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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 13:55

 Sous-titre : la fabrique du consentement  .

  (1) Titre d'un ouvrage de l'écrivain américain Walter Lippman, ( 1955 ) .

 "  Les oligarques sont des dinosaures qui jusqu'au dernier moment brouteront la pâture de l'exploitation et de la plus-value sans voir les météorites qui approchent ..." . ( Hervé Kempf . Journaliste et écrivain . " L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie " . Seuil . 2011 ) .

 ( Illustration : dinogaïa.com ) .

 

 

extinction.jpg

 

 

 

 " Nous avons dépassé l'apogée du capitalisme en tant que période historique ... L'évolution du régime oligarchique actuel est d'aller vers un capitalisme de plus en plus autoritaire ... Les oligarques ne lâcheront rien, ils ne comprennent rien ... La régression des liberté publiques n'est pas un choix populaire . Qu'on le veuille ou non, nous sommes bien dans une logique de confrontation ... " . ( Hervé Kempf :  l'oligarchie ça suffit ) .

   Telle est la leçon qu'il faut retenir du soulèvement des Ukrainiens, avant toute autre .

 

   La révolution de l'imprimerie favorisa au XVIIIe siècle la circulation des idées, l'éclosion des Lumières, et l'apparition du long cortège des théories économiques libérales - le libéralisme - duquel, l'écrivain et politologue américain Walter Lippman, un des inventeurs du terme " néolibéralisme ", (2) ,  pense pouvoir dater la fin : " le libéralisme a eu pour mission historique de découvrir la division du travail, d'accompagner la révolution industrielle, mais n'aura été  l'étoile polaire de l'esprit humain que jusque vers les années 1870 .

   Aprés, viennent le néo-libéralisme et son ténébreux cortège des oligarchies européennes . Lippman a peut-être raison, car, le conflit idéologique majeur du XXe s. entre marxistes et bourgeoisie, voire en France, la lutte entre républicains et l'alliance du sabre et du goupillon, ont occulté la montée lente mais inexorable de l'idéologie oligarchique .

   Pourtant les signes étaient bien là, présents, aux premières loges .

 

   C'est l'économiste autrichien Schumpeter qui donne le " La " . Schumpeter, persuadé que l'étalon de la rationalité est celui de l'entrepreneur et que la volonté générale des citoyens " peut se réduire à un ramassis confus de vagues impulsions mollement rattachées à des slogans tout faits et à des impressions erronées " .

   L'Américain Lippman va théoriser cette vision méprisante des peuples, dans les années 1920,  l'incapacité des citoyens à comprendre les enjeux essentiels de la politique : " Le rôle du public ne consiste pas vraiment à exprimer ses opinions mais à s'aligner, ou non, derrière une opinion ... La masse doit donc s'en remettre à des hommes responsables " .

   On doit pouvoir gouverner le peuple par " la fabrication du consentement ", précise Lippman, toute honte bue, en utilisant les techniques psychologiques de la " manipulation " .

   " Le peuple doit être mis à sa place afin que les hommes responsables puissent vivre sans crainte d'être piétinés ou encornés par le troupeau des bêtes sauvages " ( Lippman :  " Public opinion " ) .

   C'est dans ce simple propos, banal en apparence, que tient toute la philosophie des oligarchies : c'est par cette raison fondamentale que les oligarques légitiment leur domination .

   Ne vous voilez pas la face : c'est ainsi que raisonnent toujours les politiques professionnels, les hommes d'affaires, les banquiers, les grands industriels, les patrons de Medias, et autres " peoples " de la culture .

   Le champion de cette communication fondée sur la psychologie n'est autre que le neveu de Sigmund Freud, qui lui ouvre le chemin théorique à la hache . Pour Edward Bernays, (2), " l'art du maître de la propagande ", est de combiner " clichés, slogans, images " résonnant avec les ressorts classiques de l'émotion .

   " Une foule ne peut pas être considérée pensante ; seul le " ça ", s'y exprime, c'est à dire les pulsions inconscientes ", dira-t-il ( The engineering of consent ) .

   La rationalité du citoyen, comme du consommateur d'ailleurs, est niée . En jouant sur la gamme des motions il est plus facile d'orienter le choix des individus vers la solution souhaitée par les " manipulateurs " .

   Il va de soi que les manipulateurs, eux, agissent avec rationalité, en utilisant les moyens les plus adaptés à leurs fins :  il ne manquerait plus que ça !

   L'oligarchie ne saurait être que manipulatrice . Pour atteindre ses fins, il lui fallait un instrument : à partir de la fin des années 1950, ce fut la télévision .

 

   La télévision est un médium à sens unique, pilotée par des annonceurs qui l'utilisent pour vendre des produits et donc pour capter une audience la plus large , mais avec le dénominateur culturel commun, le plus bas .

   " La télévision nous entraîne dans un nouveau monde où chaque évènement fait son entrée en scène à toute vitesse et disparaît aussitôt pour céder la place à un autre . C'est un monde sans cohérence ni sens, un monde qui ne demande pas d'agir et surtout ne le permet pas ... Le problème n'est pas qu'elle nous offre des divertissements, mais que tous les sujets soient traités sous forme de divertissements ... ", n'est-ce pas, M. le PDG de Canal + ?

  " La surreprésentation des rapports émotionnels entre individus - compétition, frustation, désir, cupidité - évacue tout rapport collectif  du champ de la conscience des téléspectateurs " . ( biosphère.ouvaton.org / année 2011 ) .

   Compétitions sportives largement encouragées, inflation de séries policières qui alimentent le sentiment d'insécurité liées à l'absence totale de nos écrans des ouvriers, sauf quand ils cassent des  biens publics, alors qu'ils représentent 23% de la population active, c'est aussi cela le régime oligarchique .

   Ajoutez à ce constat une réalité : le journaliste arrivé à un certain niveau de notoriété trouve plus agréable de manger dans la main des puissants que de s'exercer à une saine critique, sauf quelques cas assez rares .

 

   Cela dit, tout le génie des régimes oligarchiques est de ne pas se montrer forcément en dictatures impitoyables régnant sur des ombres craintives . Le jeu des élections y reste trés présent mais bien " huilé ; ainsi de l'espace nécessaire à la démocratie pour échanger des idées complexes, qui est considérablement réduit .

   Aux EEUU, le dialogue politique est conduit pour l'essentiel au moyen de spots télévisés de trente secondes . 80% du budget des candidats aux élections est utilisé pour acheter des spots privés . Et quand on sait qu'un Américain passe, en moyenne, 4 H 30 par jour, devant sa télévision, on peut se faire une idée des dégâts politiques occasionnés par le système .

 

   Mais des météorites de plus en plus grosses approchent de la planète des oligarques !

 

 

   NB :  Texte inspiré par un article du site " biosphère.ouvaton.org " de 2011, à propos du livre d'Hervé Kempf, " l'oligarchie, ça suffit ... " .

 (1) . Walter Lippman ( 1889- 1974 ), journaliste, écrivain et politologue américain, ouvrage de référence : " Public opinion " .

 (2) . Edward Bernays ( 1891- 1995 ), père de la propagande politique institutionnelle et de l'industrie des relations publiques, ouvrage de référence " The engeenering of consent , 1947 ) .

  

   

   

  

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Published by regain2012 - dans philosophie
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