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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 11:20

(1) . Berthold Brecht : 1938 .

 " On les entend partout ; on les emploie parfois . Ils ont l'air anodin, malingres assemblages de caractères chétifs, frêles associations de sons . Et pourtant les mots ne sont pas ces petits outils neutres qu'on imagine souvent . Les mots ont un poids et qui n'est pas de plume " . ( Guillaume Quashie- Vauclin : les mots piégés ) .

 ( Illustration : ludimaginary.net ) . poids-des-mots-autoportrait-thb.jpg

 

   " Le jour où les mots n'auront plus de sens, nous aurons gagné ..." ( Joseph Goebbels . Chef de la propagande du IIIe Reich dont l'oeuvre fut fort heureusement interrompue à Nuremberg en 1945 ) .

   En entendant , hier, 11 novembre, des fascistes hurler, sur les Champs Elysées, " à la Dictature socialiste ", au passage de la voiture du Président F. Hollande, m'est venue à l'esprit cette phrase de Goebbels, lue sous la plume de Gérald Andrieu, dans le magazine Marianne .

   L'explication est simple : je me rends compte que beaucoup de gens, aujourd'hui, semblent vouloir continuer l'oeuvre interrompue du sinistre ami d'Hitler : dépecer les mots de tout sens pour régner sur les esprits . 

   Mais l'exercice n'est pas sans danger et les " alchimistes de la sémantique " jouent avec le feu . Ainsi, dés hier soir, les apprentis-sorciers de la télévision offraient à Marine Le Pen une tribune en or, pour qu'elle puisse dénoncer les " interpellations arbitraires " , menées par la police, non pas républicaine, mais de Valls, contre ses militants venus aux abords de l'Arc de Triomphe, innocemment bien sûr, rendre hommage aux Morts de 14-18 : c'est pourquoi ils hurlaient " Hollande, démission " .

   Le quinquennat " Hollande " une dictature ? Un quinquennat " Le Pen " une villégiature ? Roland Barthes relève-toi, ils sont devenus fous !   

 

 

   Dernièrement, les dérapages lexicaux font florés  .

   Rappelez-vous, il n'y a pas si longtemps, un Ministre de N. Sarkozy, Laurent Wauquiez, le gendre parfait, ne s'en prenait-il pas à " l'assistanat , ce cancer de notre société " ? Sitôt le mot lâché, " tout un paysage se dessine sans bruit, un paysage fait de voisins fainéants et repus, gavés d'allocations, de petits fraudeurs malicieux profitant de votre dur travail, d'oisifs roulant en BMW quand vous peinez à finir de payer votre LOGAN ... ", ( La revue du projet ) .  Depardieu et son refus de participer à la solidarité nationale peut bien venir par derrière, vous ne l'entendez pas, parce que vous n'en avez que pour votre voisin, qui cache bien son jeu : Depardieu, au moins, est clair . Et oui, ça se passe comme cela !

    . Quand une Sénatrice écologiste ( Esther Benbassa ) ou un député socialiste ( Bernard Roman ), qualifient de " rafle " l'interpellation de la jeune Kosovar, Leonarda, non seulement ils desservent la cause qu'ils veulent défendre, mais ils banalisent le génocide perpétré par les nazis, ils le rendent presque insignifiant, puisqu'il peut être répété tous les " quatre matins " .

   Quand, quelques temps auparavant, D. Cohn-Bendit fait un parallèle, dans le Parisien, entre le sort réservé aux Roms, par M. Valls, et le sort réservé aux " Juifs dans les années 30 ",  plaçant ainsi, sur un même niveau, la République française du XXIe siècle et le régime nazi, les " déportations " et les " reconduites à la frontière " en avion , il se livre à un pilonnage des mots que n'aurait pas renié J. Goebbels .

   Prenons le mot de " planification " qui désignait une organisation de l'économie, une régulation de ses processus, une prospective pour limiter les errements, les abus, les catastrophes - entre autres financières - . Torpillé pendant des décennies par la classe dominante pour désigner le " totalitarisme " dans toute son horreur, l'assassinat de ce mot a permis l'éclosion de " la dérégulation vertueuse " dans laquelle nous baignons avec ravissement .

   Quand, surfant sur les abjectes agressions dont est victime Mme Christiane Taubira, agressions venues de soi-disant adversaires du " mariage pour tous ", et pourtant qu'un minimum d'objectivité oblige à qualifier de " fascistes " - Oui ! Que sont ces intégristes catholiques défilant derrière un curé en soutane et nu-pieds scandant : " Ya bon banania , Taubira on n'en veut pas ! ? "- quand donc, surfant sur ce climat, de grands quotidiens se mettent à titrer et à lancer le débat, " La France est-elle raciste ? " - notez : le pays tout entier ! - quelque chose s'est détraqué au pays d'Hugo .

   Pas un Français n'échappe à la diabolisation ! Ce curé en soutane et ses brebis, pas du tout égarées, pourquoi les condamner, puisqu'ils sont faits du même bois que nous tous ? Voilà qui va nous aider à débusquer les vrais racistes .

   Mais la palme de l'assassinat des " vieux mots édentés " qu'on croyait devenus impuissants , et qui " sournois ", restent là, en embuscade, ces vieux mots, ressurgissent, sous la plume de pharisiens entraînés par une " fausse égérie " hystérique , Elisabeth Lévy : " Les 343 salauds " qui ont signé un appel d'une délicatesse digne de Ronsard : " Touche pas à ma pute " !

   " Pute ! " . Les " 343 " qui n'étaient en fait que 19 sous la direction du grand Frédéric Beigbéder- et dont certains ont déjà quitté le navire, gênés par leur propre mauvaise odeur - revendiquent dans une revue  à paraître, " Causeurs " , mais dont le contenu a étrangement fuité avant l'heure , leur droit à la liberté " d'aller aux putes " .

   Il y a quarante ans, 343 femmes s'exposèrent pour revendiquer le droit à l'avortement, le droit à disposer de leur corps - " les 343 salopes " -, aujourd'hui, des messieurs, biens sous tous les angles ," libéraux-libertaires ", défenseurs absolus des Droits de l'Homme, exigent qu'on n'entrave pas leur droit à disposer du corps des autres, face au Projet de Loi " liberticide " - disent-ils -  de la Ministre du Droit des Femmes, Mme Najat Vallaud-Belkacem, qui veut pénaliser les clients de prostituées .

   Nos bons messieurs, qui refusent d'admettre l'existence du proxénétisme, de la traite des blanches et des réseaux mafieux, exigent que les prostituées leur soient laissées " en libres-sévices " .

   Dans cet épisode peu reluisant, dans ce baril de détergent pour mots à dissoudre, s'effiloche la langue laiteuse de nos " zélites " et leur inconsistance .

 

   Berthold Brecht nous appelait à laver les mots salis par les classes dominantes pour nous éviter de nous tromper ; quarante ans plus tard, en 1974, le poète Louis Aragon invitait les dirigeants du PCF à donner vie et écho à des mots porteurs d'alternative, en clamant : " Lancez des mots nouveaux dans le vocabulaire habituel " .

   Aucune voix ne paraît, aujourd'hui, vouloir s'élever contre le poison des " mots piégés, des mots déformés, des mots travestis " . 

    Retrouverons-nous jamais la braise des mots bruts, " ces mots qui mettent en marche pour des milliers d'années des millions de coeur ", disait le poète Maïakovski .

 

 

   NB :  Ce billet s'inspire du texte " Le poids des mots " de Guillaume Quashie-Vauclin " publié par la " Revue du Projet " et dont un résumé a été publié par Mediapart le 14 mai 2013 . 

 

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Published by regain2012 - dans Société
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