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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 14:29

"  L'incapacité des Français au dialogue social et à la réforme du marché du travail est ainsi largement responsable des trés médiocres performances du marché du travail français par rapport aux autres p ays " . ( Yann Algan ; Pierre Cahuc . La société de défiance ) .

 ( Illustration : Fourneaux d'Arcelor-Mittal depuis le cimetière de Hayange .  Photo : Reuters / Vincent Kessler ) .

 

 

 

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  En France, il y a trop de chômeurs, on a laissé le p ays se désindustrialiser, c'est de la faute des Français ! La Sécurité Sociale coûte trop cher, les retraités sont trop bien choyés, c'est de la faute des Français ! La dette publique est trop élevée, les hôpitaux et les écoles sont des puits sans fond, c'est de la faute des Français, de tous les Français !

   Nous connaissons bien, à présent,  cette rengaine tout droit sortie des gorges parfumées de nos " toutologues " .

   Le grand classique " , c'est de la faute de tout le monde ", donc de personne en particulier, a bien fonctionné . Et là-dessus, des économistes - cela n'étonnera personne -, universitaires de surcroît, vont venir théoriser le mal français : " La société de défiance  : comment le modèle social français s'autodétruit ? " Yann Algan et Pierre Cahuc . Ed. de la Rue d'Ulm . 2007 .

   A la veille de la crise financière mondiale de 2008, qui a été dévastatrice, et dont nous ne sommes toujours pas sortis, deux économistes français , vinrent , dans un petit livre, passé inaperçu aux yeux du grand public, nous apprendre et nous " démontrer, que si la France était " fichue ", c'était simplement dû au " fichu " caractère des Français . Les Français : des êtres " sans sens civique, se défiant de tout le monde, et n'hésitant pas à frauder sur les droits sociaux que leur République , bonne fille, leur accorde .

   Ces deux savants, dans une démarche de rigueur toute universitaire, datent même, l'apparition de ce " mal " tragique : " La Libération " !

 

   La thèse de ces deux chercheurs est ainsi construite : avant la seconde guerre mondiale, durant les deux décennies 1920- 1930, la France est un petit " paradis " où les Français ont confiance en leur pays, ont confiance dans leurs institutions, ont confiance entre eux . La méthode d'enquête reste tout de même improbable . On étudie des enquêtes menées aux Etats-Unis, dans les années 1970, auprés d'Américains, petits enfants de migrants français, du début du XXe siècle, et l'on constate qu'ils manifestent une confiance générale, de 13%  supérieure aux Américains de souche et l'on en tire la conclusion hâtive que les Français du début du XXe siècle, étaient des gens respirant la confiance . Cette conclusion est construite sur un postulat improbable, pour ne pas dire spécieux : " les migrants auraient tendance à emporter avec eux les capacités à se fier à autrui qui sont en cours dans leur pays d'origine " .

   On examine ensuite les enquêtes menées auprés de citoyens de pays développés,  entre 1980 et 2000 , - enquêtes déclaratives , à partir d'une question trés large :  " d'une manière générale, diriez-vous que l'on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l'on n'est jamais trop  prudent  dans ses rapports avec autrui ? " . ( Association World Values Survey, instituts d'enquêtes sur les évolutions des valeurs,  politiques et culturelles , dans les pays développés ) .

   Et , suite à une erreur d' interprétation des termes " prudent " ou " méfiant ", sur une base d'analyse autour de la notion de " confiance généralisée ", et non pas de confiance ciblée : institutions, voisins, classe politique, médias, avenir , etc ... on déduit que les  Français " sont plus méfiants, en moyenne que la plupart des habitants des autres pays ".

   A partir de là, on peut se mettre à dérouler le cauchemar .

 

   Puisque les Français se méfient de tout : un sur cinq , seulement, fait confiance à son voisin, deux fois moins qu'aux Etats-Unis ou au Canada , trois fois moins que dans les pays scandinaves - , ils sont donc indécrottablement " rétifs " à l'économie de marché , soi-disant construite sur la confiance .

   Ils deviennent pour le coup des gens dotés de peu de civisme, qui ne s'indignent pas trop de la corruption qui peut traverser leur classe politique ; au contraire cela ne ferait, selon nos experts , que les conforter dans leur nature soupçonneuse ; et attendez, à y être, leur manque de civisme, peut les entraîner à tricher, parfois, pour obtenir quelques droits non dus .

   Par conséquent, la rupture culturelle, - et nous atteignons-là, le feu d'artifice de la démonstration -, c'est la Libération .

   Dans les années " Trente ",  la République, aux prises avec une lutte des classes exacerbée, avec les assauts des ligues fascistes, avec une finance haineuse, un mouvement révolutionnaire puissant, et le danger nazi , respirait la confiance , affirment nos " économistes " .

   Et la Libération va tout dévaster !

 

   Le système social qui se crée à l'aprés-guerre n'est pas solidaire, il est corporatiste : statuts, régimes spéciaux de retraite , droit public, droit privé, autant de segmentations des relations sociales qui entretiennent  un large cercle vicieux de défiance : cette organisation de la société entre corps ne peut qu'alimenter la division et la suspicion .

   Cette fragmentation sociale crée la nécessité d'un Etat plus interventionniste, régulateur indispensable des relations sociales non convergentes, qui va , lui aussi accroître la défiance, entraver les capacités de coopération et donc bloquer la société .

   La Sécurité Sociale,  la politique familiale universelle, la protection contre les accidents de la vie , possibles grâce aux côtisations sociales, ce ne serait pas de la solidarité ?

   La reconstruction, de l'aprés guerre, réussie grâce à ce contrat social,  les " Trentes Glorieuses ", ne seraient que des discrets " miracles de Lourdes " ?

 

   Plus fort ! L'incapacité des Français au dialogue social, incapacité héritée de ce modèle " injuste " voulu , en 1943 , par les représentants de toutes nos tendances politiques  - extrême-droite exceptée - , ayant tué la confiance mutuelle est largement responsable des trés médiocres performances du marché du travail français par rapport aux autres pays .

   Mieux ! Le déficit de confiance, entre 1950 et aujourd'hui,  nous coûte, par rapport aux pays de développement comparable,  3 points de chômage en plus et 5 points de PIB en moins . Quel ordinateur a pu sortir une telle aberration statistique,  nous ne le saurons pas .

 

   Allons, messieurs, vous avez bien mérité votre solde, auprés du MEDEF dont le but déclaré est la fin définitive du Programme du Conseil National de la Résistance !

 

 

   NB :  Inspiré du billet de Eloi Laurent, " Peut-on se fier à la " société de défiance "?  La vie des Idées . 13/ 01/ 2009 .

 

   

 

   

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Published by regain2012 - dans Société
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