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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 15:50

Cette expression est rapportée par le comédien Fabrice Lucchini, qu'il attribue à son père, immigré italien , marchand de fruits et légumes . Entendue, récemment, sur un plateau télévisé .

( Illustration : ville d'Auvillar dans le Tarn et Garonne .  floralia.centerblog.net ) .

 

 

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   J'aime profondément cette expression . Je la ressens comme une sorte de  concentré de politique, de lucidité sociale, de bon sens populaire, mais aussi de résignation . Je la vois également  comme une image magnifique, celle que se fait l'immigré, de son état, à son arrivée en terre étrangère .

 

   La place du village, c'est le coeur de la cité, où l'on trouve l'église, la mairie, les commerces, " les maisons de maître ", c'est à dire des propriétaires terriens, les possédants si vous préférez, la maison du notaire, aussi, celui qui connaît tous les secrets de famille et que l'on respecte ou que l'on craint pour le coup, car c'est lui qui peut prêter de l'argent, quand tout va mal, à des taux usuraires, cela va de soi .

   C'est l'endroit du village où le soleil se faufile sans obstacles, où il chauffe le plus longtemps au long de la journée, si bien qu'on y a édifié une fontaine et  planté des arbres, pour s'en protéger un peu . Vous rendez-vous compte, mon bon monsieur, il en est qui  trouvent qu'ils ont trop de soleil !

   C'est aussi la place du marché, deux ou trois fois par semaine, moment de rencontres, de contacts humains, de paroles publiques, politiques : on y commente la dernière décision de M. le Maire, ou économiques : quand le maquignon marchande sa vache au paysan,  ne parle-t-on pas de la baisse des cours et de la sévérité des marchés ? Une sorte d'agora des temps modernes .

   La place, une fois par mois, reçoit la foire du canton, avec ses commerçants ambulants venus du chef-lieu du département ou du département limitrophe : ces jours-là, on peut presque aborder la politique nationale et les risques de mobilisation générale .

   La place, qu'elle soit circulaire ou rectangulaire, se veut fermée aux arrivées intempestives . On y trouve, assez souvent,  les restes des vieilles portes fortifiées du moyen-âge .

 

   Derrière la place, il y a déjà un autre monde : celui des ouvriers agricoles ou de la manufacture mais qui sont nés au village et ont hérité de la petite maison des parents ou des grands-parents . Les rues étroites voient moins le soleil que la place, mais M. le Maire les fait goudronner,  nettoyer, parfois fleurir, parfois même il y fait aménager des trottoirs pour la sécurité des enfants et des personnes âgées,  car là habitent ses électeurs .

   Tout de suite aprés, on va trouver des rues qui s'en vont directement dans la campagne, les aménagements y sont plus sommaires, pas toujours terminés, il y règne la poussière , quelquefois l'insalubrité, et les natifs du village viennent rarement s'y promener . Elles sont ouvertes , n'ont pas de fin, comme si elles disaient à celui qui y habite, qu'il est libre, qu'il peut partir quand il veut, qu'on ne le retient pas, qu'on peut se passer de lui .

   Voilà ce que M. Lucchini voulait dire à son fils : quand on est pauvre ou immigré, on n'habite pas souvent sur la place du village, on participe rarement à sa bonne marche, on n'a rien à vendre sur le marché . Ah ! si, on peut se faire admettre, par moments, dans la communauté, si l'on a du talent à la pétanque .

 

   Cette expression est vraiment belle . N'est-elle pas la parabole de l'état actuel de nos sociétés ?  De ce à  quoi nous a conduits le " laisser faire économique ", le " tous les coups sont permis ",  puisque la seule loi qui demeure est celle de la compétition, du " que le meilleur gagne ", bien que sur la ligne de départ certains, les moins nombreux,  aient tous les équipements nécessaires pour réussir , et les autres, la grande majorité , croulent sous les handicaps ?

   Ajoutons que si par mégarde un individu de la deuxième catégorie sort du lot, la minorité est capable de changer la règle en cours de jeu, pour le faire chuter : on appelle cela tricher !

 

   Comme il avait raison M. Lucchini,  deux fois raison !  Remarquez, combien, aujourd'hui, sa parabole est encore plus vraie, pour nos  grandes villes !

   A une exception prés : le notaire a quitté la place et s'est installé à Bruxelles !

   


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Published by regain2012 - dans Société
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