Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 15:21

"  Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes " . ( Bossuet ) .

 ( Illustration : sebastien.derouen.over-blog.com ) . Buste de Bossuet .

 

 

bossuet.jpg

 

   Une enquête, menée en France, en 2009, " Les Français face aux inégalités et à la justice sociale ", ( Michel Forsé et Olivier Galland ), nous apprend ceci :  90% des personnes interrogées considèrent nécessaire de réduire l'écart des revenus, et que, pour qu'une société soit juste, elle doit garantir à chacun la satisfaction des besoins de base, logement, nourriture, santé et éducation .

   Réjouissons-nous de ce jugement écrasant pour condamner les inégalités et de cette conception ambitieuse de la justice, de la part de nos contemporains .

   Mais, simultanément, dans la même enquête, 57% des Français interrogés répondent que des inégalités de revenus sont inévitables, et surtout, à 85% que les différences de revenus sont acceptables lorsqu'elles rémunèrent des mérites individuels différents .

   " Il y a ainsi, une forme de cohabitation dans l'esprit des gens, entre un rejet global d'une forme de société, existante, et l'acceptation des mécanismes qui la produisent ... On voue aux gémonies les inégalités de fait alors que l'on reconnaît comme légitimes les ressorts de l'inégalité qui les conditionnent ..."  C'est ce que l'Historien, Pierre Rosanvallon, appelle : le paradoxe de Bossuet . (  Introduction à La société des Egaux . )

   On peut appeler également cette diffraction de jugement : la schizophrénie sociale contemporaine .

 

   Aprés tout un siècle, le XXe , où les inégalités ont tendu à se réduire, à partir des années 1980, la tendance s'est retournée, et avec elle les perceptions que les gens se firent du phénomène .(*) .

   Comment ce changement de mentalité a-t-il pu se produire ?

   Constatons d'abord que lorsque nous condamnons une situation globale, nous prenons en compte des faits sociaux, objectifs mais abstraits : nous nous projetons dans une statistique de l'INSEE, sur les écarts entre pauvres et riches, de façon abstraite , tandis que les situations particulières, nous les évaluons, par rapport à des comportements personnels et des choix individuels concrètements déterminés que nous pouvons, du coup, appuyer sur une réaction émotionnelle .

   Le comportement des familles à l'égard de l'école est un bon exemple de ce paradoxe . Nous condamnons avec véhémence les injustices du système scolaire, mais dés que l'occasion se présente, notre attitude personnelle nous poussera à contourner la carte scolaire , pour inscrire notre enfant dans une école de bonne réputation .

   En fait, nous pourrions avancer l'idée que des transformations se sont produites dans la nature des inégalités, transformations voulues par le système, pour modifier nos perceptions . Aux inégalités traditionnelles, entre catégories, osons le mot, entre classes sociales, l'on a substitué, peu à peu, des inégalités " intracatégorielles, " la  dispersion des situations dans un groupe donné . Il y a,  aujourd'hui, plus de différence de revenus entre cadres, qu'entre un cadre moyen et un ouvrier qualifié de l'industrie .

   On a introduit dans le système des rémunérations , la rémunération individualisée - que l'on appelle fort astucieusement au mérite - . Le piège était évident . En faisant résulter la rémunération de données individuelles plutôt que de déterminismes sociaux, l'on a brouillé les cartes . Des rémunérations différenciées, de lourds écarts de revenus, engendrant de fortes inégalités,  rapportés à des différences de mérite, qui plus est, socialement reconnues, sont plus facilement acceptés .

   Ajoutons au tableau la touche psychologique personnelle : et si, demain, c'était moi qui bénéficiais d'une augmentation inattendue, d'une promotion exceptionnelle ,d'une cooptation à laquelle je n'osais rêver ?

 

   Et nous en arrivons à l'actualité, à l'affaire qui m'a amené à cette réflexion sur les écarts de revenus . L'affaire Depardieu . Le personnage ne m'intéresse pas, pour aussi talentueux qu'il ait pu être par le passé . Son égoïsme pas davantage . C'est sa défense qui a attiré mon attention .

   " Vous considérez que le talent, la création, en fait, la différence, doivent être sanctionnés ", répond-il au Premier Ministre, qui a jugé son attitude minable . Personne n'a relevé, l'incongrüité, ou plutôt , faudrait-il dire, l'offense faite aux Français, aux sans grade, aux anonymes, par l'utilisation du mot " différence " . 

    Ce , " je ne suis pas n'importe qui ", aurait dû lui attirer beaucoup plus de réprobation, de la part des Français . Ce ne fut pas le cas, et  prouve bien, que l'on peut rejeter l'inégalité vue comme globalité abstraite et accepter les inégalités issues de comportements individuels .

 

    (*) .  Pour comprendrecette rupture, il faut se rappeler que la peur de l'extension du communisme avait conduit les dirigeants des pays occidentaux à bien des concessions, à l'endroit des travailleurs , du début du XXe s. aux années 1980 .

C'est ainsi que , dans le cas français, en 1913, 1% des Français les plus riches, accaparaient 53% du patrimoine, alors qu'en 1984, ce 1% ne détenait que 20% .

 Aux Etats-Unis, à la veille de la crise de 1929, les 10% les plus riches détenaient 50% du patrimoine, pour 35%, au début des années 1980 .

 En Suède, ce 1% des plus aisés détenait 46% des revenus, pour seulement, la moitié, en 1980, soit 23% .

 Cela avait été dû à l'importance des transferts sociaux obtenus par les travailleurs et au trés fort effet correcteur de l'imposition progressive, mise en place aprés la crise de 1929 . (2)

   Cette situation était devenue insupportable aux possédants et la chute du mur de Berlin allait précipiter la rupture avec cette évolution .

 

 

   NB : (1) . d'aprés le livre de Pierre Rosanvallon : " La société des égaux " , introduction . Seuil . Sept. 2011 .

            (2) . chiffres cités par P. Rosanvallon, dans " La société des égaux " .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



   

   

   

 


Partager cet article

Repost 0
Published by regain2012 - dans Société
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens