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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 16:30

       Article de décembre 2011: réédition .

 

"L'égalité des fortunes est une chimère...Je ne veux pas toucher à vos trésors." ( Discours de Robespierre devant la Convention, en Avril 1793.) Les profiteurs habiles, les spéculateurs, les nouveaux riches qui ont su se servir des bouleversements révolutionnaires, respirent. Le révolutionnaire intransigeant a cédé devant le mur de l'argent. (Rapporté par J.Ziegler, dans son livre: L'Empire de la Honte.)

 

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   Il est vrai qu'envisager un ordre socialiste n'est pas chose simple. L'homme politique qui a le mieux explicité cela, c'est l'Italien Saverio Merlino:" Il faut renoncer aux solutions uniques, aux systèmes faits tout d'une pièce. L'organisation politique de la Société Socialiste ne sera ni un gouvernement de Majorité, ni un gouvernement d'experts, ni un gouvernement direct, ni un gouvernement représentatif. Ce sera nécessairement un système mixte...Et l'efficacité des combinaisons dépendra de la puissance du sentiment public et de l'ensemble des rapports sociaux..." C'est bien complexe!

   Et c'est pourquoi je disais hier que la pensée de l'économiste Hongrois Karl Polanyi allait nous être particulièrement utile, en ces temps où la folie financière du néo-capitalisme apparaît dans toute son horreur, et surtout au moment où les Peuples voient clairement les dégâts et comprennent qu'il faut sortir de cette folie au plus vite.

   Je veux vous citer, au passage, encore une horreur de ce système. La Chine est engagée dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Le protocole de Tokyo, a prévu que les entreprises qui réduisent leurs émanations, perçoivent des droits à polluer, qu'elles peuvent revendre. L'ONU a découvert, qu'en Chine, sept usines se consacrent uniquement à produire un gaz trés polluant, et même toxique, mais qu'elles emprisonnent, touchant ainsi, ces droits: 5 Mds de dollars, en six ans. Les Chinois menacent, si on les embête, de lâcher ce gaz dans l'atmosphère. ( cité par Marianne, No 763.)

   Il est là, notre système, même une initiative positive est contournée, pour inventer le pire, puisqu'il y a de l'argent à gagner. Bon, mais cela nous le savons . L'essentiel, aujourd'hui, est de voir ce que nous voulons mettre à la place.

 

   Avec Polanyi, je propose clairement le Socialisme démocratique.

   

   Polanyi a observé la naissance du capitalisme anglais des XVIIe et XVIIIe siècles, et il a été frappé par une interrogation qui traversait les mileux économiques britanniques, à savoir, pourquoi alors que le pays s'enrichissait, grâce à l'industrie et au commerce qui commence à se mondialiser, le peuple tombe dans la pauvreté et la misère. Il constate surtout que les économistes tels Adam Smith ou Ricardo  explicitent leurs théories libérales et libre-échangistes, sans avoir compris cette contradiction.

   Polanyi a compris lui, mais deux siècles plus tard, que l'enrichissement d'un pays, ce n'est rien d'autre que l'enrichissement de ceux qui possèdent les moyens de production, et que cet enrichissement ne peut se faire que sur le dos de ceux qui travaillent, en pesant sur les salaires, en jouant sur le chômage, en faisant prendre, parfois, une partie du salaire par la collectivité. Ce furent, un temps, les Paroisses, qui assurèrent la prise en charge des sans-emplois ou des Indigents.

   Polanyi se moquait quand on lui avançait que les réponses se trouvaient dans une coopération Capital-Travail, ou que la richesse générale conduirait par une loi naturelle à la prospérité de tous, ou que la socialisation des moyens de production était un leurre.

   Polanyi condamnait le dogme de l'économie souveraine, au-dessus du politique; il condamnait le dogme de l'économie comme science, et particulièrement comme science des comportements humains. Il apportait une explication trés pertinente: l'économie, éthymologiquement, fait partie de notre environnement, elle est un eco-système comme un autre, elle fait partie de notre environnement, mais elle n'en est pas le centre. Pour lui l'être humain est , d'abord et avant tout, un être social, qui n'existe que dans des relations sociales, que par rapport à autrui, et certainement pas dans l' enfermement  d'une catégorie économique.


   C'est pourquoi, il disait que l'économie avait été "désencastrée" du milieu social pour vivre sa propre vie, d'où les dérives constatées dont les fascismes, dont il vit la montée dans les années trente, et qu'il était urgent de la "réencastrer" dans le monde social, dont le centre serait l'homme.

 

   C'est le processus de 'réencastrement" qu'il va désigner comme Socialisme démocratique, et que je fais mien.

 Fondamentalement, il pose trois postulats incontournables:

  - La Nature en ce qu'elle est  le milieu qui nous fait vivre, et en premier la terre, doit être tenue à l'écart de toute activité marchande, donc spéculative. Quand on pense aux centaines de milliers d'hectares achetés par les Chinois ou les Européens, en Afrique, pour nourrir leur propre population pour les uns, ou cultiver des tulipes pour les autres- je l'ai vu- au détriment des cultures vivrières locales.

  - Le travail humain, s'il n'est que la vente de ses bras parce qu'on ne possède rien, et qu'on appelle "salaire", est contradictoire avec la dignité humaine, et ne saurait être établi par le patron, arbitrairement, mais par la collectivité. Et il peut revêtir plusieurs formes.

   - L'argent monnaie, en tant qu'outil de développement de l'homme et support de son existence, instrument facilitateur des échanges, n'a pas à devenir une propriété privée. Il doit être maintenu en dehors de toute sphère spéculative.

   -Personnellement, et pour les mêmes considérations, j'ajoute l'eau, qui n'a pas à servir les bénéfices d'entreprises privées.

 

   Pour assurer le succés de ces objectifs, Polanyi, propose le système politique suivant:


  - Une République Parlementaire, pluraliste- ni dictature d'un parti, ni pouvoir d'un seul homme- et tricamériste, afin que le politique ait toujours le dessus sur l'économique. Dans les deux premières chambres, l'élection se ferait évidemment au Suffrage Universel, et au scrutin proportionnel. Avec , pour promouvoir le plus de citoyens possibles, à la participation aux affaires, l'interdiction absolue du cumul des mandats, et pas plus d'un seul renouvellement, afin de mettre fin au clientélisme qui est le pire ennemi du socialisme.

   

Personnellement, je crois que chez nous ce ne serait pas compliqué: nous l'avons cette troisième chambre, c'est le Conseil Economique Social et Environnemental. Simplement, il faut qu'il cesse d'être l'assemblée où l'on recycle les anciens ministres et les" copains"; qu'il soit la représentation réelle du monde économique, syndicats, organisations patronales, associations de consommateurs ou de défense de l'environnement,  ONG, économistes bien sûr, avec des pouvoirs plus étendus: sur le contrôle des prix, des salaires, sur le respect des négociations sociales, sur le fonctionnement des Comités d'entreprise, pouvoirs disciplinaires éventuellement, mais agissant sous l'autorité des chambres politiques.

 

   Comme  Polanyi, je considère que pour protéger la dignité humaine et empêcher que la majorité du peuple ne tombe dans la misère alors que d'autres se goinfrent, il faut procéder à la socialisation d'une partie du système bancaire et économique.

   Il faut un secteur bancaire public puissant, apte à soutenir les investissements des PME, vraies sources d'emploi, et à nous protéger de la spéculation.

   Il faut un secteur industriel public , puissant, notamment pour ce qui touche à l'énergie et aux transports, piliers de notre indépendance.

 

   La vie quotidienne s'appuierait sur un réseau d'associations trés dense, sur un réseau de coopératives dynamiques, de mutuelles à but non lucratif, soutenues par les diverses collectivités territoriales, à qui il serait donné plus d'autonomie et des domaines d'intervention plus étendus.

   Il manque beaucoup de choses à ce projet, mais déjà, la spéculation serait contenue, le politique remis à sa place, la première, et l'économie à la sienne, comme environnement et non comme fin.

 

   Cette esquisse,  je suis fort tenté de l'appeler : socialisme démocratique . C'est à dire un socialisme pluraliste, parlementaire, décentralisé, associatif et participatif.

 

   NOTE: (1) Le titre est emprunté à un dossier du magazine Marianne, No 763.

                     Les analyses de Polanyi , sur le développement de l'industrialisation, sont empruntées au site Wikipedia.org/wiki/La Grande Transformation 

                     Les analyses sur le socialisme démocratique de Polanyi, sont inspirées du site laviedesidees.fr

 

  

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Published by regain2012 - dans Politique
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commentaires

schmilblickmomo2 31/08/2015 18:52

Pour qu'un socialisme démocratique participatif non égocentrique devienne effectif, il faudrait que tous ceux qui veulent s'y engager comprennent vraiment les intérêts communs et le sens de l'humanisme : ne pas faire aux autres ce que l'on ne peut pas soi-même supporter.

best web startup 20/06/2014 08:50

The political system that is being implemented now requires a modification at the earliest. You keeps on following the conventional system for a long period and time has come for a change. Change is essential in every part of life and I think a new system is very much necessary.

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