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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 23:36

Réédition de 2012 .

" La position originelle, comme le contrat social, est une conception idéale de la citoyenneté pour un régime constitutionnel, elle représente un optimum, en considérant les gens tels qu'une société juste et bien ordonnée les encouragerait à être . Elle décrit ce qui est possible et ce qui peut être, mais qui risque de n'être jamais, sans pour autant en être moins fondamental . " ( John Rawls . Libéralisme politique .)

 ( Illustration : citationsurlavie-blogspot.com ) .

 

proverbe-sur-la-vie-7.jpg

 

   Le philosophe américain John Rawls plaide pour une société de justice, basée sur trois principes : un système pleinement appuyé sur des libertés de base pour tous ; des égalités sociales et économiques attachées à des fonctions ouvertes pour tous dans des conditions justes d'égalité des chances ; une société devant procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société .

   Il recouvre cette conception d'une condition à sa réussite : " le voile d'ignorance " . Si les inégalités sociales et économiques peuvent être justifiées, c'est seulement si elles bénéficient aux membres les plus désavantagés de la société, mais cela n'est possible que si les situations particulières ne sont pas étalées au grand jour, s'il n'y a pas stigmatisation de ces situations particulières, si chacun ne se sent pas enfoncé dans la situation la plus défavorable et peut se dire qu'il travaille encore pour aider quelqu'un d'autre .

   C'est la raison d'être " du voile d'ignorance " . 

   Fortement attaqué, en son pays, - qui s'en étonnera - sur cette idée de la justice, beaucoup plus proche de la solidarité que de l'équité,  il apportera quelques réserves à ses premières déductions, considérant, que ses principes ne sont pas universels, mais sont tributaires des différences culturelles propres à chaque groupe humain .

Ce bref retour sur la pensée de Rawls n'est pas inutile . Il nous ramène dans l'actualité française sur l'exil fiscal . Remarquons qu'il n'est plus question de solidarité, notion dangereusement universelle,  dans ces débats, mais de justice fiscale, discours auquel est profondément attaché le gouvernement . Discours qui mérite d'être décrypté .

 C'est que , la justice, concerne tout le monde . On peut y inclure ainsi les injustices dont seraient victimes, par le matraquage fiscal, les riches . 

   La solidarité qui sous-tend  l'Etat-Providence ne peut résister que sous " le voile d'ignorance de Rawls " . Les héritiers des idéologues du " libéral-conservatisme " l'ont bien compris, et vont s'attacher à " déchirer le voile " .

   Le principe de solidarité reposait sur l'idée que les risques étaient à la fois également répartis et de nature largement aléatoire et que tous les individus couraient des risques de même nature sans conditions d'appartenance de classe . 

   La Sécurité Sociale se construisit donc - au sortir de la deuxième guerre mondiale - sur un principe " assurranciel " dans lequel tous les individus étaient égaux devant les différents risques sociaux susceptibles d'affecter leur existence  .

Mais les bouleversements économiques vont modifier tout cela . L'apparition d'une nouvelle pauvreté, à travers le chômage de masse, durable, et l'exclusion liée à la précarité professionnelle,  font apparaître cette pauvreté comme une véritable " condition " d'une partie de la population, condition fortement déterminée socialement .

   La brèche est trouvée . Les idéologues conservateurs réinventent les classes sociales . Et pour éradiquer complètement cette passion peu raisonnable de la solidarité ils vont utiliser " l'information " . Le développement des connaissances sur l'état de la société et les conduites individuelles va être mis à profit, et être répandu, grâce aux médias, dans le grand public .

   Le matraquage par les statistiques, qui font la moitié des contenus de nos journaux télévisés, va s'imposer pour nous amener à appréhender les problèmes sur le seul plan individuel .

   Prenons l'exemple de la notion trés simple de l'espérance de vie . On nous en rebat les oreilles régulièrement : les ouvriers ont sept ans de moins d'espérance que les cadres : les femmes huit ans de plus que les hommes . Est-ce anodin ?  Les statistiques sur le coût des soins par catégories sociales ; la catégorisation des chômeurs par tranche d'âge, par niveau de formation, par origine géographique, par origine ethnique, est-ce anodin ?

   Certainement pas !  Une connaissance approfondie, assortie d'un bon habillage manipulé, des différences entre individus et entre groupes sociaux a en partie détruit le contrat social, en générant des réponses individuelles : la solidarité entre individus tient bon face à un destin qu'ils ignorent, elle s'effondre si ces mêmes individus perçoivent les situations comme liées à des comportements et des choix individuels .

   On peut constater aujourd'hui les abus en matière d'utilisation des statistiques, au point de vous donner des chiffres, sur tout et n'importe quoi .

   Mais ne croyez pas que cela soit totalement innocent !  Cette espèce de dynamique de la connaissance de plus en plus aigüe des différences a sa raison d'être . Il s'agit de réduire de plus en plus la taille des classes de risques, en les individualisant à l'extrême, de manière à réduire les coûts de ces risques .

   " Le mécanisme assuranciel " se poursuivra, mais adapté à des groupes plus restreints eux-mêmes, pour in-fine, sortir du champ de l'assurance proprement sociale et réintégrer le mécanisme de l'assurance privée .

   Comprenons bien, que par la multiplication des informations disponibles sur les individus c'est le processus de " désolidarisation " qui est en marche . " L'information est l'aliment direct de la différenciation ", dit P. Rosanvallon .

A terme, on peut imaginer une société tellement atomisée, qu'il n'y aurait plus rien d'assurable ! La solidarité, en tant qu'action positive de partage,  et son voile d'ignorance étant déchirés, reste la justice .

   Mais voilà ! Avec cette individualisation poussée dans ses limites, la notion de justice a retrouvé tout son caractère problématique . " Le juste est-il encore définissable à priori ?  N'est-il pas devenu une simple norme pour laquelle tout n'est plus qu'affaire de curseur ou de niveau ? "

   Niveau d'un SMIC , niveau d'imposition , niveau de remboursement, niveau de prise en charge, niveau des salaires, etc ...

   C'est ainsi que la formule de Mme Royal, en 2007, " l'ordre juste " ne m'a jamais vraiment convaincu . C'est ainsi que la négociation sur " la sécurité des parcours professionnels ", en cours, ou le débat sur la compétitivité,  ne peuvent pas me  convaincre, puisqu'on leur demande d'apporter des réponses urgentes à une situation immmédiate, alors que la vraie question, dans une vraie société de solidarité devrait être : " Quel est le niveau maximal des différences admissibles  ? "

NB : Texte inspiré du livre de P. Rosanvallon : " La société des égaux " . Seuil .

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Published by regain2012 - dans Société
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