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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 16:39

Réédition ( octobre 2015 ) .

 " Ni dans le domaine social-historique, ni nulle part ailleurs, la création ne signifie que n'importe quoi  peut arriver, n'importe où, n'importe quand et n'importe comment  " . ( Cornélius Castoriadis . Les carrefours du labyrinthe .) . (1) .

( Illustration : indiequebec.com ) .

 

 

malajube.jpg

 

 

   C'est dans un labyrinthe, semé de quelques carrefours, que je vais essayer de vous entraîner, aujourd'hui . La vie politique est certainement un des labyrinthes où les voies de circulation peuvent être les plus enchevêtrées . Et les carrefours, à l'occasion desquels certaines voies, parfois se croisent, y sont souvent peu déchiffrables .

   Voici l'histoire du labyrinthe à travers lequel, durant tout le XXe siècle, " la gauche " française a évolué, s'égarant en maintes occasions, pour finir par disparaître, en ce début de XXIe siècle .

   Ce corpus d'idées politiques, ce panthéon d'hommes illustres, ces conflits avec la réaction, monarchique et catholique, qui construisirent une certaine idée de notre pays, ont perdu tout sens . Pire, le concept de " Gauche " est devenu, aujourd'hui, un concept mystificateur .

 

   L'histoire commence, avec " l'introduction " en France, au cours de XIXe s. , du mot " socialisme ", grâce au journaliste et philosophe, Pierre Leroux . Leroux reprend le terme " socialiste ", en opposition à l'individualisme prôné par la bourgeoisie triomphante : il défend, à partir de ce terme, un socialisme associationniste et mutualiste, " un socialisme républicain qui fasse toute sa place à la liberté, tout en prenant l'idéal d'égalité dans le sens le plus exigeant, les sens social " , un socialisme de l'entraide ouvrière .

   Alors que le rouleau compresseur de la première révolution industrielle s'est mis en route, c'est autour de ces idées  d'entraide , d'association, de mutualisation, que vont se construire les premiers combats de la classe ouvrière .

   C'est pourquoi, d'ailleurs, en 1864, à Londres, est créée - ce que les historiens appelleront, plus tard, la Première Internationale , pour des commodités historiques - , mais qui se dénommait, à sa création " Association Internationale des Travailleurs " , qui réunissait ouvriers anglais et français .  Relevons, pour la petite histoire que les statuts furent rédigés par un certain Karl Marx .

   Parallèlement se développait, en opposition au Second Empire , un mouvement républicain, uni autour des Droits de l'Homme, Droits individuels et Droits collectifs, mais assis sur un Droit, dit supérieur, la liberté d'entreprendre .

   La IIe Internationale, fondée à Paris, en 1889, à l'initiative, avec d'autres, de Friedich Engels, réunissait les Partis ouvriers et les Partis socialistes d'Europe, sur la base de la lutte des classes, consacrant une rupture idéologique, claire, entre socialistes et républicains .

   Il est important, à ce stade, de rappeler que les deux plus grands massacres perpétrés, en France, contre la classe ouvrière, juin 1848 et mai 1871, le furent par des gouvernements républicains .

 

   L'histoire du concept de " gauche ", commence, selon une majorité d'historiens, avec l'affaire Dreyfus . Républicains et Socialistes se retrouvent, aprés quelques hésitations, peu reluisantes, dans le camp des Deyfusards, contre une réaction monarchique, catholique, nationaliste et antisémite, contre l'alliance du " sabre et du goupillon " . C'est le premier carrefour, où ce qu'on commencera à appeler " la gauche ", mais aussi le parti du mouvement, s'en tire , encore, tout à son honneur .  C'est aussi,  le début de la tension " droite- gauche ", qui sera la colonne vertébrale de la politique française du XXe s. 

   Le mouvement ouvrier socialiste qui participait déjà à la vie parlementaire, va entrer dans des gouvernements républicains, avec Alexandre Millerand, pour participer, dans une sorte de " compromis historique " noué avec la gauche libérale et républicaine, pour combattre un ennemi commun : les forces rétrogrades qui pensaient encore possible une restauration de l'Ancien Régime, l'Eglise Catholique qui refusait avec hargne de " perdre sa domination sans partage sur les institutions et sur les âmes " .(2) . 

   Cette Union, engagée au départ, dans un combat noble, le refus de toutes les Institutions oppressives et inégalitaires, allait se perdre, une première fois, dans le carrefour de 1914, dans l'Union Sacrée contre l'ennemi héréditaire - malgré les avertissements de Jean Jaurès qui lui coûtèrent la vie - dans la boucherie la plus ignoble et la plus stupide de l'histoire de l'humanité .

 

   Le parti radical incarnera " l'aile marchante " du progrés durant un demi-siècle, sauf qu'à vouloir incarner le progrés en opposition à l'Ancien Régime, et en accordant à la bourgeoisie - en tant qu'héritage de la Révolution - le rôle de classe progressiste, et refusant à la classe ouvrière le moindre rôle historique, les radicaux, les républicains et une frange des socialistes,  pour garder leur identité originelle de " réformateurs ", vont se faire un devoir d'anticiper tous les mouvements,  perçus comme modernes, qui agitaient la société capitaliste, qu'ils soient conformes ou non à l'intérêt du peuple, ou au seul bon sens .

   Les capitulations des années 1930, jusqu'à Munich - carrefour de toutes les lâchetés -  illustrent parfaitement, cette démarche .

 

   La droite réactionnaire, de l'alliance du " sabre et du goupillon " ayant été définitivement balayée en 1945, à la Libération, -  carrefour, plus heureux pour la gauche, mais il n'y en aura pas d'autre -  ce qu'on appelle, aujourd'hui la droite, ne désigne plus que les adeptes d'un capitalisme financier, sauvage et profondément inégalitaire .

   Les socialistes n'ont nullement, pour un temps encore, l'intention d'abandonner leurs convictions concernant l'ensemble des solidarités traditionnelles, l'importance du lien social, au contraire même, s'appuyant sur les républicains et sur une droite tournée vers un capitalisme familial, ils renforcent les protections, avec la création de la Sécurité Sociale .

   Passons sur le carrefour sans gloire des guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie  . La gauche fait du soulèvement algérien une vraie guerre, en 1956, laissant à l'homme de droite De Gaulle, le soin de faire la paix , mais aprés, encore une fois, bien des morts inutiles .

 

   Et viendront les années 1980, les années Mitterrand . Les socialistes vont chercher un homme de droite pour les représenter, qui réussit à entraîner communistes et radicaux, dans un concept  " d'Union de la Gauche " aussi ambigü,  qu'illisible : en fait un simple outil, pour faire élire Mitterrand .

   C'est le dernier carrefour, mais il est fondamental . C'est dans ce carrefour, que dans un désir irrépressible de continuer à incarner la modernité - mais en niant anthropologie, histoire et antagonismes de classes - le socialisme à la sauce " mitterrandienne ", devient " la gauche ", tout entière .

   Et la dégringolade pouvait commencer . On invente le  concept de " nouvelle gauche ", celle du marché , du contrat et du droit abstrait, celle des individus naturellement indépendants et seulement liés par " des accords privés ; celle des droits de l'homme mais seulement hors de l'entreprise .

   La bataille idéologique fait rage : critiquer les Lois du Marché ou l'Idéologie  des Droits de l'Homme - à sens unique et pour certains, seulement - c'est vouloir le retour des totalitarismes . Se méfier de ces politiques dites de compétitivité, qui fleurissent en ce moment, c'est être ringard .

   La  gauche  ayant renoncé à sa mission émancipatrice, n'est plus la gauche . La gauche estimant qu'elle n'a plus d'adversaire de classe n'est plus la gauche . La gauche ayant abandonné la solidarité au profit de la réussite individuelle n'est plus la gauche . 

   La gauche est juste une nouvelle droite tout juste capable d'instrumentaliser la droite traditionnelle sur des sujets de société où de vieux ressorts ataviques jouent encore .

   " Et si tant de travailleurs votent extrême-droite, ou ne votent plus, c'est qu'ils ont perçu cette triste vérité " . (2) .

 

 

   NB :  (2) .  d'aprés l'interview de Jean Claude Michéa, dans Marianne, No 828, à propos de la sortie de son livre " Les mystères de la gauche ", sortie le 6 mars . 

   

   

 

 

   

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Published by regain2012 - dans histoire
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