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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 17:36

  " Les spécislistes ont dû  reconnaître qu'en mai 1968 , en France,  dans une société où le suicide progresse sans fin, il était retombé à presque rien . Ce printemps -là, Paris obtint  un magnifique ciel bleu, parce que quelques voitures  avaient brûlé et que toutes les autres manquaient d'essence pour polluer . Quand il pleut, quand il y a de faux nuages sur Paris, n'oubliez jamais que c'est la faute du capitalisme, et pas la vôtre . La production industrielle " aliénée " fait la pluie . La révolution fait le beau temps " . ( Guy Debord . La planète malade . 1971 ) .

 

 

 

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 Je n'ai jamais vu, qu'au lendemain d'élections, un grand ciel bleu se soit étendu au-dessus de notre pays pour longtemps . Dans la société surproductive où tout est devenu " biens économiques ", société où ceux qui ont encore un emploi se tuent au travail, où les autres contemplent un monde qui se fait sans eux, où tous voient et respirent le résultat général du travail " aliéné ", misère du plus grand nombre et mort du " milieu même de la vie ", l'échec fondamental de tous les réformismes est acté .

   Quand tout est entré dans la sphère des " biens économiques ", dans " le mal économique ", l'eau des sources comme l'air des villes, l'herbe des champs autant que la possibilité de boire, la possibilité de dormir sans trop de somnifères aussi bien que de me laver sans gémir sous les allergies, la possibilité de manger du boeuf, sans qu'il soit devenu cheval, au premier carrefour, le bonheur de regarder la mer sans qu'on m'extorque dix euros pour accéder à la plage par un sentier privatisé, la joie d'écouter le murmure du ruisseau sans qu'on m'impose des écouteurs à vingt euros, comment peut-on encore exiger " une adhésion de l'individu " à un tel monde qui n'est fait que de " richesses empoisonnées " .

   Nous n'avons plus à choisir, aujourd'hui, entre la fête et le malheur, mais consciemment, et à chaque carrefour, entre des possibilités heureuses et des possibilités désastreuses mais en partie encore corrigibles . Alors, ne nous trompons plus, les choix terribles qui sont devant nous, ne nous laissent qu'une alternative : " bureaucratie totale ou démocratie totale " . 

   L'effort quotidien pour la transformation de la totalité du monde par la démocratie directe,  la vraie rationalité, ou l'achat de ma tombe à tempérament : les élections bureaucratiques non pour vivre, mais comme " assurance décés " .

 

   " Moi électeur ", je n'en peux plus de la gestion prétenduement démocratique du capitalisme, " d'élections- démissions " qui ne changent jamais rien à l'ensemble, et fort peu dans le détail à une société de classes qui broie les plus faibles . Elles changent d'autant moins, aujourd'hui, où cette gestion s'affole, triche, par peur des classes populaires,  et leur interdit tout regard sur des gouvernances supra-nationales . 

   Les sociologues ont largement démontré, depuis longtemps, que, collectivement, l'électeur changhe trés peu d'opinion, sans que l'on donne à ce constat, unr trop grande publicité, et pour cause , cela permet, sans dommage pour les pouvoirs dominants, de maintenir le leurre, en me donnant, plus ou moins régulièrement, à " moi, électeur ...", la possibilité de donner mon sentiment sur telle ou telle situation, toujours trés secondaire .

   A " moi, électeur ...", de temps à autre, on cherche à me faire assumer, le rôle plus qu'abstrait, pour un court instant, d'un décideur, que je ne serai jamais, mais pseudo-rôle précisément destiné à m'empêcher de changer .

   Et les analyses politiques objectives démontrent que " moi, électeur ... " je ne change pas davantage, même quand le monde change autour de moi, précipitamment .

   Et cela parce que tout système représentatif est,  par nature, essentiellement conservateur .

 

   La démonstration nous en a été faite, une nouvelle fois, hier soir, sur les plateaux télévisés, où, politiques et observateurs, commentaient, toute honte bue, des résultats électoraux attendus et sans surprise, annonçaient les sempiternelles mêmes combinaisons partisanes d'un deuxième tour, falsifiant le premier, tout en organisant la traditionnelle " Conjuration des Egos ", sous les accents du chant " obligé " de la République en danger, exigeant, dans un camp, le retour, sans concessions, à " une Union de la Gauche", pourtant morte depuis des lustres, par manque de soins, et dans l'autre camp, le retour à l'union vertueuse des Droites attachées à la France éternelle, dont le FN de Mme Le Pen fait partie intégrante, vous n'avez pas à en douter .

   La leçon est dure pour la majorité, condamnée par une surabstention impressionnante . Il faut donc mobiliser pour le second tour . Le ressort utilisé est révolutionnaire . J'ai entendu, hier soir, l'ânerie la plus criante : ce dimanche, ressemble au 21 avril 2002 . " Les loups sont entrés dans Paris " , chantait Serge Reggiani . L'épouvantail du FN est agité . Ce parti compte déjà 500 conseillers municipaux : sur 500 000 conseillers municipaux que compte le pays, on voit combien le danger immédiat est grand . Mais braquer les projecteurs sur cet élément détourne du taux de l'abstention, bien plus révélateur .

 

   Alors, " moi, électeur ... ", qui avais décidé, hier, comme dix sept millions d'autres électeurs, ( 38.7% ), de dire " Non ! ", je ne veux permettre, à aucun élu, quel que soit son niveau de responsabilité, de pouvoir prétendre, une fois encore, qu'il est légitime pour pouvoir m'exclure du débat , dés le lendemain du scrutin, " moi, électeur ... " je resterai éloigné des urnes, dimanche prochain également , 

 

   L'optimisme scientifique du XIXe s. s'est écroulé par la rupture de ses trois piliers essentiels : d'abord, la prétention hégélo-marxiste de garantir la révolution comme résolution heureuse des conflits, la plus riche et la moins illusoire ; puis la vision cohérente de l'univers et de la matière ; enfin le développement linéaire des forces productives ; nos anciens pensèrent qu'en dominant le premier point, nous résoudrions le troisième, et plus tard nous ferions l'affaire du second .

   Ces trois piliers à terre, la peur s'est installée partout, et nous n'en sortirons qu'en nous confiant à nos propres forces .  Ne faut-il voir là que la dernière expression lyrique d'une conscience révoltée ?  Ou ne serait-ce pas le premier mot de la pensée scientifique de notre siècle ?

   Qu'on n'attende pas de " moi, électeur ... " une adhésion à de douteuses philosophies du renoncement .

 

 

   NB : réflexion inspirée par le texte de Guy Debord, " La planète malade ", de 1971 ( Gallimard 2004 ) .

 

 

 

   

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Published by regain2012 - dans philosophie
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