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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 19:39
" Les robinsonnades " (1) .

Réédition de décembre 2013 .

(1) .Robinsonnades " : terme inventé par Karl Marx, en 1859, dans l'introduction à la critique de l'économie politique,  critique du naturalisme des économistes .

" Le vide idéologique créé par les renoncements de la gauche pourrait être rempli par les penseurs de la droite radicale . Sombre hypothèse " . ( Jean-Claude Michéa ) .

   On ne trouve presque plus d'esprits à gauche, capables  - comme jadis Engels - de critiquer la dynamique aveugle du capitalisme qui conduit peu à peu le marché " à désagréger l'humanité en monades dont chacune a un principe de vie particulier et une fin particulière " . Saint- Simon disait cela autrement : " on veut transformer la société en une agrégation d'individus sans liens, sans relations, et n'ayant pour mobiles que l'impulsion de l'égoïsme " . 

   " Les contestations radicales futures du capitalisme - dans ses dérives financières les plus meurtrières -  seront de plus en plus diabolisées par les innombrables serviteurs médiatiques de l'élite au pouvoir ", diabolisation facilitée par le fait qu'elles ne seront plus portées que par l'extrême-droite .

   De la nature de l'étape historique dans laquelle nous ont précipités les néolibéraux, depuis trente ans, celle de l'argent " maître de tout ", celle que l'idéologue de l'ultra-libéralisme, Friedich Hayek , décrit ainsi : " le droit pour chacun de vivre comme il l'entend ", et donc " de produire, de vendre, d'acheter tout ce qui est susceptible d'être produit et vendu ", il s'ensuit trés logiquement que chacun doit être libre de faire ce qu'il veut de son argent : de le placer dans un paradis fiscal, de spéculer sur des produits alimentaires , de trafiquer avec ces mêmes produits alimentaires ; il s'ensuit également que chacun doit être libre de faire ce qu'il veut de son corps : de le prostituer, de le voiler intégralement, de le louer temporairement ; il s'ensuit encore que le retour à des modes d'esclavagisme d'individus isolés et sans défense n'est pas un acte d'inhumanité si terrifiant ; il s'ensuit que la concurrence entre personnes étant devenue une loi naturelle, écraser l'autre pour assurer sa propre réussite matérielle, non seulement n'est plus moralement répréhensible, mais est même à l'origine de votre statut social .

   De la désertion de ces terrains idéologiques par la gauche de pouvoir, comme du rejet de la droite classique pour en faire des questions,  il s'ensuit que l'extrême-droite les reprend à son compte, pour fidéliser autour de ses fantasmes autoritaires, hiérarchiques, divinisés, les classes populaires désespérées par un sentiment d'abandon, sans précédent, par les classes dirigeantes traditionnelles, et particulièrement les partis de la gauche, dite, avec une insouciante légèreté, de gouvernement .

   Ce n'est pas une affaire d'histoire récente que cette bizarrerie d'une extrême-droite qui se met à parler comme une gauche radicale .

   Il faut bien saisir que la gauche de pouvoir, qu'elle se prétende radical-socialiste, socialiste-réformiste, social-démocrate ou social-libérale a toujours vénéré le marché, et n'a donc jamais voulu le remettre en question,  laissant ainsi à la gauche révolutionnaire le champ des critiques radicales .

   La droite libérale, classique, - au sens économique du terme - a fait de même avec son extrême-droite .

   Gauche réformiste et droite libérale se sont donc enfermées dans une schizophrénie  que l'on pourrait définir ainsi , selon le mot du critique américain Russell Jacoby : " elles vénèrent le marché tout en maudissant la culture qu'il engendre " .

   Comprenons-nous bien : la première exècre toutes les atteintes aux libertés individuelles, n'attachant qu'un prix modéré aux libertés collectives ; la seconde exècre les libertés collectives, n'attachant qu'un prix modéré aux libertés individuelles .

   Pour la gauche révolutionnaire, comme pour l'extrême-droite, il ne reste plus que la contestation radicale, du système, donc du marché, donc du capitalisme, pour s'affirmer et se positionner sur l'échiquier politique .

   N'allez pas croire que la parenthèse Jean-Marie Le Pen, qui n'a jamais condamné le grand capital durant les trente années de gestion de la doctrine du Front National, déroge à la règle précédente ; enfermé dans la vénération d'un capitalisme de colonisation, il ne pouvait s'en prendre directement au capitalisme, sans dénoncer son ADN : l'empire colonial . 

   Toutes ces schizophrénies qui s'entrecroisent prennent racine dans un XVIIIe siècle, certes source de " Lumières ", mais aussi de confusions idéologiques, dont nous payons " l'injuste prix " aujourd'hui, en tout cas depuis la chute du bloc soviétique et la " mise au pilon " de la vision acérée de Marx .

   Schizophrénie, confusion des esprits, utopies qui n'étaient pas tout à fait des utopies, naissent, au XVIIIe siècle, dans une confrontation idéologique que nous avons trop longtemps sous-estimée, et qui pourtant reste un fait majeur de l'histoire des idées, sous-estimation dont tirent profit aujourd'hui, les " croisés " du libéralisme .

   Ce fait majeur est le suivant : les fondateurs du socialisme partageaient, avec les droites anti-libérales, aujourd'hui extrêmes, " un postulat anthropologique commun " . A savoir, que " l'être humain n'est pas un individu indépendant par nature ", comme le prétendaient Smith ou Ricardo, " et seulement guidé  par son seul intérêt souverain ", mais au contraire, " un animal politique " dont l'essence ne peut se déployer que dans le cadre toujours donné d'une communauté historique, à un stade de développement donné . Ce que Marx décrira, plus tard , ainsi :

    " Plus on remonte dans le cours de l'histoire, plus l'individu - et par la suite l'individu producteur - apparaît dans un état de dépendance, membre d'un ensemble plus grand : cet état se manifeste d'abord, de façon tout à fait naturelle, dans la famille et dans la famille élargie jusqu'à donner la tribu ; puis dans toutes les différentes formes de communautés, issues de l'opposition ou de la fusion des tribus ... Ce n'est qu'au XVIIIe siècle , dans la société bourgeoise, que les différentes formes de l'ensemble social se présentent à l'individu comme un simple moyen de réaliser ses buts particuliers comme une nécessité extérieure : c'est le point de vue de l'individu isolé ... " . (  Karl Marx . Critique du naturalisme des économistes . Introduction à la critique de l'économie politique . 1er chapitre du Capital . 1859 ) .

   Ne nous y trompons pas . A part cette identité de vue anthropologique, presque tout, par ailleurs, séparait l'idéal socialiste d'une société sans classe et les conceptions d'une droite extrême,  pour une part monarchiste et donc trés attachée à l'autorité, aux hiérarchies et aux privilèges .

   Du côté des adeptes de l'individualisme libéral qui n'ont jamais contesté  les conséquences morales et culturelles désastreuses de cet individualisme, pour la vie quotidienne des gens ordinaires, plus personne ne cherche à proposer, ne serait-ce qu'une sortie  plus ou moins " civilisée ", du système capitaliste . C'est sur ce vide sidéral que prospère le discours de Marine Le Pen .

   Le vide idéologique actuel s'est incarné, pendant deux siècles, de la parution du livre de Daniel Defoe, en 1718, Robinson Crusoé, au roman de Umberto Eco, en 1994, L'île du jour d'avant ", dans ce que Marx avait appelé : " Les Robinsonnades "  .

   Les chercheurs ont recensé plus de deux mille histoires de naufragés et d'îles désertes, en deux cents ans, ces aventures qui sacralisent l'individu, seul contre tous, et surtout seul contre la nature, mais qui triomphe sans l'aide de personne, et surtout pas grâce aux héritages d'une quelconque société .

  Oui :  " Robinson, ce héros du libéralisme " ; les " robinsonnades ", ces récits mythiques du libre-échange .

NB :  D'après l'entretien donné par Jean-Claude Michéa, " face à la statégie Godwin ",   Magazine Marianne Nos 870/871 du  20/12/13 . 

   

    

  

  

 

 

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Published by regain2012 - dans Société
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