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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 14:09

"  Je suis partagé entre deux ambitions, celle de la construction de l'Europe et celle de la justice sociale ." ( F. Mitterrand , 1983 . D'aprés Jacques Attali dans son livre Verbatim ) .

 ( Illustration : hervekabla.com ) .

 

 

la-force-tranquille.jpg

 

   Combien de choses n'avons-nous pas oubliées des années 1980 et de l'ère Mitterrand ! Il faut dire que les caciques socialistes ne nous ont pas aidés qui se sont refusé à " tout devoir d'inventaire ", convaincus qu'ils étaient que cet inventaire n'apporterait rien à la gloire socialiste .

   La phrase, ci-dessus, dit pourtant tout sur ce que furent les deux mandats de F. Mitterrand, mais plus encore, sur la nature de l'Europe qui se construisait alors : l'Europe incompatible avec la justice sociale, l'aveu est de taille et eût dû nous interpeller alors . 

   Tout commence avec le " tournant de la rigueur " de mars 1983 qui tourne le dos aux mesures de gauche de 1981, qui tourne le dos au  lyrisme présidentiel de mai 1981,  quand F. Mitterrand dédiait son élection aux " Français de peu ", ces Français " qui toute leur vie avaient espéré ce jour où leur pays viendrait à leur rencontre " . ( Cité par François Cusset . Le Monde du 09/05/2011 : Critique des années Mitterrand . )


   En 1983, une grave crise économique internationale ébranle le monde, déjà,  à laquelle il eût fallu répondre par un flottement du Franc français et une sortie du Système Monétaire Européen .

   F. Mitterrand , au nom d'une vision historique de l'Europe, choisit l'orthodoxie budgétaire, la lutte contre l'inflation, le blocage des salaires, au risque de laisser s'envoler le chômage, mettant fin à une politique généreuse de relance,  tout en se drapant définitivement dans la toge du " Florentin ", dans  " sa passion de l'indifférence " qui était sa marque, abandonnant , et tous les socialistes modernes avec lui, l'emploi du mot " peuple " et les classes populaires à Jean- Marie Le Pen , dés les élections municipales du printemps  de 1983 .

   Les mesures suivantes seront à l'avenant : saignée industrielle , renforcement des groupes bancaires, ouverture du CAC40 à la Bourse de Paris, mesures prises lors de la cohabitation 1986-1988, certes, conduites par Chirac et Balladur, mais contre lesquelles Mitterrand ne s'élèvera à aucun moment .

   Les privatisations touchant à nos plus grands groupes industriels de la chimie ou de la sidérurgie , de l'énergie, à la hauteur de la compétition internationale,  vont disloquer ces sociétés pour satisfaire les appétits des industriels qui attendaient cette étape la bouche ouverte, morceaux d'entreprises bradés, au nom du " copinage " . F; Mitterrand ne lèvera pas le petit doigt pour condamner cette braderie du patrimoine industriel français dont nous payons au prix fort, aujourd'hui,  les conséquences . 

   C'est la décennie, ces années 1980, qui voit des fortunes nouvelles apparaître, souvent aprés un exil volontaire en 1981 -  tel M. Bernard Arnaud, qui récidive aujourd'hui -, des centaines de milliers d'entreprises se créent, sans que le chômage diminue pour autant, et le fossé se creuse inexorablement entre ces arrogantes fortunes et les victimes, majoritaires du chômage et des restrictions .

   En tout cas politiquement le résultat ne s'est pas fait attendre : face aux capitulations et au coût social de la politique de F. Mitterrand,  l'électorat populaire s'est jeté massivement dans les bras de l'extrême- droite, les communistes payant lourdement leur compromission , dans les gouvernements  socialistes . Résultat devenant  explosif, aux élections législatives de 1993, où les socialistes enregistrent la plus belle " déculottée " de leur histoire récente .

   Une référence n'est pas sans intérêt sur le bilan de la décennie 1980 : il s'agit d'une note  de l'INSEE datée de 1990 qui attribue à la France la palme européenne du monétarisme - défense de la monnaie et lutte contre l'inflation, données si chères à P. Bérégovoy - et de la rigueur budgétaire , et tenez-vous bien, devant la Grande-Bretagne de M. Thatcher et l'Allemagne d'Helmut Khol . ( Note citée par F. Cusset . Le Monde du 09/05/2011 ) .

   Quand nos amis Britanniques et Allemands nous reprochent notre déni de la crise, aujourd'hui, on peut leur répondre qu'on ne les a pas attendus , pour saigner notre peuple . Un grand président socialiste s'y est employé, il y a longtemps , que d'aucuns n'hésitèrent pas à surnommer " le Reagan de gauche ", quand bien même il aif fait voter l'abolition de la peine de mort .

 

   On ne peut revenir sur ces années 1980 sans évoquer une autre transition historique . Celle du " choix politique  assumé " mais présenté comme inévitable, par conséquent, bien que cela prenne l'allure d'un paradoxe, celle du "  double jeu magistral " .

   A l'orientation économique délibérée , il faut associer celle du choix des mots à double sens, des contradictions et  des mystifications dans le discours .

   La " gauche " d'abord !  F. Mitterrand présenté en " patron de la gauche " pendant plus de vingt ans, lui qui aura été " le fossoyeur de la différence droite-gauche " ( F. Cusset ) .

   Les " experts " ensuite ! C'est sous Mitterrand qu'on voit apparaître, à côté des politiques, les experts,  le " concept de la compétence ", attaché à une forme bâtardisée de science, la criminologie par exemple, ces experts qui ont substitué à la prévention de la délinquance, la tolérance zéro ;  le management à l'américaine, avec à la clef la poussée du taux de suicides, à la place du service public, voire l'artifice du sondage à la volonté politique .

    La communication politique et le conseil en image sont des enfants du mitterrandisme, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes, chez ce président qui s'adorait en " sphinx " .

   L'une des réussites mystificatrices des années Mitterrand restera quand même l'invention d'une  cohabitation improbable, entre le concept de " diversité " porté par SOS Racisme et " la pensée unique " sur l'Europe libérale incontournable .

   Le Mitterrandisme fut, à la fois,  un catalogue d'options politiques  et des méthodes, pour nous les faire accepter, du type  " présentation fermée ", ne laissant pas place à la moindre réflexion, puisque amenées toujours sur des " polarités mensongères " : " renflouement par l'intégration européenne " ou " faillite en solitaire " ; libre échange sans entrave ou déficits intenables ; morale antiraciste ou lepénisme haineux ; chômage ou réduction des protections sociales ;  république ou barbarie ...

 

   Et j'en viens à mon message initial :  crise, déficits, intégration européenne, chômage, rigueur, exonérations fiscales, curieusement F. Hollande est confronté aux mêmes problèmes, seulement plus exacerbés, plus crus . Va-t-il y répondre, en nous faisant sortir du double-jeu des années Mitterrand ? Là est la question !

 

 

   NB : d'aprés l'article de l'Historien des Idées, François Cusset : Critique des années Mitterrand . Le Monde du 09/05/2011 .

   

   

   

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Published by regain2012 - dans histoire
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