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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 14:37

" Jusqu'à quand considère-t-on une population comme immigrée, alors qu'il s'agit normalement d'un état transitoire et théoriquement non héréditaire ? " ( Alain Limousin ) .

   ( Illustration : actualité.portail.free.fr ) .

 

 

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   Un tweet inexplicable nous a privés du vrai débat qui aurait dû alimenter la campagne du deuxième tour des législatives : l'immigration , et le rapport des partis politiques avec ce phénomène . C'est attristant !

   L'historien nous apprend une chose : " L'immigration, en soi, dans l'absolu, n'existe pas !  Elle relève d'un destin individuel, et donc en tant que tel, elle est de l'ordre de l'évènement . Et , nous dit Fernand Braudel : " les évènements sont poussières ."(1) .

   Toute histoire de l'immigration peut-être mystificatrice, puisqu'il n'existe que des immigrations particulières, à un moment donné, et vers des territoires donnés :  ce qui pourrait donner à penser que l' étude d'une " géographie de l'immigration" est plus pertinente que son histoire .

   Les causes des migrations sont tellement diverses : décision libre, contrainte d'une déportation, raisons économiques, politiques, religieuses, ont une telle ampleur qu'on ne saurait réduire leur étude au seul cadre d'une nation et occulter la durée nécessaire à la compréhension du phénomène .

   Par exemple, ne faut-il pas aborder l'étude des migrations européennes, aujourd'hui, à l'echelle, au moins, de l'Europe ? (2).

 

   Puisque Mme Le Pen , et en son temps , N. Sarkozy, nous ont imposé ce thème, à des fins politiciennes , demandons à l'historien de leur répondre, ou plus précisément, de leur poser la seule question qui vaille :  " A partir de quelle période, la référence à la France comme cadre spécifique où se manifeste  le phénomène est-elle justifiée ?" ( 2) .

   Autrement dit, depuis quand, Mme Le Pen, vous estimez-vous Française ?

   Vercingétorix, Hugues Capet, Louis XIV, Napoléon Ier, M. Thiers, peut-être ?

   Croyez-vous qu'on puisse écrire une histoire des migrations avant la Révolution Française ? C'est Mirabeau qui vous répond : la France, sous l'Ancien Régime, n'était " qu'un agrégat inconstitué de peuples désunis ." ( 2) .

   Alors, " l'âme de la France éternelle ", qu'évoquait le Président de la République, il y a trois jours, est un concept qui peut se discuter . Souvenons-nous que les grandes guerres, les grandes batailles du Moyen Age ou du XVIIe siècle n'étaient conduites que pour asseoir les pouvoirs, faire éclater la gloire d'un seul homme , le Monarque . La France, la Nation n'existaient pas : on ne parlait que du domaine royal . Du coup, on ne parlait jamais d'immigrés : il y avait les sujets du Prince et les étrangers .

   On évoquait le mot immigré , dans les registres paroissiaux, pour des gens arrivant d'une autre paroisse, dans un rayon de quinze kilomètres .

   Sous l'Ancien Régime cohabitaient des régimes politiques trés divers :  les pays d'élection, provinces où l'impôt était fixé par l'Intendant aprés consultation des Etats Généraux, Etats oùu les représentants furent pendant une période élus par les notables ; les pays d'Etat, où les Etats Généraux fixaient l'impôt et avaient la charge de le relever ; les Etats d'imposition, où le Roi fixait lui-même les Impôts . Péages, octrois, douanes intérieures, exemptions et privilèges faisaient distinguer " les provinces réputées étrangères" (2).

   Les frontières du royaume étaient des plus floues . Les grands barons possédaient des fiefs, à cheval sur plusieurs états : le duché de Bourgogne en est un exemple illustre . Le passage des frontières entre les divers royaumes était trés facile, plus aisé que l'entrée dans une ville . " Classes supérieures,étudiants et marchands, hommes du commun, pélerins, mendiants et errants, " sans feu ni lieu" , une partie importante de la population se déplaçait sans tenir compte des frontières ."(2) .

 

   Parler d'immigration sous l'ancien régime était une absurdité . Parler d'immigration suppose une population autochtone stable . Or , pendant tout le haut Moyen Age, suite à l'effondrement du système domanial de la Villa romaine, la population est devenue nomade . Et ce sera la tâche des Carolingiens, des grands féodaux, de l'Eglise que de fixer à la terre les paysans , pour accroître les rendements et un meilleur contrôle des populations .

   Il a bien fallu , pour réussir cette sédentarisation, stabiliser le royaume, mettre fin aux invasions régulières : les Normands à l'Ouest, les hongrois à l'Est, les Arabes au Sud . Aux Normands, le Roi de France, offre la Normandie pour qu'ils s'y installent à demeure : Mme Le Pen , oserez-vous dire à un habitant de Normandie qu'il est un immigré ? Oserez-vous traiter d'immigrés les Audois qui étaient des sujets du Roi d'Aragon au XIIe siècle ? Les Catalans du Roussillon qui étaient Espagnols jusqu'au Traité des Pyrénées ? Et les ch'tis, qui ne devinrent sujets du Roi de France qu'en 1668 ?

   Des saignées de la Peste Noire et de la Guerre de Cent Ans, au XIVe siècle, à l'industrialisation du pays au XIXe, en passant par la guerre de Trente Ans, les Rois de France n'ont cessé de faire appel aux étrangers : Hollandais pour assécher nos marais ; Autrichiens, Suisses ou Suédois pour repeupler l'Est ; Italiens pour les manufactures et la soierie ; mercenaires Suisses ou Ecossais pour défendre la monarchie .

   Tous ces étrangers ne choquaient pas puisque la fidélité au souverain était la seule chose qui comptait .

 

   La France est  alors extrêmement diverse par ses origines et ses modes de vie : et ne peut-on déceler des différences culturelles entre la France du Nord, regardant vers l'Europe des marchands,  et La France du Midi tournée vers la Méditerranée ? 

   Dans ce débat , il n'est pas inintéressant de rappeler, qu'au XVIIIe siècle encore, à quelques lieues seulement de Paris , fleurissaient les patois et si l'on poursuivait sa route , les langues régionales .

   Est-ce que cette diversité empêcha le peuple de France de s'unir pour jeter à terre les  tyrannies, à chaque rendez-vous que l'histoire lui a donné : 1789 , 1848 , 1871 , 1914, 1942 ?

 

   Mme Le Pen, vous échouerez dans votre croisade pour un " sang pur " : " Le peuple français sait que ses origines sont diverses, bien plus, il revendique cette diversité et en est fier ; c'est l'image de la France généreuse et accueillante, patrie des Droits de l'homme et protectrice des réfugiés . Le désir d'intégration, l'assimilation est la libre réponse à cet accueil,  jamais le fruit d'une contrainte ." (2) .

 

 

   NB : (2)  Citations de Alain Limousin . Historien . Billet , d'aprés l'article d'Alain Limousin : " L'histoire de l'immigration en France : une histoire impossible ." Revue : " Pouvoirs ", No 47 de 1988 chez PUF .


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Published by regain2012 - dans histoire
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