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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 14:31

 " La misère nous regarde tous . Depuis que l'histoire écrit et que la philosophie médite, la misère est le vêtement du genre humain ; le moment serait enfin venu d'arracher cette guenille ..." ( V. Hugo, à propos  de son roman Les Misérables ) .

( Illustration : Cosette . fr.wikipedia.org ) .

 

 

Ebcosette.jpg

 

 


 

   Le roman majeur de Victor Hugo n'est plus un grand livre dans les anthologies de la littérature française d'aujourd'hui . Pensez donc, qui a envie d'évoquer la misère, de nos jours, dans ces quartiers huppés de la Capitale, encore surnommée " la Ville des Lumières " ?  En fait, ce n'est même pas cela la vraie question . " Les Misérables " de Hugo n'ont plus d'intérêt tout simplement parce que pour les classes dirigeantes et médiatiques de notre pays, la pauvreté en a été éliminée . La France est riche, il n'y a plus de pauvres .

   Le tour de " passe-passe " a été orchestré par d'éminents sociologues vite relayés par les économistes, en supprimant le mot   " pauvre "  de notre vocabulaire .

   Aujourd'hui, il y a des exclus, des précaires, des anonymes, des oubliés, et même des " invisibles ", mais il n'y a plus de pauvres .

   Et pourtant, les pauvres sont légion, chez nous, et ils sont même des millions . Et il n'est pas indélicat de vouloir les rendre visibles, même en se servant des outils déformants des économistes : " les chiffres " .

 

   Une statistique de l'INSEE, de 2012, restée plutôt confidentielle, et pour cause, indiquait ceci : en 2011, 6 millions d'actifs, soit 25% des salariés, n'ont gagné que 322 € par mois en moyenne, lissés sur l'année, soit un tiers du SMIC, parce qu'ils n'avaient pu travailler qu'un quart de l'année ; ces intermittents de la vie économique sont agents d'accueil, saisonniers, intérimaires, hôtesses de caisse, livreurs de pizzas ou hommes-sandwiches, qui grapillent, ici et là, quelques heures quelques journées " .

   On ne sait pas bien que sur les 5 millions effectifs de chômeurs inscrits à Pôle Emploi, un million et demi, alternent déjà, périodes d'activité de moins de 70 heures mensuelles et indemnités .

   Le Ministère du travail annonce, de son côté, que, toujours en 2011, 3.6 millions de salariés ont perçu moins de 1055 € par mois, primes comprises : " ceux-là, forment le régiment des travailleurs sous-employés à temps partiel dans le commerce, les services au particulier, payés 7.39 € de l'heure, sous le taux horaire du SMIC " . Ce sont bien souvent des femmes peu qualifiées avec un travail partiel imposé et qui élèvent par ailleurs, seules, leurs enfants ", dit l'économiste Noam Landri, Président de l'Observatoire des Inégalités .

   Oui, n'en déplaise à N. Sarkozy, on peut travailler beaucoup et gagner peu ! On peut trouver, régulièrement, dans certaines agences de Pôle Emploi, les annonces suivantes : " On embauche des livreurs-livreuses de plats cuisinés, propriétaires d'un véhicule léger, au tarif plancher de 7.39 €de l'heure, pour 15 heures par semaine . Total : 443 € par mois " . On peut trouver mieux, parfois : bon sens de l'organisation exigé plus un permis moto, qui coûte plus de 1000 € à obtenir .

   Il est un secteur particulièrement attrayant, celui des " Etudes et Enquêtes " . C'est un secteur où l'on est trés bien payé mais où l'on gagne peu parce qu'on y travaille peu de temps , par mois .

   " Un enquêteur mystère " -  étonnant, non ? - chargé de contrôler la qualité de service d'une enseigne peut gagner entre 9.50€et 40 € de l'heure, mais l'employeur ne le sollicitera qu'une fois par mois , et cela en échange d'une disponibilité totale .  Par exemple, en 2010, à l'institut de sondages IFOP de Mme Parisot, ex-patronne du MEDEF une enquêtrice régulière gagnait  858 € brut, par mois  .

   Une technique utilisée par les employeurs pour se prémunir contre les augmentations légales du SMIC, même sans coup de pouce du gouvernement , reste trés méconnue : l'employeur augmente les temps partiels dans son entreprise .

   Afin de lutter contre ces abus, les syndicats ont obtenu, qu'à partir du 1er janvier 2014, aucun temps partiel ne puisse être inférieur à 24 heures hebdomadaires . Qu'à cela ne tienne, grâce aux accords ANI, du début de l'année, il suffira que l'employeur obtienne - extraordinaire ! - de son salarié qu'il renonce par écrit à ce nouveau droit pour y déroger .

   Il faut ajouter à ces régiments de travailleurs outragés le million et demi de jeunes recrutés en stage, non rémunérés en-dessous de deux mois, payés 436 € mensuels, au'dessus de deux mois, et trés souvent utilisés à d'autres fins qu'une mise en pratique de leurs études .

 

   En résumé, à côté de 3.2 millions de chômeurs " temps plein ", si j'ose dire, il existe " une armée " de travailleurs pauvres de 6 à 8 millions de personnes, placés dans des situations infernales, mais tellement utiles aux employeurs . ( Une statistique de l'INSEE de 2010, précise que les disparités de revenu salarial ne s'expliquent plus qu'à 17% par des différences de salaires horaires, mais pour 83%  par des disparités de durée d'emploi dans l'année ) . Voilà qui devrait être édifiant ! 

 

   Comprenons-nous bien ! " Exclu, précaire, invisible ", sont des mots qui ne dépeignent rien ! 

   L'armée de réserve du capitalisme - les chômeurs - que décrivait Marx, il y a 160 ans, a grossi de millions de travailleurs " jetables ", pris en charge par la collectivité, pour se protéger des " explosions sociales ", et ce sont , les uns et les autres les pauvres d'aujourd'hui : l'INSEE dit encore que les revenus des ménages au bas de l'échelle sont constitués à 62% par les transferts sociaux et fiscaux : RSA, minimas sociaux, prestations familiales, retraites, prime pour l'emploi, les salaires ne concernant que 32.4% de ces foyers ...

   Le modèle social français que nos gouvernants prétendent vouloir sauver a  été dévoyé, depuis trente ans : destiné, à la Libération, à protéger des risques de la vie, vieillesse, maladie, chômage, il est devenu une " machine " à camoufler les dégâts de la mondialisation, la dérive financière de nos économies, les dérégulations du marché du travail, les coups de hache de la libre-concurrence, la cupidité des banques .

   Ce nouveau modèle porte un nom : le " social-libéralisme " . 

 

 


 

   NB : d'aprés le dossier du magazine Marianne No 860, des 12 au 18 octobre 2013 . " Ce que gagnent vraiment les pauvres " , de Perrine Cherchève et Laurence Dequay .

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Published by regain2012 - dans Economie
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