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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 13:22

" Redonnez-moi le mur de Berlin / Redonnez-moi Staline et Saint-Paul / J'ai vu le futur, mon frère : / C'est la mort ."  ( Léonard Cohen ) . Cité par l'économiste Daniel Cohen en exergue de son livre :  La prospérité du vice .

 ( Illustration : aosh.pagesperso-orange.fr ) .

 

AMYGDALE2-copie-1.jpg

 

   L'écrivain, compositeur et chanteur canadien ne nous invite pas à pleurer sur la fin du monde soviétique ou le déclin du Christianisme, mais à regarder bien en face le futur que le capitalisme nous a préparé . A l'instar de l'économiste Joseph Schumpeter, il nous prévient que les défauts du capitalisme ne se résument pas à des amygdales infectées, que l'on peut éliminer par un petit coup de bistouri, mais que ces défauts " ressemblent aux battements de coeur, à l'essence même de l'organisme qui les manifeste " .

 

   La ruse dans la communication des tenants du capitalisme sauvage tient en un seul principe : présenter isolément les problèmes de l'économie mondiale . Compétitivité, coûts sociaux, commerce extérieur, salaires, ainsi pris un par un, ces problèmes nous paraissent moins graves et susceptibles de recevoir des solutions . Or, pour lire correctement le futur de notre système économique, c'est globalement qu'il faut l'embrasser .

   Et cela commence par un premier constat : même livrée à elle-même, cette économie continuera de croître . Le grand bond en avant de " l'âge d'or " de notre système - entre 1960 et 1990 - a concerné quelques 600 millions d'habitants, une vingtaine de pays " des économies de marché développées ", et l'on peut considérer que la mondialisation et la redistribution internationale de la production vont continuer d'entraîner dans l'économie mondiale une partie importante des autres sept milliards d'habitants du monde .

   Sauf que cela n'est possible qu'au prix d'un élargissement de l'abîme qui sépare les pays riches des pays pauvres . L'affirmation de nos économistes classiques - complètement désavoués par  la crise de 2007 - selon laquelle " un commerce international totalement libre permettrait aux pays pauvres de rattraper les riches est contraire à l'expérience historique autant qu'au sens commun " , ( Eric J. Hobsbawm ) .

   " Et une économie mondiale qui se développe en engendrant des inégalités croissantes de ce type accumule inévitablement de futurs problèmes ", ( Hobsbawm ) .

   En effet, les activités économiques ne sauraient être isolées de leur contexte ni de leurs conséquences .

 

   Et en ce début de XXIe siècle, trois aspects, au moins, de l'économie mondiale sont alarmants . En premier lieu, la technique continue à chasser la main -d'oeuvre de la production des biens et des services sans créer suffisamment de postes de travail proches de ceux qu'elle élimine ni garantir un taux de croissance suffisant  pour les absorber . L'Age d'or du plein emploi est définitivement terminé dans ce système .

   En deuxième lieu, et bien que la main-d'oeuvre demeure un grand facteur de production, la mondialisation déplace l'industrie de ses anciens centres vers des pays dont le principal atout est fait de têtes et de mains bon marché , dont il s'ensuit le transfert d'emplois vers les régions à bas salaires et, comme le veulent  les règles du marché, la chute des salaires dans les régions à hauts salaires sous la pression de la concurrence salariale mondiale .

   Les vieux pays industriels  européens peuvent rapidement se transformer en pays à salaires bon marché mais avec un résultat socialement explosif et sans aucune chance de rivaliser un jour avec les pays d'industrialisation récente . Dans le passé les Etats avaient fait obstacle à ces pressions en recourant au protectionnisme .

   En troisième lieu, il faut bien voir que le triomphe de l'idéologie du marché sans entrave a affaibli, supprimé parfois,  la plupart des instruments qui permettaient de gérer les effets sociaux des bouleversements économiques . L'économie mondiale est donc devenue un moteur de plus en plus puissant et incontrôlé .

 

   Les apprentis sorciers du libéralisme échevelé ne voyant plus d'obstacles à leur cupidité n'avancent plus en se tenant à couvert, le futur qu'ils ont défini  commence à nous être présenté sans fard . Les coûts de la sécurité et de la protection sociales sont trop élevés et doivent être réduits ; la réduction massive de l'emploi dans les secteurs tertiaires - qui servirent un temps de matelas protecteur face à la désindustrialisation - , la banque, la finance, l'administration, ces emplois de bureau devenus superflus avec l'arrivée massive de l'informatique, s'impose . Pour le système, le déclin des anciens marchés est compensé au niveau global par l'expansion du reste du monde .

   Disons-le plus brutalement : l'économie mondiale peut mettre sur la touche une minorité de pays pauvres jugés économiquement sans intérêt et négligeables , tout comme elle peut , à l'intérieur des frontières se passer des plus pauvres, dés lors que le nombre de consommateurs potentiellement intéressant reste suffisant . " Vu des cimes impersonnelles des économistes et des comptables les inégalités de développement sont négligeables ", ( Hobsbawm ) .

   Cependant, imaginons un instant - et cette hypothèse n'est pas du tout fantaisiste - que les tendances actuelles se poursuivent et conduisent à des économies où un tiers de la population exerce une activité rémunérée quand les deux tiers restants sont inactifs, et qu'au bout de vint ans , l'économie produise un revenu par tête deux fois supérieur à ce qu'il était vingt ans auparavant ?

   Qui va gérer une telle situation ? Le marché ? Il ne l'a jamais fait, particulièrement ces dernières décennies : il suffit de voir comment il a engagé dans la misère les anciens pays de l'Est s'échappant de la tutelle soviétique .

 

   Le problème politique majeur qui est devant nous , et plus immédiatement du monde développé , n'est pas comment démultiplier la richesse des nations mais comment la redistribuer au bénéfice de tous les habitants .

   S'il n'apporte pas de réponse à cette question, le XXIe siècle peut se transformer en un " futur " proche de la vision de L. Cohen . Quant à l'ablation des " amygdales " du capitalisme, comme le disait Schumpeter, elle ne nous délivrera pas de l'angine de poitrine avec laquelle le système financier étreint nos sociétés depuis trente ans .

 

 

   NB : d'aprés le livre de Eric J. Hobsbawm : " L'âge des extrêmes " . Ch. 19 .

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Published by regain2012 - dans Economie
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