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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:08

" Soit les civilisations naissent, mûrissent et meurent, mais sommes-nous sur la terre simplement pour construire, puis détruire, des civilisations, ces fabriques provisoires, comme une génération de termites construit sa termitière, qui sera détruite et reconstruite dans la permanence indifférente de l'espèce ? ... Faut-il se résigner à cette perspective sans grandeur, ou au contraire faut-il reconnaître une valeur, une fécondité, un sens à ce pélerinage, tour à tour triomphal et douloureux, de l'humanité à travers la durée de son histoire ? " (  Léo Victor Frobenius . Ethnologue et archéologue allemand : Le Destin des civilisations .1932. Cité par : Henri Irénée Marrou . De la connaissance historique .)

( Illustration : termitière au Kenya . kin-ou.over-blog.com ) .

 

 

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    La réponse à la question de Léo Frobenius nous est donnée, en apparence, par le sociologue et économiste Frédéric Lordon, dans un article intitulé :  Le commencement de la fin . " Jamais un groupe d'intérêt aussi puissant que celui qui s'est  constitué autour de la finance, lato sensu, ne renoncera de lui-même au moindre de ses privilèges, et comme il est bien clair qu'aucun parti de gouvernement,  nulle part, n'a le désir réel de l'attaquer ..." , il ne nous reste plus qu'à attendre " la puissance dévastatrice d'une catastrophe que ce système aura lui-même engendrée ..."

   Des termites, dans la permanence indifférente de la vie de l'espèce . N'arrête-t-on pas de nous dire que les marchés sont moutonniers ?

   Voilà l'impression que me laisse le dernier sommet européen ! Moins de théâtralité, comme celle à laquelle nous avait habitués l'ex-président, mais les mêmes résultats .

   De l'austérité pour tous les pays européens, un sauvetage des banques italiennes et espagnoles, encore un, une union bancaire pour sauver ces banques, une petite " pichenette" à la croissance, avec des crédits qui existaient déjà,  pour sauver l'honneur du Président français, qui tout de go, accepte de signer le pacte d'austérité et démontre sa bonne volonté aux amis, en faisant publier le même jour, les lettres de cadrage aux ministres, pour la préparation du budget 2013, en annonçant sur trois ans, 15% de réductions de la dépense publique : 7% en 2013, 4% en 2014, 4% en 2015 .

   Je suis d'accord, le Président a fait preuve d'une extrême habileté tactique, mais pouvons-nous en dire autant pour l'efficacité économique et sociale : car le chômage continue de croître dangereusement .

   Trés bien, la semaine dernière nous avons sauvé notre système bancaire , les places boursières, fidèles à leurs réflexes de recherche de l'effet d'aubaine, ont progressé, mais les investissements en berne,  dont le redémarrage serait susceptible d'apporter de l'emploi, étaient absents des discussions ; les surcapacités de production des entreprises qui atteignent des niveaux records - automobile, raffinage - étaient absentes des discussions ; le chômage massif des jeunes : 25% des jeunes de moins de 25 ans, sur l'ensemble de l'Union Européenne - 50% en Espagne -, était absent des discussions . Et pourtant, ce dernier problème représente " une bonbonne de gaz politique ", comme dirait Frédéric Lordon, pour l'avenir de l'Europe .

 

   Pour ma part, j'en suis resté à ce que disait l' économiste non-inféodé Jacques Sapir, il y a déjà deux ans, s'adressant aux dirigeants socialistes : " Ce qui menace la France aujourd'hui, c'est la déflation,  pas l'endettement . Entonner l'antienne de la dette c'est préparer les verges avec lesquelles on se fera battre une fois au pouvoir . Car le PS trouvera toujours plus à droite et toujours plus rigoureux que lui ."

   Il faut injecter de l'argent dans l'économie ;  sans crédit, les PME-PMI voient les faillites et les plans sociaux se multiplier . Ca y est  ! J'entends déjà les cris d'orfraie des orthodoxes de la vérité bancaire : encore de la dette ! Même pas ! Le plan de sauvetage des banques, da la semaine dernière, prévoit une garantie de 500 Mds d'euros, à ces mêmes banques, à travers le mécanisme européen de stabilité ; la France y participe à hauteur de 21%, soit pour 100 Mds d'euros : si elle doit payer en raison du défaut d'une banque, elle empruntera : uniquement pour sauver une banque qui aura joué avec le feu . Mais la récession, engendrée par l'austérité, nous conduit à moins de recettes fiscales et donc à un endettement plus grand mécaniquement . N'est-il pas plus intelligent de s'endetter, d'abord, pour créer de l'activité, donc de l'emploi, donc des recettes fiscales en augmentation, qui couvriront l'endettement de départ ?  Reconnaissons que si ce discours aussi simple ne passe pas au niveau des décideurs , c'est qu'il y a un loup !

   Seul l'Etat peut encore aujourd'hui investir, alors que l'investissement privé est paralysé , tant la dette des entreprises est élevée .

   Que nous a donc démontré ce sommet ? " La tragique désorientation des décideurs politiques ; la persévérance dans l'obscénité des hommes de la finance ; l'état de rage qui gagne une part croissante de la population ", disait Lordon il y a quelques mois .

 

   Revenons à Lordon et à ses propositions : il ne nous propose pas de rester les bras croisés, dans l'attente du tsunami financier qui est en route . Dans son dernier livre, il nous éclaire sur le dilemme auquel est déjà confronté le système financier :  sortir de cette crise par une nouvelle spirale de surendettement des ménages, les banques une fois totalement consolidées, avec au bout une nouvelle crise ?  Ou , le système financier étant mis sous contrôle,  répondre  par moins de croissance et plus de chômage, avec au bout,  les explosions sociales qui ne seront plus maîtrisables .

   Lordon qui ne se fait pas d'illusion sur une option de combat anticapitaliste dont la réalisation lui semble peu probable dans l'immédiat, propose, à ceux qui ne supportent plus l'obscénité des hommes de finance,  de reprendre  le combat,  à partir de la remise en cause de la vie salariale, en l'élevant à un combat contre " le rapport salarial", essence de tout ce que la vie humaine peut porter de souffrance et d'atteinte à la dignité : " Souffrance liée à la dépossession des outils et des fruits de la production ; souffrance de perdre toute emprise sur sa vie de travail totalement remise à l'empirte patronal-actionnarial ; souffrance d'avoir à baisser la tête dans des rapports de subordination où le commandement hiérarchique a toujours le dernier mot ."

   Souffrance de constater que le patron asseoit son autoritarisme sur le principe universel du droit de l'individu à la propriété, et agit , parallèlement, pour démanteler les droits individuels de ses salariés, dans son entreprise .

   Cela paraît , dit ainsi,  plutôt théorique , et pourtant  j'y vois bien des horizons : il importe, pour renforcer la lutte contre l'hydre financière, d'abandonner le registre des slogans et du pur rejet, pour réarticuler la question d'un changement de système avec les réponses politiques à l'urgence sociale .

 

 

   NB : inspiré par l'article de Cécil Durand . Site :" contretemps . "

 

   

 

   

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Published by regain2012 - dans Société
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