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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 14:58

" Qu'une société s'abîme au vent qui se déchaîne sur les  Hommes cela s'est vu plus d'une fois : l'histoire est pleine de naufrages de peuples et d'empires ... Pourquoi ? Nous l'ignorons . L'ombre couvre toujours les civilisations condamnées ..." .

 ( Victor Hugo . Les Misérables ) . (1) .

 ( Illustration : Chaunu . L'Union de Reims ) . 

 

 

union141013-copie-2.jpg

 

    " Nous ignorons les maladies des civilisations condamnées mais nous connaissons les infirmités de la nôtre ... Un sombre face à face des égoïstes et des misérables . Chez les égoïstes, les préjugés, les ténèbres de l'éducation riche, l'appétit croissant par énivrement, un étourdissement de prospérité qui assourdit, la crainte de souffrir qui va jusqu'à l'aversion des souffrants, une satisfaction implacable, un " Moi " si enflé qu'il ferme l'âme .   Chez les misérables, la convoitise et l'envie, la haine de voir les autres jouir, les profondes secousses de la bête humaine vers les assouvissements, les coeurs pleins de brume, la tristesse, le besoin, la fatalité, l'ignorance impure et simple ...

 ... L'idéal est effrayant à voir, ainsi perdu dans les profondeurs, petit, isolé, imperceptible, brillant quand même, mais entouré de toutes ces grandes masses noires monstrueusement amoncelées autour de lui ..." . ( Livres VI et VII des Misérables, cités dans le " hors-série " du Monde, de février - avril 2012 ) .

 

   Comme en une sorte d'écho à cette vision terrible de V. Hugo  - le romantisme en moins - le sociologue  Alain Touraine évoque dans son dernier livre, " La fin des sociétés " , ( chez Seuil, novembre 2013 ) , l'idée que les structures qui  constituaient le tissu du " vivre ensemble ", depuis des siècles, se délitant sous les coups de boutoir de la mondialisation, c'est la notion même de " société " qui se retrouve mise en cause .

    Quand Victor Hugo pense Inde, Chaldée, Perse, Assyrie, Egypte, ces civilisations disparues, A. Touraine nous dit : Europe ... où nous serions en train de vivre " la fin du social " .

    " Dés lors que l'économie et la finance se sont émancipées de toute attache à un milieu donné, à un système juridique et économique donné, c'est l'ensemble des relations entre les individus et les groupes qui se trouve désorganisé : les institutions qui structurent d'ordinaire ces relations ont perdu leur sens ", explique l'éditorialiste Jacques Julliard, dans le magazine Marianne, à propos du livre .

    Quand l'enseignement, la médecine, la justice, la police, la lutte contre le feu, l'assistance aux personnes accidentées deviennent des métiers à risques ; quand les professeurs, les infirmières, les médecins, les juges, les policiers, les pompiers, se font agresser tous les jours dans l'exercice de leurs missions ; quand l'organisation des relations sociales, avec ses réseaux serrés de syndicats, d'employeurs, de fonctionnaires, tournent à vide ; quand les classes sociales sont réduites par les intellectuels et les médias à des fantômes du passé ; quand le manège politique continue de tourner mécaniquement, sans que plus personne ne sache qui l'a mis en route et qui devrait l'arrêter ; quand " les petites gens, les braves gens, les gens du commun sentent le sol se dérober sous eux "  tandis que des privilégiés fuient toutes les contraintes et les solidarités imposées par une commune morale, vers des paradis protégés ; quand personne ne sait plus trés bien qui est " le bon " et qui est " le méchant ", qui pourrait oser prétendre que cette grande confusion des valeurs, n'a pas déjà précipité nos sociétés dans le chaos ?

    C'est ce que nous dit Alain Touraine : nos sociétés sont moribondes !

 

   On a tué la notion de Lutte des Classes, réduite à une apologie de la violence,  qui pourtant dans sa logique laissait espérer aux classes populaires une issue à leur sort, et par une voie politique, on les a donc laissés seuls, eux les plus exposés, eux les moins protégés, eux qui ont plus besoin de la société que les possédants, on les a laissés seuls dans " le sombre face à face " qu'évoque Hugo .

   Et ce " face à face " , les pauvres savent  qu'ils l'ont déjà perdu !

   Face à " l'étourdissement que procure la prospérité, face à l'aversion des souffrants" , aux " Moi , qui enflent " sans aucune pause, que peut-il surgir " des coeurs pleins de brume ", d'une " ignorance impure " car trop simple , sinon la violence ?

 

    Et qui prospère sur les ruines d'une société, sur la nullité des réponses politiques données au chaos actuel par les partis traditionnels , sinon les " extrêmes-droites " ? 

   Au carrefour de la société appauvrie de ses " filets sociaux " et de de "la non-société " de l'individualisme effréné, les " Marine Le Pen " vont se multiplier, avec une mission assignée trés claire . Non pas de prendre le pouvoir, trop aléatoire ! Mais de continuer à porter des coups aux piliers encore debouts de la société, ainsi faisant, de nous faire tourner le dos inexorablement à la démocratie, afin de poser, à l'étape suivante, la confrontation dans les termes du " face à face " primaire qu'entrevoyait Hugo . Dans ce face à face, les puissants pensent avoir le dernier mot .

   A l'aune d'une telle vision, les présentations médiatiques de la poussée de l'extrême droite, par les propos de l'un, les petits mots de l'autre, les dérapages du troisième, peuvent paraître bien insignifiants .

   

 

 

 

 

 

 

 

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Published by regain2012 - dans Société
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