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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 14:10

" Le pouvoir des actionnaires est,  en tant que tel, invulnérable . On ne s'en débarrassera pas comme de quelques plants de maïs génétiquement modifié ." ( Jean Peyrelevade . Le Capitalisme total .)

( Illustration : radio.cz ) .

 

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  " La tribu mondiale des actionnaires, sans chefs, ni sorciers, n'est pas organisée en institution qui aurait ses structures, sa hiérarchie, ses dirigeants, c'est pourquoi elle échappe à toute appréhension ."

   Les actionnaires, peu nombreux à l'échelle de la planète, constituent une force considérable, entre 25% et 50% de la population, dans quelques pays riches , en Occident . Aux USA, les citoyens de plus de cinquante ans, représentent les deux tiers des actionnaires .

   Cette situation est née de la révolution, qui s'est produite, ces dernières décennies, du passage du capitalisme dit " populaire", où l'industrie appartient à des familles riches, clairement identifiées, passage donc au capitalisme de l'actionnariat, ou capitalisme financier, à partir du vieillissement de la population, dans les pays occidentaux, et donc de la réorganisation des systèmes de retraite .

   Les systèmes de retraite par répartition peinent à s'équilibrer, dans la mesure où le rapport actif-inactif s'inverse de plus en plus vite . Aux Etats-Unis, par ailleurs, ce système constituait un frein à la mobilité du travail, si importante dans un modèle libéral . Qu'à cela ne tienne, de géniaux économistes inventèrent les fonds de pension .

   Bref retour sur l'histoire récente ! 

   Aux Etats-Unis, il existe un système de répartition, qui couvre une part importante de la population, mais qui ne donne droit qu'à des niveaux de pension, trés modestes . Ce système géré par l'employeur, où la pension est calculée sur le nombre d'années de travail ouvre droit à une pension connue à l'avance, mais si le salarié quitte l'entreprise en cours de carrière il perd tous ses droits . Ce qui bloque à vie un salarié dans son entreprise .

   Les Américains ont trouvé la réponse . 

   Depuis plus de vingt ans on a proposé aux citoyens américains, de s'assurer eux-mêmes, pour leur retraite . On appelle cela, les fonds de pension à contribution définie ; le salarié prend la responsabilité de son épargne retraite, l'employeur peut côtiser un peu, mais cela reste facultatif  ; en tout cas, l'employeur se débarrasse d'un risque ;  si le salarié quitte l'entreprise , il garde son épargne .

   Dans l'euphorie boursière des années 1990,  cette épargne fut vite captée par des fonds qui vont la faire fructifier , en placements d'actions en bourse .

   Nous avons changé de nature de société :  la forme collective d'épargne- retraite a cédé le pas à l'enrichissement personnel .

   Aujourd'hui, ces plans à contribution définie représentent les deux tiers des fonds de pension américains, c'est à dire que 70%  de ces fonds sont investis en actions, ce qui montre, dans le même temps,  leur fragilité, en cas de crise financière majeure .

 

   Soyons plus précis pour comprendre pourquoi l'on parle tant d'eux, dans nos économies mondialisées .

   Les fonds de pension gèrent aujourd'hui plus de 10 000 Mds de dollars et détiennent plus de 30% de la capitalisation boursière des Etats-Unis . A cela il faut ajouter les SICAV, fonds mutuels, qui représentent 6000 Mds de dollars, soit 15% de la capitalisation boursière des USA . ( En 1950, ce type d'investissement représentait seulement 3% du stock d'actions du pays .) 

   Jean Peyrelevade, n'hésite pas à dire qu'aujourd'hui, Wall Street est contrôlée par les fonds de pension .

   Un exemple suffira pour comprendre : le fonds Calpers, à lui seul, gère plus de 150 Mds de dollars au titre des retraites des fonctionnaires de Californie .

   Ces fonds ont été le fer de lance de la conquête des entreprises américaines , et aujourd'hui des entreprises européennes . Et leur poids, dans la gouvernance de l'entreprise, est impitoyable .

   Si une action va mal, le fonds ne peut pas revendre à perte et donc léser ses retraités ; résultat, il oblige l'entreprise à des mesures draconniennes de fermetures de sites, de licenciements, de délocalisations, quels que soient les coûts sociaux .

   Aujourd'hui, dans le monde occidental, quelques dizaines de milliers de gestionnaires d'actifs gèrent 15 000 Mds de dollars, - l' équivalent de la dette américaine -  investis dans des entreprises qui ne sont plus que " les serviteurs dévoués d'une machinerie irrésistible, qui censure sans pitié les rebelles ."

 

   Cette situation génère un certain nombre de questions, dont celles-ci :  la forte capacité à épargner des retraités anglo-saxons va-t-elle en faire les maîtres de la société mondiale ?  Les fonds de pension ne sont-ils pas l'incarnation du pouvoir de l'avenir sur le présent ?

   Pouvons-nous accepter ce nouvel ordre mondial : une poignée de futurs retraités saccage le présent du plus grand nombre, dont les jeunes de tous les pays, pour s'assurer un avenir " gourmand, excessivement gourmand !"

 

 

   NB : d'aprés le livre, " Le capitalisme total ", de J. Peyrelevade .Seuil . 2005 .


   

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Published by regain2012 - dans Société
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