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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 12:05

        Article de décembre 2011 : réédition .

 "Les hommes ressemblent plus à leur temps qu'à leurs pères." ( Proverbe arabe.)museum-histoire-naturelle.jpg

 

   Commençons par dire qu'un historien n'est pas un Antiquaire, qui place des quantités d'objets divers, bien étiquetés, dans des catalogues ou des salles d'exposition, au mieux dans un certain ordre chronologique, au pire en vrac.

 

   "L'objet de l'histoire est par nature l'homme. Disons mieux ( avec Michelet) : les hommes. Plutôt que le singulier favorable à l'abstraction, le pluriel convient mieux à une science du divers. Derrière les traits sensibles du paysage, les outils ou les machines, derrière les écrits en apparence froids et glacés et les institutions en apparence les plus complètement détachées de ceux qui les ont établies, ce sont les hommes que l'histoire veut saisir."( Marc Bloch, dans un livre posthume, "Apologie pour l'histoire" nous livre d'admirables réflexions sur le travail de l'historien, avant d'être fusillé par les Allemands en 1944, pour faits de Résistance.)

   Mais cela ne saurait suffire. Si l'histoire est bien" une science des hommes", elle est "la science des hommes dans le temps".L'historien ne réfléchit pas seulement à l 'humain", sa recherche, sa pensée se déploient dans la durée.

 Certes,  on ne conçoit pas de science qui ferait abstraction du temps, mais réalité concrète , vivante et irréversible," le temps de l'histoire est le plasma où baignent les évènements et les phénomènes, comme lieu de leur intelligibilité."(1)

   Savoir que la Conquête de La Gaule a pris à César, huit années, n'est pas satisfaisant; il importe à l'historien " "d'assigner à la Conquête de la Gaule son exacte place chronologique dans les vicissitudes des sociétés européennes."(1)

   Le problème des historiens a été, pendant longtemps, la croyance qu'il leur était assigné une mission, transcendantale, celle de rechercher les origines de l'homme, suivant en cela, le dogme d' E.Renan:" Dans toutes les choses humaines, les origines, avant tout sont dignes d'études." Marc Bloch appelle cela:" La hantise des origines", et en dénonce l'ambigüité: s'agit-il simplement de "commencement", ce qui pourrait être assez clair, bien que pour la plupart des réalités historiques, définir un point initial se révèle assez compliqué. Par contre s'il s'agit de" causes", il reste à définir le terme, et personne jusque là, n'y est vraiment parvenu. 

   Sauf, ceux qui cherchent des causes aux évènements contemporains d'une société dans laquelle ils se sentent mal, Renan ou Taine par rapport  à l'installation de la République dans les années 1870, régime qu'ils condamnent en tant que Monarchistes, et là nous sommes dans le cas de penseurs qui analysent des faits pour les condamner, donc pour "juger". Attitude démoniaque, selon M.Bloch: "le démon des origines fut peut-être un avatar de ce satanique ennemi de la véritable histoire: la manie du jugement." Le concept de "jugement est antinomique de la démarche historique.

   Ainsi, dit-il, de l'étude de la foi, de la croyance à une vérité révélée. L'objet de la science historique, n'est pas là. Que Jésus ait été crucifié puis ait ressuscité, c'est l'affaire" de l'atmosphère des églises" -dit Barrès-.

   Pour M.Bloch, l'important c'est d'essayer de comprendre comment il se fait que tant d'hommes autour de nous y croient et depuis si longtemps. Sachant, en outre,  que la fidélité à une croyance n'est qu'un des aspects de la vie du groupe dans lequel elle se manifeste.

   La croyance se place" comme un noeud où s'emmêlent une foule de traits convergents", de structure sociale, de mentalité et surtout de climat humain."(1)

   " Le chêne naît du gland.Mais chêne il devient et demeure , seulement s'il rencontre des conditions de milieu favorables."(1)

 

   Une autre erreur à ne pas commettre serait donc de confondre, filiation et explication, à l'instar de ces vieux éthymologistes qui pensaient avoir tout dit, quand en face du sens actuel d'un mot, ils plaçaient le plus ancien sens connu. Car il est bien connu, pour le plus grand désespoir des historiens, que les hommes n'ont pas coutume, chaque fois qu'ils changent de moeurs, de changer de vocabulaire.

   "Jamais en un mot, un phénomène ne s'explique en dehors de l'étude de son moment. Cela est vrai de toutes les étapes de l'évolution. De celle où nous vivons comme des autres."(1).

 

   Il est un domaine sur lequel les différents spécialistes des activités humaines ont pu se diviser. C'est ce que M. Bloch appelle "l'actuel", le présent, l'homme contemporain, la société contemporaine.  Michelet avait répondu par avance, en disant:"Celui qui voudra s'en tenir au présent, à l'actuel, ne comprendra pas l'actuel."  Le présent est-il un objet de la recherche de l'historien ? Evidemment, répond M.Bloch avec Michelet, puisque le présent ne peut se comprendre qu'à partir du passé.

   Leibnitz avait répondu également:" les origines des choses présentes se trouvent dans le passé, car une réalité ne se comprend jamais mieux que par ses causes."

   Cependant, il est encore des courants pour penser que les faits trop proches de nous sont "rebelles" à toute étude vraiment sereine. On peut s'entendre dire que depuis 1981, et l'élection de François Mitterrand, on n'est plus dans l'histoire, qu'on est dans le temps de la politique, voire du journalisme, allez! au mieux de la sociologie. Je ne le crois pas, comme on le dit, aussi, l'histoire s'est accélérée grâce aux technologies modernes, grâce à la vitesse des communications, et les liens entre présent et passé proche sont trés forts. Nous avons besoin de l'historien pour nous expliquer dans  quel contexte F.Mitterrand a été élu pour comprendre quel était ce contexte pour Nicolas Sarkozy en 2007, et ainsi quel devrait être celui de la campagne 2012.

   Oui, je suis convaincu que l'historien a son mot à dire dans une campagne électorale, pour nous en décrire le cadre, sans avoir à nous livrer de jugement, mais avec la distance scientifique propre à l'histoire.

   Par rapport à la crise économique actuelle, j'attends plus de l'historien que de l'économiste, du politologue, même du sociologue dont les observations sont  bornées dans le temps, au mieux,  à quelques décennies .

   Ces spécialistes pensent que les conditions humaines ont subi, en une ou deux générations, un changement trés rapide, voire total, si bien qu'aucune institution un peu ancienne, aucune manière de se comporter traditionnelle n'aurait pu échapper à leurs recherches.

   Ils en oublient la force d'inertie propre à toutes ces créations sociales.

   "L'ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent; elle compromet, dans le présent, l'action même."(1)

   Oui, nous avons besoin de comprendre le passé. Car nous avons appris depuis longtemps que l'homme aussi a beaucoup changé, dans son esprit et même dans les plus complexes mécanismes de son corps. Son" atmosphère mentale" s'est profondément transformée, son hygiène, son alimentation. Mais il faut convenir qu'il existe dans la nature humaine, dans les sociétés humaines un fonds permanent, sans quoi les noms d'homme et de société n'auraient plus de sens.

   Et ces hommes, pourrons-nous les comprendre," si nous ne les étudions pas dans leurs réactions devant des circonstances particulières et à un moment donné ? Et en sachant également que des virtualités nous resteront cachées, que beaucoup de moteurs, plus ou moins inconscients, des attitudes individuelles ou collectives demeureront dans l'ombre.

   L'historien n'oublie jamais que le courant de l'évolution humaine n'est pas fait d'une suite de profondes secousses, dont chacune durerait l'espace d'une ou deux vies. "L'historien sait que dans l'immense "continu" qu'est l'histoire de l'humanité, les grands ébranlements peuvent se propager de la nuit des temps à l'actualité la plus récente."(1)

 

   Un danger nous menace, sachons-le;  il est dans l'esprit des oligarques qui nous dirigent ! Les réformes successives de l'enseignement de l'histoire dans nos lycées nous le prouvent: "Dans un monde qui est entré de plain-pied dans la chimie de l'ADN, qui sonde déjà les secrets du monde intergalactique, ce pauvre monde n'arrive pourtant  pas à se créer un peu de bonheur." Alors, allons vers ce qui est utile.

    A quoi bon gaspiller des forces dans des recherches qui ne serviront qu'à entretenir nos temps d'oisiveté?


   Il faut déconseiller la pratique de l'histoire à tous les esprits susceptibles de s'employer fort utilement ailleurs, prétendent les fossoyeurs de cette science.

 

   Eh! bien, mon fils, voici la réponse à ta question. Résiste, fais de l'étude de l'histoire ta passion, parce que le vrai citoyen, celui qui a sauvegardé son esprit critique, celui qui dit non au chef des "moutons de Panurge", c'est celui qui connaît l'histoire des hommes et qui est donc capable de discerner la vérité dans les voiles obscurs de la manipulation idéologique.

 

   NOTE/ (1) texte inspiré du livre posthume de l'historien Marc Bloch:" Apologie pour l'histoire".

                 Le titre est emprunté à l'introduction de ce livre.

  

 

 

 


   


 

   

 

   

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Published by regain2012 - dans philosophie
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commentaires

phd personal statements 01/08/2014 12:53

Beaucoup d'art a été commandé par les dirigeants ou les établissements religieux, avec des versions plus modestes ne sont disponibles que pour les plus riches de la société.

adenoids removed 23/04/2014 14:52

That parabolic mirrors hanging upside down makes an illusion feel when we look at it. Really thank you for sharing this with us. Keep on posting more and more photoworks like this here in our website. And expecting more photos..

JML 23/02/2012 10:45


Un très beau plaidoyer pour la prise en considération de l'Histoire...Félicitations...

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