Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 13:56

" Maris, femmes, fistons, cousins et copains : on trouve de tout dans ce corps de grands électeurs ubuesque " . ( Le Canard Enchaîné ) .

Ce dimanche 28 septembre, la France vote, pour élire ses représentants au Sénat, Chambre haute de leur Parlement . Enfin, quand on dit " la France vote ", c'est beaucoup dire : " 87500 grands électeurs " ( sur un corps électoral de 45 millions de citoyens ), vont élire 178 sénateurs, la moitié des membres de cette auguste assemblée qui en comprend 348 ( membres renouvelables, par moitié, tous les trois ans, après avoir exercé un mandat de six ans ; avant 2003, les sénateurs étaient élus pour neuf ans ) .

La circonscription électorale pour ce type de scrutin est le département . Dans les petits départements, le scrutin est uninominal à deux tours ; dans les départements élisant plus de trois sénateurs, il se déroule à la proportionnelle, donc au bon vouloir des partis qui attribuent les places sur la liste qu'ils déposent .

Le silence médiatique qui entoure cette échéance électorale importante ne doit pas nous surprendre . Elle démontre par l'absurde ce que peut-être un déni de démocratie, dans un pays qui prétend avoir inventé la démocratie, et cela gêne nos excellences médiatiques qui préfèrent ne pas en parler . Par ailleurs, la complexité de la désignation du collège électoral est telle, que les journalistes préfèrent éviter de s'embourber dans le marécage de cette désignation .

Quand, en 1998, Lionel Jospin, alors Premier Ministre, parlant du Sénat, le désignait comme " une anomalie démocratique ", il songeait justement au mode de scrutin accompagnant cette élection .

Les grands électeurs sont d'abord les députés et les sénateurs ( pourquoi les députés, déjà élus nationaux ? ), puis les représentants des différentes collectivités territoriales, le Sénat devant, selon la Constitution, représenter les territoires : conseillers régionaux, conseillers généraux, conseillers municipaux, désignés par leurs pairs, dont le nombre varie selon la taille de la commune .

Et puis, afin, disent les juristes, de contrebalancer le poids des grands électeurs ruraux par rapport à leurs collègues urbains, les villes de plus de trente mille habitants, désignent, " un drôle de contingent de votants " , les délégués supplémentaires . Ces villes ont droit à un " délégué supplémentaire, par tranche de 800 habitants .

Ces " drôles de délégués " sont proposés par les groupes politiques au Maire, à partir des listes électorales, le choix étant entériné par le Conseil Municipal qui emporte le plus gros morceau, puisqu'il est largement majoritaire, en raison du mode de scrutin municipal ; les noms des délégués sont déposés, par les municipalités, à la préfecture, tous les trois ans, avant les scrutins .

A partir de là, le potage peut commencer à bouillir ! " Ces braves délégués, qui ne tirent leur légitimité d'aucune élection, inconnus du grand public, gagnent pourtant à l'être ", puisqu'il est permis d'inscrire ses enfants, ses cousins, sa tata, son neveu ( Le Canard Enchaîné ) .

A Nice, par exemple, cette étrange armée représente, tout de même 392 électeurs . M. le Maire, Christian Estrosi, a fait placer sa femme, Mme Estrosi, en tête de la liste des candidats UMP pour les Alpes Maritimes . En tant que député, il est déjà grand électeur, il a donc choisi, pour le remplacer, au titre de Maire de Nice, une de ses filles, la seconde étant désignée comme " déléguée supplémentaire " ; les fillottes de deux adjoints, l'épouse d'un troisième, son chef de cabinet et sa famille, son directeur- adjoint de cabinet à la métropole niçoise, d'anciens conseillers municipaux de son camp, et leurs épouses, et des bataillons d'employés municipaux participeront aussi aux réjouissances .

Autre exemple, au hasard : Marseille . Dimanche, ils seront 1025 , ces délégués, dont 694 pour Jean-Claude Gaudin, qui se représente : une ribambelle de d'amis " d'amis ", et de cousins " de cousins ", avec une préférence marquée pour les employés municipaux, note Le Monde du 27 juillet, plus son directeur de la communication et madame, son monsieur et sa madame presse, son chef du personnel, son chef de la police municipale et tout l'organigramme des sous-chefs de la mairie .

Encore un exemple, au hasard : Toulon . M. Hubert Falco, UMP, ancien ministre de Chirac, qui se représente, lui-aussi et aligne son fifils, sa belle-fille, l'ex-patron des services du Conseil Général et madame .

Et à Toulouse ! C'est " un véritable bal des revenants " qui s'est monté . Pour soutenir le sortant UMP, Alain Chatillon et Madame Micouleau, fidèle adjointe du nouveau maire UMP Jean-Luc Moudenc, c'est une brochette d'anciens élus des ères Baudis et Douste-Blazy qu'on est allé chercher, plus Mme Moudenc, bien sûr, son chef de cabinet ou l'épouse du premier adjoint ...

Attention, on peut trouver la même cuisine à gauche car ce système " bouffon " sert à fournir des électeurs de poids, et de confiance, à tous les roitelets de nos grandes villes .

En matière de démocratie, vous permettre de désigner vos propres électeurs, on ne fait pas mieux . Voilà pourquoi, vous entendrez très peu parler des élections sénatoriales, d'ici à lundi 29 septembre .

NB : d'après l'article de Christophe Nobili, Le Canard Enchaîné du 24 septembre 2014 : " Les électeurs du Sénat ne sont pas toujours très grands " .

Hémicycle du Sénat .

Hémicycle du Sénat .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 14:48

" Les aiguilles de l'horloge du quartier juif vont à rebours / Et tu recules aussi dans la vie lentement ... " ( Guillaume Apollinaire, Alcools, 2013 ) .

Six synagogues, l'Hôtel de ville et le vieux cimetière, c'est tout ce qui reste du quartier juif de Prague durement décimé par la Shoah . Tout en haut de l'ancien Hôtel de ville, le clocher et une horloge hautement symbolique " Hôra-legein ", l'horloge qui " dit l'heure ", en remontant le temps .

Ses aiguilles, sur le cadran en hébreu, tournent à l'envers, rappelant que l'écriture hébraïque se lit de droite à gauche .

L'on savait depuis longtemps que les dirigeants du MEDEF prenaient l'heure à partir de montres dont les aiguilles tournent à rebours, afin de remonter à 1945 et au Programme " honni " du Conseil National de la Résistance, afin de " l'éradiquer ", ce dont ils ne se sont jamais caché : " Notre modèle social hérité de la Libération a vécu ", pourra-t-on lire aujourd'hui, dans les medias .

Ce matin, leur Président, Pierre Gattaz, dans une conférence de presse au ton très solennel, a annoncé les propositions de son organisation pour une nouvelle étape dans la désintégration du système social français : " Nous, entrepreneurs de France, savons que certaines de nos propositions vont être critiquées, caricaturées, déformées . Nous connaissons les travers de notre pays, son immobilisme entretenu par certaines élites, sa peur du changement , mais forts de notre bon droit, la compétitivité de nos entreprises, nous proclamons ce qu'il est urgent de faire, peut-on lire entre les lignes, " le temps des hésitations, des tergiversations et des demi-mesures n'a plus lieu d'être ... " .

Les dispositions du plan présenté ce matin avaient " étrangement fuité " la semaine dernière, à la veille de la conférence de presse du Président de la République : les réactions, des partenaires sociaux, à ces fuites, n'avaient pas été tendres, mais le plan est revenu, ce matin, sans modification, et tout aussi " brut de décoffrage " , ce qui en dit long sur la détermination et la suffisance patronales .

On commence, délicatement, par supprimer deux jours fériés, sur les onze légaux existants, afin de faire disparaître ces inadmissibles " ponts " du mois de mai, mortels pour nos entreprises. C'est stupide, mais c'est ainsi : c'est oublier que les entreprises s'y préparent, avant et après, en faisant travailler davantage les salariés, et surtout que ces jours représentent aussi un facteur de création de richesses en matière de loisirs . La mesure fait sourire les économistes !

Toujours aussi délicatement, on introduit le travail du dimanche et les horaires de soirée, le débat sur le sujet ayant assez duré .

Restons encore dans la finesse : " Ouvrons les musées 7 jours sur 7 ", dit un vice-président ; il y aurait des milliers d'emplois à la clef . Il est seul à croire à sa trouvaille .

Dans la moyenne des coups à porter au modèle, nous trouvons la suppression des seuils sociaux dans l'entreprise ( 11 et 50 salariés ) qui rendent obligatoire l'élection de délégués du personnel, chargés de la défense des salariés dans le premier cas, et du Comité d'entreprise doublé du Comité d'Hygiène et Sécurité dans le second . L'INSEE a rédigé plusieurs rapports sur le sujet et n'a jamais pu établir de corrélation entre ces seuils et le niveau des embauches . C'est tout simplement une volonté de tuer le dialogue social que, pourtant, on admire, quand il s'agit de l'Allemagne .

Mais on passe, très vite, à " du plus lourd " : la suppression du Contrat à Durée Indéterminée ( CDI ), remplacé par le " Contrat de projet ", sur le modèle du " Contrat de chantier ", en vigueur dans le BTP . C'est un CDI, clame le MEDEF . Certes, les avantages durant la mission sont les mêmes que dans un CDI, sauf que la date de la fin du contrat est prédéterminée : et ce n'est pas rien !

Très lourd encore ! On ne supprime pas la Loi sur les 35 heures, précise M. Gattaz, certes non, mais on l'assouplit - et même bien - . " Il faut revoir le principe d'une durée légale imposée à tous ", dit-il, afin de prendre en compte la diversité des situations, et donc " permettre la fixation d'une durée du travail au niveau de l'entreprise " . Et le MEDEF de légiférer déjà : " La Loi doit désormais se concentrer sur la fixation d'un cadre général, se simplifier drastiquement, et laisser les détails se définir au niveau de l'entreprise ... " . La durée de travail, déclassée au niveau du détail : très fort !

Toujours plus fort ! Courage, M. Gattaz, vous arrivez au sommet ! Retour à la vieille lune d'un " sous-smic " : " Le salaire transitoire d'accès à l'emploi destiné aux populations très éloignées de l'emploi, les chômeurs de longue durée ". Il ne s'agit ni plus, ni moins, que d'un mini-salaire ( plus charges ) - donc très bas - assuré par les entreprises, la différence, par rapport au SMIC légal étant prise en charge, par l'Etat, sous la forme d'une allocation sociale . M. Gattaz appelle cela, " Le contrat aidé pour les entreprises " .

La réalisation concrète n'est pas compliquée . Inversons la proposition . L'entreprise embauche un chômeur de longue durée, en fin de droit, donc touchant le RSA, mais le RSA est maintenu, payé par la collectivité, l'entreprise, elle, n'a à payer au salarié que la différence par rapport au SMIC : ce nouveau salarié ne coûtera à l'entreprise que ( 1100€ - 500€ ) soit 600€ tout compris .

Plusieurs dizaines d'autres propositions viennent enrichir " l'hôra-legein " des " entrepreneurs de France " dont la tête est plus près de leur coffre-fort que de leur bonnet .

Horloge juive de Prague . Site : chronomania .

Horloge juive de Prague . Site : chronomania .

Repost 0
Published by regain2012 - dans politique
commenter cet article
22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 14:46

Assommons les pauvres : " Comme j'allais entrer dans un cabaret, un mendiant me tendit son chapeau, avec un de ces regards inoubliables qui culbuteraient les trônes, si l'esprit remuait la matière ... Immédiatement , je sautai sur mon mendiant lui secouant vigoureusement la tête contre un mur ... Tout à coup, ô miracle, je vis cette antique carcasse se retourner et avec un regard de haine se jeter sur moi me battant dru comme plâtre ... Je lui avais rendu l'orgueil et la vie ... " . ( Le spleen de Paris, Petits poèmes en prose , Charles Baudelaire , 1864 ) .

Avec toute l'ironie dont peut être capable un poète maudit, au milieu du XIXe s., Charles Baudelaire invite tous les bons bourgeois à rosser les pauvres, seul moyen de rendre à ces " malandrins " , orgueil et goût de la vie .

Coluche fit sien cet appel, avec le slogan qu'il rendit célèbre : " Salauds de pauvres ! " .

Eh, bien ! En 2014, la croyance s'est substituée au slogan, le conseil à l'idée, la pratique à l'opinion, exit l'ironie : " Pauvres, trouvez le bonheur en vous faisant esclaves ! " .

C'est une enquête très sérieuse du CREDOC, et non un sondage, parue ce mois-ci, qui nous le dit, et il ne s'agit plus de rigoler . Ce travail d'observation des comportements et du mouvement des idées dans la population française, a été commencé , il y a trente ans, par les chercheurs du Centre de Recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie .

Sous les coups de boutoir de la pensée dominante, des discours politiques, de journalistes acoquinés aux puissants et d'experts appointés pour mentir, les Français ne sont plus tout à fait des Français .

En 2014, ils sont 64% à penser que s'ils le voulaient vraiment, la plupart des chômeurs pourraient retrouver un emploi, 6 points de plus qu'en 2012 ; presqu'un Français sur deux ( 44% ) estime que faire prendre en charge par la collectivité les familles aux ressources insuffisantes leur enlève tout sens de la responsabilité : plus 10 points par rapport à 2012, score jamais atteint ; 37 % des gens pensent que les pauvres, sont pauvres, parce qu'ils n'ont fait aucun effort pour s'en sortir, 7 points de plus qu'en 2012, 12 points de plus qu'en 2010, au lendemain du pic de la crise financière .

Ce n'est pas tout ! Trois Français sur quatre ( 76% ) estiment qu'il est plus avantageux de percevoir les minimas sociaux que de travailler, plus neuf points en deux ans ; 54% estiment que les pouvoirs publics en font trop pour les plus démunis, plus 18 points depuis 2012 ; 53% pensent que le RSA incite les gens à s'en contenter, soit 9 points de plus en deux ans .

Ce n'est pas tout ! Depuis 1982, les Français jugeaient l'aide aux familles insuffisante, ainsi, en 2008, année de la crise financière, 69% d'entre eux pensaient qu'il fallait aller plus loin ; en 2014, ils ne sont plus que 31% à penser qu'il faut l'améliorer .

Enfin ! Si en 2012, 71% des Français considéraient qu'il faut prendre aux riches pour donner aux pauvres, ils ne sont plus que 55% en 2014, soit une chute de 16 points .

N. Sarkozy peut revenir : il a gagné, et peut d'ores et déjà prendre sa revanche sur 2012, car ce sont bien les idées de gauche, de solidarité qui se sont effondrées . Le MEDEF peut développer les propositions les plus outrancières, encore imprononçables il y a à peine dix ans .

Le renversement idéologique est spectaculaire et radical .

Et la première raison, loin devant l'histoire des caisses de l'Etat qui restent vides, en est l'abandon des valeurs de la gauche par la gauche au pouvoir . Qui éclaire, au sein du PS, le paradoxe suivant : si l'on est passé de un million de chômeurs à cinq millions, en quarante ans, est-ce parce que la France a fabriqué en deux générations, quatre millions de petits fainéants, ou parce que droite et gauche ont laissé la désindustrialisation opérer au bénéfice de la finance ?

Pourquoi le Ministre du Travail socialiste agresse-t-il les chômeurs -fraudeurs aux prestations - 3 Mds d'€, dont 90% sont identifiés et recouvrés - et pas les patrons voyous, dont les emplois non déclarés, représentent jusqu'à 24 Mds de pertes pour la Sécurité Sociale, selon la Cour des Comptes ?

Pourquoi, Manuel Valls a-t-il avalé sa langue, quand on lui dit que les minima - sociaux ont presque rattrapé le salaire minimum ? ( Qu'il essaie de vivre avec 700€ par mois ! ) . Pourquoi refuse-t-il de reconnaître que ce sont les salaires qui sont trop bas, et que si on les augmentait sensiblement, cela ferait des rentrées fiscales ? ( Que permet le salaire médian à 1712€ ? A vous maintenir la tête hors de l'eau, pas plus ! )

Ah ! Oui, mais que dire alors du soupir profond de ces exilés français montant depuis l'hospitalière Belgique, contraints à vivre loin de la mère patrie, à cause d'une douloureuse blessure fiscale ?

NB : inspiré par le billet d'Hubert Huertas, Mediapart, 21 sept . 2014, " Pourquoi les Français adhèrent au " Salauds de pauvres " !

" Assommons les pauvres ! " .
Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 17:55

" Quand le soir fut venu, les disciples descendirent au bord de la mer . Etant montés dans une barque, ils traversaient la mer pour se rendre à Capharnaüm . Mais il soufflait un grand vent et la mer était agitée . Après avoir ramé environ trente stades, ils virent Jésus marchant sur la mer et s'approchant de la barque . Et ils eurent peur . Mais Jésus leur dit : " C'est moi, n'ayez pas peur ! ..." . ( Evangile de Jean, ch.6, v. 16 à 21 ) .

Depuis hier, 19 septembre, la France sent le rance . Farce, tragédie, comédie, drame, film d'horreur, grand guignol, cauchemar, cinéma de Tati, la Pâques sarkozyste a répandu sur le pays " un goût de réchauffé " insupportable .

Jamais, depuis le Coup d'Etat de Napoléon III, on n'avait ridiculisé à ce point la France et l'on n'avait pris les Français aussi clairement pour des imbéciles .

" A la demande de M. le Président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France . Sûr de l'affection de notre admirable armée ... sûr de l'appui des anciens combattants, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais don à la France de ma personne pour atténuer son malheur .

En ces heures douloureuses je pense aux malheureux réfugiés qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes . Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude ...

Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie ."

( Ph. Pétain , allocution radiophonique du 17 juin 1940 ) .

" J'ai décidé de proposer aux Français un nouveau choix politique ... Ce serait une forme d'abandon de ma part ( je fais don de ma personne ) que de rester spectateur de la situation dans laquelle se trouve la France, devant le délitement du débat politique ...

Les échanges avec les Français, ( leur affection) la marée inexorable du désarroi qui monte dans le pays, ( faire taire leur angoisse ) la tentation de ne plus croire des Français ( ils ne doivent écouter que leur foi ) m'ont fait changer d'avis, alors que j'avais stoppé ma vie politique, le 6 mai 2012 - volontairement, sans doute - .

J'aime trop la France et mes compatriotes pour les voir condamnés à choisir entre le spectacle désespérant d'aujourd'hui ( le dénuement extrême des réfugiés qui sillonnent nos routes ) et la perspective d'un isolement sans issue ...

L'unité de la Nation, l'espérance, la nécessité d'une perspective nous obligent à construire une alternative crédible ...

Je connais les difficultés qui nous attendent, ( ces dures épreuves ) mais l'enjeu nous dépasse tellement, les perspectives sont si exaltantes, le redressement si nécessaire, qu'à mes yeux, les obstacles paraissent dérisoires ( nous marcherons sur l'eau, s'il le faut ) ... Ensemble, ( le peuple tout entier ) par la force de l'engagement, par notre conscience commune des enjeux, ( le destin de la patrie ) nous rendrons possible le sursaut nécessaire et urgent ... " .

( Compte Facebook de N. Sarkozy : page du 19 septembre 2014 ) .

Alors que les plaies purulentes du premier quinquennat ne sont toujours pas refermées, qu'il s'agisse de la brutalité du débat politique, du mépris des corps intermédiaires et particulièrement des syndicats de salariés, de l'humiliation permanente des élus locaux ou encore de l'idolâtrie de la richesse, ce retour sur la scène politique, orchestré, mis en scène, dans une farandole de caméras, de micros, de projecteurs, et de bourgeoises niçoises en pâmoison, est une telle injure à la démocratie qu'il n'est possible d'y répondre que par la même outrance .

" Picasso tient le monde au bout de sa palette / Des ailes d'Eluard s'envolent des colombes ..." . Jean Ferrat ne reconnaîtrait plus sa France .

Vandalisme au Vatican .

Vandalisme au Vatican .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 15:05

" Dissimulation, ruse, tromperie, rouerie, duplicité, cautèle, scélératesse, traîtrise, escobarderie imprègnent l'ensemble du roman...", le Comte de Monte Cristo d' A . Dumas ).

Les " escobarderies " (1) de N. Sarkozy vont refaire leur apparition sur nos petits écrans et dans les gazettes, vont occuper, jusqu'à plus soif, les espaces médiatiques, et l'entreprise méthodique de vengeance personnelle qui le meut va se mettre en place . La liste des scélérats qui ont oublié le respect qui lui était dû est d'ores et déjà connue, ( Cf. Le Canard Enchaîné du 17 septembre 2014 ) .

( " Escobarderie " : du nom du jésuite espagnol Antonio Escobar y Mendoza, XVIe s., désigne un comportement , à la fois, de simulation et de dissimulation adroites, ( une parole équivoque par exemple), destiné à tromper sans véritablement mentir ) .

Les Danglars, les Fernand, les Caderousse, les héritiers du procureur de Villefort tremblent ...

Dimanche prochain, N. Sarkozy quitte le Château d'If de sa mise à l'écart de la politique, pour, dans une tonitruante chevauchée jusqu'aux studios de Tf1 ( c'est le plus probable ) nous annoncer , sur un ton de circonstance, que la gravité de la situation le contraint à faire don de sa personne à la France .

( Ce don se traduit, nous apprend encore Le Canard Enchaîné, par une première décision, le changement de nom de l'UMP en PMU : " Parti pour Mon propre Usage ").

Edmond Dantès a tenu à se montrer grand prince, selon son entourage, et a laissé passer la semaine, très difficile pour F. Hollande : Irak, vote de confiance à l'Assemblée, conférence de presse du Président le 18 septembre ; l'homme dont les amis nous disent qu'il a beaucoup changé ayant ajouté, ( Le Canard Enchaîné ) : " Je n'aurais plus qu'à enjamber les cadavres ! " . Réjouissant !

Alors certes, la situation du pays est catastrophique ! Les récentes prévisions de l'OCDE, pour la France ( et la zone euro ), sont désespérantes . Pour notre pays les déficits se creusent, ( 4,4% en 2014 et 4,3% en 2015 ), le niveau de la dette va atteindre 100% du PIB en 2015 ( plus de 2000 Mds d'€ ), un pic de chômage est prévu à la fin de l'année 2014, et l'on sait déjà que le niveau de ce même chômage ne peut pas baisser, au mieux, avant 2017, l'investissement des entreprises est au niveau zéro, la demande des ménages est en diminution permanente .

La vie économique est bloquée, comme un moteur " serré " .

Mais sauf à ramener un véritable trésor du " Cap Nègre ", comment Edmond Dantès va-t-il s'y prendre pour relancer la machine ?

Par contre le retour de l'Elu, et à son corps défendant, peut représenter une aubaine pour F. Hollande . Dans son discours de politique générale, M. Valls a salué hier, avec une certaine jubilation, le retour de N. Sarkozy , consacrant aux valeurs républicaines, une part importante de son intervention, la question économique demeurant dans le vague . Cela ne peut être fortuit !

On peut presque imaginer une " brève histoire des deux années à venir " . La question économique sera escamotée autant que faire se peut, dans les débats, pour laisser la place aux " escobarderies " de N. Sarkozy et aux dénonciations d'un M. Valls, tout heureux d'affronter un ancien Président de la République, à même de le présidentialiser ; les medias se chargeront d'introduire Marine Le Pen, entre les deux débatteurs, à coups de sondages, truqués, si cela devient nécessaire ; ces mêmes medias prenant en charge également l' assomption du Président de la République, en tenue bleu-horizon, en pourfendeur intransigeant du terrorisme au Moyen-Orient, rôle destiné à l'éloigner du débat national et du rendez-vous de 2017 .

Dans les deux années à venir, nous rencontrerons peu de " bisounours " sur la scène politique française, et le chômage continuera de progresser .

Gulli.fr

Gulli.fr

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 14:29

" Le PS ne pourra survivre qu'en revenant à sa fonction historique oubliée qui est de représenter une dynamique de transformation sociale au profit des catégories populaires et non pas à leur détriment, et en défendant les principes républicains contre les réflexes identitaires ... " ( Christophe Guilluy, La France périphérique ... Flammarion ) .

(1) . Titre du livre du journaliste Philippe Cohen, 1999, Protéger ou disparaître . Les élites face à la montée des inégalités , chez Gallimard .

Si la montée du FN vous inquiète vraiment, intéressez-vous au sort et aux paroles des électeurs et non au discours de Marine Le Pen .

Contrairement à ce que semble exprimer le mépris social des élites envers les classes populaires, celles-ci ont une conscience aigüe de ce que leurs dirigeants n'osent pas avouer : ils ne savent plus quoi faire d'elles, face à la mondialisation assumée, ils n'ont plus rien à leur dire .

Les médias n'ont pas tout dit du sondage paru cet été dans le magazine Marianne, qui plaçait Marine Le Pen en tête du premier tour d'une élection présidentielle qui aurait lieu à ce moment-là .

Bien d'autres informations issues de cette enquête étaient fort éclairantes .

Marine Le Pen y était en tête des électeurs de moins de 35 ans ; 72% de ses électeurs exercent une activité ou sont au chômage ; 15% seulement de ces électeurs potentiels ont plus de 65 ans contre 31% au PS et 45% à l'UMP ; 74% des électeurs FN ont entre 35 et 64 ans contre seulement 50% au PS et 42% à l'UMP .

Ces chiffres montrent combien le réservoir électoral potentiel du FN est grand, auprès des jeunes et des actifs . Si l'on ajoute à ces résultats les indications de l'enquête du géographe Ch. Guilluy, qui précise que 72% des Français vivent dans des communes périurbaines et rurales classées " populaires/ fragiles ", selon son indicateur de fragilité sociale, le danger apparaît encore bien plus grand .

Deux grandes digues ont sauté qui poussent les classes populaires vers " une dissidence par les urnes ", certes à contresens de l'histoire, mais assumée, aujourd'hui : la mise à l'écart de JM. Le Pen et de ses insanités, a libéré bon nombre d'électeurs, et à l'opposé, la prégnance de la culture communiste chez les ouvriers s'étant diluée, dans des tragiques accords de gouvernement, des années 1980 - 1990, font passer ceux-ci, de l'abstention au vote FN .

" Le système de représentation traditionnel qui a fait la promotion d'un modèle économique et social contraire aux intérêts des plus modestes, a perdu toute légitimité pour les classes populaires . La carte électorale classique s'efface lentement et sûrement pour tracer les lignes de nouveaux rapports de force qui vont opposer, dès demain, politiquement, la France périphérique et populaire aux grandes métropoles mondialisées ( Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Strasbourg, Lille : ces métropoles que F. Hollande met en place à la suite de N. Sarkozy, qui devront remplacer les départements et accroître les phénomènes de désertification en zone rurale , avec toutes les conséquences sur l'environnement et l'isolement de certaines populations ) .

Les " bonnets rouges " bretons, constituent peut-être l'avant-garde de ce " continuum socio-culturel " qu'évoque Ch. Guilluy, une alliance, à ne pas confondre avec une conscience de classe, autour d'une perception commune des effets négatifs de la mondialisation, de catégories hier opposées : jeunes actifs, retraités modestes, ouvriers, employés, petits paysans, petits patrons indépendants .

Le PS ne semble pas voir que son socle électoral se réduit inexorablement . L'actuel théâtre d'une pseudo-lutte entre " frondeurs " et " loyalistes " n'est qu'une misérable mise en scène pour essayer de ralentir l'hémorragie, qui démontre que les responsables socialistes ne comprennent plus rien à rien : au sein des classes populaires reléguées dans leurs " parcs naturels ", le clivage droite-gauche ne veut plus rien dire .

Face à la dynamique de fond qui s'annonce, on peut, à bon droit, se demander s'il existe encore un instinct de survie dans ce PS " qui vit dans la société française comme en terre étrangère " . ( Jacques Julliard ) .

NB : d'après l'article d'Eric Conan et Emmanuel Levy, " Les vraies fractures françaises ", Marianne No 908 .

Telerama.fr

Telerama.fr

Repost 0
Published by regain2012 - dans politique
commenter cet article
15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 14:11

" Si nous perdons le futur, si le présent est réduit à l'angoisse et si le passé devient un refuge fanatique et clos, nous sommes foutus . Il s'agit bien de repenser le sens de notre existence . " ( Edgar Morin ) .

Oublions les statistiques de l'INSEE qui nous décrivent une France qui n'existe pas , celle d'un pays constitué d'une immense classe moyenne ( à partir du SMIC ) et de minorités . A partir des mêmes données de base, observons la France, à l'aune d'un nouvel indicateur, celui des géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé : " l'indicateur de fragilité sociale " , calculé pour l'ensemble des communes françaises en intégrant huit indices : proportion d'ouvriers et d'employés dans la population, taux de travail précaire, temps partiel subi, taux de chômage, revenu médian et répartition des revenus, formes de logement ...

Cet indicateur révèle la photographie d'un territoire littéralement " cassé en deux " : 25 aires métropolitaines très distinctes par leur composition et leur dynamisme économique ( l'Ile de France génère presque 30% du PIB français ), et en face, une France périurbaine et rurale - notons que pour l'INSEE, on n'est un rural que si l'on réside dans une commune de moins de 1000 habitants, étalonnage fort réducteur -, espace périurbain et rural, " à la ramasse ", comprenant la majeure partie de l'espace rural, des petites villes et certaines villes moyennes . Deux France étanches : l'une surplombe tandis que l'autre tombe .

Une France qui s'en tire, 10% des communes ( 2650 ), représentant 39% de la population face à une France " larguée ", 90% des communes ( 34000 ), représentant 61% de la population .

Un champ de bataille dit le géographe Christophe Guilluy .

" En quelques décennies, la mondialisation de l'économie a permis aux classes dominantes de se délester, en douceur, sans contestation majeure, des catégories désormais inutiles du nouveau modèle économique ", les classes populaires .

" Le combat s'est déroulé sans haine et sans violence, sans conflit, grâce à un travail discret et méthodique qui a consisté, au cours de ces trois dernières décennies, à rendre totalement invisible la majorité de la population " .

Il y a de fait une France qui est encore dans le coup, celle des métropoles, population qualifiée, bénéficiant de bonnes infrastructures de transport, de formation, de soins, facilitant l'accès à l'emploi, une France qui se détache du reste du pays et les classes populaires, toujours majoritaires, 60% de la population, mais qui se retrouvent reléguées dans l'invisibilité de territoires lointains, d'où l'on ne revient pas . 80% des classes populaires non immigrées ou d'immigration ancienne résident dans ces zones périurbaines . Dans ces territoires non identifiés par l'INSEE, les problèmes financiers sont structurels : difficultés à rembourser les traites du petit pavillon, nombreux déplacements pour se rendre au travail, obligation de posséder deux voitures si la mère travaille, endettement et surendettement, réduction des services publics . Et si le chômage frappe, l'éloignement des zones dynamiques est tel, que le retour à l'emploi est quasiment impossible : c'est à une véritable " assignation à résidence " que nous assistons .

Le piège se referme ! Pour les cinq années qui ont précédé le recensement de 2006, seulement 4% des ouvriers avaient changé de résidence ou de département, alors que, à titre de comparaison, le taux de mobilité sociale dans les Zones Urbaines Sensibles, peuplées à 64% d'immigrés, ( ZUS ) était de 61%, en 2005 .

Cette France reléguée embête bien les élites politiques, médiatiques, culturelles pour qui, la question sociale se réduit à un certain nombre de quartiers dits " sensibles ", juste après le périphérique, confondant conflits liés au multiculturalisme et conflits sociaux . Les élites des métropoles pensaient pouvoir oublier les " relégués ", mais voilà, ceux-ci ont compris le sort funeste qu'on leur avait réservé : ils se découvrent plus nombreux qu'on a voulu leur faire croire, et même majoritaires, dans les résultats de l'abstention ou du FN, aux différentes échéances électorales ; ils découvrent qu'ils ne sont pas seuls mais nombreux à avoir été rejetés dans l'humiliation, qu'ils représentent donc une force électorale .

Leur vote actuel n'est pas un banal cri de colère, comme le croit le personnel politique, il est froidement raisonné, et perçait déjà, il y a plus de vingt ans, dans différents scrutins, que ce soit lors du référendum sur le traité de Maastricht, en 1992, l'élection présidentielle du 21 avril 2002, le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen : le personnel politique n'a pas voulu voir qu'il s'agissait déjà d'une analyse objective des retombées de choix économiques et sociétaux .

" Ce n'est pas le Front National qui est allé chercher les ouvriers, ce sont ces derniers qui utilisent ce parti pour contester la mondialisation sauvage " et prévenir qu'ils n'accepteront plus très longtemps, le mépris dans lequel on les tient .

Cette analyse à froid de la relégation qui est la leur a conduit les classes populaires à décrypter sans indulgence le logiciel social-libéral adopté par le PS depuis les années 1980 : le suivisme européen néolibéral qui a ravagé l'industrie française et balayé les politiques d'intégration républicaine au profit d'un multiculturalisme anglo-saxon générateur de conflits, de violence et de barrières ; les avancées sociétales pour les bobos des centre- villes et une sorte " de citoyenneté musulmane " pour les banlieues métropolitaines, idées portées principalement par le think tank socialiste Terra Nova . Le reste du pays passant par pertes et profits .

C'est à travers l'expression italienne affectionnée de nos amis transalpins, " si non e vero, e bene trovato ", ( si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé ) que je fais mien l'avertissement que lançait, il y a déjà vingt cinq ans, Marcel Gauchet : " La lutte des classes est de retour, mais là où on ne l'attendait pas, pour alimenter la poussée électorale continue de l'extrême-droite ... Le vote FN n'est pas contestation, mais demande de démocratie ..." . ( " Les mauvaises surprises d'une oubliée ... La lutte des classes ", Le Débat, mai août 1990 ) .

Méditons le paradoxe !

NB : " Les vraies fractures françaises ", Eric Conan, Emmanuel Levy, Marianne No 908, du 12 septembre 2014, à propos du livre de Christophe Guilluy : " La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires " chez Flammarion .

Le piège .
Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 14:26

" La souveraineté ne peut être représentée par la même raison qu'elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne me représente point ..." ( J.J. Rousseau , Du contrat social ) .

" Les citoyens qui se nomment des représentants n'ont pas de volonté particulière à imposer ... S'ils dictaient des volontés nous ne serions plus dans un Etat représentatif, nous serions dans un Etat démocratique " . ( Abbé Sieyès , archives de l'Assemblée Nationale ) .

" L'expert " est celui qui sait sur un champ délimité de savoir . Il doit être différencié du " savant " qui se consacre à l'étude d'un domaine avec des méthodes et une rigueur toutes scientifiques " .

C'est pourquoi je refuse d'être représenté par des " experts ", situation qui est la marque première du social-libéralisme, donc de la pratique politique de F. Hollande . Les comités " ad hoc " n'ont fait que se multiplier depuis deux ans et demi . Comme le dirait l'Abbé Sieyès, s'il vivait aujourd'hui, nous ne vivons plus dans un Etat démocratique .

L'expert est celui qui, depuis le début de la crise financière et économique en 2008, vous explique, avec aplomb, que la crise a eu lieu parce qu'un certain nombre de facteurs se sont retrouvés combinés, dont la combinaison était hautement improbable . Quelle combinaison ? Ils ne vous en diront rien . En tout cas, ils pourront toujours affirmer qu'ils ont eu raison de ne point prévoir, puisque pratiquement rien n'était prévisible .

A l'inverse, les quelques-uns qui avaient prévu, vous diront qu'ils avaient eu raison de prévoir mais aussi d'être surpris - pour ne pas se fâcher avec les confrères - parce que la combinaison était hautement improbable .

Ces deux constats s'avèrent tout à fait essentiels parce que, dans la conjoncture actuelle, ils représentent un élément de raisonnement , du raisonnement qui constitue la colonne vertébrale de la société - supposée - moderne : " le raisonnement probabilitaire " , ( J.C. Milner ) .

L'expert est quelqu'un qui est capable de construire une échelle de probabilité et de dire : cette configuration a une probabilité de 0,1%, c'est faible, vous êtes donc en droit de ne pas en tenir compte . Généralement, celui qui décide suit le conseil, et généralement, quand il suit le conseil de ne rien faire, la conséquence est une catastrophe, ( l'ouragan Katrina et la catastrophe de la Nouvelle- Orléans, en 2005 ) . Justement parce que nous sommes dans la situation d'une société illimitée, sur un marché mondial illimité, dans l'illimitation qui est l'essence du capitalisme . Je m'explique : quand les séries sont illimitées, que les entrecroisements de séries illimitées deviennent eux-mêmes illimités, alors la différence entre 99% de chances et 1% de chances tend vers zéro . Le plus improbable a autant de chances de se produire que le très probable .

De cela il découle que le premier devoir des décideurs politiques est de se méfier de " l'étalonnage statistique ", arme suprême de l'expert, non pas pour des raisons purement abstraites, mais bien parce que la nature matérielle de l'illimitation capitaliste a bouleversé tous les signaux .

A titre plus personnel, je confesse que je n'aime pas les experts, particulièrement ceux qui témoignent d'une grande présomption à l'expertise et qui encombrent les plateaux télévisés ou les studios de radios . Ce sont eux qui nous conduisent au désastre, particulièrement les spécialistes de l'économie .

" L'expert, c'est celui qui ne sait rien de ce qu'il regarde et manipule, et qui est immunisé de toute sensibilité, qui l'empêche d'être touché ou séduit ", dit l'essayiste J.C. Bailly, qui ajoute : " L'enfermement dans une discipline, un milieu ou une activité particulière, finissent par me donner une sensation d'enfermement véritablement physique " .

Personnellement, quand je me trouve en présence, trop longtemps, d'un expert d'une seule chose, non seulement j'éprouve une sensation de quelque chose d'étriqué, mais je m'ennuie et j'ai envie de m'enfuir .

L'expert n'a rien à voir avec le chien d'aveugle qui possède une connaissance de son territoire d'une finesse exceptionnelle ; l'expert patauge dans sa mare de probabilités improbables, Narcisse contrarié, qui meurt sans jamais avoir pu rattraper, dans l'eau du ruisseau, sa propre image .

La légende d'Echo et de Narcisse .

La légende d'Echo et de Narcisse .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 14:51

" La bourgeoisie travaillant pour elle seule, massacrant pour elle seule, exploitant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu'elle travaille, qu'elle exploite, qu'elle massacre pour le bien de l'humanité . Elle doit faire croire qu'elle est juste . Et elle-même doit le croire " . ( Paul Nizan, Les chiens de garde, 1932 ) .

Le capitalisme financier a tout fait exploser, plus personne n'a de doutes sur le sujet . Pour rétablir la confiance, " on " nous dit, qu'effectivement, " on " avait trop laissé faire, " on " avait trop dérégulé . Donc la solution aux problèmes est simple : on va remettre de la règlementation dans tout ce " foutoir " . Soit !

Mais qu'il me soit permis, alors, de poser une question, et qui ne me paraît pas anodine : qui fabrique les règles ?

Soyons clair ! Le capitalisme financier avait sa réponse : n'importe qui, pourvu qu'il fasse n'importe quoi ! Car, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, le capitalisme financier n'est pas dénué de règles, c'est même le contraire, il en aurait trop .

Je m'explique . Un produit financier, ce n'est rien moins qu'un ensemble de règles . Seulement, ces règles sont fixées par le trader anonyme ; le mathématicien, cet inconnu, qui a conceptualisé le produit ; le financier, qui calcule son profit avant l'émission du titre, caché dans son paradis fiscal ; tout acteur de la sphère financière peut fabriquer sa propre règle . C'est lui que j'appelle " n'importe qui ", puisque personne ne le connaît, et surtout, je dis qu'il va faire " n'importe quoi " , puisque sa règle ne s'applique qu'à son seul intérêt, et certainement pas à l'intérêt général .

Précisons, au passage, que cette application de la règle du " n'importe qui " a largement dépassé, depuis, le secteur de la production financière pour se déployer dans bien d'autres domaines de la vie sociale .

Si l'on en revient à la règlementation du marché, obligation nous est faite de décliner la question initiale de la fixation des règles : qui est en position de formuler, aujourd'hui, une règle nouvelle, de modifier une règle ancienne, d'abolir une règle en apparence obsolète, de contrarier une règle qui apparaîtrait comme une entrave, de créer une règle, éventuellement ex-nihilo ? Qui se trouve en position, aujourd'hui, de faire tout cela ?

Une vigilance démocratique s'impose , tout d'abord, à nous : les libertés ne peuvent pas survivre à un foisonnement illimité de règles et pas davantage à une multiplication sans fin d'auteurs de règles . N'importe quelle règle ne vaut pas n'importe quelle règle ! N'importe qui n'est pas légitime pour en fabriquer !

D'où la question : quelles sont les sources possibles de règles et de quelles règles parlons nous ? Est-ce que ce sont les peuples pris dans leur ensemble, au niveau national, ou au niveau supranational ? Est-ce que ce sont, au-delà du politique, les partenaires sociaux, selon le modèle allemand (1) ? Est-ce que ce sont, dans un modèle plus classique, le modèle français, les pouvoirs exécutif et législatif ? Est-ce, sur le modèle étatsunien, les juges, qui ont le droit et le devoir de fabriquer la règle ? Autant de questions très sérieuses auxquelles la société devra bien finir par répondre .

Mais déjà , des éléments de réponse apparaissent : il faut que le nombre d'instances légitimes pour produire des règles soit suffisamment réduit pour échapper à un entre- croisement de contrôles liberticide ; il faut que les auteurs légitimes de règles nouvelles ne soient pas trop nombreux pour être clairement identifiés car cela me paraît être une condition essentielle de toute vie démocratique ; il faut que ces règles soient très clairement énoncées car toute règle qui fait la part belle au non-dit est destinée à être transgressée .

Il est donc évident qu'il faut des institutions, légitimes et identifiées, pour se protéger de " n'importe qui faisant n'importe quoi " qui est la meilleure définition que l'on puisse donner à " la main invisible du marché ", si chère aux néolibéraux .

(1) . En janvier 2013, en France, le MEDEF et trois syndicats minoritaires ont porté un coup violent au code du travail, avec l'accord dit ANI sur la flexibibilité du travail . Cet accord fut validé par le Parlement, tel quel, sans discussion, selon la procédure d'urgence voulue par le Président de la République . Ne sommes-nous pas en droit de nous demander, si cet accord est légitime, et s'il ne relève pas d'un aménagement par quelques-uns de la procédure démocratique ?

depuis le site : désobéissance civile .

depuis le site : désobéissance civile .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 14:39

" Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis ... ", ainsi parle le tribun Sertorius dans la tragédie éponyme de Corneille .

Quelle est cette folie de vouloir aborder une histoire récente du capitalisme par un vers de Corneille, même pris dans sa signification contraire ? Pour deux raisons . La première tient dans le transfert de la " mare nostrum " ( notre mer ) des Romains vers le grand lac transatlantique de l'Occident, entre Europe et Etats-Unis ; la deuxième procède de la naissance d'un capitalisme financier, totalement inscrit dans le capitalisme classique : le capitalisme est tout entier là où réside le capitalisme financier .

Mon souci est de répondre à la question suivante : pour que le capitalisme financier ait imposé sa domination depuis trois décennies sur le monde entier, il faut bien que cela ait répondu à une nécessité objective . La question qui découle de ce constat est donc : quel type de nécessité ? Autrement dit, que s'est-il donc passé durant trente ans, ce qui est long à l'échelle d'une vie d'homme, période d'où nous sortons, aujourd'hui, à travers une crise économique et sociale, sans comparaison historique et durable .

Mon attention se porte sur trois évènements qui sont intervenus dans le développement récent du capitalisme auxquels on ne peut pas trouver de précédent . Le premier, est évidemment que le marché est devenu vraiment mondial, après la chute de l'Empire soviétique, le passage de la Chine de Deng Xiaoping à l'économie de marché et la sortie de l'Amérique latine de l'étouffoir de dictatures militaires brutales et corrompues : à ce point, avec l'arrivée sur le marché, en peu de temps, de près de deux milliards d'individus, on peut dire que le marché, plus que mondial, devenait illimité .

Si l'on ajoute que tout est devenu marchandise, depuis, le sang, le sperme, le placenta - les sécrétions et les fluides dont parle l'anthropologue Françoise Héritier - plus rien ne peut-être excepté du " marché " .

Le deuxième évènement à prendre en considération est lié au comportement de ces nations européennes ( Grande-Bretagne, Allemagne, France ) qui avaient été historiquement à l'émergence du capitalisme moderne, qui pouvaient se penser comme les héritières légitimes de ce dernier, et qui soudain, constataient, à la suite des guerres d'Indépendance menées par leurs anciennes colonies, qu'elles perdaient la maîtrise des ressources énergétiques et que leur légitimité dans la direction de l'Empire pouvait être, d'un moment à l'autre, remise en cause .

Le troisième évènement, c'est la réapparition , sur la scène du théâtre capitaliste, et ce depuis l'irruption de la Chine, l'Inde, la Russie ou le Brésil, la réapparition dans les équations des économistes d'une ressource naturelle, qui avait pu paraître oubliée en Europe, une ressource naturelle particulièrement productive, qui peut être tordue à volonté pour la rendre extrêmement bon marché, exploitable à merci : la si appréciable " force de travail des êtres humains " .

Et là, les pays capitalistes héritiers découvraient que leurs ressources en force de travail , en raison de la démographie et suite à la lutte des classes des XIXe et XXe siècles, n'étaient plus ce qu'elles avaient été, et avaient atteint un prix prohibitif, alors qu'un pays comme la Chine possédait quasiment une réserve inépuisable en travail humain potentiel et n'avait aucun état d'âme pour en user et abuser jusqu'à aller le plus loin possible .

Les " surprofits " allaient passer aux mains des nouveaux venus . Depuis l'or espagnol venu des Amériques, jamais les flux d'argent n'avaient atteint les niveaux actuels, mais à la différence du XVIe s., ces flux pouvaient ne plus se diriger vers leurs lieux naturels de destination, du moins, au sens naturel de la logique capitaliste occidentale .

Et l'esprit humain, dont il ne faut jamais désespérer, permit de prévenir le danger : il inventa le capitalisme financier . " Wall Street, la City de Londres, la bourse de Francfort, qui date du Moyen Age, accessoirement la bourse de Paris, calibrée telle qu'elle est encore, par Napoléon Ier, se levèrent pour s'assurer que les mouvements de capitaux resteraient bien orientés, " vers les villes musées du capitalisme ", dit le philosophe JC . Milner .

Une question restait en suspens ! Que faire des superprofits générés par la Finance ? Certes, selon le fonctionnement classique du capitalisme, on a engagé de grands travaux ( les hyper grands barrages chinois ), des dépenses de prestige ( les tours de verre de 800 m de haut, stupides, ou les pistes de ski artificielles dans les pays du golfe ), mais il reste après cela, encore, beaucoup de surprofits .

Des surprofits, de deux choses l'une, ou vous les laissez dormir, état absurde dans la galaxie financière, ou vous ne les laissez pas dormir . Si vous ne les laissez pas dormir, vous en faites quelque chose et, une fois passés les grands travaux, qu'est-ce qui reste ? Des produits financiers, de merveilleux produits financiers !

Une nouvelle question suit tout naturellement . Qu'est-ce qu'un placement financier ? C'est très simple : c'est un déplacement de l'argent ! C'est le passage, de l'argent, d'une main à une autre, d'un lieu à un autre, " d'une place boursière à une autre ", passage générateur de profits et de surprofits, grâce à une invention de mathématiciens enrôlés pour inventer l'enrichissement par " air pulsé " : les produits financiers .

D'où il résulte que, puisque le déplacement crée par lui-même de la valeur, il suffit de multiplier les déplacements pour multiplier la valeur , sans qu'il y ait, en face, de la création de richesse .

Mais n'allez pas croire que le système était durable ou définitif . La preuve en est que l'explosion du dispositif a eu lieu, sous nos yeux, en 2008 . Et les nations héritières, qui sont cause de l'explosion du dispositif, ont retrouvé leurs angoisses passées .

Ne pensez pas qu'elles voient sans soucis de nouveaux acteurs apparaître, sur la scène capitaliste . Aussi multiplient-elles - à l'occasion des G8 et des G20 - les entraves au développement des nouveaux venus : environnement, démocratie, droits de l'homme, autant d'entraves que ces mêmes nations s'interdisent - très souvent - chez elles .

Alors, autour de la nouvelle " mare nostrum " transatlantique, n'attendons pas la venue d'un " Sertorius " . L'humanité épuisée n'en produit plus . Et s'il s'avérait qu'un de ces héros pût encore pointer " le bout de son nez ", l'Empire trouverait sans avoir à chercher bien loi, un Pompée , pour le détruire .

NB : d'après la leçon inaugurale de JC Milner, lors des Rencontres de Pétrarque de juillet 2009, à Montpellier .

servirlepeuple-over-blog / hors de la banane bleue, point de salut .

servirlepeuple-over-blog / hors de la banane bleue, point de salut .

Repost 0
Published by regain2012 - dans histoire
commenter cet article

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens