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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 10:36
Le Monde. fr

Le Monde. fr

" Notre point de vue de départ demeure que la surveillance de masse, celle de chacun d'entre nous, n'est ni nécessaire ni efficace " ( The Guardian ) .

Ce n'est pas le moindre des paradoxes que dans la boulimie sécuritaire vers laquelle nous entraînent le Président de la République, le Premier Ministre, son gouvernement et sa majorité, les appels au calme et à la réflexion nous viennent d'Outre- Manche .

Dans un éditorial remarqué publié aux lendemains des attentats du 13 novembre, le quotidien britannique " The Guardian " a tenu à rappeler quelques évidences au gouvernement français : " Même si l'Etat Islamique voulait que cette nuit de massacres soit une déclaration de guerre, cela ne signifie pas que la France doive lui retourner le compliment, parce que cela serait en effet un compliment . Ce serait lui accorder le statut d'Etat qu'EI revendique mais ne mérite pas ... "

Le quotidien rappelle ainsi l'héritage américain de ce type de réaction en citant la politique du Président Bush aux lendemains du 11 septembre 2001 : " Ce registre de guerre, autorisant implicitement son lot de mesures extrêmes, a conduit les américains et leurs alliés à prendre plusieurs décisions désastreuses ... " . " Si on a le sentiment que les valeurs de l'Europe sont en danger, alors la dernière façon de les protéger serait de les démanteler " .

En un mot : introduire des mesures de mise en oeuvre de l'état d'urgence dans la Constitution ne peut qu'être attentatoire à ces valeurs .

A ce fond éminemment juridique et moral, il faut agrafer, la phrase du Président Obama, d'avant-hier ( interview iTélé ) : " Les forces armées américaines et françaises, déployées au sol, peuvent écraser en peu de temps l'armée islamique, et après ? Il faut du temps pour trouver une solution politique ... " .

Du temps ! Barak Obama, depuis Paris, fait savoir au Président Hollande qu'à trop appeler à " la guerre ", on a la guerre mais pas forcément la solution aux problèmes .

A Raqqa, on en jubile presque : la France, ce vieux pays démocratique qui s'était attiré la sympathie du monde arabo-musulman en s'opposant, en 2003, devant la Conseil de sécurité de l'ONU, à l'aventure irakienne décrétée par George W. Bush, ne s'abaisse-t-elle au niveau d'un bellicisme - sous perfusion russe et américaine - contraire à ses principes démocratiques, à ses libertés intérieures, bouleversant en quelques heures son agenda politique, son budget et même sa Constitution .

Le 20 janvier 2005, lors de son deuxième discours d'investiture, G. W. Bush déclarait : " Par nos efforts, nous avons allumé un feu, un feu dans l'esprit des hommes . Il réchauffe ceux qui en éprouvent la puissance, il brûle ceux qui en combattent la progression et, un jour, ce feu indompté de la Liberté atteindra les recoins les plus obscurs de notre monde " . Une phrase soufflée par un de ses conseillers qui provenait du roman de Dostoïevski " Les Possédés ", dans lequel un anarchiste radical proclamait : " Nous devons mettre le feu dans les esprits, non dans les maisons " .

La phrase de Bush était terrible . En adopter l'esprit, 10 ans plus tard, est diabolique . L'ampleur prise par ce " feu de la puissance " déborde en une crue bientôt indomptable, si nous n'y prenons pas garde, sur tous les réseaux sociaux quand ce n'est pas dans les colonnes de certains quotidiens .

" La pire séduction du mal, c'est la provocation au combat ", écrivait Kafka . Là est le piège du terrorisme : nous contraindre à de nouvelles " croisades " pour mobiliser les peuples de confession musulmane contre l'Occident .

C'est cette croisade engagée en 2001 en Afghanistan, poursuivie en 2003 en Irak puis en Libye en 2011 et en Syrie en 2014 qui nous est revenue en boomerang lors des attentats de Paris : retour de flammes qui a frappé nos rues, nos cafés, nos salles de concert . Jusqu'en 2007, la France s'était tenue à l'écart de la croisade irakienne, elle avait résisté à la rhétorique de la guerre au terrorisme, conservant son discours universaliste, son rôle de médiateur conforme à son histoire . Elle avait été pendant ces années une exception magnifique .

En 2007, avec l'élection de Nicolas Sarkozy, elle est tombée à son tour dans ce piège de l'interventionnisme aveugle, de ce bellicisme ostentatoire mais impuissant, accompagné de la régression sécuritaire qui ouvre la voie à une société de surveillance .

F. Hollande, sollicité par les conséquences désastreuses de la politique de son prédécesseur, a multiplié les interventions . Une fuite en avant sans précédent .

Et pourtant, depuis le 11 septembre 2001, on le sait bien, le défi du terrorisme n'est pas militaire, il n'est pas davantage, pour l'essentiel, religieux, contrairement aux apparences ou idéologique, si l'on considère qu'une idéologie présente une vision du monde qui se veut cohérente .

" Le défi du terrorisme est fondamentalement narratif ", dit le blogueur Christian Salmon, au sens où " la naissance, la maturation et la transformation des organisations terroristes reposent sur des récits qu'il faut décoder, si l'on veut définir une stratégie visant à ruiner leur efficacité ", ( Center for Contemporary Conflict, 2005 ) . En un mot, " il faut prendre en compte ce que les terroristes racontent " pour le déconstruire .

Le 11 septembre fut l'acte inaugural d'une guerre des " récits " qui n'a cessé de s'étendre et de s'intensifier . Une guerre qui n'a plus pour théâtre d'opération des champs de bataille traditionnels, mais des écrans d'ordinateur, des téléphones portables sur les écrans desquels circulent images, histoires, métaphores à partir des réseaux sociaux et sur le mode du " haut débit " , à des fins de persuasion ou d'envoûtement .

C'est donc bien une bataille culturelle qui s'impose à nous, avant toutes les autres, contre le récit des vidéos de recrutement de l'EI, les selfies sur le champ de bataille, les visuels de décapitations, les images subliminales comme celles postées par le recruteur français, du Front Al-Nosra, Omar Omsen, mais aussi les " jeux vidéos " de guerre ( tel Call of Duty ), légaux, mais pourtant bien ciblés en direction des jeunes attirés par l'action violente ou encore les thèses complotistes qui circulent abondamment sur les réseaux sociaux, tout comme la théâtralisation des engagements .

Un combat culturel parce qu'il faudra bien que l'on admette, un jour ou l'autre, que " Daech est un produit de notre modernité " . ( Jean-Pierre Filiu, auteur de " Apocalypse dans l'Islam, 2008 ) .

NB : à partir du billet de blog de Christian Salmon, " Après les attentats, changer d'imaginaire ", Mediapart, 22/11/15 .

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 14:24
algérieconfluences.com

algérieconfluences.com

" Le principal ennemi contre lequel nous allons devoir lutter, c'est le cynisme " . ( Barak Obama, allocution d'ouverture de la COP21, ce lundi 30 novembre ) .

Sincère, le Président Obama ou " Primus inter pares " des cyniques qu'il dénonce ? Faisons lui crédit d'une certaine volonté de sincérité puisqu'au demeurant, il est le seul à savoir ce qu'il a voulu dire . Cynisme de qui, cynisme à propos de quoi ?

La " 21e Conférence des Parties est ouverte " . La première, de ce nom, se tint à Berlin en 1995, même si la première conférence mondiale du genre se réunit à Stockholm en 1972, deux dates donnant l'ampleur du temps perdu .

Quelles sont les questions posées à la COP21 ? " Réchauffement du climat ? Gaz à effet de serre ( GES ) ? Dyoxyde de carbone ( CO2 ) ? Taxe carbone ? Transition énergétique ? Montée du niveau des mers ? Désertification ? Migrations climatiques ? " .

Malgré ou à cause de l'intense publicité faite autour de ce grand rendez-vous international, voilà que l'on s'y perd dans les termes, les notions et les controverses .

Aussi, pour s'y retrouver, rassemblons tous ces sujets, derrière une unique question, légitimée d'ailleurs par les hommes politiques eux-mêmes, quand ils placent les enjeux à un niveau inédit : " La conférence de la dernière chance ", a dit, à plusieurs reprises, le Président français .

Tout le monde - ou presque - s'accorde à dire que le changement climatique est une question majeure qui impactera durablement nos vies et celles de nos descendants . A partir de là, une seule question reste valable .

Qu'est-ce qui nous attend vraiment ? Est-ce la fin du monde ?

La fin du monde, certainement pas ! Celle de ce monde-ci, à coup sûr ! En cas de réchauffement supérieur à 2°C - voire jusqu'à 4° si Paris est un échec - de la température moyenne à la fin du XIXe siècle, la Terre présentera un visage fort différent de celui d'aujourd'hui . Le sud de l'Europe devenu un Sahara, les Montagnes Rocheuses, aux Etats-Unis, sans neige, le niveau de la mer plus haut de 2m, la fonte accélérée de la banquise, la pénurie d'eau douce, les espèces animales qui disparaissent en plus grand nombre et les réfugiés climatiques en pleine errance ... Les scénarios catastrophe de la littérature de science fiction complètement dépassés .

L'économiste britannique, spécialiste du climat, Nicholas Stern ( rapport du 30 octobre 2006, commandé par le gouvernement britannique ) insiste sur le fait que " Homo Sapiens ", apparu sur terre il y a 250 000 ans, n'a jamais connu de telles variations de température : au cours des 8000 dernières années, en particulier, la température moyenne de la planète a oscillé au plus de 1,5°C .

Nous sommes d'accord, notre espèce s'adaptera . Mais à quel prix ? La disparition des plus faibles, des plus fragiles, des plus vulnérables, des plus pauvres, nous dirait Charles Darwin .

Et les plus forts, les plus puissants, les plus riches, encore plus forts, encore plus puissants, toujours plus riches .

Quel que soit le résultat de la COP21, c'est un changement radical de notre modèle qui se prépare . Et donc, Monsieur Obama, si vous êtes sincère, je suis d'accord avec vous : " le cynisme " n'a plus sa place, dans ces grands rendez-vous, puisqu'il s'agit d'éviter, à l'humanité, le pire .

NB : d'après le dossier du magazine Marianne No 972, du 27 novembre 2015 : " Les 10 questions qui fâchent " ( Aline Richard ZIvohlava ) .

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 15:25
" Ils ont inventé la liberté " .

" On voit derrière Voltaire, Mirabeau, derrière Diderot, Danton, derrière Rousseau, Robespierre ... " ( Victor Hugo ) .

" Un pays capable de se diviser pour le sort d'un petit capitaine juif ( Dreyfus ) est un pays où il faut se rendre sans tarder ", proclamait le père du philosophe Emmanuel Levinas .

Où se trouve le coeur de " l'exception française " ? Contrairement à l'Angleterre et aux Etats-Unis, en France, la manière de définir nos valeurs ne se fonde pas sur des règles de Droit ( la Constitution des Etats-Unis a été rédigée par des juristes ) mais, comme le dit clairement la devise républicaine : " Liberté, Egalité, Fraternité ", sur des valeurs philosophiques et morales . D'abord la conscience, et après seulement, le droit .

Dans notre pays, la définition de ces mots ne nous est pas donnée par le Droit mais par la littérature et la philosophie . De Montaigne à Montesquieu, en passant par Descartes et Pascal ; de Voltaire, Diderot et Rousseau à Victor Hugo et Zola, la France est " une identité narrative ", affirmait le philosophe Paul Ricoeur, c'est à dire une identité qui se nourrit de textes, de pensée, en constante évolution, loin de toute " Table de la Loi ", à jamais figée .

C'est d'ailleurs pourquoi, la valeur de " laïcité " ne peut se transmettre par un catéchisme républicain ou une charte intemporelle . C'est par l'histoire et la littérature, des guerres de religion à nos jours, qu'elle se découvre .

Ernest Renan nous l'avait dit : " Une Nation est un plébiscite de tous les jours ", comprenons, la volonté de vivre ensemble doit être sans cesse renouvelée . La citoyenneté qui lie les nationaux d'un même pays n'est jamais définitivement acquise et se construit au quotidien .

Loin d'être une faiblesse, cette richesse là, qui fait de la société française une société plus vivable que tant d'autres, nous aide à comprendre pourquoi la France résiste plus que d'autres aux sirènes de la mondialisation : les limites d'une définition libérale de l'homme, réduite à un individu rationnel, détaché de tous liens et de toute appartenance, de l'homme simple entité autonome, nous apparaissent, avant d'autres, plus aisément, comme une erreur anthropologique majeure, ce que certains condamnent comme " une fermeture d'esprit " .

C'est pourtant bien d'ouverture d'esprit dont il s'agit quand nous prétendons que l'être humain a besoin de liens et d'attaches là où la globalisation détruit les diversités .

La France a également, parmi toutes les sociétés humaines, une autre particularité : elle est attachée à un territoire . Non pas au sens de frontières politiques qu'il faudrait rendre inviolables, mais dans le sens d'une extrême diversité de terroirs et de climats très contrastés, qui en font un pays de Cocagne . Et ce n'est pas pour rien si c'est dans ce territoire - prédestiné à accueillir toutes les insouciances - qu'ont germé une littérature et une pensée porteuses d'une conception exigeante de l'être humain et de sa dignité .

Le Droit ne nous offrira jamais une définition satisfaisante de la dignité humaine . Mais les grands auteurs, Balzac, Hugo, Zola nous ont puissamment aidés à nous approcher de cette exigence .

Alors, ne nous trompons pas . La guerre, " La guerre qui bat le seuil de nos portes, nous n'avons pas besoin d'aller la chercher, d'aller la porter, c'est elle qui nous cherche et qui nous trouve ", disait Charles Péguy, au début du siècle dernier, dans un autre contexte ; la guerre qui nous est faite, n'est pas une guerre de religion, ce n'est pas non plus une guerre de civilisation, c'est une guerre à la pensée, une guerre du " non-être " à toutes les consciences libres que ces grands penseurs nous ont appris à reconnaître et à aimer .

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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 14:35
Cour des Invalides : 13 novembre 2015 .

Cour des Invalides : 13 novembre 2015 .

Face à la haine, " nous multiplierons les chansons, les concerts, les spectacles ... ", s'est écrié F. Hollande, ce matin, aux Invalides . Bravo, M. le Président !

Ce matin aux Invalides, aucun ton martial, aucun accent guerrier, aucune stigmatisation mais un appel clair à la fraternité .

Et une invitée inattendue : Barbara ! Avec un titre totalement improbable : " Perlimpinpin ", le titre d'une chanson de l'artiste datant de 1972, mais ò combien d'actualité !

" Pour qui, comment, quand et pourquoi ? / Contre qui, comment, contre quoi ? / C'en est assez de vos violences . / D'où venez-vous, où allez-vous, qui êtes-vous, qui priez-vous ? / Je vous prie de faire silence . / Pour qui,comment, quand et pourquoi ? / S'il faut absolument qu'on soit / Contre quelqu'un ou quelque chose, / Je suis pour le soleil couchant, / En haut des collines désertes, / Je suis pour les forêts profondes, /Car un enfant qui pleure, / Qu'il soit de n'importe où / Est un enfant qui pleure . / Car un enfant qui meurt / Au bout de vos fusils / est un enfant qui meurt . / Que c'est abominable d'avoir à choisir / Entre deux innocences ! / Que c'est abominable d'avoir pour ennemis / Les rires de l'enfance . / Pour qui, comment, quand et pourquoi ? ... / A en perdre le goût de vivre, / Le goût de l'eau, le goût du pain / Et celui du Perlimpinpin / Dans le square des Batignolles ! / Mais pour rien, mais pour presque rien, / Peut-être avec vous et c'est bien ! / Et pour une rose entrouverte, / Et pour une respiration, / Et pour un souffle d'abandon, / Et pour ce jardin qui frissonne ! / Rien avoir, mais passionnément, / Ne rien se dire éperdument, / Mais tout donner avec ivresse, / Et riche de dépossession, / N'avoir que sa vérité, / Posséder toutes les richesses, / Ne pas parler de poésie, / En écrasant les fleurs sauvages / Et faire jouer la transparence / Au fond d'une cour aux murs gris / Où l'aube n'a jamais sa chance . / Contre qui, comment, contre quoi ? / Pour qui, comment, quand et pourquoi ? ... Vivre, vivre avec tendresse, / Vivre et donner avec ivresse ... " .

Ce texte a semble-t-il été choisi par la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, Manuel Valls et François Hollande . Bravo !

L'artiste n'y appelle-t-elle pas au retour du " goût de vivre à Paris ", en évoquant " le " square des Batignolles " et à ne pas se départir de cette insouciance qui a fait l'esprit de Paris, meilleure réponse à apporter aux assassins, grâce à la métaphore de la poudre magique de " perlimpinpin " ?

Ne nous invite-t-elle pas à redonner sa chance " à l'aube " prisonnière de " murs gris " ?

Ne condamne-t-elle pas ceux qui veulent nous faire adopter pour ennemis " les rires de l'enfance " ?

Ne dénonce-t-elle pas ceux qui veulent couvrir leurs crimes dans les voiles d'une religion, " Qui priez-vous " ?

N'est-ce pas l'espérance qui bruisse dans " cette respiration, ce souffle d'abandon, et ce jardin qui frissonne " ?

Et quand elle nous appelle " à vivre et à donner avec ivresse ", n'est-ce pas " la fraternité " qu'elle invoque ?

Après les abjects assassinats perpétrés par Mohamed Merah, à Toulouse, le comédien François Morel, le 23 mars 2012, sur France Inter, avait lancé un appel : " Apprenez par coeur la chanson de Barbara, récitez-la à vos amis, à vos proches, à vos lointains ... " . Un appel qui conserve, aujourd'hui, toute sa force .

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 14:29
" Cet étrange Monsieur Hollande " .

" Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c'est tout un . Politique intérieure, je fais la guerre . Politique étrangère, je fais la guerre . Je fais toujours la guerre " . ( Georges Clémenceau, mars 1918, Chambre des Députés ) .

Combien d'entre nous partagent-ils l'évidence que les gens simples sont moins compliqués que les autres ? Nous sommes légion . Et pourtant il est un homme qui contredit totalement cette vérité : F. Hollande . Irrésolu dans la politique intérieure, pagailleux dans la politique économique, contradictoire dans la politique fiscale, le Président normal, mou, faible, indécis, selon ses détracteurs, fait mentir tout le monde quand il se trouve en face de " l'exceptionnel " , constate l'éditorialiste Jacques Julliard ( Marianne No 971 ) .

La créature de Solférino au " surmoi de pacotille " tissé au fil des compromis et des synthèses, des subterfuges et des ambigüités qui constituent le précipité des milieux politiciens socialistes, devient, quand l'air vif de l'urgence et du péril vient balayer ce quotidien de la politique, un homme d'Etat qui exerce sans hésitation ni précaution son leadership présidentiel , fleurtant avec la formule de l'idéologue nazi, Carl Schmitt : " Le souverain est celui qui décide de la situation exceptionnelle " .

Les massacres du 13 novembre à Paris ne nous ont pas plongés dans l'obscurité, ils constituent plutôt " une déflagration de lumière " sur l'état actuel de notre société . Ils soulèvent des questions innombrables, enchevêtrées, parfois indéchiffrables, souvent confuses, toujours insuffisantes .

Ces questions concernent la politique étrangère de la France, censée nous protéger contre de tels attentats, l'organisation des services de renseignement chargés de les prévenir, un service éducatif déstabilisé par trente ans de politiques irresponsables, un apartheid social et culturel qu'on a laissé se développer sans réagir, une montée inexorable des inégalités, des exclusions tolérées, une pauvreté rampante devenue frustration face aux incitations intrusives à la consommation, une culture de l'image - même sans talent, on peut devenir une vedette - où vivre dans l'anonymat devient un supplice . Autant d'erreurs, de dérives, de cécité qui ont transformé les sypathiques " sauvageons " de 1999, de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Intérieur en monstres .

" Des sauvageons nourris au sang virtuel des jeux vidéos, des séries télévisées, de films hallucinants et à la propagande terroriste sur Facebook avant de tout plaquer pour un enfer terrestre bien réel " . ( Christian Salmon, Médiapart, 24/11/2015, Après les attentats, changer d'imaginaire ) .

Ce bref résumé suffirait à nourrir un procès de la politique suivie depuis trente ans par une classe politique irréfléchie, d'un monde halluciné qui recycle les frustrations en fictions rentables et le désespoir en pulsions d'achat . Un monde où les individus sont exposés de plus en plus aux contraintes économiques globales, à la violence de sociétés transnationales quand la capacité de protection de l'Etat a été considérablement affaiblie .

Alors, F. Hollande a voulu faire croire au retour de l'Etat : c'est le sens de ce théâtre provisoire que fut le " Congrès de Versailles " du 16 novembre . Le Président y avait convoqué une souveraineté perdue, comme en témoignent les pathétiques voyages qu'il a entrepris, cette semaine, aux quatre coins du monde, des fantômes d'Etat, incarnés par des gardes républicains au garde à vous, des monstres guerriers à l'image du " Charles de Gaulle ", bimbeloterie d'une gloire passée, et des monstres intimes, bien français, tel ce goût à dire au monde ce qu'il doit faire .

La lumière aveuglante des attentats nous a renvoyé la troublante irréalité, vide de sens, de la politique, le théâtre d'ombres où seuls les meurtres sont réels .

Le bilan de ces trente dernières années nous a explosé à la figure : crise financière, catastrophes écologiques, explosions guerrières, migrations humanitaires et économiques, colonnes de réfugiés, murs de séparation, multiplication de camps et maintenant terrorisme dans les rues de nos villes .

" Nous avons introduit la dimension apocalyptique dans notre culture et on ne veut pas voir que Daech est un produit de notre pseudo-modernité ", affirme l'islamologue Olivier Roy .

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:17
slate.fr

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" Nous vivons dans une époque où les mots doivent avoir un sens " ( Dominique de Villepin ) .

Si nous évoquions hier la puissance des " signes " grâce auxquels nous codifions nos existences, c'est bien parce que, en ce moment, la " parole politique " ne peut pas se permettre les approximations sémantiques .

Le Président de la République semble croire avoir gagné l'élection présidentielle de 2012, grâce à un effet de style, " une anaphore " : " Moi, Président ... ", qui aurait tétanisé son adversaire . Aussi, aujourd'hui, pense-t-il pouvoir rejouer la partie, avec, le concours des " oxymores " . ( Oxymore, association de deux mots, du grec ancien : le premier signifiant aigu, spirituel ; le second, niais, stupide ) . En résumé, l'oxymore rend compte de l'inconcevable par l'absurde ; l'oxymore se veut spirituel sous une apparente stupidité ...

En qualifiant les attentats du 13 novembre, à Paris, " d'actes de guerre commis par une armée terroriste, Daech, une armée djihadiste ...", déclaration confortée par ​l'expression utilisée devant le Congrès, à Versailles : " terrorisme de guerre ", le chef de l'Etat a, en forgeant un concept inédit, basé sur un oxymore improbable, surtout démontré son incapacité à penser le phénomène terroriste .

Il appartiendra aux historiens de se pencher sur cette situation ubuesque, mais on peut d'ores et déjà, extirper de la confusion politique régnante, certains points, eux, beaucoup plus clairs .

Le choix du mot " guerre " , accolé à " terrorisme ", peut prendre tout son sens en terme de politique intérieure .

Le journal " Le Monde " du 17 novembre, rappelait que dans son discours du 20 septembre 2001, après les attentats du 11, devant le Congrès américain, le Président George Bush, avait utilisé quatorze fois le mot " guerre " ; sa formule " nous sommes en guerre contre la terreur " avait fait date .

Le 17 novembre 2015, devant le Congrès réuni à Versailles, F. Hollande a utilisé le mot " guerre ", treize fois .

Bush avait annoncé un vaste chantier législatif pour permettre de connaître les plans des terroristes et de les frapper avant qu'ils n'agissent .

F. Hollande a annoncé la même chose en mettant en place l'état d'urgence, pour trois mois, renouvelable, si nécessité .

A ce stade, il n'y a pas de place pour les oxymores . La clarté doit faire loi . Que dit le texte présenté par Manuel Valls, le 20 novembre, au Parlement ?

Durant le temps de l'état d'urgence, la possibilité est donnée aux autorités, de dissoudre des associations salafistes, des assignations à résidence, d'islamistes radicaux pourront être prononcées, voire couplées avec le port d'un bracelet électronique : sorte de prison à domicile qui a l'avantage d'éviter de créer des camps, ( comme le demandait N. Sarkozy ), d'internement, qui nous rapprocheraient de la frontière d'un état policier .

Relevons que Manuel Valls a compris qu'il y avait une limite à des mesures d'exception, et qu'il introduit la possibilité de l'intervention des juges, garants des libertés individuelles et supprime la censure des médias du projet .

Jusque là, rien qui ne soit inacceptable pour des républicains attachés à une République bâtie sur des lois .

Mais quand il s'agit de changer la Constitution pour y intégrer l'état d'urgence, de durcir les articles 16 et 36 de la dite Constitution, et d'une extension des pouvoirs du Président, en terme d'ordre public, donc d'un seul homme, rien ne va plus .

Changer la Constitution signifie réunir le Congrès - Assemblée Nationale plus Sénat - et en obtenir 3/5e des votes, résultat impossible sans la droite . Une telle configuration signifierait pour F. Hollande, de durcir son texte, de répondre favorablement à une surenchère des " faucons " de cette opposition, emmenés par un Sarkozy hystérisé par l'occasion .

Un danger réel : nul besoin d'oxymore pour le voir .

Un député PS n'a pas voté le texte, Pouria Amirshahi . L'explication de son vote est un exemple d'esprit démocratique : " Non seulement le droit commun permet d'agir efficacement comme l'ont montré les opérations policières de Saint-Denis effectuées sous la seule base du code pénal et des lois antiterroristes, mais il est surtout inconcevable d'annoncer une réforme de la Constitution dans les trois mois de l'état d'urgence . Au nom du respect de la démocratie, on ne doit pas confondre les temps démocratiques . C'est une confusion inouïe et jamais vue en démocratie . L'efficacité et le respect du droit valent mieux que la communication martiale et anxiogène ... " .

Est-ce vraiment répondre au terrorisme que cette volonté opportuniste " d'occupation de tout l'espace politique " - que N. Sarkozy a du mal à avaler - ? Images héroïques d'un porte-avions, voyages au bout du monde, marches martiales entre deux files de gardes-républicains, discours professoraux - mais sans lyrisme -, répétitions à l'infini de dépôts de roses, débats dans le débat, appels au texte sacré : ce n'est pas sous-estimer la barbarie qui a frappé dans les rues de Paris que d'exiger de nos gouvernants, sinon une loyauté à l'égard de leurs engagements, au moins une certaine éthique du langage .

NB : sources : Marianne No 971, " De l'urgence mais pas d'imprudence ", Hervé Nathan ; " Après les attentats ", Christian Salmon, Mediapart du 24/11/2015 .

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 17:17
blog.veronis.fr

blog.veronis.fr

Réédition de l'article du 15 janvier 2015 .

" L'homme descend davantage du signe que du singe . Il tient son humanité davantage d'un certain régime symbolique ou signifiant . Nous vivons moins parmi les choses que " parmi une forêt de symboles ", écrit Baudelaire dans le sonnet " Correspondances " . L'empire des signes double ainsi notre monde naturel ... Tout un réseau de représentations codées et de signes qui sont autant de parechocs opposés à la dureté du monde ... ( Daniel Bougnoux , philosophe, Introduction aux sciences de la communication, 2001 ) .

La semaine écoulée constitue un moment paroxystique de l'environnement de signes dans lequel nous sommes plongés d'ordinaire . Le signe est la combinaison d'un concept, la représentation mentale d'une chose, " le signifié ", et d'une image acoustique du mot : " le signifiant " .

Quand j'entends le mot " arbre ", mon cerveau me donne à voir un grand végétal qui vit - le signifiant - et dans le même temps fait germer en moi l'idée de la nature - le signifié - .

La difficulté de la lecture des signes est de deux ordres . A la combinaison précédente se superposent deux phénomènes : un signe a un sens, parce qu'il est déterminé par l'ensemble d'autres signifiés de la langue et qu'il n'est donc pas isolé, d'une part, et par ailleurs, l'aspect matériel du signe, le signifiant, ne nous parvient pas comme " son " en tant que tel, mais comme son perçu par notre psychisme .

C'est à partir de là que l'on peut affirmer qu'un signe est quelque chose qui renvoie à autre chose que lui-même : le nuage me renvoie à la pluie ; la photo me renvoie à un paysage : la flèche à la direction à suivre ; la colombe à la paix .

Ecoutons les débats naissants, après les évènements tragiques qui ont frappé tout le pays .

Et d'abord le premier d'entre eux : comment faut-il désigner les assassins de dizaines de Français qui voulaient seulement se divertir, un vendredi soir .

Terroristes, islamistes, djihadistes, fanatiques, fondamentalistes, ou tout simplement criminels, débat illustré par l'attitude d'un Laurent Fabius stigmatisant tout emploi du terme " islamiste ", dès qu'on évoque le terrorisme ou la situation au Moyen-Orient . On entend très bien les différences de perception dans le pays ( comme le disait Ferdinand de Saussure, le fondateur de la linguistique moderne, " dans la langue, il n'y a que des différences " ) .

Autre débat : Sommes-nous en guerre ? Un Etat nous a-t-il déclaré la guerre, ou sommes-nous confrontés à des entreprises terroristes à prendre isolément ? Y a-t-il guerre, quand les auto-proclamés combattants de telle ou telle religion sont nés, ont grandi et sont allés à l'école, chez nous ? Un porte-avions crève nos écrans, pour la guerre, et à titre de signifiant ; à titre de signifié : on ne fera rien, dans le pays contre le fondamentalisme .

Attardons-nous un peu sur le concept de " liberté d'expression " auquel tout le monde n'a pas l'air de vouloir accorder le même signifié, et le premier dérapage verbal de son pontificat, il y a quelques mois, du pape François, aux Philippines : la liberté d'expression n'autorise pas à " insulter la foi d'autrui " . Nous voyageons, à travers ce débat, du tout au rien . De, " je peux et je veux tout dire " à " je ne dois pas faire aux autres ce que je ne voudrais pas qu'on me fît ", de Voltaire, puis à la nécessité de la censure .

Et que dire du débat sur le " blasphème " ou celui sur la laïcité, que certains veulent réduire à " un vivre ensemble " insipide, voire à " une neutralité " vide de sens ?

Et l'école ? Ses enseignants, envoyés au front - bien avant les militaires -, en pleine onde de choc, dès le lendemain des attentats de Charlie Hebdo, sans réflexion préalable, sans préparation, sans évaluation de la situation, pour deux jours après, lui envoyer " une gifle indigne ", en lui assénant un " elle n'est pas à la hauteur ", indigne, parce quelques centaines d'enfants - sur douze millions - ont refusé d'observer une minute de silence . Cette fois, le blasphème étant du côté des assassins, la minute de silence n'a posé aucun problème .

Cependant, ce qui me trouble le plus, tient dans l'étrange combinaison entre les deux non- signes que sont " l'impensable " et " l'invisibilité " : épouvantable dialectique de la négativité incarnée à la fois à Paris et au Liban, le même jour .

" Ne faudrait-il pas demander des comptes - avant de les réclamer de l'école - à une grande partie des médias sur leur gestion de l'invisibilité et même de l'effacement d'une jeunesse en déshérence, en désarroi, sans avenir, sans culture, ni langue, ni mémoire, une jeunesse qui n'a jamais eu qu'une place réservée à la Star Académie et sur quelques terrains de sport pour accéder à la visibilité " ? s'interroge la philosophe, Marie-José Mondzain .

Ces jeunes viennent, certes, d'une culture marquée par la méfiance voire le refus à l'égard des images . " Ils ont passé leur vie, pour le plus grand nombre, à se masquer et à voiler leurs femmes ; ils ont donc de véritables stratégies d'invisibilité, de clandestinité ", explique la philosophe, comme s'il fallait " redoubler " l'effacement initial des radars de la société .

Et, tout à coup, ces personnes basculent dans " un régime spectaculaire de héros meurtriers flamboyants " . Ils ne sont découverts que morts . Et des médias irresponsables, à le recherche d'audimat, vont en faire des vivants, à coups de photos, de vidéos, de portraits ambigus défilant en boucle sur les écrans . Les médias doivent cesser ce jeu morbide .

Frappés toute une vie par le non-droit à l'image - sur lequel surfent les recruteurs -, tout cela va basculer , durant quarante huit heures, grâce à la télévision, particulièrement les chaînes d'information continue, dans une " survalorisation effarante " . Après, grâce à tous les reportages diffusés sur les parcours personnels, les dits recruteurs n'auront aucun mal à construire un discours en direction d'autres jeunes, dont le début de parcours s'apparente à celui des assassins .

L'impensable niche là, dans la non- identité du clandestin maintenu dans l'invisibilité, à qui les fondamentalistes promettent - non pas des vierges - mais le droit, pour quelques heures, de devenir le metteur en scène de sa propre vie, le réalisateur de sa propre mort .

" Alors, en un effet miroir angoissant, nous sont renvoyées en plein visage, nos propres idoles ".( Marie-José Mondzain ) .

Un exemple concret . La perception de l'état d'exception, durant ce week-end, d'un bruxellois : " Bruxelles, ville morte " ! Non ! " Un cimetière de vivants ! Ville fantôme ! Ville éteinte ! Ville désertée ! ... " Une lourdeur insupportable, une résignation forcée, une tristesse infinie, une colère noire contre une défaite qu'on m'impose ... " ( Le soir, édition du 22/01/2015 ) .

Un cimetière, en tant que signifiant ; une défaite, en tant que signifié !

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 16:07
" Une ville à l'heure islamiste " .

" Combattre enfin les fondamentalistes et pas seulement les djihadistes, car c'est là que se joue le combat . Ce serait le plus beau service que la France pourrait rendre à l'Islam " . ( Karim el Karaoui , universitaire et consultant franco-tunisien, fondateur du Club XXIe siècle ) .

Le propos de Karim El Karachi me paraît représenter la parole la plus pertinente entendue tout au long de la semaine écoulée .

En écho à ces mots, le témoignage du chercheur franco-algérien, Fewzi Benhabib, habitant de Saint-Denis, réfugié en France en 1993, à la suite des menaces de mort qu'il subissait, chez lui, à Oran, de la part des terroristes du FIS, n'en est que plus glaçant : " Ma ville, à l'heure de l'islamisme ", ( Marianne spécial No 970, du 16 novembre ) .

" A saint-Denis, une fracture s'est ouverte que mon expérience algérienne m'empêche d'ignorer . Elle se creuse là, le long des trottoirs, au milieu des rues, au marché le dimanche ...

... Par où commencer ? Le voile est chose si banale dans tant de villes de France que le spectacle de de la foule de saint-Denis ne surprend plus . Partout où se tourne mon regard, je ne rêve pas, des voiles, encore des voiles : des voiles simples comme des fichus d'antan, ou des voiles couvrant le front, ou des grands voiles noirs, venus des pays des mollahs, recouvrant le corps jusqu'aux pieds ...

... Rue Gabriel Péri, ce résistant communiste, mort fusillé au Mont Valérien en 1941, un nouveau phénomène est apparu : les magasins d'habits islamiques . Leurs enseignes disent bien où naît la tendance : " Center Dubaï " sent le pétrodollar et les magasins " Daffah ", numéro un mondial du " qamis ", ( vêtement ample de l'homme musulman ) est une florissante entreprise saoudienne ...

L'habit fait le moine, bien sûr . Loi de l'offre et de la demande ? ... Mais alors, que font ces livres, entre les niqabs et les keffiehs, entre la " wahhabite fashion " et une littérature prosélyte " d'islamisme politisé " . Deux commerces en un pour maintenir des " musulmans " dans l'orbite islamiste, dominer la communauté et accentuer la fracture communautariste . Le développement séparé des cultures, au coeur de la pratique des Frères Musulmans en Occident ...

Une enseigne, face à l'arrêt du tram, symbolise cette conquête des esprits : à côté de l'énorme " Mak d'Hal " qui reprend les codes graphiques de McDonald's, jusqu'à la borne interactive de commande, pour des hamburgers 100% halal, une autre enseigne, qui n'attire pas le regard du non-avisé : " Mixte Coiffure ". Ce n'est pas un salon banal : c'est un salon pour femmes où, " mixte ", signifie que le salon propose une salle spéciale pour les femmes voilées qui ne veulent pas se mélanger aux autres, tout bêtement ...

A côté de cela, la multiplication des restaurants " grecs " ( appelés ainsi dans l'entre-soi dyonisien ) - forcément halals - est d'une extrême banalité . Que l'on n'y serve pas de bière pour accompagner le " shawarma " ( roulade à base de viande de kébab ) est tout à fait entré dans les moeurs ...

... L'hégémonie du religieux est aussi entrée dans les écoles de la République . Sont-ils dans leur rôle ces surveillants qui sortent des établissements , les rares jours où le porc est inscrit au menu de la cantine, pour ravitailler en sandwichs " grecs " les petits musulmans . A l'Institut Universitaire de Technologie , une association a osé exiger que les cours soient fixés en fonction de ceux des prières, afin de permettre aux étudiants musulmans de s'acqquitter de leurs obligations religieuses ... Le directeur de l'IUT résiste : il fait l'objet depuis des mois de menaces de mort et d'agressions physiques sans que l'on s'émeuve en haut lieu .

... Le flot humain qui déboule chaque vendredi aux abords de la " Rue de la Boulangerie " par la ligne 13 du métro pour rejoindre " Le Centre Tawhid " qui polarise tant de musulmans que, certains jours, les tapis de prière bloquent la circulation, ce lieu, à partir duquel le prédicateur médiatisé, Tariq Ramadan, a lancé son offensive idéologique sur la France, au début des années 2000, n'est pas qu'une banale mosquée : c'est le vecteur principal de l'idéologisation de l'Islam et du prosélytisme des Frères Musulmans . Cette mosquée est le quartier général du wahhabisme saoudien .

Sur le papier, on ne fait qu'y dispenser l'enseignement de l'arabe comme langue . Mais cet apprentissage est toujours conditionné à l'enseignement des " sciences islamiques " et la mémorisation obligatoire des versets du Coran . Et les cours du Centre TTawhid ne sont pas gratuits : 250 à 350 €, par an et par enfant ...

... Je longe la " rue du Jambon " ( mais oui ), elle n'a pas encore été débaptisée, et m'approche de l'une des librairies nouvellement inaugurée . En devanture, des affiches qui enseignent aux enfants les bonnes pratiques de l'Islam : ne pas se moquer des autres, dormir sur le côté droit, boire en trois fois . Sur les présentoirs trônent les grandes vedettes de l'islam politique, Hani et Tariq Ramadan, Sayyid Qutb, Hassan el-Bana . Mais dans cette librairie musulmane, aucune place n'est faite aux islamologues humanistes comme Tahar Haddad, Mohammed Arkoun, Abdellxahab Meddeb . Pas de roman de fiction, pas de poésie pas d'ouvrage de connaissance universelle . Le géant de la littérature arabe, Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature, poignardé en 1994 par un membre de la Gamaa al-Islamaya au Caire, le romancier algérien Kamel Daoud, sous le coup d'une fatwa pour " atteinte aux principes de l'Islam ", sont " persona non grata " dans ces librairies . Même pas une place pour le grand poète palestinien , Mahmoud Darwich ...

Le 8 janvier 2015, au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo, le Maire communiste de Saint-Denis convia ses administrés à un rassemblement silencieux pour " exprimer le refus de la barbarie et la solidarité des dyonisiens avec les victimes " . L'iman du Centre Tawhid, dans le prêche qu'il tint le même jour, appela ses fidèles à boycotter cette manifestation au motif qu'en France rien n'était fait pour " marquer sa solidarité avec la Palestine " ... Peut-on considérer de détournement d'un lieu de culte en meeting, comme un accident ? " .

A tout cela un seul but : isoler les musulmans du reste de la société afin de créer un climat de défiance propice à toutes les violences .

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 14:06
ldh-france.org ( Ligue des Droits de l'Homme ) .

ldh-france.org ( Ligue des Droits de l'Homme ) .

" Pablo mon ami qu'avons-nous permis / L'ombre devant nous s'allonge s'allonge / Qu'avons nous permis Pablo mon ami / Pablo mon ami nos songes nos songes ... " ( Poème de Louis Aragon adressé à son ami le poète chilien, Pablo Neruda, 1965 ) .

Lorsque, ce vendredi soir du 13 novembre, j'ai entendu citer la rue de Charonne et la terrasse du bistrot " la Belle équipe ", comme théâtre d'un attentat sanglant, j'ai été saisi d'effroi .

Depuis cinquante ans, " Charonne " était, pour moi, une date : 8 février 1962, et une station de métro .

Ce soir du 8 février 1962, les policiers déchaînés du préfet de police Maurice Papon et du ministre de l'intérieur gaulliste Roger Frey, repoussent dans les couloirs du métro Charonne des manifestants, militants de la CGT et du Parti Communiste Français, et se mettent à cogner sans discernement : neuf morts parmi ces manisfestants dont huit militants communistes, solidaires des Algériens . Ces manifestants, tués à Charonne, luttaient contre le colonialisme, pour l'indépendance de l'Algérie, pour l'émancipation des Algériens et de tous les peuples arabes, contre l'OAS, cette organisation fasciste qui terrorisait le pays par ses attentats, au nom d'un seul mot d'ordre " Algérie française " !

Les militants de la CGT, du PCF, passaient leurs nuits à peindre sur les murs du quartier : " Paix en Algérie ", au péril de leur vie car les fourgonnettes des nervis de l'OAS sillonnaient les rues de Paris, des chasseurs de bolcheviks armés de nerf de boeuf et de barre de fer .

La rue de Charonne était une rue où se mêlaient toutes les immigrations dans les ateliers d'ébénistes, de menuisiers et de tapissiers et ne connaissait qu'une armée : " l'Armée du salut ", signe de la misère qui y régnait .

Certes, cette rue a bien changé . Aujourd'hui, les taudis rénovés s'y vendent très cher, les ateliers sont devenus des salles de spectacle, aux terrasses des bistrots " les ouvriers ne demandent plus qu'on leur réchauffe la gamelle ", mais c'est égal, la rue est restée populaire et vivante, dans son mélange permanent de musique, de fête, de danse . Et c'est pourquoi, les terroristes n'ont pas frappé n'importe où : ils ont choisi ces anciens quartiers populaires devenus des hauts lieux de la fête . La fête : ce qu'ils haïssent par dessus tout .

N'oublions pas les mots de cet " imann " salafiste de Brest qui enseigne à des petits enfants que " la musique est créature du diable ... et transforme en porcs ceux qui l'écoutent " .

Des jeunes dévorés par la haine auxquels des sirènes funestes ont fait croire qu'ils étaient des " élus ", alors qu'ils ne sont que manipulés, décérébrés, drogués, sont allés frapper des jeunes, du même âge qu'eux, qui faisaient la fête . L'histoire " cul par dessus tête " : à l'endroit où cinquante plus tôt l'on mourait pour l'émancipation, on meurt aujourd'hui frappé par l'obscurantisme . A l'endroit où, cinquante ans plus tôt, des militants progressistes trouvaient la mort pour l'émancipation de leurs pères et grands-pères, des jeunes jettent à la poubelle le peu d'humanité qui était en eux, obéissant à un mot d'ordre hors des temps de l'histoire humaine : le monde est divisé et tu as acquis le droit de choisir qui doit vivre et qui doit mourir .

Et c'est là que le vers du poète : " Pablo mon ami qu'avons nous permis ", prend toute sa puissance .

NB : d'après l'article du Guy Konopnicki, " De Charonne à Charonne ", Marianne spécial No 970 du 16 novembre 2015 .

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 14:57
Illustration d'une des éditions de " Les démons " .

Illustration d'une des éditions de " Les démons " .

(1) . " Le nihiliste : son vrai dieu est la mort, son seul culte le meurtre, son unique aspiration le néant ", ( Jean-François Colosimo, essayiste, Marianne spécial, du 16 novembre, No 970 ) .

Les attentats du 7 janvier 2015, à Charlie Hebdo, avaient provoqué un engouement pour le livre de Voltaire " Traité sur la Tolérance " de 1763 .

Les ignobles attentats du 13 novembre 2015, de Paris, m'ont remis en mémoire une ancienne lecture : " Les démons " ( ou Les Possédés ) de Fiodor Dostoïevski (1872) . En exergue à son oeuvre, Dostoïevski cite une parabole de l'Evangile : " Il y avait là un grand troupeau de pourceaux qui paissaient sur la montagne et les démons priaient Jésus qu'il leur permît d'entrer dans le corps de ces pourceaux et Il le leur permit . Les démons étant sortis de l'homme qu'ils habitaient entrèrent dans les corps des pourceaux et le troupeau se précipita de ce lieu escarpé dans le lac et fut noyé . Et ceux qui paissaient, voyant ce qui était arrivé, s'enfuirent et le racontèrent dans les villes et les campagnes ... L'homme duquel étaient sortis les démons était assis aux pieds de Jésus, habillé et dans le bon sens " ... ( Evangile de Luc, Ch. VIII ) .

Comme le dit l'essayiste J.F. Colosimo, le grand auteur russe délivrait, à la fin du XIXe siècle, une véritable prophétie .

" Les démons ", sont le tableau d'une société que les vices et la lâcheté ont désarmée, mise à mal par des révolutionnaires nihilistes dont la troupe est formée de fanatiques, de pervers, d'imbéciles et d'illuminés . Le chef de cette bande qui a la figure de l'Antéchrist n'est pas guidé par une doctrine mais bien par une volonté de destruction qu'il fait passer auprès de ses adeptes comme le but, l'objectif de son projet de société . Car pour lui, des décombres de la société pourra renaître un monde nouveau dont il n'a encore pensé ni même envisagé les fondements .

Le chef de cette bande qui inspire tout est Piotr Verkhonski . C'est lui qui installe à la tête du groupe le ténébreux, mystérieux et charismatique Nicolaï Stavroguine . Ces deux hommes vont manipuler des jeunes exaltés, vont leur faire croire qu'ils participent à un mouvement plus ample et les pousser à commettre des actes irréparables ...

Lisons ce que disent ces bandits perdus et marginaux délaissés, ces étudiants attardés et adolescents révoltés, à qui l'on fait attribuer au monde leur mal-être et à la suppression de ce monde leur libération . L'unique programme de ces " possédés " lucifériens est de semer la terreur par tous les moyens afin de favoriser la décomposition de la société et de la mener à la guerre civile .

" Couper la langue à Cicéron, crever les yeux à Copernic, lapider Shakespeare ... provoquer la fin du monde demain matin, de préférence à 10h25 ...", proclame Chigalev .

" Réussir leur mort, après avoir raté leur vie ", est le mot d'ordre d'un des maîtres à penser du groupe, Boris Savinkov .

" Un billet aller vers l'immortalité ", pense Evestilia Rogozinikov, munie de 5kg de nitroglycérine scotchés sur le ventre .

" Je n'ai d'amour que pour l'holocauste " lui répond Eulogie Drabkine, qui fait transporter des explosifs à sa petite fille de trois ans .

" Les chefs ont créé une religion de la dynamite et du revolver, en couronnant l'image du tueur martyr d'une auréole sainte ", s'extasie Véra Figner .

Al Qaïda et Daech ne font rien moins que prolonger le nihilisme de la fin du XIXe siècle et son ambition d'un anéantissement du monde . C'est pourquoi, la seule lecture religieuse du phénomène est improductive à court terme et dangereuse à moyen terme .

Nous sommes en guerre et pour longtemps : nous devons apprendre à vivre entre " le risque zéro et le carnage ", car c'est désormais entre le risque zéro et le carnage que l'on trouve la vie ( Eric Decouty, Marianne spécial, No 970 ) .

Il n'empêche, le slogan de ce numéro spécial du magazine, " Nous serons toujours debout ", reste un peu court !

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