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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 14:33

"  Les individus, familles ou groupes de la population peuvent être considérés en état de pauvreté quand ils manquent des ressources nécessaires pour obtenir l'alimentation type, la participation aux activités sociales et pour avoir les conditions de vie et les commodités qui sont habituellement encouragées ou approuvées dans les sociétés auxquelles ils appartiennent ." ( Peter Townsend . Economiste britannique : 1928-2009 ) .

 ( Illustration : mplbelgique.worldpress.com ) .

 

 

pauvrete.jpg

 

   Nous devons à F. Hollande de nombreux débats sur la notion de richesse, depuis son fâmeux " je n'aime pas les riches ", en 2007,  jusqu'à la surtaxe de 75% sur les revenus supérieurs à un million d'euros par an . Force est de constater que chez nos experts économiques, personne n'a voulu " se mouiller " et que la définition du " riche " n'a pas avancé d'un iota .

   Que l'on prenne l'approche toute subjective d'un blogueur : " Avec 30 centimes d'euros je peux manger un plat de riz en sauce au Burkina Faso, je peux éventuellement, trouver une demi-baguette de pain dans certains coins ruraux de France et je peux acheter un bonbon à Paris . Avec 30 c. je suis riche au Burkina Faso et pauvre à Paris " ;  ou que l'on prenne la trés prudente  mais totalement floue approche de l'INSEE pour qui les riches se trouveraient dans le 10% des foyers de quatre personnes, les plus aisés, qui ont un revenu d'activité supérieur à 35 000 euros, par an . Mais l'INSEE ne fait  entrer dans ses critères ni le patrimoine, pourtant essentiel, ni les revenus du patrimoine .

   Finalement, ce n'est pas si grave : être riche, c'est posséder, et ce que l'on possède se voit, pire, se montre, s'exhibe .

   Bref, le débat sur une définition de la pauvreté, eût été plus utile : car ce qu'on ne possède pas ne se voit pas, et par conséquent est plus difficile à appréhender . Cependant  les réflexions sur cet état social, n'ont pas manqué, depuis le Siècle des Lumières .

 

   Pour simplifer le débat, nous pourrions dire que l'approche de ce concept a été traversée durant tout  le XXe siècle, par trois courants essentiels .

   Le premier, est celui des économistes, porté par Martin Rosavallion, Directeur Recherche et Développement à la Banque Mondiale, et cela ne nous étonnera pas, il s'agit de l'approche " monétariste " . " Le modèle de la pauvreté monétaire explore la pauvreté en tant que non-réalisation d'un certain standard de vie, exprimé monétairement ", dit François Bourguignon, directeur de l'Ecole d'Economie de Paris . Le revenu ou les dépenses de consommation d'un individu ou d'une " unité de consommation " - autrefois on disait une famille - sont mesurés à l'aune de nombreux paramètres quantitatifs, et déterminent si cet individu ou ce mini-groupe est en dessous d'un seuil arbitraire, le seuil de pauvreté : en Europe 60% du salaire médian, soit pour les Français, 960 euros par mois, de revenus .

   L'hypothèse, qui fait consensus chez les économistes, en est que les différences de revenu ou de consommation permettent de rendre compte des différences de conditions de vie . La pauvreté monétaire y est vue comme prenant en compte les différences entre les individus qui cherchent tous à maximiser leur bien-être avec les ressources qu'ils possèdent et parviennent ainsi à des niveaux de satisfaction différents . La catégorie de pauvres est alors celle qui ne peut pas, avec les ressources qu'elle possède, acquérir " un panier de biens et de services " qui est pourtant nécessaire à sa survie .

   Relevons, en passant, que cette théorie réduit l'être humain à sa fonction économique, sans autres considérations philosophiques ou métaphysiques, pour utiliser le terme à la mode, à " l'homo oeconomicus " .

   Et cela n'est pas sans conséquence . Les tenants de l'analyse en termes monétaires n'hésitent pas à pousser leur logique jusqu'au bout . Et cela éclate dans la définition du seuil de pauvreté des pays en voie de développement . Le niveau critique des dépenses pour qu'une personne ne soit pas considérée comme pauvre est, dans ce cas précis, défini par la moyenne des seuils de pauvreté nationaux : ces seuils sont calculés comme étant le coût associé au niveau minimum de calories nécessaires pour ne pas tomber dans la sous-alimentation ou niveau de consommation nécessaire à la survie : il s'ensuit que le seuil de pauvreté, dans les pays sous-développés, est fixé par les spécialistes à 1.25 $ , par jour . Au-dessus de 1.25$ par jour, vous êtes riche, en Angola, au Congo, au Mali ou ailleurs ... Mais avec cette approche, les experts peuvent faire mieux .

   Haïti, l'île martyr, oubliée des dieux et des hommes ! Le dernier tremblement de terre, l'augmentation vertigineuse du prix des matières premières, le manque d'organisation des ONG, ont carrément pulvérisé le seuil de pauvreté . Dans l'immense bidonville de la Cité du Soleil, au Nord de Port-au-Prince, Josselène vend ses gâteaux d'argile et de matière grasse végétale - pleine de protéines, vous dira un cadre de la Banque Mondiale - pour 5 " gourdes "- 30 centimes d'euros, l'unité - . Les deux tiers de la population d'Haïti vivent avec trois de ces gâteaux quotidiens, et des maux de ventre permanents .

 

   La deuxième approche, portée par l'Américain John Rawls, se veut plus philosophique . C'est la théorie dite  " des biens premiers " .  Rawls base toute sa philosophie politique sur la colonne vertébrale de la " justice " .

   " Chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu des libertés de base égales pour tous, compatible avec le même système pour les autres .

   Les inégalités sociales et économiques ne sont supportables que si elles sont organisées à l'avantage de chacun - et non de quelques-uns - et attachées à des fonctions ou des positions ouvertes à tous . "

   Ainsi les valeurs sociales telles que la liberté, l'égalité, les bases sociales du respect de soi, que Rawls appelle " les biens premiers " doivent être réparties entre les individus de manière à ce que tous les membres de la société, considérés comme libres et rationnels, puissent accepter le contrat social que leur propose la société .

   Dans ces conditions, les " biens premiers " seront utiles à chacun et pourront l'aider à réaliser la plus grande part de ses projets de vie : liberté d'expression, d'association, de circulation, choix d'occupation, libre accés aux différents choix de vie, pouvoirs et prérogatives liés à son mérite, revenu et richesse attachés à son travail, et surtout les bases sociales du respect donc de l'estime de soi . L'Education joue un rôle majeur dans l'accés à tous ces " biens premiers " .

   La pauvreté n'est plus le résultat arithmétique improbable d'une série d'opérations arbitraires, mais est définie alors, sur la base d'une théorie de la justice et du bien, " de manière universelle ", pourrait-on dire, par le manque de " biens premiers " .

   

   Certains y voient une difficulté :  est-il vraiment possible de définir un ensemble de besoins primaires universels, communs à tous, sans tenir compte des variations individuelles ?  Demandons aux Haïtiens quelles opportunités individuelles nous leur avons laissées, depuis l'arrivée de Christophe Colomb sur leurs côtes ?

   Une telle question ne laisse pas de m'étonner ! Voilà plus de 2000 ans que la philosophie apporte des réponses à cette question, chaque fois balayées par les dirigeants politiques, pour qui, de pareilles idées sont trop subversives .

 

   L'économiste indien, Amartya Sen, Prix Nobel en 1998, pour ses travaux sur la famine, le développement humain et l'économie du bien-être, n'est pas convaincu par Rawls et aborde la pauvreté par un autre concept, celui des " capabilités " : il faut comprendre, " capacités à faire ou à être " , les pauvres étant ceux qui ne possèdent pas ces capacités . C'est la troisième approche de ce sujet .

   Sen condamne d'emblée l'approche monétariste, trop réductrice, puisqu'elle ne tient pas compte de la condition physique de l'individu ou de ses " accomplissements individuels ", c'est à dire de ses réussites autres que matérielles . 

   Son concept de " capabilités " est né avec les études qu'il mène sur les famines dans le monde, crises dans lesquelles il croit voir, au-delà des cycles climatiques et des décisions politiques, des faiblesses individuelles dans l'adaptation de certaines populations à l'arrivée d'une période de famine .

   Il met en cause notamment l'incapacité de certaines populations à se sortir de la dépendance engendrée par une seule ressource agricole, et défend la capacité à anticiper, en se prémunissant, par la culture de plusieurs ressources . Sauf que Sen néglige, ici, les éléments politiques et les stratégies de l'Occident pour faire dépendre l'alimentation des pays en voie de développement, des importations occidentales .

   Il constate ainsi que les famines seraient plutôt le résultat d'un dysfonctionnement dans la capacité d'appropriation des ressources que de la pénurie alimentaire et ne voit pas que cette " capacité d'appropriation " est entravée , par exemple, par les règlements de l'OMC .

   L'économiste indien propose, à partir de ce constat, une théorie selon laquelle, on peut mesurer " le bien-être " auquel un individu peut avoir accés, " en prenant en compte ce qu'une personne réussit effectivement à accomplir avec les ressources dont elle dispose, compte tenu de ses caractéristiques personnelles et des circontances extérieures . Sen ajoute à sa vision quelque chose d'important : l'individu est certes capable d'accomplissements, si ceux-ci sont à sa portée, mais aucune obligation de résultat ou d'accomplissement effectif  n'est exigée ; seule compte véritablement " la capacité à être ou à faire " . Les philosophies orientales ne sont pas loin !


    Sen propose donc une vision de la pauvreté par manque de " capacités ", et qu'importe le résultat ; Rawls, voit la pauvreté dans l'insuffisance de justice ; les monétaristes ne retiennent que les satisfactions matérielles par les ressources .

   Le propos n'étant pas de trancher entre ces trois visions de la pauvreté,  je laisse conclure les habitants de New-Delhi, ville de 13 millions d'habitants,  où 34% de la population vit dans des bidonvilles et 15% dans la rue .

   A une enquête sur leurs critères de définition de la pauvreté, les pauvres de New-Dheli ont répondu, par ordre d'importance : être une femme ; être âgé ; être peu éduqué ; avoir un faible niveau de consommation ; vivre dans un ménage où le père n'a pas de travail stable .

   Les pauvres de l'Asie nous donnent une leçon : la qualité de vie réelle est plus importante que le seul niveau de consommation .

 

 

   NB : d'aprés l'article de Raphaëlle Bisiaux : Comment définir la pauvreté ? site : www.leconomiepolitique.fr : No 49 de janvier 2011 . Raphaëlle Bisiaux est consultante auprés de l'OCDE .

   

   

  

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Published by regain2012 - dans Société
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