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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 13:58

"L'égoïsme  est la rouille des sociétés" ( Tocqueville. De la Démocratie en Amérique. Cité par Pierre Rosanvallon dans son livre La société des égaux chez Seuil.2011.)

   Illustration:conar-56-skyrock.com

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   Je reviens à mon obsession, l'Egalité, "L'Idée mère" de la Révolution, dira le ministre de Louis XVI, Necker.( Cité par P.Rosanvallon.) Les définitions de l'Egalité étaient magnifiques sous l'ére révolutionnaire.

   Le Constituant Pierre Louis Roederer dit :" L'affection qui a décidé le premier éclat de la Révolution, excité ses plus violents efforts, obtenu ses plus grands succés, c'est l'amour de l'Egalité."( Oeuvres du Comte P.L.Roederer. (1).)  Et d'ajouter:"Le premier motif de la Révolution a été l'impatience des inégalités."

   Siéyès, père de la première Constitution, nous dit la même chose, en dénonçant l'arrogance, la morgue et le mépris des aristocrates:" Le privilégié se considère comme faisant partie d'un ordre à part, une nation choisie, dans la nation."( Essai sur les privilèges. )(1) Et de dénoncer" l'univers d'exemptions légales" de devoirs exigés des autres membres de la société (1). Aujourd'hui, on appellerait cela " les niches fiscales."

   Un autre rédacteur de cette Constitution nous éclaire sur l'appréhension qu'ont les révolutionnaires de 1789. Le pasteur gardois, Rabaut Saint-Etienne, nous dit:" On pose comme principe dans la formation d'une société que tous les hommes qui  y entrent sont égaux. On ne veut pas dire qu'ils sont égaux de taille, de talents, d'industrie, de richesses, mais qu'ils sont égaux en liberté." C'est à dire," dans une relation sociale où nul n'est soumis à autrui."(1)

   

   Plus tard, Tocqueville dira, à propos de ces mêmes privilégiés :" C'est à peine s'ils croient faire partie de la même humanité."( De la Démocratie en Amérique.)

   Parler d'égalité sans évoquer Babeuf et la" Conjuration des Egaux", de 1796, préparée contre un Directoire corrompu, serait injuste. Que disent en substance les Egaux qui veulent remettre en tête des préoccupations des Citoyens, le principe d'égalité ? Voici un extrait de leur Manifeste , de 1796 :" Nous ne voulons pas seulement cette égalité inscrite dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons...Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets...L'instant est venu de fonder l'égalité réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, et tant pis si elle ne plaît pas à l'égoïste, à l'ambitieux qui frémira de rage..."(2).

   Tocqueville avait même songé à un moment à" une société des semblables". Nous en sommes loin.


   Comment, d'une telle période, puis  d'un XXe siècle qui se voulut égalitaire, en Europe, certes sous les coups de boutoir de la classe ouvrière et de ses syndicats, a-t-on pu entrer , depuis trente ans, dans une société,  aussi égoïste et individualiste, que celle d'aujourd'hui ?

   La globalisation, le libre-échange, la financiarisation de l'économie, la société de consommation, ont bouleversé nos représentations. Mais ces phénomènes ne suffisent pas à expliquer" le processus de décomposition du lien social"(1) qui affecte nos démocraties.

   En fait, l'évolution des connaissances, le développement des échanges, la libre circulation des personnes, les progrés techniques , la communication, les réseaux sociaux, rendent nos sociétés plus complexes, plus diverses, plus hétérogènes. A l'individu, entouré et encadré, de l'ancien monde rural, immobile presque figé,  mais rassurant, s'est substitué un individu plongé dans un monde urbain déshumanisé, anonyme, agressif, jugé dangereux .

   Cela est connu. 

   Dans nos villages du premier tiers du XXe siècle, les écarts entre les modes de vie des habitants n'étaient pas spectaculaires.

   Mais depuis, la médiatisation spectaculaire des niveaux d'existences des diverses catégories sociales, a modifié notre approche de la notion d'égalité. Aux privilèges, se sont substitué les passe-droits, la fraude, la corruption, parfois légale, le copinage, le refus de l'impôt, l'évasion fiscale, les niches fiscales,  autant de phénomènes qui entament la confiance dans le principe d'égalité, et qui, au lieu d'inciter à la protestation collective, induisent des comportements individualistes, du type: je vais faire la même chose. Moi aussi, je n'ai qu'à tricher sur les impôts, sur les aides sociales ; moi aussi, je vais utiliser mes relations pour "caser" mes enfants. 

   N'entend-on pas dire, l'exemple vient d'en haut. Et malheureusement, c'est souvent vrai. 

 

   Que peut produire une société dont la grande majorité des élites ne cherche qu'à échapper au devoir de l'impôt , aux versements  des côtisations sociales: acteurs, chanteurs, sportifs, capitaines d'industrie, sociétés, organisations bancaires...

   Le citoyen regarde cela, et lui qui est captif, va chercher à imiter ces comportements plutôt qu'à lutter contre le travers.  Cela concerne l'extrême d'en- haut, si j'ose dire. Mais un autre phénomène vient compliquer la perception qu'un monde d'égaux est possible. C'est à l'inverse, le danger de ce que je me permets d'appeler l'extrême d'en-bas.

   Les politiques de compression drastique des salaires menées depuis des années, nous ont conduit à un resserrement injuste et dangereux des aides sociales, versées aux plus démunis, et des revenus des actifs . je vois là, une des formes les plus insidieuses que les pouvoirs politiques ont inventées pour diviser, ou pire pour dresser" les pauvres" contre" les plus pauvres". Le sentiment d'injustice ressenti par les actifs est dévastateur.      Leur rage ne s'adresse plus au dirigeant, mais au voisin " aidé". Voilà comment on détourne la colère des gens et surtout comment on éloigne , leur perception politique, du sentiment d'égalité . En fait se substitue au désir d'égalité le sentiment" qu'il y a deux poids et deux mesures"(1), et qu'on est "le seul à jouer le jeu."

   J'ai bien dit dangereux, car les mouvements d'extrême droite, ont un talent certain pour jouer avec ces sentiments ambigüs, ouvertures à tous les racismes. Depuis quelques années, les classes moyennes et les classes populaires, vivent dans ce sentiment "du deux poids , deux mesures", ne nous étonnons pas de les voir dériver vers le chant des sirènes du Front National.

   Ce "deux poids, deux mesures" est le creuset de la défiance sociale, de la perte de foi dans le devoir de solidarité, il est donc urgent de travailler au rétablissement du lien social, de"la réciprocité" dans les relations sociales(1), de la rigueur contre les nantis qui n'en ont jamais assez, de la transparence dans l'accomplissement de nos obligations citoyennes...

   La" corrosion"- qu'évoque le titre de Tocqueville- et  qui atteint notre contrat social n'est, peut-être, pas encore irréversible.


   Monsieur Hollande, voilà un sujet qu'il vous sera difficile d'esquiver, dans les semaines qui viennent.

 

 

   NOTE/ (1). Citations extraites du livre de P.Rosanvallon:"La société des égaux", dont s'inspire cet article.( Seuil.2011.)

                (2) Manifeste des Egaux: tiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/conjuration_des_%C%89gaux

 

   


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Published by regain2012 - dans Société
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