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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 14:08

"  Pour la première fois dans l'histoire, les classes populaires ne font plus partie du projet économique ... Aujourd'hui, le marché a créé les conditions de l'éviction des catégories populaires en dehors des espaces qui comptent ..." ( Christophe Guilluy . Géographe . Fractures françaises . 2010 . Ed. François Bourin ) .

 ( Illustration : veretcoquille.e-monsite.com ) .

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   L'élection législative partielle dans l'Oise, de dimanche dernier, a mis en émoi le Landerneau médiatique . La poussée du Front National, qui a failli obtenir un troisième député à l'Assemblée Nationale, à huit cents voix prés, a réveillé  " le choeur des pleureuses " .

   Tout se résumerait à la mollesse de François Hollande, à l'incompétence du gouvernement et bien sûr à la trés grande habileté politique de Marine Le Pen .

   Sauf que le problème n'est pas le Front National, en tout cas ce n'est pas le problème central, c'est tout au plus un indicateur . Le problème est ailleurs . Il est dans la logique néo-libérale et les politiques d'accompagnement de cette logique qui, depuis trente ans, ont poussé les classes populaires hors des villes, au-delà même des premières couronnes, dans des périphéries où elles deviennent invisibles : le département de l'Oise en est une illustration parfaite .

   Dimanche dernier, dans l'Oise, trois cantons tenus par la gauche ont placé en tête la candidate du Front National ; 43% des électeurs de la candidate socialiste du premier tour se sont reportés sur la candidate du FN, contre 20% sur le candidat UMP, et ce malgré l'appel du PS, au niveau national .

   Des constats majeurs sont à faire, avant toute réflexion . Hier, " les ouvriers vivaient dans les villes, là où se créait la richesse et il n'était pas rare de rencontrer des ouvriers propriétaires de leur logement y compris à Paris ". Aujourd'hui, l'essentiel de la richesse du pays est créée dans les métropoles où ne vivent plus les classes populaires . Cela fait dire au géographe Christophe Guilluy que l'essentiel du PIB est produit " hors les classes populaires " .

   Et en plus de cette éviction économique et sociale, ces classes " ont dû prendre en charge " , au fil des flux migratoires, non seulement l'adaptation, à l'économie mondialisée, mais aussi " l'émergence d'une société multiculturelle ", niée par certains, mais bien réelle, sans aide, " sans mode d'emploi ", voire dans une sorte de tiraillement entre "  discours angélique " et " discours haineux " .

   Qui pourrait affirmer que les classes populaires n'ont pas conscience de cette " éviction" économique, sociale et culturelle ?  Qui pourrait affirmer que ces classes populaires, trés attachées au principe d'égalité, de par la longue histoire des luttes ouvrières, pourraient rester insensibles à une " relégation " de fait ?

   Alors elles l'expriment dans les urnes, de deux façons : le vote de colère ou l'abstention .

 

   Comment cela s'est-il passé ?

   Pendant la révolution industrielle les classes populaires vivaient là où se créait la richesse: au coeur de la ville ou dans la proche banlieue . Depuis trente ans elles ont été chassées des centres-villes vers la grande périphérie, à cause de l'explosion des prix du foncier, du départ des usines vers ces zones péri-urbaines qui, du coup, s'industrialisaient, et aussi à cause de l'attrait de la petite maison individuelle, attrait soutenu par des publicités agressives, et des facilités de crédit tentantes .

   Mais cette France populaire, la plus exposée à la mondialisation,  est devenue trés vite socialement fragile, dés que les délocalisations d'entreprises et les fermetures d'usines ont commencé à sévir ; dés que les pressions sur les salaires sont apparues, dés que le coût du carburant - essentiel dans ces zones éloignées des transports en commun - ont commencé à grever le pouvoir d'achat .

   C'est sur ces territoires que l'on a commencé , trés tôt, à enregistrer les critiques les plus fortes contre la mondialisation, que le " Non " au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, en 2005, fut majoritaire . Ce sont ces populations qui furent l'objet de l'arrogance et du mépris de l'intelligentsia parisienne, alors, qui les traita de racistes .

   Si on voulait les pousser dans les bras de Le Pen, on ne pouvait trouver mieux .

   Mais attention, cette France représente 60% de la population nationale . Dire que cette population s'est droitisée me paraît relever du " raccourci " le plus stupide qui soit .

   Elle ne fait pas autre chose , dans son comportement, que ce que font tous les autres : où veut-elle vivre ? Dans quelle école souhaite-t-elle mettre ses enfants ? Pourra-t-elle rejoindre une plage, quelques jours, cet été, avec les enfants ?

   La différence, par rapport à quelques années en arrière, peut se trouver dans le discours de justification de ses actes .

   " Le bobo de Belleville qui habite en plein coeur d'un quartier trés métissé, réside dans un immeuble de lofts, socialement homogène, sait contourner la carte scolaire et rentre, de nuit, de ses " tournées cabaret " en taxi ."

   Le prolétaire de Picardie n'a pas les moyens d'ériger de telles frontières, c'est pourquoi il reste trés attaché à l'Etat-Providence, aux services publics, protecteurs, à la laïcité, structurante et rassurante, et qu'en même temps il s'indigne de ce que droite et gauche confondues, passent à la lessiveuse ces valeurs .

   Le prolétaire de Picardie sait que nous sommes entrés dans une société multi-culturelle - constat que toute la bien-pensance nie - et c'est ce mensonge qui le rend furieux, car ce déni empêche toute réflexion sérieuse, sereine, pédagogique sur ce nouveau modèle .

 

   " La peur de devenir une minorité " a envahi les esprits . Et personne ne répond à cette inquiétude . Pour les maires socialistes de nos grandes villes, le grand écart entre leur centre-ville " boboïsé " et la périphérie de l'agglomération qu'ils président, aussi, paupérisée, est devenu impossible . 

   C'est pourquoi, Marine Le Pen a devant elle un réservoir de 60%  d'invisibles . Puisqu'on ne leur parle plus, ils vont se faire entendre !

 

 

   NB :   Texte inspiré du livre de Christophe Guilluy . " Fractures françaises " . 2010 . Ed. François Bourin . 

   

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Published by regain2012 - dans Politique
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