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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 14:52

" L'autre, qu'on déclare intolérable au-delà de certains " seuils " quantitatifs, ou qui prétend ne pas se cantonner à certaines fonctions du bas de l'échelle sociale, qu'on déclare donc inassimilable par notre société et notre civilisation ... ", ( Etienne Balibar, philosophe, Aux sources du populisme nationaliste ) .

La " Préférence nationale ", slogan structurant de l'idéologie néo-fasciste du Front National, n'est pas invoquée par ce parti comme une mesure politique parmi d'autres, mais bien comme un principe historique et anthropologique, dont le FN nous dit qu'il est fondé dans la nature même des choses et que la survie des peuples en dépend . ( Cf . " La Préférence nationale . Réponse à l'immigration ", ( 1985 ), Jean-Yves Le Gallou, membre du Club de l'Horloge puis du FN ; - " Ni droite, ni gauche : Français, Contre la pensée unique . L'autre politique ", Samuel Maréchal, Président du FNJ, 1995, gendre de JM Le Pen ) .

Une certaine prudence est de mise chez les idéologues néo-fascistes, la préférence nationale n'est pas avancée au nom de caractères biologiques ou prétendus tels - terrain délicat - mais quand même : il y a bien " des différences de nature" entre les individus, historiques et culturelles ; il existe bien une appartenance héréditaire à telle ou telle communauté qui confère aux individus un ensemble de propriétés " incommunicables ", quasi naturelles, résultat d'une très longue histoire . Sur ce terrain, l'argumentation paraît plus aisée aux idéologues du FN, et c'est en partie vérifié . De telles représentations , reprises trop souvent par les défenseurs des droites classiques, mettant quelque peu la problématique soulevée, à distance, ont réussi à rendre la notion de " différence culturelle " obsédante pour une grande partie de la société - et bien au-delà des classes populaires comme ont tenté de la faire accroire certains - comme s'il existait on ne sait quelles barrières culturelles, de l'éducation et de l'intelligence, qui protègeraient les " élites " . L'historien et sociologue Pierre-André Taguieff, avait théorisé ces représentations dans le concept de " Le racisme différentialiste " ( La force des préjugés, Gallimard, 1990 ) .

Car disons-le clairement, c'est bien de racisme, dont il s'agit . Dès lors que " la préférence nationale " nous est présentée comme un principe d'interprétation de l'histoire, une clé pour s'orienter dans la vie sociale reposant sur des fondements anthropologiques, en vue d'une application universelle, elle est de façon immanente " raciste " .

Tous les propos et écrits de l'inventeur du concept de " préférence nationale ", ( Jean-Yves Le Gallou ) confortent notre jugement . A l'université d'été du FN, en août 2000, à Plomelin, il déclare : " Face à l'invasion, c'est une véritable guerre raciale qui menace les tréfonds de notre civilisation " ... La " Fondation Polemia " qu'il crée quelques années plus tard expose, dans son préambule, ses objectifs : " Affirmer sans complexe la supériorité de la civilisation européenne ... et donner des armes aux Euros-français de reconquête intellectuelle, politique et morale ... " . Monsieur Le Gallou travaille inlassablement à l'abrogation, par ailleurs, des lois condamnant toute incitation à la haine raciale, ( Loi Pleven de 1972 ), les discriminations ethniques, nationales et religieuses, ( Loi Gayssot de 1990 ) et la reconnaissance de la Traite des esclaves comme crime contre l'Humanité ( Loi Taubira de 2001) .

L'alignement de certains dirigeants - psychopathes - de la droite, sur les thèses du FN, nous oblige à nous poser, presque naturellement, la question : vers où allons nous ?

Les sociologues seraient bien inspirés à interroger les références à " une solution finale du problème de l'immigration ", en ces termes ou en des termes voisins, dans la presse du FN et dans la littérature avoisinante . Les signifiants de " l'extermination " qui " flottent " déjà dans les discours des responsables frontistes, peuvent un jour être pris au sérieux . Et ce jour là, quelles résistances la société aura-t-elle mises en place, pour combattre l'apocalypse ?

Souvenons-nous ! Quelle fut la trajectoire mise en place, par les régimes fascistes de l'entre deux guerres, pour préparer les déportations ? " Ostracisation des apatrides, des étrangers, des hommes inférieurs, d'abord ... Exclusion de certains droits, de certaines professions, de la citoyenneté, à l'encontre des juifs, ensuite " !

Nous ne devons pas oublier cela, quand Marine Le Pen , pose la question de l'accès aux droits sociaux ( dont la santé ) pour les étrangers et les immigrés !

Car la leçon du passé est bien celle-ci : si le FN s'impose, de plus en plus de gens deviendront des étrangers . Ceux qui ont des rapports avec les étrangers ( déjà aujourd'hui, sont passibles de poursuites ceux qui aident les étrangers ), puis ceux qui ont des rapports avec ceux qui ont des rapports avec les étrangers, etc ...

NB : source, Etienne Balibar, " De la préférence nationale à l'invention de la politique , in " Aux sources du populisme nationaliste " .

Travailleur immigré .

Travailleur immigré .

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 14:16

" Généreux amis de la liberté, réunissez-vous, pour obtenir de la puissance publique une instruction qui rende la raison populaire ou craignez de perdre bientôt tout le fruit de vos efforts ", ( Condorcet, Cinq mémoires sur l'Instruction publique ) .

Condorcet vient de mourir pour la deuxième fois ! L'assassin - ancien enseignant, écrivain, scénariste, critique, accessoirement co-animateur d'émissions télévisées, aux côtés du géant de la pensée , Frédéric Beigbeder, palmé au Festival de Cannes, pour l'adaptation de son livre " Entre les murs "- porte le nom de François Bégaudeau .

Ses propos sur l'école, recueillis lors d'une interview au journal " Les Echos " du 07/11/2014, dégagent une odeur fétide, nauséabonde, ... ( http:/www.lesechos.fr/journal20141107/lec1 idees et débats ) .

En voici les termes, réponse donnée à la question suivante : quelle mesure audacieuse faudrait-il prendre en France, aujourd'hui ?

" Une mesure très pragmatique serait la suppression de l'école obligatoire, et son remplacement par un service d'éducation, non obligatoire, à partir de l'âge de huit ans . Jusqu'à cet âge, l'école a la vertu de soulager les femmes ... " .

Zemmour est enterré et peut être envoyé au Panthéon !

Décryptage : Il faut que toutes les " mères " restent à la maison pour s'occuper des enfants ou payent un précepteur ! A défaut d'école, la société propose un " service ... à la carte ", moyennant la mise en place, peut-être, du " chèque éducatif ", si cher aux ultra- libéraux ( et essayé, par G. W. Bush, à la Nouvelle-Orléans, après la catastrophe de l'ouragan Katrina, d'août 2005 ) : chacun aura-t-il les mêmes moyens pour faire le meilleur usage de son chèque ? On n'en a plus rien à foutre de ce que les enfants font à l'école : les professeurs de maternelle sont là pour faire du gardiennage . On apprend mieux ailleurs : mais quel est cet ailleurs pour les enfants des classes populaires ? La rue, ou mieux, l'usine - au nom de l'apprentissage précoce du métier - !

Ne nous ressortez pas le beau dicton africain : " Il faut un village pour éduquer un enfant ", qui est né dans une Afrique, alors sans aucune école, et autour du principe structurant de solidarité ; à qui pourriez-vous faire croire, aujourd'hui, qu'au Nord, les habitants de nos villes, sont prêts aux élans de générosité et d'esprit collectif, pour prendre en charge, en plus " de la chair de leur chair ", l'éducation des enfants des autres ?

Au passage, précisons, que la dernière livraison de la fameuse étude " Pisa " ( menée par l'OCDE ) sur l'efficacité des systèmes d'éducation, dans les pays riches, dont tous les médias et les partis se sont servi pour enfoncer l'école française, relève un point, dont chacun s'est bien gardé de parler : elle montre un avantage certain pour les enfants ayant participé à l'école préélémentaire pendant un an et plus, particulièrement en France .

Monsieur Bégaudeau ! Auriez-vous obtenu votre agrégation de Lettres Modernes dans une de ces écoles " sans professeurs " qui prolifèrent aux Etats-Unis, dans lesquelles, élèves et étudiants sont enfermés dans un dialogue unique avec leur ordinateur ?

Vous venez de rejoindre la " harde " de ces anciens enseignants qui ont un problème personnel à régler avec notre école, pas assez élitiste, les Finkielkraut, Dubet, Brighelli, Nemo . Vous venez de rejoindre l'idéologie ultra-libérale qui ne cesse de s'en prendre à l'institution scolaire et à sa bureaucratie inefficace et coûteuse pour " casser l'école publique " . Vous êtes en bonne compagnie !

Vous êtes le digne héritier d'Ivan Illich (1926-2002 ), ce penseur américano-autrichien de l'écologie politique, qui laissa sa réflexion se fourvoyer dans une dénonciation outrancière de l'école : " Dans le monde entier, l'école nuit à l'éducation parce qu'on la considère comme seule capable de s'en charger ... Le système scolaire obligatoire représente pour la plupart des hommes une entrave au droit à l'instruction ... ", ( Une société sans école, 1971 ) . La vraie traduction du titre, eût dû être : " Déscolarisons la société " .

Et pourquoi ? Selon Illich, l'école serait devenue une officine qui vend des programmes et où un distributeur-enseignant livre un produit fini aux consommateurs-élèves, selon le principe qu'un apprentissage serait une chose qui peut-être accumulée et mesurée .

Les millions d'heures de réflexions et concertation que des centaines de milliers d'enseignants ont consacrées au sens de leur mission, depuis plus d'un siècle, ce n'était que pour cela : réduire à l'esclavage les enfants des classes populaires .

L'école, rappelle Illich, a une histoire, cette institution aujourd'hui incontournable n'a pas toujours existé . Mais alors, notre avenir en est simplifié . Supprimons aujourd'hui tout ce qui n'existait pas hier, et nous aurons inventé un demain plus lumineux .

Trêve de plaisanterie . Vos propos insensés, M. Bégaudeau, avaient leur réponse, bien avant que vous ne les eussiez prononcés, dans le courage d'une jeune fille pakistanaise, affrontant la mort, pour revendiquer son droit à " aller à l'école " : Malala Yousafzai ( Prix Nobel de la paix, 2014 ) .

NB : source : article de la journaliste " Louise Tourret " ( Cher François Bégaudeau, j'ai rarement lu un truc aussi pourri sur l'école ), 13/11/2014 , www.slate.fr/story .

UNESCO .

UNESCO .

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 16:26

" Lorsque les appareils politiques sont épuisés, il faut qu'ils aillent se ressourcer dans le social ", ( Pascal Perrineau , Aux sources du populisme nationaliste, 1996 ) .

Nous n'allons pas évoquer ici l'affaire " Jouyet - Fillon " qui n'est qu'une illustration de la suffisance, de l'arrogance, du sentiment d'impunité, qui règnent dans le " hors-sol " qu'est devenue la politique, aujourd'hui .

Ce sont les soubassements de ces errements, que nous voulons interroger !

Les peurs de nos concitoyens, largement justifiées par la durée du chômage, la croissance de celui des jeunes, des femmes et des ouvriers, le sentiment que les grands partis n'offrent plus de solutions depuis trente ans, la réalité de la corruption, le mouvement de dépossession qu'entraîne la mondialisation, l'effondrement du mythe révolutionnaire, la croissance dorénavant parallèle de la richesse et de la pauvreté, la laideur et l'inorganisation de certaines zones d'habitat, la réduction médiatique de l'information au scoop, l'abaissement de la culture à la téléréalité ... autant de questions qui n'atteignent plus, et depuis longtemps, les élites politiques, dont le seul enjeu qui vaille est de rester cramponnées aux privilèges qu'apporte l'appartenance à " la bulle " .

Les tabous historiques, qui retenaient ceux qui avaient gardé le souvenir de l'Occupation, de la trahison et de la collaboration, dans le régime de Vichy, de la grande bourgeoisie française, voire les déchirures de la Guerre d'Algérie, ne fonctionnent plus sur les nouvelles générations, c'est pourquoi, les jeunes, peuvent, sans aucun sentiment de culpabilité, voter, de plus en plus nombreux, pour le Front National ( 20%, pour la tranche des 18-24 ans, au chômage ) . Des questions, dans " la bulle " ? Vous voulez plaisanter ! C'est notre réserve, pour les élections présidentielles, en 2017 .

Ce n'est plus " le monde de la boutique " qui fait, comme en 1984, l'électorat du FN, ce monde toujours séduit par tous les discours anti-étatiques et anti-fiscalisme . " Le monde de l'atelier " a rejoint " le monde de la boutique ", les ouvriers ont rejoint les commerçants et les petits-patrons, au point que, Marine Le Pen peut présenter le FN comme le premier parti ouvrier du pays, ( 30% chez les ouvriers, 25% chez les chômeurs ), et depuis juin 2104, comme le premier parti de France . Emotion, dans " la bulle " ? Non, calme plat ! On est plus préoccupé " à se marquer à la culotte ", en vue de 2017 .

Aucun courant d'extrême-droite n'a une telle base populaire en Europe, aujourd'hui .

Et la dynamique la plus récente du vote Le Pen se fait, pour l'essentiel, en dehors de l'espace politique de la droite . Seuls 53% des électeurs de Le Pen se disent de droite, aujourd'hui : la profonde implosion des repères est flagrante . " La bulle " reste silencieuse .

Le sentiment d'insécurité ne cesse d'augmenter face à l'explosion de la petite délinquance, fantasme parfois, plus souvent collision entre l'inquiétude subjective et la réalité objective : incivilités, agressions dans les transports en commun, que les usagers, dans leurs migrations quotidiennes, résidence-travail, transplantent, symboliquement, de la ville à la campagne plus paisible . " La bulle " a du mal à interpréter .

Le succès de la Gauche plurielle et de Lionel Jospin, en 1997, aura été le dernier sursaut d'un électorat populaire pensant soutenir encore " des candidats du peuple ", selon la tradition du Front Populaire .

Le quinquennat de François Hollande aura mis fin à ces " ultimes avatars " . Mais " la bulle " paresse ! Elle a abandonné l'espace public aux forces d'isolement, d'atomisation et de repli, depuis trop longtemps .

L'historien Léon Poliakov peut relever que dans les situations de crise, qu'elles soient économiques, sociales, ou historiques, le réflexe des peuples consiste souvent à ne pas chercher à accéder au discours des causalités complexes, et à s'en remettre au discours excluant et simpliste du bouc émissaire, - diables en tout genre : immigrés, eurocrates, cosmopolites, élites, politiques . " La bulle " ne se réveille pas pour autant .

Un Eric Zemmour peut arriver, glorificateur d'un passé largement mythique, mais qui revu et corrigé, inculque la notion d'une identité de substitution, les médias lui ouvrent tout grands les bras . " La bulle " fait le gros dos !

Le Front National récupère une part de citoyens qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs de la société permissive qui s'est développée dans le courant des années 1970, le FN récupère ces milieux fragilisés par la crise, en perte de repères, pour les aspirer dans un repli culturel, vers ce que Marine Le Pen leur présente comme la tradition éternelle . " La bulle " rigole !

Et pourtant cet électorat, prudence, est porteur de contestation et de rupture : dans une grande enquête SOFRES, il y a quelques années déjà, l'électorat qui se définissait comme le plus révolutionnaire était celui d'Arlette Laguillier, et au même niveau, celui de Le Pen, largement devant celui de L. Jospin ou de Robert Hue .

La gauche peut elle retrouver une virginité politique pour récupérer cet électorat qui n'a pas coupé totalement les ponts avec ses anciennes valeurs ? Le quinquennat Hollande semble avoir tiré un trait sur cet espoir . " La bulle " se tait ou plus précisément, répond avec morgue : c'est du populisme ! Circulez, il n'y a rien à voir !

Les alternances droite-gauche ont depuis trente ans - sous de fausses apparences démocratiques - perverti la Démocratie : les électeurs ont le sentiment d'avoir tout épuisé . Le FN apparaît dès lors comme " une troisième voie ", celle qui n'a pas encore été essayée . Danger réel, car le FN est devenu un appareil non négligeable avec un corps d'élus locaux, un appareil militant qui se renforce ( le nombre d'adhérents a doublé depuis 2012 ) insérant peu à peu le parti dans le corps social . " La bulle " se chamaille !

Quand la sociologue Annick Percheron prévient que depuis les années 1980, les familles transmettent de plus en plus des questions et des incertitudes et de moins en moins de réponses, il y a matière à s'alarmer . Dans " la bulle ", on s'amuse, on profite, on jouit .

Nous sommes au milieu du gué : que fait-on, clament les oubliés ? Mangez des brioches, répond " la bulle " ( en Marie-Antoinette délavée ) !

Plus fine, Marine leur dit : reprenons racine, lutte des classes dévoyée vers la technostructure bruxelloise et identité nationale, à l'ombre de laquelle nous allons trouver repos et sens .

Armageddon approche à grands pas . " La bulle " s'encanaille ! Quels ânes !

Ne " jouyez " plus avec nous : cela va mal finir !
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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 14:12

" Pour les idéologues du libéralisme, le sens de l'histoire irait vers la massification des couches moyennes ( intermédiaires et médiatrices ) qui, oubliant leurs origines, se fondraient en une mixité qui deviendrait le triomphe de la classe unique : le dépassement de la lutte des classes, la réconciliation ". ( Michel Clouscard ) .

Les nouvelles couches moyennes que nous évoquions, hier, ont tendance à se hiérarchiser selon un double système : les métiers du management - qui encadrent la production - et les métiers de l'animation - qui conditionnent la consommation ( modèles culturels et sémiologie ) .

1 . Implacable bureaucratie de l'encadrement - états majors de managers des multinationales, corps intermédiaires, ingénieurs, techniciens, cadres, et personnel de maîtrise : contrôle du travail productif .

2 . Animation, hégémonique discours ambiant, médias, publicité, grandes surfaces, boîtes, éducation nationale, clubs de vacances, industries de la culture .

Dans les deux cas, on nous dit ce qu'il faut faire : la totalité du champ social est enfin contrôlée !

Les nouveaux moyens d'information et de communication - outils privilégiés de l'animation - ne doivent pas être considérés comme des systèmes autonomes, le fameux et fumeux quatrième pouvoir ; ils sont l'achèvement du double système, évoqué, plus haut, ils constituent une mutation qualitative dans l'expansion du libéralisme .

Le stade atteint, par le modèle, est celui où le mode de production capitaliste produit directement " la marchandise information et communication ", dans ses ultras- modernes " usines de traitement " de la relation d'échange .

Ceux qui disposent des moyens de production peuvent réinvestir leurs profits dans des entreprises spécialisées, en l'occurrence, les entreprises de production de l'information et de la communication ( Rothschild, Bouygues, Dassault ...) .

L'achèvement logique de la production capitaliste !

Achèvement qui révèle la mutation fondamentale du rôle de l'intellectuel dans la société, l'intellectuel d'aujourd'hui " roule pour lui-même ", c'est Bernard-Henri Levy .

Ce n'est plus le marginal " engagé " - à droite ou à gauche, d'ailleurs - pouvant offrir un service idéologique mais, surajouté, en tout cas décalé, par rapport au processus de production . L'intellectuel est devenu la pièce maîtresse de l'articulation de la production et de la consommation des couches moyennes, il est " l'arbre à cames " - sans jeu de mot - entre le principe de réalité et le principe de plaisir .

On lui demande de préparer les couches moyennes à l'usage des nouvelles valeurs, en disant " tout haut " et clairement ( médias, news, essais, roman, musique ) ce que les masses seraient censées éprouver , sans savoir se le représenter . On n'attend plus des intellectuels qu'ils nous disent " l'universel ", mais la pratique existentielle du consensus incarné dans les couches moyennes : consensus du plaisir, du désir, du permissif .

La philosophie générale de l'ordre nouveau n'est plus qu'un système de signes chargés de codifier " la relation interne ", la culture des couches moyennes, essentiellement véhiculées par de " prétendues " sciences de la communication, dont le seul but est l'occultation - sinon la dénégation - du travail, de la production, du réel, au seul profit de l'idée de plaisir .

Dénoncer le dictatorial, le répressif, l'autorité, pour y substituer " l'oppression molle ", l'esprit Canal+, en lieu et place du knout .

Le libéralisme semble avoir parfaitement réussi, sur tous les tableaux . Il semble avoir récupéré, contourné l'idéal socialiste, en créant une production qui garantit une consommation de masse et en créant un marché du désir qui garantit le permissif .

Il donne l'impression " d'avoir coupé l'herbe sous les pieds " au projet socialiste : les avantages du progrès, sans ses obligations ; les droits sans les devoirs, " le beurre et l'argent du beurre " . Le succès n'est-il pas la meilleure preuve d'une valeur doctrinale ?

A partir de ce succès, le dernier pas idéologique peut être franchi . Le consensus libéral, par son hégémonie, rien d'autre qu'une civilisation, la plus perfectionnée, et donc l'histoire est finie ( Fukuyama ) . Certains thuriféraires de cet ordre là n'hésitent pas à prétendre qu'il a " dépassé " la civilisation judéo-chrétienne . N'a-t-il pas libéré l'homme, la femme et les jeunes des " interdits " de la religion, de la morale et de l'Etat ? " Le droit à la différence n'est-il pas la suprême conquête " ?

Fabuleuse révolution : l'inversion du sens des choses et de la vie !

Apogée, soit ! Mais " l'apogeion " des anciens grecs, désignait le point le plus éloigné de la terre de l'orbite d'un corps céleste ; le système capitaliste, ultra-libéral, s'est trop éloigné de la terre, du réel ... La crise généralisée pointe déjà son nez .

NB : Réf . " Les métamorphoses de la lutte des classes " ( M. Clouscard ) .

La maison de la radio .

La maison de la radio .

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 15:01

Dans le ventre de la toupie, vous trouverez, disait le sociologue Henri Menras, 75% de salariés et 15% de travailleurs indépendants, les classes moyennes, aux pointes du toton, en bas, 7% de pauvres, en haut 3% de riches ...

La banque Goldman Sachs vous dira que les classes moyennes se situent entre 4600 € et 23000 € annuels de revenus, notez bien : annuels !

Ne cherchez pas de définition claire et nette de cet objet social non identifié, les nouvelles classes moyennes, il en existe autant qu'il existe d'organismes ou de spécialistes de la question . La raison en est que ce phénomène jouit d'une " indétermination de classe " totale . Elles ne participent pas à la production matérielle directe et n'appartiennent donc pas à la classe ouvrière : elles ne sont pas propriétaires des moyens de production, et ne peuvent donc pas appartenir à la bourgeoisie originelle .

C'est pourquoi, il est préférable de parler de " couches moyennes ", de strates, que l'on pourra , alors, désigner plus aisément en fonction de leurs déterminations professionnelles .

Une chose est certaine, c'est qu'elles sont au cœur de la " société de consommation ", et bien qu'héritières des " classes embryonnaires " des temps de Karl Marx ( fonctionnaires, employés et professions libérales ), les Trente glorieuses ont permis leur énorme développement, ont favorisé l'accroissement de leurs capacités monétaires, pour en faire la cible privilégiée du système, par la figure du " consommateur " .

Attention, nous donnons, ici, au concept de consommateur, son amplitude néo-libérale, avancée par le philosophe Michel Clouscard, " le consommateur mondain ", la figure de la consommation, non pas utilitaire, comme peut l'être celle de l'ouvrier en quête d'un équipement électro-ménager, qui veut soulager son épouse qui travaille par ailleurs, mais la consommation de " la jouissance ", gratuite, inutile, source des " surprofits ", nécessaires au capitalisme, pour affronter les crises actuelles de la croissance faible, consommation favorisée par les énormes progrès des industries légères et de la production en série .

Ces nouvelles couches moyennes proviennent également de la modernité, celle de la création de nouveaux métiers qui se développent en fonction du développement du mode de production, mode de production capitaliste d'où provient l'ambigüité de leur statut .

On va trouver, au cœur de ce développement, deux axes d'expansion . Celui des métiers de plus grand profit, radicalisé dans ce que nous appellerons " le parasitisme social " : les golden-boys, les publicitaires, les consultants de multinationales et autres spin-doctors ... ainsi que les métiers du " management " au plus haut niveau .

De l'autre côté se développent les métiers qui, sans constituer de la production matérielle directe, sont nécessaires au procès de production industriel : ingénieurs, techniciens, chercheurs, de même que ceux qui participent à la reproduction de la force de travail, les travailleurs sociaux .

Entre les deux, prolifère un immense corps de nouveaux métiers, les cadres par exemple, fonction de coercition, ou les services bancaires, créateurs de nouveaux profits .

Tous ces gens se retrouvent dans le cercle de la " disponibilité au permissif " - temps libre et capacité monétaire - parce qu'ils sont en totale rupture avec les idéologies de la société traditionnelle, rupture qui est la condition essentielle de l'accès à la consommation inutile, à la consommation de la jouissance .

Ils sont la cible privilégiée du nouveau grand marché, inventé par le néo-capitalisme, " le Marché du désir ", bien au-delà des biens d'équipement .

L'ultime condition à l'explosion du marché : l'invention des codes, des signes, du mode d'emploi du nouveau paradigme . Ce sera la tâche qui sera confiée à l'élite " culturelle " des nouvelles couches moyennes : " la vedette " !

Vedette littéraire, vedette médiatique, vedette artistique, vedette sportive, et - pourquoi pas - vedette de la télé-réalité !

Rappelons la clé initiale, à savoir que ce marché fonctionne sur la réalité d'un surplus de revenus . L'accès au marché inutile suppose que l'on gagne plus que l'ouvrier .

Et c'est là qu'éclot le " génie du capitalisme ", dans l'inversion radicale de la proposition : le désir n'est plus l'effet d'un manque, mais d'un surplus !

NB : Réf. Michel Clouscard . Les métamorphoses de la lutte des classes .

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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 14:00

" Le libéralisme en France, à partir de la Libération, s'est développé maximalement selon le développement contradictoire du profit : oppressif sur le producteur, permissif sur le consommateur . Toute une métamorphose de la société française qui lui a permis d'accéder à son hégémonie " . ( Michel Clouscard ) .

Le principe constitutif de toute société est la mise en relation de la production et de la consommation .

"Mais - nous autres civilisations -, ne voulons pas savoir que nous vivons de cette éternelle et prosaïque relation " . Pourtant, sans cette mise en relation dialectique et historique, aucune identification des enjeux, du jeu de l'éthique et du jeu politique, aucune philosophie politique, ne sont possibles .

La société libérale de l'après guerre se caractérise par une évolution, d'une société de rareté - voire de restrictions - à une société dite d'abondance, " la société de consommation ", expression qui nécessitera, cependant bien des clarifications ; d'une société de produits peu nombreux, donc d'une consommation sélective, à une production en série, grâce à l'industrie légère, et donc à une consommation de masse .

C'est l'apparition d'un tout nouveau et immense marché pour d'énormes et illimités profits, mais qui implique une toute nouvelle organisation du travail, pour répondre à la demande et pour la susciter .

Le capitalisme se fonde et se développe à partir de deux sources de profit : l'une est l'exploitation du producteur ( l'ouvrier ), en vue de " l'extorsion de la plus-value ", l'autre est le profit sur le consommateur . La société de consommation ne peut donc être qu'un phénomène de développement maximal du profit, qui s'accomplit par le dédoublement de celui-ci, la double exploitation de l'ouvrier, du travailleur, du producteur et du marché, l'économique poussé jusqu'à ses dernières limites : aucune possibilité de profit ne doit échapper à son exploitation . C'est pourquoi, nous pouvons affirmer, en toute rationalité, que le développement social s'identifiera au développement économique .

C'est là qu'apparaît la dualité constitutive de l'idéologie libérale : le processus de production et le processus de consommation ne peuvent s'organiser que selon des modalités différentes, puis opposées, car les cibles sont différentes : producteur/ consommateur . Cela donnera, la nouvelle contradiction de l'économie politique libérale : " une production répressive, une consommation permissive " .

Le libéralisme va se déployer, alors, selon trois axes : d'abord, l'oppression économique qui va porter sur la classe ouvrière et les travailleurs en général ( extorsion de la plus-value ) ; ensuite, la consommation permissive qui se diffusera dans un nouveau corps social engendré par le développement d'un nouveau système des métiers : les nouvelles couches moyennes - non parties prenantes de la production - et cibles de la consommation ; enfin, la mise en place du système politique à même de gérer le fonctionnement de la nouvelle contradiction, nécessaire au bon fonctionnement du capitalisme .

Toute une politique politicienne se mettra en place avec pour objectifs, la liquidation du Programme du Conseil National de la Résistance, d'abord, puis la mise en place du " consensus politicien de l'alternance politique ", entre Centre-droit et Centre-gauche . ( Nous laisserons, à chacun, le choix de son incarnation ) .

Pour l'idéologie dominante, le souci aura été de camoufler la contradiction constitutive du système, par l'élaboration d'une sémiologie adaptée : images de l'abondance contre la figure de " l'exclu " ; l'exclu servant à cacher la pauvreté du producteur et donc de l'oppression qu'il subit .

Pour maîtriser l'éconmie libérale il faut contrôler, réduire, abattre ce qui nuit à son développement : les forces productives traditionnelles, celles qui ont fait la Nation, la République, le Modèle français . Il faut les atteindre, non seulement en leurs représentations, mais dans leur être, leur essence .

La classe ouvrière d'abord, la paysannerie ensuite, les forces productives élémentaires ( le primaire et le secondaire de nos livres d'école ), dans leur existence même, à coups de délocalisations et d'agriculture intensive ou productiviste .

On commencera donc par éliminer, au nom du progrès, les métiers jugés non rentables . ( Pour qui, est-on en droit de se demander ? ) .

C'est " l'épuration économique ", le démantèlement , auquel nous assistons depuis plusieurs décennies, de la classe ouvrière et des forces productives en général : artisans, travailleurs indépendants, petits patrons, dans les secteurs des industries de base, comme des petits commerçants et des services de proximité , dans le tertiaire .

On fait le vide !

On élimine l'adversaire par l'élimination de son métier, de ses moyens d'existence, de son environnement afin d'en réduire le nombre à un noyau complètement dépendant et soumis aux impératifs financiers et bancaires d'une économie mondialisée .

Nous sommes loin du discours porté par les idéologues du libéralisme " d'une intégration de la classe des producteurs dans la société de consommation ".

Ce long glissement de paupérisation de la classe ouvrière et des travailleurs peut se lire, très aisément, en termes concrets et historiques, selon six figures .

  • Déplacement de population, des centres villes vers les banlieues, qui favorise la spoliation par la spéculation foncière, et sur des territoires que l'on veut dédier aux loisirs .
  • Spéculation sur l'installation dans les territoires dédiés au travail ( HLM, transports en commun, écoles ... ) de cette population déplacée .
  • Exploitation productiviste par les cadences infernales et la parcellisation extrême du travail .
  • Double exploitation par la vente des biens d'équipement, grâce au crédit à la consommation .
  • Développement de la précarité et du chômage pour peser sur les salaires .
  • L'austérité sur les biens de première nécessité, dès que la crise frappe .

L'image des " Trente glorieuses " fut une invention à la gloire du libéralisme : les ouvriers " dansaient " devant leurs biens d'équipement reluisants . Aujourd'hui, le triomphe du libéralisme étant consommé, ils dansent encore, certes, mais c'est " devant leur buffet " .( 1) .

(1) Au XVIe s., danser, se disait aussi " fringaler " .

NB : D'après l'essai de Michel Clouscard , " Les métamorphoses de la lutte des classes ", Ed . Le temps des cerises, 1996 .

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 15:04

" J'ai là, un rapport assez redoutable sur l'informatisation de la société . Cela s'appelle la télématique, c'est une ère nouvelle qui y est annoncée ... C'est l'informatique orchestrant notre vie ... Demain, toutes les techniques séparées, de la presse, du téléphone, de la télévision, de la poste fusionneront, grâce à de gigantesques réseaux d'ordinateurs et de satellites... " . ( 19 mai 1978 , journal télévisé de 20 heures, TF1, présentateur : Roger Gicquel ) .

Au mois de février 1978, deux inspecteurs des finances, Simon Nora et Alain Minc, avaient présenté au Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, un rapport sur l'informatisation de la société, tenu secret, à la demande du Président, pendant trois mois, afin de laisser passer le cap des élections législatives, du printemps de cette même année .

Dans les années 1970, l'informatique, parce qu'elle est chère, peu performante, voire ésotérique, est encore largement élitiste, apanage de seulement certaines grandes entreprises et quelques puissants .

Le mot " internet " n'est pas inventé, et l'on ne parle pas encore de sites Web, de Smartphones, de Facebook ou de Twitter, mais l'avenir est déjà là .

Inspirés par " l'essor des calculatrices qui venaient de se répandre dans les foyers français comme une traînée de poudre ", Nora et Minc, pressentent les transformations économiques ainsi que celles de notre modèle traditionnel culturel, que l'outil informatique va provoquer .

" C'est une informatique de masse qui va désormais s'imposer, irriguant la société comme le fait l'électricité ... Les grands ordinateurs laissent la place à une multitude de petites machines puissantes et peu coûteuses, reliées les unes aux autres dans des réseaux ... Cette imbrication croissante des ordinateurs et des télécommunications - que nous appellerons la télématique - ouvre un horizon radicalement neuf ... La ligne téléphonique et le canal de télévision disposeront bientôt , grâce aux satellites, d'un outil impérial ... La télématique constituera, non pas un réseau de plus, mais un réseau d'une autre nature, faisant jouer, entre eux, images, sons et mémoires ... ", écrivent les deux auteurs .

La carte vitale n'est pas inventée, l'e-mail reste à concrétiser, mais Nora et Minc anticipent déjà " le renforcement de l'automatisation dans les administrations et les services sociaux ... tout comme le service de dépôt des messages, concurrent de l'acheminement postal ... " .

La presse n'est pas oubliée : " Le journal sortira d'un télécopieur ou s'inscrira sur le téléviseur ", et à terme, le véritable concurrent du journal imprimé " sera l'édition à domicile, chez le lecteur ... ", peuvent écrire les deux inspecteurs des finances .

" La banalisation de plus en plus forte du signal connaîtra son apogée avec le développement des satellites de transmission ", ajoutent-ils, marche vers le réseau télématique mondial .

Les deux auteurs ne vont pas s'arrêter aux louanges du progrès technique et se permettent de lister les effets négatifs induits, sur l'économie, de cette technologie révolutionnaire : est ainsi pointée " la baisse de 30% des emplois dans le secteur des services, du fait des énormes gains de productivité ", le rapport citant, notamment, la banque, les assurances, la sécurité sociale, le travail de bureau, type secrétariat .

Et la poste ! " La téléimpression, la télécopie, l'apparition de l'édition des journaux à domicile, constituent autant de facteurs d'une diminution de l'activité postale ? dans une première période, la poste verra s'effilocher le trafic interne aux administrations et aux entreprises, 60% de son activité actuelle, puis, dans une étape ultérieure, les correspondances individuelles ... " .

Nous ne voulons pas faire, ici, l'apologie des dons prophétiques de deux idéologues du libéralisme . Nous voulons, seulement souligner, que, simultanément, durant ces années 1970, mais plus concrètement, les années 1980 , la Chine ouvrait au monde son immense, son gigantesque atelier de production . ( Den Xiaoping ) .

Nous voulons seulement souligner, qu'un rapport, frappé du sceau de la lucidité - c'est pourquoi il inquiéta Valéry Giscard d'Estaing - sur l'avenir de l'économie européenne et donc française , annonçant de grandes difficultés à venir pour l'emploi dans les services, allait être pris à contrepied par nos dirigeants politiques et responsables économiques, qui firent le choix, de la désindustrialisation en Europe et en France, en faveur de " l'atelier de production, bon marché ", très bon marché, chinois, tout en misant sur un développement des services, chez nous, développement, condamné , par avance, en raison de l'informatisation annoncée .

Cherchez les origines du " chômage de masse ", apparu dès la fin des années 1970, et plus jamais terrassé depuis .

Cherchez les difficultés que doit affronter notre modèle social : destruction des emplois qualifiés - à haute valeur ajoutée, en matière de cotisations - au profit d'emplois nettement déqualifiés, et qui plus est précaires .

Cherchez les origines d'une dette publique accumulée, au fil d'exonérations fiscales offertes aux entreprises, pour se restructurer, face aux innovations, c'est à dire supprimer massivement de l'emploi .

Les deux auteurs du rapport nous avaient néanmoins prévenus - et l'on reconnaîtra aisément Alain Minc - avec l'expression : " La télématique, à la différence de l'électricité, ne véhiculera pas un courant inerte, mais de l'information, c'est à dire le pouvoir " .

Ce rapport connut un grand succès de librairie, malheureusement, comme toujours, seulement auprès des mêmes !

site nexto .

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 14:08

Sous-titre : " De la revendication collective au fantasme individuel " .

" La séduction, c'est le pouvoir du langage indépendamment du concept, indépendamment de la sagesse . A un moment donné, un discours peut apparaître comme ayant le pouvoir d'anéantir l'être : c'est le discours du paraître, le discours de la séduction . La vérité en tant que telle est alors recouverte " . ( Michel Clouscard . Le Capitalisme de la séduction ).

Dans les années 1970, le poète, écrivain et cinéaste italien, Pier Paolo Pasolini, mettait en garde les " clercs " ( intellectuels de gauche ), contre la " fausse libération " que le système capitaliste mettait en place, avec leur complicité active .

" Aujourd'hui, la liberté de jouissance de la majorité est en réalité une convention, une obligation, un devoir social, une anxiété sociale, une caractéristique inévitable de la qualité de vie du consommateur . Bref, la fausse libération du bien-être a créé une situation tout aussi folle que celle du temps de la pauvreté ...

Ce sont les forces économiques défendues par ces clercs qui sont responsables de ces évolutions si déplorables ...

En servant de troupes d'élites à la destruction des valeurs anciennes, croyant ouvrir une brèche décisive vers l'émancipation humaine, ils se firent l'outil, parfois involontaire d'une domination toujours plus grande du système contre lequel ils croyaient lutter ...

Déconcertés par le reflux de la contestation post- 68, ils mirent longtemps à comprendre que le Marché avait fouillé leurs poches, y puisant l'individualisme, l'aspiration à la liberté et la jouissance sans entrave ... se servant de ce terreau culturel pour discipliner les masses comme jamais ... " .

( Pier Paolo Pasolini , Ecrits corsaires, Corriere Della Sera, janvier 1975 ) .

Pasolini avait très vite compris et nettement perçu la puissance du nouveau pouvoir qui se mettait en place à travers la transformation consumériste, et qui s'emparait ainsi des âmes après avoir soumis les corps .

Une consommation, " libérée ", de marchandises ou de services produits, mais demeurant toujours le fruit de l'aliénation de la force de travail des producteurs . Des producteurs ( les classes populaires ), contraints de s'exploiter pour participer au système des signes de la jouissance .

Cependant le poète, même s'il a l'intuition du désastre, ne peut nous donner les clés qui permettent de décrypter l'inflexion idéologique qui facilite à la société capitaliste le passage d'une doctrine morale répressive à une doctrine morale permissive : une permissivité servant de monnaie d'échange pour déguiser l'oppression des classes populaires, les producteurs, en " nouvelle société " de la jouissance sans entrave .

Il s'agit ici, de saisir, les effets des progrès techniques qui nous donnent accès au stade de l'industrie légère, de la production en série, qui permettent de produire le gadget, l'objet de la jouissance par excellence .

Le "gadget " qui devient " lien " entre l'évolution permissive de la morale sociale et les besoins d'une nouvelle donne mercantile du capitalisme : besoin de créer de nouveaux marchés et de poursuivre l'oppression économique des " classes laborieuses ", oppression sans laquelle aucun profit n'est possible .

Le " gadget " qui va déterminer la fonction mercantile de la promotion de nouveaux modèles culturels dans l'idéologie publicitaire, contre les grands et problématiques récits collectifs qui obligent à la prise en compte des classes sociales .

Révolution culturelle ! Aidée par les formidables gains de productivité, favorisés par la robotisation, ayant permis une production industrielle des biens de subsistance et d'équipement répondant aux revendications sociales basiques, l'économie de marché se tourne vers la consommation, plus créatrice de plus-value, " de la frivolité ", du " mondain ", ( dit M. Clouscard ), à laquelle, sublime imposture, les pauvres peuvent penser avoir accès, mais ne voient pas " l'austérité clivée " qui a fait place à " l'austérité répressive " d'autrefois : pour eux, la consommation frivole minimale, pour les autres, les nouvelles couches moyennes et de la bourgeoisie, la gamme des produits de luxe .

Avec, en plus, dans les périodes de crise, " l'austérité cyclique " : les classes dominantes régulant la consommation en " assouplissant les règles " d'accès de certaines populations, à cette dernière . C'est l'austérité d'aujourd'hui, de l'après 2008 .

L'étape suivante des métamorphoses du capitalisme est dessinée par l'économiste australien Steve Keen : " Au fil des générations, l'immense accumulation de richesses, par certains, peut entraîner un retour à une société quasi féodale où des riches désoeuvrés vivent de la richesse accumulée par leurs ancêtres ... " .

Pasolini : odysseeducinema.fr

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 14:54

" Dès qu'il y a comparaison, il y a jugement ... ", ( Condillac, Traité des Sensations ) .

( Etienne Bonnot de Condillac, premier et seul philosophe français empiriste - 1715 - 1780 -, qualifié aussi de sensualiste ) .

Dans son Traité des Sensations, Condillac met en scène, l'image d'une statue, vierge, inanimée, en vue de montrer que la vie peut s'expliquer par la seule vie des sens et que ceux-ci ont même comme effet, la pensée . L'intellect n'est plus que la synthèse finale des sens .

Condillac imagine une statue, de condition humaine et animée d'une âme neuve, où aucune sensation ou perception n'a encore pénétré . Il éveille ensuite, progressivement, les sens de la statue, en commençant par l'odorat, le sens qui contribue le moins à la connaissance humaine . Toute la connaissance de la statue est alors réduite aux odeurs singulières qu'elle éprouve . La perception par la statue devenue vivante, de telle ou telle odeur, s'accompagnant de plaisir ou de douleur, ces deux sensations deviennent le principe directeur qui va orienter toutes les opérations de l'esprit de la statue .

De cette attention naît la mémoire, de la mémoire la comparaison : " La statue expérimente l'odeur d'une rose ( sic ) tout en se souvenant de celle de l'œillet ", or, ajoute le philosophe, " comparer n'est autre chose que de donner, en même temps, son attention à deux idées " . Et " dès qu'il y a comparaison, il y a jugement " .

La comparaison et le jugement deviennent habituels se développant selon le principe tout puissant de l'association d'idées .

De la comparaison d'expériences passées et présentes, et du plaisir et de la douleur qui leur sont attachés, émerge le désir, désir qui oriente l'usage de nos facultés, qui stimule la mémoire et l'imagination, qui déclenche nos passions .

L'ordre naturel des choses prend donc sa source dans les sensations .

Dans l'ordre du Traité, les autres sensations vont suivre " l'odorat " , ainsi du chapitre " De la vue avec l'odorat, l'ouïe et le goût ", et la deuxième partie du livre, consacrée au " toucher " .

Pourquoi un tel retour en arrière ? Parce que, le libéralisme procède de la même manière, avance le philosophe Michel Clouscard ( Le capitalisme de la séduction ) : " il anime une statue de chair, des sens de son idéologie " .

A la sortie de la deuxième guerre mondiale, tout est à refaire : un million quatre cent mille logements sont à reconstruire pour la seule France, assurent les historiens . Mais c'est surtout l'individu qui est à reconstruire : une statue vierge et inanimée .

Sortant de la société traditionnelle rurale, dure, faite de sacrifices et de devoirs à accomplir, épuisé par les pénuries qu'impose la guerre et le rationnement qui la suit, éreinté par la barbarie nazie, l'individu de l'après-guerre se retrouve très fragilisé, face à des idéologues qui se voient assignées, trois tâches, incontournables :

  • Limiter l'extension du camp soviétique, à l'Est, sorti renforcé par le poids qu'il a assumé, dans le combat contre le nazisme .
  • Faciliter la remise en route de l'appareil de production capitaliste, à l'Ouest .
  • Préparer les pays occidentaux à affronter les guerres d'Indépendance qui pointent dans leurs colonies, et qui vont bouleverser l'ordre mondial .

Pour relever ces défis, c'est d'un homme nouveau, dont le libéralisme a besoin . La statue de Condillac nous permet de reconstituer " l'animation sensible " qui va présider à la naissance du prototype de l'individu- consommateur, l'individu- désir à la place de l'individu-devoir, du système libéral .

Les instruments de l'animation, par l'idéologie libérale, du nouvel individu - à la façon de Condillac - sont bien plus puissants que ceux dont dispose le philosophe .

" Un laboratoire : la société ; un matériau : la jeunesse ; un but : le dressage sensualiste du corps ; un pouvoir : l'animation de la matière " ( les moyens de la production capitaliste ) .

C'est , en somme, à partir d'une table rase - l'individu d'après guerre - que la machine idéologique va déployer sa " suffisance sensualiste " .

Le Plan Marshall ( 1948 - 1951 ) déploie ses cadeaux sur l'Europe mutilée ( 12 Mds de $, 1/6e seront à rembourser ) et ses " surplus " : on peut se " nipper " à moindres frais .

Le " mannequin libéral " suit de près, sur les premiers " tréteaux " télévisés : jeans, cheveux longs et incontournable guitare ; un mannequin dont le destin est aussitôt pris en charge, car il doit recevoir tous les gestes d'usage, afin de devenir fonctionnel, autrement dit, un système de fonctions, c'est à dire apte à entraîner les " machines sensuelles " de la cible .

Mais nous n'oublierons pas , que, dès le principe, le corps est animé par la dynamique de groupe . La " bande " a toute sa place dans l'ascension de l'individu au statut de consommateur et de gagneur . Les objets initiatiques sont essentiels : la guitare, au début, le transistor après, le portable, le smartphone aujourd'hui .

La bande et ses quatre fonctions : aider à quitter la tradition ; produire les nouveaux modèles d'émancipation ; sélectionner les meilleurs ; préparer l'intégration au système .

Un autre terrain doit être investi pour assurer la victoire de " l'empire des sens ": l'éducation , l'école . Organiser l'échec de l'école traditionnelle pour promouvoir les nouvelles valeurs : la dynamique arriviste se substituant à la décomposition éducative .

Cependant, un caractère essentiel séparera toujours la statue de Condillac de la statue libérale : la première est l'enfant d'un philosophe des Lumières, la seconde est le fruit d'une idéologie obscurantiste, le capitalisme . La première veut nous mener à la vie, la seconde, avec ses automates, nous conduit à la mort .

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 14:14

" Le temps de l'exil est venu, pour le bouffon, lorsque le roi s'ennuie " . ( Michel Clouscard ) .

Le mot " potlatch " vient du dialecte "chinook ", parlé dans le nord-ouest des EE-UU et du Canada, et signifie " donner " . Il fut introduit dans le vocabulaire de l'anthropologie, en 1924, par Marcel Mauss ( Essai sur le don ) .

Il désigne un comportement culturel, souvent exprimé sous forme de cérémonie, basé sur le don : c'est un système de " dons/ contre-dons ", dans un cadre d'échanges non marchands . Originellement, il était pratiqué dans les tribus du monde amérindien, comme dans de nombreuses ethnies du Pacifique .

Un individu offre à un autre, un objet, en fonction de l'importance personnelle qu'il accorde à cet objet ; l'autre individu, en échange , offrira en retour, un autre objet, lui appartenant, dont il estimera l'importance, comme équivalente à celle du premier objet offert . ( C'est grâce à cette valeur polatch, basée sur la confiance, que les conquistadors espagnols purent aisément spolier les Indiens - avant l'emploi massif de la violence - échangeant leur " bimbeloterie " contre de l'or , ces derniers pensant que les trocs étaient équilibrés ) .

Dans la culture occidentale actuelle, cette valeur a pu prendre des sens encore proches des origines, telle la contribution aux repas communautaires, où chacun apporte spontanément un plat, ou une boisson, pour tous : la salade, le dessert ...

Il peut également désigner, par exemple dans le milieu associatif, une participation plus importante, qu'elle soit qualitative ou quantitative, au fonctionnement de l'association, en vue de l'obtention d'une certaine légitimité ou d'une position hiérarchique plus importante .

En philosophie, le potlatch nous renvoie à une notion de dépense pure, placée sous le signe de la rivalité : le besoin de dépasser les autres dons . Cette attitude préfigure la dérive imposée, à cette valeur, par la culture néolibérale, liée à " la société de consommation " . C'est ce que définit le philosophe Michel Clouscard, dans son ouvrage, " Le capitalisme de la séduction " : " Le potlatch est une dépense somptuaire qui permet d'établir la hiérarchie sociale selon la consommation " . La " dépense ostentatoire " qui affirme ma position dans la société .

La société du " gaspillage " ! L'asservissement du désir au marché ! Le moment historique de l'arrivisme ! L'apologie du cynisme ! L'apparition de la " nouvelle bourgeoisie ", celle qui ne produit pas ", parce qu'elle consomme ", et qu'on ne peut faire les deux choses en même temps . Le rejet des valeurs " du commun" ! Le mépris de leurs représentants !

Le passage de la société des privations, de la morale du mérite de la IIIe République - où la consommation ne peut être que le fruit du travail - au " snobisme de masse " .

Nous tentions, dans les billets précédents, de montrer que l'idéologie libérale s'est donnée, comme première préoccupation, d'exclure du système toutes les valeurs morales, religieuses, philosophiques, en un mot, humaines, qui constituent des obstacles au fonctionnement des appareillages qui supportent le Droit et le Marché .

Ce combat permanent se mène, entre autres luttes, par l'action permanente des élites intellectuelles organiques contre les mots, contre leurs significations, quand elles sont chargées de trop de sens, et que l'on tord à l'infini : un trafic de signes qui doit aboutir à une " sémiologie de classe " .

Le sort fait au mot " potlatch ", en est une illustration parfaite . De la valeur, la plus humaine qui soit, le " partage ", qu'il portait dans les sociétés primitives, l'idéologie libérale en est arrivée à lui attribuer un nouveau sens, qui lui est totalement étranger, puisque prenant appui sur l'égoïsme : " le snobisme de masse " .

Chaque époque a sa foi et ses crédulités . L'ordre libéral, de simonie en simonie sémantiques, n'en finit pas de mutiler " la statue de Condillac" .

Christophe Colomb .

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