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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:03

" La difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d'échapper aux idées anciennes " . ( J. M. Keynes ) . ( Cité par Jack Dion, Marianne No 812 ) .

 ( Illustration : photo de mycheledaniauafp.com ) .

 

 

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   Puisque j'ai choisi d'aborder tous les problèmes sous l'angle de la raison, en bannissant l'émotionnel, je me dois de commencer par disséquer l'expression la plus à la mode, aujourd'hui, et la moins rationnelle qui soit : " le coût du travail " . Eh ! oui . Pour les évêques médiatiques, pour les politiques, pour les hommes d'affaires, bientôt , s'ils n'y prennent garde, pour les travailleurs, le travail coûte de l'argent à celui qui en offre .

   Il s'agit là d'un " renversement " du sens d'un concept totalement " renversant ."

   Nous avons vécu deux siècles sur une base théorique, non contestée, que le prolétaire, n'avait aucun patrimoine, mais possédait un savoir faire manuel ou intellectuel, une énergie physique et mentale, qu'on appelait sa force de travail . Dans le système capitaliste, le prolétaire vend sa force de travail à celui qui possède les moyens de production, pour vivre et faire vivre sa famille, unité qui concourt à maintenir sa force de travail .

   Dés les débuts du capitalisme, la rémunération de la  " force de travail " fut parfaitement définie et circonscrite - comme l'a montré Marx - à un minimum minimorum : on rémunère le travailleur pour qu'il puisse manger, se loger, se vêtir,  et nourrir ses enfants, futures forces productives . L'objectif étant qu'il ne s'use pas trop vite à la tâche et reste productif assez longtemps .

   Ce contrat a donné naissance à la paye, ou au salaire , c'est comme on veut !


   Aprés les grands conflits du XXe siècle et à cause de la menace communiste, la deuxième moitié du XXe s. vit s'élargir le concept de renouvellement de cette force de travail à la santé et même à une " protection du vieux travailleur ", la retraite, par un système de côtisations retenues à la source, considérées comme un " salaire indirect ", et donc intégrées au même concept, de renouvellement de la force de travail .

   Patience ! La boucle n'est pas bouclée ! Le travailleur a vendu sa force de travail pour fabriquer  un bien matériel : objet ou service .  Ce bien matériel en soi n'a aucune valeur . Il a donc eu un coût, pour l'entrepreneur . Oui, mais attention . L'entrepreneur va le mettre sur le marché, c'est à dire le transformer en marchandise, pour se payer, rentabiliser son capital et le faire fructifier pour en élargir la rentabilité . Il va donc fixer à ce bien matériel un prix selon un calcul simple : matières  premières, frais de production, salaires, impôts et sa plus-value . Ce que lui tient à gagner : en règle générale un maximum .

   Ces constats étant faits, on peut se poser les bonnes questions, les questions raisonnables !

 

   Dans le processus de fabrication, l'intervention de la force de travail du salarié peut-elle être considérée comme un coût ou comme l'étape indispensable de la naissance d'un bien . Sans l'intervention de la force de travail, il n'y a pas de bien . Donc, le concept de travail est d'une autre nature , il est l'action  sans laquelle il n'y a pas de bien, donc de marchandise, donc de plus-value capitaliste , par conséquent pas de capital .

   Et si sans l'action du travailleur il ne saurait y avoir naissance du capital, c'est que le capital est consubstantiellement partie du travail et ne saurait donc constituer un coût .

   Le travail crée le capital , telle est la réalité .

 

   On peut dire autre chose, aux mitrés médiatiques . Si le travail a un coût, si les côtisations sociales sont une charge,  jusqu'où peut nous conduire cette logique ?

   Pour le capitaliste, dont la seule raison d'être est le niveau de sa plus-value, le coût du travail sera toujours trop élevé, il faudra donc continuellement l'abaisser et quel peut-être le terme de cette course au moindre coût ? L'absence totale de coût . Et cela porte un nom : l'esclavage !

 

   Hier,  F. Hollande tenait sa première conférence de presse . En termes de communication, d'affirmation de son autorité, de description du cap qu'il s'est fixé, je l'ai trouvé plutôt à l'aise .

   Sauf que la nature du cap qu'il s'est donné ne peut que m'inquiéter . Il reprend, à son tour, l'antienne du " coût du travail ", il la fait sienne sous le vocable de " compétitivité des entreprises ", et l'annonce de nouvelles mesures d'exonérations de " charges " pour les entreprises, trés importantes déjà , confirme qu'il a cédé à la pensée dominante et aux milieux d'affaires .

   La baisse des coûts salariaux et sociaux est à l'oeuvre depuis quinze ans, dans notre pays, et l'on ne peut pas dire qu'elle a changé quoi que ce soit à la situation catastrophique de l'emploi . La raison en est simple . A notre baisse des coûts les concurrents allemands et européens répondent aussitôt par une augmentation de leur productivité et une meilleure qualité-prix de leurs produits . C'est une course sans fin . Parfois d'une perversité renversante .

   Un récent documentaire télévisé nous a montré à l'oeuvre des rabatteurs d'entreprises allemandes, courant l'Espagne pour y recruter les jeunes ingénieurs sans emploi . Le cynisme élevé en loi naturelle .

   Le cap fixé par F. Hollande nous conduit à plus de chômage, à plus d'austérité, à moins de solidarité .

 

   " Pourquoi n'entend-on jamais, et pourtant la raison voudrait qu'on abordât aussi les problèmes de ce côté là de la crise : le coût des dividendes, le coût de la rente, le coût des délocalisations, le coût de la fuite des capitaux, le coût des placements financiers, le coût des niches fiscales ? " ( Jack Dion . Marianne No 812 . Les dévôts de la pensée mythique .)

   

 

   

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Published by regain2012 - dans Economie
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