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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 15:04

" Défendre l'Espagne signifie aujourd'hui défendre toutes les conquêtes du prolétariat et les libertés des peuples . L'Espagne sera peut-être le dernier bastion de la Démocratie et de la Paix dans l'Europe capitaliste . Ce bastion ne peut tomber et ne peut se perdre car cela serait la catastrophe certaine pour tous les pays libres d'Europe ."  ( José Diaz . Sec. Général du Parti Communiste Español . Frente Rojo . 5 oct. 1938 )

( Illustration : Ed. Montparnasse ) .     

 

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   La Guerre d'Espagne : 1936-1939 .


    " Même les pierres de Catalogne se lèveront contre l'envahisseur " . Slogan politique, du côté républicain, juste avant l'offensive définitive des Nationalistes contre Barcelone, en décembre 1938 .

   Cette offensive met en jeu du côté fasciste, 300 000 hommes, trente pièces d'artillerie contre une, vingt avions contre un, dix armes légères contre une .

   Les Républicains n'ont que des armes usées, insuffisantes en nombre, et n'ont plus de munitions .

   Il faut savoir que quelques semaines avant la chute de Barcelone, rien n'est joué .

   Voici ce qu'écrit l'ambassadeur d'Allemagne auprés de Franco, à Berlin, le 12 septembre en 1938 : " Le développement de la crise en Europe Centrale- Tchécoslovaquie - , est suivi en Espagne nationaliste avec le plus vif intérêt . Si une crise européenne éclatait la victoire de la cause nationaliste serait compromise et rendrait à bref délai intenable la situation militaire, déjà peu brillante, de Franco ."

   Le même ambassadeur écrit encore, le 19 novembre 1938, " A l'arrière du front et dans la zone nationaliste une profonde inquiétude se fait sentir ."

   A cette date, Franco lance un véritable SOS à l'Allemagne, réclamant  fusils,  munitions, mitraillettes, mitrailleuses lourdes, canons de longue portée et le triplement de la Légion Condor .

   Les conditions allemandes , déjà, sont sévères : 

   Une dette de guerre de 500 millions de marks ; exclusivité d'exploitation de toutes les richesses minières espagnoles ; concession de toutes les actions de la société minière qui vient de se créer au Maroc espagnol .

   Madrid tombe quelques semaines aprés Barcelone, suite à la trahison de chefs militaires défaitistes, alors que les milices populaires veulent poursuivre la lutte, et aprés un siège impitoyable de deux ans .

   La guerre et la répression sanglante qui suivit ont apporté à l'Espagne un million de morts .

 

   La longue nuit franquiste qui suivit ce conflit a fait croire à certains que le peuple espagnol était un peuple soumis . Grave erreur . Toute l'histoire de ce peuple est jalonnée de luttes et d'épisodes de résistances qui témoignent du contraire : les Pyrénées ont toujours constitué une sorte de mur entre l'Europe et l'Espagne derrière lequel les Espagnols préservaient jalousement leur indépendance .

   Sans remonter à Pelayo et à la bataille de Covadonga, en 717, contre les Arabes, la Reconquête, rappelons la déroute des armées napoléoniennes , entre 1808 et 1813, que les Espagnols continuent d'appeler Guerre d'Indépendance .

   Rappelons que durant tout le siècle qui précéda la guerre civile, les conflits sociaux n'ont cessé de se multiplier : révoltes ouvrières, révoltes des ouvriers agricoles- les braceros-, révoltes des mineurs , grèves générales ; rappelons encore qu'à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l'Espagne fut la terre d'accueil de l'anarcho-syndicalisme révolutionnaire  .    

   Ce goût de  l'indépendance est étroitement lié à une fierté ombrageuse, fille d'une nature et d'un climat assez rudes, dans tout le centre de la péninsule,  avec laquelle il ne faut pas jouer trop longtemps .

   Il faut comprendre enfin  que c'est cette Espagne-là qui est au coeur de la tempête financière, qui secoue l'Europe en ce moment .

 

   Chacun attendait une catastrophe traversant la Méditerranée, depuis la Grèce pour ébranler le socle de nos certitudes libérales . La tourmente arrive plus tôt que prévu qui grossit au pied des Pyrénées . Alors, les économistes nous disent, comme à chaque fois, que c'est trés grave, parce que l'Espagne est la quatrième économie de la zone euro et que la chute de ses banques sonnera le glas de l'idée européenne . C'est sûrement vrai, mais à qui la faute ?

   Moi , je préfère regarder le problème sous un autre angle .

   C'est le meilleur élève de la classe qui est touché . Dés 2008, le gouvernement socialiste a anticipé l'austérité : diminution du nombre de fonctionnaires, baisse des salaires de ces mêmes fonctionnaires, baisse des retraites, flexibilité accrue dans le travail, aggravée récemment par le gouvernement de droite de Rajoy : plus de protection dans l'emploi, système américain, licenciement libre, immédiat, sans motif , démantèlement du système éducatif et du système de santé .

   Le résultat de ces politiques, ne s'est pas fait attendre : récession, PIB en baisse de 1.7% en 2011, et de 0.3% au premier trimestre 2012 . Chômage à 24.4% , mais à 50% chez les moins de 25 ans . La dette publique qui était de 36.1%  du PIB en 2007, est passée  à 68.5%  fin 2011, et est prévue à 79.8% fin 2012 .

  ( La dette pour la zone euro est évaluée à 90.4% , fin 2012 ) .

   97 Mds d'euros ont fui l'Espagne au premier trimestre 2012 .

   L'Espagne est la démonstration , aprés la Grèce, de la réussite des politiques d'austérité . Mais là n'est pas mon sujet .

   L'Allemagne veut bien aider l'Espagne . Le mécanisme de stabilité européen est là pour ça . Mais elle veut aider directement l'Etat espagnol, à charge pour lui , dans un deuxième temps, d'aider ses banques . Pourquoi ?  Parce que le même mécanisme prévoit que tout Etat aidé doit accepter d'abandonner sa souveraineté budgétaire, accepte le contrôle de ses finances par la Commission Européenne, la BCE et le FMI, qui vont lui dicter des mesures de remise en ordre . 

   Et là, vous me voyez venir ! Là, nous touchons à ce sentiment profond que nous avons évoqué et qui caractérise l'âme espagnole : sa fierté et son goût de l'indépendance .

   Des pouvoirs extérieurs vont imposer de nouvelles mesures d'austérité, qui ne marchent pas, et dont les premières ont laissé les Espagnols presque exsangues .

   Le gouvernement espagnol estimant qu'il a déjà fait beaucoup et sans attendre qu'on le lui demande, sait qu'il ne peut accepter de nouveaux dictats . C'est pourquoi il demande une aide directe à ses banques, qui préserverait son autonomie .

   D'autant que dans un pays fortement décentralisé, les mesures d'austérité n'avancent pas toutes à la même vitesse et qu'ajouter à une agression externe, le sentiment d'inégalités internes, cela peut donner un concentré fort explosif .

 

   Ce que je veux dire, c'est que le règlement de la dette espagnole dépasse de loin la question monétaire et nous invite à une trés profonde interrogation politique . Attention, Mme Merkel, l'intransigeance politique ou culturelle a ses limites . Contraindre un peuple trés attaché à son indépendance à endosser une dette " infâme", c'est jouer avec le feu !

 

   NB : Citations empruntées au livre d'Artur London : " Espagne " . 1963 . Ed. Tribord .

 

   

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Published by regain2012 - dans histoire
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