Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 14:00
Dessin de Man : Midi Libre du 13/01, partagée par Manuel Lapert ( FB ) .

Dessin de Man : Midi Libre du 13/01, partagée par Manuel Lapert ( FB ) .

" Toute entreprise qui embauchera des jeunes de moins de 25 ans bénéficiera de l'exonération de la part patronale des cotisations de SS . Un effort de même nature sera engagé en faveur de l'apprentissage . Le deuxième objectif de ce programme est de mieux préparer les demandeurs d'emploi à l'exercice de leur futur métier . Le gouvernement proposera à tous les jeunes qui le souhaitent des formations en centre ... " ( Raymond Barre, Premier Ministre, 1977 ) .

Qui se souvient du rapport Charin de 1992, du rapport de la Martinière-Demarolle de 1996, du rapport Attali de 2007 ou du rapport Gallois de 2012 ? A part quelques spécialistes, personne ! Et pourtant tous prônaient l'allègement des charges sociales payées par les entreprises .

La question de l'allègement des " cotisations sociales des entreprises " ( induement appelées " charges sociales " ) ne date pas d'aujourd'hui : c'est une antienne régulièrement chantée depuis le début des années 1990 par le patronat et nombre d'économistes, expliquant la hausse incessante du chômage et ciblant en particulier leur taux trop élevé au niveau du SMIC, qui paralyse l'embauche .

Sauf que c'est ce qui est fait depuis vingt cinq ans, et que le chômage de masse n'a cessé de grimper .

Les gouvernements Rocard ( CSG ), Balladur, Juppé, dans les années 1990 vont entamer le processus qui ne s'est jamais arrêté depuis, puisque le gouvernement Jospin, ( 1997-2002 ) malgré les promesses, entérinera ces baisses, en ajoutant d'autres, jusqu'à 1,7 SMIC, dans les " Lois Aubry ", en vue d'accompagner la mise en place des 35 heures . ( Rapport du Conseil Economique et Social : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapportspublics ) .

En juillet 1993, Edouard Balladur exonère totalement de cotisations patronales les salaires jusqu'à 1,1 SMIC, et de 50% jusqu'à 1,2, avec une extension progressive jusqu'à 1,6 SMIC .

En 1996, Alain Juppé fusionne les deux mesures ce qui permet une réduction importante des charges qui touche les salaires de 5 millions d'employés et abaisse le coût du travail au niveau du SMIC de 12% ( Cf. les graphiques du Ministère du Travail, publiés en 2005) .

En 2003, le gouvernement Raffarin, fusionne toutes ces mesures, dans une loi du 17 janvier 2003, appelée " Réduction Fillon " qui diminue de 26 points le taux des cotisations pour les employeurs, au niveau du SMIC , taux porté à 28 points, en 2007, sous N. Sarkozy .

A ce propos, les grilles officielles de l'URSSAF, au 01/01/2016, sont révélatrices : pour un SMIC à 1466 €, brut mensuel, la " réduction Fillon ", représente 416 €, non plus payée par les entreprises mais par les contribuables, à travers l'IRPP ( Impôt sur le revenu ), la TVA et la CSG

Le coût de ces allègements explose, représentant, en 2009, un manque à gagner pour l'Etat de 22,9 Mds d'€, explique un rapport parlementaire : ( http://www.tresor.economie.gouv.fr/4578_tresor-eco-n97-les-allegements-de-cotisations-sociales-patronales-sur-les-bas-salaires-en-France-de-1993-a-2009 ) .

Le rapport entre le coût des mesures et leur effet sur l'emploi ne convaint pas les élus . Et cependant, les gouvernements successifs n'en restent pas là et continuent à mettre en place, à côté des exonérations de charges, des dispositifs fiscaux ( niches fiscales ) destinés à aider les entreprises ou carrément, comme N. Sarkozy en 2010, à supprimer certains impôts : ainsi d'une partie de la Taxe Professionnelle, qui rapportera aux entreprises 8 Mds d'€, tout de suite .

Dans un rapport de 2010, le Conseil des Prélèvements Obligatoires ( CPO ) et la Cour des Comptes en recensent 293 contre 252 en 2002 .

Selon ce même Conseil, ( lire " L'état de la France 2011-2012 " aux Ed. La Découverte ), tous ces dispositifs dérogatoires, mis bout à bout, représentent 172 Mds d'€ qui ont basculé dans le budget de l'Etat en 2011, alors que le déficit atteignait 148 Mds .

Et, là-dessus, F. Hollande va ajouter sa contribution, et il ne lésine pas : les 40 Mds d'€ du CICE, sur trois ans, accordés aux entreprises, seront transformés à partir de 2018, en abaissement de charges définitif . ( Discours du 18 janvier devant le CESE ) .

Pierre Gattaz a dû faire mine de ne pas pavoiser, tant le cadeau est énorme .

Qu'il nous soit permis de mettre en face d'un tel chiffre, un autre, très " émouvant " : pour 2015, les entreprises vont reverser à leurs actionnaires l'équivalent de 56 Mds d'€ de dividendes, sachant qu'elles auront touché, pour cette seule année, 24 Mds au titre du CICE .

Du recensement de toutes ces mesures, on peut tirer un premier constat : moins un employeur paie son salarié, plus il bénéficie de réductions de charges - tandis que le salarié continue de payer plein pot, les siennes -, alors pourquoi voulez-vous que le patron les augmente ?

Mais le pire est ailleurs : c'est le changement de société qui est à la clef de cet alignement de mesures, sur la durée - en apparence purement techniques .

D'une société de solidarité par le travail et la redistribution, nous basculons dans une société du chacun pour soi .

NB : Les données du billet sont empruntées à l'article de Samuel Laurent, Le Monde du 08/01/2015, " Depuis vingt ans, la France diminue les charges des entreprises " .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Economie
commenter cet article
19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 14:54
" L'économie mondiale pourrait dérailler ... "

" Le FMI se dit inquiet d'un risque de déraillement, en 2016, de l'économie mondiale en pleine tempête boursière, si les transitions importantes de l'économie ne sont pas bien gérées " .

Le Fonds vient d'abaisser ses prévisions de la croissance mondiale en 2016 et 2017, de o,2% , pointant la situation " périlleuse " de nombreux pays émergents, guettés par un " ralentissement généralisé ", alors que ces pays représentent plus de 70% de la croissance planétaire .

Le premier d'entre eux, la Chine, qui a engagé une difficile transition davantage tournée vers la consommation intérieure, en vue de se protéger de chocs sociaux devenus inéluctables, est prise dans une cascade de krachs boursiers qui ont fait dévisser les marchés mondiaux . En outre, la chute historique de la croissance chinoise à 6,9% ( officiellement ), mais plus prés des 3% ( officieusement ), et alors que la Chine est devenue la 2e puissance économique du monde, fait peser sur les autres pays émergents qui profitaient de son appétit insatiable pour les matières premières, ou des produits fabriqués tels l'acier, de lourdes conséquences, privant ces pays de précieux relais de croissance et de ressources .

Les prix du pétrole qui sont tombés en-dessous des 30$ le baril, du jamais vu depuis 13 ans, malgré un court effet d'aubaine, s'atténuent, sur le plan macro-économique, à mesure qu'augmentent les pertes des pays producteurs ( Arabie Saoudite, Russie, Vénézuela, Nigéria ) et que se réduisent les investissements dans l'extraction de pétrole et de gaz .

A cela, il faut ajouter la remontée des taux américains sur l'achat de dollars qui provoque un reflux de capitaux vers les EEUU et saigne à blanc ces pays émergents qui en avaient terriblement besoin pour les investissements nécessaires .

Le fonds revoit également à la baisse de 0,2% le taux de croissance de la France, en 2016, accordant à la zone euro, un petit 0,1% d'amélioration, mais situant cette croissance à 1,7% seulement, niveau insuffisant pour une création massive d'emplois . L'UE gardera donc ses 20 millions de chômeurs, " en stock ", pour employer le vocabulaire délicat des économistes .

Petite " pique ' à l'optimisme du Président Hollande écartant d'un revers de main la crise chinoise, comme ne devant pas impacter notre économie .

Tout cela, c'est de la " macro-économie " . Mais ce que ne dit pas le FMI - car ce serait toucher le coeur du réacteur - c'est que la catastrophe ferroviaire - pointe, effectivement, mais c'est du côté de la finance qu'il faut la dénicher .

Souvenons-nous ! La crise financière débute, en 2007, avec la faillite de deux fonds spéculatifs de la banque américaine Bear Sterns . Du fait du retournement du marché immobilier de nombreux souscripteurs réclament en même temps la récupération de leurs avoirs . Incapables de rembourser, les deux fonds font faillite, puis des banques de taille moyenne, puis la grande banque Lehman Brothers ... Les bourses mondiales dévissent et tout cela se termine par la plus grosse crise financière depuis la crise de 1929 .

Or, en décembre dernier, les observateurs avisés, ont relevé le même phénomène, outre-atlantique : des fonds spéculatifs, le New-Yorkais Third Avenue ou Stone Lion, ont mis la clef sous la porte dans l'incapacité de faire face aux demandes soudaines et massives de retraits de fonds .

Bien sûr, cela ne pourrait être qu'une simple coïncidence, si ces deux événements n'intervenaient dans un contexte financier extrêmement similaire . Les banques centrales ont inondé l'économie mondiale de liquidités, soignant le mal par le mal, et provoquant la formation de bulles en injectant cet excès d'argent dans le système . Si l'économie américaine semble avoir redémarré, la réindustrialisation reste un leurre, quant à l'Europe, elle a le plus grand mal à sortir de la déflation dans laquelle l'empilement de plans d'austérité successifs, l'a plongée .

La coopération internationale qui devait primer après 2008, à travers le G20, n'a été qu'une entourloupe, et c'est la guerre de tous contre tous qui l'a emporté .

La finance devait être régulée et réformée . En fait, les problèmes ont été transférés des grandes banques, dites systémiques, mieux surveillées, vers " une finance de l'ombre " , encore moins régulée que les grandes banques d'avant 2008 . Selon le " Financial Stabilty Board ", le " shadow banking " représente, fin 2015, 80 000 milliards de $, soit plus de 50% des actifs financiers et de 120% du PIB mondial ( contre 50 000 Mds en 2007 ) . Autant dire que, dans un contexte d'accélération, toujours plus grande, des transactions financières, l'opacité et l'instabilité du système financier n'ont fait que se renforcer .

C'est d'ailleurs le célèbre spéculateur Georges Soros, qui le dit : " La situation actuelle est très semblable à celle de l'époque " .

Et peut être suffira-t-il d'un " cygne noir " , un de ces fameux événements imprévisibles, pour amorcer un nouveau mouvement de panique .

Et, dans une telle situation, notre pays dont le tissu économique et social a tant de mal à se remettre de la précédente crise, aura en effet beaucoup à perdre d'une deuxième secousse .

Les incantations à l'Union nationale et au renouveau patriotique seront de peu d'effet face à un délitement général de la société .

NB : d'après le billet de Benjamin Masse-Stamberger, dans " figarovox ", économie .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Economie
commenter cet article
16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 15:20
denisdonikian.wordpress . com

denisdonikian.wordpress . com

" Si vous voulez que votre livre soit bien accueilli, ne négligez aucune occasion d'y exalter les vertus sur lesquelles reposent les sociétés : le dévouement à la richesse, les sentiments pieux, et spécialement la résignation du pauvre, qui est le fondement de l'ordre " ( Anatole France, L'île des pingouins, 1908 ) .(1) .

Voilà deux ans que le Capitaine Dreyfus a été réhabilité ( 1906 ) . Très amer de voir les politiques retourner à leurs vieilles politiques opportunistes, après une union dans un combat exemplaire pour la justice et la vérité, où Anatole France avait cru lire la promesse future d'un nouveau parti, au-dessus des anciens, moral et exigeant, le grand écrivain, entreprend une charge contre l'histoire et la société, à base de drôlerie et d'ironie, armes si difficiles à manier, mais tellement percutantes .

La courte préface du récit est un véritable jeu de massacre contre les historiens : " On ne sait jamais au juste comment les choses se sont passées et l'embarras de l'histoire s'accroît avec l'abondance de documents . Quand un fait n'est connu que par un seul témoignage, on l'admet sans beaucoup d'hésitation ? Les perplexités commencent lorsque les événements sont rapportés par plusieurs témoins, car leurs témoignages sont toujours contradictoires, et donc toujours inconciliables ...

" ... Les historiens se copient les uns les autres, ( fait dire l'auteur à un historien ), ils s'épargnent ainsi de la fatigue et évitent d'être outrecuidants . Imitez-les et ne soyez pas original . Un historien original est l'objet de la défiance ...

" ... Il faut être bien vain pour écrire l'histoire : il faut avoir de l'imagination ... ( dénoncent les archéologues ) ... "

Anatole France prépare ainsi, sa propre réécriture parodique de l'histoire .

Le saint homme Maël, après bien des tribulations, aborde une île des mers hyperboréennes où l'a poussé une tempête de trente jours . Et là, trompé par sa mauvaise vue, " le vieil apôtre ", " l'évangéliste ", baptise des pingouins, causant ainsi, au Royaume des Cieux, une profonde perplexité, dont Catherine d'Alexandrie tire, heureusement, les élus, en proposant de métamorphoser les pingouins en hommes . Et Anatole France se met à nous raconter l'évolution de la civilisation " pingouine ", de l'origine la plus reculée jusqu'à nos jours, reconstruisant ainsi, l'histoire humaine .

Le débat qui agite les théologiens du Paradis dés qu'il s'agit d'habiller les nouveaux hommes est savoureux : " La loi morale oblige les hommes qui sont des bêtes à vivre autrement que des bêtes, ce qui les contrarie, sans doute, mais aussi les flatte et les rassure . Et comme ils sont orgueilleux, poltrons et avides de joie, ils se soumettent volontiers à des contraintes dont ils tirent vanité et sur lesquelles ils fondent leur félicité présente et l'espoir de leur félicité future . Tel est le principe de toute morale ... " .

La société du désir et de la consommation est déjà toute, dans ce paragraphe !

Et ces pingouins qui ne cessent de se quereller et se battre . Maël en est tout retourné et en demande la raison à un de ses compagnons : " Par esprit d'association, mon père, et prévision de l'avenir . L'homme est par essence prévoyant et sociable . Il ne peut se concevoir sans une certaine appropriation des choses . Ces Pingouins s'approprient des terres ... ( Mais pourquoi avec tant de violence ? interroge le vieillard ) ... Ils créent le droit; ils fondent la propriété ; ils établissent les principes de la civilisation, les bases des sociétés et les assises de l'Etat ... ( Comment cela ? ) ... En bornant leurs champs . C'est l'origine de toute police . Ces pingouins accomplissent la plus auguste des fonctions . Leur oeuvre sera consacrée à travers les siècles par les légistes, protégée et confirmée par les magistrats ... "

Et c'est alors que va surgir le " Grand Pingouin " !

" ... Un grand Pingouin, à la peau blanche et au poil roux, descendait dans la vallée, un tronc d'arbre sur l'épaule . S'approchant d'un petit Pingouin, tout brûlé du soleil, qui arrosait ses laitues, il lui cria : " Ton champ est à moi ! ", et ayant prononcé ces paroles puissantes, il abattit sa massue sur la tête du petit Pingouin qui tomba mort sur la terre cultivée de ses mains ... ( A ce spectacle, Maël s'effare ) ... C'est un crime ! ... Prenez garde, mon Père, ce que vous appelez meurtre et vol n'est que guerre et conquête, les fondements sacrés des empires et sources de toutes les vertus et de toutes les grandeurs humaines ...

" Considérez qu'en condamnant le grand Pingouin, vous attaquez la propriété dans son origine et son principe ... " .

Le bon Maël peut pleurer devant le spectacle qu'il a sous les yeux . Les arguments qui paraissent dérisoires dans la bouche du Pingouin, sont toujours ceux que défendent nos politiciens contemporains, et dans les mêmes termes, tant il est vrai que les pauvres sont toujours trop résignés et que, du coup, les grands Pingouins pensent qu'avec ces gens tout est permis .

" ... Ces pauvres gens instruits dans l'obéissance par leurs antiques oppresseurs et par leurs faux libérateurs du jour, s'en vont la tête basse et traînant la jambe " ... ( Les dieux ont soif, 1912 ) .

Après un Moyen-Age obscurantiste, les Pingouins connaîtront une période de Renaissance artistique et intellectuelle qui sollicitera leur raison .

Mais les Pingouins, dans leurs assemblées citoyennes, et au nom du droit au libre-examen, vont se mettre à évoquer " la pureté de leur race ", la singularité de leur âme, la supériorité de leur Dieu . " Les effets du réveil de l'intelligence chez les Pingouins " , accompliront des merveilles .

" L'idée qu'ils appartiennent à la plus belle race du monde leur inspire un noble orgueil, un courage indomptable et la haine du gendre humain " . La certitude d'être les meilleurs ! A partir de là, " la planète est prête à rouler par morceaux, à travers l'espace ... " .

NB : Textes empruntés au site " Les Oeuvres ", andrébourgeois.fr/ anatole_france_oeuvres .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 15:52
Jules Durand : " La seconde affaire Dreyfus " .Jules Durand : " La seconde affaire Dreyfus " .

" Un verdict scandaleux qui porte au coeur même du prolétariat la menace et l'épouvante " , (Jean Jaurès, aux 6000 ouvriers septembre, vers neuf heures du soir, en un des points les plus mal famés du Havre, rassemblés à Paris, à son appel , le 17 décembre 1910, pour défendre le syndicaliste Jules Durand, condamné à mort par la justice du gouvernement, d'un socialiste, déjà, Aristide Briand ) .

Hommage aux huit de Goodyear !

A peine trois jours après le verdict, Jaurès prend la tête dans les colonnes de l'Humanité, le 28 novembre 1910, de la campagne pour la révision du procès de l'ouvrier charbonnier et secrétaire général du tout nouveau " Syndicat des charbonniers ", Jules Durand, qui vient d'être condamné à mort par la Cour d'Assises de Rouen, pour le supposé assassinat d'un " jaune " : en vérité, une rixe entre ouvriers alcoolisés, devant un bar du port, laquelle aurait été commanditée, selon l'accusation, par Jules Durand .

Jaurès démontera, dans les colonnes de son journal, l'une après l'autre, comme il l'avait fait pour l'affaire Dreyfus, les " fausses preuves " et la " machination " de la Compagnie Générale Transatlantique, employeur des dockers du port du Havre, en grève, à l'appel du syndicat des charbonniers, grève lancée en août 2010 . A cette époque-là, la justice passait très vite !

La puissante mobilisation en faveur de Jules Durand finit par aboutir à sa grâce d'abord, puis à sa réhabilitation, mais J. Jaurès, assassiné en 1914, ne le sut pas, pas plus que le syndicaliste qui était devenu fou, en prison .

" LES PREUVES ", par Jean Jaurès, Editorial de l'Humanité du 5 décembre 1910 :

" Le jury de Rouen s'est manifestement trompé . Non seulement il s'est mépris sur l' application de la peine puisqu'il a été stupéfait quand il a appris que par son verdict il venait de frapper Jules Durand à mort .

" ... Durand est condamné, sans circonstances atténuantes, comme complice du meurtre du contremaître Dongé, tué le 9 septembre, vers neuf heures du soir, en un lieu les plus mal famés des quais du Havre, dans une sinistre bagarre d'ivrognes . Quel est donc le fait qui lui est reproché puisque personne ne prétend qu'il ait participé à la scène du meurtre ? Personne ne prétend qu'il y ait assisté . Personne ne prétend qu'il ait été prévenu que le supposé attentat allait avoir lieu, ou qu'il ait donné aux meurtriers, personnellement, des instructions .

" ... Non : la seule chose qu'on lui impute, c'est d'avoir, trois semaines avant le meurtre, présidant une réunion de six cents grévistes, d'avoir donné le conseil de mettre Dongé à mort et d'avoir soumis cette proposition à l'assemblée qui la vota à l'unanimité, puis d'avoir désigné une vingtaine de grévistes pour la mettre à exécution ...

" ... Il ,y a dans l'accusation un aspect incroyable . S'il était vrai, comme le dit la petite équipe d'accusateurs que les agents de la Transatlantique ont conduite devant le juge et dont le témoignage insensé a perdu Durand, s'il était vrai que la mort de trois hommes, et non un, avait été résolue et qu'une commission ait été nommée pour les frapper, il paraît plus vraisemblable que cette commission eût été désignée en secret . La nommer en public fait connaître à tous, et d'abord aux victimes, les hommes chargés de les frapper . C'est du délire ! Non seulement les magistrats connaissaient ainsi leurs futurs coupables, mais ceux qu'on veut atteindre sont mis en garde et connaissent même, à l'avance, qui va les frapper . J'ai presque honte d'avoir à énoncer de telles évidences .

" ... Une commission d'assassinat constituée publiquement, devant les mouchards de la Compagnie et de la police, forcément infiltrés, dans l'assemblée, devant les alcooliques, les bavards, tous ceux qui sont incapables de garder un secret . Et Durand aurait même fait défiler, devant la tribune du bureau, en clamant leur nom, les futurs tueurs . Cela serait bien vrai, puisque les dénonciateurs les nomment, devant le tribunal ...

" ... Mais alors comment se fait-il que Dongé ait été frappé par des gens qui n'ont jamais fait partie de ces commissions, comment se fait-il que d'autres non-grévistes, prétendument désignés par Durand, n'aient jamais été inquiétés et aient continué à aller travailler tranquillement, traversant les rangs des grévistes, sans se faire accompagner ? " ... Ah ! oui, il a fallu un parti-pris bien étrange, et un dessein bien arrêté d'impliquer Durand et le syndicat pour qu'une accusation aussi inepte ait pu se produire ... " .

Lors du meeting du du 17 décembre, à Paris, Anatole France, futur Prix Nobel de Littérature, envoya ce message aux manifestants : " Prolétaires français, saurez-vous donc vous organiser puissamment, comme on voit partout ailleurs dans le monde s'organiser l'armée ouvrière ? " .

Seule une mobilisation populaire puissante empêchera que les huit syndicalistes CGT de Goodyear, qui ne croyaient qu'à la justesse de leur action, ne soient marqués du sceau des criminels, par un pouvoir qui a " perdu pied " devant une réalité qu'il ne comprend plus .

Allez, " Camba ", encore un petit effort, pour te hisser au niveau de Jaurès !

NB : Textes empruntés au site web " Les amis de Jules Durand " .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 16:39

Réédition ( octobre 2015 ) .

 " Ni dans le domaine social-historique, ni nulle part ailleurs, la création ne signifie que n'importe quoi  peut arriver, n'importe où, n'importe quand et n'importe comment  " . ( Cornélius Castoriadis . Les carrefours du labyrinthe .) . (1) .

( Illustration : indiequebec.com ) .

 

 

malajube.jpg

 

 

   C'est dans un labyrinthe, semé de quelques carrefours, que je vais essayer de vous entraîner, aujourd'hui . La vie politique est certainement un des labyrinthes où les voies de circulation peuvent être les plus enchevêtrées . Et les carrefours, à l'occasion desquels certaines voies, parfois se croisent, y sont souvent peu déchiffrables .

   Voici l'histoire du labyrinthe à travers lequel, durant tout le XXe siècle, " la gauche " française a évolué, s'égarant en maintes occasions, pour finir par disparaître, en ce début de XXIe siècle .

   Ce corpus d'idées politiques, ce panthéon d'hommes illustres, ces conflits avec la réaction, monarchique et catholique, qui construisirent une certaine idée de notre pays, ont perdu tout sens . Pire, le concept de " Gauche " est devenu, aujourd'hui, un concept mystificateur .

 

   L'histoire commence, avec " l'introduction " en France, au cours de XIXe s. , du mot " socialisme ", grâce au journaliste et philosophe, Pierre Leroux . Leroux reprend le terme " socialiste ", en opposition à l'individualisme prôné par la bourgeoisie triomphante : il défend, à partir de ce terme, un socialisme associationniste et mutualiste, " un socialisme républicain qui fasse toute sa place à la liberté, tout en prenant l'idéal d'égalité dans le sens le plus exigeant, les sens social " , un socialisme de l'entraide ouvrière .

   Alors que le rouleau compresseur de la première révolution industrielle s'est mis en route, c'est autour de ces idées  d'entraide , d'association, de mutualisation, que vont se construire les premiers combats de la classe ouvrière .

   C'est pourquoi, d'ailleurs, en 1864, à Londres, est créée - ce que les historiens appelleront, plus tard, la Première Internationale , pour des commodités historiques - , mais qui se dénommait, à sa création " Association Internationale des Travailleurs " , qui réunissait ouvriers anglais et français .  Relevons, pour la petite histoire que les statuts furent rédigés par un certain Karl Marx .

   Parallèlement se développait, en opposition au Second Empire , un mouvement républicain, uni autour des Droits de l'Homme, Droits individuels et Droits collectifs, mais assis sur un Droit, dit supérieur, la liberté d'entreprendre .

   La IIe Internationale, fondée à Paris, en 1889, à l'initiative, avec d'autres, de Friedich Engels, réunissait les Partis ouvriers et les Partis socialistes d'Europe, sur la base de la lutte des classes, consacrant une rupture idéologique, claire, entre socialistes et républicains .

   Il est important, à ce stade, de rappeler que les deux plus grands massacres perpétrés, en France, contre la classe ouvrière, juin 1848 et mai 1871, le furent par des gouvernements républicains .

 

   L'histoire du concept de " gauche ", commence, selon une majorité d'historiens, avec l'affaire Dreyfus . Républicains et Socialistes se retrouvent, aprés quelques hésitations, peu reluisantes, dans le camp des Deyfusards, contre une réaction monarchique, catholique, nationaliste et antisémite, contre l'alliance du " sabre et du goupillon " . C'est le premier carrefour, où ce qu'on commencera à appeler " la gauche ", mais aussi le parti du mouvement, s'en tire , encore, tout à son honneur .  C'est aussi,  le début de la tension " droite- gauche ", qui sera la colonne vertébrale de la politique française du XXe s. 

   Le mouvement ouvrier socialiste qui participait déjà à la vie parlementaire, va entrer dans des gouvernements républicains, avec Alexandre Millerand, pour participer, dans une sorte de " compromis historique " noué avec la gauche libérale et républicaine, pour combattre un ennemi commun : les forces rétrogrades qui pensaient encore possible une restauration de l'Ancien Régime, l'Eglise Catholique qui refusait avec hargne de " perdre sa domination sans partage sur les institutions et sur les âmes " .(2) . 

   Cette Union, engagée au départ, dans un combat noble, le refus de toutes les Institutions oppressives et inégalitaires, allait se perdre, une première fois, dans le carrefour de 1914, dans l'Union Sacrée contre l'ennemi héréditaire - malgré les avertissements de Jean Jaurès qui lui coûtèrent la vie - dans la boucherie la plus ignoble et la plus stupide de l'histoire de l'humanité .

 

   Le parti radical incarnera " l'aile marchante " du progrés durant un demi-siècle, sauf qu'à vouloir incarner le progrés en opposition à l'Ancien Régime, et en accordant à la bourgeoisie - en tant qu'héritage de la Révolution - le rôle de classe progressiste, et refusant à la classe ouvrière le moindre rôle historique, les radicaux, les républicains et une frange des socialistes,  pour garder leur identité originelle de " réformateurs ", vont se faire un devoir d'anticiper tous les mouvements,  perçus comme modernes, qui agitaient la société capitaliste, qu'ils soient conformes ou non à l'intérêt du peuple, ou au seul bon sens .

   Les capitulations des années 1930, jusqu'à Munich - carrefour de toutes les lâchetés -  illustrent parfaitement, cette démarche .

 

   La droite réactionnaire, de l'alliance du " sabre et du goupillon " ayant été définitivement balayée en 1945, à la Libération, -  carrefour, plus heureux pour la gauche, mais il n'y en aura pas d'autre -  ce qu'on appelle, aujourd'hui la droite, ne désigne plus que les adeptes d'un capitalisme financier, sauvage et profondément inégalitaire .

   Les socialistes n'ont nullement, pour un temps encore, l'intention d'abandonner leurs convictions concernant l'ensemble des solidarités traditionnelles, l'importance du lien social, au contraire même, s'appuyant sur les républicains et sur une droite tournée vers un capitalisme familial, ils renforcent les protections, avec la création de la Sécurité Sociale .

   Passons sur le carrefour sans gloire des guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie  . La gauche fait du soulèvement algérien une vraie guerre, en 1956, laissant à l'homme de droite De Gaulle, le soin de faire la paix , mais aprés, encore une fois, bien des morts inutiles .

 

   Et viendront les années 1980, les années Mitterrand . Les socialistes vont chercher un homme de droite pour les représenter, qui réussit à entraîner communistes et radicaux, dans un concept  " d'Union de la Gauche " aussi ambigü,  qu'illisible : en fait un simple outil, pour faire élire Mitterrand .

   C'est le dernier carrefour, mais il est fondamental . C'est dans ce carrefour, que dans un désir irrépressible de continuer à incarner la modernité - mais en niant anthropologie, histoire et antagonismes de classes - le socialisme à la sauce " mitterrandienne ", devient " la gauche ", tout entière .

   Et la dégringolade pouvait commencer . On invente le  concept de " nouvelle gauche ", celle du marché , du contrat et du droit abstrait, celle des individus naturellement indépendants et seulement liés par " des accords privés ; celle des droits de l'homme mais seulement hors de l'entreprise .

   La bataille idéologique fait rage : critiquer les Lois du Marché ou l'Idéologie  des Droits de l'Homme - à sens unique et pour certains, seulement - c'est vouloir le retour des totalitarismes . Se méfier de ces politiques dites de compétitivité, qui fleurissent en ce moment, c'est être ringard .

   La  gauche  ayant renoncé à sa mission émancipatrice, n'est plus la gauche . La gauche estimant qu'elle n'a plus d'adversaire de classe n'est plus la gauche . La gauche ayant abandonné la solidarité au profit de la réussite individuelle n'est plus la gauche . 

   La gauche est juste une nouvelle droite tout juste capable d'instrumentaliser la droite traditionnelle sur des sujets de société où de vieux ressorts ataviques jouent encore .

   " Et si tant de travailleurs votent extrême-droite, ou ne votent plus, c'est qu'ils ont perçu cette triste vérité " . (2) .

 

 

   NB :  (2) .  d'aprés l'interview de Jean Claude Michéa, dans Marianne, No 828, à propos de la sortie de son livre " Les mystères de la gauche ", sortie le 6 mars . 

   

   

 

 

   

Repost 0
Published by regain2012 - dans histoire
commenter cet article
12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 13:45
A haut risque !

A haut risque !

" Lorsque la fortune prépare le bouleversement d'un empire, elle place à sa tête des hommes capables d'en accélérer la chute " ( Machiavel ) .

" La France est bloquée : il faut faire sauter les verrous " : soit ! Les interrogations sur la politique du gouvernement, le constat de son incapacité à répondre aux grandes questions que sont le chômage des jeunes, la ghettoïsation des banlieues, la montée du racisme, le creusement des inégalités sont légitimes et doivent trouver leur place dans le débat public . Mais enfermer ce débat dans le cadre d'une " primaire à gauche ", en vue des élections présidentielles de 2017, est hautement risqué . Son contenu est déjà écrit : un procès en haute trahison de F. Hollande ! Et après ? " Le merdier " !

Mais ne nous affolons pas ! A la fin des fins, la politique, c'est simple comme bonjour , comme nous l'explique, avec une clarté saisissante, le texte suivant de l'écrivain- peintre franco belge, Henri Michaux . ( Extrait de " Face aux verrous ", Poésie/ Gallimard, 1954 ) .

" Soyons enfin clairs ( Arouet ) . Les Ouménés de Bonada ont pour désagréables voisins les Nippos de Pommédé . Les Nibbonis de Bonnaris s'entendent soit avec les Nippos de Pommédé, soit avec les Rijabons de Carabule pour amorcer une menace contre les Ouménés de Bonnada après, naturellement, s'être ralliés avec les Bitules de Rotrarque ou après avoir momentanément, par accords secrets, neutralisé les Rijobettes de Billeguettes qui sont situés sur le flanc des Kolvites de Beulet qui couvrent le pays des Ouménés de Bonada et la partie nord-ouest du turitaire des Nippos de Pommédé au-delà des Prochus d'Osteboule .

La situation naturellement ne se présente pas toujours d'une façon aussi simple car les Oumédés de Bonnada sont traversés eux-mêmes par quatre courants : les Dohommédés de Bonnada, les Odobommédés de Bonnada, les Orodommédés de Bonnada et enfin les Dovoboddémonédés de Bonnada .

Ces courants de pensée ne sont pas, en fait, des bases idéologiques sûres et se contrecarrent parfois, se subdivisent comme on peut le penser, suivant les circonstances, si bien que l'opinion des Dovoddémonédés de Bonnada n'est qu'une opinion moyenne et l'on ne trouverait sûrement pas dix Dovoboddémonédés qui la partagent, et peut-être pas trois, bien qu'ils acceptent de s'y tenir quelques instants pour la facilité, non certes du gouvernement, mais du recensement des opinions qui se fait trois fois par jour, quoique, selon certains, ce soit trop peu, même pour une simple indication, tandis que selon d'autres, des utopistes sûrement, le recensement de l'opinion du matin et de celle du soir, serait pratiquement suffisant .

Il y a aussi des opinions franchement d'opposition, en dehors des Odobommédés . Ce sont celles des Rodobodébommédés, avec lesquels aucun accord n'a jamais pu se faire, sauf naturellement sur le droit à la discussion, dont ils usent plus abondamment que n'importe quelle autre fraction des Oumédés de Bonnada, un usage intarissable ... " .

A la lumière de ce texte, nous pouvons pousser plus loin le décryptage politique de l'année 2016 . L' Union des Nippos de Pommédé préparait " un rapt " idéologique sur l'opinion publique, avec le renfort assuré des grands médias et des instituts de sondage, grâce à leur " primaire " devant départager les candidats à l'investiture pour l'élection présidentielle : ils escomptaient préempter le débat, durant une année entière .

Les Ouménés de Bonnada, inquiets, préparaient un autre " rapt ", tout aussi politicien , avec un transcendant débat sur la Nation, autour de notre " Père " à tous, à coups de roulements de tambours et de plaques commémoratives .

C'était sans compter sur les Rodobodébommédés d'une certaine intelligentsia, toujours prompte à dégainer les " mots " qui tuent : " Primaire à gauche " et à " mettre le souk " dans les moments où tout va très mal .

" Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup ", disait une grand-mère avisée . En cette année 2016, les Rodobodébommédés n'ont pas fini de nous surprendre !

Quant aux Bitules de Rotrarque, ils n'auront qu'à compter les points .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 15:41
François Cavanna, décédé le 29 janvier 2014, juste un an avant ses copains .

François Cavanna, décédé le 29 janvier 2014, juste un an avant ses copains .

" Les " culs-bénits " sont imperméables, inoxydables, inexpugnables, murés une fois pour toutes dans ce qu'il est convenu d'appeler, par politesse, leur " foi " . Arguments ou sarcasmes, rien ne les atteint, ils ont rencontré Dieu, ils l'ont touché du doigt ... " ( Cavanna ) .

Alors que nos sociétés tremblent sous la menace terroriste " d'intégristes religieux ", les religions n'ont jamais été autant convoquées sur la scène du débat politique, par des hommes politiques complètement dépassés par le monstre qu'ils ont laissé croître, et des grands médias en quête de ressources commerciales .

Quand le débat devrait porter sur le " territoire central " de notre géographie républicaine : " la Laïcité ", ce sont les religieux qui sont conviés, à longueur d'antenne, à tenir le " haut du pavé " des dissections philosophiques engagées sur le corps impur du terrorisme religieux . ( Le haut du pavé : la partie de la rue proche des édifices, réservée aux aristocrates, le milieu de la rue, et son ruisseau d'eaux sales, était bon seulement pour le peuple ) .

Il faut bien qu'à la fin, ces chers mécréants, ces athées, ces libres-penseurs, les impies, ces " caves ", si dénigrés, si méprisés en ce début de siècle " où le groin de l'imbécillité triomphante envahit tout ", relèvent la tête et se rebiffent .

Halte à la " curaille universelle ", quelle que soit sa couleur, quels que soient les salamalecs de son rituel : elle porte dans ses bras le terroriste comme la nuée porte l'orage .

C'est ainsi que l'appel de François Cavanna, datant des années 1990, " Lettre aux culs-bénits ", reprend toute son actualité . L'auteur commence sa lettre par un avertissement : " Le titre n'est qu'un un attrape-couillon " . En fait son texte s'adresse à ses " chers mécréants " .

" ... Ô vous, les mécréants, les athées, les impies, les libres-pensseurs, vous les sceptiques sereins qu'écoeure l'épaisse " ragougnasse " (1) de toutes les " prêtrailles " , vous qui n'avez besoin ni du petit jésus, ni d'Allah, ni de Yahvé, ni du Dalaï Lama, ni de grotte de Lourdes, ni de messe en rock, vous qui ricanez de l'astrologie crapuleuse comme des " sectes fraternellement " esclavagistes, vous qui savez que le progrès peut exister, qu'il est dans l'usage de notre raison et nulle part ailleurs, vous, mes frères en incroyance fertile, ne soyez pas aussi discrets, aussi timides, aussi résignés ! ...

" ... Ne soyez pas là, navrés et sans ressort, bras ballants, à contempler la hideuse résurrection des monstres du vieux marécage qu'on avit cru crevant de sa belle mort .

" ... Vous qui savez que la question de l'existence d'un Dieu et celle de notre raison d'être, ici-bas, ne sont que les reflets de notre peur de mourir, du refus de notre insignifiance et ne peuvent susciter que des réponses illusoires .

" ... Vous qui n'admettez pas que des gourous tiarés ou enturbannés imposent leurs conceptions délirantes et, dès qu'ils le peuvent, leur intransigeance tyrannique à des foules fanatisées ou résignées .

" ... Vous qui voyez la laïcité et donc la démocratie reculer, d'année en année, victimes tout autant de l'indifférence des foules que du dynamisme conquérant des fanatismes .

" ... A l'heure où fleurit l'obscurantisme né de l'insuffisance et de la timidité de l'école publique, privée par des hommes politiques irresponsables de moyens, d'autorité, de protection, de vénération .

" ... Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger : écrivons, prenons d'assaut les médias, éduquons nos enfants, saisissons toutes les occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés .

" ... Dieu est à la mode ! Raison de plus de la laisser aux abrutis que toutes les modes hystérisent .

" ... Un climat d'intolérance, de fanatisme, de dictature théocratique s'est installé dans le pays et fait tache d'huile . L'intégrisme islamiste a donné le " La ", mais d'autres extrémismes religieux piaffent d'impatience et brûlent de suivre son exemple .

" ... Si nous n'y prenons garde, le XXIe s. ne sera pas un siècle " mystique ", comme le ressassent les adeptes de mots d'auteur dans les salons et les vernissages, mais un siècle de persécutions et de bûchers ... " .

Il n'y a pas de " Temps des cerises " dans les sociétés où les bûchers des inquisitions, d'où qu'elles viennent, remplacent les réverbères pour éclairer nos nuits perpétuelles .

PS : " Lettre ouverte aux culs-bénits ", François Cavanna, 1994, Albin Michel .

(1) . " Ragougnasse : " Mauvaise cuisine, indigeste .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 14:22
" L'Aziza " ." L'Aziza " .

" En attaquant en justice les blasphémateurs, les associations communautaristes ( anti-islamophobes ) ne prouvent qu'une chose : elles ne croient pas en Dieu " . ( Charb . Lettre aux escrocs de l'islamophobie ) .

( L'Aziza : " La chose la plus chère ", en arabe )

Pas de sonnerie aux morts pour les victimes de Charlie Hebdo, juste une chanson . La chanson de Daniel Balavoine, mort il y a trente ans, un 14 janvier 1986, " L'Aziza " : " Si tu crois que ta vie est là, / Ce n'est pas un problème pour moi ... " . Leurs combats furent si proches : le dégoût absolu du racisme .

Après sa " Lettre aux escrocs de l'islamophobie ", Charb n'en aurait pas eu fini avec eux, si la mort n'était pas passée par là . Combien de questions posées, auxquelles on ne lui laissa pas le temps de répondre ?

" Pourquoi les croyants font-ils appel à la justice des hommes pour nous punir, alors que la justice divine le fera, et bien plus sévèrement que n'importe quel juge ? Qui est donc ce Dieu qu'on prétend tout puissant, qui a besoin d'avocats pour nous attaquer en justice ? Dieu ne se vexe-t-il pas de constater que celui qu'il considérait jusque-là comme un bon croyant a recours à la justice plutôt qu'à la prière ? Pourquoi le fidèle fait-il prendre à Dieu le risque d'être ridicule en perdant un procès sur terre, alors qu'il est sûr de gagner tous ses procès au ciel ? Je ne veux me fâcher avec personne, mais du point de vue du croyant, n'est-ce pas blasphémer que de demander à des magistrats qui sont peut-être eux-mêmes des mécréants de condamner d'autres mécréants au nom de Dieu ? N'est-ce pas une sorte de péché d'orgueil que de prendre en charge la défense de Dieu ? Dieu, le Créateur, ce type large d'épaules qui joue avec notre planète, comme l'automobiliste arrêté au feu rouge joue avec ses crottes de nez, a-t-il besoin de maître " Tartempion " pour laver son honneur ? ... Les associations communautaristes, en attaquant en justice les blasphémateurs, ne prouvent-elles pas une chose : c'est qu'elles ne croient pas en Dieu ? ...

" ... Est-ce qu'au temps de la toute puissance du Parti Communiste, il est venu à l'idée d'un communiste de traiter les anti-communistes de " communistophobes ou de réclamer leur condamnation pour racisme anticommuniste ? On peut tordre la réalité dans tous les sens,, on ne fera pas admettre à grand monde qu'il existe une " race " communiste . La race " islamique n'existe pas davantage . Le communisme est un courant de pensée, aujourd'hui minoritaire en France et pourtant régulièrement attaqué ou violemment moqué par les fidèles défenseurs du modèle libéral triomphant . Il n'y a pas un milliard de communistes dans le monde ( hélas ), le Parti Communiste n'est pas le premier parti de France, il y a ( hélas ) plus de mosquées que de fédérations du Parti Communiste, et un communiste qui travaille devant la clientèle ne peut pas arborer une belle " grosse faucille et un marteau jaune " sur son tee-shirt rouge : pour autant, est-ce que le Parti Communiste porte plainte pour " communistophobie ?

" ... Si au contraire de l'existence de Dieu, il est difficile de nier celle de Marx, de Lénine ou de Georges Marchais, ce n'est pas blasphémer, ce n'est pas se montrer raciste ni communistophobe que de douter de la validité de leurs écrits ou de leurs discours . En France, une religion n'est pas autre chose qu'un ensemble de textes, de traditions et de coutumes, respectables, mais parfaitement critiquables . Affubler Marx d'un nez de clown n'est pas plus outrageant et scandaleux qu'affubler le prophète du même " pif " ...

" ... Les textes sacrés ne sont sacrés que pour ceux qui y croient . Un croyant peut blasphémer dans la mesure où blasphémer a un sens pour lui . Un non-croyant ne peut pas blasphémer, malgré tous ses efforts . Dieu n'est sacré que pour celui qui y croit . ( Et je tiens à rester seul maître de ce que je crois bon de sacraliser, ou pas ) . Pour insulter ou outrager Dieu, il faut être persuadé qu'il existe ...

" ... Que des croyants veuillent faire vivre l'enfer sur terre, à une poignée de blasphémateurs, c'est de la " contrefaçon " ! Comment le plus doué des fidèles peut-il rivaliser avec Dieu en bricolant une pâle imitation de l'enfer officiel, celui où la peau des suppliciés repousse chaque fois qu'on la pèle ?

"Disneyland attaque en justice tous ceux qui se risquent à ouvrir, sans autorisation, une copie de ses parcs . ... Il est étonnant que Dieu, qui est paraît-il plus à cheval sur la règlementation que les héritiers de Disney , ne punisse pas sévèrement ces croyants bricoleurs qui se lancent dans l'exploitation d'un parc à thèmes dont ils ne détiennent pas les droits ? ... " .

Martelons cette vérité ! " Il n'y a pas de terrorisme athée au XXIe siècle " . Les athées sont persécutés presque partout dans le monde, mais aucun ne détruit les oeuvres d'art, pourtant créées par des croyants, pour rendre hommage à leurs dieux . Mieux, ces abrutis d'athées sont bien souvent les premiers à demander qu'on protège les sites religieux menacés par de pieux barbares pour qui la Beauté est un blasphème contre leur Dieu .

" ... Ils ne sont pas cool, les athées ? ... " .

" Et quand tu marches le soir / Ne tremble pas / Laisse glisser les mauvais regards / Qui pèsent sur toi ... l'Aziza " ...

PS : " Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes ", Charb, 2015, Ed. " Les échappés " .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 16:06
" La pierre à commémorer " (1) .

" Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre, / Eternel et muet ainsi que la matière ... " ( Baudelaire, La Beauté, Les fleurs du mal ) .

" Mon inquiétude unique devant le journalisme actuel, c'est l'état de surexcitation nerveuse dans lequel il tient la Nation . Aujourd'hui, remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait . Quand une affaire est finie, une autre recommence . Les journaux ne cessent de vivre dans cette existence casse-cou . Si les sujets d'émotion manquent, ils en inventent ... " ( Emile Zola, 1888 ) .

Les commémorations sont ces événements pathétiques mais inévitables, souvent commerciaux, que je n'aime pas .

La pierre de la statue, la pierre de la stèle, la pierre de l'arc de triomphe, la plaque sur un mur, la gravure de noms, le monument aux morts, le Panthéon . La pierre, " éternelle et muette ", toujours la pierre .

On s'incline, le jour des commémorations, devant une pierre, pour dire au monde que nos morts sont toujours vivants, en nous, et pourtant, c' est leur mort qu'on a figée dans la pierre, pas leur vie .

L'anniversaire, c'est le support dont les médias, les " fameux ", les politiques, raffolent pour " fanfaronner " un souvenir commun, une amitié incertaine, un éloge écrit par un communicant anonyme, exhiber une " fanfreluche ", ressusciter, le temps d'une interview, un mort .

Et la société suit, parce qu'elle tourne à vide puisqu'on ne lui a jamais dit, ce qui s'était passé, vraiment, on ne le lui dit d'ailleurs jamais, le jour que l'on commémore .

Les lieux publics se couvrent de panthéons de toutes tailles et de toutes sortes, qui n'ont plus le charme ni la discrétion des " vieux calvaires anonymes ", de pierre aussi, qui bordent les routes mystérieuses de Bretagne .

Mon effroi, c'est que plus on commémore, plus on oublie .

Comment des discours qui saluent ces morts, même s'ils arrivent à bercer les vivants, pourraient-ils les réveiller de leur sommeil de pierre dans lequel nous les avons ensevelis ? Un discours et puis rien ! Et quand la commémoration est médiatisée, la gageure est totale . Un mort ne s'est jamais relevé devant des caméras ; par nature, une commémoration est anti-médiatique : elle peut épuiser en rabâchant, elle simplifie en formalisant . Toute commémoration habillée des apparats républicains devient formalisante et donc tue toute spontanéité . Une commémoration ne peut qu'être personnelle ce qui signifie qu'elle ne saurait être que populaire .

Ce sont des mots simples et concrets - très loin de l'emphase politicienne où les grands mots sont de trop -, des mots justes qui peuvent, seuls, respecter l'équilibre entre les vivants et les morts .

Commémorer, c'est dessiner des lignes de fuite et d'horizon qui égalisent les citoyens par le haut, dans la grandeur illustrée par la vie des morts célébrés : la musique militaire et la haie de gardes républicains y sont toujours de trop .

Les vivants doivent se trouver plongés dans la seule sensation de l'histoire, du deuil, de la liberté, du silence : c'est pourquoi, ce dimanche 10 janvier, Place de la République, lors de l'hommage populaire aux victimes des attentats de l'année 2015, le Président de la République doit s'effacer, les choeurs de l'armée doivent rester dans leur caserne et Johnny Halliday retourner à Los Angeles .

F. Hollande ne doit pas persister dans " sa mégalomanie " commémorative .

(1) . Titre de l'article de Philippe Lançon, dans Charlie Hebdo de cette semaine, p. 4 .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 16:33
Photo Courrier International .

Photo Courrier International .

Le véritable projet du courant de pensée néolibéral n'est pas de libérer les individus pour leur permettre d'agir à leur guise ; en réalité, il s'agit d'imposer une façon de vivre entièrement guidée par l'intérêt et le calcul économique . Le marché n'est pas un mécanisme naturel mais " un dispositif ", une discipline ", " une technique de gouvernement ", comme la prison ou l'hôpital psychiatrique . Le néolibéralisme fabrique " l'homo-économicus " comme la clinique fabrique le fou . ( Résumé d'un cours hebdomadaire de Michel Foucault au Collège de France, 1979 ) .

Ne nous payons pas de mots ! Qui aurait pu penser, en 2012, que François Hollande allait faire pire, en matière de sécurité et d'atteintes aux libertés, que Nicolas Sarkozy ? " Lui Président ", qui, dans un moment d'émotion, oublie la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et les engagements internationaux de la France .

Le discours de Grenoble du 30 juillet 2010, de N. Sarkozy, tournant décisif de son quinquennat, effroyablement anti-immigrés et promettant, déjà, la " déchéance de nationalité " pour tous les assassins de policiers et de gendarmes, ne fut qu'une succession de mots .

La politique de F. Hollande, aujourd'hui, est la mise en oeuvre du contenu de ce discours et il y a de quoi halluciner . Les décisions politiques prises actuellement dépassent largement le cadre de l'hystérie : il s'agit pour chaque camp de surenchérir sur l'autre comme si personne ne devait pouvoir aller plus haut .

La proposition de loi, en préparation pour être soumise au Parlement au mois de février et qui veut introduire dans le Code Pénal, le droit commun, des mesures relevant de l'état d'urgence, en est une illustration éclairante .

Les perquisitions de nuit dans les résidences privées deviennent autorisées et dès les enquêtes préliminaires .

Le contrôle d'identité, la fouille des affaires personnelles et des coffres de voiture seront banalisés, même si le citoyen n'a commis aucune infraction .

Les policiers vont pouvoir utiliser leurs armes même en dehors de l'état de légitime défense, " s'ils estiment qu'il y a des raisons sérieuses de penser que l'individu qu'ils poursuivent est susceptible de récidiver " .

Les préfets pourront assigner à résidence des individus revenant de zones de combat même s'ils n'ont commis aucun délit sur le territoire .

Une personne - même mineure - pourra être mise en garde à vue, quatre heures, sans avocat, si la " police a des raisons sérieuses de penser qu'elle est en lien avec une activité terroriste " .

Remarquons, comme nous le faisions hier, le retour de cette expression " des raisons sérieuses de penser " qui défie toutes les certitudes du droit .

L'avocat Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des Droits de l'Homme, peut dire, sans crainte de se tromper " qu'on fait régresser notre système de liberté de façon pérenne " .

C'est inepte de vouloir combattre le terrorisme en introduisant l'état d'urgence dans la Constitution et dans le droit commun . On sait bien que le terrorisme se combat par le renseignement .

( Pourquoi ne pas proposer aux terroristes qui en feront la demande, une carte d'identité de terroriste ? Cela rassurerait la population de les connaître .)

Toutes ces mesures sont en contradiction totale avec la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 . ( Mais, vous ne le saviez pas, ce texte fondateur, nous l'avons signé, mais nous ne l'avons pas ratifié, en bonne et due forme, viennent de découvrir des conseillers de F. Hollande ) .

Si F. Hollande se prévaut d'une pareille " argutie " pour faire passer son texte, nous n'aurons plus à parler de " déchéance de nationalité " mais de " déchéance de la Nation ", face au monde entier .

Déclaration Universelle des Droits de l'homme de 1948 :

" ... Article 9 : Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé .

Article 10 : Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial qui décidera de ses droits et obligations .

Article 11 : Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées .

Article 12 : Nul ne sera l'objet d'immixtions dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation . Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles atteintes .... "

Comment peut-on se dire républicain et décider d'introduire dans la Loi Fondamentale un " état d'exception " ?

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens