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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 14:51
Photo Reuters . Alexis Tsipras .

Photo Reuters . Alexis Tsipras .

L'économiste Jacques Sapir décrit la situation européenne actuelle comme un exemple sorti directement du jeu de " la poulette " ( chicken ) . Deux voitures foncent l'une vers l'autre ; le conducteur qui dévie le premier de sa route par peur de la collision a perdu ; c'est " la poulette " .

L'Europe veut faire plier le gouvernement grec dans les plus brefs délais . Les ultimatums pleuvent sur le nouveau gouvernement, après le coup d'Etat financier de la Banque Centrale Européenne ( BCE ), en date du 4 février 215 . La BCE a choisi son camp, celui de l'Allemagne, ce qui n'étonnera personne . Pas de discussion . La BCE annonce unilatéralement qu'elle suspend l'exception qu'elle consentait à la Grèce, le fait d'accepter temporairement les obligations d'Etat grecques en couverture des prêts des banques grecques consentis à leur Etat . La contrepartie étant l'acceptation par la Grèce du plan d'austérité imposé par la Troïka . Les banques grecques auront désespérément besoin de liquidités, qu'elles pourront obtenir auprès de la BCE dans le cadre d'un plan d'aide d'urgence ( ELA ), mais seulement jusqu'au 28 février et seulement pour des mesures entrant dans le programme défini par la Troïka : il est hors de question d'envisager des aides qui pourraient financer ne serait-ce qu'une infime partie du programme de Syriza : relèvement du SMIC, des pensions, ou aide aux plus démunis .

Un coup d'Etat ? Absolument ! Une instance technique, sans aucune légitimité démocratique, la BCE, s'immisce directement dans les choix politiques d'un peuple et prend le risque de provoquer la chute d'un gouvernement légitime .

Avant la tenue d'un sommet européen prévu le 12 février prochain, auquel Alexis Tsipras participera pour la première fois, les Européens " ont fermé le ban " . Une réunion des Ministres des Finances européens se tiendra la veille du sommet, le 11 février, où ils devront adopter une " attitude unifiée " face à la Grèce, explique le Ministre italien . Mais les ultimatums envoyés à Athènes par l'UE, ont déjà " plié " la donne .

L'Allemagne s'est irritée de la tournée européenne des nouveaux ministres grecs, aussi a-t-elle exigé la tenue de la réunion des Ministres des finances, afin de montrer qu'elle n'est pas isolée dans la gestion autoritaire du dossier grec, espérant obtenir un alignement total des autres capitales .

Un Conseiller Européen, participant aux travaux préparatoires, n'hésite pas à avancer : " C'est la Grèce contre tous les autres, 18 contre 1 " ( Agence Reuters ) . Car F. Hollande a capitulé : afin d'obtenir l'aide d'A. Merkel sur la question ukrainienne, il lui laisse les coudées franches sur le traitement à infliger à la Grèce .

Le gouvernement doit donc présenter devant les Ministres des Finances Européens, le 11 février, son plan, exige l'Eurogroupe " ; les Grecs ont moins d'une semaine pour s'y préparer, et surtout sont sous le coup de menaces en cours d'exécution .

Le président de l'Eurogroupe, le social-démocrate Jeroen Dijsselbloen, sorti humilié de son voyage à Athènes du 30 janvier où il ne convainquit personne, a annoncé que l'Europe donnait jusqu'au 16 février à la Grèce " pour obtenir une extension de son plan de sauvetage " . C'est bien d'un véritable " ippon " dont il s'agit, faire tomber l'adversaire sur le dos . Accepter l'extension du plan de sauvetage c'est souscrire sans conditions aux mesures de rigueur, aux réformes imposées, au retour de la Troïka à Athènes et à son veto, quand certaines mesures lui paraissent revêtir un caractère trop social .

Lors de leurs rencontres européennes, les responsables grecs " n'ont pas demandé la lune ", ils ont plaidé pour obtenir du temps et un crédit relais pour mettre en place les réformes nécessaires : lutter contre l'évasion fiscale et construire un Etat moderne . Même le temps leur est refusé !

L'intrasigeance du Ministre allemand, Wolggang Schäuble, a mis en colère Yanis Varoufakis, qui s'est écrié : " Avec lui, on ne peut même pas être d'accord sur les désaccords " . ( La presse du Royaume-Uni rapporte que Schäuble s'est opposé à ce que le ministre des finances britannique George Osborne communique son No de portable au ministre grec ) . Inouï !

Les Grecs n'ont à attendre aucune aide de l'Europe . La fuite des capitaux s'est accélérée en janvier, prés de 10 Mds d'€ de retraits dans les banques grecques . Admirons l'honnêteté européenne : la BCE a refusé, le 7 janvier, au gouvernement grec d'émettre un emprunt de 5 Mds d'€, à court terme, dont elle a besoin jusqu'en juin . Mais les banques européennes sont heureuses d'accueillir les capitaux grecs dans leurs coffres .

Yanis Varoufakis a été clair : " Si la raison ne l'emporte pas, la Grèce sera le premier pays à faire faillite pour 5 Mds d'€ " . Ce qui revient à dire que personne ne fera plier l'échine aux Grecs .

Le scénario prévisible est, dès lors, le suivant : le gouvernement grec réquisitionne sa Banque Centrale pour la contraindre de continuer à alimenter les banques grecques . Ce faisant il viole tous les traités de l'Union Monétaire mais place la BCE le dos au mur .

Celle-ci, si elle accepte la mesure de réquisition et couvre la Banque Centrale grecque, reconnaît son impuissance et donne des idées d'indépendance à d'autres pays, alors que la fragmentation de la zone euro est déjà un fait accompli .

Si elle s'adosse à la doxa allemande qui est de verrouiller toute logique " d'Union de Transfert " au détriment de l'Allemagne, la Grèce se retrouve , de facto, expulsée de la zone euro . Une situation lourde de conséquences !

NB : d'après le billet de Martine Orange, Mediapart du 07/02/2015, " Les Européens jouent l'escalade avec la Grèce " .

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 14:03
" T'as le bonjour d'Alfred " !

" Le populisme du peuple n'est que la conséquence de l'élitisme des élites . Les élites méprisent et détestent le peuple . Etonnez-vous ensuite que le peuple le leur rende bien ... ." ( Jacques Julliard, Marianne ) .

Pour les deux années qui viennent c'est des pérégrinations de Zig et Puce en quête de leur eldorado américain - en la circonstance, l'Elysée - dont nous allons être abreuvés . Mais le pingouin Alfred ne l'entend pas de cette oreille et c'est, toutes ailes déployées, lui, qui mène le bal et vient brouiller toutes les cartes .

Zig pense avoir la main avec son " Esprit du 11 janvier " qu'il compte faire perdurer pendant deux ans, il en rajoute même, expliquant aux Français que ce 11 janvier fut l'expression de leur fierté retrouvée, mais qu'ils ne le savent pas encore . ( Conférence de presse du 5 février ) . Lui le sait . ( Aucun média n'a relevé l'arrogance du propos ) . Mais a-t-il tout compris ?

Alfred n'a pas participé au marches du 11 janvier . Zig et Laurent Joffrin, du journal Libération ( de son vrai nom Laurent Mouchard, ça ne s'invente pas ), sont sûrs de l'avoir piégé, ça va être la dégringolade, le trou noir, une chute en vrille . Mais même un pingouin a des ailes .

La pseudo-unité PS-UMP, très brève, ajoutée au " Théâtre " mis en scène par Zig a ouvert un boulevard à Alfred, car finalement, ce dernier s'est retrouvé exclu de " l'Establishment ", tout ce que souhaite le volatile depuis le début : n'est-ce pas sur ce thème qu'il bâtit son ascension ?

Coup sur coup, des sondages le placent en tête des postulants à l'Elysée, en progression, et le résultat d'une élection législative partielle dans le Doubs, vient confirmer cette place . Les candidats du FN sont le plus souvent des chèvres, mais celle du Doubs gagne neuf points par rapport à 2012 , ce qui fait dire à l'inaltérable J.F. Kahn, que même des ragondins obtiendraient le même résultat . Le candidat de Zig en perd treize, mais, standing ovation dans la caserne de Solferino . Le candidat de Puce en perd neuf et est éliminé du second tour .

Peut-être que demain , c'est à un " T'as le bonjour d'Alfred ! ", ( une bonne leçon ) que nous aurons droit . Cependant, la quatrième circonscription du Doubs, celle d'un ancien ministre de Zig, parti faire fortune à Bruxelles et très en verve quand il s'agit de tancer les Grecs, Zigoto parti en se disant après moi le déluge, la quatrième circonscription du Doubs, a fait des dégâts dans le camp de Puce .

Puce s'étant éloigné du champ de bataille quelques heures pour aller chercher de la thune - dont il n'est jamais rassasié - chez les rois mages, ses ouailles se trouvèrent fort dépourvues, quand il fallut annoncer la couleur . A leurs cris : " Chef, on fait quoi ? " seul répondait le soleil qui poudroie .

Et cela a donné une cacophonie extravagante : on a entendu des " non " à Zig, puis des " non " à Alfred, ensuite des " non " à Alfred, mais chacun fait ce qui veut, et quand Puce est rentré de voyage, il n'a plus eu à chanter que le refrain d'Aristide Bruant : " A la Bastille, on aime bien Nini Peau d'Chien " ...

Ni, ni !

Que n'a-t-on pas entendu ? Alfred s'est exclu de " l'union nationale ", les Français ne le lui pardonneront pas . Les bons français, c'est à peu près sûr . Mais les autres ? Les affreux ? Les invisibles ? Invisibles , justement parce qu'ils sont affreux . Ils ont pensé qu'on l'avait plutôt " viré " . Et Alfred, n'attendait que cela . S'effacer dans la masse ne l'emballait pas . Servi sur un plateau le blond Alfred .

Et Zig persiste et signe . Une conférence de presse uniquement axée sur son costume de Président . " J'ai changé ! " Les évènements m'ont transformé ! Horreur ! Voilà qu'il se met à parler comme Puce .

Ravagé par le chômage et la précarité, fracassé par le mal logement, laminé par la baisse du pouvoir d'achat, l'électorat populaire pour qui Zig n'a pas eu un mot, parce qu'il ne trouve plus les mots, cet électorat est écoeuré, se sent trahi .

Puce se dit que les chômeurs, pour qui Zig n'a même pas eu une pensée, et auxquels il laisse entendre qu'ils ne seront plus sa priorité, dans les deux années qui viennent, vont basculer vers Sa Suffisance .

Mais même les affreux en ont dans la cafetière . Qu'est-ce qu'il croit, Puce ? Que les chômeurs en pincent pour un type qui fête ses soixante ans, avec ce qu'il y a de plus louche dans la " jet-set " la plus friquée de Paris ?

Non ! Les exclus du gâteau s'abstiennent ou s'apprêtent à suivre, quand ce n'est pas encore fait, le blond Alfred . Qu'ont-ils à perdre ?

Et puis marre de ces bobos qui ne cessent de les traiter de fascistes .

Il y aurait bien " Syriza " ou " Podemos " , des mouvements qui s'appliquent à redonner la parole aux exclus, aux stigmatisés, aux " sans-dents ", mais la France n'a pas ça en magasin .

Alors ? Les Valeurs de la République, oui, on veut bien, mais c'est du pipeau s'il n'y a pas, d'abord, l'emploi, encore l'emploi, toujours l'emploi ...

NB : Zig et Puce . Bande dessinée apparue, en 1925, dans Le Dimanche Illustré, sous le crayon d'Alain Saint-Ogan . Ils rêvaient d'atteindre l'Amérique pour y devenir millionnaires, vite rejoints, dans leur rêve, par la pingouin Alfred .

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 14:04
La Commune : lithographie d'Edouard Manet de 1871 .

La Commune : lithographie d'Edouard Manet de 1871 .

" En société bourgeoise, au fur et à mesure que s'accroît la masse des citoyens jouissant des droits politiques et celui des gouvernements élus, le pouvoir effectif se concentre et devient le monopole d'un groupe de personnalités chaque jour plus étroit " . ( Léon Trotsky ) .

Les Grecs viennent de remettre à l'honneur le mot " peuple ", ce qui nous oblige à revoir la définition de ce mot afin d'éviter tous les pièges de la confusion . Le mot " peuple " est vague, englobant, attrape-mouches, recouvrant aussi bien les oligarchies "dominantes ", les castes, que la masse des travailleurs . Dans la situation actuelle d'une Union Européenne coercitive, les peuples se détachent des idéologies traditionnelles, d'où s'ensuit une crise d'autorité . Le peuple se défie du pouvoir politique, de ses dirigeants, des partis traditionnels et de la manière même de concevoir l'action politique . Antonio Gramsci nous mettait en garde contre " un scepticisme diffus " duquel pourrait naître de nouvelles " combinazione " .

La notion de " peuple " peut-être considérée, aujourd'hui, comme ambigüe, c'est à dire polysémique . Des éclaircissements s'imposent . On peut déjà s'accorder sur les trois significations principales du mot : la signification " ethnique " ( ethnos ), la signification " sociale " ( plebs, vulgus, laos ), et le sens politique ( démos ) .

Le peuple est donc autant une notion démographique que sociologique, que politique . Mais, en tant qu'entité politique, le peuple est politisé à des degrés divers, il n'est donc pas spontanément de gauche ou de droite, selon les classifications propres à la culture française .

C'est J.J. rousseau qui peut nous aider à nous mettre d'accord : pour le philosophe des idées de la Révolution, le peuple n'existe pas comme une donnée naturelle, il n'est au départ qu'un agrégat d'individus tant qu'il ne s'est pas constitué en tant que tel par le biais du " Contrat social " .

Le holisme " rousseauien " du tout ( holos ), de l'entier, de l'ensemble indivisible ne pouvant être réduit à la somme de ses parties parce que transcendé par le " contrat social ", me semble s'être manifesté avec éclat le 11 janvier dernier, dans toutes les villes du pays, le peuple rassemblé autour de ce qu'on peut appeler le " Contrat républicain " . De la même façon, on peut qualifier le vote des Grecs du 25 janvier, comme vote du peuple grec, dans la mesure où ce choix exprimé s'est déterminé sur un mandat précis et clair, donné aux nouveaux élus, un vrai contrat : mettre fin à l'austérité, à la misère, à l'humiliation sans quoi ( et cela se retrouve dans le commentaire répété : Syriza est notre dernière chance ) tout deviendra possible .

Subséquemment, en reprécisant les diverses significations du mot peuple, nous sommes conduits à nous confronter au terme de " souveraineté " .

C'est au juriste strasbourgeois Raymond Carré de Malberg ( 1861-1935, Contribution à la théorie générale de l'Etat ) qui établit la première distinction entre " Souveraineté nationale " et " Souveraineté populaire ", qu'il faut en appeler . Nous avons vécu durant un siècle et demi dans cette schizophrénie .

La première conception est celle qui domine dans nos démocraties représentatives : la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce à travers ses représentants et par la voie du référendum . Aucune section du peuple, aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice .

Rappelons alors, un fait historique . C'est au nom de cette dernière assertion que s'est construite la Troisième République, contre un mouvement populaire, s'il en est : la Commune de Paris, porteuse d'un contrat social on ne peut plus " progressiste ", écrasée lors " d'une semaine sanglante " où l'on assassina, comme par principe, individu après individu .

Dans la conception de la souveraineté nationale, est donc exclu le " mandat impératif ", le mandat précis que l'on s'engage à accomplir et dont on rendra compte, l'élu ne dépend pas des électeurs, il est plutôt censé penser au nom de la Nation . C'est de cette conception que se nourrit la mystique républicaine - le mois de janvier 2015 français en atteste - et que les oligarchies tirent leur très discutable légitimité .

La seconde conception, nous renvoie, de prime abord, à un pôle individualiste, à la souveraineté populaire que l'on trouve dans le Contrat social de Rousseau : c'est chaque citoyen qui, pris séparément, est souverain, à tout le moins qui détient une part de la souveraineté . ( Jean Jaurès disait : " Vous avez fait des citoyens une assemblée de rois ", discours à la Chambre des députés, 1893 ) .

Dans cette hypothèse, le peuple - et non ses représentants - est le seul dépositaire de la souveraineté . S'il faut, pour des raisons pratiques, se doter de représentants, ceux-ci doivent agir selon " un mandat impératif ", et la révocabilité de l'élu qui trahit son mandat doit être appliquée .

L'importance d'une telle distinction théorique est évidente : la souveraineté nationale produit l'oligarchie, la souveraineté populaire fait, du peuple des individus, l'unique source du pouvoir .

Nous remarquerons alors que tous " les appels au peuple " de ces derniers jours, ne mentionnent à aucun moment, le type de souveraineté qui est en jeu, ce qui n'est pas sans conséquence . La lutte contre l'endoctrinement d'une partie de la jeunesse est plus une affaire de mobilisation populaire que d'injonctions institutionnelles .

Si nos dirigeants avaient une réelle volonté de réintégration du peuple au cœur du processus politique - en lieu et place de son éloignement promu par l'évolution actuelle de l'Europe - c'est vers le pôle individualiste de la souveraineté populaire, de l'action politique construite " par le bas ", qu'ils regarderaient .

C'est le combat de Syriza, en Grèce, c'est celui de " Podemos " en Espagne . L'Espagne, un peuple plus politiquement à gauche qu'il ne le sait lui-même, rejoint, jour après jour, le mouvement " Podemos " . Il ne s'agit plus d'un peuple " ethnos ", indéfini, mais la masse d'individus spoliés ( par les banques ) et meurtris par l'austérité qui cherche une sortie politique digne à la crise, que les partis traditionnels ne leur offrent plus .

" Podemos rassemble, conscientise et radicalise des citoyens venus d'autres horizons que celui de la gauche classique ", sans diaboliser les dirigeants du PP ou du PSOE, ce que ses nouveaux adhérents n'aimeraient pas . Ce qu'ils veulent c'est créer du neuf .

F. Hollande doit faire preuve de vigilance . Les appels indistincts au peuple, répétés, sans contenu émancipateur précis, peuvent légitimer " les discours ethnicisants et nationalistes ", créneau privilégié du FN . Chacun a pu remarquer combien Marine Le Pen sait utiliser le mot " peuple ", à dessein .

N'oublions jamais que la tradition fasciste convoque volontiers le peuple, en tant " qu'ethnos " .

NB : d'après le billet du blog de " Philippe Marlière ", publié par Mediapart, " Le peuple, oui, mais quel peuple ? " .

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 13:52
Siryza .

Siryza .

" Cependant, depuis la nuit des temps, le chant des sirènes attire les poètes . L'écriture permet de les approcher mais ils restent attachés au mât d'une réalité rassurante, ainsi qu'Ulysse sur son navire " . ( Freud, 1908, la littérature, une activité de " fantasme " ) .

Les approximations journalistiques concernant les récentes élections législatives grecques, si elles sont, parfois, le fait d'une ignorance désespérante, ont surtout pour objectif de masquer une réalité européenne : il n'est plus permis, aux peuples qui composent l'Europe, de critiquer et de s'opposer au dogme néolibéral inscrit dans le marbre du Berlaymont, rue de la Loi, à Bruxelles, depuis la signature du Traité de Maastricht, en 1992 .

Que vous soyez libéral ou anticapitaliste, européiste ou europhobe, pour une finance régulée ou une finance encadrée, vous serez mis dans le même panier, le panier du populisme, et jeté à la mer, si vous vous permettez la moindre éraflure aux tables de la Loi, si vous osez quitter votre fenêtre pour intervenir dans les évènements qui agitent la cour de l'immeuble .

Telle est la règle qui prévaut, en " médiacratie ", pour nous parler de Syriza . Qualifier ce mouvement de " Gauche radicale " illustre une volonté d'en détacher les opinions publiques européennes, afin de circonscrire toute contagion .

C'est pourquoi examiner le genèse de ce mouvement s'impose à nous . Tout commence en août 1968, avec l'invasion de Prague par les chars soviétiques : le Parti Communiste grec ( KKE ) explose en deux courants, les prosoviétiques et les partisans de " l'eurocommunisme " promu par l'Italien Enrico Berlinguer, l'Espagnol Santiago Carrillo et le Français Georges Marchais . Malgré une tentative de rapprochement en 1989, le divorce des frères ennemis est consommé en 1991 .

Les réformateurs se regroupent au sein du mouvement " Synaspismos ", matrice majoritaire de l'actuel Syriza, devenu parti unique en mai 2012, pour des raisons de loi électorale, attribuant un bonus de 50 sièges au Parlement, au parti arrivé en tête aux élections législatives . Alexis Tsipras, comme d'autres cadres de Syriza, est un ex-militant de " Synaspisnos ", une sorte de PSU français des années 1960, à la sauce Michel Rocard, finalement plus centriste que radical . Et certainement pas anti-européen .

Politiquement, Syriza est le produit direct des plans d'austérité, sans équivalent en Europe, imposés à la Grèce, et c'est ainsi que se définissent ses électeurs .

Il n'a rien à voir avec le Front de Gauche français, alliance de vieux briscards du PS, en rupture avec leur parti, de gauchistes et d'écologistes déçus, et d'un PCF en difficulté . Syriza a bénéficié, en outre, de l'effondrement spectaculaire du PASOK ( PS grec ), dont les turpitudes ont écoeuré le peuple .

Il n'empêche que Syriza peut écrire une histoire singulière de son pays, mais qui s'écrira bien plus sous la bannière d'une " souveraineté nationale retrouvée ", après les humiliations subies, que sous l'étendard d'un antilibéralisme assumé . Syriza ne tient pas à être détaché du mât du navire européen . C'est à cette aune là qu'il faut comprendre l'alliance avec les " Indépendants ", un tantinet xénophobes .

La " radicalité " est un principe fort commode pour mettre à l'index tout ce qui dérange et pourtant c'est un principe très relatif .

Chez nous, en France, la gauche radicale ( ou extrême-gauche ) ce furent, en 1848, Louis Blanc et Ledru-Rollin, en 1870, Gambetta et V. Hugo, en 1890, Clémenceau et en 1910, Jean Jaurès, explique Jean-François Kahn, dans Marianne ( No 928 ) .

Ce rejet massif par l'oligarchie européenne de la réaction du peuple grec, en termes trop globalisants, est peu intelligent, car il masque le vote censure contre " l'establishment " ( droite et gauche institutionnelles dans le même sac ), contre les élites autoproclamées, devenues des castes, contre les politiques d'austérité auxquelles échappent, en France comme en Grèce, la caste des oligarques, contre le " carcan " européiste qui a tourné le dos, depuis 1992, aux principes fondateurs .

Un terreau dans lequel sont venues s'ensevelir, les unes après les autres, toutes les " social-démocratie " européennes, de Scandinavie à la Grèce, et dont se repaissent aujourd'hui, toutes les forces néo-fascistes du continent .

Il ne s'agit pas, ici, de jouer les " Cassandre " mais ... A quoi a conduit, au Moyen-Orient, l'éradication , sous direction américaine, des régimes socialisants et antioccidentaux ( Nassérisme, Baasisme ), afin de préserver les régimes ultra-conservatismes " capitalisto- théocratiques " mais pro-occidentaux ( Saoudien, par exemple ) ? A l'apparition d'un grand vide que l'islamisme politique et radical s'est vite empressé de remplir .

La victoire du dogme génère toujours le triomphe de l'horreur !

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 14:46
franceitalia.wordpress.c...

franceitalia.wordpress.c...

" La Grèce a commis quelques erreurs, mais l'Europe en a commis de plus grosses encore ... Le traitement infligé aux Grecs fut un poison " . ( Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie ) .

F. Hollande ragaillardi, après avoir recouvré, en partie, l'affection des Français, grâce à son comportement à la suite des attentats, déroule sa séquence d'entrepreneur de l'unité nationale, de gilet pare-balles face aux terroristes, de " père de la Nation ", et presque de Jeanne d'Arc ayant redonné à la France son honneur mais semble vouloir tirer un peu trop sur la corde . Nous verrons quelle tonalité il va donner à sa conférence de presse, cette semaine, mais tout laisse à penser qu'il jouera encore sur la fibre des " valeurs " qui lui permet de s'évader provisoirement du " marigo " économique où il n'y a que des coups à prendre .

Manuel Valls a senti que F. Hollande commençait à en faire trop et a sorti sa déclaration sur une France de " l'apartheid ", très polémique, mais qui avait un objectif, à savoir, planter un coin dans le lénifiant discours d'unité, présidentiel .

N. Sarkozy s'est retrouvé largué de cette séquence, ne trouvant aucune réponse crédible aux évènements, donnant l'impression d'avoir reçu un coup de massue, en ne pouvant jouer au " sauveur ", ce qui le rend encore plus dangereux que d'habitude, car capable de tout . L'humiliation que lui a infligée cette semaine, à Berlin, A. Merkel, en ne le recevant qu'avec des égards très mesurés, n'a pas dû arranger les choses .

F. Hollande donne l'impression de croire, à nouveau, en sa bonne étoile : ne s'est-il pas réjoui de la victoire en Grèce du mouvement Syriza, affirmant, sans rire, en Conseil des Ministres : " La victoire de Siryza va tout à fait dans la direction que je défends depuis mon élection " . Il est le premier chef d'Etat à inviter Alexis Tsipras , à Paris, sans tarder, alors qu'auparavant, il n'avait jamais répondu aux courriers du nouveau Premier Ministre grec et avait toujours refusé de le recevoir .( Le Canard Enchaîné du 28 janvier 2015 ) .

Admirons au passage l'élégante formule d'un conseiller du Président : " Hollande peut faire un bon usage du Grec ", ( Zoadig Quéméner, Marianne No 928 ) qui revient à dire que Hollande se voit en " médiateur naturel ", entre l'Europe du sud, anti austérité, et l'intransigeante Europe du nord, et prendre un rôle de " statue du commandeur " d'une nouvelle Europe . Il a cru voir s'ouvrir, avec la victoire de Syriza, une fenêtre de tir pour faire bouger les lignes . Piètre analyse !

Jean-Luc Mélenchon tient la palme de la sottise avec son " nous avons gagné ", au soir des élections législatives grecques et son identification surréaliste au peuple grec .

Entre la Grèce et la France, les différences sont si importantes, tant sur le fond culturel ancien que sur la situation économique actuelle, que tout rapprochement devient un non-sens .

D'un côté nous avons un pays né de l'union de cités ancestrales, de l'autre, un Etat qui s'est fait avant la Nation; là-bas la crise provient d'une régression économique, ici, nous vivons une dépression nationale de nature politique et existentielle . La victoire de Syriza a comme déterminant la question sociale, avec une réponse antilibérale d'un pays en état de choc, aux mesures économiques et budgétaires imposées par l'Union Européenne . La Grèce jouait sa survie .

En France, l'Etat social tient encore debout, même si la question de savoir jusqu'à quand reste posée . La frange la plus laminée, économiquement et culturellement, n'y représente pas plus de 10% .

Ces contextes contrastés donnent une réponse à la question de certains médias : " Pourquoi la Grèce a-t-elle Syriza et la France le Front National ? " . On peut relever avec le démographe Emmanuel Todd, qu'en la circonstance, la France est, avec l'Allemagne, du côté des rançonneurs .

En Grèce, le peuple tombé au plus bas accuse sa classe dirigeante et revendique le pouvoir pour changer de politique . Les milieux populaires français n'en sont pas à ce stade avancé de désagrégation économique et sociale ; " Ils ont seulement peur de tomber " . Ils dédaignent donc le discours, que les médias leur présentent comme révolutionnaire, et qui n'atteint qu'une frange des classes moyennes, la plus politisée .

Dans ce contexte, il faut comprendre le succès actuel de Marine Le Pen qui ne représente pourtant aucune alternative crédible au système, comme une tentative ultime, pour des électeurs qui n'ont pas encore tout perdu, de préserver ce qui leur reste, en se distinguant de l'étranger, du musulman .

Il faut bien voir que, si un jour, la France était confrontée à une crise à la grecque, la réaction populaire, dans un vieux pays égalitaire, serait autrement plus violente qu'en Grèce . Elle oublierait vite l'immigré pour se retourner contre la finance, privée ou d'Etat .

Et cela, " le Commandeur " le sait . Mais tant qu'il refusera, comme nos élites, d'admettre que la société se fait " par le bas ", Marine Le Pen continuera de prospérer, comme le montre le dernier sondage où elle caracole au dessus des 30% d'intentions de vote, gagnant entre trois et cinq points, alors que sa propre gestion des jours qui ont suivi les attentats de Charlie Hebdo et de la Porte de Vincennes a été calamiteuse .

Il faut que tout le monde se calme . Le sondage IFOP publié dans le Figaro du 21 janvier ne doit pas être pris à la légère . On y apprend que " la carte des mobilisations anti-attentats, du 11 janvier, dans les principales villes de France est l'inverse des cartes de l'implantation du FN, de l'abstention et du non au référendum de 2005 " . A méditer !

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 15:08
Monument à la mémoire des martyrs des rafles du Veldiv' .

Monument à la mémoire des martyrs des rafles du Veldiv' .

" Ils étaient contraints de rentrer dans le silence " . ( Marguerite Duras, " Le square ", 1955 . A propos du retour des déportés, en 1945 ) .

(1) . Chapitre2, du livre de Jean Ziegler, " La haine de l'Occident ", Albin Michel, 2008 .

La mémoire collective obéit à des rythmes qu'aucune raison analytique ne parvient à expliquer complètement . De toutes les structures sociales, elle est probablement la plus énigmatique .

C'est le sociologue français, héritier direct d'Emile Durkheim, Maurice Halbwachs, mort en déportation à Buchenwald, qui en a parlé le mieux . ( " La mémoire collective ", Paris, PUF, 1950, œuvre posthume ) .

Comme les individus, les sociétés humaines connaissent l'état de choc, le désarroi paralysant provoqué par une agression extérieure, subie sans préavis, témoignant d'une violence inouïe qu'aucune catégorie préexistante de la pensée sociale ne parvient à éclairer . Or, comment réagit une société en état de choc ? En évacuant, au plus profond de sa mémoire l'évènement destructeur que sa conscience ne parvient pas à maîtriser . Il existe donc des mémoires claires et des mémoires obscures .

L'écrivain Jean Duvignaud, exégète d'Halbwachs, en résume très bien, la pensée : " Les sociétés historiques possèdent des mémoires qui provisoirement échappent à l'histoire " .

Plus un évènement est traumatisant pour une société, plus profondément celle-ci l'enfouit dans sa mémoire . La conscience collective doit alors lentement apprivoiser l'horreur vécue . Ce n'est qu'après une longue période de maturation que la communication deviendra possible, que l'horreur vécue se transformera en objet d'analyse .

C'est pourquoi, il fallut attendre deux générations, pour que l'on se mît à parler vraiment de la "Shoah " .

Maurice Halbwachs, nous prévient : " On est assez étonné lorsqu'on lit les traités de psychologie, où il est traité de la mémoire, que l'homme y soit considéré comme un être isolé ... Car c'est dans la société que, normalement, l'homme acquiert ses souvenirs, qu'il se les rappelle, qu'il les reconnaît et les localise ... et qu'ils lui sont rappelés du dehors ... Nos souvenirs nous reviennent lorsque nos parents, nos amis ou d'autres hommes nous les rappellent ... " .

Cette analyse nous appelle, tout simplement, à la vigilance quant au poids que la société exercera sur la sélection que nous opèrerons à l'endroit de nos souvenirs personnels .

Les tueries de " Charlie Hebdo " et du " super casher " de la porte de Vincennes, sont à inscrire dans ce " processus de désarroi paralysant ", et " d'enfouissement au plus profond de notre mémoire ", enfouissement auquel nous devons résister - en prenant appui sur les leçons de " l'enfouissement " précédent - sinon, dans quelques années, ces drames ne nous apparaîtront plus pour ce qu'ils furent .

Pourquoi ? Parce que les " filousophes " * sont déjà à l'œuvre .

Certains, qui ont défilé le 11 janvier, arborant le panneau " Je suis Charlie ", commencent à se défiler, aujourd'hui . ( Le journaliste de Marianne, Laurent Nuñez, en donne une liste non exhaustive, No 928 ) .

Le Maire de Villiers-sur-Marne, qui a interdit, pendant quelques jours, la diffusion dans les salles de cinéma de sa ville, le poétique film " Timbuktu " - par ailleurs nommé pour l'Oscar du meilleur film étranger - . Peut-on encore diffuser, en France, un film qui ridiculise l'islamisme ?

La DGSI ( Sécurité Intérieure ) qui a vivement conseillé d'annuler les soirées débats, à Nantes et à Neuilly, autour de la projection du film " Apôtre " . Peut-on encore diffuser, en France, un film où un jeune musulman se convertit au christianisme ?

Le musée " Hergé " de Louvain-la-Neuve, en Belgique, qui vient d'annuler exposition consacrée à la caricature .

Le très moderne comédien, Laurent Deutsch, qui propose de rétablir en France le délit de " blasphème " .

Le courageux dessinateur Philippe Geluk, pourtant ami des victimes, qui s'est ému, sur Europe1, de la couverture du " Charlie Hebdo des survivants ", qu'il a jugée " dangereuse ", ce dessin de Luz, pourtant d'une intelligence folle .

Le refus du New York Times et d'autres journaux de publier la " Une " de Charlie Hebdo, refus jugé " répugnant ", par l'écrivain américain Russell Banks, alors qu'ils n'avaient pas hésité à publier les photos d'une autre œuvre qui avait fait scandale, un crucifix dans un vase d'urine . Mais il est vrai qu'ils ne craignaient pas que des catholiques s'en prennent à leurs locaux .

( La caricature de F. Hollande affublé de la moustache d'Hitler, du journal marocain EL Watan, est la proposition converse des renoncements qui précèdent ) .

Et puis viennent les " vrais filousophes " *, ceux qui sont appointés par le système, et qui entendent nous enfermer dans un syllogisme faussement rationnel, parce que compassionnel, et que dénonce le philosophe Jean-Claude Milner .( Marianne No 928 du 30 janvier 2015 ) .

" Dans les pays européens, les musulmans sont, dans leur majorité pauvres et pieux . L'Islam est donc la religion des pauvres . Par conséquent :

A) On ne saurait retirer aux pauvres leurs croyances religieuses .

B) Quand les pauvres prennent les armes ils ne font qu'exercer leur droit de révolte .

C) Si leurs croyances religieuses les encouragent à s'armer, elles sont excusables .

D) Donc, toute demande injustifiable est justifiée dès lors qu'elle se réclame de l'Islam, car la condamner, c'est stigmatiser les pauvres ... " .

On ne lutte pas contre l'islamisme par des incantations sur le partage et le vivre ensemble, incantations qui ne font que masquer la difficulté . La mémoire collective " désenfouie " nous apprend que sur le terrain religieux, les liens communautaires sont toujours les plus forts .

La haine qui se répand sur " les réseaux asociaux " depuis les attentats, contre la France et les Juifs, doit nous inquiéter . Non, elle n'a plus pour terreau " les frustrations sociales " qui ont eu bon dos, elle prend sa source dans une mémoire collective que les islamistes ont réussi à désenfouir, question qui prend un tour tragique pour la grande majorité des musulmans .

Les frères Kouachi ne sont pas sortis des locaux de Charlie Hebdo en hurlant " nous avons tué la liberté d'expression " mais en clamant " nous avons vengé le prophète " .

La lutte contre ce retour de la haine passe, bien sûr, par des mesures matérielles dont certaines sont simples, mais avant tout par ce que j'appellerai " un prosélytisme républicain " tout droit issu de notre mémoire collective .

* " Les filousophes ", néologisme employé par V. Hugo dans Les Misérables, mais passé inaperçu .

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 16:05
 Angela Merkel souffre de maux de " dette " (1) .

" Nous n'entrerons pas dans un affrontement, mutuellement destructeur, mais nous ne poursuivrons pas une politique de soumission ... " . ( Alexis Tsipras, Syriza ) .

(1) . Titre d'un article du Canard Enchaîné du 28 janvier 2015 .

" Soumission ", le mot de trop : trois jours auront suffi aux marchés pour s'attaquer à la Grèce . Hier, la bourse d'Athènes dévissait de 9,2% et les valeurs des quatre plus grandes banques grecques de 26%, pendant que les taux d'intérêts de la dette à 10 ans, franchissaient la barre des 10% .

Quant aux médias, ils sont dans leur rôle . Depuis trois jours, nous n'assistons pas à une volonté d'analyser ce qui s'est passé en Grèce, ce qu'a voulu exprimer ce peuple injustement " mis en l'encan " ( in quantum : au rabais ) . Non ! Les medias poursuivent leur propagande raciste anti-grecque, ce peuple qui a bien cherché ce qu'on lui a infligé, et l'on alimente notre égoïsme - on devine aisément à quelles fins - en ne cessant de nous montrer ce que " va " coûter, à chaque Français, l'effacement de la dette grecque, chiffre qui n'est jamais le même, d'ailleurs . Comme si l'effacement de cette dette était déjà un fait acquis . Et quand bien même !

L'intransigeante Allemagne a-t-elle toujours bien acquitté ses dettes du passé ? Eh ! bien, pas vraiment ! Après la première guerre mondiale, l'Allemagne était supposée régler la bagatelle de 132 Mds de marks-or ( l'équivalent de 2500 Mds d'€ ) au titre des réparations pour dommage de guerre . Mais d'annulations partielles en reports de paiement , le montant se dégonfla, au fil des années, et l'Allemagne ne remboursa que quelque vingt milliards .

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l'Allemagne, censée payer les nouveaux dégâts, n'eut de cesse que de faire baisser la note et de repousser les échéances . En 1953, lors d'une Conférence internationale, réunissant 20 pays créanciers de l'Allemagne - dont la Grèce -, ( Le Figaro du 27/01/2015 ) ceux-ci acceptèrent d'effacer la moitié de la dette allemande, et de reporter le paiement du reste jusqu'à la réunification du pays, fort hypothétique objectif, à cette date .

Cependant, quand cette réunification arriva, en 1990, l'Allemagne reprit ses tergiversations, et le dernier paiement, du solde, n'intervint qu'en 2010, vingt ans après . Et encore faut-il préciser que les milliards prélevés par le IIIe Reich, au titre des " indemnités d'occupation ", les pays occupés ayant à pourvoir à l'entretien de l'armée allemande, n'ont pas été remboursés . Daniel Cohn-Bendit évalue cette dette à 80 Mds d'€, Jean-Luc Mélenchon au double .

Quand en 2010, la Troïka fond sur la Grèce, les coups de l'austérité pleuvent sur la santé, l'éducation, les transports, mais épargnent miraculeusement la Défense . Le budget de la défense de la Grèce reste un des plus élevés parmi les pays de l'OTAN, en pourcentage du PIB, note un rapport de la FDIH ( Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme ) . C'est que, les deux principaux pourvoyeurs d'armements à la Grèce sont l'Allemagne et la France, qui n'entendent pas lui faire cadeau de ces livraisons .

La coalition " Syriza " a-t-elle tort de vouloir mettre fin à une austérité dévastatrice, imposée par l'Europe ? Alexis Tsipras mène-t-il à Athènes une deuxième Révolution d'Octobre, prépare-t-il une nouvelle " prise " du Palais d'hiver ?

Il veut simplement appliquer ce que tous les économistes non-inféodés préconisent : avec le retour de la croissance, le déficit se réduit progressivement . Il est essentiel de relancer l'activité .

A l'issue de la deuxième guerre mondiale, la dette publique mondiale était très élevée : entre 120% et 300% des PIB, selon les pays et leur implication dans le conflit . Grâce à la croissance des année 1950- 1960, elle s'était réduite comme peau de chagrin pour revenir à des taux oscillant entre 23% et 30% .

Qu'ont fait les EEUUU, après 2009 ? Ils ont laissé filer les déficits afin de maintenir une croissance soutenable, les poussant jusqu'à 12,8% du PIB ; en 2012, ils étaient encore de 9,3% . Peut-on dire qu'ils s'en sortent plus mal que l'Europe ? Ce serait plutôt le contraire . L'Europe lorgne vers la reprise américaine pour essayer de se raccrocher à elle .

Alexis Tsipras ne se propose d'appliquer que ce que proclame le bon sens : la vraie règle d'or des finances publiques . Il est légitime de financer par la dette les investissements publics qui seront utilisés pendant de nombreuses années . En France, par exemple, cela justifie un déficit de 2,5% du PIB, en situation conjoncturelle normale, expliquent " Les économistes atterrés ", dans leur nouveau Manifeste .

Même le FMI avait dû reconnaître, en 2013, que tout euro de baisse de la dépense publique, diminuait l'activité de bien plus d'un euro, donc faisait augmenter mécaniquement le chômage .

L'Etat doit continuer à soutenir l'activité tant que la reprise n'est pas là . En 2013, la France a payé 45,5 Mds d'€ d'intérêts, mais le déficit , financé par émission de dette, s'est élevé à 89 Mds : si la France avait renoncé à la dette, elle aurait dû se priver de 43,5 Mds d'€ de financements . Imaginons-en la traduction concrète : chômage encore plus élevé, fermetures d'hôpitaux, réduction massive des remboursements de la SS, baisse des salaires et des retraites, exactement le traitement infligé à la Grèce .

Mme Merkel peut bien brandir une main menaçante, indiquant un chemin qui serait, pour elle, l'unique chemin viable, elle ne cherche qu'à nous maintenir dans l'erreur .

Les Grecs n'ont fait que lui dire, dimanche dernier, qu'il y en avait un autre, et que de toute façon, vu le traitement qu'elle leur avait infligé, ils n'avaient plus rien à perdre .

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 14:51
Photo, L'Obs  .

Photo, L'Obs .

" Ce qu'Auschwitz a nié, nous avons le devoir de le réaffirmer, c'est à dire, prouver l'homme contre Auschwitz ... " proclame l'écrivain italien et ancien déporté, Primo Lévi , dans son livre " Si c'est l'homme ... ", traduction française de : Qu'est-ce qu'un homme ? ..." .

Primo Lévi, n'a eu de cesse de rappeler, toute sa vie, que nous sommes tous, intellectuellement et moralement parlant, les survivants de l'holocauste, ce trou noir où s'est perdue à jamais une part de la conscience humaine .

" Auschwitz, 70 ans " nous rappelle que le nazisme organisait la mort en vertu de la négation foncière de l'humanité .

Le tatouage, les wagons à bestiaux, l'exploitation des cadavres comme une matière première, l'usage d'un gaz primitivement utilisé contre les punaises et les poux, l'interdiction des cuillères contraignant les déportés à laper leur soupe, ne sont pas à considérer comme des privations de libertés " ordinaires ", ce sont l'expression directe de la réduction de l'humain au non-humain .

L'encyclopédie de Diderot et D'Alembert propose une très éclairante distinction : " La négation désigne l'absence d'un attribut qui ne saurait se trouver dans le sujet parce qu'il est incompatible avec la nature du sujet, la privation affecte ce qui se trouve ordinairement dans le sujet parce qu'il est compatible avec la nature du sujet " .

Dans le poème qui sert d'introduction au roman " Si c'est un homme ...", Lévi écrit :

" Considérez si c'est un homme / Que celui qui peine dans la boue / Qui ne connaît pas de repos, / Qui se bat pour un quignon de pain Qui meurt pour un oui ou pour un non /Considérez si c'est une femme / Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux / Et jusqu'à la force de se souvenir, Les yeux vides et le sein froid ... " .

Reprenant, l'une après l'autre, les sept négations qui concourent à la démolition d'un homme, le poète italien nous invite à désigner, pour chacune d'elles, son altérité antagoniste, afin de faire apparaître " l'introuvable empreinte de ce qui fait l'humanité de l'être ", à savoir : l'intégrité physique, la solidarité et la fraternité, la valeur absolue de la vie, l'identité et l'indivisibilité, la conscience de soi et du monde, la capacité d'accueil et la capacité du don .

Il cite les exemples de déportés, ayant fait de leur vie au camp, une lutte quotidienne contre la négation : cette volonté farouche de rester propre quand bien même cela était impossible, inutile et à première vue absurde, un rituel de la toilette devenu un rituel du respect de soi .

Tel celui qui refusait la soumission et la démission, et qui s'obstinait, chaque jour, par un geste, un mot, un rire, à faire un trou dans le tissu rigide du camp, ou son camarade qui avait gardé pure et intacte son humanité et s'attachait, au quotidien à se montrer bon envers tout le monde ...

Ou Primo Lévi, lui-même, s'acharnant à reconstituer furieusement, vers après vers, dit-il, la Divine Comédie de Dante, afin d'apporter la preuve la plus péremptoire et la plus émouvante de la survivance de l'humanité , même dans un camp de la mort , et avouant que par moments, il aurait donné sa soupe du jour pour un vers retrouvé .

Jusqu'à sa mort Lévi ne cessa d'écrire, car le livre était devenu, pour lui, l'affirmation d'une humanité reconquise . Le livre c'est à dire l'art, c'est à dire l'intelligence et la conscience du monde, le livre indissociable du concept d'humanité, mais aussi, certainement, le livre pour reconstruire ce qu'Auschwitz avait brisé en lui .

Rappelons que les nazis, avant d'exterminer les juifs, avaient commencé par brûler les livres .

Ecoutons ce dernier message de l'écrivain : " Ceux qui oublient leur passé se condamnent à revivre ce passé " .

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 14:35
Libération.fr

Libération.fr

" Dans les milieux conservateurs allemands on préfère une Grèce exsangue et dévaluée plutôt que vivante et mauvaise payeuse ... Exit, la Grèce " .

Durant toute la soirée d'hier, à l'écoute des résultats des élections législatives grecques, j'ai été très impressionné par la dignité affichée par le peuple grec . Pas de marques de joie intempestives, pas de débordements inutiles . Une satisfaction, certes, du devoir accompli, mais rentrée, intériorisée, contrôlée . Car les Grecs savent mieux que quiconque, que la tâche qu'ils viennent de confier à " Syriza " est titanesque, presque impossible : relever leur dignité, bafouée, méprisée, injuriée, depuis six ans, face aux puissances d'argent incarnées par l'Union Européenne .

La " préfète " ( Présidente de Région ) Rena Dourou, 39 ans, figure marquante de la coalition " Syriza ", est à la tête de la Région Attique, la plus étendue, qui représente la moitié de la population grecque et la moitié des ressources du pays, depuis le 1er septembre 2014 . Elle en a fait " un laboratoire grandeur nature " de ce que devra être la gouvernance de " Syriza ", après les élections législatives du 25 janvier 2015 .

A titre de comparaison, l'Attique qui est aussi vaste que le Luxembourg, ne possède que 2200 fonctionnaires - 1000 de moins qu'avant la plongée de la troïka dans les affaires grecques - pour un Budget de 575 millions d'€ . La ville de Paris compte 55000 fonctionnaires et un budget de 8 Mds d'€ .

" Du travail, encore et toujours du travail, car c'est le seul moyen de redonner de la crédibilité à la politique ", telle est la devise de la jeune et très déterminée " préfète " .

Dès sa prise de fonction, Rena Dourou a paré au plus pressé et affronté les situations d'urgence . Elle a, par exemple, fait rétablir l'électricité dans des foyers qui en étaient privés depuis des mois pour cause de factures impayées, mesure aussitôt qualifiée " d'électoraliste et démagogique " par la droite ; elle a fait assurer l'ouverture de toutes les routes de la région lors des terribles inondations du mois d'octobre dernier, à la force du poignet, au prix d'un travail de sept jours sur sept, afin de contrer les tracasseries administratives opposées par les puissantes administrations déconcentrées, nommées par l'Etat de droite, et qui détiennent le pouvoir décisionnel . Rena Dourou a vite compris qu'elles ne lui feraient aucun cadeau .

Tracasseries de tous ordres . Un audit confirme qu'il lui manque cent fonctionnaires de basse qualification pour assurer la garde et le nettoyage d'immeubles, de parcs : les recrutements lui sont refusés .

La publication au journal officiel de la liste des " sous-préfets " nommés par Rena Dourou, une simple formalité, prendra trois semaines .

Quatre jours seulement après sa prise de fonction, les services déconcentrés lui demandent de signer, à la hâte, le projet de budget de son prédécesseur battu, le socialiste soutenu par la droite, Yannis Sgouros .Elle refuse, et à défaut de pouvoir reprendre la totalité de l'architecture budgétaire, elle procède à des aménagements en faveur des politiques sociales : elle fait augmenter le fonds pour l'urgence humanitaire de 9 millions à 14 millions d'€ .

Par contrecoup, cette administration d'état, lui refuse l'impression de cartes de visite à son nom et mentionnant son rang .

Rena Dourou passe outre face aux diktats, chaque fois qu'elle le peut, car elle prend bien soin d'éviter tous les conflits juridiques dont elle sait qu'elle ne pourra sortir victorieuse dans le contexte du moment .

Sa doctrine, qui irrite parfois la gauche de la coalition : " Je n'avais pas promis la révolution, ni de raser gratis . Pour moi, plus que les effets d'annonces spectaculaires, l'important est de montrer pratiquement que je me tiens constamment à l'écoute des besoins les plus prosaïques des citoyens ... ", explique-t-elle .

Cela ne l'empêche pas de dénoncer le fonctionnement d'une déchetterie à ciel ouvert, Fylis, à l'ouest d'Athènes, fonctionnement en contradiction totale avec les directives européennes et d'annuler un projet de son prédécesseur fort alléchant pour les sociétés qui se partagent le juteux marché des déchets .

Elle n'hésite pas à interpeller la Commission Européenne, et à faire savoir qu'elle n'utilisera pas les 1,5 Mds d'€ de fonds structurels européens alloués à sa région selon les critères quasiment imposés par la Commission : avec sa petite équipe de conseillers, elle reprend tout le dossier et réoriente le projet : booster les PME créatrices d'emplois ; mise sur pied d'une carte de la pauvreté de sa région ; investissements dans la rénovation des infrastructures laissées à l'abandon par ses prédécesseurs .

Bruxelles cède, une victoire pour Rena Dourou, peut-être le signe de nouveaux compromis possibles avec Bruxelles, dans un cadre devenu, depuis hier, national .

J'entendais, hier soir, les résultats d'un sondage, indiquant que 61% des Français étaient favorables à ce que l'Union Européenne retire immédiatement, de Grèce, la troïka ( BCE, Commission, FMI ) afin de respecter le choix du peuple grec : résultat réconfortant !

Si l'Europe n'est pas capable d'un tel geste, elle devra assumer devant ses peuples le fait qu'elle a définitivement renoncé à être une institution démocratique .

NB : d'après l'article du journaliste Alain Léauthier " Quand Syriza gouverne ", Marianne du 16 janvier 2015, No 926 .

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 14:35
" L'institutrice du peuple " (1) .

" Généreux amis de l'égalité, de la liberté, réunissez-vous pour obtenir de la puissance publique une instruction qui rende la raison populaire ou craignez de perdre bientôt tous les fruits de vos nobles efforts . N'imaginez pas que les lois les mieux combinées puissent faire d'un ignorant l'égal de l'homme habile et rendre libre celui qui est l'esclave de ses préjugés " ( Condorcet ) .

(1). " La République doit être l'institutrice du peuple ", ( Jules Barni, philosophe et député, 1818- 1878 ) .

" L'école républicaine " est envoyée au front, mais ne nous enfume-t-on pas avec un slogan dont aucun politique n'est capable de nous donner une définition claire, tout simplement, parce que depuis trente ans, on en a déconstruit l'architecture ?

La thèse républicaine fondatrice, qui suit, a été attaquée de toute part : le progrès des lumières politiques est conditionné par le progrès des lumières générales donc par le progrès de l'instruction publique .

Cette thèse est remarquablement résumée par Condorcet : " Même sous la Constitution la plus libre un peuple ignorant est esclave " .

Condorcet mettait déjà le doigt sur la contradiction dans laquelle les politiques plongeraient, un jour, l'école dont il rêvait : une approche pour une école " démocratique ", on pourrait dire social-démocrate, mais certainement pas une approche pour une école républicaine, conforme à l'avis majoritaire après un débat éclairé entre les citoyens .

En trente ans, les consultations sur l'école - associant enseignants, parents d'élèves, élèves et experts de l'éducation - se sont multipliées, plusieurs dizaines, après lesquelles, ce sont toujours les experts qui ont eu le dernier mot .

Je rappellerai seulement celle de Claude Allègre, sur le lycée, en 1998, dont le questionnaire adressé aux lycéens, commençait par cette question, biaisée et démagogique : " Vous ennuyez-vous au Lycée " ? On n'a pas de temps à perdre avec les finalités de l'école républicaine : " Instruire les futurs citoyens pour qu'ils se conduisent eux-mêmes et puissent jouir de la plénitude de leurs droits " ( Condorcet ), non, on fait " parler les jeunes " pour les empêcher de prendre vraiment la parole .

Aussi, fait-on l'apologie des bons sentiments - on organisera les visites de casernes de pompiers, de maisons de retraite, de crèches - pour remettre à plus tard la connaissance des principes ; on fait l'apologie de la " civilité " ( Ségolène Royal, ministre des enseignements scolaires sous le gouvernement Jospin ) pour ne pas instituer une véritable citoyenneté ; on ne bannit pas l'apprentissage du respect, mais c'est un respect réduit à la politesse, et non le respect de l'opinion de l'autre, de toutes les opinions ; on parle des " jeunes " et non pas des " élèves " ; on commence à marginaliser les idées d'instruction, de culture et d'enseignement au profit du " débat permanent entre les opinions des jeunes " ; les activités remplacent les cours ; les projets remplacent les programmes . On va proposer aux élèves " une culture commune des jeunes ", jamais définie, au lieu d'une culture générale de l'humanité . C'est un processus de déscolarisation de l'école qui se met en place au cours des années 1990 , comme si on voulait pactiser avec l'ignorance .

Dans ces années 1990, l'exercice majeur, - au lycée - d'apprentissage à la vie sociale et à la citoyenneté républicaine, la dissertation philosophique, littéraire ou historique, invitant à la confrontation réfléchie des thèses, à l'élaboration programmatique, à l'exposé clair d'arguments, à un effort de mise en forme, fut violemment attaqué par les pédagogistes, restant dès lors fortement décrédibilisé, amputant le lycée de sa mission " de laboratoire d'une opinion publique éclairée " .

N'oublions pas les débats récurrents, comme celui consistant à comparer " les 35 heures de lycéen à l'école " aux 35 heures du travailleur à l'usine : comme si l'on pouvait mettre sur le même plan le travail scolaire qui est formation personnelle et culture générale et certainement pas productivité marchande immédiate .

N'oublions pas les débats sur " l'école qui doit diffuser des savoirs ", alors que les " savoirs " ne s'adressent à personne, contrairement aux disciplines scolaires qui sont des connaissances précises adressées à des élèves réunis dans des classes, aux fins de les recevoir .

La langue des " Sciences de l'éducation " est symptomatique de la démarche engagée, tourner le dos au modèle républicain : on parle des " jeunes " et non pas des élèves, disions-nous ; on parle de " personnes ressources " et non plus de professeurs ; de " savoirs " et non de disciplines scolaires ; de " culture commune " et non de culture générale ; " d'activités " et non de cours ; de " sensibilisation " et non d'instruction .

On enrichit cette " novlangue " d'épithètes bien pesées : les programmes " trop chargés " ; les disciplines " repliées sur elles-mêmes " ; le baccalauréat , " une loterie coûteuse " ; la correction des professeurs " subjective " ; " traumatisante ", la notation chiffrée ...

Pour son malheur, les " docteurs " en charge de la santé de l'école républicaine, avaient décidé de remplacer Condorcet et Jules Ferry par Baden- Powell, processus où l'aphorisme du philosophe Alain vient prendre toute sa place : " On berce au lieu d'instruire " !

L'école, à un certain moment, a frisé le " boy-scoutisme ", il vaut mieux le savoir .

D'un partage imposé des bons sentiments on ne tirera jamais la moindre définition d'un principe ; la réalité exige une étude sérieuse, approfondie, critique ; si l'on y préfère une confrontation ludique d'impressions furtives, on n'a plus besoin d'apprendre ou d'enseigner .

Dans l'école démocratique - et non républicaine - où l'on joue le " tout préventif ", où l'on accepte que l'acte répréhensible puisse rester " impuni ", pourquoi s'étonner de la montée de la violence ?

De renoncements répétés, en mystifications idéologiques confortées par les manipulations pédagogistes, nous avons oublié que l'école républicaine devait former " une raison publique critique et éclairée " .

Et maintenant, on exige d'elle qu'elle répare tous les errements politiques de ces trente dernières années, ceux de nos gouvernants, ceux des intellectuels, ceux de l'aristocratie médiatique ... tous ceux qui ont voulu maquiller en progrès sa dégradation .

Comment les professeurs pourront-ils " élever " vers un débat organisé, éclairé, critique et respectueux des opinions différentes, des élèves de troisième qui n'ont que " 500 mots " à leur disposition, sur des thèmes aussi lourds que république, religion, liberté de conscience, liberté d'expression, séparation des églises et de l'état, dogme, raison scientifique mais aussi assassinat, tuerie ou terrorisme ?

Pas par du " replâtrage ", Madame la Ministre, comme semblent l'indiquer vos premières annonces . Tout est à reprendre, de A à Z, comme on dit . Et il n'y a aucune minute à perdre .

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