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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 14:29
lentreprise.lexpress.fr

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" Il y a pire que d'avoir une mauvaise pensée, c'est d'avoir une pensée toute faite " , ( Charles Péguy ) .

" Ah ! L'angoisse du grand patron incapable de trouver le sommeil à l'idée de créer un emploi sans l'assurance de pouvoir le supprimer aussi sec en cas de retournement de la conjoncture ! " ( Jack Dion, Marianne ) .

A l'heure où la préparation des " Ordonnances Macron " sur le refonte du Code du travail bat son plein, les discours pour justifier qu'il " faut passer au rabot " les règles sociales de ce pays atteignent des sommets de bêtise inégalée .

La plus déconcertante prétendant qu'il faut faciliter les licenciements pour relancer les embauches . " C'est comme si on disait qu'il faut faciliter les noyades pour former des maîtres-nageurs, encourager les incendies de forêt pour former les pompiers, tolérer les accidents de la route pour apprendre aux automobilistes à conduire ... " 

Des spécialistes " en tout ", des experts en communication ont fabriqué ce raisonnement génial selon lequel " pour éviter un futur regrettable - le licenciement - le mieux est de le faciliter dès aujourd'hui ", c'est à dire à la signature du contrat de travail . Comprenons bien : dans un avenir très proche, les travailleurs ne signeront plus de contrats de travail mais des contrats de licenciement où toutes les modalités du " coup de pied au c.. " auront été détaillées . 

Depuis le début des années 2000, la France a mis en oeuvre une centaine de réformes relatives au travail . Durant la même période , le travail par intérim, les CDD, les stages - aujourd'hui, on peut être encore stagiaire à 45 ans - contrats de mission et autres jobs au rabais ont explosé au nom de la lutte contre le chômage, chômage qui n'a jamais baissé . 

Et croyez-vous que nos spécialistes en tout s'interrogent sur ce raté général ? Pas du tout . Ils suggèrent au contraire de poursuivre dans le même sens mais en allant encore plus vite, encore plus loin, encore plus fort n'hésitant pas à prédire qu'au bout de l'insécurité sociale les travailleurs allaient trouver épanouissement individuel et collectif .

La vérité est que l'emploi dépend largement moins du code du travail que de l'activité économique du pays : or celle-ci est en rade . Les carnets de commande des entreprises restent désespérément vides faute d'une croissance permettant de lancer des projets à long terme : la pression sur les salaires et les retraites étouffe une consommation déjà faiblarde, assèche les rentrée fiscales et nourrit le déficit des comptes publics .

Les multinationales ont le regard fixé sur l'investissement à l'étranger et les délocalisations vers des lieux exotiques où la main-d'oeuvre est quasi gratuite et la législation peu sourcilleuse étranglant, dans le même temps les PME qui leur servent de sous-traitants et auxquelles elles font payer les pots cassés, PME par ailleurs étouffées par des banques qui ne veulent prendre aucun risque .

Evidemment, pour les docteurs de la science économique, " le coût du travail " est un argument très utile qui permet de faire passer par pertes et profits la financiarisation croissante de l'économie, le diktat des banques et le racket des actionnaires .

Dans le même temps, les idéologues du marché - mais pourquoi se gêneraient-ils ? - ajoutent qu'aux coups de rabot sur les lois sociales il faut ajouter de nouveaux prébendes à verser aux grandes entreprises pour renforcer leur goût affirmé de l'investissement comme si les milliards de fonds publics déversés dans le trou sans fond du " CICE " n'étaient pas la démonstration concluante qu'on se foutait du chômeur comme d'une " guigne " .

" Les odes à la réforme Macron, n'ont pas fini de bercer nos soirées BFMTV de l'automne prochain ... " 

 

NB : d'après l'article de Jack Dion, " L'idée la plus bête du monde ", Marianne No 1062 .

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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 14:26
D'après un tweet d'Olivier Besancenot .

D'après un tweet d'Olivier Besancenot .

" Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux ... " ( Jacques Brel ) .

" Dans " Le Monde " du 19 juillet dernier, la journaliste Florence Aubenas raconte " une grève " : la grève la plus longue à se dérouler actuellement en France, entamée depuis le 3 avril, voilà plus de trois mois, et qui n'est toujours pas terminée ... ", ( Jean-Luc Porchet, Le Canard Enchaîné du 26 juillet ) . Mais, chut !!! En " Macronie " ces choses-là ne se disent pas . Les images des plages bondées, l'indice UV du jour, les culs bronzés et les randonnées à dos d'âne, ça, c'est de l'information . Et si F. Aubenas a pu transgresser la consigne, cela n'est dû qu'à sa notoriété .

Oui, c'est bien une question, une question grave, symptomatique que pose la journaliste . Pourquoi une dizaine d'aides-soignantes d'un Etablissement d'Hébergement pour Personnes âgées dépendantes (EHPAD ), " Les Opalines " - le joli nom - de Foucherans, dans le Jura, ont cessé le travail depuis trois mois et subséquemment pourquoi la direction du groupe privé " SGMR - Les Opalines " - le huitième au plan national - qui gère 46 Ehpad, n'a toujours pas répondu aux demandes de ces aides-soignantes ?

Leurs demandes sont-elles folles ? Mettre fin au sous-effectif, au non-remplacement des collègues absentes, augmenter les salaires maintenus délibérément bas, leur permettre de travailler plus décemment auprès des pensionnaires qu'elles ont en charge, en finir avec les courses incessantes, de l'un à l'autre - une aide-soignante a 3 mn 41 secondes pour coucher un résident - ce qui fait dire à l'une d'elles : " On ne les met pas au lit, on les jette ... " .

Et encore, " Les Opalines de Foucherans ", est un établissement plutôt chic et cher, nous apprend la journaliste - 2500 € par mois - qui se situe dans la moyenne nationale en termes d'effectif : 55 professionnels pour 100 résidents, ce qui signifie qu'il y a bien pire . Mais la vérité est qu'il en faudrait au moins 80 ce qui est le cas en Allemagne . En Suisse ou dans les pays nordiques, la norme est à 1 pour 1 . C'est étrange, on ne fait jamais la comparaison avec eux quand il s'agit de ce sujet .

La " Macronie " va-t-elle remédier à ce gâchis ? Il n'y a déjà plus de secrétariat aux personnes âgées dans le gouvernement actuel, ce qui n'est pas un signal très encourageant mais si l'on regarde de prèe le programme du candidat Macron sur la question, on reste ébloui : " Aider au maintien à domicile ; envoyer les étudiants en médecine effectuer un " service sanitaire de trois mois " dans les EHPAD ; " instaurer des enquêtes de satisfaction systématiques ", comme à Auchan ou Conforama, alors que ces établissements ont besoin de véritables inspections au même titre que les hôpitaux psychiatriques ou les prisons .

Et puis il y a " La Poste ! " . En " Macronie ", on n'est jamais pris de cours .

Comprenez-vous, le problème des personnes âgées, des vieux, c'est qu'elles ne sont pas modernes, pas rentables, pas productives, pas adaptées au logiciel macronien .

" Alors cet été encore, que font nos pauvres vieux, les très vieux, ceux qu'on place en maison spécialisée, les dépendants, les pas autonomes, ceux qu'Alzheimer a rattrapés ? " Ils ne partent pas en vacances, ils restent dans leur établissement, ils sont devant la télé ; parfois on les sort dans le jardin, mais c'est rare parce que le personnel soignant fait avec ce qu'il a . Ils sont 1,3 millions à finir ainsi leur vie ...

" Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps ... " ( J. Brel ) .

Note : Durant le précédent quinquennat, le gouvernement avait retiré 200 millions d'€ du budget des maisons de retraite publiques, les obligeant à licencier .

 

 

 

 

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 16:47
" Le crowdworker " : le pauvre du futur !

" L'Allemagne a créé le meilleur secteur à bas salaires de l'Europe " ( Chancelier Gerhard Schröder, 2005, Forum économique mondial de Davos ) .

" Heinrich Heine ( le grand écrivain allemand du XIXe s. ) n'a pas écrit pour rien que l'Allemagne est le pays de l'obéissance . Ici, on ne se révolte pas . Et la société allemande - de culture protestante - a tendance à estimer que celui  qui est pauvre n'a pas mérité autre chose parce qu'il a dû commettre des erreurs, parce qu'il ne sait pas gérer son argent, parce qu'il a bu sa paye, parce que c'est un parasite social ... ", dit Christoph Butterwegge, ancien candidat du parti " Die Linke " - parti de gauche - à la présidence de la République .

Grâce à internet, le travail à la tâche d'antan, payé à la pièce et réalisé à la maison, revient en force sous une forme plus moderne baptisée " le crowdworking " : travail en foule .

Le principe est simple : un employeur désireux de faire réaliser une tâche, rapidement et à moindre prix, se met en rapport avec une plate-forme internet qui le met aussitôt en relation avec " une foule " de travailleurs disséminés dans le monde entier et qui vont se partager le travail . Les économistes appellent très gentiment cela " le portage salarial " .

Payées à très petits coûts, les tâches vont de la saisie de données jusqu'à la programmation, en passant par la traduction, le test de sites internet ou même la participation à des programmes de recherche .

Les frais de fonctionnement, d'équipement, d'assurances, la protection sociale et de santé, l'assurance chômage, tout est à la charge du travailleur .

Pour le lien social, il faudra repasser .

Et puis, cela peut prendre la nature du " don de sa consigne " : " Le Pfandgebben " . C'est un site où les gens qui ont des bouteilles consignées appellent pour qu'on vienne les en débarrasser . En échange, le collecteur, très souvent un retraité pauvre, garde l'argent de la consigne : cela peut rapporter jusqu'à 20 € par mois . Une fortune !

En Allemagne, le syndicat IG Metal a identifié près de 32 plate-formes actives qui fournissent un travail à la tâche à près d'un million de personnes .

 " Le crowdworking , c'est la porte ouverte à toutes les dérégulations et à la paupérisation des travailleurs " , s'alarme le numéro 2 de ce syndicat .

On dit dans les milieux autorisés qu'Emmanuel Macron serait séduit par la formule .

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 14:18

Réedition de décembre 2012 .

"  J'abhorre la canaille avec laquelle je suis en communication, en même temps que sous le nom de peuple je désire passionnément son bonheur ." ( Stendhal . Vie de Henri Brulard ) ) .

 ( Illustration : grandmaison.over-blog.com ) .

 

 

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   En réaction à l'ordre de l'Ancien Régime, absolutiste et corporatif, la Révolution de 1789, institue l'homme en sujet juridique, porteur de droits garantissant sa liberté de pensée et d'action, sa propriété et son autonomie, et en sujet politique, partie du souverain dans l'exercice du droit de vote . Liberté et égalité étant considérées comme indissociables .

   " Une fois débarrassés des ordres, des tutelles, des structures imposées, les individus allaient pouvoir s'affirmer pleinement comme êtres humains ", pensait-on, alors .

   La dimension psychologique de cet " individu universel " n'était pas niée, dans la mesure où était reconnue, dans cette aspiration à la liberté et à l'égalité,  l'expérience vécue douloureusement de l'humiliation, du mépris, de l'arrogance, de la domination, imposée par l'ancien monde aristocratique .

   Mais ces considérations psychologiques restèrent  limitées aux effets de classe et laissèrent de côté les relations interpersonnelles, les manières d'être liées à l'image que l'on veut donner de soi, quel que soit le groupe social auquel on appartient . En un mot on oublia trop vite les portraits de La Bruyère , de La Rochefoucauld ou de Saint-Simon .

   On considéra un peu trop légèrement les travers des sociétés de Cour, poussés jusqu'à l'hystérie, à tout le moins la caricature, sous le règne de Louis XIV . Peut-être parce qu'on ne les vit, alors, que comme jeux de pouvoir et d'apparence, sans grande importance . Pourtant, " ces relations qui mettent en jeu les logiques d'imitation et de distinction, les mécanismes de l'envie et de la jalousie, les dispositions à la sympathie et au partage ", ne sont pas des données secondaires dans l'approche de la nature humaine .

La preuve en est qu'elles continuent de sévir et, en tout cas, constituent le terreau de ce que P. Rosanvallon, appelle , aujourd'hui : " l'individualisme de distinction " .

   D'aucuns pourront considérer le phénomène comme marginal, pour ma part, si j'en parle, c'est parce que je range les comportements de nos " stars " actuelles, dans ce mode de fonctionnement .

   Au XIXe s., une fois la noblesse marginalisée, entre la bourgeoisie triomphante  mais engoncée dans son conformisme, " dans l'étroitesse de ses objectifs et son absence d'imagination ", et une classe laborieuse déclassée par les idéologues conservateurs, au rang de classe paresseuse et dépravée, va apparaître un groupe social, désireux d'affirmer sa rupture " avec le commun" : les artistes .

   Ce groupe va mêler " l'esprit de la bohème romantique à des relents de sentiments aristocratiques " flirtant parfois avec " des attitudes très ambiguës par rapport à  la démocratie " .

   La notion " d'élites " au sens contemporain du terme était née : artistes, créateurs, journalistes ou avocats, auxquels vinrent se mêler " dandys " et autres parasites .

   Cette nouvelle aristocratie, individualiste , dans la distinction, se positionnant bien au-dessus des masses réduites à l'état de simple force de travail, se met donc à aspirer " à une existence élargie " , qu'apportent succès, réputation, parfois admiration, dans tous les cas, intérêt de la part du " commun " .

   L'incarnation de cette ambition se construira à travers le phénomène de la mode . La mode, symbole de l'individualisme triomphant, peut-être faudrait-il dire " du particularisme ", dans le sens où la mode exige l'existence d'un groupe restreint . La mode est un système où un petit groupe d'individus se mesurent les uns aux autres, mais en cercle fermé, comme les courtisans de la Cour de Louis XIV .

   " L'individualisme de distinction " fut le berceau de la mentalité, de la moralité de nos élites d'aujourd'hui , dont le maître-mot est " vivons séparés du commun " .  Au commun, accordons l'offrande de notre talent  - contre espèces sonnantes et trébuchantes , cela va sans dire - mais nous n'allons pas vivre comme lui, encore moins avec lui, mais s'il le faut, contre lui . 

Qu'ai-je voulu dire à propos de nos élites actuelles, stars, vedettes, sportifs, intellectuels, journalistes et politiques ?  Qu'il ne faut pas leur en vouloir de s'exiler fiscalement, de ne pas vouloir participer à l'effort commun, quand le pays est en crise et qu'il est injuste de qualifier leur fuite d'égoïsme et de cupidité ?

   Comme autrefois la noblesse était exemptée de l'impôt financier parce qu'elle devait au roi l'impôt du sang, aujourd'hui, nos élites nous ravissent par leur talent - certains pensent même leur génie - et estiment qu'elles ne nous doivent rien de plus, oubliant, ou plutôt ignorant, que c'est le peuple qui fait les élites, et que dans l'histoire, on a vu bien des idoles déboulonnées de leur piédestal par " le commun " las de trop d'humiliations  .

Nous appellerons aussi " l'individualisme de distinction ", afin de l'incarner, " le syndrome Gérard Depardieu " .

NB : (1) . Texte inspiré par P. Rosanvallon : " La Société des Egaux " .

 

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 19:48

  Réédition du mois de décembre 2012 .

 " Depuis les années soixante, les EE.UU subissent un effondrement  sans précédent de leur vie civique , sociale , associative et politique, c'est à dire de leur capital social, avec des conséquences dramatiques . ( Robert Putman. Politologue américain, professeur à Harvard, dans son livre : " E  Pluribus Unum ". Cité par Wikipedia .)

 

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   Illustration: gemmes-pierres.com

 

   Nous avons parlé souvent dans ces pages des dangers qui menacent la vie démocratique : poussée des individualismes et des égoïsmes, accaparement  du pouvoir par les partis ; main-mise des institutions financières sur le pouvoir politique, etc. Ce sont les dangers les plus visibles.

   Mais la vie démocratique est menacée, également, par un autre fléau, moins apparent, moins évident, mais bien plus insidieux, c'est le " séparatisme" , ce besoin de s'éloigner des autres, de ne plus avoir affaire aux autres, ce refus de partager,  dont on voit apparaître les symptômes, dans des modes de vie  ou de gestion des affaires, au caractère séparatiste .

   Ce mouvement  s'inscrit dans la droite ligne des ligues anti-impôts,  des ligues du refus de payer pour les autres,  aussi bien que dans l'idéologie de l'individu contribuable et non point citoyen . Je suis contribuable, je demande des comptes sur les services qui me sont rendus, à moi, pas à la collectivité , " exit " le citoyen .

   J'appelle ce type d'évolution, " le syndrome des coquilles vides ." Et  je m'en explique à partir de quatre exemples .

Connaissez-vous,  les " unincorporated areas " ?  Cela nous vient des Etats-Unis ." Ce sont  des zones résidentielles d'initiative privée, qui ne sont insérées dans aucune structure municipale , qui sont gérées sur le mode de grandes copropriétés, et qui ne possèdent aucun service public. Tout y est privé  : les écoles comme les centres commerciaux , les équipements culturels ou sportifs comme les services de sécurité .  Pas de parcs publics, pas de trottoirs dans les rues , aucune vie politique , par la force des choses . Ces agglomérations ont réduit les impôts locaux  aux acquêts ; surtout peuplées de blancs, elles semblent vivre en apesanteur... " ( Cité par P. Rosanvallon , La société des Egaux .)

   Voilà, une première coquille vide : vide de vie, vide de sens, vide d'humanité .

J'ai récemment vu, sur une chaîne de télévision, un reportage sur la ville de Détroit aux USA . Ancienne capitale de l'automobile , particulièrement sinistrée par la crise de 2008, au bord de la faillite financière  et ayant perdu un tiers de sa population .

   Du coup certains quartiers sont totalement déserts ; en tout cas, il n'y reste plus que quelques familles, noires comme   par hasard . Eh ! bien, la Municipalité a décidé de couper tous les réseaux dans ces quartiers, jugés insuffisamment peuplés : plus d'eau, plus d'électricité , plus de transports, plus d'écoles et plus d'hôpitaux . Isolement total ! Deuxième exemple de coquille vide : subi et non voulu, cette fois, mais qui participe du même phénomène .

Nous n'en sommes pas encore là en Europe . Mais nous devons regarder avec attention certaines évolutions gestionnaires par rapport à nos traditions politiques .

   Alors que la France venait d'entrer dans une phase de décentralisation intense, que se multipliaient les transferts de compétences, de l'Etat vers les collectivités locales : " On a mis en place un niveau d'intercommunalité ayant en charge : transports, gestion des déchets , développement économique , culture , gestion de l'eau ...Des postes financiers puissants, vidant d'autant, les prérogatives municipales . Et ce qui est plus grave encore, c'est que les élus de ces instances le sont par la voie indirecte . Ils ne sont pas directement responsables devant des électeurs . Ils ne sont plus que des gestionnaires, des techniciens, dont j'ai déjà dénoncé le défaut ... " ( Voir P. Rosanvallon .La société des égaux . Ch. la tentation de l'homogénéité .)

   Il ne restera bientôt plus aucun pouvoir au Maire , qui pourtant est le premier élu , le plus proche du citoyen, l'élu à  qui l'on peut le plus facilement demander des comptes, car si la démocratie c'est un lien, c'est d'abord un lien de proximité .

   Mais il restera toujours à Monsieur le Maire la Présidence du Comité des fêtes ! Et voilà, la troisième coquille vide .

La quatrième, je la trouve dans la construction européenne. Chacun sait que l'objectif final de cette construction, c'est la disparition des Etats-Nations, au profit de grandes régions, de grandes métropoles et d'un Etat supra-national européen. Un pouvoir, très loin du citoyen, technicien, non représentatif, comme l'est actuellement la Commission Européenne .

Ma quatrième coquille vide, c'est donc la Nation . La Nation, qui pourtant porte depuis deux siècles, les valeurs démocratiques . Les historiens nous disent parce que c'est la leçon de la démocratie athénienne, que la démocratie ne peut s'épanouir que sur un territoire limité.

Les tenants d'une gouvernance mondiale prêtent un peu à sourire .

Mais où voulais-je aller, avec mes coquilles vides ? Eh bien, vers ce que j'espère n'avoir à jamais connaître , une démocratie " fossilisée " .

   

 

   

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 14:00
Enfant intouchable .

Enfant intouchable .

" L'intouchable " : dans la tradition indienne, il existe, en dessous des castes reconnues, des exclus, hors- caste, qu'on appelle " intouchables ", car ils sont si indignes et si impurs qu'ils risquent de souiller autrui par la vue ou le contact physique .

 En ouverture de son discours de politique générale, le 4 juillet dernier, devant l'Assemblée Nationale, le Premier Ministre s'exprima ainsi : " Je vois une Assemblée rajeunie, féminisée et largement renouvelée ... Une Assemblée qui porte l'héritage républicain et qui ressemble à la France ... " . Emouvant lyrisme de gauche qui occulte une réalité politique moins brillante : nul ouvrier dans cette assemblée . Ce sont 20% de la population active du pays qui ne sont pas représentés dans le temple de la république . Un pur hasard !

Trois autres événements, à ajouter au précédent, doivent nous interpeller .

Le premier concerne l'ordre judiciaire . " Le procès de l'amiante n'aura pas lieu " ! Le parquet de Paris vient de mettre un terme à plusieurs enquêtes pénales portant sur le plus grand scandale ayant frappé le monde du travail au prétexte qu'il est impossible de déterminer avec certitude la date exacte de la contamination des victimes . Vingt années d'instruction - 40 tomes de procédures -  balayées pour une question de date comme si " la contamination par l'amiante " relevait de l'apparition d'un virus : que 20% des cancers du poumon proviennent d'une exposition durable à l'amiante n'intéresse pas les juges puisqu'il leur est impossible de confectionner un vulgaire calendrier . La justice s'apprête donc à annoncer à des dizaines de milliers de travailleurs qu'il n'y a ni responsable ni coupable à leur fin de vie dramatique : des grands groupes industriels de renom doivent être protégés .

Le deuxième touche au droit du travail . Le précédent gouvernement avait engagé un processus de reconnaissance de la pénibilité de certaines tâches pour permettre aux travailleurs concernés de partir plus tôt à la retraite . Il n'a pas fallu longtemps au nouveau pouvoir pour céder au MEDEF qui était vent debout contre ces mesures . Le " compte pénibilité " du quinquennat Hollande est balayé, lui-aussi, et remplacé par le " compte prévention " - admirable richesse de la langue française - de Macron, très allégé : la manutention des charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les risques chimiques ont disparu du nouveau texte . " C'étaient des promenades de santé ", semble-t-il .

Le troisième est lié à la suppression des cotisations " maladie " . L'ouvrier ne s'assure plus contre la maladie et contre le chômage, ainsi disparaît-il des registres de la Sécurité Sociale . Il devient alors " cet être de nos halls de gare qui n'est rien ", selon la propre expression du chef de l'Etat : il n'est plus identifiable sans numéro de SS . 

Ces sujets sont en fait emblématiques de la condition ouvrière et du mépris affiché à l'égard de la réalité du travail . La nouvelle société, mode Macron, celle des " start up " californiennes, des jeunes gens branchés sur leur ordinateur, casque sur les oreilles, aussi épanouis dans leur job que des " surfeurs " au bronzage impeccable, qui ne voient pas encore venir la face cachée de l'ubérisation qui est là, à notre porte .

Ces ouvriers dont on a fait " de la chair à vote frontiste " symbolisent trop le monde d'hier, comprenez-vous, la lutte des classes d'une époque révolue, que la révolution macronienne va balayer au grand vent de la modernité . La République selon Macron est en marche et les ouvriers sont déjà dans le fossé .

Qu'on ne parle plus de ces catégories sociales qui s'usent à la tâche et qui ne sautent pas de joie en arrivant au boulot, ou alors, juste un peu, et pour un très court temps encore, et surtout avec condescendance .

Bientôt le puits du village sera interdit à ces " hors-caste " afin qu'ils ne viennent pas en rendre l'eau impure : ils seront devenus des " intouchables "  .

 

 

 

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 18:27
Un parti unique à tous égards .

" Au temps du stalinisme, le centralisme démocratique, principe de fonctionnement des partis communistes, était ainsi illustré par l'humour des gens de l'est : on vide un seau par la fenêtre, et c'est le centralisme ; pour le rendre démocratique, il suffit de faire remonter l'eau ", ( citation de Guy Konopnicki dans Marianne, No 1060 ) .

A force de multiplier les courts-circuits à l'intérieur de leur propre mécanique provoqués par les courants contradictoires qui les traversaient, les haines recuites de personnes et les ambitions meurtrières de trop de dirigeants, les anciens partis terminent brûlés au troisième degré .

Sur ce terreau, un nouveau parti s'affirme sans que l'on sache vraiment ce qui peut bien unifier tous ses adhérents . Les médias publient des portraits, de belles histoires de jeunes gens et de jeunes femmes séduisants, dynamiques, déterminés qui ont, un jour de cette année folle que demeurera 2017, décidé d'adhérer au parti .

Certes, il ne faut pas leur demander avec trop d'insistance ce qui les motive, la réponse étant toujours la même : " On veut faire bouger les choses ! " Vaste programme . Ils peuvent même se montrer plus précis : " On veut réformer ! " N'attendez pas de savoir à quelles réformes ils comptent s'atteler, ils ne savent pas : c'est l'affaire des chefs ! Mais soyez en convaincus : " Ils vont faire ! " Ah ! ce maître mot de langue française qui dit tout et qui ne dit rien . 

C'est que ce parti est une création inédite : il a conquis le pouvoir avant d'exister . Quand on songe à tous ces partis qui ont occupé, pendant des décennies, le champ politique, sans jamais accéder au pouvoir on ne peut que s'incliner devant le savoir-faire des " riens " d'il y a quelques mois . Devenir d'emblée " tout et rien à la fois " n'est pas donné à tout le monde . La France est aux mains d'un parti qui détient tout et dont elle ne sait rien . Il y a bien une présidente par intérim chargée de structurer " le machin ", mais c'est  une inconnue ; le parti s'est même réuni, une fois, mais ce n'était pas un Congrès fondateur, au mieux une assemblée générale où les adhérents apprenaient à applaudir des orateurs - en fait à maîtriser son claquement de mains - sans vraiment attacher du prix aux différentes prises de paroles . 

Les adhérents du " Mouvement en Marche " ne paient pas de cotisations aussi n'ont-ils qu'un seul choix : s'en remettre à un homme qui les a payées pour eux . L'adhésion étant gratuite, il serait mal venu que le marcheur trouvât le moyen de se plaindre . Pour une innovation, c'est une innovation .

Nous avons devant nous, le parti idéal : un financement colossal fondé sur le nombre de voix obtenues aux élections législatives et au nombre de députés élus . " Une pompe à fric " inépuisable . Les cotisants la ramènent toujours, un jour ou l'autre, l'adhérent " internet " la ferme . 

Les partis classiques étaient fondés sur des projets, des principes, une idéologie qui existaient avant les plus prestigieux de leurs leaders : le socialisme avait précédé et de loin, Jaurès . La vie de " La République en Marche " commence avec Emmanuel Macron . Pour une révolution, c'est une révolution ! Le parti ne peut donc connaître qu'une seule pensée, celle du président . L'adhérent a le droit de se réunir mais sous le portrait du président et pour applaudir !

Pour ses députés, " La république en Marche " vient de réinventer le centralisme démocratique : le gouvernement déversera ses projets de loi dans l'hémicycle et les élus " En marche " se contenteront de faire remonter leurs votes vers le perchoir .

" La République en Marche est bien un parti unique ... dans son genre ! " ( Guy Konopnicki, Marianne, No 1060 du 14 juillet 2017 ) .

 

 

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 14:47
Réplique de l'Hermione ( mise à l'eau en 2014 ) .

Réplique de l'Hermione ( mise à l'eau en 2014 ) .

" Contrairement à tous les autres alliés de la France, les Etats-Unis d'Amérique n'ont jamais été en guerre contre elle . Cependant, la vérité historique  nous oblige à reconnaître que les alliances entre les deux pays furent toujours conflictuelles ... " ( Guy Konopnicki, journaliste ) .

C'est à Paris que le 3 septembre 1783, les Anglais signent le traité reconnaissant l'indépendance des 13 colonies d'Amérique soulevées contre le colonisateur et fondatrices des Etats-Unis . En 1777, le jeune capitaine Lafayette, imprégné des idées nouvelles et quelques compagnons embarquent pour rejoindre les " Insurgents "  américains, commandés par George Washington, dont l'Angleterre entend écraser la révolte . Le roi Louis XVI ne croit pas au succès de la révolution américaine et désavoue l'initiative du jeune marquis .

Deux ans plus tard le roi fait volte-face et Lafayette obtient du monarque l'envoi, en 1780, d'un corps expéditionnaire de 6000 hommes commandés par le Comte de Rochambeau . Lafayette réembarque à bord de la frégate " l'Hermione " . Communauté d'idées avec les Insurgents ? La bonne blague ! L'occasion est trop belle d'affaiblir l'Angleterre en Amérique du Nord où, 20 ans plus tôt, Louis XV avait abandonné la Nouvelle France laissant la totalité du Canada aux Britanniques .

La revanche française est belle mais l'entente entre les deux nations, la nouvelle et la vieille, sera de courte durée .

En 1789, seules quelques personnalités françaises marquent l'esprit des nouveaux américains : Lafayette et le constituant Brissot - futur chef des Girondins - parce que Washington, premier Président des EEUU regarde avec bienveillance comment l'Assemblée Constituante place sur ses rails la révolution française . Les EEUU vont vite s'inquiéter de la tournure des événements français avec l'arrestation de Louis XVI, le 10 août 1792 . Loin de soutenir le processus révolutionnaire français, ils se rapprochent de l'ancien colonisateur et signent même en novembre 1794, un traité commercial et maritime qui permet aux Anglais - avec leur accord tacite - d'organiser un blocus des côtes américaines et de saisir toute marchandise arrivant chez eux ou partant en France . Le pragmatisme américain est déjà à l'oeuvre : le soutien français était le bienvenu quand il s'agissait d'arracher les 13 colonies à la domination anglaise mais en 1794, l'Angleterre est plus utile que la France, troublée par les événements révolutionnaires et, par ailleurs, au ban de l'Europe .

Les EEUU ne reconnaîtront, par ailleurs, pas la " Convention " car c'eût été accepter l'obligation de rembourser les prêts accordés par Louis XVI à leur révolution mais aussi parce que ces maudits conventionnels avaient eu la mauvaise idée d'abolir l'esclavage ( décret du 16 pluviose de l'An II, février 1794 ) . Quelques tensions maritimes surgissent en 1799, quand au nom de l'alliance anglo-américaine, un bateau de guerre américain est arraisonné par deux frégates françaises près des côtes de la Guadeloupe .

Le Premier Consul, Bonaparte, tentera de jeter un pont entre les deux nations : il vend aux EEUU, en 1803, pour une somme dérisoire - la meilleure affaire commerciale des EEUU de toute leur histoire - la Louisianne, vaste étendue de terres allant des Grands Lacs, au Nord, au Golfe du Mexique . Certes, la Louisiane obéissait de moins en moins à Paris et s'en éloignait progressivement . Les EEUU ne firent rien pour imposer aux Anglais la fin du blocus .

Durant tout le XIXe siècle la France ne manifestera qu'un intérêt intellectuel à l'endroit du nouveau monde, terrain d'évolution d'un nouveau mode de développement économique . Tocqueville et son livre " De la démocratie " en est l'illustration . 

Les relations entre les deux pays sont minimalistes et ne concernent que les échanges économiques, avec un pic d'exaspération quand Napoléon III se pique d'installer à la tête du Mexique un Empereur autrichien . Les EEUU ont déjà dépecé le Mexique de la Californie et du Texas, et la guerre de Sécession terminée, exigent le départ des Français, en 1865, qui s'en vont piteusement, abandonnant à son sort le pauvre Maximilien . 

Relations symboliques aussi, avec Baudelaire faisant connaître aux lecteurs français les oeuvres d'Edgar Allan Poë ou le débarquement en France du spectacle de William Cody ( dit Buffalo Bill ) ou encore Georges Melliès créant, en 1903, la première Major américaine cinématographique, sur la côte ouest .

Les relations politiques, en fait, ne reprendront qu'en 1917, quand le Président Wodrow Wilson déclarera la guerre à l'Allemagne, le 6 avril 1917, suite aux nombreuses attaques dont sont l'objet les navires de commerce américains par les sous-marins allemands . Engagement important mais non décisif, la guerre étant déjà quasiment gagnée par les alliés anglo-français .

Une nouvelle histoire va commencer mais qui ne sera pas sans accroc : dès janvier 1918, Clémenceau laisse entendre qu'il apprécie peu le plan de paix du Président Wilson et la création de la Société des Nations pour imposer la paix à l'Europe . Clémenceau veut, quant à lui, une revanche sur l'Allemagne et l'humiliation de 1871 imposée par Bismarck à la France .

Le résultat de ces désaccords sera un traité de Versailles en 1919, véritable " bouillie ", diplomatique entre les propositions françaises, américaines et anglaises, d'où surgira quatorze ans plus tard l'Allemagne nazie ...

1929 . L'économie est déjà mondialisée . Les EEUU exportent leur crise financière en Europe - ils récidiveront en 2008 - . En 1940, la guerre va à nouveau ravager l'Europe . La France s'effondre . Le Président Franklin Roosvelt maintient ses relations avec le gouvernement de Vichy poussant son légitimisme au-delà du possible et lorsqu'il déclare la guerre à l'Allemagne, en décembre 1941, après Pearl Harbor, il persiste à reconnaître Pétain comme seul chef de la France n'ayant que mépris pour le général de Gaulle . A Alger, en 1944, le président américain tente encore d'élimioner de Gaulle au profit de l'amiral Darlan plaçant ainsi la France libre sous tutelle de l'administration américaine .

En 1960, J. F. Kennedy tentera de s'opposer à l'initiative de de Gaulle de doter la France d'une force nucléaire autonome . La France est couverte de bases militaires américaines . Le 7 mars 1966, de Gaulle annonce - discours de Phnom Penh - que la France se retire du commandement intégré de l'OTAN, condamne la guerre américaine au Viet-Nam puis le 1er septembre qu'il exige le retrait de toutes les troupes américaines stationnées sur le territoire français . 

En 2003, J. Chirac s'opposera courageusement à G. D. Bush, à propos de la guerre en Irak . Exceptionnelle intuition politique !

 Tous les présidents américains de l'après 1945 regarderont la politique française avec beaucoup de méfiance, jusqu'à l'avènement de N. Sarkozy - Sarko l'Américain - qui liquide la politique gaulliste et réintègre la France dans le commandement de l'OTAN, en 2008 .

En 2017, D. Trump répond par un pied de nez à la France, en sortant les EEUU de la COP 21 .

NB : d'après l'article de Guy Konopnicki, " Une amitié tourmentée ", Marianne No 1056 .

 

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 14:13
Le bourbier .

" En régime capitaliste, la politique fait s'affronter deux mouvements émancipateurs : la gauche, qui cherche à émanciper le travail, et la droite, qui cherche à émanciper le capital - des conquêtes de gauche - et à étendre l'emprise de ce dernier ", ( Christophe Bertiau, Lavamedia ) .

Comment sortir du bourbier politique dans lequel nous a plongé l'élection d'Emmanuel Macron suite à la trahison de dirigeants du PS passés avec armes et bagages à droite, à la dégénérescence d'une droite rongée par la corruption et à une poussée de l'extrême-droite favorisée par les politiques  anti-populaires  de ses comparses ?

La contradiction fondatrice entre les intérêts des uns et les intérêts des autres est l'horizon indépassable de toute politique authentique .  Les étiquettes de gauche et de droite avaient été créées pour ne servir qu'à traduire cette conflictualité propre au capitalisme et est encore plus vraie à l'ère du " capitalisme total " ( ou mondialisé ) .

La confusion est totale, en ce moment où s'impose - provisoirement, sans doute - la pensée dominante d'un monde économique non-conflictuel, incarnée en France par Emmanuel Macron : " un bourbier idéologique " d'où nous ne pourrons sortir qu'en ayant les idées claires .

Aux tenants d'un " capitalisme à visage humain " qui ont tous viré à droite, il va falloir expliquer que le capitalisme ne s'améliore pas mais qu'il se combat, ou plutôt qu'il ne saurait s'améliorer qu'en étant combattu - c'est la grande leçon du XXe siècle et ses deux grandes guerres impérialistes - et que c'est dans ce combat que s'inscrit la vraie gauche, jamais ailleurs .

En régime capitaliste, croire à la politique du " bien commun " n'est que dangereuse illusion . Toute amélioration substantielle du bien-être des uns se fait forcément au détriment de celui des autres parce que le capitalisme ne peut fonctionner et se développer que si s'opposent  les deux logiques antagonistes qui constituent son essence : celle des " investisseurs " et des " créanciers ", toujours désireux de faire fructifier leur capital, c'est à dire de capter une grosse partie de la valeur produite par le travail d'autrui contre celle des travailleurs, qui seront toujours des " exploités " - quoiqu'en pensent nos intellectuels sous burka idéologique - en tant qu'ils sont dépossédés ainsi d'une partie des fruits de leur travail  .

Certes, certaines politiques, par périodes, peuvent permettre aux travailleurs de disposer d'un peu plus de disponibilités pour pouvoir acheter les excédents de production du système, mais cela n'a toujours qu'un temps, et ne permettent au travailleur que d'accéder aux biens de qualité très inférieure .

Aussi, quand E. Macron tient à ramener la gestion du conflit majeur à l'échelle de l'entreprise, en lieu et place de la Loi, ne soyons pas dupes . L'imposture est évidente : le conflit est rabaissé au niveau d'un " jeu de tir à la corde ", avec avantage certain au patron, donc au capital : donnez au capital et vous prendrez au travail ; donnez au travail et vous prendrez au capital .

Sous prétexte que la situation a changé depuis le XIXe siècle - heureusement - qu'il existe des impôts, la sécurité sociale, le code du travail, le droit de grève ; sous prétexte que beaucoup de travailleurs ne savent pas faire fructifier le capital - les imbéciles - c'est cette logique fondamentale du conflit capital-travail qu'on a voulu extirpé de nos esprits .

Le capitalisme s'est amélioré, nous dit-on . Eh ! bien, non, c'est faux ! Ce qui a changé c'est qu'il a été modéré par des conquêtes de gauche mais que les logiques du capital sont restées les-mêmes ce qu'on voit bien à travers les coups de boutoir portés par fausse-gauche et vraie droite, depuis trente ans, à ces conquêtes, au nom d'une pseudo-modernisation, nous dit-on, car avouer l'inavouable reste encore très difficile à dire .

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 13:48
Image du site : " Français et citoyens " .

Image du site : " Français et citoyens " .

( 1 ) . Joseph Proudhon : " Destruam et aedificabo " ; épigraphe aux " Contradictions économiques " .

" De part et d'autre de l'Atlantique, on observe une inflation des inutiles et une paupérisation des nécessaires  qui laissent tous les problèmes en suspens ", ( La grande régression ) .

" Quinze intellectuels de renommée internationale (2) publient un livre collectif, " La grande régression ", sous la houlette de l'éditeur allemand Heinrich Geiselberger ( Ed. Suhrkamp ), dans lequel ils réfléchissent sur le monde comme il va ( ou ne va pas ) à l'heure du capitalisme planétaire " ( Cf . l'article de Sébastien Lapaque, Marianne No 1059, du 7 juillet 2017 ) .

Penseurs, chercheurs, universitaires, ne les cherchez pas dans le " gotha " des " experts " qui accompagnent les grandes institutions internationales ; intelligences lucides, leurs recherches portent un regard acéré sur la misère théorique de notre temps et doutent des lendemains qui chantent qu'est censé nous apporter le capitalisme mondialisé .

Alors que l'avenir, il n'y a pas si longtemps, était bien plus associé à l'idée de confort qu'à celle de difficulté, il est devenu aujourd'hui, synonyme d'une terrible menace : celle d'être identifié ou classé comme un individu inapte à remplir sa tâche, un individu auquel est dénié toute valeur, toute dignité, et qui, par cette raison même , doit être marginalisé, exclu, banni ... ", écrit le sociologue anglo-polonais ( décédé en janvier 2017 ) Zygmunt Bauman, dans sa contribution à l'ouvrage, résumant ainsi, et sans concession, les enjeux majeurs du monde qui vient .

Les maux économiques qui rongent les sociétés occidentales, à l'heure du capitalisme total, sont largement connus : rareté toujours plus grande du travail, baisse régulière des revenus pour la grande majorité des individus, accroissement des inégalités, disparition des protections sociales et de santé, auxquels il faut ajouter le terrorisme international, la catastrophe économique déjà largement entamée, l'inversion des équilibres climatiques et les mouvements migratoires incontrôlés et incontrôlables, qu'ils soient provoqués par des cycles de guerres sans but ou par les bouleversements climatiques .

Une des contributions mérite qu'on s'y arrête un peu plus longuement : c'est celle du sociologue allemand Wolfgang Streeck,  " Le retour des évincés : début et fin du capitalisme néolibéral " . C'est un témoin capital des métamorphoses du libéralisme et de la dynamique du crédit depuis 1945 .  Son intuition a été que les démocraties occidentales sont passées de l'Etat fiscal qui avait la possibilité de lever l'impôt pour garantir les promesses de l'économie de marché, à l'Etat " débireur " qui n'a fait que s'endetter, à partir des années 1970, pour assurer ces contributions, s'exposant alors au joug des institutions financières et bancaires, joug terriblement consolidé à partir de la crise financière de 2008, vidant l'Etat de tout pouvoir en l'enfermant dans la course au remboursement de la dette pour accéder aux exigences des détenteurs du capital et de ses gestionnaires et créer le nouvel âge économique : " Les marchés ne sont plus enfermés dans les Etats, mais ce sont les Etats qu'on a enfermés dans les marchés " .

" Le néolibéralisme est venu avec la globalisation ou la globalisation avec le néolibéralisme . Et c'est ainsi que la grande régression a débuté . le capital des sociétés industrielles reconstruites a commencé à s'affranchir du rôle " d'animal utile " qu'il avait été obligé d'endosser, après guerre, dans un carcan national ", peut écrire Wolfgang Streeck .

" Une plongée au scalpel dans les plaies du capitalisme total, d'où le sang qui coulait, autrefois,  s'est transformé en pus " ( Sébstien Lapaque ) .

C'est à l'anthropologue français Bruno Latour qu'échoit la tâche d'explorer le lourde question des migrants : " L'action cumulée des guerres, des échecs et des méfaits de la mondialisation, de la mutation climatique vont jeter contre nous, avec nous et comme nous, des millions de gens dans la recherche d'un nouveau territoire habitable pour eux et pour leurs enfants ", posant sur ces malheureux venus des périphéries de nos sociétés d'abondance et de jouissance le seul regard possible : " Nos proches étrangers - terriblement proches et terriblement étrangers " .

L'économiste allemand Olivier Nachtwey porte le coup de grâce au système inhumain qui s'est imposé qu'il appelle  " la décivilisation de nos sociétés " inscrite déjà, dans  " toutes ces régions du monde où toute structure étatique a déjà été balayée ", ces lieux que tant de nos experts autorisés ne sauraient voir .

 

(2) . Zygmunt Bauman, Bruno Latour, Slavoj Zirek, Eva Illouz, Nancy Fraser, Pankaj Mishra, Donatella della Porta, des noms à ne pas oublier, venus d'Inde, des Etats-Unis, de Pologne, de France, du Maroc, d'Allemagne, d'Autriche, d'Espagne, d'Italie, de Belgique ou de slovénie . 

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