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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 14:32

" Le discours dominant a pour fonction première d'orienter une action et de maintenir la cohésion des exécutants en renforçant,  par la réaffirmation rituelle, la croyance du groupe dans la légitimité et la nécessité de son action ."  ( La production de l'idéologie dominante . 1976 . Pierre Bourdieu et Luc  Boltanski . Cités par  Arnaud Esquerre sur : http://www.espacestemps.net/  ) .

  "Le discours dominant n'exclut ni les divergences, ni les discordances, c'est son efficacité symbolique,  mais il refuse les modes de pensée les plus visiblement associés aux extrêmes ." 

   Le titre est emprunté au livre de Luc Boltanski :" Rendre la réalité inacceptable". Ed. Demopolis . 2008 .( Cité par Arnaud Esquerre : espacestemps .)

 ( Illustration : exposition.bnf.fr ) . L'Assomoir de Zola .imagesCA92JNFD-copie-1.jpg

 

   Je suis un fidèle lecteur des éditoriaux d'un grand journaliste, Jacques Julliard, dont je voudrais que les stars médiatiques auto-proclamées qui hantent les plateaux télévisés s'inspirassent, en termes de professionnalisme, d'authenticité et d'intelligence .

   Cependant , l'éditorial qu'il a écrit dans le magazine Marianne No 774 du 18 au 24 février : A quoi sert Mélenchon ? m'a interpellé . Non le fond de l'article, qui montre la place, à la fois symbolique et importante,  que la candidature de J.L.Mélenchon occupe dans le débat des présidentielles, mais la conclusion que le journaliste en tire . Le temps n'étant plus aux révolutions, dit-il, prôner la rupture avec le capitalisme est insensé .

   Par conséquent il faudrait prendre acte, pour ces dernières décennies, de deux défaites : celle de la droite, défaite morale ;  celle de l'extrême gauche , défaite de la pensée . 

 

   Je ne peux partager une telle conclusion . Il ne peut pas y avoir une défaite morale de la droite ; il y a le passage au cours des trente dernières années à un capitalisme financiarisé, dérégulé, sauvage, auquel chercher à attribuer de quelconques valeurs morales relèverait de l'imposture, puisque sa nature même est l'absence de morale . Nous l'avons assez dit dans les articles précédents pour ne pas y revenir .

   Il n'y a pas de défaite de la pensée à l'extrême gauche, cher monsieur Julliard . Mais peut-être faut-il commencer par clarifier certains termes . Jean Luc Mélenchon ne se réclame pas de l'extrême gauche, espace qu'il laisse aux trotzkystes ; J.L. Mélenchon se positionne à la place qu'occupa pendant trés longtemps un Parti Socialiste, anticapitaliste, sa référence est le Programme du Conseil National de la Résistance . Je n'ai entendu, à aucun moment, dans son discours,  l'appel à des soviets d'ouvriers ou de paysans, au lendemain de l'élection présidentielle .

   En fait, si défaite de la pensée, il y a , elle doit être cherchée, dans la partie social-démocrate du PS, incarnée par D. Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Martine Aubry , François Hollande évidemment, Jacques Delors et tous les autres "éléphants" du PS, tous convertis au néo-libéralisme, aprés la chute du bloc soviétique, avec une circonstance atténuante, que je veux bien leur concéder, ils n'avaient pas vu le diable qui se cachait dans les draps de cette machine à s'enrichir, tant ils étaient heureux de la chute de leur ennemi héréditaire : les communistes .

   En fait, la social- démocratie a choisi , dans les années 1980, de s'associer au chant des sirènes néo-libérales, parce que cela faisait trés moderne, ne parlait-on pas alors de la fin de l'Histoire ;  parce que cela lui  permettait de prendre ses distances d'avec ses alliances républicaines passées ; parce qu'elle voyait se dessiner le spectacle d'alternances du pouvoir , à l'américaine, aussi favorable au Parti qu'à la satisfaction des ambitions personnelles d'apparatchiks .

   Et là, cher monsieur Julliard, se joue une partie trés importante, pour le journaliste, le sociologue, le politologue : " repérer dans l'intersection du champ intellectuel et du champ du pouvoir les lieux où la parole devient pouvoir" comme le dit Boltanski, car cela est connu depuis l'antiquité, le pouvoir passe par le langage, car " les rapports de force s'engagent par des énoncés" .

   A mon sens, la bonne question n'est pas celle de la défaite d'une pensée, mais comment la peau d'une pensée a pu se substituer à la peau d'une autre pensée .

   Cela s'est produit quand le discours dominant a, rebondissant sur la chute de l'URSS, affiché le grand concept de la fin de l'histoire, de la fin du concept hégelien du progrés de l'histoire, du concept d'un capitalisme, stade supérieur de l'humanité .

   Pour faire passer cette vision de l'histoire, les " Initiés", ont joué trés finement : les " grandes orgues", sur l'individualisme, porté par un discours sur les droits de l'homme, donc les droits individuels, la diabolisation du groupe castrateur, de la solidarité,  des classes sociales, donc de la lutte des classes - il n'y avait plus d'ouvriers dans les années 1990 - .

   Par contre l'adoration du mérite personnel, de la réussite individuelle, de la compétition allait bon train .

   Qu'est-ce que je veux dire ? Non, il n'y a pas eu défaite de la pensée ! Nous avons assisté " à la conversion de la gauche social-démocrate à une conception bourgeoise et droitière du monde social ", ( Didier Eribon, http://www.didiereribon.blogspot.com/2012/ ) . C'est à dire l'adhésion de cette gauche-droitière à une pensée individualiste, une pensée des bons sentiments,  à une pensée de " l'autonomie de l'individu", de la responsabilité de l'individu, dans son parcours personnel, qui suppose de facto une adhésion au libre-échange, et surtout un rejet inconditionnel de tout déterminisme social .

   Refuser tout déterminisme social, toute idée de reproduction sociale des inégalités c'est, sans aucun sas, entrer dans une pensée d'où sont absentes" toute idée de domination, toute idée d'oppression, toute idée de conflictualité, toute idée de lutte des classes ."" D. Eribon ) . A un moment où le système financier fait tout pour relancer cette lutte des classes .

   Non ! je ne crois pas à une défaite de la pensée, dans la vraie gauche, celle qui sait que le déterminisme social, la reproduction des rapports  sociaux sont plus acérés que jamais .

   On n'a pas fait tout dire à la Réflexion de Bourdieu ;  on a à revisiter Marx et ses vrais interprètes ; on a à refaire parler les lettres de prison de Gramsci ; on a à nous expliquer pourquoi Deleuze et Derrida n'ont jamais été au programme de Sciences PO , alors qu'on y a  trouvé  Brasillach et tous les écrivains catholiques du XXe siècle, pendant des décennies .

   Je vous pose une question,  toute révérence gardée, monsieur Julliard : le couvreur Coupeau, dans l'Assomoir de Zola, ( voir l'illustration ), tombe-t-il du toit parce qu'il lisait la Déclaration des Droits de l'Homme, ou pour ne pas s'être attaché, parce que la sécurité représentait une perte d'argent pour lui ?

   Allons !  J.L. Mélenchon sait une chose : la pensée de gauche, c'est d'amener les travailleurs à se saisir d'un constat : la réalité que leur fabrique le système financier et ses affidés est une réalité inacceptable .

 

   


   

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Published by regain2012 - dans Société
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