Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 19:22
Image : Les Echos .

Image : Les Echos .

Les ordonnances Macron vont-elles enfin permettre aux chefs d'entreprise de faire leur métier sans être " emmerdés " par leurs salariés ?

Depuis trente ans, les plans providentiels pour l'emploi se sont empilés sans - c'est le moins qu'on puisse dire - produire les résultats mirobolants promis sinon une accumulation de coups de rabots sur les droits sociaux qui n'ont pas désespéré employeurs et actionnaires .

1986 : première cohabitation, Mitterrand-Chirac . Yvon Gattaz, président du CNPF - ancêtre du MEDEF et père de Pierre - inventeur du terme " flexibilité " - et qui avait annoncé, deux ans auparavant, sa volonté de créer 471 000 emplois, " les ENCA " ( emplois nouveaux à contraintes allégées ) contre la suppression de l'autorisation administrative de licenciement, se voit récompensé par le Ministre des Affaires Sociales de J. Chirac, un certain Philippe Seguin, qui met l'Inspection du travail au placard en matière de licenciement .

Taux de chômage de départ : 8,6% ; taux un an après la réforme : 8,8% ( Emplois : 0 ) .

2004 : gouvernement Raffarin II . Après la pause keynésienne de Lionel Jospin ( 1997-2002 ), François Fillon, Ministre des Affaires Sociales, s'accroche aux branches, et décide d'accorder un paquet cadeau au MEDEF : les accords conclus dans les branches professionnelles et les entreprises pourront être moins favorables aux salariés que les conventions interprofessionnelles relevant de la loi . Première inversion des normes . Cette fois, l'emploi allait repartir .

Taux de chômage de départ : 8,4% ; taux un an après la réforme : 8,7% ( Déjà des Emplois Fillon fictifs ) .

2005 : gouvernement Raffarin III . L.L. Borloo est à la manoeuvre avec son " nouveau Pacte pour l'emploi ". Réduction du délai de contentieux devant les " Prudh'ommes ", assouplissement des 35 heures, clarification des règles régissant le travail du dimanche .

Taux de chômage de départ : 8,4% ; taux un an après la réforme : 8,5%, malgré un vaste plan d'emplois aidés .

2007 : et Sarko arriva . Sitôt dit, sitôt fait : baisse du seuil de déclenchement du bouclier fiscal, exonérations sur l'ISF, défiscalisation des heures supplémentaires, allègements des cotisations sociales .

Taux de chômage avant : 7,1% ; un an après : 7,4% .

2008 : Sarko persiste . Doublement de la période d'essai,, invention de la rupture conventionnelle ( à l'amiable ), création du CDD " à objet défini " qui annonce le CDI de chantier, impossibilité de contester le reçu pour solde de tout compte devant les Prud'hommes au-delà d'un délai de six mois .

taux de chômage initial : 7% ; un an après : 8,8% .

2015 : C'est le tour du socialiste Rebsamen . Des mesures qui ont de l'avenir . réduction des instances représentatives du personnel, allègement de la loi sur la pénibilité, assouplissement des obligations patronales en cas d'inaptitude au travail,, doublement de la durée des CDD .

Taux de chômage initial : 10,1% ; taux un an après : 9,7%  grâce surtout à un recours massif à la formation . Pas terrible !

2016 : Loi El Khomri . Nous sommes déjà " en marche " . Négociation du temps de travail dans les entreprises, menace de licenciement pour tout salarié refusant l'accord d'entreprise et même s'il modifie son contrat de travail, définition des causes économiques de dégraissage à la discrétion de l'employeur, etc ...

Taux de chômage initial : 9,7% ; un an après : 9,2 % mais dans le cadre d'une reprise économique mondiale et d'un recours massif à la formation en période électorale . Peu  ébouriffant !

2017 : Ordonnances Macron/ Gattaz ( Pierre ) . Fin du contrat de travail ( puisqu'il peut être remis en cause à tout moment par un accord d'entreprise ) et " inversion du Code du Travail " . Le pouvoir passe aux patrons !

 

NB : d'après l'article de Alain Guédé, " Trente ans de projets miracles " , Le Canard Enchaîné du 6 septembre 2017 .

 

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 14:02
" Des ordonnances " .

" Toute proposition d'une loi nouvelle ou d'un règlement de commerce qui vient de la part de cette classe de gens ( Les maîtres ) doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne jamais être adoptée qu'après un long et sérieux examen auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention . Cette proposition vient d'une classe de gens dont l'intérêt ne saurait être jamais exactement le même que l'intérêt de la société, qui ont en général intérêt de tromper le public et même à le surcharger et qui, en conséquence, ont déjà fait l'un et l'autre en maintes occasions ... " ( Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de l'enrichissement des nations, 1776 ) .

A l'évidence, le très doué Emmanuel Macron, n'a pas lu jusqu'au bout, le fondateur de la science économique et père du libéralisme en matière d'économie . Que 241 ans après, l'avertissement du philosophe anglais aux gouvernants doive être rappelé quand sortent " les ordonnances Macron " portant sur le nouveau droit du travail donne la mesure de la régression à laquelle on va assister .

Dans notre pays, ce droit s'est construit durant une longue période d'un siècle et demi, faite de luttes violentes, de répressions anti-ouvrières sanglantes, d'oppression économique, sociale et politique inhumaine . Dans une de ses brochures, un médecin lillois indique : " Les ouvriers sont logés dans des taudis souterrains et sur 21000 enfants qui naissent dans ces caves, il en meurt 20000 avant l'âge de cinq ans " . Nous sommes en 1848, à la fin de la Monarchie de Juillet, qui va tomber lors de la révolution de février à cause de son indifférence à pareille misère .

Le droit du travail s'est construit contre cette misère et contre la toute puissance des " Maîtres " dont parle Adam Smith, c'est à dire dans un combat permanent pour que la Loi protège les travailleurs, les salariés . Avec la publication des " ordonnances Macron " nous n'assistons pas à la fin du droit du travail, nous assistons à " l'inversion " la plus diabolique de ces dernières années, l'inversion historique de ce droit . Il n'est plus fait pour protéger les travailleurs, les salariés, il est conçu - et c'est cela que les forces de progrès doivent d'abord combattre - pour protéger les patrons, et par certains aspects, protéger les patrons-voyous .

Le MEDEF en rêvait, Emmanuel Macron l'a fait . Le caractère " équilibré " des nouveaux textes vanté par E. Philippe, adoubé par FO et la CFDT, n'est qu'un leurre . 

C'est flagrant avec les mesures visant à favoriser les licenciements dans les multinationales ( difficultés économiques seulement évaluées au niveau national et création d'un dispositif de rupture conventionnelle collective ) ; c'est tout aussi flagrant dans les TPE-PME ( raccourcissement du délai de recours aux prud'hommes et plafonnement des indemnités prudhommales .

Les autres mesures annoncées, et notamment le nombre de domaines relevant auparavant de la loi ou des accords de branches - et quoi qu'en disent les médias - et qui pourront désormais être négociés dans l'entreprise est considérable et constituent bien la remise en cause de la hiérarchie des normes . Il en est de même pour la fusion des instances représentatives du personnel ( délégués du personnel, comité d'entreprise et CHSCT ) au sein d'un " comité social et économique " ( CSE ) au sein duquel une commission d'hygiène et de sécurité n'est plus obligatoire sauf dans les entreprises où le " risque sanitaire est évident " . 

Les " ordonnances Macron " dessinent bien une régression d'ampleur . Aucun syndicat de salariés, même les plus conciliants avec le gouvernement, n'a pu agréer sans réserves le projet présenté tandis que le MEDEF gardait le silence . Tout au plus, leur satisfaction est-elle d'avoir empêché en participant à la pseudo-concertation de l'été que le texte ne soit plus dur encore, ce qui représente bien peu, en termes de condamnation . Ils devront en répondre, dans peu de temps, devant leurs mandants .

Nous allons savoir assez vite et notamment le 12 septembre, si les salariés se satisfont de ce nouveau code du travail qui protégera davantage leur patron que l'ancien les protégeait, eux, un code du travail qui commencera par ce conseil : " Salariés qui vous apprêtez à signer un contrat de travail, demandez d'abord à lire le CV de votre futur patron . On ne sait jamais ! "

 

NB : d'après l'article de la revue " Politis ", " Une régression d'ampleur au bénéfice du seul patronat ", août 2017 .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 15:16
" Tout va maintenant se montrer à nu ! "

Réédition du 9 mai 2017 . 

" La grande accélération politique arrive : nous entrons dans une période de hautes énergies où les vrais points critiques se rapprochent à grande vitesse . C'est bien ! " ( Frédéric Lordon )

" Tout ce que cachaient les habitudes et les pratiques institutionnelles de ce qu'on peut appeler désormais l'Ancien Régime, va devenir soudain clair comme l'eau d'un lac de montagne " ( F. Lordon ) .

Il ne fallait pas beaucoup d'acuité politique pour apercevoir dans le débonnaire conseiller général de Corrèze, F. Hollande, le loyal fondé de pouvoir du capital - qu'il était depuis longtemps - Mais l'oligarchie exaspérée par l'urgence d'entamer la dislocation de notre modèle social n'avait plus la patience d'attendre le long travail de mise en forme du processus de casse entamé par ce même Hollande, trop lent, trop précautionneux . Elle a donc porté au pouvoir, directement, un des siens, façonné dans des officines de communication et propulsé sans intermédiaire, ou presque, d'un emploi dans un autre .

Mis sur orbite après un lancement spectaculaire de " Unes " de médias, chacun sait qu'il ne faut pas espérer quelque " reprise de contention " des varices que nous laisse F. Hollande . Mais au point où nous en sommes, c'est tant mieux car tout va maintenant se montrer à nu .

La prise de pouvoir en direct, le programme outrancièrement " de classe " que porte le nouveau Président de la République, l'inféodation des médias définitivement accomplie sous le contrôle des puissances d'argent, la crise civilisationnelle qui travaille en profondeur le corps social mais que celui-ci ne percevait pas encore très clairement, vont apparaître en pleine lumière, devenir des évidences, annoncées par " la start-up nation " , la " managérialisation de la politique "  depuis le sommet d'un gouvernement de " co-workers " ( collègues de travail ) jusqu'à la base d'un parti de " helpers " ( les petites mains ), autant d'objectifs du rêve macronien .

Toute au ravissement infra-culturel de la victoire, " la secte macronienne ", égocentrique, elle croit être la France - alors que le vote par adhésion pour son gourou atteint au mieux 20% de Français - va nous régaler de sa philosophie " d'open space " et de son impayable " sabir "

L'écoeurement général, au milieu d'un irrépressible sentiment de grotesque, ne va pas tarder à nous submerger et, avec lui, comme toujours dans les périodes de grande crise, les progrès de la conscience politique .

 Tout promet d'aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite et malheureusement certaines catégories sociales " vont salement ramasser ", mais, la connexion " pouvoir-oligarques- médias " ne pouvant que devenir monstrueusement visible, le rejet général va croître .

Et alors ! L'électorat, réduit à une archi-passivité devenue insupportable, peut, un matin, décider de recouvrir brutalement sa capacité d'agir, mais dans des conditions où l'on peut être quasi certain qu'elle se manifestera par le pire - puisque la seule capacité d'agir sera celle du pire . C'est avec ce risque qu'aura joué la classe élitaire, entre folie et aveuglement, égoïsme et goût des privilèges . 

L'heure n'est plus aux empoignades entre abstentionnistes et " malgré-nous " du macronisme, qui en étaient à un stade égal de désespérance - comme ces guerres où les pauvres s'en prennent aux plus pauvres - sans jamais songer à se tourner vers ceux qui, au-dessus d'eux, aménagent le terrain de leurs empoignades . 

Passé ce scrutin pestilentiel, le temps est venu de s'interroger à propos des irresponsables " très responsables " qui ont installé la catastrophe qui arrive et dont ils croient pouvoir se laver les mains . 

Le résultat du 7 mai leur appartient, à eux-seuls, comme le résultat d'une nécessité n'appartient qu'à ceux " qui ont armé la nécessité " . " Admirables élites qui  désireuses de pousser le bouchon toujours un peu plus loin, ont joué à " la roulette russe " avec la tempe des autres ... " 

 

NB : d'après le billet de Frédéric Lordon, " De la prise des otages ", le Monde Diplomatique, Mai 2017 .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 15:07
varlopes et rabot : fr.wikipedia.org

varlopes et rabot : fr.wikipedia.org

" Nous vivons un moment historique . " ( Pierre Gattaz . Patron des patrons ) .

Que celui qui a trouvé pour la première fois l'expression " le social -patronalisme " me pardonne, je ne retrouve pas de qui il s'agit, mais je fais mienne cette expression, pour pouvoir donner un titre à la conférence de presse d'Edouard Philippe et de Muriel Pénicaud de ce jour, annonçant les contenus des ordonnances Macron .

Durant toute la campagne des présidentielles, le Président de la République a fait planer un doute plutôt malsain sur sa politique : de droite, de gauche, libérale, méfiante envers la finance, pro-finance, social-libérale, social-démocrate, etc., etc ...

Mais aujourd'hui, par la voix du Premier ministre et de la Ministre du travail, il annonce enfin la couleur : " Je ne suis pas un social-démocrate ! " Certes, un social-démocrate, historiquement,  ne travaille pas pour la révolution radicale, mais agit pour réformer le capitalisme, le contrôler, afin que ce système ne porte pas atteinte au progrès social, mais au contraire protège les travailleurs, leurs familles, assure l'éducation de leurs enfants, les protège des aléas de la vie, garantisse un bon fonctionnement de l'ascenseur social .

Les commentateurs, observateurs et politologues de tous bords, préféraient évoquer le social-libéralisme de l'américain John Rawls : libéralisme, libre-entreprise, libre concurrence, mâtinés d'un d'un peu de social, envers les plus démunis, à prendre sur la plus-value générée par les entreprises, après que les actionnaires se sont payés .

La feuille de route que le Président avait remis au nouveau Premier Ministre au mois de juin dernier, lorsqu'il l'a nommé, calée par ce dernier lors de son discours de politique générale le 4 juillet a pris toutes ses couleurs, ce jour, lors de la conférence de presse présentant les textes des ordonnances, n'est même plus social-libérale : " C'est du social- patronalisme " .

Ce glissement sémantique mérite, cela va de soi, un certain nombre d'éclaircissements .

Une image peut nous y aider : " la varlope " du menuisier, l'ancêtre de la " dégauchisseuse ", l'outil chargé de mettre la planche " au carré ", de faire disparaître toutes les aspérités, de redresser toutes les perpendiculaires . Manuel Valls a travaillé au " rabot " pour lisser quelques " noeuds " apparus dans le bois . Emmanuel Macron avance à la " dégauchisseuse " pour obtenir son angle droit .

Des milliards d'€ d'allègements de charges, de suppressions de cotisations sociales, de réductions de l'impôt sur les sociétés, d'exonérations de taxes diverses qui s'ajoutent au Crédit Impôt Recherche vont venir, avec la Loi des Finances 2018, compléter un démantèlement du droit du travail annoncé enfin clairement aujourd'hui, sans fard .

En face, 50 Mds d'€ de service public en moins, de prestations sociales en moins, de retraites en moins : gel des salaires des fonctionnaires prolongé  ; gel des retraites maintenu ; gel des allocations familiales et des allocations logement, ; mais augmentation encore des impôts, pour les classes moyennes et populaires, en 2018 ; augmentation de la CSG sur les retraites  ; diminution des remboursements de médicaments ; mise en place de la chirurgie ambulatoire pour fermer plus de lits et ne pas recruter d'infirmières dans les hôpitaux ; désengagement de l'Etat dans l'aide aux collectivités locales qui signifie moins de services publics de proximité .

Nous sommes passés de la varlope hollandaise à la " dégauchisseuse " - la bien-nommée - Et dans ce climat où tout semble possible à ceux qui nous gouvernent, une attaque en règle contre le " SMIC " se prépare également : " Vos salaires sont trop élevés ; vos retraites sont trop généreuses ; les prestations sociales atteignent des niveaux indécents ; enfin quoi, cela ne peut plus durer " !

Nous entrons bien dans un nouveau cycle : " Le social-patronalisme ! "

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 19:44

Réédition du 28 janvier 2014 .

" Il est stupéfiant qu'au XXIe siècle la moitié de la population mondiale ne possède pas plus qu'une élite moins nombreuse que la capacité de places assises d'une rame de train ..." ( Winnie Bianyima ° . Directrice Générale d'Oxfam international ) .

 ( Illustration :  Davos . Deal%k ) .

 

 

 

 

dbpix-davos-sign-tmagArticle.jpg

 

 

 

 

 Le forum économique annuel de Davos, en Suisse, s'est terminé, samedi dernier, dans la plus grande confidentialité . Pas un seul journal télévisé n'a fait de sujet sur l'évènement qui ne fait plus recette . Ce grand rassemblement des financiers, des industriels, des politiques et des économistes les plus puissants de la planète recherche la discrétion .

   Il y a quelques années, avant la volcanique  crise financière de 2008, nous avalions, pendant une semaine, dans nos médias, du Davos à tous les repas . C'est que , dans l'euphorie d'une finance livrée à elle-même, les financiers s'empiffraient et des économistes bien rémunérés nous faisaient croire, avec l'appui de politiques d'une sincérité à toute épreuve, que l'or allait ruisseler des mains de ces " alchimistes modernes " sur nos têtes .

   Comme le baujolais, le " libéralisme nouveau ", le sommet de l'histoire des civilisations était atteint .

   Alors Davos, la grand-messe des succés de l'économie libérée, avec ses grands-prêtres, ses prophètes et ses apôtres , s'étalait dans toute nos gazettes , pour annoncer que le bonheur de tous était enfin à notre portée .

 

   Mais voilà, en 2008, la gloutonnerie de quelques-uns a fait chavirer le navire, les plaques tectoniques ont bougé, et la misère avec sa traîne de famine, de malnutrition, d'épidémies, de rareté de l'eau, de catastrophes naturelles mal contrôlées se déchaîne sur les plus pauvres, sur des milliards de démunis .

   Alors Davos, n'est plus le sédatif du début des années 2000, au contraire, il aurait tendance à en exciter plus d'un, c'est pourquoi la discrétion est devenue la règle .

 

   L'ONG internationale OXFAM avait donné le " La " dés la veille de l'ouverture du Forum . Ses constats font froid dans le dos . Imaginez !

   25 millions de nouveaux pauvres sont attendus en Europe, d'ici 2025, ce qui portera le nombre de pauvres, dans l'Union Européenne à un quart de la population . Constat inévitable puisque le fondement de la gestion de la crise européenne est bel et bien le démantèlement des droits sociaux, largement entamé .

   Il faut bien éponger les 4500 Mds d'euros qu'a coûté aux contribuables européens le sauvetage de leurs banques . Séisme dont il faudra vingt ans pour que nous nous en remettions, et pas cinq ou six  ans comme le croyait F. Hollande .   Nos gouvernants ne vont pas demander aux actionnaires, qui ont perdu un peu, des sacrifices renouvelés : donc la réponse passe par un accroissement du volume  des " poches de pauvreté " dans chacun de nos pays .

   Ces poches de pauvreté sont constituées de trois sortes de résidents :  titulaires de " mini-jobs " à 400 € par mois,  femmes à temps partiel imposé , chômeurs en fin de droits . La poche de pauvreté, en  Allemagne, le pays auquel tout réussi,  atteint actuellement 7.5 millions d'individus .

   Comprenons bien, l'évolution de nos sociétés tient dans ce mot : " les poches de pauvreté " qui favorisent les profits mais tout en maîtrisant leur volume, afin de ne pas faire verser le cha riot dans le fossé, par des colères sociales incontrôlables .

   OXFAM a dû doucher l'optimisme des " adeptes de la secte de Davos " : 85 personnes perçoivent l'équivalent des revenus de 3.5 milliards d'entre nous, la moitié de la population mondiale : qui peut défendre le principe que le système qui génère une telle absurdité est naturel, à part un des 85 " élus " .

   Les 1% les plus riches de la planète ( soit environ 70 millions de personnes ) , possèdent 50% des richesses de cette planète ;  les 99% autres, se partagent l'autre moitié .

   Ces 1% les plus riches ont , en outre, augmenté leur part de revenus dans 24 sur 26 des pays où ces données sont vérifiables, dans les trente dernières années, les " trente glorieuses de la finance " , tandis qu'explosaient les inégalités , dans ces mêmes pays . Par exemple, aux EEUU, en Chine ou encore au Portugal, les 1% les plus riches ont vu leurs revenus doubler dans la même période .

   Les entreprises et les particuliers les plus riches du monde cachent 21 000 Mds de $ dans les paradis fiscaux ; aux EEUU la part des revenus de ce 1% a retrouvé le niveau d'avant la grande crise de 1929, grâce à la rérèglementation massive des dernières décennies ; En Inde le nombre de milliardaires a décuplé, mais les dépenses sociales pour les plus pauvres stagnent ; en Afrique, les grandes industries d'extraction de minerai,  occidentales , profitent de leur influence pour ne payer ni impôts, ni droits .

 

   Des enquêtes menées par OXFAM dans les pays les plus ultra-libéraux ne laissent pas d'inquiéter les dirigeants : aux EEUU, au Brésil, en Inde, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, en Espagne, la majorité des gens interrogés estime que les lois sont biaisées en faveur des riches qui s'accaparent le pouvoir . Ce constat a troublé B. Obama qui a fait de l'année 2014, l'année de la lutte contre les inégalités, sans duper qui que ce soit .

 

   " Dans les pays développés et émergents, dit OXFAM, nous vivons dans un monde où les taux d'imposition les plus faibles, - n'en déplaise à nos congénères trés fortunés -  les meilleurs services de santé et d'éducation, la possibilité d'exercer une influence  sont de plus en plus réservés aux personnes les plus fortunées et à leurs enfants ...  " . Nous vivrons bientôt dans un monde où l'égalité des chances ne sera plus qu'un rêve, ajoute l'ONG, je préfère dire, pour ma part, que l'égalité des chances n'est déjà plus qu'un rêve .

 

   Le Forum Economique Mondial avait à traiter , à Davos, la semaine dernière, cette question : comment poursuivre l'accaparement des richesses de la planète par une poignée (1) d'entre nous, comme le dit son rapport présentant les perspectives économiques pour 2014, publié en novembre dernier, sans compromettre la stabilité sociale et menacer la sécurité dans le monde ?

   ( C'est le nouveau mythe du " Noeud Gordien " qui ne peut se dénouer qu'avec l'épée ) .

 

   Et vous auriez voulu que les médias se fissent l'écho d'un tel débat ? 

 

   Note (1) : le coût , pour le PDG d'une entreprise , pour participer à cette " grand-messe " , qui dure une semaine , est le suivant : 230 000 €, côtisation annuelle incluse ; ne sont pas compris les frais de séjour à l'hôtel et les distractions . 

 

 

   NB :  source   www.oxfam.org/fr   .

 

   

Repost 0
Published by regain2012 - dans Economie
commenter cet article
27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 16:21
" Je veux élaborer un  pouvoir charismatique " .

" La politique, c'est mystique, c'est tout mon combat ... Comment se construit le pouvoir charismatique ? C'est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles . J'ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s'ancrer dans l'immanence complète de la matérialité . Je ne crois pas à le transcendance éthérée . Il faut tresser les deux, l'intelligence et la spiritualité . Sinon l'intelligence est toujours malheureuse car les gens n'éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie ..." .( Emmanuel Macron, février 2017 ) .

Le temps d'un trajet Saint-Pierre-des-Corps-Paris, E Macron se confie au JDD sur son charisme et le lien qu'il veut établir avec les électeurs et sa propre mystique . Nous sommes le 11 février 2017 . 

En bon connaisseur de la philosophie occidentale, il revient sur la notion théorisée par le penseur allemand Max Weber dans " Economie et Société " .

La domination légale et la domination traditionnelle s'exercent dans le quotidien ; la domination charismatique authentique a un caractère extraordinaire . La domination légale repose sur des règles impersonnelles ; la domination charismatique comme la domination traditionnelle est personnelle et irrationnelle ; la domination traditionnelle révère le passé ; la domination charismatique est " révolutionnaire " . La domination charismatique est seule à pouvoir imposer, toujours de l'intérieur, des transformations révolutionnaires .... Née de la nécessité ou de l'enthousiasme, elle signifie changement de direction de l'opinion et des faits, orientation entièrement nouvelle de toutes les positions envers toutes les formes de vie envers le monde ... La domination charismatique n'existe, à l'état pur, que " statu nascendi " . Elle est hors du quotidien social et économique " ...  Ainsi s'explique le penseur allemand .

Nous avons donc bien là, un concentré de " la pensée complexe " décrite par son entourage, qui ne permet pas au Président de la République de s'exposer devant des journalistes, dans le jeu délicat de questions-réponses d'une interview .

E. Macron s'inspire de cette idée que la politique, y compris dans la démocratie de masse moderne, a besoin d'une incarnation et d'action personnelle . Weber mettait en avant un besoin de personnalité pour contrecarrer les puissances anonymes du marché et de la bureaucratie mais bien que Macron se plaise à souligner qu'il n'est pas prisonnier des routines bureaucratiques, tout indique dans ses annonces comme dans les décisions prises jusqu'à aujourd'hui, qu'il est totalement lié aux intérêts économiques dominants . Le charisme dont, candidat, il se revendiquait, semble avoir pris un coup, depuis qu'il gouverne . Ce charisme " qualitativement démocratique " exigeait qu'il devienne le vecteur de progrès sociaux, qu'il confirme les promesses de démocratie, permette d'approfondir l'égalité et la liberté, porte la voix des dominés pour être vraiment révolutionnaire .

Or Macron ne privilégie la liberté qu'entendue au sens le plus réducteur, économiquement restreint, au détriment de l'égalité . 

Tout charisme politique est un jeu entre des qualités propres et une construction délibérée qui s'appuie, aujourd'hui, sur des techniques de communication éprouvées . Qu'est-ce qui fait mouche dans le candidat, dans son histoire, ses discours, qu'est-ce qu'il faut gommer ? Macron a peu de qualités oratoires - il n'est pas Mélenchon - et les contenus de ses discours sont d'une notoire faiblesse . Et durant la campagne électorale les grands médias nous ont survendu son supposé charisme voire son personnage d'enfant prodige, les petites transgressions de " l'élève surdoué " .

Et en cette veille de rentrée, la réalité se rappelle à son bon souvenir car il n'a pas lu Weber jusqu'au bout : pour durer, la domination charismatique doit se routiniser et prendre une forme légale, rationnelle, c'est à dire perdre justement son caractère, l'intérêt social et économique de ses adeptes exigeant la permanence de la communauté, c'est à dire sa réinscription dans le tissu social et économique qu'elle rejetait .

Et si l'on continue à lire Weber, on constatera que le leader charismatique n' a pas d'autre choix pour se maintenir au pouvoir que de passer à une autre étape : le pouvoir plébiscitaire dans lequel les dominés confirment librement la reconnaissance de la domination du leader mais dans un cadre devenu très différent : dans la domination charismatique autoritaire, la reconnaissance du leader n'est plus qu'un devoir bien éloigné de l'adhésion par la révélation ou l'exemplarité .

Les mois qui viennent nous en apprendront beaucoup sur la mystique macronienne .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 23:36

Réédition de 2012 .

" La position originelle, comme le contrat social, est une conception idéale de la citoyenneté pour un régime constitutionnel, elle représente un optimum, en considérant les gens tels qu'une société juste et bien ordonnée les encouragerait à être . Elle décrit ce qui est possible et ce qui peut être, mais qui risque de n'être jamais, sans pour autant en être moins fondamental . " ( John Rawls . Libéralisme politique .)

 ( Illustration : citationsurlavie-blogspot.com ) .

 

proverbe-sur-la-vie-7.jpg

 

   Le philosophe américain John Rawls plaide pour une société de justice, basée sur trois principes : un système pleinement appuyé sur des libertés de base pour tous ; des égalités sociales et économiques attachées à des fonctions ouvertes pour tous dans des conditions justes d'égalité des chances ; une société devant procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société .

   Il recouvre cette conception d'une condition à sa réussite : " le voile d'ignorance " . Si les inégalités sociales et économiques peuvent être justifiées, c'est seulement si elles bénéficient aux membres les plus désavantagés de la société, mais cela n'est possible que si les situations particulières ne sont pas étalées au grand jour, s'il n'y a pas stigmatisation de ces situations particulières, si chacun ne se sent pas enfoncé dans la situation la plus défavorable et peut se dire qu'il travaille encore pour aider quelqu'un d'autre .

   C'est la raison d'être " du voile d'ignorance " . 

   Fortement attaqué, en son pays, - qui s'en étonnera - sur cette idée de la justice, beaucoup plus proche de la solidarité que de l'équité,  il apportera quelques réserves à ses premières déductions, considérant, que ses principes ne sont pas universels, mais sont tributaires des différences culturelles propres à chaque groupe humain .

Ce bref retour sur la pensée de Rawls n'est pas inutile . Il nous ramène dans l'actualité française sur l'exil fiscal . Remarquons qu'il n'est plus question de solidarité, notion dangereusement universelle,  dans ces débats, mais de justice fiscale, discours auquel est profondément attaché le gouvernement . Discours qui mérite d'être décrypté .

 C'est que , la justice, concerne tout le monde . On peut y inclure ainsi les injustices dont seraient victimes, par le matraquage fiscal, les riches . 

   La solidarité qui sous-tend  l'Etat-Providence ne peut résister que sous " le voile d'ignorance de Rawls " . Les héritiers des idéologues du " libéral-conservatisme " l'ont bien compris, et vont s'attacher à " déchirer le voile " .

   Le principe de solidarité reposait sur l'idée que les risques étaient à la fois également répartis et de nature largement aléatoire et que tous les individus couraient des risques de même nature sans conditions d'appartenance de classe . 

   La Sécurité Sociale se construisit donc - au sortir de la deuxième guerre mondiale - sur un principe " assurranciel " dans lequel tous les individus étaient égaux devant les différents risques sociaux susceptibles d'affecter leur existence  .

Mais les bouleversements économiques vont modifier tout cela . L'apparition d'une nouvelle pauvreté, à travers le chômage de masse, durable, et l'exclusion liée à la précarité professionnelle,  font apparaître cette pauvreté comme une véritable " condition " d'une partie de la population, condition fortement déterminée socialement .

   La brèche est trouvée . Les idéologues conservateurs réinventent les classes sociales . Et pour éradiquer complètement cette passion peu raisonnable de la solidarité ils vont utiliser " l'information " . Le développement des connaissances sur l'état de la société et les conduites individuelles va être mis à profit, et être répandu, grâce aux médias, dans le grand public .

   Le matraquage par les statistiques, qui font la moitié des contenus de nos journaux télévisés, va s'imposer pour nous amener à appréhender les problèmes sur le seul plan individuel .

   Prenons l'exemple de la notion trés simple de l'espérance de vie . On nous en rebat les oreilles régulièrement : les ouvriers ont sept ans de moins d'espérance que les cadres : les femmes huit ans de plus que les hommes . Est-ce anodin ?  Les statistiques sur le coût des soins par catégories sociales ; la catégorisation des chômeurs par tranche d'âge, par niveau de formation, par origine géographique, par origine ethnique, est-ce anodin ?

   Certainement pas !  Une connaissance approfondie, assortie d'un bon habillage manipulé, des différences entre individus et entre groupes sociaux a en partie détruit le contrat social, en générant des réponses individuelles : la solidarité entre individus tient bon face à un destin qu'ils ignorent, elle s'effondre si ces mêmes individus perçoivent les situations comme liées à des comportements et des choix individuels .

   On peut constater aujourd'hui les abus en matière d'utilisation des statistiques, au point de vous donner des chiffres, sur tout et n'importe quoi .

   Mais ne croyez pas que cela soit totalement innocent !  Cette espèce de dynamique de la connaissance de plus en plus aigüe des différences a sa raison d'être . Il s'agit de réduire de plus en plus la taille des classes de risques, en les individualisant à l'extrême, de manière à réduire les coûts de ces risques .

   " Le mécanisme assuranciel " se poursuivra, mais adapté à des groupes plus restreints eux-mêmes, pour in-fine, sortir du champ de l'assurance proprement sociale et réintégrer le mécanisme de l'assurance privée .

   Comprenons bien, que par la multiplication des informations disponibles sur les individus c'est le processus de " désolidarisation " qui est en marche . " L'information est l'aliment direct de la différenciation ", dit P. Rosanvallon .

A terme, on peut imaginer une société tellement atomisée, qu'il n'y aurait plus rien d'assurable ! La solidarité, en tant qu'action positive de partage,  et son voile d'ignorance étant déchirés, reste la justice .

   Mais voilà ! Avec cette individualisation poussée dans ses limites, la notion de justice a retrouvé tout son caractère problématique . " Le juste est-il encore définissable à priori ?  N'est-il pas devenu une simple norme pour laquelle tout n'est plus qu'affaire de curseur ou de niveau ? "

   Niveau d'un SMIC , niveau d'imposition , niveau de remboursement, niveau de prise en charge, niveau des salaires, etc ...

   C'est ainsi que la formule de Mme Royal, en 2007, " l'ordre juste " ne m'a jamais vraiment convaincu . C'est ainsi que la négociation sur " la sécurité des parcours professionnels ", en cours, ou le débat sur la compétitivité,  ne peuvent pas me  convaincre, puisqu'on leur demande d'apporter des réponses urgentes à une situation immmédiate, alors que la vraie question, dans une vraie société de solidarité devrait être : " Quel est le niveau maximal des différences admissibles  ? "

NB : Texte inspiré du livre de P. Rosanvallon : " La société des égaux " . Seuil .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article
22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 16:50
( Site : disons.fr )( Site : disons.fr )

( Site : disons.fr )

" Il y a du lingot dans cet homme-là ! " ( François Mauriac, à propos du Président du Conseil Joseph Laniel et de ses projets, 1953 ) .

Depuis les élections législatives de 1951, la France est gouvernée carrément à droite . Investi le 26 juin 1953, le chef du gouvernement Joseph Laniel prône la rigueur budgétaire et l'austérité . Les prix sont contenus mais la croissance marque le pas et menace le plein-emploi . Chef d'entreprise à l'ancienne, Laniel Laniel affecte la fermeté .

Le 11 juillet, les députés lui accordent pour trois mois l'habilitation à légiférer par " Décrets-lois " - anciennes ordonnances -  en matière économique et sociale, autorisant notamment l'exécutif à modifier les conditions d'avancement chez les fonctionnaires et de départ à la retraite .

Dans les semaines qui suivent des fuites font craindre aux agents des services publics une potion amère : blocage des salaires, licenciements massifs d'auxiliaires, harmonisation par le bas des régimes spéciaux de retraite des roulants de la SNCF et des PTT, des mineurs, des pilotes, des marins par un reprot de deux années du droit au départ ...

Ces mesures échappent aux parlementaires mais doivent réglementairement être présentées au Conseil Supérieur de la Fonction Publique convoqué le 7 août . Les syndicats, tenus écartés des négociations, doivent réagir . Sans trop y croire, La CGT, la CFTC et des Autonomes appellent à une journée d'action le 4 août qui est bien suivie .

A bordeaux, les postiers la prolongent en grève illimitée soutenue par tous les syndicats locaux . La nouvelle se diffuse très vite et le lendemain, FO, absente au départ, rallie le mouvement . Le 7 août, les fédérations de fonctionnaires boycottent la réunion du CSFP et appellent à une grève de 24 heures soutenues par La CFTC et FO, la CGT recommandant " l'action sous toutes ses formes " . Partie de la base, la mobilisation enfle dans une improvisation qui bouscule tous les clivages . Les salariés confient la conduite de la lutte mais leur imposent d'agir en commun .

Malgré cela, le gouvernement ne cède pas et publie ses " Décrets-lois " le 9 août, au JO . Ses quelques concessions sur les textes initiaux arrivent trop tard . Il avait misé sur la démobilisation propre aux congés payés - deux semaines à l'époque - mal lui en a pris . Le mouvement se propage jour après jour : le 7 août voit 2 millions de grévistes, on en recense le double le 13 . Les gros bataillons précurseurs des PTT et de la SNCF sont vite rejoints par ceux d'EDF-GDF, de la RATP, d'Air France, de la Santé . Les mots d'ordre se téléscopent : la circulation ferroviaire s'effondre de 15 000 trains en circulation, par jour, à une petite centaine . La pénurie de bus et de métro oblige à se déplacer à pied ou à vélo, en auto-stop, tandis que les ordures ne sont plus ramassées, le courrier n'est plus distribué, de fortes baisses de pression du gaz ou de l'électricité perturbent la vie quotidienne, les journaux ne publient que des avis de particuliers ... Le pays est paralysé : même les ministres voient toutes leurs communications personnelles bloquées .

Après trois semaines de grèves et l'action de médiateurs discrets et malgré les refus répétés de discuter de Laniel, la répression qui s'abat sur les dirigeants de la CGT, certains sont emprisonnés, le gouvernement doit reculer . 

Un accord, bâclé pour certains, est conclu dans l'urgence : dès le mois de septembre une prime spéciale est versée aux fonctionnaires, en deux ans les salaires vont augmenter de 14%, quant à la réforme des régimes spéciaux de retraite, la mémoire collective des élites politiques écartera cette hypothèse pendant quarante ans ...

" Petit morceau d'histoire à l'usage de nos nouveaux et joyeux députés " En Marche " .

 

NB : d'après l'article de Michel Pigenet, professeur émérite de Paris I Panthéon Sorbonne, " Les jolies grèves du mois d'août 1953 ", Le Monde Diplomatique d'août 2017 .

 

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 17:11
Le castle-geyser .

Le castle-geyser .

" Même le plus grand fleuve ne peut ajouter une goutte d'eau à un vase déjà plein " ( Tolstoï )

L'eau bout à 100° ! Mais il vaut mieux ne pas essayer de faire plier la vie des sociétés par les lois de la physique : 99% de l'humanité, peuvent avoir des intérêts communs, ce n'est pas pour autant qu'ils vont porter à ébullition nos sociétés . 

Certes, il est bien établi que 1% de la population s'attribue la majorité des richesses produites sur terre, mais cela ne fait pas pour autant des 99% qui restent une force politique en ébullition .

En 2011, le mouvement " Occupy Wall Street " s'est construit autour du slogan : " Nous avons en commun d'être les 99% qui ne tolèrent plus l'avidité et la corruption des 1% restants " . Des études menées après la crise financière de 2008 venaient de démontrer que la quasi totalité des gains de la reprise économique avaient profité aux 1% des Américains les plus riches qui étaient en même temps les responsables de cette crise . Cette situation ne fut ni une aberration historique ni une particularité nationale, elle s'étendit à l'ensemble du monde confortée par des politiques gouvernementales aux ordres de ce " 1% " .

Chez nous, aujourd'hui, par exemple, les projets fiscaux du Président Macron s'inscrivent totalement dans cette logique : les principaux cadeaux fiscaux du gouvernement d'E. Philippe auront pour bénéficiaires " les 280 000 ménages les plus riches - le dernier centile - dont le patrimoine est surtout constitué de placements financiers et de parts d'entreprises " ( Anne de Guigné, Le Figaro du 12 juillet 2017 ) .

Est-ce à dire, qu'au mois de septembre, la France des 66 millions d'autres Français va être en ébullition et " comme un seul homme " pourrait suivre le divin " JL Mélenchon " revenu de vacances - qu'il avait tant désirées - pour renverser l'ordre établi .

Quand, à défaut d'être soi-même milliardaire, on appartient à la catégorie des privilégiés,  il est tellement valorisant de prétendre s'en extraire en fantasmant qu'on relève du même bloc social que les prolétaires quitte à mélanger un tant soit peu, les damnés de la terre et une couche moyenne supérieure, assez épaisse, de médecins, d'universitaires, de journalistes, de militaires galonnés, de publicitaires, de peoples, de hauts-fonctionnaires, sans lesquels la domination des 1% ne résisterait pas plus de 48 heures . 

Le grand sac des 99% qui rassemble " des choux-fleurs et des cerfs-volants " rappelle le mythe fondateur américain qui prétend que tout le monde appartient à la classe moyenne, que chacun est presque déjà riche ou va le devenir . Et c'est avec ça que certains veulent faire la révolution .

L'histoire nous apprend que les grands moments de communion ne durent pas longtemps : de février 1848, où les barricades étaient défendues indistinctement par des ouvriers et des bourgeois, moment de fraternité exemplaire, à juin de la même année, où des affrontements meurtriers - les journées de juin - opposèrent les mêmes, il ne se passa que quelques semaines . 

Imaginer un projet commun, une force politique durable sur une base aussi fragile que " l'humanité moins l'oligarchie " relève au mieux de l'utopie et au pis de la volonté de ne point choisir, de ne point trancher, cher JLM et revient à ne pas faire grand chose sinon à consacrer son combat qu'à des droits consensuels comme la maltraitance des enfants, celle des animaux et les accidents de la route, causes au demeurant tout à fait nobles .

 

NB : d'après l'article de Serge Halimi, " Le leurre des 99% ", Le Monde Diplomatique d'août 2017, page 1 .

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article
30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 14:29
lentreprise.lexpress.fr

lentreprise.lexpress.fr

" Il y a pire que d'avoir une mauvaise pensée, c'est d'avoir une pensée toute faite " , ( Charles Péguy ) .

" Ah ! L'angoisse du grand patron incapable de trouver le sommeil à l'idée de créer un emploi sans l'assurance de pouvoir le supprimer aussi sec en cas de retournement de la conjoncture ! " ( Jack Dion, Marianne ) .

A l'heure où la préparation des " Ordonnances Macron " sur le refonte du Code du travail bat son plein, les discours pour justifier qu'il " faut passer au rabot " les règles sociales de ce pays atteignent des sommets de bêtise inégalée .

La plus déconcertante prétendant qu'il faut faciliter les licenciements pour relancer les embauches . " C'est comme si on disait qu'il faut faciliter les noyades pour former des maîtres-nageurs, encourager les incendies de forêt pour former les pompiers, tolérer les accidents de la route pour apprendre aux automobilistes à conduire ... " 

Des spécialistes " en tout ", des experts en communication ont fabriqué ce raisonnement génial selon lequel " pour éviter un futur regrettable - le licenciement - le mieux est de le faciliter dès aujourd'hui ", c'est à dire à la signature du contrat de travail . Comprenons bien : dans un avenir très proche, les travailleurs ne signeront plus de contrats de travail mais des contrats de licenciement où toutes les modalités du " coup de pied au c.. " auront été détaillées . 

Depuis le début des années 2000, la France a mis en oeuvre une centaine de réformes relatives au travail . Durant la même période , le travail par intérim, les CDD, les stages - aujourd'hui, on peut être encore stagiaire à 45 ans - contrats de mission et autres jobs au rabais ont explosé au nom de la lutte contre le chômage, chômage qui n'a jamais baissé . 

Et croyez-vous que nos spécialistes en tout s'interrogent sur ce raté général ? Pas du tout . Ils suggèrent au contraire de poursuivre dans le même sens mais en allant encore plus vite, encore plus loin, encore plus fort n'hésitant pas à prédire qu'au bout de l'insécurité sociale les travailleurs allaient trouver épanouissement individuel et collectif .

La vérité est que l'emploi dépend largement moins du code du travail que de l'activité économique du pays : or celle-ci est en rade . Les carnets de commande des entreprises restent désespérément vides faute d'une croissance permettant de lancer des projets à long terme : la pression sur les salaires et les retraites étouffe une consommation déjà faiblarde, assèche les rentrée fiscales et nourrit le déficit des comptes publics .

Les multinationales ont le regard fixé sur l'investissement à l'étranger et les délocalisations vers des lieux exotiques où la main-d'oeuvre est quasi gratuite et la législation peu sourcilleuse étranglant, dans le même temps les PME qui leur servent de sous-traitants et auxquelles elles font payer les pots cassés, PME par ailleurs étouffées par des banques qui ne veulent prendre aucun risque .

Evidemment, pour les docteurs de la science économique, " le coût du travail " est un argument très utile qui permet de faire passer par pertes et profits la financiarisation croissante de l'économie, le diktat des banques et le racket des actionnaires .

Dans le même temps, les idéologues du marché - mais pourquoi se gêneraient-ils ? - ajoutent qu'aux coups de rabot sur les lois sociales il faut ajouter de nouveaux prébendes à verser aux grandes entreprises pour renforcer leur goût affirmé de l'investissement comme si les milliards de fonds publics déversés dans le trou sans fond du " CICE " n'étaient pas la démonstration concluante qu'on se foutait du chômeur comme d'une " guigne " .

" Les odes à la réforme Macron, n'ont pas fini de bercer nos soirées BFMTV de l'automne prochain ... " 

 

NB : d'après l'article de Jack Dion, " L'idée la plus bête du monde ", Marianne No 1062 .

Repost 0
Published by regain2012
commenter cet article

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens