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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 14:11

      Article de novembre 2011 : réédition .

 

 "Comment, au royaume morcelé du Moi-je, retrouver la force du nous, un nous durable, faisant toujours référence à une sacralité, séculière ou révélée." ( Régis Debray. "Le moment Fraternité".Février 2009.)

 

 

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   La Devise de la République est fille de la Révolution de 1789. Elle est mentionnée pour la première fois, dans un discours de Robespierre, en 1790, Le Discours sur l'organisation des gardes nationales, et donc bien avant la Proclamation de la République. Elle est dans l'air ambiant, d'ailleurs le salut républicain n'est-il pas: Salut et Fraternité?  Cependant les différentes Constitutions de l'ére révolutionnaire ne la reprendront pas.

   Il faut attendre la Révolution de 1848, pour qu'elle apparaisse dans l'article IV de la Constitution de 1848. C'est enfin la IIIe République, qui en 1880, l'officialise par décret, en en rendant obligatoire l'inscription sur le fronton de tous les bâtiments publics.

   Dans le débat politique, la Liberté et l'Egalité tiennent le haut du pavé. Mais de la Fraternité on parle si peu !

 

   Je me suis toujours demandé à quoi pouvait faire référence le troisième pilier de ce triptyque éminemment républicain. D'autant plus que si pour la Liberté et l'Egalité, je saisissais bien qu'il s'agissait d'énoncer des Droits et de mettre en oeuvre les moyens de les faire respecter, je ne voyais pas la Fraternité comme un Droit. Je mettais plutôt, derrière ce terme une notion d'obligation, de volonté, de morale, assez éloignée d'un juridisme pur et dur.

   Ainsi, pendant trés longtemps , pour me simplifier la tâche, j'ai confondu Fraternité et Solidarité. Du coup, l'obstacle devenait plus facile à surmonter.

   La Solidarité c'était: 

   - Une fiscalité progressive, juste, demandant à chaque citoyen un effort envers la Communauté Nationale, en rapport avec ses revenus.

   -L'instauration d'une Sécurité Sociale, plaçant les Citoyens à égalité devant la maladie et les coups du sort.

   -Le système des Retraites intergénérationnel et par Répartition.

 

   Aujourd'hui, et face aux coups de boutoir de la droite contre notre système de Solidarité, et les valeurs de Fraternité, - je pense aux plus démunis et à l'accueil des étrangers - je me dis qu'il y a entre Solidarité et Fraternité une différence de taille à découvrir.

 

   Le premier Principe ne pose pas de problème. Que les Révolutionnaires aient mis en avant tout de suite, la Liberté, face à un Pouvoir Royal, arbitraire, capricieux, injuste, impitoyable:" Lettres de cachet, Bastille, usage de la Question", ne peut qu'être évident.

   La première Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen la définit ainsi : " La Liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui: ainsi, l'exercice des droits naturels de chacun n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la Société la jouissance de ces mêmes Droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi."

   Principe fort moral, finalement, surtout si on le traduit ainsi : "Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait."

 

   Le Principe d'Egalité est, lui aussi , assez facile à cerner d'un point de vue juridique, et compréhensible de la part de gens qui viennent de vivre sous le joug des Privilèges d'une caste, d'une Aristocratie  richissime, exemptée de l'Impôt,  et même riche de l'arrogance de ceux qui ont tout envers ceux qui n'ont rien.

   Alors, l'Egalité qui annonce que la Loi est la même pour tous, que les distinctions de naissance ou de condition sont abolies et que chacun est tenu à la mesure de ses moyens de contribuer à la dépense de l'Etat n'a pas à nous surprendre. Ici l'on retrouve dans la définition de l'Egalité, ce que moi, j'ai longtemps  vu comme de la Fraternité. 

   Si nous poursuivons dans la vision de l'Egalité des révolutionnaires de 1789, nous voyons Robespierre préciser qu'il y a une dimension sociale dans l'Egalité, puisqu'elle résulte de l'amour de la République, " qui ne tolère pas l'extrême disproportion des richesses...L'Egalité demande donc que l'héritage soit aboli, que chacun ait un travail et que l'Impôt soit progressif..." Voilà comment Robespierre me conduit à repenser l' égalité .

   J.J.Rousseau définissait l'Egalité, comme consubstantielle de la Liberté, et comme le fait que" nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre."

 

   Le précédent Président fut vraiment bien éloigné de ces préoccupations, lui qui ne savait qu'injurier ceux qui ne réussissent pas ! Nicolas Sarkozy qui nous amènait par ses comportements à nous interroger quotidiennement sur une question de fond : la Devise de la République était- elle encore une référence, n'était-elle pas obsolète ? Allait-elle tenir encore longtemps face à la férocité des tenants de la Mondialisation acharnée ?

 

   Mais revenons à la Fraternité ! En tête de la Constitution de l'An III, 1795, il est dit:" Faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir ". C'est bien d'une Constitution républicaine dont nous parlons. Michel Borgetto, en 1997, dira dans son livre sur "la Devise", chez PUF:  " Pendant la Révolution, la fraternité avait pleine vocation à embrasser tous ceux qui, Français ou Etrangers, luttaient pour l'avènement de la Liberté et de l'Egalité".

 

   La Fraternité, je le disais, est plus une affaire de morale et de volonté. On va donc la trouver dans des situations particulières. Dans des combats, et de toutes sortes.  L'engagement politique dans un Parti, avec les limites des rivalités personnelles. L'engagement syndical, l'engagement dans des Organisations Humanitaires. Comme le dit J.Attali, " c'est l'Urgence qui crée la Fraternité". Comprenons que devant les Catastrophes Naturelles, c'est vrai, la Fraternité joue. Ou devant un envahisseur, dira R.Debray : la Fraternité de la Résistance. Ou encore quand l'être humain est plongé dans les monstruosités les plus insoutenables : la Fraternité des tranchées, en 1914-1918.

   Mais de tous ces exemples, l'on voit surgir  trés clairement une chose : la Fraternité ne peut pas être un comportement durable. Elle disparaît avec la disparition de la cause, admet  R.Debray ; tout le problème est donc de trouver la réponse à la question : comment rendre durable la Fraternité ?

    Ce n'est pas possible aujourd'hui : nous vivons dans une société totalement mercantile, sous l'administration de gens sans envergure, dit encore R.Debray.

 

   En attendant qu'une Grande Idéologie- inscrite dans le siècle, et non religieuse - , centrée sur le Bien Commun, tendue vers un horizon indiscutable pour tous, telle que : il faut sauver la planète pour sauver l'humanité ;  en attendant, soutenons les efforts de la société civile, des associations qui essaient de" maintenir des poches de Fraternité, " là où elles le peuvent, puisque les Politiques ont  dans leur  majorité trahi cette magnifique devise !

 

   Note :-  Texte inspiré de l'article " Liberté, Egalité, Fraternité " sur Wikipedia; trés référencé.

              -  Les citations de R.Debray sont empruntées au site de Mediapart.

   

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Published by regain2012 - dans histoire
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