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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 14:04

PAIN-ET-SAUCISSON.jpg

 

 

 

" Les idées ne sont pas des peintures muettes sur un tableau, elles enveloppent une certitude qui est quelque chose d'entièrement positif " . ( Spinoza . L'ethique ) .

 ( Illustration : monartemoi.artblog.fr )  .

 

   " Le hollandisme est une entreprise de rectification de la politique, continuée, et sans précédent " . ( Expression empruntée à l'économiste Frédéric Lordon, à propos de l'historien Pierre Rosanvallon et son initiative " Le Parlement des invisibles " ) .

   Comprenons-nous bien : loin de moi l'idée de prétendre que le " hollandisme " serait une sorte de " nature morte " de la politique, qui ne dirait plus rien, qui aurait perdu tout sens, qui n'aurait plus aucun message à délivrer ; pire encore, que ce serait , dans les catégories de natures mortes, " une vanité ", ces compositions allégoriques qui suggèrent que l'existence terrestre est vaine, vide, la vie humaine précaire et de peu d'importance ...

   Nous n'en sommes pas là !

   Le " hollandisme " n'est pas muet, au contraire, je dirai même qu'il affectionne les discours, mais attention, les discours " enveloppes " . C'est à dire, non pas le discours qui porte " une certitude ", mais le discours qui détourne de son véritable objet .

   Le " hollandisme " n'est pas la fâmeuse " boîte à outils " du Président, qu'il nous mit sur la table au printemps 2013 , non, le " hollandisme " est une machine-outil, une " rectifieuse ", cette machine munie d'une meule qui a pour tache de produire une pièce dotée d'une surface parfaite aprés usinage par une fraiseuse ou un tour .

  Le " hollandisme " s'attache à faire disparaître aspérités, bosses et égratignures, mais aussi liens, liaisons et causalités,  pour offrir la surface politique la plus lisse qui se puisse trouver .

   L'entreprise de rectification s'est donc donnée pour mission de retirer de tous les rapports de production ce qu'ils ont d'humain, de vivant, de conflictuel, pour en faire des abstractions, isolées, comme elles peuvent l'être dans la conscience ordinaire, sans aucun travail de " fabrication politique " qui consiste - et ce depuis deux siècles -  en un effort de liaison : " rapporter des communautés d'expérience à des communautés de position, ou de situation, des souffrances à des mécanismes, des effets à des causes " ( Frédéric Lordon ) .

   Vous chercherez en vain, dans tous les discours de F. Hollande, les mots de peuple, de travailleurs, d'ouvriers, ( il ne connaît pas ), de chômeurs . Il ne connaît que la courbe du chômage, le taux de croissance et les excédents commerciaux .

   Et mieux que tout, " l'entreprise " !

 

   " L'entreprise " ! Pas l'entreprise concrète, réelle, faite d'hommes et de femmes, aux intérêts contradictoires, bâtie sur le conflit, la lutte, la revendication, la souffrance, le profit,  toutes choses plus humaines les unes que les autres . Non ! Pas de ça, chez nous, clame-t-on en " Hollandie " !

   Non ! Mais l'entreprise " abstraite ", vide, irénique - les excés en sont bannis - , l'entreprise créatrice de croissance, de bien-être, de bonheur, mais sans ses producteurs, sans la force de travail d'ouvriers et de techniciens, sans personne . Pardon ! Si, il y a quelqu'un, le chef d'entreprise : M. Gattaz ! Tout seul ? Pas tout à fait, il a derrière lui une petite troupe d'actionnaires, les dieux du monde moderne .

   Dans les années 1990, certains ont voulu inventer " l'industrie sans usines " ; le hollandisme s'essaie à une autre gageure : l'entreprise sans producteurs .

   Et pourquoi pas, puisque en " Hollandie " on ne connaît que les variations saisonnières des courbes et des statistiques ?

   Il y a cinquante ans, quand on se chauffait encore au charbon, il était difficile de cacher à ceux de la surface que leur bien-être avait un prix : l'atrocité des conditions de travail dans les mines . Il était encore plus difficile, lorsque ces mineurs se mettaient en grève, d'organiser des " micro-trottoirs, où l'on met en scène des consommateurs outrés d'être pris en otage, de voir leur vie de famille ou leur départ en vacances perturbé par des irresponsables .

   Les politiques de gauche, d'alors, s'attachaient à " faire tenir ensemble " , selon le mot d'Orwell, les contre-parties de l'exploitation capitaliste : la satisfaction tranquille des uns et les profits,  ont pour pendant la peine et la fatigue des autres .

   Le discours de la " hollandie " n'est plus rien " qu'un néant de causalité où on abandonne les vies des travailleurs " ( F. Lordon ), réduites à un bout de saucisse, un morceau de pain et un verre de vin blanc duralex .

 

   Ce faisant, les tenants du " hollandisme " prennent le risque du ridicule au-delà de toute mesure, le ridicule d'être les derniers à accepter de parler de ce dont tout le monde réclame qu'on parle, la crise financière, la crise européenne, la brutalisation croissante des rapports économiques .

 

 

   NB : à partir de l'article de F. Lordon, " les évitements visibles du parlement des invisibles ", le Monde Diplomatique du 7 février 2014 .


  

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Published by regain2012
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