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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 14:17

"  En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai ..." ( Talleyrand ) .

 ( Illustration : détail du Platon de Raphaël ) .

 

 

platon.jpg

 

   La crise que nous traversons - je ne parle pas ici de la crise économique et sociale - n'est ni morale, ni politique, ni gouvernementale, c'est la crise de " la démocratie confisquée " .

   Cette crise n'est pas morale .

   Platon est mort depuis deux mille quatre cents ans ...  Sa thèse des " philosophes rois " ne lui a pas survécu bien longtemps . " S'il n'arrive pas , ou bien que les philosophes deviennent rois, dans les états, ou bien que les rois ne deviennent philosophes, et ainsi que le pouvoir politique et la philosophie se rencontrent sur la même tête, alors il n'y aura pas de trêve aux maux dont souffrent les états ." 

   Pour Platon, le but de l'état est de faire régner la vertu, c'est à dire d'instaurer une société juste , fondée sur quatre vertus : la sagesse, le courage, la tempérance et la justice . Mais pour organiser un tel état, il faut que les gouvernants possèdent, eux-mêmes, ces qualités .

   Pour Platon, donc, la morale est la fin visée par la politique . 

   Cette thèse fut celle de la République Romaine jusqu'au Ier s. av. J.C. . La "dignitas " était le souci unanime des citoyens romains, c'est à dire de l'estime de soi et de la réputation dont on jouit aux yeux des autres . En ces circonstances il s'agissait de ne point faillir . Mais au début du Ier s. av. J.C.,  Caton l'Ancien, déplore déjà, qu'à la suite des conquêtes et de l'enrichissement rapide qu'elles apportent, la dégénérescence des vieilles vertus s'installe : " Il s'en trouvait bien peu qui voulussent labourer la terre de leurs mains, souper petitement, qui se contentassent d'une robe simple ou d'un logis modeste " .

   Puis à la fin du Quinzième siècle,  le philosophe florentin Machiavel est passé par là . Pour lui, l'art politique est au-delà du bien et du mal . Une faute politique est plus grave qu'un crime moral . Le critère de la faute est l'échec . Pour Machiavel, en effet, rien n'est pire, en politique, que l'insécurité qui accompagne la faiblesse d'un état . Seul un pouvoir fort peut assurer la paix, qui est la condition de l'ordre moral . Et pour établir et maintenir la paix, tous les moyens sont bons .

   " A bien examiner les choses, on trouve que, comme il y a certaines qualités qui semblent être des vertus et qui feraient la ruine du Prince, de même, il en est d'autres qui paraissent des vices et dont peuvent résulter néammoins sa conservation et son bien être . Que le Prince songe uniquement à conserver son état et sa vie . 

   A lire ces lignes de Machiavel, on a l'impression d'être plongé, littéralement, dans le mélodrame français actuel .

   Par ailleurs, pour décider de qualifier cette crise de morale, existe-t-il, aujourd'hui, dans notre pays, une voix assez puissante, indiscutable, et respectable qui pourrait nous dire où est le bien, où est le mal ?

 

   Cette crise n'est pas davantage politique . La France est gérée par plus de cinq cent mille élus . Un élu pour cent huit habitants . Un record stupide, d'ailleurs  . Les centaines de milliers de conseillers municipaux bénévoles ne sont pas à mettre dans le même panier que quelques milliers d'apparatchiks, de politiques professionnels, de cumulards, de roitelets de provinces, de grands féodaux régionaux, de " pantouflards ", ces gens qui vont et viennent, entre sphère publique et sphère privée, et entretiennent tous les conflits d'intérêts, qui apparaissent, tous les jours dans les médias qui veulent bien en parler .

   Dans les partis politiques, ce qu'on a coutume de désigner sous le vocable de " base ", les militants du quotidien, les diffuseurs de tracts, sont dans leur immense majorité, honnêtes et sincères .

   Dans nos mairies, lors des divers rendez-vous électoraux, le suffrage universel est respecté, les fraudes électorales sont réduites à quelques dérapages, vite dénoncés et le plus souvent sanctionnés par la justice .

   Même si, un " inconscient " comme J. F. Copé, a cru pouvoir faire un hold-up sur son parti , en toute impunité .

   Le pays, les territoires, les villes sont gérés, dans la majorité des cas, plutôt bien . Ce n'est donc pas à l'échelon de la gestion de la Cité qu'il faut chercher le malaise .

 

   Cette crise n'est pas, non plus , une crise de régime . Nous ne sommes pas dans la situation italienne, sans gouvernement depuis un mois . Nos Institutions fonctionnent . Le Président est en place pour quatre ans encore, ;  il garantit la légitimité du gouvernement ;  le Parlement légifère ;  le Conseil Constitutionnel contrôle la constitutionnalité des lois . La Cour de Cassation assure la conformité aux lois des décisions prises par les différents niveaux de la justice ordinaire . Cela revient à dire que les droits individuels des citoyens sont protégés .

   En un mot, encore une fois, les journalistes, pris de fébrilité, furieux contre eux-mêmes d'avoir laissé Mediapart se couvrir de gloire à la faveur de l'affaire Cahuzac, en rajoutent, en " font des tonnes " et passent une nouvelle fois à côté du sujet .

 

   La crise , tient dans le mot de Talleyrand : ce qui est cru est plus important que ce qui est vrai . C'est cela qu'on peut appeler la crise de " la démocratie confisquée " .

   Elle naît d'abord dans le sentiment d'impunité que vous confère le cumul des pouvoirs, local et national, le renouvellement à vie de ces pouvoirs, le clientélisme qui en résulte, les services rendus qui appellent des services à vous rendre ... Les louanges d'une presse facilement courtisane, aprés une prestation télévisée réussie . La soumission d'élus de votre camp ou du camp adverse, lorsque vos fonctions les placent entre vos mains, parce que vous avez accés à des dossiers compromettants, et que certains ne sont pas totalement blancs .

   L'attitude et l'arrogance d'un J. Cahuzac, face aux journalistes comme face aux députés, relèvent essentiellement de ce fonctionnement . 

   Qu'on ne me dise pas que personne n'était au courant des fautes de cet homme politique . Dans ces milieux , tout se sait, mais tout le monde se tient " par la barbichette " .

   Cahuzac est nommé au ministère du budget, car il représente  la solidité pour faire passer la politique d'austérité,  la force pour en imposer à l'opposition, le talent pour convaincre .

   Et il le sait . Il sait qu'il est le pilier de cette politique, il sait que F. Hollande sait, mais n'a pas le choix des hommes . Voilà ce qui explique son assurance . Tout le monde fera front, autour de lui .

   Et puis, il y a le fonctionnement qui s'est mis en place , depuis plus de trente ans, autour de ces hommes et de ces femmes de pouvoir : c'est ce qu'on appelle la communication . Ce " rideau de fer " de communicants qui accompagnent  dorénavant les hommes et les femmes de pouvoir, qui les coupent de toutes les réalités, qui leur disent ce qui " va être cru " et ce qui " est vrai ", mais qu'il ne faut pas dire, ces communicants, véritables chiens d'aveugles, guettant le moindre faux-pas de leur client,  à éviter ou à rattraper, scrutant tous les sondages quotidiens qui épinglent ou grandissent  leur grand homme et le feront procéder à  un pas de côté ou à un entrisme brutal, sur telle ou telle thématique, selon les résultats du sondage retenu .

   Le mal perpétré par ces officines, avec le consentement des gens de pouvoir, redisons-le, n'est pas prêt d'être mesuré .

   Nous n'en donnerons qu'un seul exemple . La " Société Conseil en Communication ", trés bien connue sous le nom de " Euro RSCG " , dont le patron s'appelle Stéphane Fouks, conseilla, autrefois,  un certain Lionel Jospin, lors de la campagne des présidentielles de 2002 . Personne n'a oublié le résultat . Et l'on dit que F. Hollande,  avait attribué, à l'époque, une part du désastre à M. Fouks .

   Euro RSCG conseillait et encadrait D. Strauss- Kahn , le héros de la clientèle Fouks, quand celui-ci, explosa en plein vol, depuis une chambre d'un sofitel new-yorkais .

   Depuis rebaptisée " Havas Worldwide ", et malgré deux échecs retentissants, on retrouve cette officine et son patron dans tous les rouages de la " Hollandie " . Pourquoi ? Nous le saurons un jour . 

   En tout cas, J. Cahuzac et Pierre Moscovici  étaient " drivés " jusqu'à la semaine dernière, par " Fouks & Co ", pour " la stratégie de communication financière ", pour " la préparation d'émissions " (sic), pour " la rédaction d'argumentaires . 

   Au cabinet de Cahuzac, c'était une " fouquette ", gros calibre , qui tenait la com' du ministre, au quotidien, " fouquette qui avait travaillé pour Mme Bettencourt , durant l'affaire bien connue , et ce malgré l'opposition de J. M. Ayrault, inquiet de vagues possibles, mais Cahuzac était passé en force . On peut se demander pourquoi . (1) .

   Et un troisième client de " Fouks " qui a explosé en vol  ! 

   Pourtant, vous en étonnerez-vous peut-être, on trouve des spécialistes de cette officine, encore, au Ministère de la Défense, auprés du Président de l'Assemblée Nationale, au service de presse de l'Elysée, auprés de Valérie Trierweiler . 

   Ces gens chargés de nous faire croire ce que nous devons croire, sont bien en cour !

 

   Alors, face à l'éclatement en " feu d'artifice " de la démocratie bafouée, ce n'est pas avec une petite loi sur la moralité politique, que F. Hollande doit pouvoir s'en tirer cette fois .

   La " prudente imprécision " de ses habituels discours n'est plus de mise . Lui qui affectionne le mot " choc ", doit savoir que le vrai choc, c'est de prendre de vitesse tout son beau monde : les siens et les autres .

   C'est une proposition de loi sur le non cumul et le non renouvellement des mandats, drastique, sans ambigüité, sans demi-mesure . Et si les parlementaires rechignent, parce qu'ils y perdront bien des privilèges, le Président n'a qu'à les prévenir, qu'alors, il en appellera au peuple par référendum .

   Chacun sera placé devant ses responsabilités . Et quel que soit le résultat, le Président sortira grandi de cette séquence de courage et de vérité .

   Si F. Hollande choisit encore une fois la prudence, je prédis que ce mandat se terminera dans un désordre politique et social inextricable .

 

 

   NB : (1) . Marianne No 833 .  Anne Rosencher : " Fouks ", le roi de la com dans le viseur " .

    


   

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Published by regain2012 - dans Politique
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