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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 15:54
" - Oh ! p... que c'est haut ! "

" - Oh ! p... que c'est haut ! "

Depuis des décennies, la " Bonne Mère " s'est montrée très versatile en ce qui concerne le destin de sa bonne ville .

Depuis le soir du 7 mai, peut-on dire que la donne politique a véritablement changé en France ? On veut nous forcer à le croire pour nous faire adhérer à une démarche qui aurait l'apparence de la nouveauté mais est-ce bien sérieux ?

En se hissant au second tour de la présidentielle et en gagnant 1,2 millions de voix sur 2012 ( +3,4% ), le FN confirme son implantation nationale, même si le résultat reste loin des prévisions initiales . Cependant, la percée de Jean-Luc Mélenchon permet de dessiner une carte du vote populaire différente et dont la première victime est l'extrême droite . 

L'ex-ministre de Lionel Jospin gagne 3 millions de voix sur 2012, et en réussissant le coup du " casse-noix " sur B. Hamon, il inverse une courbe électorale qui conduisait la gauche de rupture à la marginalisation . Et donc, si l'irrésistible ascension de Marine Le Pen a été stoppée dans les esprits et dans les urnes, c'est bien à JLM qu'on le doit, en partie . Il ne faudrait pas l'oublier . 

Si Marine Le Pen arrive toujours en tête chez les ouvriers ( 34% ) elle est suivie par JLM ( 24% ) ; chez les chômeurs MLP réalise 30% talonnée par JLM à 27,5% ; de même que chez les employés où la candidate du FN atteint 30,1% devant le candidat des " Insoumis 23,1% . Ajoutons que JLM revit la première place à MLP, chez les 18-24 ans ( 30% ) . Une magnifique campagne couplée à une utilisation des réseaux sociaux inédite ont bousculé les vieilles machines électorales des partis devenues des repoussoirs pour les jeunes générations .

La progression de JLM est spectaculaire dans dans les régions dominées par un électorat populaire . Il est en tête en Seine-Saint6Denis ( 34%), ancien bastion de " l'ex-ceinture rouge " entre-temps passée au rose PS . Dans un bon nombre de villes à direction communiste de la banlieue parisienne, il dépasse les 40%, enregistrant des gains non moins négligeables dans le Nord et le pas-de-Calais sur des terres où le FN croyait régner définitivement .

Bouder son plaisir devant ces résultats serait criminel mais ... les Insoumis seraient avisés de ne pas s'approprier ces votes trop vite et définitivement . Car rien ne dit que ce vote est durable et appelé à se répéter lors des Législatives .

Rien ne dit, aujourd'hui, que la dynamique qui s'est cristallisée sur le nom du tribun se reproduira 577 fois car il n'est pas prouvé que les 577 candidats de la " France insoumise " " seront autant de clones de JLM . En effet, le succès de ce dernier a tenu pour beaucoup à sa personnalité, à son énergie, à ses remarquables qualités de tribun et de pédagogue, ce qui peut représenter aussi, du coup, son talon d'Achille le transformant parfois en sauveur suprême, ce qui ne fonctionnera plus, en tout cas beaucoup moins, aux Législatives . Et l'on risque alors de vérifier que la mise en orbite d'un homme seul ne remplacera jamais un mouvement qui soit à la fois bouillonnant, créatif, démocratique et collectif . Il va être difficile de tordre le bras, après l'avoir fait au PS, au Parti Communiste, aux écologistes encore fidèles à leurs principes, aux socialistes sincères, aux humanistes respectueux de l'histoire de chacun . Les logiques de parti peuvent revenir en force face au message " singulier " de JLM .

Son discours sur l'immigration - sujet structurant dans les milieux populaires - humaniste et franc, pourra-t-il être porté par ses candidats, avec la même ferveur, dans les 577 circonscriptions du pays ? Il s'imagine en pôle de référence d'une grande force citoyenne capable de bousculer l'ordonnancement traditionnel de la vie politique et de faire reculer davantage encore l'influence du FN . L'objectif est noble .

Mais le pari est risqué quand on veut le porter seul !

 

NB : à partir du billet de Jack Dion, " La France d'en bas n'est plus ce qu'elle était ", Marianne No 1050, du 9 mai 2017 .

 

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 14:10
Le funambule . Photographie Alain Nahum ( Galerie Marie Vitoux ) .

Le funambule . Photographie Alain Nahum ( Galerie Marie Vitoux ) .

18 juin 1204 : victoire de Philippe Auguste à Rouen ; la Normandie redevient française .

18 juin 1429 : Jeanne d'Arc écrase les Anglais à Patay, 6 semaines après avoir libéré Orléans 

18 juin 1538 : Paix de Nice signée entre François Ier et Charles Quint .

18 juin 1694 : Bataille de la " plage rouge ", en face de Brest . Les Français repoussent une tentative de débarquement anglais .

18 juin 1815 : Waterloo .

18 juin 1940 : Appel de Londres, du Général de Gaulle .

Qu'en sera-t-il du 18 juin 2017, avec des Français " athées de tout ", " et peut-être athées d'eux-mêmes ", disait André Malraux, qui vont devoir accomplir un acte politique majeur : " choisir entre de grands inconvénients ",  affirmait le Cardinal de Retz ? Et cela ne va pas être aisé .

S'il faut tirer un trait sur le cauchemar présidentiel que nous venons de vivre, nous en retiendrons cependant une image, celle de " la princesse d'un conte médiatique ressassé depuis cinq ans, celui de l'ascension d'une blonde princesse se transformant sous nos yeux médusés en une horrible mégère, les traits convulsés par la haine, la bouche tordue, vomissant des torrents de crapauds et de couleuvres " .

L'élection d'Emmanuel Macron marque-t-elle vraiment une rupture d'idées, de propsitions, de style, comme on l'entend, ici ou là ? Rien n'est moins sûr . Car, qu'y a-t-il dans le mouvement macronien ? Les récents documentaires télévisés sur le sujet montrent à l'envi une chose : au sein de ce mouvement souple règne une discipline rigide . Certes, tout le monde parle mais seul Macron décide . L'on a, en somme, une sorte de clarté dans un halo de confusion .

Et l'on peut dire qu'il y a la même chose dans la nébuleuse dite de " La France insoumise " . Le système des hologrammes en meeting, inventé par l'équipe du tribun, n'est pas un gadget : c'est un principe . Il y a un candidat et ses hologrammes comme en témoigne son choix de se faire parachuter sur la IVe circonscription de Marseille pour les prochaines législatives, assorti d'une injonction télévisée : silence dans les rangs !

Dans ces " rassemblements citoyens ", ou supposés tels, les citoyens ne pèsent guère . Le chef décide, on exécute . Ce sont de très beaux collectifs, c'est indiscutable, sauf qu'on n'y distingue qu'une seule tête, ce sont d'admirables mouvements nouveaux mais qui nous ramènent  à l'ordre ancien : la conquête de circonscriptions en utilisant les " ficelles " passées .

La préparation des Législatives illustre parfaitement ce " leader prinzip " . Au milieu des conciliabules, des combinaisons, des discussions, des tractations, LR se divise, le PS se vide de son sang, le FN est saisi par le doute, le PCF s'étrangle, " En marche " tente de surfer sur la vague présidentielle, b. Hamon crée son mouvement, A. Hidalgo, M. Aubry et  Ch. Taubira le leur .

Les uns veulent des alliances, les autres revendiquent leur autonomie, d'autres encore inscrivent d'ores et déjà leur place dans l'opposition . F. Baroin mise sur une majorité contre la majorité . A. Juppé, B. Le Maire,J.P. Raffarin veulent travailler avec E. Macron, M. Valls veut monter sur la marche-pied, Hamon veut saboter les rails, J.Ch. Cambadélis est recroquevillé dans la salle d'attente de la gare .

Et donc, E. Macron présente des candidats dans toutes les circonscriptions sous une étiquette unique et un programme unique . C'est la même chose pour " La France insoumise ", J.L. Mélenchon exige un seul nom, un seul logo, un seul programme : il veut bien accueillir dans son église les communistes à condition qu'ils se soumettent et acceptent de disparaître .

On ferait donc du neuf ? On disserte sans fin sur la démocratie participative, sur les organisations horizontales, sur la fin des vieilles hiérarchies, sur l'obsolescence des partis structurés au profit de mouvements informels, de nébuleuses qui, à la fin des fins, n'apportent au débat public que des aventures individuelles . Le poète André Chénier semble avoir prophétisé tout cela : " Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques ... " ( L'Invention, 1787 ) .

Place " au mélancolique et douloureux vertige " du 18 juin 2017 .

 

 

  

 

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 15:54
Le bal des vampires .

" Un désert de sable, une étendue plate de stérilité et d'ennui " ( J. Jaurès parlant du Ministère Clémenceau  - octobre 1906, juillet 1909 - qui vient de tomber le 20 juillet 1909 ) . C'est à croire que Jaurès avait prophétisé la nature du quinquennat Hollande . Mais tirons le rideau .

Le magazine " Marianne ", dans son édition No 1050 du 10 mai 2017, post deuxième tour de l'élection présidentielle, fait fort, sous la plume de son éditorialiste Renaud Dély : " La victoire d'E. Macron, c'est une nouvelle étape de cette grande marche républicaine qui fait de la France un pays au message universaliste à nul autre pareil . 

" Au soir de son élection, le nouveau chef de l'Etat a pris des accents " dantonistes " pour nous promettre de " l'audace " , dans la recomposition politique tant espérée par les Français et si nécessaire au pays ... ", ajoute l'éditorialiste .

Et comme si ce n'était pas assez : " Cette élection, c'est aussi la perpétuation de cet esprit du 11 janvier 2015 qui émerveilla le monde au lendemain de l'attentat de Charlie Hebdo " . 

Et puisqu'on y est,  faisons appel au grand Victor Hugo, proclamant, à la chute de Napoléon III : " Les rancunes sont effacées ; tous les coeurs, toutes les pensées, qu'anime le même dessein, ne font plus qu'un faisceau superbe " ( Les Châtiments ) .

Marianne a vraiment vu les choses en grand .

Sauf que l'histoire est loin d'être terminée et que " la recomposition tant espérée " doit passer par une nouvelle bataille électorale : " les Législatives ", et que dans la nuit politique qu'elles génèrent, beaucoup de " vampires " se sont réveillés d'une étrange torpeur qui les avait frappés le soir du premier tour de la présidentielle .

C'est comme une vaste clameur venue des Carpathes : " La recomposition, oui, mais pas sans nous ! " Chers compatriotes, chers amis, chers " helpers " - tout le monde est cher, en ce moment au coeur des vampires -  nous n'avons qu'une ambition, travailler pour votre bien, pour votre sécurité, pour votre bonheur .

Et l'on voit ressurgir de la naphtaline, d'anciens sarkozystes tels J.L. Borloo, Martin Hirsch, Bernard Kouchner ( jamais rassasiés ), Bruno Lemaire, Christian Estrosi, Jean-Pierre Raffarin, lancer, sans vergogne, des offres de service aux " Républicains en marche " ; des juppéistes proclamer leur passion du consensus ; des socialistes, Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, ayant  déjà envoyé à la presse  la nécrologie de leur parti, solliciter un accès au marche-pied du bus " En marche " ; des hollandais, désarmés par la main du président sortant - dans un langage gestuel sans équivoque, lors des cérémonies du 8 mai - posée sur l'épaule du président élu, se tâter encore, mais pas pour longtemps, avant de franchir le Rubicon ...

Puis il y a ceux qui comptent, pour des raisons financières d'abord, pour des raisons de survie, pour des raisons de " leadership " dans tel ou tel camp, faire entrer un maximum de députés à l'Assemblée Nationale, accéder au droit de constituer un groupe parlementaire, source de revenus conséquents, de privilèges de représentativité, de postes dans les Commissions, d'avantages matériels non négligeables . Le Front National, bien sûr, mais aussi la France Insoumise de J.L. Mélenchon, Les Républicains qui espèrent colmater, par un demi-succès, les déchirures nées lors de leur primaire cataclysmique, le PS qui va tenter de sauver les meubles, tant, une déroute magistrale mettrait les finances du parti à mal ...

Et n'oublions pas dans ces différents groupes, les individualités, qui comptent sur les circonstances, pour se trouver une place au soleil, et cela dans tous les camps . Et, hélas, cela est aussi vrai dans " la France Insoumise " où, à ce jeu, on n'hésite pas à refouler " les frères " communistes auxquels on ne veut rien céder, dans l'oubli total de leur histoire .

Alors, cher Renaud Dély, " la grande marche républicaine ", revitalisée par E. Macron, dont vous rêvez, il faudra l'attendre encore un peu .

 

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 14:14
" Tout va maintenant se montrer à nu ! "

" La grande accélération politique arrive : nous entrons dans une période de hautes énergies où les vrais points critiques se rapprochent à grande vitesse . C'est bien ! " ( Frédéric Lordon )

" Tout ce que cachaient les habitudes et les pratiques institutionnelles de ce qu'on peut appeler désormais l'Ancien Régime, va devenir soudain clair comme l'eau d'un lac de montagne " ( F. Lordon ) .

Il ne fallait pas beaucoup d'acuité politique pour apercevoir dans le débonnaire conseiller général de Corrèze, F. Hollande, le loyal fondé de pouvoir du capital - qu'il était depuis longtemps - Mais l'oligarchie exaspérée par l'urgence d'entamer la dislocation de notre modèle social n'avait plus la patience d'attendre le long travail de mise en forme du processus de casse entamé par ce même Hollande, trop lent, trop précautionneux . Elle a donc porté au pouvoir, directement, un des siens, façonné dans des officines de communication et propulsé sans intermédiaire, ou presque, d'un emploi dans un autre .

Mis sur orbite après un lancement spectaculaire de " Unes " de médias, chacun sait qu'il ne faut pas espérer quelque " reprise de contention " des varices que nous laisse F. Hollande . Mais au point où nous en sommes, c'est tant mieux car tout va maintenant se montrer à nu .

La prise de pouvoir en direct, le programme outrancièrement " de classe " que porte le nouveau Président de la République, l'inféodation des médias définitivement accomplie sous le contrôle des puissances d'argent, la crise civilisationnelle qui travaille en profondeur le corps social mais que celui-ci ne percevait pas encore très clairement, vont apparaître en pleine lumière, devenir des évidences, annoncées par " la start-up nation " , la " managérialisation de la politique "  depuis le sommet d'un gouvernement de " co-workers " ( collègues de travail ) jusqu'à la base d'un parti de " helpers " ( les petites mains ), autant d'objectifs du rêve macronien .

Toute au ravissement infra-culturel de la victoire, " la secte macronienne ", égocentrique, elle croit être la France - alors que le vote par adhésion pour son gourou atteint au mieux 20% de Français - va nous régaler de sa philosophie " d'open space " et de son impayable " sabir "

L'écoeurement général, au milieu d'un irrépressible sentiment de grotesque, ne va pas tarder à nous submerger et, avec lui, comme toujours dans les périodes de grande crise, les progrès de la conscience politique .

 Tout promet d'aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite et malheureusement certaines catégories sociales " vont salement ramasser ", mais, la connexion " pouvoir-oligarques- médias " ne pouvant que devenir monstrueusement visible, le rejet général va croître .

Et alors ! L'électorat, réduit à une archi-passivité devenue insupportable, peut, un matin, décider de recouvrir brutalement sa capacité d'agir, mais dans des conditions où l'on peut être quasi certain qu'elle se manifestera par le pire - puisque la seule capacité d'agir sera celle du pire . C'est avec ce risque qu'aura joué la classe élitaire, entre folie et aveuglement, égoïsme et goût des privilèges . 

L'heure n'est plus aux empoignades entre abstentionnistes et " malgré-nous " du macronisme, qui en étaient à un stade égal de désespérance - comme ces guerres où les pauvres s'en prennent aux plus pauvres - sans jamais songer à se tourner vers ceux qui, au-dessus d'eux, aménagent le terrain de leurs empoignades . 

Passé ce scrutin pestilentiel, le temps est venu de s'interroger à propos des irresponsables " très responsables " qui ont installé la catastrophe qui arrive et dont ils croient pouvoir se laver les mains . 

Le résultat du 7 mai leur appartient, à eux-seuls, comme le résultat d'une nécessité n'appartient qu'à ceux " qui ont armé la nécessité " . " Admirables élites qui  désireuses de pousser le bouchon toujours un peu plus loin, ont joué à " la roulette russe " avec la tempe des autres ... " 

 

NB : d'après le billet de Frédéric Lordon, " De la prise des otages ", le Monde Diplomatique, Mai 2017 .

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 14:08
" La Goulue ", Toulouse-Lautrec . Publication Facebook de Niku Riboldi .

" La Goulue ", Toulouse-Lautrec . Publication Facebook de Niku Riboldi .

En 1077, l'empereur Henri IV d'Allemagne dut se soumettre à l'injonction de l'Eglise et entreprendre un voyage dans la ville italienne de Canossa pour s'incliner devant le pape Grégoire VII qu'il avait voulu faire destituer, implorer son pardon et faire lever l'excommunication qui pesait sur lui .

Hier, dimanche 7 mai, beaucoup de Français ont dû se soumettre à une injonction de même nature que celle de Canossa, quel que soit leur choix : " Injonction de se soumettre à à une logique politique de coordination ( donc collective ) que le vote " par l'isoloir " exclut par construction puisqu'il est totalement individuel " .

La campagne électorale qui s'achève laisse à des millions de citoyens un goût amer . Nous ne parlons pas ici de son côté pestilentiel mais des choix qui auront été imposés aux uns et aux autres . Il aura été fait appel à toutes les voix qui ont pu compter par le passé .

Ainsi en a-t-on pu appeler au philosophe Emmanuel Kant, pour tenter de condamner les abstentionnistes " ne voulant pas se salir les mains " . L'impératif catégorique du philosophe tombait à point : " une règle de comportement ne vaut comme maxime morale que si elle peut être universalisée " . Mais la politique n'est pas une affaire de morale et de maxime universalisable, elle est même tout le contraire : une question de conflits donc de fragmentation et de rapports de force . L'abstention ne s'adresse pas à tout le monde . Elle ne fait sens politique que pour une fraction déterminée de l'électorat, précisément de gauche . On n'a demandé aucune justification aux gens de droite et pourtant ce sont eux qui ont fourni les bataillons de la progression du FN au second tour . L'objection de " laisser faire le sale travail aux autres " ne tient pas dans la mesure où la position abstentionniste ne prétend en rien à l'universabilité .

Jean-Paul Sartre n'a pas manqué d'être interpellé par les abstentionnistes - un classique - à propos de sa formule : " Elections, piège à cons ! ", formule largement  incomprise, le philosophe ne pointant qu'une contradiction de la politique : pratique fondamentalement collective et immanquablement altérée quand elle est soumise à un vote totalement individuel " dans l'isoloir " .

Même Baruk Spinoza fut mis à la peine, avec son " homme qui rit de tout ", comme si un seul des Français qui s'est rendu aux urnes, hier, avait envie de rire .

Le 7 mai 2017 a, en fait, mis en évidence, l'aporie fondamentale du vote individualisé : l'absence de passage, les difficultés du choix, l'embarras ... 

Nous nous devons d'intégrer la réalité suivante : " La politique se fait ensemble, le vote uniquement par devers soi " . Et la puissance de la politique comme activité collective est telle qu'elle cherche à toute force à réinvestir le vote atomisé . C'est ainsi que la pratique du " vote utile " - faire barrage au FN - ou la logique spéculative - stratégiser son vote en fonction du vote anticipé des autres - sont autant de tentatives de recréer de l'action coordonnée là où, par construction n'existe aucune instance de coordination . 

Vouloir réintroduire de la coordination collective dans un univers d'où cette logique est exclue, paraît vain . C'est pourquoi n'étaient que fiction, les appels à " faire élire Macron avec la plus décevante des marges " ou " noyer Macron sous un vote massif " pour qu'il ne puisse arguer d'aucune majorité lisible .

Chacun de nous a pu se dire parfois que l'absence de son vote " n'aurait rien changé ", et c'est vrai, même si cet énoncé vrai au niveau individuel devient faux lors du passage au bilan du résultat collectif . Mais c'est là un autre énoncé du problème .

Dieu que ce billet est confus, à l'image de la journée d'hier . Aussi pour y introduire un soupçon de clarté, je n'en retiendrai qu'un résultat : la poussée irrésistible du FN, " cet iceberg de merde, repeint légèrement en blanc sur sa partie émergée " ( Frédéric Lordon ) est provisoirement stoppée .

Cependant, la volonté destructrice de l'oligarchie de faire disparaître le clivage " droite-gauche " , qui structurait notre vie politique depuis plus de deux siècles demeure : empêcher les dominés de trouver un quelconque passage par les urnes à l'éclosion de leur émancipation .

 

 

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 14:19
Wikipedia.fr

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" S'il faut tirer par tous les bouts, / Copains tirons les quat'cents coups . " ( Léo Ferré, 1961 ) .

Si Marine Le Pen devait être élue présidente le 7 mai, nous devrions nous attendre à ce qu'elle nous inflige un régime de " 400 coups institutionnels " à donner le vertige à tout ce que nos universités comptent de constitutionnalistes et de professeurs de droit public .

Voici ce qu'annonce au Canard Enchaîné un certain Gilles Lebreton, professeur de droit public, député européen FN, conseiller de MLP et membre de son conseil stratégique de campagne : " Si la nouvelle Assemblée - issue des législatives du mois de juin - devait nous être hostile, nous changerons la loi électorale par un référendum organisé dès l'été, puis la Présidente dissoudra l'Assemblée ... " Les grands chefs lepénistes gambergent depuis des mois sur ce scénario, tout est prévu, ou presque, et écrit dans le programme officiel de la candidate . Au moins ne prend elle personne en traître mais il vaut mieux être informé .

Le projet frontiste de nouvelle loi électorale figure donc au titre V de son projet : " Les députés seront élus à la proportionnelle intégrale " . Cette idée est très populaire et portée depuis longtemps par la vraie gauche . Mais, comme toujours avec le FN, il y a une entourloupe . La proportionnelle à la sauce lepéniste prévoit " une prime majoritaire de 30% des sièges à la liste arrivée en tête " . Et qui peut arriver en tête dans la configuration d'une gauche très divisée et d'une droite en pleine déconfiture ? La réponse est dans la question .

Pour en arriver là, la présidente aura donc commencé par préparer son référendum sur la base de l'article 11 de la Constitution qui autorise le chef de l'Etat à organiser ces consultations quasiment à sa guise sans passer par un vote du Parlement et sans avoir à consulter le Conseil Constitutionnel .

En principe, cet article n'autorise que les référendums portant sur " l'organisation des pouvoirs publics ", sur les traités internationaux et sur des réformes économiques et sociales . " Mais la notion d'organisation des pouvoirs publics est si floue que je ne vois pas comment on pourrait bloquer un référendum modifiant la loi électorale " ,s'étrangle un constitutionnaliste de Paris II .

En théorie, le FN pourrait user et abuser de cette ambiguïté constitutionnelle pour multiplier les référendums et nous projeter dans un système de " 400 coups institutionnels " à tout va . D'ailleurs, la petite nièce de la présidente l'annonce très clairement : " Nous multiplierons les référendums pour nous débarrasser du gouvernement des juges et contourner les blocages potentiels ", ( Interview du 27 février sur le site Atlantico ) . Certes, encore faudra-t-il tous les gagner !

La présidente se sent d'autant plus à l'aise pour nous mitonner des kyrielles de référendums sur tout et n'importe quoi, que le Conseil Constitutionnel s'est lui-même lié les mains, dès 1962, en décidant qu'il ne pouvait pas se prononcer sur la conformité d'un texte, une fois celui-ci adopté par référendum . Mais ce n'est pas tout !

Et s'il prenait à la présidente la fantaisie de s'amuser en déclenchant la procédure prévue par l'article 16 de la Constitution - une seule fois utilisé pendant la Ve République, et c'était par le Général de Gaulle, en mai 1961, à l'occasion du putsch des généraux, à Alger ? Ce texte permet au chef de l'Etat de disposer de pouvoirs exceptionnels et quasi illimités, pendant trente jours au moins, et de décider, sans la permission d'aucune instance démocratique, de son propre chef, que " les institutions de la République sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu " .

Quand on a pris la mesure du niveau intellectuel de la candidate lors du débat télévisé de l'entre-deux tours, et de ses fragilités psychologiques, on est en droit de se demander si, arguant des troubles qui ne manqueront pas de se produire après son élection, elle ne se sentirait pas autorisée à utiliser cet article 16 . Elle pourrait alors édicter à sa guise des lois - y compris des lois organiques encadrant la Constitution - sans que nul ne puisse légalement s'y opposer ni même les contrôler .

" Sonner à la porte du diable / Comme on sonnerait le pasteur, / Etre le treizième à sa table, / Même si ça doit porter bonheur" ( Léo Ferré ) . Dimanche 7 mai, a-t-on le droit de sonner le diable ?

 

NB : d'après l'article du Canard Enchaîné du 03/05/2017, " Le Pen à l'Elysée : Cauchemars, farces et attrapes " .

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 14:46
( Dessinateur.biz . " Na " ) .

( Dessinateur.biz . " Na " ) .

Petit mémo de " Marinelepénisme ", suite .

" Ce qui permet de définir l'appartenance au peuple, c'est seulement le statut de dominé " .

" Elle est vraiment émouvante la petite mère des ouvriers, quand elle prend, les yeux mouillés, le défense des petites gens, au nom du peuple " . ( Le Canard Enchaîné ) .

Hélas ! Les faits sont têtus - comme disait Lénine qu'elle finira bien par citer, d'ici dimanche, partie comme elle est - car dans toutes les villes où la bande à Marine - des Bolcheviques pur jus -  a pris le pouvoir les petites gens et les faibles ne sont pas vraiment à la fête .

Au Pontet, dans le Vaucluse, c'est la cantine gratuite pour les plus démunis qui a été supprimée sur un argument très clair : " Il faut responsabiliser les familles " . A Fréjus, on a réduit les subventions pour les centres sociaux, tout comme à Béziers, où les chômeurs n'ont plus droit à la garderie gratuite - ils ont le temps de s'occuper de leurs gosses, eux-mêmes, ces fainéants . Ces " assistés " sont aussi particulièrement choyés à Villers-Coterêts, dans l'Aisne, où la cantine à prix réduit pour les plus modestes n'est plus qu'un lointain souvenir .

A Marseille,  Stéphane Ravier, sénateur-maire FN du 7e secteur de la ville, vote contre tous les projets de logements sociaux, choix qu'il assume sans honte : " Je ne veux pas que l'on déverse des millions d€ vers ces quartiers, en nous faisant croire que cela va changer la nature de ceux qui y habitent " . Le même ajoutant : " Il n'y a pas beaucoup de Scandinaves dans ces quartiers " . Voilà qui a le mérite d'être clair !

Bien entendu, ce brave sénateur et son collègue, David Rachline, sénateur-maire FN de Fréjus, directeur de la campagne de marine, n'ont pas voté, cet hiver,  la Loi - qu'ils ont jugée scélérate - " Egalité et Citoyenneté ", imaginée pour réconcilier un peu les Français, après les attentats de 2015 car ce texte allait trop loin : davantage de logements sociaux pour les plus pauvres dans les quartiers non prioritaires, cantines pour tous, transparence accrue dans l'attribution des HLM, renforcement de la lutte contre les discriminations ... C'était quoi toutes ces mesures horribles, votées par les élus Front de Gauche de Mélenchon ? Le bien nommé David Rachline s'expliquant avec raffinement : " Pour ce qui est des droits, je propose leur renforcement . Oui ! Il faut renforcer les droits des citoyens français et le premier de ces droits c'est que les Français soient, en France, les premiers servis " . faire sonner de tels propos dans l'hémicycle du Sénat est profondément républicain .  Bien sûr leurs collègues FN de l'Assemblée, Marion Maréchal Le Pen et Gilbert Collard leur emboîtèrent le pas .

On aurait pu lui rétorquer que ses collègues maires du Front appliquaient déjà cette drôle de transparence dans laquelle, pour se récompenser de tous les efforts fournis en faveur des petites gens, ils avaient tendance à ne pas s'oublier . Le maires de Cogolin et du Luc ont augmenté, aussitôt élus, leur indemnité de 15% et celui du Pontet a tenté, carrément une augmentation de 44%, refusée par le Tribunal administratif . Encore le complot des juges !

Voilà résumées, en deux billets, " Petit mémo du Marinelepénisme ", toutes les limites de la période " marinière " du Front National, sa pseudo- dédiabolisation médiatique qui a explosé en vol, hier soir, lors du très médiocre débat télévisé de l'entre-deux tours . Marine Le Pen est apparue en " Le Pen ", ce qu'elle n'a jamais cessé d'être, et telle que la décrivent d'anciens proches, très critiques : " Elle est incapable d'être Présidente ... Elle ne sait pas trancher, la prise de décision est une torture pour elle . Elle n'a qu'une idée très floue de ce qu'est l'exercice du pouvoir . Elle ne connaît que quelques décisions de gouvernement alors qu'un ministre en prend mille tous les jours " . Et dimanche, en cas de très large défaite, il faudra admettre, au Front, que MLP aura été une condition nécessaire à l'ascension du parti, mais pas suffisante pour l'accès au pouvoir .

Pour un de ses toujours proches ( Cf. Libération, Dominique Albertini, " La revanche de la bande " ), peut-être que sa chance est déjà passée : " 2017, c'est son dernier coup, c'est cette fois ou jamais " . Voilà qui pourrait expliquer le " va tout " qu'elle a tenté hier soir et qu'elle a perdu .

 

NB : d'après l'artcle du Canard Enchaîné du 03/05/2017, " Bolchévique pour de rire " .

 

 

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 15:17
Charlie Chaplin : le dictateur .

Charlie Chaplin : le dictateur .

" Le totalitarisme légitime toute action qu'elle soit ou non, utile ou profitable, économiquement rentable ou pas,  favorable ou non à l'intérêt national et au bien-être du peuple, juste ou injuste, favorable ou non à la liberté, dès lors qu'elle accomplirait la loi de la nature ou la loi de l'histoire ... ", expliquait Hannah Arendt dans " Le système totalitaire ", 1972 .

A la veille du deuxième tour de la présidentielle, je propose le " petit mémo " sur le " Marinelepénisme " publié par le Canard Enchaîné de ce mercredi 3 mai 2017 ( en Une ), à l'usage de ceux qui vont voter blanc dimanche prochain, et peut-être, très blanc .

Marine Le Pen, c'est d'abord une bande, ce sont des amis, des potes, fidèles et loyaux, des frères de l'ombre, pas très reluisants, comme Frédéric Chatillon et Axel Loustau, des adeptes des commémorations hitlériennes ou des soirées déguisées, en pyjama rayé de déporté juif . C'est un directeur de campagne, Rachid Rachline, qui confie les festivités de sa bonne ville de Fréjus aux anciens de la " Fédération d'action nationale et européenne " ( Fane ), un groupement nazillon très actif dans les années 1970 et dissous dans les années 1980 mais reconverti en " société événementielle " . C'est encore un sympathique élu régional de PACa, Benoît Loeuillet, libraire, qui affiche ostensiblement les oeuvres d'Hitler dans sa boutique .

Le Front, c'est aussi un très éphémère Président par intérim, le temps d'une campagne, Jérôme Jalkh, Qui nia un jour que le " Zyklon B " ne pouvait pas, techniquement, avoir exterminé autant de juifs qu'on le dit, dans les chambres à gaz et qui commémora, un autre jour, la mort de Pétain, aux côtés de Jean-Marie Le Pen, à l'île d'Yeu . Ephémère président aussitôt remplacé par Steeve Briois, l'homme au bras levé, amateur de doigts d'honneur aux journalistes qui s'intéressent à ses activités, attendu d'ici peu au tribunal correctionnel pour diffamation raciale .

Le Front National de Marine, c'est encore le parti qui, après la présidentielle, va comparaître pour s'être engraissé, lors de précédentes élections, depuis 2012, sur le dos des contribuables, pour une broutille de 10 millions d'euros, à ajouter aux 5 millions détournés et dus au Parlement européen, affaires pour lesquelles elle refuse de comparaître devant la police et devant la justice, depuis des mois .

La patronne, s'amuse aussi, à titre plus personnel, avec l'argent public . Riche co-propriétaire qui s'ignore, " Marine le pèze " a le fisc et la police aux trousses pour avoir sous-estimé son patrimoine, d'au moins 500 000 euros, pour échapper à l'ISF .

Mais ce n'est pas fini . Le Front, ce sont également " Les identitaires ", à prendre au sérieux, discrets dans les meetings, mais rassemblés, aussitôt le meeting terminé, pour célébrer la victoire prochaine de la patronne à coups de chants hitlériens et de cris de haine envers les immigrés . Organisés dans " l'Union de la Défense de la Jeunesse ", formée pour pallier à la mollesse du FNJ ( Front national de la jeunesse ), ils organisent avec une efficacité redoutable les campagnes des candidats du Front, aux élections locales et les manifestations anti-avortement et pro-crucifix de la nièce Marion, et aiment bien fréquenter les thés dansants, en Autriche, de néo-nazis distingués .

Ces gens-là, au début 2017, avaient réussi à faire quitter le Front à près d'un tiers d'élus du parti adoubés aux élections municipales de mars 2014, et bien vite dégrisés après avoir goûté aux joies du lepénisme .

Mais me voilà contraint, à présent, en vertu de la règle de l'équité de traitement entre les candidats, imposée par le CSA, de dire un peu de bien de la candidate, de lui redonner un bout d'humanité, une tranche de féminité . Un proche de Marine, selon le journal " Libération " du 02/05/17, confie que lorsqu'elle était jeune, Marine voulait devenir Dalida et que dans les soirées que lui organisaient ses amis fascistes des " GUD " ( groupes action défense ), elle ne se faisait pas prier pour entonner " Il venait d'avoir dix huit ans ", entre deux " Ein Heller und ein Batzen " poussés par ses potes .

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 14:08
Image jmthivel.com

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(1) . " Si Marine Le Pen l'emporte, nous verrons rapidement si nos institutions sont solides, si nous sommes encore en démocratie et si la France peut se transformer en régime totalitaire, haineux et violent en quelques mois " ( Guillaume Martin, No Planet B, " Anthropocène sans la migraine " ) .

Ce qui me déprime dans cet entre-deux tours de la présidentielle, ce n'est pas tant que l'alternative portée par JL Mélenchon, et que je soutenais, n'ait pas convaincu assez de gens pour avoir sa chance . Ce n'est pas la première fois que je sors battu - en compagnie de millions d'amis - d'un combat que j'avais choisi .

Ce n'est pas non plus la taille des ficelles qui s'agitent devant nos yeux depuis des mois . Un grand classique . Ces " invisibles "  qui, en réalité, gouvernent mais que nous n'avons pas le pouvoir d'élire ou de révoquer sont capables de créer de toute pièce, en quelques mois, " une fiction politique " et d'en propulser le poulain, en pole position, en se servant du cerveau émotionnel des électeurs, à coups de Unes dans la presse, d'éditos mensongers, de plateaux télévisés débilitants, de sondages bien bidouillés et autres artifices publicitaires . Si l'on ajoute à cela une bonne dose de divisions politiques bien entretenues au sein des partis, grâce au chant des sirènes chargé d'allumer le feu des " égos " et le scénario est bouclé : on jouera contre Marine Le Pen, le combat contre la honte et la haine, la meilleure affiche .

Ce qui me déprime, ce n'est pas davantage que la structure des partis historiques, certes gravement défaillants, soit remplacée par des formations nouvelles, véritables nébuleuses de gaz, attachées à un seul candidat, ce qui n'est jamais bon, où la démocratie ne peut devenir qu'un exercice de pure communication, une dialectique altérée de publicitaire, sans véritable fond . C'est exactement le spectacle que nous offre Emmanuel Macron . Tout d'abord, il a usé de ce qu'on appelle, dans le langage des communicants, " le teasing ", l'art de faire durer le suspense en dévoilant le plus tard possible la nature de son " offre ", son programme, comme s'il s'agissait d'un vulgaire produit et non de l'avenir du pays . Du coup ses meetings laissaient voir des scènes ahurissantes, durant lesquelles en remarquable bonimenteur de foire, il s'égosillait pour convaincre la foule d'acheter son aspirateur dernier cri . Dérangeante ambiguïté .

Ce qui me déprime vraiment, c'est que face à tant de vacuité, MLP peut l'emporter, dimanche 7 mai, elle et son idéologie crasseuse . En partie, parce que certains, trop nombreux, n'iront pas voter refusant de cautionner un scénario arrangé d'avance, et je ne leur jette pas la pierre . Je comprends qu'ils ne veuillent pas " marcher " pour un monde qui s'écroule et accélérer la fuite en avant des " invisibles " qui essaient de gagner du temps en attendant que croissance et innovation leur permettent de se mettre bien au chaud, sur leurs îles transhumanistes, bien gardées, quand au-dehors tout ne sera que chaos et flammes . D'autres passeront de la France Insoumise au Front National, par contestation et révolte, d'autres encore, les malades de " Sens commun ", le fan club de F. Fillon, seront plus attirés par MLP  - et ses ambigüités sur le droit à l'avortement ou la PMA - que par le filleul politique de F. Hollande .

Et ce qui me déprime le plus, c'est que, grâce à l'acuité politique de F. Hollande, les élections présidentielles se déroulent en plein " Etat d'urgence " qui démultiplie  les pouvoirs exorbitants, accordés par la Constitution, du Président de la République . La Présidente de la République, Mme Marine Le Pen, aura dès le 8 mai, en mains, un arsenal de pouvoirs discrétionnaires exceptionnel, plus une moitié de policiers et de gendarmes très compréhensifs à son égard .

Alors voilà ce que me dit ma mélancolie : la métaphore de la peste ou le choléra n'est pas adaptée à la situation , préfère-lui celle de la mort ou la longue maladie . Contre la mort, tu ne peux rien . Contre la maladie tu peux encore lutter .

C'est pourquoi, dimanche, je voterai " Polichinelle ", pour ne pas être mort dès lundi, mais être prêt à me " remettre en marche " pour la lutte contre la maladie . 

 

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 14:06
Images Slate .

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" Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira ", ( Alexis de Tocqueville, De la démocratie ) .

" La France est devenue une mosaïque composée de plaques mortes et de plaques vivantes, comme une chevelure touchée par la pelade . On passe d'une petite ville à une autre, d'une vallée à une autre, d'une rue à l'autre, et on change de monde . Le voyageur ne s'y retrouve plus " . ( Florence Weber, professeur à l'ENS ) .

Si l'on observe les résultats du premier tour de la présidentielle dans les 20 plus grandes villes de France, un constat saute aux yeux : si elles seules avaient voté, le second tour aurait donné, non pas Macron-Le Pen mais Macron- Mélenchon . Ce dernier y obtient en effret 24,48%, devançant F. Fillon de 5 points et Marine Le Pen de 10 points . Macron aurait fait mieux de 2 points .

Alors que Marine Le Pen est en tête dans 19 000 communes ( 54% des 35500 communes ), elle n'atteint ce classement que dans une seule grande ville : Toulon, s'écrasant pitoyablement, à Paris, où elle reste en dessous de 5% .

Evidemment, à partir de ces chiffres, nombre d'observateurs avisés, ont tôt fait de les traduire en une équation des plus simplistes, psychologisante : la fameuse coupure entre l'avant-garde prospère et courageuse de la mondialisation heureuse, habitant les grandes métropoles, et la France des périphéries abandonnées, ce repaire de Français craintifs, angoissés, résignés, souvent paresseux, mais, c'est vrai, parfois en colère . 

Comme si tout cela pouvait être aussi simple, comme si un vote ne pouvait être que l'expression d'une vive émotion, d'un stress, d'une réaction au mieux d'un calcul tactique . Eh, bien ! Non . Le vote est d'abord le fruit de la rencontre entre une offre politique et des dispositions sociales, culturelles, de statut social et de trajectoire personnelle .

C'est pourquoi on ne peut faire l'économie d'une analyse sociologique du vote du dimanche 23 avril 2017 .

Autrement dit, le faible score de Marine Le Pen dans les grandes villes est d'abord le résultat de l'inagale répartition territoriale des groupes sociaux et des classes d'âge . Dans les 20 plus grandes villes du pays, la part des classes populaires dans la population, et particulièrement des ouvriers qui ont voté à 39% pour Le Pen, dit l'IFOP - y est nettement plus faible . La part des chefs de famille ouvriers y est de 12,3% contre 16,7% dans la France entière, et l'écart est plus grand encore si on retire le nombre d'ouvriers étrangers en plus forte concentration dans ces métropoles, étrangers qui ne votent pas . 

Concernant l'âge, les moins de 30 ans y sont de 6,5 fois plus nombreux ( 43%) qu'ailleurs, les retraités, y représentant seulement 20,6% contre 26,6% de la population totale . Or le vote des retraités penche nettement à droite .

Le rejet du FN et la propension à voter à gauche dans les grandes villes tient aussi à la part des emplois publics ( administrations, enseignement, santé, action sociale ) qui y regroupent 37,6 d'emplois, contre 31,6% ailleurs et à celle des diplômés du supérieur, 37,5% contre 26,8% ailleurs . A contrario, les non-salariés y sont moins nombreux, 13,5% contre 16,1%, tandis que les propriétaires de leur résidence principale n'atteignent que 36,3% contre 57% hors métropoles .

On oublis enfin trop souvent de prendre en considération le revenu médian, qui est inférieur de 1300€, annuels, par rapport au reste du pays, eu égard au poids des familles mono-parentales .

On voit bien là, davantage un effet de configuration sociologique qu'une opposition entre " Winners " et " loosers "

Cela dit, toutes les grandes villes ne se ressemblent pas . On peut tout à fait opposer Paris  avec ses 28,3% de cadres et professions intellectuelles supérieures, ses 5,5% d'ouvriers chefs de famille, ses 57% de diplômés du supérieur et son revenu médian de 25 981 € et Le Havre, et son histoire de ville communiste pendant longtmps, où ces données s'inversent, 5,9% de cadres, ses 19% d'ouvriers, ses 20,9% de diplômés du supérieur et son revenu médian de 19 087 € mais où l'activité portuaire a jusqu'à aujourd'hui épargné les emplois .

A Paris, E. Macron recueille 13,5 points de plus qu'au Havre tandis que J.L. Mélenchon y fait 10,5 points de moins, et Marine Le Pen 15 .

Corrélation ne signifiant pas causalité, ces éléments ne sauraient se suffire à eux-mêmes et sont donc à combiner à bien d'autres données .

Cependant, ils révèlent une inconnue, pour le deuxième tour . La surreprésentatio des cadres et des professions intellectuelles parmi les électeurs d'E. Macron est un fait . Mais celle des professions intermédiaires l'est tout autant, alors que ses prises de position en faveur des petits patrons, commerçants et artisans ont bien moins pris, ces derniers lui ayant préféré F. Fillon . 

Mais alors, si ces derniers auxquels peuvent venir s'ajouter les ouvriers, les familles monoparentales, les fonctionnaires de catégorie C, toutes catégories auxquelles le candidat " En Marche " ne parle pas, se réfugient dans l'abstention ou carrément décident de sauter le pas, le cordon sanitaire établi par les grandes villes peut se déchirer brutalement .

 

NB : Eléments empruntés à l'article de " Alternatives économiques ", du 28/04/2017, " Le vote des grandes villes et ses clivages ", Frédéric Sawicki,  professeur à Paris I .

 

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