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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 19:44
" Les cadres de la pensée pensable " .

Réédition de la publication de février 2013 .

"  L'un des instruments les plus efficaces d'une démocratie est d'encourager le débat, mais dans les limites d'un système de prémisses non exprimées qui incorporent les principes de base du système doctrinal . Dés lors, ces mêmes principes sont soustraits à l'examen, ils deviennent le cadre de référence de la pensée pensable et non pas les objets d'une prise en considération rationnelle " . ( Noam Chomsky . L'idéologie et le pouvoir ) .

 ( Illustration : blogues. journaldemontreal.com ) .

  Derrière l'apparente légèreté de la vignette, ci-dessus, se cache une vérité fondamentale du fonctionnement de nos démocraties, qu'il ne faut surtout pas négliger . L'expression " cause toujours " nous ramène à un principe de base du fonctionnement " démocratique ", à savoir que l'instrument le plus efficace pour empêcher le citoyen d'accéder à certaines vérités n'est plus la censure, et pas davantage la propagande pesante des dictatures, mais le débat, dit, démocratique .

   Le débat, oui, mais le débat organisé, encadré, planifié . Attention ! Tout peut-être dit, encore une fois, oui, à condition que les cadres du débat global aient été posés, fort subtilement : " Je dis ce que je veux, dans l'ordre de ce qui est pensable ; je ne dis pas ce qui n'est pas pensable , puisque je l'élimine de ma conscience, sans le savoir " . Tel est le concept de Noam Chomsky, plus besoin de propagande officielle, puisque je vais critiquer l'ordre établi, dans le cadre de ce qu'il veut bien voir critiquer, en soumettant mon discours à l'omission des bases vraiment critiquables du système . 

   L'exemple le plus probant de cette rhétorique est bien sûr celui de la guerre en Irak menée par Georges Bush Junior, en 2003 . Il faut savoir que dés son arrivée à la Maison Blanche, G. Bush lance les préparatifs d'une nouvelle guerre avec Sadam Hussein, et ce , des mois avant les attentats  du 11 septembre 2001 .

   L'objectif est le contrôle des puits de pétrole du 4e exportateur mondial et la relance de l'économie américaine par l'écoulement et  le renouvellement de ses énormes stocks d'armes, en se débarrassant de S. Hussein, en mettant en place un pseudo- régime démocratique, en implantant des bases américaines sur le sol Irakien, pour rappeler aux Etats du Moyen-Orient qui est le " patron " .

   Passons sur les méthodes : mensonges sur les armes de destruction massive, mensonges sur les liens de Sadam Hussein avec Al-Qaîda, - cela c'est la propagande classique -  mépris des votes du Conseil de Sécurité . Bush ne combattra pas les débats sur ces sujets, même pas aux Etats-Unis, sauf quand la guerre aura été déclarée - et qu'il faut soutenir unanimement les boys - .

   Il ne s'engagera pas dans ces échanges, car pour lui l'essentiel est ailleurs . L'essentiel n'est pas le respect du processus de la légalité internationale, l'essentiel est ailleurs , dans le principe capital, cher à tout Américain :  nous avons le droit de recourir à la violence où nous le voulons, et personne n'a le droit de nous en dissuader . Principe clairement exprimé par G. Bush, père, sorte de cri du coeur révélateur, au lendemain de la première guerre du Golfe, en 1991 : " C'est nous qui commandons ! "

   Le débat aux Nations-Unies sur une autorisation à donner aux Etats-Unis d'intervenir en Irak n'a pas eu lieu . G. Bush s'en est dispensé, afin d'éviter les remises en cause fondamentales de la politique américaine : les Etats-Unis se veulent au-dessus des lois internationales, puisqu'ils sont économiquement et militairement les plus forts . Ils sont donc " un Etat hors la loi ", comme le dit Noam Chomsky, et les élites américaines veulent qu'il en soit ainsi .

   Si bien qu'en 2003, Bush fit l'objet de beaucoup de critiques, mais les Etats-Unis jamais, sur leur rôle de gendarme de la planète . Au contraire, les élites européennes se plaignirent, certes,  des mensonges utilisés, mais applaudirent le gendarme .

   On pourrait donner d'autres exemples à ces débats " enveloppés " : le problème israëlo-palestinien neutralisé dans le schéma de la sécurité d'Israël avant tout  et non le droit du peuple palestinien à avoir une terre ;  la diabolisation de l'Iran, alors que le danger majeur est au Pakistan ; le soutien à géométrie variable aux djihadistes, selon qu'on est en Afrique ou au Moyen-Orient .

   Mais, ce paradigme " chomskyen ", c'est dans la lutte idéologique, qui traverse actuellement l'Europe, qu'on le voit le mieux se développer .

   La crise de la dette publique offre une opportunité inespérée aux tenants du capitalisme financier et à leurs disciples, de détruire le système social européen, mais surtout français,  trop protecteur : ses politiques familiales et de santé, ses salaires trop élevés, système issu de la fin de la 2e guerre mondiale qui avait fait naître, un certain désir de solidarité, mais aussi alimenté par la peur des progrés du communisme à l'Est . 

   Et le chômage de masse endémique est un outil fantastique pour nous amener à admettre qu'il faut casser tout ce qui protège les travailleurs . C'est pourquoi, j'ai la certitude qu'il passera beaucoup de temps avant qu'on ne s'attaque vraiment au chômage, en tout cas pas tant que des pans de protection restent debout .

   Allez-y, laissez-vous aller, débattez, nos dizaines de chaînes télévisées d'information sont là, pour ça, même sur les prédateurs de la finance, sur le hold-up bancaire quotidien, sur l'explosion des dividendes . Ca ne nous gêne pas, dit-on, dans les cénacles où se retrouvent nos dirigeants politiques et économiques .

   Et pourquoi tant d'ouverure d'esprit ? Parce que, le chômage de masse angoisse tellement chacun d'entre nous, qu'il est devenu la seule réalité pensable . Par conséquent, compétitivité, flexibilité, baisse des salaires, augmentation du temps de travail, sont aussi des réalités pensables et admissibles .

   Avez-vous jamais entendu dire que l'explosion des dividendes qui entraîne la réduction des investissements et des crédits de recherche créait du chômage ? Non !

   Avez-vous entendu dire qu'on voulait démanteler la Sécurité Sociale ? Non ! Au contraire, F. Hollande comme M. Gattaz, nous disent que tous les sacrifices demandés le sont pour préserver ces acquis .

   La bataille pour faire basculer la casse de la protection sociale dans le domaine de ce qui n'est pas  pensable, afin que nous n'apercevions même plus ce sujet comme raisonnable, est presque gagnée par nos gouvernants : qui s'autorise à nous proposer des scénarios de ce que pourrait être la société dans vingt ans ? Personne !

   Ils ont réussi à nous faire débattre sur la nature et la quantité de sacrifices acceptables, mais surtout pas sur la légitimité de ces sacrifices . 

   

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Published by regain2012 - dans philosophie
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