qui pour Dieu laissa rente et maisons tout à plein . Il se rend au seigneur . Riche était de tous biens Bon auteur de Tosphot (1) et bon auteur de plains (2) . Lorsque la noble femme vit mourir son mari, Le départ lui fit mal ; elle en jeta grand cri : " je mourrai de la mort dont mourut mon ami " . Elle était grosse, aussi grand peine elle souffrit .

Deux frères sont brûlés, un petit et un grand ; Le plus jeune s'effraie du feu qui lors s'éprend : " Haro ! je brûle entier ! " et l'aîné lui apprend : " au paradis tu vas aller, j'en suis garant " ...

La bru qui fut si belle on vient pour la prêcher ; Elle aussitôt contre eux commença à cracher : " je ne laisserai Dieu, vous pouvez m'écorcher " ... Le félon, le maudit, les brûlait irrité, les uns après les autres ; il osa l'outrager . Elle fut belle la fin de Biendict d'Avirey ...

D'une voix tous ensemble ils chantaient haut et clair, Comme des gens de fête qui dussent caracoler ; Leurs mains étaient liées, ils ne pouvaient baller, Jamais on ne vit gens si vivement marcher ... " .

(1) : ajout au Talmud ; (2) : complainte .

Près de huit siècles plus tard, la complainte n'est plus la même .

" Derrière chaque terroriste ( palestinien ) se tiennent des douzaines d'hommes et de femmes sans qui, il ne pourrait s'engager sur la voie du terrorisme . Ils sont tous des combattants ennemis et ils devraient mourir . Ceci concerne aussi les mères de ces martyrs qui les envoient à la mort avec leur bénédiction .Elles devraient donc subir le même sort que leur fils . Rien ne serait plus juste . Elles devraient mourir et les maisons dans lesquelles elles ont élevé ces serpents devraient être détruites . Sinon d'autres serpents y seront élevés après ... " . ( Propos postés sur Facebook par Ayelet Shaked, jeune députée israélienne, du parti ultra-nationaliste " Foyer juif ", de 38 ans, mère de deux enfants, ingénieur de formation, ex-directrice de cabinet du Premier Ministre Benjamin Netanyahou, à la veille du lancement de l'opération militaire contre Gaza, " bordure protectrice " ) .

( Citée par le journaliste américain Gidéon Resnick, dans le Daily Beast du 07/07/2014, par d'autres médias américains, ou encore Recep Erdogan à la tribune du Parlement turc ) ...

Pourquoi ?

Image d'Israël .

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 21:29

" J'attaque le messager pour qu'on ne parle pas du message " !

Le " panzer " est en mode préchauffage, le moteur allumé et le canon bien astiqué . Le Sarkozy du " casse-toi, pauvre con ", ou mieux encore du " descends, pour voir ", lancé à un pêcheur breton, est de retour, et il n'a pas changé ( pourrait lui chanter Julio Iglesias ) . En vingt minutes chrono, hier soir, sur sa chaîne personnelle TF1, il nous a ramenés deux ans en arrière, dans son quinquennat de violence, de brutalité, de vulgarité, de prétention, de morgue, de mensonge, d'impudeur, de salissure ...

Fidèle à sa stratégie privilégiée - j'attaque le messager ... - , il ne nous a pas parlé des chefs d'inculpation dont il fait l'objet : corruption active, trafic d'influence actif, recel de secret professionnel, pour se défendre, renforcer son cri d'innocence, non !

Il a préféré, comme à l'accoutumée, brandir l'injure et insulter la République, à travers la Justice, le Gouvernement, le Président de la République et les Français .

Rien que cela !

La Justice d'abord : les deux juges, appelées " ces deux dames ", ( les féministes apprécieront ) qui le reçoivent à deux heures du matin, après une garde à vue de quinze heures . Elles " veulent sa peau " - puisque l'une d'elles fait partie d'un syndicat politisé - et commencent donc par l'humilier . ( Chaque année 400 000 Français poursuivis connaissent ce sort, et sortent de garde à vue, après dix huit heures d'interrogatoire, en moyenne ) . Et en plus elles sont " manipulées " par le pouvoir en place .

Le Gouvernement ensuite, qui orchestre la chasse " au Sarkozy " : le Premier Ministre n'a-t-il pas déclaré, hier matin, que " les faits étaient graves ", ayant oublié maladroitement d'ajouter " reprochés " ; c'est qu'il a reçu un rapport des juges, dans la nuit .

Le Président de la République est à son tour houspillé, ce " Monsieur Hollande ", que " l'ex " ne peut décidément pas considérer comme légitime, et lui donner son titre de Président, cet incapable, ce nul, qui laisse la France dans un si triste état : " c'est pourquoi, mon retour est nécessaire ... c'est un devoir, pour moi, de me porter au secours de la Nation en péril .. ". " O soldats de l'An II , me voilà ! " .

Les Français enfin, à qui il déclare, les yeux dans les yeux, qu'il n'a jamais rien fait de contraire aux lois de la République . Vingt juges et des dizaines de policiers sont derrière six affaires le concernant, de près ou de loin, et il est blanc comme neige .

Qui peut imaginer que deux juges puissent mettre en examen, avec des qualifications de faits d'une telle gravité, un ancien Président de la République, un haut magistrat de la Cour de Cassation et un avocat parisien réputé à la légère, sur une même affaire ?

Certains commentateurs ont relevé la fébrilité du personnage, durant l'interview . Cette tension ne s'expliquerait-elle pas par la triste imprécision de l'introduction de ce qu'il aurait voulu être un monologue .

" Il y a des choses qui sont en train d'être organisées, les Français doivent savoir ... " . Eh, bien ! Les Français n'en savent pas plus sur ces choses qui les menaceraient, sinon que " deux dames ", bien irrespectueuses, les drôlesses, ont osé humilier notre " grand homme " .

Sarkozy et l'ancien Premier Ministre grec : Georges Papandréou .

Sarkozy et l'ancien Premier Ministre grec : Georges Papandréou .

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 14:13

" The dollar is my god " .

Le 18 décembre 1971, quatre mois après la décision du Président Nixon de dévaluer le dollar et de supprimer sa parité avec l'or, le Secrétaire au Trésor américain de l'époque, John Conally, annonce, devant un parterre de Ministres des Finances européens qui n'en croient pas leurs oreilles : " Le dollar est notre monnaie et c'est votre problème ... " .

Les Etats-Unis proclamaient alors qu'ils reprenaient la propriété exclusive de leur monnaie, même s'ils pouvaient, à leur convenance, en accorder partiellement l'usufruit à quelques nations choisies . Il faut comprendre que ce n'était pas la banque centrale qui créait la monnaie mais le Département du Trésor - Ministère des Finances - en d'autres termes, le gouvernement . Le dollar devenait de facto une arme géostratégique, financière et commerciale .

L'affaire du conflit actuel entre la première banque française BNP- Paribas et la Justice américaine, qui s'est achevée hier par une transaction " à l'amiable " de presque 9 Mds de $ de pénalités pour la banque française, illustre tout à fait cet " Imperium " .

Pendant une dizaine d'années BNP- Paribas s'est crue autorisée à présenter à la chambre de compensation américaine du dollar, des billets verts tirés de la vente de pétrole iranien, l'Iran étant alors placé sous embargo par le Congrès des Etats-Unis . Mais ce même embargo n'avait pas été décidé par le Parlement français . Les gouvernements français n'avaient cessé durant ces mêmes années de négocier avec les Américains les contenus de cette mesure .

Pour les Américains, le comportement de BNP- Paribas a été immoral car il équivalait à vouloir blanchir , chez eux, de l'argent sale venu de " l'axe du mal ", les islamistes . Certes BNP-Paribas n'y était pas allée " de main morte " : environ 30 Mds de $ de transactions, sur dix ans .

BNP-Paribas pouvait-elle ignorer qu'ayant acquis une licence l'autorisant à travailler sur le territoire des Etats-Unis, et en dollars, dans le Comté de New-York, elle pouvait tomber, un jour ou l'autre, sur une demande de comptes de la justice américaine ? En l'occurrence, c'est le procureur de New-York, Cyrus Vance Jr, qui a un contentieux avec la France depuis son échec dans les poursuites engagées contre DSK, en 2011, qui mène le bal .

A quel jeu ont voulu se frotter les dirigeants de BNP- Paribas, alors que les Iraniens, sentant venir les mesures américaines, avaient pris la précaution d'autoriser, dès 1999, les transactions commerciales menées chez eux, en " euros " ?

Cette deuxième formule , certes, avait un coût : des frais de couverture de change qui n'existent pas aux EE-UU . Cupidité, quand tu nous tiens !

Qu'on ne nous parle donc pas de la naïveté des dirigeants de la banque . Quant à dire qu'ils pensaient que les lois françaises ou le droit européen les protégeaient, ils sont bien les seuls à y croire . Retenons simplement que pour les Américains, leur Loi est supérieure aux lois des autres, ce qui doit nous rendre plus que suspect, le fameux accord transatlantique, qui a défrayé la campagne des élections européennes .

Le souci, si souci il doit y avoir, c'est que l'attaque vise seulement un établissement français et que le montant des pénalités est exorbitant et unique : une fois et demi le chiffre d'affaires de BNP - Paribas .

Il n'est pas inintéressant de savoir que 11% du pétrole importé par la Chine est iranien et payé en dollars par les banques chinoises installées aux EE-UU . Mais le gouvernement de M. Obama ne va pas s'en prendre au premier créancier de son pays .

La banque a réglé la question, comme on la règle toujours dans les milieux d'affaires : on se sépare des lampistes, quelques cadres de la succursale suisse, toute petite entité ( 1.8% du chiffre d'affaires du géant BNP - Paribas ), à laquelle on impute la faute, et que la direction centrale accuse d'avoir été irresponsable .

Empire américain, grenouilles françaises voulant jouer dans " la cour des grands ", pour justifier leurs rémunérations exorbitantes, renvoyons les uns et les autres, dos à dos, puisque le client paiera la note en frais bancaires .

NB : d'après l'article de J. L. Gombeau, Quand les naïfs de BNP ..., Marianne No 897 du 27 juin 2014 .

 " Pour une poignée de dollars " .
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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 14:18

" Il n'y a rien de bon dans la cupidité . Rien de bon pour personne . Cela devrait être connu, compris et accepté de la plupart d'entre nous, les praticiens de l'art de vivre dans un monde dérégulé, individualisé, obsédé de croissance, de consommation, de compétition et de chacun pour soi ..." ( Zygmunt Bauman, Les riches font -ils le bonheur de tous ? A . Colin ) .

Le sociologue britannique d'origine polonaise Z. Bauman , à la veille de ses cent ans, " n'y va pas par quatre chemins ", dans son dernier essai, où " il dénonce tour à tour le mythe de la croissance sans bornes, l'ivresse de la consommation, la prétendue naturalité de l'inégalité sociale, la perte du sens et de la signification des choses, la réification de l'humain et le devenir- container des sociétés libérales dites avancées ". Parallèlement, il fustige la disparition des loyautés mutuelles, de l'aide réciproque, de la coopération désintéressée et de l'amitié gratuite . ( Sébastien Lapaque, Marianne No 897 ) .

Il établit cette condamnation claire et stimulante sur un concept dont il est l'inventeur : " La société liquide " .

La société liquide néolibérale de Z. Bauman se caractérise, d'abord, par " le rythme effréné " qu'ont pris les activités humaines, rythme fait de précarité, de flexibilité, d'instabilité, d'incertitudes, d'embardées, parce que les signalisations ( morale, politique, intérêt général, sens du commun ) qui géraient les directions qu'elle devait prendre ont disparu . Alors, comme l'eau, la société choisit la " plus grande pente " .

Cette plus grande pente porte un nom : productivité . L'important n'est pas le nombre d'heures absolu travaillées, mais l'intensité de celles-ci, pour le plus grand profit immédiat de certains : les détenteurs du capital . De là est né le mal du siècle : " le stress " au travail .

Mais l'accélération de nos vies s'observe également dans notre existence sociale et politique, sous la forme d'une injonction à double détente : " accumuler et cumuler " (1) .

L'injonction est impitoyable et rappelle l'ânerie d'un publicitaire célèbre : " Si à 50 ans tu n'as pas une Rolex, tu as raté ta vie " ! " Tu dois donc, tout faire, tout visiter, tout expérimenter car tu ne peux accéder à l'immortalité qu'en remplissant ta vie de mortel du plus d'expériences possible " (1) .

L'injonction est sans ambigüité : tu ne peux te réaliser que dans la " consommation " . Ton statut social ne se mesure qu'à la quantité de biens que tu es à même de consommer, et la publication de statistiques quotidiennes sur tous les domaines de la consommation est le thermomètre de ton classement .

L'instabilité de nos relations amoureuses, familiales, amicales, la virtualité extrême de nos réseaux professionnels, tout indique " la liquéfaction " de nos existences .

Rappelons-nous ! Dans la société précédente, nous allons l'appeler " la société solide ", celle du capitalisme familial, la " lutte des classes " avait structuré un certain ordre, de combats certes, souvent âpres, mais de combats parfois gagnants, sur lesquels se construisait le progrès social, un avenir ouvert à l'ensemble de l'Humanité .

Dans la société liquide décrite par Z. Bauman, les individus ne sont que des consommateurs que l'on ne considère plus " qu'en vertu de leur seule utilité " ; ils peuvent donc être achetés puis, " passée une certaine date de péremption, jetés sans scrupule " (1) : chômeurs, assistés, sans-papiers que faites-vous sur nos rivages ?

Tant et si bien que l'avenir de l'humanité, après la période liquide, pourrait prendre la forme d'un " container " dans lequel seront acheminés vers nos métropoles nos désirs standardisés .

Mais attention, tout le monde n'aura pas droit à un espace, même réduit, dans le container . Car la société liquide est plus aliénante encore que la précédente . Fonder la quête de soi et le bonheur de tous sur la seule consommation est une imposture car tout le monde ne peut y avoir accès ; la société liquide est donc par essence inégalitaire .

La société de consommation consacre les riches, elle est faite pour eux . La société de consommation condamne les pauvres, elle n'est pas faite pour eux . Dans la liquéfaction sociale dont elle a accouché, les riches n'ont qu'une motivation : rester accrochés au container ! Et vous voudriez qu'ils prennent le temps de penser au bonheur des pauvres ?

NB : (1) . Source : http://tropvite.fr/lectures/la-vie-liquide/

Triangle éthique : wikipedia.fr

Triangle éthique : wikipedia.fr

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Published by regain2012 - dans Société
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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 15:02

" Le néolibéralisme est un projet constructiviste : pour lui, la stricte application de la rationalité économique à tous les domaines de la société n'est pas un donné ontologique ; il œuvre au développement, à la diffusion et à l'institutionnalisation de cette rationalité ... L'Etat ne doit pas seulement s'intéresser au marché, il doit penser et se conduire comme un acteur du marché, et ce dans toutes ses fonctions, même ses fonctions législatives ... " ( Wendy Brown ; Les habits neufs de la politique mondiale ) .

Le mythe n'est ni légende ( qui supporte quelques faits historiques vérifiables ), ni conte ( qui se veut inventif sans expliquer ), ni roman ( qui explique mais sur peu de fondements ) . Le mythe est un récit qui se veut fondateur d'une pratique sociale ...

Tous les peuples ont besoin de récits fondateurs, de mythes, pour se reconnaître, s'identifier, se mobiliser, s'engager, ouvrir les chemins du progrès . Longtemps la gauche eut cet avantage sur les droites conservatrices : ses " voix " savaient inventer les récits qui enflammeraient les cœurs des exploités, des asservis, des esclaves ...

Le plus beau de ces récits avait peu à peu pris un nom : " Socialisme " . Un très beau nom, sali et sacrifié, depuis trois décennies, par une gauche auto-proclamée réaliste, qui du coup a abandonné les grands récits idéologiques et utopiques pour sacraliser " les chiffres ".

Les néolibéraux n'ont pas commis la même erreur et sont venus combler le vide laissé par la gauche des notables .

La tâche n'était pas évidente car la droite n'est pas, par nature, encline aux mythes . Et pourtant elle a vite compris que la production de récits est cruciale à l'âge néolibéral .

La deuxième difficulté résidait dans le fait que les grands mythes sont collectifs, que l'on y parle des peuples, des empires, des églises, des conquêtes, alors que le néolibéralisme ne laisse subsister que les formes d'épanouissement et de réalisation individuelles .

Qu'à cela ne tienne, les idéologues du nouveau capitalisme ont su trouver la formule : un artifice, possible grâce aux nouvelles technologies de l'image ( télévision, internet, réseaux sociaux ), une chute dans la vulgarité , du mythe collectif au " storytelling " individuel .

La métamorphose de l'entrepreneur égoïste en philanthrope mondialisé ( Bill Gates ), la figure de la minorité vengeant les siens par sa réussite ( la star, le sportif de haut niveau ), le collectionneur de records dans les sports extrêmes venant titiller ma pusillanimité pour que durant quelques minutes je m'identifie à lui, et " moi ", moi, sur Facebook, écrivant, comme mes héros, " mon conte de faits ", depuis ma superbe " cuite " lors du baptême de mon fils, jusqu'à mon élection à la présidence du club de pétanque de mon quartier .

Quant aux " géants " qui habitaient tous les grands mythes fondateurs d'autrefois, en tant que symboles de la force brutale luttant contre l'harmonie et l'ordre, ils ne sont plus que " des gens du voyage ", ballottés entre les buissons épineux de nos égoïsmes .

Auparavant, la droite ne proposait qu'un système de valeurs, sans dimension narrative, tandis que la gauche constituait " un grand réservoir utopique d'histoires possibles " ; c'est désormais l'inverse qui se produit . La " gauche gestionnaire " tente encore de défendre quelques valeurs mais elle ne parvient plus à " les mettre en histoires " .

Rappelons-nous, avec l'historien des idées, François Cusset, ce que fut la dernière tentative de "mise en histoires " de la Révolution Française, par la gauche : la célébration du Bicentenaire, en 1989 .

Confiée à un publicitaire, Jean-Paul Goude, cet évènement historique majeur, nous fut proposé comme un spot publicitaire : un gigantesque défilé de l'histoire de France, en technicolor, sur les Champs-Elysées .

Le tournant de notre histoire réduit à " un souvenir publicitaire, avec strass, paillettes, et ambiance néo-pop " . La longue parenthèse des Lumières venait de se clore . Nous étions revenus à " l'histoire obscène des vainqueurs " .

NB : d'après l'entretien donné par François Cusset au site " Article 11 ", 8 avril 2011 - les fossoyeurs du nouveau monde .

Thor terrassant les géants .

Thor terrassant les géants .

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 14:35

" Tous les intellectuels de gauche aux mains propres n'ont jamais compris qu'on pouvait jouir en buvant le foutre du capital " . ( Jean-François Lyotard ) .

Ce samedi 15 juin, Manuel Valls sortant de la réunion du Conseil National du PS, nous a presque tiré des larmes, en lançant à la presse une prophétie alarmante (1) : " La gauche peut mourir " !

Emouvant Manuel Valls qui ne sait pas que la gauche est morte, la gauche de gouvernement s'entend, la gauche dite réaliste, quelque part, dans les années 1980 ( La Décennie : le grand cauchemar des années 1980 , François Cusset ) .

Touchant Manuel Valls qui feint d'ignorer qu'il a en charge " l'inhumation " de cette gauche moribonde, lui qui voulait, il y a quelques années, que le PS changeât de nom, pour ne plus apparaître de gauche ; il a trois ans devant lui pour accomplir sa mission et son zèle ne saurait être mis en cause .

Mais là n'est pas mon sujet ! La question qui me taraude est la suivante : pourquoi, au fil des échéances électorales, des " déculottées " enregistrées par le PS, la gauche de la gauche ne progresse-t-elle pas ? Pourquoi les dérives droitières du PS n'ouvrent-elles pas un boulevard au Front de Gauche ou au NPA ? Pourquoi, ne trouve-t-on pas, en France, une situation proche de celle de la Grèce, où, le " Parti Syrisa " - Front de gauche - est le premier parti en voix, plus de 26%, après l'effondrement spectaculaire du Pasok ( PS ) à 8% ? ( Aux 26% de Syrisa, peuvent être ajoutés, en termes de contestation antilibérale, les 7% du Parti Communiste Grec ) .

L'hégémonie idéologique actuelle et réelle de la droite, et de l'extrême droite, ne saurait venir de différences entre les politiques économiques puisque l'UMP et le PS mettent en oeuvre les mêmes mesures ( Hollande = Sarkozy dans ces domaines ), et il n'y a pas place, entre elles, pour une feuille de papier à cigarette .

L' hégémonie idéologique actuelle de la droite et de l'extrême droite prendrait-elle naissance dans un divorce flagrant entre les politiques identitaires des deux camps ? La violence du quinquennat de Nicolas Sarkozy contre les étrangers, les immigrés, illustrée par le désormais célèbre Discours de Grenoble du 30 juillet 2010, sur la " déchéance de nationalité " de certains délinquants, n'a pas été combattue par le PS .

En matière d'immigration, sous F. Hollande, " le verbe est moins haut, mais les chiffres d'expulsions ne baissent pas " ( Eric Fassin ) ; contre les Roms, les discours et les actions de M. Valls ( démantèlements spectaculaires de camps ), se sont même aggravés, au cours de l'été 2012, ce qui vaut au Premier Ministre une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris, ce 5 juin .

Du PS, au FN, en passant par l'UMP, c'est le même discours identitaire qui s'est imposé . L'espace est très étroit, du coup, pour la gauche de la gauche et son internationalisme, illustré par le discours de J.L. Mélenchon, sur les plages du Prado, à Marseille, le 14 avril 2012, paroles lancées vers l'autre côté de la Méditerranée .

L'idéologie néolibérale a démontré un génie particulier, dès les années 1980, pour exploiter l'explosion de 1968 contre les vieux carcans et en faire une apologie de l'individualisme, du plaisir et du laisser-faire .

De prétendus " nouveaux philosophes " ( Lévy, Gluksman, Bruckner ) nous faisaient découvrir l'horreur, connue depuis longtemps des " totalitarismes "; des saltimbanques s'engageaient pour nous faire aimer l'esprit d'entreprise ( Montand, Vive la crise ) ; des spécialistes de la " rapine " d'entreprises en difficulté ( Tapie , Gagner, vivre, c'est bouger ) devenaient des héros de la réussite personnelle, promise à tous et à chacun s'il sait se bouger ; l'essai sociologique et économique ( Attali, Minc ) devient " best-seller " ; des directeurs de presse et des rédacteurs en chef ( Julliard, Joffrin ), éteignent dans les médias toutes velléités de contestation du dogme afin de nous placer dans l'obligation d'aller dans le sens du vent, c'est à dire du fatalisme économique ... une promesse faite aux " perdants " qu'ils ont une chance d'atteindre la félicité de ceux qu'ils admirent dans les médias .

La chute du mur de Berlin est un évènement qui va conforter durablement cette ligne . Pendant des années, nous allons vivre sous la voûte de la culpabilisation : quiconque se mobilise est diabolisé, parce qu'ayant partie liée avec le communisme et l'horreur soviétique .

Mais, environ dix années plus tard, un autre évènement vient contrarier la première partie du scénario : la chute des tours jumelles de New-York . L'évènement, surdimensionné, au regard de tout ce qui a suivi au Moyen-Orient, contraint les idéologues occidentaux à - dans un enchaînement dialectique digne de Hegel - enclencher le deuxième courant qui identifie le néolibéralisme, et qui vient faire cause commune avec le laisser-faire économique : le néo-conservatisme . C'est un courant nécessaire pour faire adhérer le public aux guerres à venir au Moyen-Orient, à la lutte contre les terrorismes et donc aux lois d'exception que cette lutte induit .

Le néo-conservatisme ou conservatisme sécuritaire, mouvement agressif, militariste, interventionniste, axé sur des valeurs morales et religieuses dans ce qu'elles ont de plus rétrograde, ( le créationnisme, par exemple ) .

Retenons, d'ores et déjà, que la fragilité du système se trouve là : la fragilité du néolibéralisme réside dans cet attelage improbable, laisser-faire économique et contrôle physique et moral des groupes, deux dimensions susceptibles d'entrer en conflit à tout moment .

C'est le cynisme suprême : sur la scène, les chants aux valeurs, au retour aux racines, à l'identité, à la France éternelle donc chrétienne , le divertissement de leurs amicales diatribes, offert par nos élites au peuple, pendant que dans les coulisses on préserve l'accord sur l'essentiel : les intérêts des classes possédantes .

Pour l'instant le rideau d'avant-scène ne permet pas aux idées de solidarité, de coopération, d'entraide, de destin collectif de réinvestir la salle, la génération actuelle baigne encore trop dans le " mythe " du salut individuel, l'effritement des structures collectives des trois dernières décennies, dont les " producteurs des discours de gauche " furent porteurs, est encore trop présent .

Mais la folie technocratique du PS, née sous les années Mitterrand et qui éclate comme un feu d'artifice, aujourd'hui, dans la bulle du hollandisme, connaîtra son crépuscule, comme le Pasok grec : alors, tout redeviendra possible .

NB : Source, http://www.article11.info/?Annees-1980-les-fossoyeurs-du-nouveau-monde .

 " La gauche peut mourir " (1) .
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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 14:02

Une étude interne au FMI, du mois d'octobre 2013, menée par des chercheurs de la vénérable institution, suggérait que, pour relancer l'économie mondiale, il faudrait ramener le niveau de la dette publique de tous les pays à ce qu'il était, en 2007, à la veille de la crise financière mondiale . On peut toujours rêver !

Avez-vous remarqué que, depuis des mois, on ne nous parle plus de la dette ? Compétitivité, responsabilité, stabilité , autant de mots qui se sont substitués à " l'épouvantail " de ces dernières années .

Revenons-y pourtant, car, " Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique ", a publié le 27 mai dernier un rapport particulièrement cinglant pour ceux qui veulent nous culpabiliser en nous faisant croire que le pays vit et a vécu au-dessus de ses moyens depuis des décennies et que c'est cela qui a creusé la dette et les déficits .

Le " Collectif " met au clair le grand mensonge des néolibéraux de notre pays .

Le rapport établit très méticuleusement que 59% de l'endettement public français provient des cadeaux fiscaux consentis aux plus hauts revenus et des taux d'intérêts excessifs qui ont découlé des politiques monétaires en faveur du " franc fort " puis de " l'euro fort " . C'est ainsi que, sans ces cadeaux, appelés du nom guerrier de " bouclier fiscal ", la dette publique aurait été limitée à 43% du PIB, en 2012, au lieu des 90% constatés ( qui seront devenus 95.6% en 2015 ) .

Il indique qu'il est aisément vérifiable que les dépenses publiques ne présentent aucune tendance permanente à la hausse, ces trente dernières années, sauf deux pics en 1993 et 2010, liés à deux récessions . Au contraire sur un moyen terme, les dépenses de l'Etat ont baissé, passant de 24% du PIB en 1990 à 21% en 2008 . Le problème de l'endettement vient de ce que, durant la même période, les recettes ont considérablement baissé, particulièrement sur deux périodes : entre 1987 et 1994, et à partir de l'année 2000 .

" En tendance, de 1978 à 2012, les dépenses ont diminué de 2 points de PIB, les dépenses hors intérêts de la dette, c'est à dire pour les services publics, de 3.5%, tandis que les recettes baissaient de 5.5 points ", précise l'étude .

L'intérêt du travail du " Collectif " est qu'il est corroboré par plusieurs rapports officiels . Ainsi, un rapport du Directeur Général de l'INSEE, du 20 mai 2010 : " Depuis 1999, l'ensemble des mesures nouvelles prises en matière de prélèvements obligatoires ont réduit les recettes publiques de prés de trois points de PIB ; une première fois entre 1999 et 2002, une deuxième fois entre 2006 et 2008 . Si la législation était restée celle de 1999, le taux de prélèvement serait passé de 44.3% en 1999 à 45.3%en 2008 ? En pratique, la réduction des prélèvements a ramené le taux à 42.5% . A titre d'illustration, en l'absence des baisses des prélèvements, la dette publique serait de 20 points plus faible aujourd'hui, qu'elle ne l'est en réalité, générant une économie annuelle sur les intérêts versés de 0.5% du PIB

En 2010, la dette aurait pu peser 20 points de moins de PIB, sans tous les cadeaux consentis à ceux qui en avaient le moins besoin, ce qui l'aurait placée en conformité avec les critères de Maastricht .

Le 6 juillet 2010, le rapporteur général du budget, le député UMP Gilles Carrez, rendait publique son étude sur les baisses d'impôts des dix dernières années : regardez les chiffres qu'il avançait, ils donnent le " tournis " .

" Entre 2000 et 2009, le budget général de l'Etat a perdu entre 101 Mds d'€ - 5.3% du PIB - et 119 Mds d'€ - 6.2% du PIB -, de recettes fiscales, les deux tiers étant dus au coût net des baisses d'impôts, l'autre tiers correspondant à des transferts de recettes à d'autres administrations publiques, sécurité sociale et collectivités locales, soit : 77.7 Mds d'€ de baisses d'impôts sur dix ans " ...

Et le député d'ajouter : " La moitié des allègements fiscaux décidés entre 2000 et 2009 ont concerné l'impôt sur le revenu . Le manque à gagner en 2009 sur le produit de cet impôt s'établit à 2% du PIB - 40 Mds d'€ -, contre 0.6% pour la TVA et 0.5% pour l'impôt sur les sociétés " .

Additionnant l'ensemble des baisses d'impôts engagées depuis 2000 : 39.9 Mds d'€ sous Jospin, 2000-2002 ; 12.4 Mds sous Chirac, 2002-2007 ; 22.7 Mds sous les trois premières années de Sarkozy ; le Collectif arrive au total de 75 Mds, l'équivalent de ce que suggérait Gilles Carrez .

De 2000 à la mi-2012, les baisses d'impôts ont représenté 4.3% du PIB, presque toutes prises en faveur, d'abord, des plus riches : impôt sur le revenu , droits de succession, impôt sur la fortune ; ensuite en faveur des entreprises, déjà : niche Copé - exonération de plus-value sur le vente de filiales : un gâchis de 22 Mds, en faveur des grands groupes -, ou Crédit impôt recherche ; enfin en faveur de certains lobbys : baisse de la TVA sur la restauration .

D'autres chiffres viennent confirmer cette " scannérisation " de nos finances publiques, par le " Collectif " : l'évolution du taux marginal supérieur de l'impôt sur le revenu est significatif . De 65% entre 1982 et 1985, il n'est plus que de 54% en 1999 ; il passe à 49.6% en 2002, 48% en 2003 et 40% en 2006 .

Le " collectif " a même regardé de prés ce que nous ont coûté les intérêts excessifs exigés par les banques prêteuses ; si ces intérêts étaient restés en dessous de 2%, entre 1985 et 2005, la dette aurait été inférieure de 25 points de PIB, en 2012 .

En combinant les deux scénarios, baisses d'impôts et intérêts abusifs, le " Collectif " affirme que le ratio dette/Pib aurait été stabilisé à 43% au milieu des années 1990, pour baisser à 30% en 2007, et revenir à 43% en 2012, avec les effets de la crise, mais pas à 90%, en tout cas .

Evidemment, ce rapport ne recevra dans les medias qu'un accueil très confidentiel, car, sa conclusion est " ravageuse " . Une partie de " cette dette est illégitime ", proclament les rédacteurs du rapport, car dans ce système, les hauts revenus ont été gagnants à double titre : ils sont bénéficiaires des baisses d'impôts qui ont accru leur épargne , de laquelle ils ont tiré une forte rémunération grâce aux taux d'intérêts trop élevés .

Nous laisserons la morale de l'histoire à D'Alembert : " La politique, espèce de morale d'un genre particulier et supérieur à laquelle les principes de la morale ordinaire ne peuvent quelquefois s'accommoder qu'avec beaucoup de finesse " . ( Discours préliminaire à l'Encyclopédie ) .

NB : d'après le billet de Laurent Mauduit, Mediapart, 27 mai 2014 : Sous la dette publique, l'arnaque néolibérale .

Mediapart .

Mediapart .

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 14:58

" Fuis les sentiers cachés où les spectres se donnent rendez-vous pour former de noires conjurations contre le repos des hommes " . ( Ch. Nodier, Smarra, 1821 ) .

J'ai fait, la nuit dernière, un cauchemar dont je ne puis me détacher . Tous les observateurs connaissent bien la perversité de notre système électoral . Ils savent qu'un parti peut atteindre un peut plus de 18% des suffrages et n'avoir quasiment pas de représentants à l'Assemblée Nationale . Mais ils ont aussi appris qu'un parti peut dépasser 22% des suffrages et devenir aussitôt maître du jeu politique .

Nous étions au lendemain du 25 mai 2014 . Le corps électoral français avait été convoqué par le Président de la République pour des élections législatives anticipées, à la suite d'une dissolution de l'Assemblée Nationale .

Les résultats du scrutin ressemblaient à s'y méprendre à ceux des élections européennes d'un jour analogue mais dont les contours m'échappaient .

Le Front National obtenait avec plus de 25% des voix, 250 sièges de députés ; l'UMP, malgré les affaires, la corruption, les assassinats politiques recueillait 20% de suffrages et 200 députés; le PS, en charpie, s'effondrait à 14%, et ne conservait qu'une centaine de députés ...

Le Président de la République eût dû, selon les termes de la Constitution, dès le lundi, nommer Mme Le Pen, Premier Ministre, en charge de former un nouveau gouvernement .

Le Président ne pouvait s'y résoudre . Et comme entretemps, le plus grand aventurier de la politique que le pays eût connu, " l'outlaw " de la deuxième droite, le braqueur des idées républicaines, le général Boulanger des plus invraisemblables ambigüités, était remonté sur scène, en faisant main-basse sur une UMP en voie de putréfaction, c'est vers lui que se tourna un Président en arrêt respiratoire .

Nicolas Sarkozy devenait Premier Ministre et formait, sans état d'âme, une coalition avec un Front National majoritaire à l'Assemblée Nationale .

La deuxième droite venait de triompher une nouvelle fois .

Improbable scénario mais préoccupante hypothèse .

Dans les années 1990 les medias nous ont assommés de discours sur la deuxième gauche : la gauche réaliste, la gauche gestionnaire, la gauche mâture, la gauche respectable, la gauche qui devait se jeter dans les bras du néolibéralisme, mais partant de là, la gauche qui fera le lit du " lepénisme ", et, peut-être aujourd'hui, son accession au pouvoir .

Par contre, de la deuxième droite, il n'était jamais question . " La droite du vichysme rampant, la droite monarchiste, antidreyfusarde, anti-laïque, xénophobe, antisémite, raciste, toujours dans l'opposition jusqu'à l'effondrement national de 1940 " ( Edgar Morin ) . Décomposée, au milieu de l'année 1944, cette deuxième droite est à nouveau là, tournoyant au-dessus des urnes de la République, recomposée dans le dépérissement orchestré de notre démocratie .

Au Président " somnambule ", j'adresse l'appel de Martin Luther King, de 1963 : " Il n'est plus temps de se laisser aller au luxe d'attendre, ni de prendre les tranquillisants des demi-mesures ... " .

Aux medias complaisants, j'envoie la condamnation sans appel d'Albert Camus, dans "Combat ", daté du 31 août 1944 : " L'appétit de l'argent et l'indifférence aux choses de la grandeur avaient opéré, en même temps, pour donner à la France une presse qui, à de rares exceptions près, n'avait d'autre but que de grandir la puissance de quelques uns et d'autre effet que d'avilir la moralité de tous . Il n'a donc pas été difficile à cette presse de devenir ce qu'elle a été de 1940 à 1944, c'est à dire la honte du pays " .

Quand la République n'aura plus que l'apparence de ce qu'elle a été, nous sortirons du rêve, mais il sera trop tard .

Le rêve de Dickens de Robert Williams Buss, oeuvre inachevée .

Le rêve de Dickens de Robert Williams Buss, oeuvre inachevée .

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 15:37

" Nous sommes ceux qui essayons d'aller de l'avant, nous sommes ceux qui travaillons réellement " . ( Pablo Echenique, chercheur, eurodéputé du mouvement " Podemos " ) .

Depuis dix jours nous avons avalé, à toutes les sauces, la " mainmise " du Front National sur la politique française .

La victoire du FN aux élections européennes, en France, le 25 mai dernier fut une aubaine, et elle va le rester dans les trois années qui viennent, une aubaine pour éviter de parler de ce qui 'est passé en Grèce et en Espagne, deux pays particulièrement martyrisés par une Europe à genoux devant les "marchés " .

Le succès du parti " Syrisa ", équivalent du Front de Gauche français, en Grèce, arrivé premier de ces européennes avec 26.6% de voix, n'a ému aucun de nos commentateurs officiels : quelques manchettes ont suffi à enterrer la colère des Grecs .

Mais le silence a été encore plus " tonitruant " à propos de l'expérience espagnole pleine de fraîcheur, d'espoir, et de signes encourageants .

Une expérience citoyenne qui en dit long sur ce que les peuples peuvent encore obtenir, quand, las de scander à longueur de manifestations : " Basta ! ", ils franchissent le seuil de la prise de conscience et clament : " Podemos ! " .

Les Espagnols viennent de le faire .

Un jeune mouvement d'à peine quatre mois d'existence, issu des " Indignés " de " La Puerta del Sol " de Madrid, a présenté des candidats aux élections du 25 mai, et dès leur premier essai, ont recueilli 1 250 000 voix , 8% des suffrages, et obtenu cinq députés au Parlement de Strasbourg .

Ces cinq nouveaux élus ont une moyenne d'âge de 33 ans, trois femmes en font partie, dont deux professeurs et une chômeuse . Leur première annonce est qu'ils renoncent à leur indemnité de député de 8000€, ils ne toucheront que trois fois le SMIC espagnol, soit 1980 €, le reste sera réparti entre le parti et des ONG .

Ces nouveaux élus avaient été désignés, auparavant, candidats, non par le parti, mais par des " primaires ", au niveau local . Le mouvement est par ailleurs soutenu par un réseau de 400 000 abonnés à Facebook et 200 000 à Twetter, ( le PSOE en a 140 000 ) .

Emmené par un jeune universitaire de 36 ans, Pablo Iglesias, professeur de Sciences politiques, un chercheur du CSIC ( le CNRS espagnol ), altermondialiste, ancien de Attac Espagne, un ancien procureur anti-corruption, une institutrice, le mouvement s'est résolument positionné sur un combat " anti-caste ", anti-corruption ( 3e préoccupation des Espagnols ), et un projet attentif aux expériences latino-américaines, d'indépendance économique, de pays comme l'Equateur, le Venezuela, la Bolivie, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay, " pays qui accumulent des expériences qui peuvent être intéressantes à l'heure de proposer un projet politique de pouvoir, dans le Sud de l'Europe ", " dit le porte-parole de " Podemos ", qui s'empresse d'ajouter : " Pour étudier les politiques qui sont cruciales pour le sud de l'Europe, il faut regarder le sud de l'Amérique latine, un de ces rares endroits où l'on a essayé de faire de la politique autrement " .

Le mouvement se dit également un soutien de " Syriza " en Grèce, dont le programme est proche, et avec qui il recherchera des alliances au niveau du Parlement, afin de contrer les sociaux-démocrates et les libéraux .

" Il faut s'opposer aux sociaux-démocrates et aux libéraux qui après avoir été des amants vont maintenant se marier ", n'hésite pas à dire Pablo Iglesias .

En Espagne, le premier combat affiché est bien celui de la lutte déterminée contre la corruption, fléau qui frappe les deux partis de gouvernement, mais d'abord le Parti Populaire, ceux que les "indignés " appellent " la Caste ", la classe politique, " les majordomes des riches ".

Le succès inattendu de " Podemos " a rendu " la Caste " furieuse . Les injures, nous sommes en Espagne, n'ont pas tardé à fuser .

" Un parti de freakies ", des monstres, pour le conseiller du Premier Ministre Mariano Rajoy, Pedro Avriola . " Un mouvement populiste associé à la ETA ", groupe terroriste basque, dit la très droitière chaîne de télévision, TeleMadrid . " Un parti dirigé par un sale gauchiste ", ancien consultant de " Izquierda Unida ", mentionne le quotidien conservateur La Razon .

L'ancien Premier Ministre socialiste, Felipe Gonzalez, s'y met à son tour : " Une alternative bolivarienne qui serait une catastrophe sans palliatif pour l'Europe et pour l'Espagne " ; dans peu de temps " Podemos " aura droit au qualificatif de " nationaliste " .

Le quotidien El Pais , journal centriste, équivalent de notre Monde, se veut plus nuancé, mais énonce , quand même la menace que représenteraient ces " argousins " de " Podemos " : " Ils vont entraîner, dans les scrutins à venir, une dispersion des voix, qui rendra le pays ingouvernable ... " . La menace n'est pas cachée .

La Caste se mobilise, fait front, et part à l'assaut . Imagina-usted la cosa, señor mio " ? " El coletas , Presidente del gobierno ? Car Pablo Iglesias, qui a une queue de cheval, a déjà droit à son surnom, tradition très espagnole, certes, mais dans ce cas, très méprisante : " la queue de cheval " . Cela revient à dire, c'est " un hippie " . Allons, quand même !

" Le peuple " ! On ne va pas laisser le pouvoir à " cet amas de personnes incultes qui ne comprennent rien à rien, et qui ressassent des vieilleries comme la Nation, dont la place est dans la remise, avec le rouet et la lampe à huile " ( Jack Dion, Marianne ) .

fr.myeurop.info  .

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