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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 14:11

 

 "  Tout commence en mystique et finit en politique ..." .( Charles Péguy . Notre jeunesse ) .

 ( Illustration : www.purepeople.com/media ) .

 

 

382410-le-roi-se-meurt-avec-michel-bouquet-a-637x0-2.jpg

 

 Le roi Bérenger Ier, entre dans la salle du trône, suivi de la reine Marguerite, première épouse, et de la reine Marie, deuxième épouse . Le froid s'est installé, le chauffage ne fonctionne pas, et les murs du palais se lézardent , la population vieillit ou émigre .  Le sol est mou, constate la reine Marguerite,  il n'y a plus d'armée dans le royaume - il reste un seul garde, dépouille d'une puissance révolue, mais qui n'entend plus le roi et ne lui obéit plus - et le roi est malade, confirme le Médecin, à la fois chirurgien, bourreau et astrologue . Juliette, femme de chambre, cuisinière, jardinière, infirmière, représente le peuple mais, elle aussi,  n'obéit plus au roi .

   Assis sur son trône le roi se plaint de sa santé, de l'état du royaume, de l'état de l'Univers . Marguerite l'informe alors, sur la base des observations réalisées par le médecin, de sa mort prochaine, lui décrit sa décrépitude et celle du monde  . Mais le roi refuse , même s'il reconnaît que tout ne va pas pour le mieux, d'admettre la réalité .

   Il essaiera à plusieurs reprises de se relever, mais n'y parvient pas . Les arguments de Marguerite, froids et lucides, et du médecin, homme de science, produisent peu à peu leurs effets, sur les caprices enfantins de Bérenger et sa volonté de vivre .

   Et Juliette a beau raconter sa vie au roi qui s'émerveille de son quotidien, celui-ci l'écoute et lui parle de moins en moins souvent .

   Les éléments du décor de la pièce s'éloignent peu à peu, symbolisant la mort lente du roi, jusqu'à la disparition de tout décor qui marque la fin du monarque .

   Cette pièce est une réflexion , parmi d'autres, sur l'écoulement du temps, surla difficulté à se préparer à affronter la mort, sur l'apparition de la décrépitude, mais aussi sur la perception du réel, devant lequel on peut faire preuve de déni, de révolte ou de résignation . 

   La mort du roi est bien sûr une mort de théâtre, une fois le rideau tombé, le roi n'est plus roi, et retourne à la vraie vie, jusqu'au lendemain soir .

 

   Bérenger est de retour dans son palais, pour une autre représentation . Les fissures des murs se sont élargies, le sol se dérobe de plus en plus et il y fait toujours aussi froid, car on ne répare plus les radiateurs : mesures d'économie obligent ! 

   Mais Bérenger ne laisse pas d'intriguer la brave Juliette . Pourquoi s'isole-t-il, dans son palais, entouré seulement par " des copains d'école ", ceux que l'on appelle " la promotion Voltaire ", technocrates à l'âme desséchée, qui ne voient le monde qu'en chiffres : 3% de déficit, 1% de croissance, 90% de dette publique, 11% de chômage .

   Technocrates qui ne savent plus, depuis longtemps, qu'un pays c'est des paysages et un peuple .

   Du peuple , ils n'entrevoient, de temps à autre que l'ombre de Juliette . D'ailleurs, Bérenger ne parle plus au peuple . Aprés bien des mois de discours, on peut constater que ce mot, il ne l'a pas prononcé une seule fois .

   De quoi a-t-il peur notre bon roi pour se barricader ainsi et ne parler à personne ?

   A tel point que, dans les " communs " du château, sa " servidumbre " s'impatiente, râle et même tempête . Certains membres de son Parlement n'ont pas voté son " compromis historique " - 41 au total - sur la libéralisation totale des non-réembauches de " journaliers " par des " propriétaires"  affamés de profits .

   A tel point que son Intendant a dû réunir, en catastrophe, hier, au Palais-Bourbon,  tous ces gens, pour les caresser dans le sens du poil .

   L'acte fondateur du nouveau règne a été la signature du Traité d'allégeance à la Chancelière du Saint Empire Romain, Germanique .

 

   Les décors de la scène disparaissent peu à peu, ces manufactures qui ferment, les unes aprés les autres, ces fermes agricoles qui meurent, asphyxiées sous les ronces triomphantes . Bérenger demande du temps : il a cette fois, une boîte à outils, à trois tiroirs, qui comprend les sacrifices d'aujourd'hui, qui feront les profits de demain, qui feront eux-mêmes les emplois d'aprés-demain .

   Sauf, que cette boîte , on nous la sort depuis 35 ans, depuis le règne du bon roi Raymond, à la fin des années 1970, et les premiers " petits boulots ", et que le peuple n'a jamais rien vu d'autre que les sacrifices .

   Le temps, les technocrates l'ont eu, ils en ont mal usé, et le peuple en a assez . Il en a d'autant plus assez, qu'il a trés vite compris qu'on lui mentait sans vergogne .

   Bérenger a quitté le déni pour pénétrer dans le monde du mensonge . Que ce soit le dynamitage du droit de  travailler ou le pacte  pour libérer les manufactures - et ses 20 Mds de cadeaux aux propriétaires - il n'en avait pas parlé durant la campagne électorale pour le trône . Il ne lui a fallu que quelques semaines pour les asséner au bon peuple . Par contre la réforme de l'impôt  et sa progressivité, pourtant annoncées, ont été enterrées, et avec la même célérité .

   Les files d'attente devant les " paroisses " et leur soupe populaire s'allongent .

 

   Bérenger se meurt dans le coeur de ceux qui crurent en lui, sa popularité s'effondre au sein de ses sujets les plus fidèles, la haine a fleuri chez ceux pour qui il reste un usurpateur, mais il refuse d'admettre l'inéluctabilité de cette chute . Il est persuadé, que dans deux ans, environ, les royaumes voisins s'agenouilleront devant sa réussite .

   Que voulez-vous qu'il dise ?

   Quand en 1983, le roi François, le mentor de Bérenger,  prend le virage de l'austérité, ses Intendants ont au moins le courage et l'honnêteté d'annoncer le changement de politique, l'honnêteté d'en présenter les raisons, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, l'honnêteté d'avoir essayé autre chose, pendant deux ans .

   Quand en 1999, le roi Lionel se voit contraint d'abdiquer devant les puissances du marché, il l'avoue - l'Etat ne peut pas tout - mais il a essayé autre chose, pendant deux ans .

   Bérenger ne nous propose aucun " virage ", puisqu'il n'a rien essayé d'autre que ce que " les marchés " lui ont dicté : la TINA, - " There Is No Alternative "- . Et cela pose une question lourde de sens en termes démocratiques et éthiques : n'est-ce pas une duperie que nous vivons ? (2) .

   Les héritiers de Théophraste Renaudot ne savent plus à quel saint se vouer, dans leurs gazettes . Alors, n'osant pas évoquer le grand mensonge, ils ratiocinent bêtement sur l'incompétence du souverain .

   

 

   Je propose de revenir à Charles Péguy, en guise de conclusion : " Qu'est-ce qui importe ? Que les royalistes l'emportent sur les républicains ou l'inverse ? Non, cette importance est de peu, par rapport à celle-ci, que les républicains demeurent des républicains, que les républicains soient des républicains " .

   " Cesse de divaguer, me souffle la voix de Ionesco . Depuis quand les racines des mots sont-elles carrées ?" ( La leçon ) .

 

 

   NB :  (1) Pièce d'Eugène Ionesco . 1962 . /  (2) Laurent Mauduit . L'étrange capitulation .

   

 

  

 

  

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Published by regain2012 - dans Politique
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