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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:07
Héraclite : fondateur de la méthode dialectique .

Héraclite : fondateur de la méthode dialectique .

" L'art de la dialectique : méthode de discussion, de raisonnement, de questionnement et d'interprétation qui consiste à analyser la réalité en mettant en évidence ses contradictions pour chercher à les dépasser " ( Larousse ) . 

La dialectique occupe une place prépondérante depuis l'Antiquité d'Héraclite, dans les philosophies occidentales .

Est-il encore permis de voter à gauche quand on est de gauche ? ", interroge, en bon dialecticien, l'universitaire et psychanalyste Gérard Miller dans " Le Monde " daté du 9 mars 2017 . Cette interrogation dit tout sur la totale confusion qui entoure l'élection présidentielle de 2017 .

Parmi d'autres hommes de gauche insoupçonnables, Patrick Braouzec, ancien Maire et Députè de Saint-Denis, ex-cadre du Parti Communiste, annonce qu'il votera pour Emmanuel Macron, " mesurant les conséquences dramatiques d'un second tour à l'élection présidentielle, opposant la droite à l'extrême-droite ", explique-t-il . C'est exactement la même argumentation utilisée par Bertrand Delanoë, ancien maire socialiste de Paris, pour justifier le même ralliement . Pragmatisme ? Impasse ? Où allons-nous ?

Depuis plus de cinquante ans, la très grande majorité du peuple de gauche, a été mue par un seul principe, lors des élections nationales : " Au premier tour, je choisis, au deuxième tour j'élimine " . Cela signifiait que si le candidat qu'on pensait le meilleur ou le plus proche de ses propres convictions n'était pas au second tour, on votait pour celui qui semblait un moindre mal dans le cadre de la famille progressiste . On appelait cela, également, " le désistement républicain " . C'était clair et presque rassurant !

Or voilà que pour un certain nombre d'électeurs de gauche, cette conception démocratique du vote est désormais caduque et qu'il leur paraît nécessaire d'en adopter une autre, supposée plus réaliste, parce que fondée sur les " sondages " . Des amis socialistes ne m'ont-ils pas expliqué qu'ils allaient imiter Patrick Braouzec et voter pour Macron qu'ils n'apprécient pas, pour la même raison qui les avait conduits à voter Juppé, qu'ils détestent, aux primaires de la droite .

Certes, il y eut, au cours des trente dernières années, le célèbre " vote utile ", cher aux socialistes, qui structurait l'hégémonie du PS à gauche, entraînant le lent déclin du PCF, mais aujourd'hui, nous sommes bien au-delà de ce piège : nous sommes passés au moment " des cabrioles électorales ", un moment qui pousse les hommes et les femmes de gauche à cultiver " la finasserie et le paradoxe comme les formes ultimes du pragmatisme " . 

Une telle perversion de la vie démocratique pourrait-elle être le fruit du hasard ? Certainement pas . Il n'y a pas de hasard dans la vie politique . Cette confusion des esprits consacre la victoire idéologique de la droite . Faisons les comptes des intentions de vote à droite en vue du 23 avril : Marine Le Pen - 26,5% ; F. Fillon - 20% ; N. Dupont-Aignan - 3,5% ; la droite la plus dure que la France ait connue depuis 1958, atteint les 50%, dès le premier tour d'une présidentielle et sûrement plus .

Et face à ce tsunami, que nous proposent les socialistes, les républicains - les vrais -les radicaux, les centristes, les démocrates chrétiens ? La constitution d'un " ventre mou ", fait de bric et de broc, autour d'un personnage éthéré, léger, impalpable, délicat, fugitif, fabriqué à la hâte par des médias qui veulent avoir à tout prix leur propre  candidat, comme c'est le cas à chaque échéance, pour " pisser " de l'encre .

Une élection démocratique exige la confrontation des idées, le débat contradictoire, l'élucidation des contradictions et pas la prise en compte anticipée d'un résultat de sondages, aléatoire  . Il n'y a rien de plus insupportable que les évidences qu'on veut nous faire " gober " . Qui peut relever une seule évidence, dans le climat de cette campagne électorale, totalement biaisée par les affaires et dont l'issue pourrait être la présence, au second tour, de deux candidats mis en examen ?

Que celui qui croit au programme d'E. Macron vote pour lui . Rien de plus normal ! Mais que les " Insoumis "  puissent voter pour leur candidat parce qu'ils l'estiment " le meilleur " est tout aussi évident, tout comme les vrais socialistes doivent pouvoir continuer à soutenir le candidat officiel de leur parti, sans lui tirer dans le dos, en refusant de tomber des hauteurs de la pensée de Jaurès au caniveau de Séguéla  . De là seulement peut venir la clarté . 

Après ? Le peuple de gauche tranchera . Les classes populaires dégoûtées qui ne pensent pas aller voter reviendront dans le débat, mais seulement dans la clarté de ce dernier car pour l'instant elles refusent d'aller voter " sous la pression de certitudes qui n'en sont pas " .

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 14:16
Opéra Garnier : " Le Cid " de Massenet ( 1885 ) .

Opéra Garnier : " Le Cid " de Massenet ( 1885 ) .

" Nous partîmes cinq cents mais par un prompt renfort, /  Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, / Tant à nous voir marcher avec un tel visage / Les plus épouvantés reprenaient de courage " ( Le Cid, Pierre Corneille, Acte IV, scène 3, 1636 ) .

Va, je ne te hais point ! " ( Le Cid, Acte III, sc. 4 ). Rodrigue vient de tuer son père, dans un duel, mais Chimène éplorée ne peut faire taire son amour ...

On s'aime tellement chez " Les Républicains " que le week-end dernier, ils nous ont rejoué " Le Cid ", en cinq actes, la tragédie de Corneille, avec F. Fillon en Gérard Philipe : unité de lieu, unité de temps, unité d'action, respectées à la lettre et en demi-fond, les choeurs grandioses de l'opéra de Massenet  par le grand orchestre " peu harmonique " du  Trocadéro . 

ACTE I : vendredi 3 mars . N. Sarkozy- " ça a assez duré " - décide de débrancher Fillon " sans l'humilier " parce qu'il conduit la famille dans le mur . Il a l'appui de deux fillonistes de choc, Gérard Larcher et Bernard Accoyer . Affaibli par de nombreuses défections Fillon laisse entendre qu'il serait prêt à renoncer . Dans la camp sarkoziste, la volonté du candidat d'organiser une grande manifestation le 5 mars au Trocadéro est interprétée comme un baroud d'honneur . N. Sarkozy entame donc des pourparlers avec A. Juppé mais pose ses conditions pour le soutenir dont celle de prendre, en cas de victoire, " le petit Baroin " à Matignon . La maire de Bordeaux renâcle mais fait quand même dire qu'il est prêt, tout en réservant sa réponse .

ACTE II : dimanche 5 mars, au matin, A. Juppé n'a pas accepté l'accord de Sarko - Juppé et Baroin se détestent depuis 1995 - et celui-ci, comme à son accoutumé s'énerve et entame alors des négociations avec Fillon pour qu'il place d'éminents sarkozistes dans son comité de campagne : Wauquiez à la tête du parti, Baroin à Matignon . D'où la présence des sarkozistes au meeting du Trocadéro, bien en vue derrière Fillon . Mais mauvaise surprise pour " le parrain " . Le candidat, soudain requinqué par " sa secte ", totalement " bunkérisé " ( le mot est de Sarkozy )  par les " longs couteaux " de " Sens commun " et de " La manif pour tous ",  écarte toute idée de démission . 

" Le parrain ", convaincu, alors, que le candidat est " indégommable ", c'est lui qui a la légitimité des primaires et " le magot " - comprenez, le fric de la campagne - décide alors de " faire avec " .

Acte III : lundi 6 mars, 10 h 30, Juppé, enfin convaincu par la présence des sarkozistes au meeting du Trocadéro, que N. Sarkozy le mène en bateau,  et qu'il n'y a que des coups à prendre dans l'aventure, jette l'éponge, non sans amertume, décochant quelques flèches empoisonnées vers son camp : " Quel gâchis ! " dira-t-il .

Fillon a presque gagné la partie ...

ACTE IV : Lundi 6 mars, 18 h, le comité politique " Les Républicains " - non statutaire - convoqué par Sarkozy, Larcher et Accoyer, à l'origine pour porter le coup de grâce à Fillon, se transforme - de façon magique - en cérémonie du sacre où tout le monde fait allégeance au candidat . C'est ce qu'annonce solennellement Gérard Larcher à la sortie de la réunion, d'une voix essoufflée, trop appuyée pour être sincère .

ACTE V : A Bordeaux, le 7 mars, Juppé constate que " cette élection est perdue . Sarkozy a tenté de manipuler tout le monde en cherchant à contrôler le parti et à caser Baroin . Baroin, je n'ai pas une bonne opinion de lui . Il n'a pas d'idées et ne travaille pas ... " 

Gérard Larcher tire les leçons de ces folles journées : " Le candidat Fillon est plombé mais il est l'unique candidat à droite . Il lui reste une petite chance de gagner car il y a dans le pays une terrible soif d'alternance . Mais après, s'il devait être élu, il resterait très affaibli par cette affaire ... "

Tout est dit : " Va, François, je ne te hais point ! "  Pour l'amour, on verra plus tard .

NB : d'après l'article du " Canard Enchaîné ", du 8 mars 2017, p. 2, " Le putsch manqué de Sarko ... " 

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 14:31
Site : la vache rose .

Site : la vache rose .

" L'entêtement et l'obstination sont semblables à l'idée fixe . La personne est possédée par une opinion exclusive, par une prévention, par un préjugé qui deviennent un clou planté dans le mental . Cet entêtement est donc un message unique qui suit les mêmes lois nerveuses que la concentration et l'idée fixe ... Je crois inutile de préciser qu'un obstiné manque absolument de lucidité, par le rétrécissement de son champ de conscience . " ( Pierre Daco, psychanaliste, " Les prodigieuses victoires de la psychologie " ) .

" Sigmund, relève-toi, ils sont devenus fous . " Je ne vois aujourd'hui que la psychanalyse pour nous sauver de la course vers l'abîme où nous entraînent, associés dans la même volonté, François Fillon et Marine Le Pen . Le fondement du social-libéralisme, selon John Rauwls, est le gouvernement par des experts . Les seuls experts, aujourd'hui, encore à même de nous expliquer ce qui ronge le peu qui nous reste d'esprit civique, sont bien les médecins de l'âme . 

" Les gens obstinés tournent en rond, bloqués sur des opinions-crampons, comme des écureuils en cage mais se croyant lucides . Et comme toute obstination bloque une grande partie de leur cerveau, aucun autre message ne peut les atteindre . Avez-vous déjà essayé de convaincre un obstine ? ", ajoute Pierre Daco .

On peut avancer d'autres définitions de l'obstiné comme celles-ci : " Un homme qui tourne sans cesse sur le même problème intérieur est un obstiné . Un homme qui se crispe intérieurement est un obstiné . Un homme qui est incapable de voir autre chose que son " moi-je " est un obstiné ! "

Le psychanalyste enfonce le clou : " L'entêté, l'obstiné, celui qui se crispe sur des opinions ne pensent rien du tout . Bien qu'ils maintiennent leurs points de vue, contre evnts et marées, il n'est nullement question de volonté . Ils ne mettent jamais de raison dans leur comportement car ils en sont incapables . " 

Et c'est toute la difficulté à laquelle les amis politiques d'un " obstiné " sont confrontés : " Son entourage lui demande pourquoi il est si entêté et il ne répond rien, parce qu'il est dans l'impossibilité de fournir une explication quelconque . Alors que voulez-vous qu'il fasse ? Il se fige davantage et se crispe sur ses positions . Il se cantonne dans une attitude souverainement impériale, essayant de dominer par sa volonté tous ceux qu'il sent supérieurs à lui ... "

Et les autres ? " Que peuvent-ils faire devant ce mur de béton sinon tenter de passer à côté, de se révolter, de se soumettre, avec toutes les conséquences que cela suppose ? " 

Pourquoi F. Fillon s'obstine-t-il ? Il a répondu le 2 mars dernier dans un meeting à Nîmes : " Tout ce monde qui nous est hostile s'est coagulé pour nous faire barrage ! "

Une caricature de cette terrible maladie qu'est l'autisme qui donne à croire à ses victimes que le monde extérieur est un monde qui ne vous veut que du mal . F. Fillon, d'ailleurs, reconnaît s'être posé la question, puisqu'il n'hésite pas à dire sur France 2 hier soir, " Je ne suis pas autiste " . Rappelons lui, alors, que pour gagner l'élection présidentielle, il lui faudra convaincre au moins 17 millions d'électeurs et qu'hier, au Trocadéro, pour ce qu'il voulait être son mini 18 Brumaire, on était encore loin du compte .

" Le clou dans le mental " de F. Fillon tient en trois mots : " C'est mon tour ! " . Lui, l'éternel second, " le collaborateur ", ne laissera pas passer ce tour .

Les " chapeaux à plumes " des Républicains, devraient comprendre que le cas Fillon ne se règle pas dans un conseil national du parti, mais sur le divan protecteur d'un psychanalyste .

 

NB : d'après l'article " F. Fillon, l'obstiné ", du site Agoravox, du 6 mars 2017 .

 

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 14:04
Photo Valeurs Actuelles : plateau du " grand Journal ", l'émission la plus " boboïsée " du PAF .

Photo Valeurs Actuelles : plateau du " grand Journal ", l'émission la plus " boboïsée " du PAF .

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" Ils vivent dans les beaux quartiers, ou en banlieue mais dans un loft, atelier d'artiste branché bien plus tendance que l'avenue Foch ... les bobos ", ( Chanson de Renaud ) .

" Un ouvrier, c'est quelqu'un à qui il faut faire la leçon, quelqu'un que l'on peut ridiculiser ",  relève Jack Dion, journaliste à Marianne  .

Celui qui n'a pas vu l'émission " On n'est pas couché " , de Laurent Ruquier, sur France 2, du 25 février 2017, ne saura jamais jusqu'à quel mépris de caste peut aller " la bobocratie médiatique " .

Ce soir-là, il y a un ouvrier parmi les invités, événement inouï : Philippe Poutou, délégué CGT de l'usine Ford de Blanquefort en Gironde, candidat du NPA ( Nouveau parti Anticapitaliste ) à l'élection présidentielle . C'est une obligation imposée aux chaînes par le CSA .

 Le roquet de service de Laurent Ruquier,  la journaliste Vanessa Burgraff,  " entreprend de l'interroger sur l'une de ses propositions, l'interdiction des licenciements, mais incapable de formuler correctement sa question, elle doit s'y reprendre à sept reprises avant d'éclater de rire, tandis que tout le monde s'esclaffe comme dans une histoire de mari cocu sortie d'une pièce de Feydeau . 

Eberlué, Philippe Poutou fait un geste vers L. Ruquier pour lui suggérer de couper ce passage au montage ... " ( Jack Dion, Marianne No 1040 ) .

Couper ce grand moment ? Décidément, le brave Ph. Poutou ne comprend rien à la télévision . Sur le petit écran, le rire est une garantie de succès, surtout quand il s'agit de ridiculiser un ouvrier, de surcroît syndicaliste . L. Ruquier est aux anges et en rajoute : " D'habitude, on ne rit pas des licenciements ", s'esclaffe-t-il encore, mais sur le service public, on peut .

Les gentils animateurs pleins aux as ne savent pas ce qu'est un vrai licenciement : ils s'imaginent que, comme pour eux, le prolo viré de sa boîte s'en va avec une grosse enveloppe . Alors se moquer d'un Poutou, quand on le tient, il serait idiot de ne pas en profiter . Et le grand écrivain Yann Moix, ravalé lui aussi au rang de " lanceur de bouses " ne s'en prive pas . On l'entend dire à son alter ego avec la mine réjouie de l'imbécile fier de son bon mot : " Tu parles peut-être au prochain Président de la République " . Nouvelle salve de rires déclenchée par le " chauffeur du plateau " et dandinements de joie .

En 2012, dans cette même émission, toujours sous la baguette méprisante de M. Ruquier, les prédécesseurs de Burgraff et Moix, s'étaient déjà allègrement moqués de Ph . Poutou, déjà candidat du NPA, le sommant de s'expliquer sur sa présence presque usurpée à la télévision, alors qu'il avait plutôt vocation à rester sur les chaînes de l'usine Ford comme le veut tout  " héritage génétique " . On lui avait rappelé qu'il était sans diplôme, qu'il avait multiplié les petits boulots après avoir raté son bac et qu'il avait même loupé le concours de la Poste . 

Le philosophe libertaire Michel Onfray, présent sur le plateau, avait même cru bon d'infliger au candidat une leçon de stratégie politique, sans doute peu désireux de laisser ce simple travailleur lui disputer la place d'incarnation vivante du peuple révolutionnaire, ce soir-là .

Prétendre interdire les licenciements - que cela soit plausible ou non - c'est pour Mme Burgraff un truc à se taper sur les cuisses tandis qu'insulter les chômeurs est la preuve d'une intelligence supérieure . L'intelligence d'une confrérie médiatique pétrie de bons sentiments, une caste qui aime faire la morale à la France entière, qui renvoie dos à dos les extrêmes, qui applaudit à la mondialisation néolibérale et à tous ses avatars, qui s'inquiète de la montée du Front National mais qui sombre dans l'hilarité à l'idée saugrenue que l'on pourrait agir contre le chômage .

Pour les bobos médiatiques, les ouvriers constituent "  une espèce " sociale en voie de disparition - et avoir un individu de cette espèce devant les yeux leur devient insupportable .

Leur vision tient dans ces mots de l'écrivain Jules Renard, critiques envers la classe politique : " Le peuple, on lui fait des discours, on ne cause pas avec lui " . 

Tout cela porte un nom, selon le journaliste Jack Dion : " Le mépris de classe ... Un sport télévisé d'avenir " .

Mais si, les bobos existent : ils hantent les plateaux télévisés, à toutes les heures du jour et de la nuit . 

 

 

 

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 15:17
Site : na, dessinateurs .

Site : na, dessinateurs .

" Avant de s'en remettre à la justice, il appartiendra également aux citoyens de trancher et de prononcer dans les urnes les exclusions que certaines moeurs politiciennes exigent " ( Eric Decouty, journaliste à Marianne ) .

A la fin du XVIIIe siècle, le philosophe Emmanuel Kant affirmait que " le politique devait demeurer aussi innocent qu'une colombe " . Naïveté ? Certainement pas . Le philosophe n'excluait nullement qu'une certaine habileté politique s'avérait nécessaire dans l'exercice du pouvoir au nom de l'efficacité mais qu'en revanche la morale était la condition nécessaire au respect de l'intérêt général .

La dissociation entre morale et politique, cette sinistre singularité française au regard des grandes démocraties du Nord de l'Europe, est d'autant plus inacceptable que la tromperie, l'absence de transparence, la dissimulation sont des vices qui altèrent, jusqu'à le détruire, l'intégralité du discours politique . Voilà ce que mesure depuis des semaines, F. Fillon, dans son incapacité à faire entendre ses propositions dans une campagne présidentielle transformée en chaos . 

F. Fillon et Marine Le Pen incarnent jusqu'à la caricature les dérives de notre classe politique : le premier parce qu'il s'était fait, bien imprudemment, " le chantre de la vertu " ; la deuxième parce qu'elle faisait , depuis trop longtemps, son miel électoral du " tous pourris " .

Depuis des décennies, les affaires s'ajoutent aux affaires, dévoiement des partis de gauche comme de droite dans des financements occultes, des grandes entreprises ( Elf ou le Crédit Lyonnais ) , évasion fiscale, corruption d'élus locaux sur les marchés publics, conflits d'intérêts, népotisme . La liste des procédures et de personnalités poursuivies est longue comme une nuit sans sommeil .

Des ministres, des députés, des maires et un ancien président de la république  ont été condamnés ; un autre ancien président renvoyé en correctionnelle . Durant trois décennies, les lois censées moraliser la vie publique se sont empilées au gré des volontés plus ou moins sincères des gouvernements mais rien n'é fondamentalement changé . Sans honte ni vergogne, des délinquants définitivement jugés briguent encore et toujours de nouveaux mandats et même parfois sont réélus .

Et aujourd'hui, comme s'ils voulaient " sonner le glas " de la morale dans notre démocratie, deux des principaux prétendants à la magistrature suprême adressent un magistral bras d'honneur au troisième plilier de cette démocratie : la justice, malgré les soupçons qui les accablent . 

L'un pour avoir rémunéré avec des fonds publics femme et enfants pour des activités introuvables ; l'autre pour avoir trouvé dans les caisses du Parlement européen des moyens pour financer son parti .

L'une qui brigue la fonction qui ferait d'elle la protectrice de la justice, envoie, non seulement celle-ci " se faire foutre " mais menace ouvertement les fonctionnaires de cette administration de représailles, si elle est élue . L'autre, n'hésite pas à convoquer, demain dimanche, le peuple de droite, sur " l'Esplanade des Droits de l'Homme " - il fallait le faire -, au Trocadéro, afin de manifester sa colère contre la justice en soutenant les critiques qu'il adresse depuis des semaines, à cette institution .

Deux personnages engagés dans la même aventure politique, particulièrement dangereuse, parce qu'ils croient tenir le " Graal " à portée de main et ne veulent pas le laisser échapper . Comment, des observateurs, abonnés aux plateaux télévisés, peuvent-ils minimiser deux attitudes pareilles qui fleurent  dans le cas de Fillon, les ligues de 1934, dans le cas de Le Pen, la Révolution nationale de 1940 ?

L'enjeu pour notre démocratie n'a peut-être jamais été aussi grand, depuis 1945 .

 

NB : d'après, " Ca suffit, on veut des élus propres ", ( Eric Decouty ) , Marianne, No 1040 .

 

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 14:52
Courrier international .

Courrier international .

" Dans l'ambiance politique qui est la nôtre, deux facteurs d'immoralité sont réunis : d'un côté, la surlégitimité héritée d'un appareil public ancien ; de l'autre, un climat social corrupteur issu du néo libéralisme nouveau " ( Marcel Gauchet ) .

Si la question de la morale est revenue au premier plan en France, comme on le voit à travers le climat de défiance qui pollue la campagne électorale de la présidentielle, cela tient à un élément essentiel : " Le culte de l'Etat " avec lequel nous avons longtemps vécu et qui faisait qu'on passait beaucoup de choses aux gouvernants .

L'Etat a été longtemps habité, chez nous, par une sacralité, diffuse et diluée, et pourtant bien présente qui voulait qu'on ne posât pas les questions que les citoyens sont normalement en droit de se poser . Et il y avait une justification historique à ce " sacré " : le maintien de l'impératif suprême du fait politique parce qu'il représentait le salut du peuple, la protection du peuple - comme on peut l'entendre encore, de-ci, de-là - sous la forme de la défense nationale . Les trois derniers grands conflits européens, la guerre de 70, la guerre de 14-18, la seconde guerre mondiale, plus les grandes figures surgies des tensions que ces conflits provoquèrent, Gambetta, Clémenceau, Charles de Gaulle participèrent de ce mouvement accordant à l'instance chargée de nous protéger une légitimité évidente pour tout le monde . 

Mais cette éminence de l'autorité publique, mélange de révérence et de résignation a vécu : l'autorisation tacite, donnée autrefois aux dirigeants de se conduire de façon machiavélique pour le plus exigeant, malhonnêtement pour le plus banal, n'a pas résisté aux coups du néolibéralisme et c'est ce qui se défait aujourd'hui, sous nos yeux . D'un côté, la transcendance de l'Etat s'efface complètement, de l'autre, les impératifs immédiats qui justifiaient ses commandements ont disparu puisque la politique, aujourd'hui, c'est gérer et non plus préserver l'existence même de la communauté publique .

Dès lors, la remise en question de " la privilégiature " qui s'était construite à l'abri de l'ancien ordre défensif devient naturelle, contestation " d'une nomenklatura " , se pensant hors d'atteinte des suspicions citoyennes, un cercle de quelques milliers de personnes vaquant à leurs occupations, dans la haute fonction publique, la politique, la haute administration, et jouissant d'une situation particulièrement confortable .

Cela est devenu inacceptable pour le citoyen et d'autant plus insupportable que le personnel politique n'a toujours pas pris conscience de l'évolution de la société et continue de vivre comme si l'élu conservait des droits supplémentaires par rapport à nous . Pire, alors que la nomenklatura pense qu'il est logique de vouloir s'enrichir à un certain âge et à un certain niveau de compétence, classes moyennes et populaires vivent le déclassement apporté par la mondialisation, le chômage, la perte de revenus et supportent de plus en plus seuls la charge de l'impôt .

Voilà ce que ne comprend pas François Fillon .

La France n'en demeure pas moins un pays étrange et contradictoire . Elle est la seule à avoir élaboré une " méritocratie publique ", qui donne une légitimité au pouvoir qu'il n'a nulle part ailleurs . La réforme de l'Etat de 1945, et la création de l'ENA, dont le but était de démocratiser le service public, en éliminant la cooptation au sein des grands corps de l'Etat, en lui donnant des serviteurs formés moralement, intellectuellement et politiquement, capables de résister à toutes les tentations, dans le contexte de l'après guerre, jouissant d'une compétence incontestable les mettant à l'abri des pouvoirs politiques, ce qui nous donna une des administrations les plus intègres du monde, ne résista pas, avec l'arrivée des normes néolibérales, et de l'individualisme qui leur est inhérent, aux facteurs de corruption que ce système introduisit dans la machine de la haute-administration .

Parlez avec les politiciens d'aujourd'hui des affaires d'argent qui polluent la vie publique et politique française, du scandale des primes abusives, des emplois fictifs, du financement illicite des partis ou de la fraude fiscale, bref de tout ce qui est devenu un jeu dangereux pour la démocratie, la réponse que vous recevez est toujours la même : " Regardez ce que gagnent les patrons ! ", ce qui en dit long sur l'état d'esprit des politiques . 

D'où le rêve, devenu banal  : quitter, quand leur carnet d'adresses est suffisamment bien garni, la haute fonction publique, pour un fonds d'investissement de la City de Londres .

Le déni de F. Fillon de ses turpitudes est là, dans ces quelques mots : l'homme d'Etat, auto-proclamé au demeurant, considère qu'il est victime d'un manque de respect qui lui est dû, de par sa place dans l'Etat . Mais voilà ! L'histoire est passée et n'est pas Clémenceau qui veut !

NB : réf. " Le nouveau monde " ( Marcel Gauchet ), Gallimard, 2017 .

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 15:12
Le martyre de Saint Sébastien .

Le martyre de Saint Sébastien .

" Le Fillongate dépasse de loin tout ce qu'on a connu des Chirac, Sarkozy et autres bonimenteurs de la politique,  dans la mesure où le candidat de la droite a remporté la primaire de son camp sur la vertu, l'intégrité et l'honnêteté ... " ( Noël Mamère ) .

F. Fillon ne se bat plus ... Il se débat, sans fin . Aujourd'hui encore, informé qu'il va être convoqué le 15 mars, par les juges, pour une très probable mise en examen, il tente une hypothétique " réhabilitation " invoquant " un assassinat politique " - qui reste à prouver - auquel, il prévient, il va résister de toutes ses forces, en Jean Moulin de pacotille . 

S'il y a un assassin de F. Fillon, en cette affaire, c'est F. Fillon, lui-même . Et il est, aujourd'hui, tout simplement placé devant ses contradictions . L'homme public, si vertueux, ne parvient plus à effacer l'image de l'homme d'argent, de gagne-petit, prêt à toutes les combines et à tous les conflits d'intérêt " pour épaissir son matelas de châtelain " . 

Il lui est désormais impossible d'imposer son programme d'austérité " fait de sang et de larmes pour les pauvres " et de baisses d'impôts pour les plus riches, ces atroces " lavements " infligés aux salariés, aux chômeurs, aux retraités . 

Le candidat de la droite devenu la caricature de la caste politique dont il fut, pendant quelques semaines, la tête de gondole, est d'abord victime de lui-même : ce maître-es arts de l'hypocrisie s'est pris à son propre piège, se fracassant sur l'autel de la vertu . Il avait tant misé sur son personnage de " probité " que, ce qui est apparu, un temps du moins, comme juste normal, chez un Sarkozy, est devenu insupportable aux Français et même à son électorat . Le Cahuzac de la droite est disqualifié . Le décalage entre des principes affirmés, des valeurs affichées, des propositions de réformes assumées et " des magouilles de bas-étage " ne passe plus dans l'opinion publique .

Mais, ce faisant, la responsabilité de F. Fillon dépasse largement sa " petite personne " . Il fausse toute la campagne électorale, il empêche le débat politique sur l'avenir du pays, il confisque les enjeux politiques d'un rendez-vous électoral majeur et accessoirement plonge sa famille politique dans la panade : ce n'est pas lui qui est empêché de faire campagne, comme il le prétend, c'est la campagne, la démocratie qui sont prises en otage par ses affaires .

Et son ambition de se présenter en " Saint Sébastien " souffrant sous les flèches décochées par le " Dioclétien " de l'Elysée, sied très mal à ce triste sire .

Il y a un péché originel dans la campagne de la droite : avoir gardé le candidat Fillon, alors même que sa défense dans l'affaire du " Pénélopegate " était d'une faiblesse calamiteuse . Et au nom de quoi, faudrait-il, qu'aujourd'hui, l'enquête ouverte par le parquet financier et reprise par trois juges d'instruction s'arrêtât, alors que des milliers de citoyens lambda, sont tous les jours soumis à ces procédures classiques ? Il faudrait que les juges appliquent au candidat un régime de faveur ? Sur quelle base morale ou juridique ? 

Il y a à peine trois jours, F. Fillon fistigeait la passivité du gouvernement face à un climat de " quasi guerre civile ", voilà qu'il réclame un régime judiciaire spécial pour sa personne - il n'est pas seul - dans un climat de révolte larvée contre les élites . Ses violentes charges contre la justice n'ont d'autre effet que de délégitimer la Loi quand, dans son propre camp, certains appellent au respect des règles et au maintien de l'ordre républicain . D'où d'ailleurs, l'indescriptible trouble qui a atteint, ce matin, tous ses soutiens . L'un d'eux est lucide : " 95% d'entre nous font campagne par obligation . Personne ne dit : Vous exagérez, le candidat est bien . Tout le monde est effondré, et les militants les plus zélés ne veulent plus tracter, tellement ils se font injurier . C'est du jamais vu ! " Bruno Lemaire a d'ores et déjà quitté le navire . 

En maintenant contre vents et marées leur champion, Les Républicains ne plombent pas seulement leur campagne mais toute la campagne .

L'issue en sera une abstention massive . Et devinez qui est la mieux placée pour tirer les marrons du feu .

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 13:57
Vichy .

Vichy .

" Comment et pourquoi des fonctionnaires de la République sans doute républicains - pour la plupart - se sont-ils adaptés à un ordre nouveau exceptionnel à double titre ? " - en raison de l'occupation et de la nature antirépublicaine du nouveau régime . ( Marc-Olivier Baruch, historien, spécialiste de la fonction publique sous le régime de Vichy ) .

Ce dimanche 26 février, Marine Le Pen, en meeting à Nantes, a menacé les fonctionnaires de la justice et de la police . J'ai été frappé, hier, par l'attitude de certains journalistes, minimisant " ces menaces " : il n'y avait pas de quoi fouetter un chat, en somme . Jugez par vous-même .

Je veux dire aux fonctionnaires à qui un personnel politique aux abois demande d'utiliser les pouvoirs d'Etat pour surveiller les opposants, organiser à leur encontre des persécutions, des coups tordus ou des cabales d'Etat, de se garder de telles dérives . Dans quelques semaines, ce pouvoir sera balayé par l'élection . Mais ses fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales . Ils mettent en jeu leur propre responsabilité . L'Etat que nous voulons sera patriote ... " 

Et un peu plus loin : " Les magistrats sont là pour appliquer la loi, pas pour l'inventer, pas pour contrecarrer la volonté du peuple ... "  ( Cité par " Le Lab, Europe 1, le 27/02 )

Ce texte est " pré-fascisant " et doit être dénoncé comme tel . Pourquoi ? En 1940, la fonction publique est constituée de 900 000 fonctionnaires dont 750 000 fonctionnaires civils pour administrer une France réduite au tiers de son territoire naturel . Le questionnaire envoyé le 20 mars 1941, aux administrations par le secrétaire général de la vice-présidence du Conseil, H. Moysset, est édifiant : " Leur fonction distingue les fonctionnaires des autres catégories socio-professionnelles ", peut-on y lire .

Sous Vichy, en effet, cette distinction s'accentue . La simple application de l'article 3 de la convention d'armistice de Rethondes ( 22 juin 1940 ) prévoit que " le gouvernement français " invite immédiatement toutes les autorités françaises et tous les services administratifs du territoire occupé à se conformer aux règlements des autorités militaires allemandes et à collaborer avec ces dernières .  Puis à l'automne 1940, l'accord de Montoire entraîne les fonctionnaires de la zone libre à faire de même, l'Etat français assignant explicitement à ces derniers une double mission d'encadrement de la société et de relais des objectifs de " la Révolution nationale " . Tous ceux qui ne se plièrent pas à ces deux contraintes furent révoqués .

Comme le disait Pétain : " La France nouvelle requiert des serviteurs animés d'un esprit nouveau, suffisamment français et loyaux " . C'est ainsi que certains fonctionnaires subirent l'ensemble des mesures d'exclusion prévues par le régime,  que d'autres fonctionnaires étaient chargés d'appliquer . 

Quand, le 8 janvier 1942, un communiqué de la " France Libre " - toujours illégale sur le territoire national - enjoint les fonctionnaires de rejoindre Londres ou de résister sur place à l'occupant et à Vichy dans le cadre de leurs activités, l'enjeu éthico-politique devient prégnant pour des dizaines de milliers de fonctionnaires avec cette question : " Jusqu'où un fonctionnaire peut-il servir un Etat qui a cessé d'être un Etat de droit et pratique ouvertement répression et exclusion ? "  ( Jean-Pierre Azéma, historien du régime de Vichy et de la Résistance ) .

Que nous annonce Marine Le Pen ? 

Irritée par les magistrats et les enquêteurs de la police judiciaire, elle choisit le terme de " fonctionnaires " pour menacer : qui peut croire cet élargissement de la notion " d'opposants " à sa politique, anodin ou innocent ? En fait, la menace se veut plus redoutable qu'elle n'en a l'air .

Ces magistrats et ces policiers missionnés par le pouvoir pour " surveiller les opposants " : cette dernière formule peut-elle paraître neutre à quiconque réfléchit un peu ? " Surveillance, persécutions, coups tordus ", on retrouve là, " le complot judéo-maçonnique " cher à son père, mais surtout l'annonce de ce qu'elle fera, en représailles, si elle accède au pouvoir, justifiant par anticipation sa politique .

" Les fonctionnaires devront assumer le poids de leurs méthodes illégales ... ils ont mis en jeu leur propre responsabilité " .  Qu'est-ce à dire ? Mais simplement que le quinquennat de Marine Le Pen commencera par une chasse aux sorcières dans la fonction publique, ni plus, ni moins . Comme sous Vichy !

Enfin, ces magistrats qui la persécutent, auront à répondre du crime qui aura consisté à  " contrecarrer le peuple " - car aujourd'hui, toute honte bue, MLP  s'identifie au peuple - tel Pétain faisant don de sa personne à la France . " Contrecarrer le peuple ", en quelque sorte lui refuser la " Révolution nationale " à laquelle il aspire, en l'être transcendé qu'est devenue Marine, la divine . Car " l'Etat patriote " qu'elle revendique n'est rien d'autre que la " Révolution nationale " de Vichy .

La locataire de " Montretout ", à Saint-Cloud, chez papa, ne nous avait pas encore tout montré, cachant habilement certaines aspérités de son projet . Il semble que les choses changent . En tout cas, le texte de " Nantes " commence à montrer bien plus qu'elle n'avait fait jusque-là .

 

(1) " L'Oeil de Vichy ", film de Claude Chabrol, 1993, avec la collaboration de l'historien Jean-Pierre Azéma .

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 13:59
 Un vrai cauchemar .

" De rares naufragés flottent sur le vaste abîme " ( Apparent rari nantes in gurgite vasto, Virgile ) .

Cette présidentielle tourne au cauchemar : du sentiment d'une montée irrésistible de Marine Le Pen, à une gauche préparant sa défaite avec obstination, en passant par un Emmanuel Macron auquel certains ont pu croire mais voient leur rêve se dérober à mesure qu'ils essaient de le saisir ou d'un François Fillon définitivement atteint par une cupidité familiale longtemps cachée, plus rien ne va .

Depuis des mois, les sirènes médiatiques s'emploient à stigmatiser les classes populaires trop réceptives aux complaintes populistes, individualistes, se recroquevillant sur toutes les propositions de fermeture et de rejet de l'autre, refusant toute réforme, et seulement enclines à brandir le talisman du " dégagisme " .  C'est oublier un peu vite que ces mêmes médias pliant l'échine sous les injonctions des milieux dirigeants ont tout fait pour écarter les classes populaires de la vie politique afin de régner dans un " entre-soi " si commode et si douillet .

La vérité est ailleurs, dans un renversement total de cette proposition . Ce sont les candidats à l'élection présidentielle et les diverses forces qui les soutiennent, pour la plupart venus de nulle part, qui constituent le problème : étranges " naufragés " essayant de surnager sur un océan de désastres annoncés .

On nous inquiète avec la montée inexorable de Marine Le Pen mais pourquoi avoir peur ? Nous savons combien la gauche française dans toutes ses composantes est vigilante contre le danger fasciste, depuis 1934, et l'appel de Staline à conjurer cette menace : l'antifascisme est dans l'ADN de notre gauche plurielle . Alors vous pensez bien que si le moindre danger d'extrême-droite pointait à l'horizon, tous les candidats de gauche rivaliseraient de désintéressement et d'abnégation, d'esprit unitaire et oubliant leurs querelles d'égos, se rassembleraient spontanément autour d'un candidat commun .

Et puis, il y a " ni à droite ni à gauche ",  " Le Christ recrucifié ", le prophète des " Je vous aime " à chaque détour de phrase, force messianique capable d'ouvrir la mer pour y noyer les forces obscures nationalistes .

Trop de malveillants l'accusent de ne pas avoir de programme, alors qu'il en a au moins deux : E. Macron soutient le mariage gay mais dénonce les humiliations subies par les adeptes de " la manif pour tous " . A Paris il parle français aux Français et à Hambourg il parle anglais aux Allemands . A Lyon il affirme " qu'il n'y a pas de culture française " puis revenu à Paris il déclare " Ma république n'est pas multiculturelle " .

E. Macron, le moderne, c'est Jules Simon, un des premiers Présidents du Conseil de la IIIe République ( 1876-1877 ) annonçant, à haute voix, à la Chambre des députés - de gauche - " Une politique franchement républicaine ", et en sourdine, " résolument conservatrice ", puis au Sénat - de droite - en sourdine, " une politique franchement républicaine " et à haute voix " résolument conservatrice " . Un voyageur sans bagages !

F. Fillon, surgi de nulle part, entre un Juppé longtemps triomphant et un N. Sarkozy illuminant de son charisme une droite revancharde . Imaginons un instant, un Président de la République protégé par son immunité présidentielle mais dont la femme et les enfants seraient poursuivis par la justice, mis en examen et déférés devant un tribunal pour recel de biens sociaux . Quelle image magnifique à l'international avec même un ticket absolument surréaliste, juste auparavant : un deuxième tour, où s'affronteraient Fillon et Marine Le Pen, deux candidats poursuivis par la justice . 

Faisons un retour en arrière, sur l'étrange slogan des " deux gauches irréconciliables " . Entre " le revenu universel " de Benoît Hamon et " la transition écologique " de J.L. Mélenchon, entre le " libéralisme classique " du premier et " le libéralisme keynésien " du second, qui se hasarderait à voir plus de distance qu'entre un Guy Mollet et un Maurice Thorez, des années 1950, séparés par le rideau de fer de la guerre froide, les menaces de guerre thermonucléaire, l'OTAN et le Pacte de Varsovie . Et ce, d'autant plus qu'il ne reste plus qu'une gauche, la seconde, la " social-démocrate " a disparu dans le trou noir de la malédiction hollandaise . 

Imaginons un seul instant - hypothèse plus qu'improbable - un second tour " Hamon-Marine Le Pen ", dans le cadre de la désunion à gauche, et d'insoumis chauffés à blanc : une hécatombe !

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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 14:29
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" Nous ne faisons pas obstruction à la justice, nous faisons obstruction à l'injustice " ( Avocat de Marine Le Pen ) .

Avant hier, mercredi, Marine Le Pen a refusé de se rendre à une convocation de la police judiciaire qui enquête, sur commission du parquet de Paris, sur l'affaire des recrutements des attachés parlementaires des députés européens du Front National . Elle devait y être entendue en " audition libre ", en raison de son immunité parlementaire européenne . Ce même mercredi où son garde du corps et sa chef de cabinet étaient placés en garde à vue dans le cadre de la même affaire, celle-ci étant finalement mise en examen, pour recel d'abus de confiance . MLP a fait savoir qu'elle ne répondrait à aucune convocation de la justice avant les élections législatives du mois de juin 2017 .

La cheftaine du FN est coutumière du fait : elle a déjà utilisé cette manoeuvre vis à vis des juges d'instruction qui instruisent l'affaire du financement de son micro-parti " Jeanne " . 

MLP bafoue la justice, c'est une évidence, car si sa chef de bureau est mise en examen " recel " d'abus de confiance, il existe donc quelqu'un susceptible de d'être poursuivi pour " abus de confiance " .  Ce faisant, MLP prend des risques . Elle ne peut, en raison de son immunité être amenée de force sur les lieux de l'audition, ni placée en garde à vue, mais les magistrats instructeurs peuvent parfaitement l'entendre en audition libre et la mettre en examen s'ils estiment qu'il existe des indices " graves et concordants " d'un abus de confiance au préjudice du Parlement européen .

En ce qui concerne les propos de son avocat, reconnaissons qu'il ne manque pas de culot . Evoquer une " obstruction à l'injustice " de la part de la cheftaine du parti le plus poursuivi de France, relève du grand-guignol . C'est qu'il ne s'agit pas avec le FN, comme pour Fillon,  d'une enquête et d'une éventuelle mise en examen . Le FN de Marine Le Pen va passer d'ici peu en procès pour complicité d'escroquerie, recel d'abus de biens sociaux, abus de confiance et autres amabilités . 

C'est son trésorier, Walleyrand de Saint-Just, un vice-président, Jean-François Jalkh, qui sont attendus dans le box, pour répondre d'avoir engraissé le parti, lors des élections de 2012, au détriment de l'Etat .

Le " micro-parti Jeanne " a lui-aussi rendez-vous au tribunal, pour la même arnaque avec deux anciens trésoriers, Olivier Duguet et Axel Lousteau . Au total sept proches de la patronne sont d'ores et déjà traînés en justice .

Vous en demandez encore ? Le " parti anti-système " par excellence est le profiteur le plus doué du système pour vivre sur le dos du système . Pas moins de vingt personnes sont soupçonnées d'avoir trimé - ça a été établi par le Parlement européen, mais il faut encore dire soupçonnées - au Parlement européen autant que Pénélope au Palais-Bourbon . Papa, Marine, le fidèle Gollnisch, ont déjà été condamnés par Bruxelles à rembourser 1 milliom d'€ pour ce forfait . A Paris, une enquête, on vient de le voir, est ouverte pour - excusez du peu, " escroquerie en bande organisée " . Le propre garde du corps de la cheftaine, Thierry Légier, qui ne la lâche pas d'une semelle,  était payé par le Parlement . On ne se refuse rien, chez les Le Pen, Marine a bien appris les leçons de papa .

Vous en voulez plus ? Côté famille,on n'a rien à envier aux Fillon, on fait même mieux . Marine avait recruté en 2012-2013, son compagnon Louis Alliot, à mi-temps, pour 5000 € par mois ; c'est beau l'amour . La soeur de Marine, Yann Maréchal, avait été placée auprès de Gollnisch, pour 7000 € par mois, pendant cinq ans . Frangine qui proclame à corps et à cris que Marine est " la candidate du peuple contre la droite du fric et la gauche chic " .

Un dernier verre avant la route : papa est poursuivi pour avoir planqué 2,2 millions d'€ et le lingots d'or en Suisse quand fifille est soupçonnée d'avoir sous-évalué sa fortune de 500 000 € pour payer moins d'impôt sur la fortune ...

Allons ! Restons confiants . Tout cela va bien finir par se savoir !

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