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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 13:54
" Une nouvelle conception de l'identité s'impose à nous, d'urgence ! "

" Pour aller vers l'autre il faut avoir les bras ouverts et la tête haute, et l'on ne peut avoir les bras ouverts que si l'on a la tête haute " ( Amin Maalouf ) .

N'est-ce pas le propre de notre époque d'avoir fait de tous les hommes des migrants et des minoritaires ? Nous sommes tous contraints de vivre dans un univers qui ne ressemble plus à notre terroir d'origine : nous devons tous apprendre d'autres langues, d'autres langages, d'autres codes et nous avons tous l'impression que notre identité, en tout cas telle que nous l'imaginions depuis l'enfance, est en danger et cela du fait que l'évolution accélérée du monde nous a fait traverser en trente ans ce qu'autrefois nous traversions en cinq ou six générations . Aussi le statut de migrant n'est-il plus seulement celui d'une catégorie de personnes arrachées à leur milieu nourricier, il a acquis une valeur d'exemple .

" Avant de devenir un immigré, on est un émigré " . Avant d'arriver dans un pays, on a dû en quitter un autre et les sentiments d'une personne envers le pays qu'elle a quitté ne sont jamais simples . Si l'on est parti, c'est qu'il y avait des choses que l'on rejetait : la répression, l'insécurité,la pauvreté, l'absence d'avenir . Mais ce rejet s'accompagne toujours d'un sentiment de culpabilité à l'égard de proches que l'on s'en veut d'avoir abandonnés, de la maison où l'on a grandi, d'une enfance dont on s'éloigne . En même temps des attaches persistent : la langue, parfois la religion, la musique, les compagnons d'exil, les fêtes, la cuisine ... 

Parallèlement, les sentiments éprouvés envers le pays d'accueil ne sont pas moins ambigus . Si l'on y est venu c'est parce que on y espérait une vie meilleure pour soi-même et pour les siens, attente doublée d'une appréhension face à un inconnu car l'on se sait pris dans un rapport de force défavorable : on redoute d'être rejeté, humilié, on est à l'affût de toute attitude de mépris, d'ironie, de pitié . 

Alors le premier réflexe ne sera pas d'afficher sa différence mais de chercher à passer inaperçu . Le rêve secret de beaucoup de migrants, à l'arrivée, c'est d'imiter leurs hôtes et quelquefois ils y parviennent . Le plus souvent ils n'y parviennent pas parce qu'ils n'ont pas le bon accent, ni la bonne nuance de couleur, ni le nom ni le prénom ni les papiers qu'il faudrait . Alors, ils sont nombreux à se montrer par fierté, par bravade, par provocation plus différents qu'ils ne sont . Et dans tout ce nombre, certains vont aller bien plus loin, leur frustration débouchant sur une contestation brutale .

Et pourtant la sagesse voudrait que l'on porte un regard plus apaisé sur les tensions entre population autochtone, porteuse de culture locale et population plus récemment arrivée mais riche de traditions différentes .

En matière d'immigration, le premier écueil est celui qui fait voir le pays d'accueil comme " une page blanche où chacun pourrait écrire ce qui lui plaît ou comme un terrain vague où chacun pourrait s'installer avec armes et bagages, sans rien changer à ses gestes et habitudes " .

Le deuxième écueil, tout aussi nuisible, voudrait que le pays d'accueil  soit " une page déjà écrite et imprimée " comme une terre dont les lois , les valeurs, les croyances, les traits culturels auraient été écrits une fois pour toutes et auxquels les immigrants n'auraient plus qu'à se soumettre en silence .

Caricature ? Peut-être, mais parfois la caricature est nécessaire pour permettre à chacun de mesurer l'absurdité de sa position s'il la pousse jusqu'à sa conséquence ultime . Certes, certains continueront de s'entêter mais les hommes de bon sens avanceront vers un horizon moins fermé, fait de ponts et non de murs, à savoir que " la pays d'accueil n'est ni une page blanche, ni une page achevée mais une page que l'on écrit ensemble " .

Bien des conceptions ont prévalu durant des siècles qui ne sont pas acceptables aujourd'hui comme la suprématie prétendument " naturelle " de l'homme sur la femme, la hiérarchie des races ou même " l'apartheid " et bien d'autres ségrégations ; longtemps la torture fut considérée comme normale dans la pratique de la justice et l'esclavage apparut longtemps comme une réalité de la vie que de grands esprits du passé se gardaient bien de remettre en cause . Mais des idées nouvelles ont peu à peu réussi à s'imposer : l'idée que tout homme avait des droits qu'il fallait définir et respecter ; l'idée que les femmes devaient avoir les mêmes droits que les hommes ; l'idée que la nature méritait d'être préservée : l'idée qu'il existe pour tous les humains des intérêts communs ...

Cela veut dire que les idées qui ont prévalu tout au long de l'histoire ne sont pas nécessairement celles qui devront prévaloir dans les prochaines décennies et donc que, lorsque des idées nouvelles apparaissent, nous avons le devoir de reconsidérer nos attitudes, nos habitudes, nos croyances, nos mentalités, car le danger est toujours présent lorsque de nouvelles réalités apparaissent trop vite que nos mentalités ne demeurent à la traîne et qu'alors nous pouvons nous retrouver en train de combattre des incendies en les aspergeant de produits inflammables .

 

NB : d'après " Les identités meurtrières " de Amin Maalouf .

 

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 14:30
" Entre intégrisme et désintégration " .

" Et ceux qui ne pourront pas assumer leur propre diversité se retrouveront parmi les plus virulents des " tueurs identitaires " s'acharnant sur ceux qui représentent cette part d'eux-mêmes qu'ils voudraient oublier " ( Amin Maalouf, Les identités meurtrières " ) .

La conception qui réduit l'identité à une seule appartenance installe les hommes dans une attitude partiale, sectaire, intolérante, dominatrice, quelquefois suicidaire, et les transforme bien souvent en tueurs ou en partisans de tueurs . Leur vision du monde en devient distordue et ils ne raisonnent plus qu'à travers un seul concept : " Les Nôtres " . Dès lors que l'on estime n'appartenir qu'à une seule communauté, on se veut solidaire de son destin, seul compte le point de vue des " Nôtres ", qui est souvent celui des plus militants de la communauté, des plus démagogues, des plus enragés . Enragés qui vont, très vite, devenir tyranniques à l'égard du reste de la communauté, en particulier contre " les tièdes " que l'on dénonce, que l'on terrorise, que l'on punit comme " traîtres " et " renégats " .

Il est aisé d'imaginer de quelle manière le repli sur une appartenance unique peut pousser des hommes aux pires extrémités . Si l'on a bien instillé dans leur esprit le sentiment que " les autres " constituent une menace pour leur ethnie, leur religion, leur nation, tout ce qu'ils pourront faire pour écarter cette menace leur paraît parfaitement légitime ; même lorsqu'ils en arrivent à commettre des massacres, ils sont persuadés qu'il s'agit là d'une mesure nécessaire pour préserver la vie de leurs proches . Et comme tous ceux qui gravitent autour d'eux partagent ce sentiment , les massacreurs ont toujours bonne conscience, et même peuvent s'étonner de se voir appeler " criminels " . N'attendons pas d'eux qu'ils cherchent un seul instant à se mettre à la place de ceux de " l'autre bord " qui ne sont pas des victimes mais des coupables .

C'est pourquoi, criminels, ils ne peuvent pas l'être puisqu'ils ont seulement cherché à protéger leur vieille mère, leurs frères et soeurs et leurs enfants . 

Ce sentiment d'agir pour les siens, d'être porté par leurs prières et de se trouver en état de légitime défense est une caractéristique commune de tous ceux qui, ces dernières années et en tous points du globe, ont commis les crimes les plus abominables . Et il ne s'agit pas de cas isolés . En Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Palestine, en ex-Yougoslavie, au Rwanda, en Inde, en Indonésie, en Algérie, au Nigéria, au Soudan, en Birmanie, en Tchétchénie, en Syrie, au Yémen, hier et aujourd'hui, le monde est couvert de communautés blessées qui subissent encore des persécutions ou qui gardent le souvenir de souffrances anciennes et qui rêvent d'obtenir vengeance . Nous ne pouvons pas demeurer insensibles à leur calvaire, nous ne pouvons que partager leur désir de parler librement leur langue, de pratiquer sans crainte leur religion, de préserver leurs traditions . Mais nous devons veiller à ne pas glisser trop aisément de la compassion à la complaisance . 

Car le danger est grand, quand nous pardonnons trop hâtivement, à ceux qui ont souffert de l'arrogance coloniale, du racisme, de la xénophobie, de pardonner aussi leur propre arrogance nationaliste, leur propre racisme et leur xénophobie et du coup de nous désintéresser du sort de leurs victimes .

La tâche est complexe . On ne sait vraiment jamais où s'arrête la légitime revendication de l'identité et où commence l'empiétement sur les droits des autres .

Nous disions, hier, que le mot identité était " un faux-ami " . Il commence par refléter une aspiration légitime et soudain, le voilà devenu un instrument de guerre par le glissement d'un sens à un autre presque imperceptible, comme naturel, et nous nous y laissons tous prendre .

Tous les massacres qui ont eu lieu ces dernières années sont " liés " à des " dossiers identitaires " complexes et fort anciens . Quelquefois, les victimes sont désespérément les mêmes mais quelquefois aussi, les bourreaux d'hier deviennent les victimes d'aujourd'hui et les victimes d'hier, les bourreaux d'aujourd'hui . C'est bien pourquoi, dans ces conflits, toute complaisance est à bannir . 

Et c'est également pourquoi, lorsque les observateurs extérieurs que sont les médias, les experts, les diplomates, les hommes politiques,  se mêlent de ces jeux pervers, ils doivent le faire avec la plus grande circonspection et surtout avec la plus grande honnêteté car lorsqu'ils installent telle communauté dans le rôle de " l'agneau " et telle autre dans le rôle du " loup ", ce qu'ils font, peut-être parfois à leur insu, c'est accorder par avance l'impunité aux crimes des uns .

Et l'on peut se trouver parfois confronté à pire . Il s'agit de l'attitude que l'écrivain franco-libanais Amin Maalouf appelle le " laisser-tuer " . Celle des éternels sceptiques pour qui tout nouveau massacre n'est que répétition de l'histoire, qu'il en est ainsi de puis l'aube de l'humanité et qu'il est illusoire d'espérer que cela puisse changer .

Eh bien, non ! A l'ère de la mondialisation, du brassage accéléré et vertigineux des sociétés qui nous enveloppe tous, nous n'avons pas le droit d'imposer à des milliards d'êtres humains désemparés un seul choix : l'affirmation outrancière de leur identité ou la perte de toute identité, " l'intégrisme ou la désintégration " .

 

NB : d'après " Les identités meurtrières ", d'Amin Maalouf, ch. 4 .

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 14:30
écomusée-sainte-baume.asso.fr

écomusée-sainte-baume.asso.fr

" Le monde est une machine complexe qui ne se démonte pas avec un tournevis " ( Amin Maalouf, Les identités meurtrières ) .

Après chaque nouveau massacre d'origine ethnique, religieuse ou nationaliste, nous nous demandons, à juste titre, comment des êtres humains en arrivent à commettre de telles atrocités . Certains déchaînements nous paraissent incompréhensibles, leur logique indéchiffrable, alors, sans réponse satisfaisante, nous parlons, peut être un peu trop rapidement de folie : folie sanguinaire, folie meurtrière, folie ancestrale ou héréditaire . Et en un sens, il y a bien folie . Quand un homme en apparence jusque là sain d'esprit se transforme en tueur, il y a bien folie . Mais, attention !

Lorsqu'ils sont des milliers, des millions de tueurs, lorsque le phénomène se reproduit dans un pays, puis un autre, puis encore un suivant, au sein de cultures différentes , chez des adeptes de toutes les religions, comme chez ceux qui n'en professent aucune, invoquer la folie ne suffit plus .

Et nous devons nous poser alors la question fondamentale : est-ce que ce que nous appelons plus ou moins commodément " folie meurtrière " ne serait pas cette propension de nos semblables à se muer en " massacreurs " lorsqu'ils pensent " leur tribu " menacée ?

Le sentiment d'insécurité et de peur pour son groupe n'obéit que très rarement à des considérations rationnelles et il arrive souvent qu'il soit exagéré quand il ne devient pas carrément paranoïaque . Aussi, à partir du moment où une population a peur, c'est la réalité de la peur qui doit être prise en compte bien plus que la réalité de la menace .

Une revue des événements de ces dernières années nous permet d'affirmer qu'aucune appartenance ethnique, religieuse, nationale ou autre, prise séparément, prédispose au crime mais qu'il y faut la conjugaison de plusieurs de ces éléments et qu'une communauté humaine, pour peu qu'elle se sente humiliée ou menacée dans son existence, aura plus facilement tendance à produire des " tueurs " .

Dès lors, la bonne piste de réflexion, est plutôt la suivante : si des hommes de tous pays, de toutes conditions, de toutes croyances peuvent se transformer aussi facilement en " massacreurs ", si des fanatiques de tous poils parviennent à s'imposer aussi facilement comme des défenseurs d'une " certaine identité " - créée de toutes pièces -, c'est qu'il existe au-dessus de ces appartenances, une conception bien plus ancienne, dont l'humanité n'est pas vraiment sortie, qui prévaut encore dans le monde entier, " la conception tribale de l'identité " : admettons-le, enfin, pour éviter de nous tromper davantage .

A partir de là, notre travail paraîtra plus simple : lutter pour empêcher que les conditions d'émergence du " monstre " ne soient rassemblées . Et cela suppose observer, chercher à comprendre, spéculer, discuter, suggérer aussi telle et telle piste de réflexion .

C'est pourquoi " l'examen d'identité " auquel chacun de nous devrait s'astreindre, est une bonne démarche . Dès l'instant où l'on arrive à concevoir sa propre identité comme étant faite d'appartenances multiples, certaines liées à une histoire ethnique et d'autres pas, certaines liées à une tradition religieuse et d'autres pas, dès lors que l'on voit en soi-même, en ses propres origines, en sa trajectoire, divers confluents, diverses contributions, divers métissages, diverses influences plus subtiles voire contradictoires, un rapport différent avec les autres se crée tout comme avec sa propre " tribu " . 

Nous pouvons sortir du face à face mortifère - le " eux et nous " - où deux armées se préparent à s'affronter, parce que je suis désormais en mesure de constater qu'il y a , de " notre côté ", des gens avec qui je n'ai finalement que très peu de choses en commun, et il y a de " leur côté ", des personnes dont je peux me sentir extrêmement proche .

 

NB : d'après " Les identités meurtrières " d'Amin Maalouf, ch. 3 .

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 15:05
Vue d'artiste sur les dissociations de la personnalité ( fr. wikipedia.org )

Vue d'artiste sur les dissociations de la personnalité ( fr. wikipedia.org )

" Toute une vie d'enseignant m'a appris à me méfier des mots . Ceux qui paraissent les plus limpides sont souvent les plus traîtres . L'un de ces faux-amis est justement " identité " . Nous croyons tout savoir sur lui et nous continuons à lui faire confiance même quand insidieusement certains prétendent lui faire dire le contraire " ( d'après Amin Maalouf ) .

L'année 2017 s'annonce sous les plus mauvais auspices : une année électorale où tout sera possible, même le pire . La question économique ayant été " éparpillée façon puzzle " par un Raoul Volfoni sans les fulgurances de Michel Audiard, nous allons être " mis en demeure ", que dis-je, " sommés " de choisir notre camp, " sommés " de réintégrer les rangs de la tribu gauloise, " assignés " à ne nous reconnaître que dans une seule identité, jugée supérieure et exclusive de toutes nos autres appartenances, à nous ancrer dans la conception la plus étroite, bigote, simpliste qui réduit l'identité entière à une seule appartenance que nous devrons proclamer avec rage, de celle à partir de laquelle on fabrique " les massacreurs " .

Et pourtant ! Sue ce qu'il est convenu d'appeler " une pièce d'identité ", on trouve nom, prénom, date et lieu de naissance, photo, énumération de certains traits physiques, empreintes digitales parfois, et aujourd'hui toutes les caractéristiques apportées par les progrès de la biométrie, toute une panoplie d'indices pour démontrer , sans confusion possible, que le porteur de ce document est " Untel " et qu'il n'existe pas parmi les milliards d'autres humains, une seule personne avec laquelle on puisse le confondre .

" Mon identité, c'est ce qui fait que je ne suis identique à aucune autre personne ", et dit ainsi, le mot identité devient une notion précise qui ne peut générer aucune confusion et ne se prête certainement pas aux assimilations totalisatrices à des groupes, plus ou moins artificiels, qui ne sont que le produit d'idéologies nées de contingences de l'histoire .

Nul besoin de longues démonstrations pour établir qu'il n'existe pas et ne peut exister deux être identiques et même si demain, on parvient à cloner des humains, comme on peut le redouter, ces clones ne seront identiques qu'à l'instant de leur naissance car, dès leurs premiers pas dans la vie, ils deviendront différents .

Pour résister aux futurs discours " identitaires " qui nous attendent, persuadons-nous de ces quelques vérités premières . 

L'identité de chaque être est constituée d'une foule d'éléments qui ne se limitent pas à ceux qui figurent sur les registres officiels, sur les documents administratifs . Pour la grande majorité d'entre nous, l'appartenance à une nationalité, parfois à deux ; à une religion, ou à aucune ; à un groupe ethnique ou linguistique ; à une famille plus ou moins élargie ; à une profession ; à une institution ; à un certain milieu social ... Et l'on peut allonger la liste qui est virtuellement illimitée ... On peut ressentir, en même temps, une appartenance plus ou moins forte à une province, à un village, à un quartier, à un clan, à un club sportif, à un syndicat, à une bande d'amis, à une entreprise, à une association, à une communauté dont les membres partagent une même passion, les mêmes préférences sexuelles, les mêmes handicaps physiques, ou sont confrontés aux mêmes nuisances .

Et que dire de ces accidents, heureux ou malheureux, de la vie, ces rencontres fortuites, qui soudain pèseront plus lourd dans notre sentiment d'identité que l'appartenance à un héritage millénaire ?

Et il faudrait soit faire rentrer toutes ces appartenances dans un seul moule soit en répudier le plus grand nombre pour n'en retenir qu'une " l'identité nationale " ? Mais dans quelle schizophrénie veut-on nous entraîner ? 

Si chacun des éléments ci-dessus peut se rencontrer chez un grand nombre d'individus, jamais on ne retrouve la même combinaison chez deux personnes différentes, et c'est cela qui fait la richesse de chacun, sa valeur propre .

Alors, en cette année 2017, refusons tous les discours des " réducteurs de têtes "  qui vont chercher à faire de nous des " morts-vivants " et sûrement pas des " citoyens " .

 

NB : d'après Amin Maalouf, " Les identités meurtrières ", chap.1, 1998, Ed . Grasset .

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 14:58
Dessin de l'illustrateur portugais : Vasco Gargalo / Cartoon Movement .

Dessin de l'illustrateur portugais : Vasco Gargalo / Cartoon Movement .

Réédition du billet paru le 22/02/2016 .

" Je sais par intuition, par l'exercice de la raison, par mon exigence morale, que tout homme a droit au travail, à l'alimentation, à la santé, au savoir, à la liberté et au bonheur " ( Jean Ziegler, l'Empire de la honte ) .

Dans les années 1780 et 1790, le café Procope, au coeur du quartier saint-Germain, était le lieu de prédilection des jeunes révolutionnaires . C'est là qu'ils tenaient leurs réunions et organisaient leurs fêtes . Benjamin Franklin, nouvel ambassadeur de la jeune république américaine y dînait de temps en temps . Un soir, un jeune avocat de 20 ans, Georges Danton, l'interpella bruyamment : " Le monde n'est qu'injustice et misère . Où est la sanction ? Votre déclaration (1) n'a, pour se faire respecter, aucun pouvoir, ni judiciaire ni militaire ... "

B. Franklin lui répondit : " Erreur ! Derrière cette déclaration, il est un pouvoir considérable, éternel : le pouvoir de la honte " .

(1) . Préambule de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis, du 4 juillet 1776 : " Nous tenons les vérités suivantes pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux en droit ; le Créateur leur a conféré des droits inaliénables dont les premiers sont : le droit à la vie, le droit à la liberté, le droit au bonheur ... " ) .

Dans leur for intérieur beaucoup d'Européens, parfaitement informés des souffrances des réfugiés du Moyen-Orient, ne supportent que difficilement leur complicité quotidienne objective avec " l'ordre cannibale " qui prévaut dans ce Moyen-orient martyrisé . Ils en éprouvent de la honte, même si elle est aussitôt cachée sous le manteau fallacieux de l'impuissance .

Le philosophe allemand Emmanuel Kant nous avait pourtant éclairés : le sentiment de honte provient du déshonneur . Il exprime la révolte devant une conduite, une situation, des actions, des intentions avilissantes, dégradantes, ignominieuses qui contredisent " l'honneur d'être un homme " . J'ai honte de l'insulte qui est faite à l'autre et qui, de ce fait, est infligée à mon propre honneur d'être un homme .

Le sentiment de honte est l'un des éléments constitutifs de la morale . Il est indissociable de la conscience de l'identité, elle-même constitutive de l'être humain . Je suis le spectateur de la souffrance infligée à un autre être humain, j'éprouve dans ma conscience douleur et compassion qui suscitent en moi un élan de sollicitude, lequel va se traduire en action .

Là réside la puissance du sentiment de honte, telle que l'envisageait B. Franklin . Mais une question surgit aussitôt . Si la conscience de l'identité habite tout être humain, comment se fait-il que les Européens demeurent immobiles et même se barricadent ou pire envisagent l'intervention d'une force armée agressive ( l'OTAN ) pour se protéger ? Se protéger de quoi ? Des aspirations élémentaires au bonheur de tout un peuple, valeurs dont eux-mêmes furent les porteurs pendant plus de deux siècles .

C'est parce qu'ils sont pris dans une contradiction fondamentale : " Etre un homme, rien qu'un homme " ou " céder " à la guerre économique enfantée par la mondialisation où la compassion devient faiblesse, les solidarités, des brèches à la concurrence sauvage, l'accueil de malheureux, un sacrifice .

" Toute honte bue " - magnifique expression populaire - l'Europe répond au malheur en décrétant l'état d'urgence : les Européens installent des régimes d'exception qui dérogent à la morale commune ; ils suspendent les droits humains fondamentaux, pourtant ratifiés par toutes les nations de la terre ; ils glissent sous le tapis les règles morales pourtant affirmées en démocratie et les sentiments ordinaires qu'ils réservent à leur seule famille .

L'horizon de l'Europe, aujourd'hui, c'est le déshonneur .

Et pourtant les solutions sont à notre portée, simples et même productives, positives, pour le continent, lui permettant de sortir par le haut de la crise provoquée par l'afflux massif - c'est vrai - de réfugiés . Rappelons que l'Europe a déjà surmonté des exodes de plus grande ampleur : l'Allemagne après la deuxième guerre mondiale, la France après la guerre d'Algérie .

Comment ces pays s'en sont-ils sortis ? La réponse ne doit pas faire peur : A crédit !

Le plan Marshall, dans le premier cas, a permis à des millions d'Allemands de l'est de se réfugier à l'ouest . Si on finance l'installation des réfugiés à crédit, les revenus du reste de la population ne diminuent pas et le volume global de l'activité augmente d'autant ...

Les réfugiés poseront d'autant moins de problèmes qu'ils seront accueillis généreusement : c'est en effet quand les revenus qu'on leur alloue sont trop faibles qu'ils représentent un danger de dumping social par le travail au noir . L'activité qu'ils engendrent, une fois installés, et cela peut aller vite si l'opération est bien menée, favorise le remboursement de l'endettement contracté, sans difficultés .

Accueillir décemment 2 millions de réfugiés, dont au moins la moitié rentreront chez eux, le conflit terminé, dans une Europe qui compte 510 millions d'habitants, cela coûte 30 Mds d'€ par an, soit 0,2% du PIB de l'Europe .

Est-il vraiment impossible pour l'Europe de s'endetter, à ce niveau, au moment où la Banque Centrale Européenne fait marcher la planche à billets, pour financer les banques, à hauteur de 60 Mds d'€ par mois ?

Il revient aux dirigeants européens de nous dire, dans les mois qui viennent, quel chemin ils auront choisi et aux citoyens de contraindre leurs dirigeants à agir, afin de ne pas avoir à partager avec eux le " déshonneur " de l'indifférence .

 

NB . Sources : " L'empire de la honte ", Jean Ziegler, 2005 : tribune de Pervenche Berès, Guillaume Duval, Yannick Jadot, " L'Europe peut accueillir dignement les réfugiés " .

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 15:43
De l' Utopie ...

      Article d'octobre 2011 : réédition .

 

                                                                               

 

  J'ai publié hier la lettre de V. Hugo à Lamartine où il explique au poète les raisons pour lesquelles il a écrit " Les Misérables " : certains commentaires, lapidaires et sentencieux, m'ont déçu , du style : " Utopie ! "

Aussi, je ne résiste pas au plaisir de partager trois définitions de l'Utopie . La première est donnée par le philosophe et sociologue Henri Lefèbvre. Dans une interview donnée sur Radio France à l'occasion de la sortie de son livre: " Hegel,Marx, Nietzsche ou le Royaume des Ombres", en 1972, il dit ceci: 

   Le journaliste: "Je ne voudrais pas vous vexer...mais on dit que vous êtes un utopiste..."

H.L. : " Au contraire...vous m'honorez...Je revendique cette qualité...Ceux qui pensent arrêter leur regard sur l'horizon et se bornent à regarder ce qu'on voit, ceux qui revendiquent le pragmatisme et tentent de faire seulement avec ce qu'on a, n'ont aucune chance de tenter le monde...Seuls ceux qui regardent vers ce qu'on ne voit pas, ceux qui regardent au-delà de l'horizon sont réalistes. Ceux-là ont une chance de changer le monde. L'Utopie c'est ce qui est  au-delà de l'horizon . Notre raison connaît ce que nous ne voulons pas, ce qu'il faut absolument changer... Mais ce qui doit venir, ce que nous voulons, le monde totalement autre, nouveau, seul notre regard intérieur, seule l'utopie en nous, nous le montrent..."

Citons encore Ernst Bloch, ( Geist der Utopie, 1923 ) : " L'homme est essentiellement un être non fini . L'Utopie habite son être le plus intime . Au moment de sa mort, chacun de nous aurait besoin de plus de vie encore pour en terminer avec la vie ...

   ... Ce surplus de vie , nous ne l'aurons évidemment pas sur cette terre . Que reste-t-il donc à faire ? Nous en remettre à l'utopie . Ou plus précisément au désir de tout autre qui habitera chacun de ceux qui viendront après nous ...

   Au moment de notre agonie, nous devons nous en remettre aux autres, aux survivants, à ceux qui viennent après nous - et ils sont des milliards - parce qu'eux seuls pourront achever notre vie non finie ..."

Enfin, rappelons ce magnifique paradoxe du grand écrivain argentin, et aveugle à l'âge de 55 ans, Jorge Luis Borges : " L'utopie n'est visible qu'à l'oeil intérieur ."

   Et Borges avertit  les accapareurs de tous poils : " L'utopie est une force dévastatrice, mais personne ne la voit . Elle est historique parce qu'elle fait l'histoire " .

   " Le temps est la substance dont je suis fait ...Le temps est un fleuve qui m'emporte, mais je suis ce fleuve ..." ( El Hacedor .1953 ) .

Toute la confusion vient de ce qu'il est difficile de ranger parmi les héros triomphants,  les porteurs d'utopie . Ils sont plus familiers de la guillotine, du bûcher, de l'échafaud ou des pelotons d'exécution que des meetings victorieux et des lendemains qui chantent . Et pourtant ! Sans eux, toute humanité, toute espérance, auraient disparu depuis longtemps de notre planète .

 

 

NOTE: cités par J.Ziegler dans" L'Empire de la Honte" .Fayard . 2005 .

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 14:52
Montbéliarde .

Montbéliarde .

" Je n'ai jamais vu autant d'enthousiasme que pour des causes bêtes " ( Henri de Montherlant, Malatesta ) .

Les scientifiques manquent parfois de coeur . Qu'est-ce qui leur a pris de publier à la veille des fêtes de Noël un rapport accablant sur les ruminants . Ces pauvres bêtes mettraient en danger l'avenir de l'Humanité . Enfin, il convient d'être précis : ce sont les " flatulences " de ces animaux qui constituent un danger pour l'Humanité .

Publiée à la mi-décembre, dans " Environmental Reaserch Letters ", une étude menée par 83 chercheurs de 15 pays différents confirme que les rejets de méthane dans l'atmosphère ont fait un bond spectaculaire ces dix dernières années . Or ce gaz à effet de serre est responsable pour 20% du réchauffement climatique, le reste provenant du CO2 . Et 60% des émissions de méthane proviennent de l'activité humaine : exploitation du charbon, du pétrole, traitement des déchets dont un bon quart est le fruit de l'agriculture et particulièrement des pets et des rots des vaches .

Bon, un philosophe humaniste vous dirait qu'un quart de 60% d'un petit 20%, ça ne constitue pas une contribution décisive au réchauffement climatique et que l'homme pourrait laisser péter les vaches tranquillement . 

Mais un scientifique, ça ne plaisante pas . La coordinatrice française de l'étude sur la hausse du méthane dans l'air, Mme Marielle Saunois, le dit tout net dans le journal du CNRS, à la date du 12 décembre : " On n'a pas encore réussi à identifier clairement une cause plutôt qu'une autre . Mais si l'on veut que les concentrations baissent, il va falloir agir sur tous les secteurs à la fois . Il existe ainsi des compléments alimentaires qui limitent les flatulences des bovins " . Pendant un instant, on se dit qu'on est peut-être sauvé !

Bien sûr, nos amis écologistes se sont emparés aussitôt de ce dossier vital dans une sorte d'affolement irrationnel : " Le problème n'est pas la vache isolée qui broute dans son pré normand ou montbéliard, mais les élevages de bovins en batterie qui deviennent des usines à méthane ... ", s'émeut Benoît Hartmann, membre de " France Nature Environnement ", dans " Le Parisien " du 12 décembre .

Le danger paraît plus circonscrit mais ce n'est qu'une illusion d'optique : ce n'est plus " la ferme des mille vaches " de la Somme qui nous menace, c'est " la ferme des cent mille pets " . Et là, reconnaissons que l'expression devient terrifiante . 

Evidemment, l'approche d'un tel thème, nous ramène logiquement à l'économie . Comment ne pas relier cette étude publiée en pleines réjouissances de fin d'année avec le manque de neige dans les stations de ski . Un scénario catastrophe de plus car ceux qui se lamentent sur l'absence de neige en plein mois de décembre n'ont pas encore vu arriver le pire .

Ne vaudrait-il pas mieux mettre fin à l'exploitation du charbon, énergie fossile la plus polluante, exploiter différemment le pétrole, mieux traiter nos déchets, plutôt que d'incriminer nos bovins qui n'en peuvent mais . On ne voit pas les maires des communes rurales, s'aligner sur Mme Hidalgo dans sa lutte contre las particules fines dans Paris, et n'autoriser les bovins à péter que les jours pairs en hiver, les jours impairs en été . 

Parce que au train où vont les choses, on nous dira bientôt qu'il faut réduire drastiquement le nombre de vaches sur la planète pour que des braves gens puissent continuer de skier à Noël .

Mais, car il y a un mais ! Qui dit moins de vaches dit moins de lait ; qui dit moins de lait, dit moins de " raclettes " . Alors, comme on le dit parfois en plaine qu'il faut choisir entre le dessert et le fromage, on exigera de l'intraitable skieur qu'il choisisse dans son forfait, le divin forfait, entre la " raclette " et " la descente aux flambeaux des pistes " .

Mais " l'hivernal estivant des estives " n'est pas encore prêt à un tel sacrifice .

 

NB : article du Canard Enchaîné du 28 décembre 2016, en " Une ", signé C.N. 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 13:46
Photo du site : " pleinchamp " .

Photo du site : " pleinchamp " .

Le dindon de la farce : pour expliquer l'origine de l'expression, restons simples . Pour être mangé le dindon doit d'abord être plumé et donc en argot dupé . Puis, comme on le sert le plus souvent farci, évoquer sa farce paraît évident . A quoi bon remonter " aux farces " du Moyen-Age alors que le dindon n'était pas connu en Europe .

Si les Américains avalent 45 millions de dindes pendant la fête nationale de " Thanksgiving " ( 4e dimanche de novembre ), c'est pour rendre hommage à cet étrange volatile qui a sauvé de la faim les premiers colons européens débarqués sur le continent nord-américain : une grosse poule exotique qu'ils goûtaient pour la première fois ... " 

La tradition veut que ce jour-là le Président des EEUU  gracie un de ces " Meleagris gallopavo " .

Depuis, les dindes exportées dans la vieille Europe ont prospéré et la dinde aux marrons est même devenue le plat préféré des Français pour le réveillon de Noël : à cette occasion, nous en avalons plus de 2 millions et sommes devenus le troisième plus gros amateur de la planète .

Le problème est que " la bonne grosse dinde fermière des fêtes n'est plus qu'une illusion " : 95% des " Meleagris gallopavo " que nous savourons sont d'origine industrielle .

Rappelons donc ce qu'est notre pauvre dinde standard . 

Les pauvres bêtes s'entassent à cinq par mètre carré, dans des bâtiments sans fenêtre qui peuvent contenir jusqu'à 7500 congénères, dans un air saturé d'ammoniac à cause des déjections au milieu duquel elles souffrent de problèmes respiratoires et de lésions cutanées .

Au bout de quelques semaines, les femelles partent pour l'abattoir et ne sont conservés que les mâles qui ont l'avantage de grossir plus vite pour une même quantité de granulés . Histoire de les rendre plus voraces on descend la température du poulailler à 15° C., le dindon ne prenant alors pas " plus de fesses " mais de la poitrine : les ingénieurs agronomes l'ont en effet sélectionné pour qu'on puisse tailler dans son poitrail " bodybuildé ", qui représente 70% de la valeur commerciale de l'animal, le maximum de filets et d'aiguillettes . 

Devenu obèse jusqu'à afficher 22 kilos sur la balance en fin d'engraissement, le dindon accumule boiteries et ulcères . Au bout de 22 semaines, c'est l'exécution . Le dindonneau est suspendu par les pattes, la tête en bas, plongée dans un bac d'eau électrifiée, puis décapité .

Assaillis par une indignation tout à fait justifiée, certains envisagent de se rabattre uniquement sur les marrons pour fêter Noël, afin de ne plus faire souffrir personne . C'est une réaction méritoire . Mais pendant combien de temps encore pourra-t-on se régaler avec nos châtaignes d'Ardèche, bien françaises ? Les larves d'une " micro-guêpe chinoise " ravagent depuis 2005 nos châtaigneraies déjà menacées par des cultures plus rentables comme la pomme de terre et les céréales . Aujourd'hui, la France ne produit plus que 6000 tonnes de châtaignes par an, sept fois moins que dans les années 1960 .

Le résultat est que nous importons de plus en plus de châtaignes de l'Empire du Milieu qui est devenu, en vingt ans, le premier producteur mondial de ce fruit .

En clair : " Après avoir été les dindons de la farce nous serons bientôt marrons " .

 

NB : Le Canard Enchaîné du 21 décembre 2016, " La dinde du Père Noêl " .

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 13:45
Un tueur contrarié .

" Un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence dans tous les cas où ils sont dans l'incapacité de se les procurer par le travail ... " ( Les jours heureux, Programme National de la Résistance, 15 mars 1944 ) .

F. Fillon est ce qu'on appelle dans le vocabulaire de la politique " un tueur ", mais un tueur contrarié parce qu'il n'a toujours été jusqu'à aujourd'hui, que le second de quelqu'un . Depuis la primaire de la droite il a compris qu'il tenait enfin la hache par le manche ce qui le rend encore plus dangereux . Le pseudo " gaulliste social " , qu'il ne fut jamais, se lâche, se voyant en " nettoyeur " des filets sociaux et de l'assistance .

Qui se souvient que, entre 2002 et 2004, il fut le Ministre des Affaires Sociales, du Travail et de la Solidarité, qu'il se lança alors dans de grands travaux de démolition du modèle social au point que le Président Chirac et le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin durent stopper ses ardeurs et l'empêcher d'en faire trop .

A peine arrivé Rue de Grenelle, d-s le 30 juillet 2002, il commence par supprimer les emplois-jeunes créés avec succès par Martine Aubry en 1997 : 380 000 personnes concernées .

Un mois plus tard, le 5 septembre, il publie une circulaire réduisant de manière drastique les aides de l'Etat aux Contrats- emploi- solidarité ( CES ), ces contrats aidés  qui permettaient aux plus fragiles, jeunes en difficultés, chômeurs longue durée, travailleurs handicapés d'avoir un emploi  à temps partiel payé au taux horaire du SMIC dans le secteur public ou associatif ( 260 000 emplois ), tétanisant par cette mesure, le monde associatif, les grandes fédérations de ce secteur découvrant, à cette occasion,  avec effroi la doctrine du ministre : la valorisation du travail ne peut se faire que par le secteur privé et les filets sociaux doivent être remis en question .

Le 30 décembre 2003, un décret de ce ministre limite à deux ans le versement de l'Allocation de Solidarité Spécifique ( ASS ) aide créée en 1984, pour les personnes au chômage mais en fin de droit ( 370 000 personnes touchées ) . C'est un tollé tant à l'Assemblée Nationale qu'au sein des syndicats : J. Chirac demande alors au gouvernement, le 1er avril 2004, de suspendre la réforme .

Citons aussi à l'actif de cet homme si imprégné de justice sociale, la remise en question des 35 heures par le biais du désencadrement du nombre d'heures supplémentaires imposables au salarié ( décret du 15 octobre 2002 et Loi Fillon du 17 janvier 2003 ) .

Ce bon chrétien, n'hésite pas, toujours par Décret du 28 mars 2003, à réduire le montant de l' Allocation personnalisée d'autonomie ( APA ) réservée aux personnes âgées dépendantes .

F. Fillon va faire même preuve d'audace et ouvrir la voie à la trop célèbre Loi El Khomri : par la Loi du 4 mai 2004, il ouvre une première brèche dans la hiérarchie des normes, autorisant des accords d'entreprise moins favorables que les accords de branche, dans certains cas .

Cependant la gloire - à droite - pour son action volontariste, il va la retirer de sa grande réforme des retraites du 21 août 2003, dont il se montre très fier, chaque fois qu'on lui en donne l'occasion avec l'augmentation de la durée des cotisations . 

Mais il veut aller si loin que les travailleurs sont dans la rue, cela dure un mois parce que le ministre refuse de lâcher, comptant faire céder les centrales syndicales pour mieux les liquider . Fatigué, Jean-Pierre Raffarin reprend la main et signe subrepticement un accord à part avec la CFDT ( déjà ), le 15 mai 2003 .

La vigilance est donc de rigueur . L'homme, en second couteau, a accumulé trop de frustrations pour ne pas vouloir aller, cette fois,  jusqu'au bout de son grand dessein de " dévastation sociale " .

 

NB : Le Canard Enchaîné du 21 décembre 2016 . " Fillon entrepreneur en démolition " .

 

 

 

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 14:25
Avant que tout ne se termine ainsi .

Avant que tout ne se termine ainsi .

" Bénis soient ceux qui disent " Non " car le Royaume de la Terre leur appartient ... Le Royaume de la Terre appartient à ceux qui ont le talent de mettre le " Non " au service du " Oui " . ( José Saramago : " Histoire du siège de Lisbonne " ) .

" Hurlons, dit le chien ! Ce chien, c'est vous, c'est moi, c'est nous tous . Jusqu'à maintenant nous avons parlé, nous nous sommes exprimés sur de multiples sujets, sans être véritablement entendus . C'est pourquoi il nous faut, maintenant, hausser le ton . Oui, je crois que le temps du hurlement est venu ", ( José Saramago, Prix Nobel de Littérature,en 1998 ) .

Alors que nous nous préparons à entrer dans une période électorale où l'on assiste à une espèce de " chasse aux esprits insoumis " dans laquelle les uns les insultent ( les médias ), les autres essaient de les détourner vers le rejet de " l'autre " ( le FN ), d'autres encore essaient de les récupérer en jouant sur une sorte d'amnésie générale ( les socialistes et Macron ), la lecture du livre, " La Lucidité ", ( 2007, Ed. Points ) de l'écrivain portugais José Saramago, s'avère d'une incroyable actualité . Un livre - en forme de fable -  de colère et de dénonciation d'un système démocratique que l'écrivain juge dévoyé .

Tout débute dans la capitale d'un pays imaginaire . Une épidémie semble toucher la ville au soir d'une élection municipale : les résultats officiels affichent 70% de votes blancs et toute la classe politique se trouve partagée entre stupéfaction et incompréhension . Immédiatement, le Premier Ministre réagit ordonnant de nouvelles élections . Malgré les appels à la raison relayés par tous les médias, le dimanche suivant, la sanction tombe : cette fois, c'est 80% de votes blancs qui sont enregistrés .

Face à ce coup brutal porté à " la normalité démocratique " le gouvernement ébauche des hypothèses : terrorisme, conspiration intérieure et décrète l'état d'exception . Censure, infiltration de prétendus réseaux " blanchards " , arrestations, interrogatoires, rien n'y fait . La population murée dans le silence, sûre de son bon droit civique, se met à arborer des badges " rouges et noirs " où il est écrit : " Je vote blanc " .

Irrité, le gouvernement instaure alors " l'état de siège " puis paniqué plie bagage à la faveur de la nuit . Pour endiguer " la peste blanche " un cordon sanitaire est placé autour de la ville scélérate qui ne sombre pas dans le chaos, malgré toutes les tentatives de déstabilisation du gouvernement : grèves, attentats, désinformation ...

L'arrivée d'une lettre anonyme désignant une femme comme cerveau des " blanchards " va précipiter le dénouement ... ( Réf . Le Monde, Livres ) .

J'aime la leçon que nous donne l'écrivain à travers l'image qu'il affectionne, celle de la statue et la pierre . " La statue est la surface et la pierre, la matière . Trop longtemps, je n'ai fait que décrire la surface de la statue . Avec mes deux livres " L'Aveuglement " et " La Lucidité ", je suis passé à l'intérieur de la statue, là où la pierre ne sait pas qu'elle est statue, et donc apparence, mais où se trouve, ce que nous devons atteindre, " la révolte " .

" Le regard ne fait que passer à la surface des choses . Il faut donc s'arrêter un peu, s'asseoir, faire silence, réfléchir et pas seulement sur les conséquences de notre aveuglement . Il nous faut saisir les causes ... ", déclare encore José Saramago .

La lecture de ce roman se révèle indispensable à la veille d'une situation qui attend les Français : au soir du 1er tour de l'élection présidentielle, un duel,  François Fillon, exécuteur des hautes oeuvres d'une protection sociale honnie du patronat, et Marine Le Pen, grande prêtresse de la haine et de la liquidation de tout ce qui est culture et assistance aux plus démunis .

Qui chez les humanistes, les gens de gauche, la vraie, les démocrates, les esprits ouverts, pourra se résoudre à faire un choix entre la peste et le choléra, entre Charybde et Scylla, entre un ange déchu et Satan ?

Et pourtant, il faudra se rendre aux urnes . Oui ! Se rendre aux urnes, mais pour y dire " Non ", par un vote blanc massif, lisible, à l'inverse d'une abstention à laquelle on peut faire dire n'importe quoi, vote blanc qui rendra l'élection de Fillon, ou celle de Le Pen, illégitime, totalement illégitime . 

Le vote blanc : un outil pour dire à ceux qui nous gouvernent que nous n'entrons plus dans leur jeu parce que les " causes " de nos malheurs nous sont connues : " Eux " !

 

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