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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 15:02

"  L' austérité conduit le Portugal, la Grèce, l'Espagne, mais aussi toute l'Europe sur le chemin de la dictature " . ( Mario Soares  .  Ex-Secrétaire Gal du Parti Socialiste portugais , lors de la Révolution des oeillets . Ex Président de l'Internationale socialiste . Ex-Premier Ministre portugais . Ancien Président du Portugal ) .

 ( Illustration : blog.scribel.net ) .

 

 

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Un Français sur trois ( 33% ) se dit favorable à la sortie de la France de l'euro, ( sondage Ipsos/Steria de janvier 2014 ) ; presque un Français sur deux ( 47%) considéraient l'euro comme un handicap,  seulement 20% le considérant comme un avantage ( sondage Ifop de fin novembre 2013 ) ; l'été dernier, une étude commandée par la Commission Européenne elle-même, indiquait que " le soutien en faveur de l'euro " connaissait, dans quatre pays de l'Union, dont la France, sa plus forte dégradation ( - 7 points ) ; 40% des Français considèrent que l'appartenance de la France à l'Union Européenne " est une mauvaise chose " . 

   Tant pis si l'abstention ou le vote FN , qui a fait de l'abandon de l'euro sa mesure phare ", sont promis à une victoire éclatante lors des élections des députés au Parlement européen du mois de mai prochain ; qu'importe si dans tous les ministères des finances de la zone euro, comme dans tous les services de recherche et de gestion des risques des grands établissements financiers tout le monde planche dessus ; que le mode opérationnel d'une séparation monétaire soit examiné à la loupe ; qu'à Washington, Londres ou Tokyo ou dans les pays émergents,  la zone euro soit considérée comme le trou noir de l'économie mondiale ; en France, le mot d'ordre est : " Silence dans les rangs  ! On ne débat pas  ! " .

   Pour nos élites politiques, économiques (à quelques exceptions prés), et médiatiques , dans un conformisme et un dogmatisme affligeants, le débat sur l'euro reste le tabou des tabous . Silence dans les rangs ! " On ne dérange pas le veau d'or " !

   Universitaires, économistes, éditorialistes se sont assis sur leur savoir pour glorifier " la dernière religion" en date, dit Chevènement, " la " religion de l'euro " .

   Le résultat en est que le sujet est entièrement livré aux aux tourbillons des  élucubrations de Marine Le Pen, qui le dévoie et le souille par association à un repli identitaire sans lien avec la question, et qui, par ailleurs, par incompétence et manque d'intelligence, y introduit une confusion dont le sujet n'a pas besoin .

   L'analyse du directeur du département opinion de l'Ifop est intéressante à cet égard : " L'opposition à l'euro ne déclenche pas automatiquement le vote en faveur de Marine Le Pen mais c'est un élément trés important de distinction . Elle lui permet d'asseoir sa radicalité, et peu importe la pertinence du discours, par rapport à l'UMPS . Quand la moitié des ouvriers ou la moitié des 35-49 ans sont favorables à la sortie de l'euro, ça devrait interpeller les partis de gouvernement " .

   On retourne ciel et terre quand une " quenelle " vient troubler l'ordre public, on en appelle à Jaurès, à Blum, à Mendés France et à Mandela , quand " la République est menacée par les extrêmismes " ( Harlem Désir ), mais face la monnaie unique ne mérite qu'un : " il n'y a rien à voir " !

 

   Pourtant, entre " la fin du monde " que prédit le journaliste de Libération, Jean Quatremer, si la zone euro implose, scénario noir, et le retour en deux mois, à la prospérité, tel qu'il est prophétisé par Marine Le Pen , scénario rose, si elle accède au pouvoir et fait sortir la France de l'euro, il y a place à bien des hypothèses   qui mériteraient qu'on s'y arrêtât : sortie préparée, sortie coordonnée, collaborations par projets, séparation Nord-Sud ...  D'autant que ces hypothèses relevant du possible, en raison de la profondeur de la crise, relèvent donc aussi du probable .

 

   Quand le 6 septembre 2012, l'Italien Mario Draghi , Président de la Banque Centrale Européenne, annonce que la BCE réchètera désormais, et sans limite, les dettes souveraines des pays en difficulté, il calme la tempête qui risquait d'emporter l'euro, mais dans le même temps, fait la démonstration, qu'un lien trés étroit unit la monnaie, la dette et l'exercice de la souveraineté d'un pays ou d'une région : lien complètement occulté par ceux qui conçurent l'euro, et qui aujourd'hui, continuent de refuser cette évidence .

   Car l'admettre, c'est aussi reconnaître que la crise financière " n'est pas derrière nous " et que la monnaie unique est condamnée, à terme, car  aucune monnaie ne peut survivre à un regroupement artificiel de pays aux intérêts structurellement divergents .

   L'équilibre supposé de l'euro, autour de 1.36$, est totalement irréaliste, étant le résultat d'une addition de chiffres du commerce extérieur, entre pays fortement excédentaires et pays fortement déficitaires : l'euro devrait atteindre une valeur de 1.60 $ pour l'Allemagne, mais autour de 1.10 $ pour la France .

   Un tel écart condamne l'avenir de la monnaie unique .

   ( Un tel écart permet de comprendre également une disparité peu montrée par les observateuirs avisés :  lorsque les sociétés du CAC40, dont les activités sont pour une bonne part  déployées à l'étranger, largement bénéficiaires de la parité actuelle de l'euro , distribuent en 2013,  44 Mds d'€ de dividendes à leurs actionnaires, en augmentation de 4% par rapport à 2012, les PME françaises battent des records de faillites et de réductions de marge ) .

   Dans la spécialisation actuelle de notre commerce extérieur, nos exportations sont bien plus sensibles - entrée de gamme et moyenne gamme -  aux prix , que les exportations allemandes .

   Comprimer davantage les salaires , tout comme réduire la part des services publics dans le quotidien des Français, est économiquement hérétique : c'est purement et simplement asphyxier l'économie du pays . Le problème central de notre perte de compétitivité est une question de taux de change . 

    Ce qui a produit la divergence des coûts entre les pays de la zone euro, ce ne sont pas les salaires, sous pression depuis trente ans, ce sont les écarts d 'inflation, dans chaque pays : entre 1999 et 2012, les prix ont augmenté de 10% en Allemagne, de 25% en France, de 30% en Espagne, en Italie, au Portugal ou en Grèce . Nous avons une grande distribution - également trés bien installée dans ces pays du sud - parmi les plus cannibales du monde .

   Une dévaluation est devenue absolument nécessaire . Depuis 2002, les pays de la zone euro ont perdu 6 millions d'emplois industriels : est-ce une réussite ?  Mais les règles actuelles du fonctionnement de l'euro nous l'interdisent . 

   Faisons un sort, en passant, à une stupidité : la sortie de l'euro et le retour à " un euro-franc " entraînerait une dévaluation immédiate de 20%  et augmenterait notre dette publique d'autant, soit de 400 Mds d'€ , la faisant passer à 2400 Mds , prétendent les thuriféraires de la monnaie unique .

   Faux ! Le droit international précise que les contrats  signés dans le droit du pays emprunteur ( ce qui est le cas de 95% de nos créances ) restent calculés dans la nouvelle parité décidée par ce pays souverain . Il suffit  que l'Etat annonce que " 1 euro-franc = 1 euro " .

   ( Rappelons que la supposée maîtrise des questions économiques de N. Sarkozy nous a coûtés 600 Mds d'€  de dette supplémentaire, en cinq ans ) .


   Il est donc plus que temps que nous nous tournions vers nos partenaires européens, pour les convaincre de repenser ensemble le cadre de la coopération monétaire . L'apocalypse ne nous attend pas au bout du processus mais la catastrophe est certaine si nous ne faisons rien !

 

 

   NB : d'aprés le dossier de Gérald Andrieu dans Marianne No 876 du 31 janvier 2014, " Sortir de l'euro ? " , dont l'entretien accordé par l'économiste André Orléan : " Ne commettons pas les fautes de l'entre-deux guerres " .

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Published by regain2012 - dans Economie
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