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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 14:09

"Je ne fabrique pas des recettes pour les gargotes de l'avenir ." ( Karl Marx ) .

" je ne crois qu'à l'impératif catégorique de bouleverser tous les rapports où l'homme est un être dégradé, asservi, abandonné, méprisable . " ( Karl Marx .1843 . Vingt ans avant d'écrire Le Capital .)

 (Illustration : forum.foot.land.com ) .

 

069.jpg

 

   Le temps est proche où les historiens vont devoir revisiter l'histoire du socialisme . Encore et toujours l'histoire ! Les historiens peu scrupuleux qui , aprés la chute du Mur de Berlin, ont cru pouvoir jeter , dans la même eau, Gorbatchev, Brejnev, Staline, Lénine, Marx,  et avec eux, tous les socialistes utopistes du XIXe siècle, vont devoir reprendre leur copie, s'il leur reste un zeste d'honnêteté .

   Ici, aujourd'hui , et trés brièvement , je ne veux que rappeler la vision de Lénine sur la Révolution d'Octobre . 

   Marx à partir de l'étude des lois de développement de l'économie anglaise du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle, la première, établit le concept d'un socialisme comme dépassement des contradictions d'un capitalisme ayant atteint sa pleine maturité . Pour lui, le modèle avait été fourni par la Révolution française, en tant qu'évènement signant la victoire de la classe dominante, la Bourgeoisie, sur les forces féodales qui entravent le développement du système pensé par la bourgeoisie : la capitalisme .

   Observant le modèle industriel anglais, Marx établit que la nouvelle classe montante, par le nombre et la place occupée par la production est la classe ouvrière ., le prolétariat .

   Sa mission sera de mettre en harmonie les structures politiques et sociales avec la réalité économique voulue par une bourgeoisie qui ne peut plus maîtriser les systèmes qu'elle a créés . Mais pour Marx, cela va prendre beaucoup de temps, c'est un long processus de maturation : " le capitalisme doit arriver à sa pleine maturité" .

 

   Or, et l'essentiel du problème est là : la première révolution se réclamant du marxisme, c'est à dire où la classe dominante, le prolétariat, prend historiquement  le pouvoir sur la bourgeoisie, classe qui paralyse le mouvement, éclate dans un pays où la classe ouvrière est embryonnaire : 4% de la population active . La Russie est encore un Etat féodal, essentiellement paysan .

   Tout le paradoxe historique tient dans cette volonté de mener une révolution prolétarienne, sans prolétariat , - et sans bourgeoisie, trés embryonnaire également - .

  " La dérive sera redoutable" .( Roger Garaudy ) . Trotsky décrira cette dérive, plus tard, avec beaucoup de lucidité : le parti parle au nom de la classe, puis l'appareil au nom du parti, les dirigeants au nom de l'appareil, et finalement, un seul parlera et pensera au nom de tous .

   Les contempteurs de Lénine se sont basés et seulement basés sur son livre le plus connu : "Que faire ?", écrit en 1902 . Lénine y commet un contresens par rapport à la pensée de Marx , quand il explique que la conscience révolutionnaire ne peut naître spontanément de la classe ouvrière elle-même, dans la sphère des rapports économiques et des luttes syndicales, qu'elle doit être apportée " du dehors" et que c'est la tâche du parti communiste .

   Les Marxistes les plus proches de la pensée de Marx, tel l'allemand Kautsky, secrétaire de Engels, le mettent en garde : " Les conditions objectives ne sont pas réalisées en Russie...donc il ne faut pas faire la révolution ." Lénine a conscience de "son éloignement des schémas marxistes" mais n'en tient pas compte .

 

   La vraie pensée de Lénine, et elle est autogestionnaire,  se trouve dans ses écrits nés dans l'action de la révolution : " Les Thèses d'avril ", de 1917, et dans " l'Etat et la Révolution ". Il y rappelle que Marx n'appréciait rien tant que " l'initiative historique des masses " . Aux "vieux bolchéviks" qui s'insurgent il dit : " La spontanéité, c'est le contraire de la conscience apportée du dehors" . 

   Il va même plus loin : " L'initiative de millions d'hommes apporte toujours quelque chose de plus génial que les pensées, même les plus géniales de quelques dirigeants et théoriciens ."

   Le dernier article qu'il publie avant sa mort, " sur La Coopération "- ,  en janvier et février 1923 - il meurt en janvier 1924- mais il ne participe plus au pouvoir depuis la fin de 1921, diminué par la maladie ; dans cet article , que l'on peut considérer comme son testament, il montre que la formule coopérative est la seule qui permettrait d'associer les larges masses, y compris la paysannerie, à l'élaboration et à la prise de décision .

   Il prône déjà une sorte " d'autogestion", mais il prévoit de longues années pour y parvenir, afin que les paysans, se convainquent à partir de leur propre expérience .

   Nous sommes aux antipodes du centralisme étatique que va construire Staline quelques années plus tard .

   Lénine est également préoccupé de démocratie, pour lui " la participation", dans les domaines de l'éducation et de la culture, en particulier . Dans son testament il définit ce qu'il appelle " une révolution culturelle" . Dans un peuple inculte, il ne peut y avoir de participation réelle à la prise de décision de la part des masses : par conséquent réaliser le socialisme c'est aussi réaliser cette révolution culturelle , grâce à laquelle les grandes masses cultivées pourront effectivement prendre part aux décisions .

 

   Dés 1920, aprés la chute du mouvement spartakiste en Allemagne, dans le contexte de guerre étrangère où l'URSS est assiégée par les Occidentaux et en proie à la guerre civile,  il comprend que la révolution est vouée à l'échec . Il écrit : " Nos soviets dans les conditions où ils fonctionnent aujourd'hui, c'est à dire non plus avec une participation réelle à la prise de décision des grandes masses, mais seulement sous la direction de quelques-uns des plus instruits de nos militants, ces soviets peuvent à la rigueur construire encore le socialisme pour le peuple, mais pas par le peuple ." Cet aveu d'une si grande lucidité ne saurait être l'aveu d'un tyran .

   D'autant qu'il y ajoute : " Notre ennemi principal c'est le bureaucrate, le militant communiste qui occupe une fonction administrative dans l'Etat ou le Parti ."

 

   J'ai eu envie d'écrire ce texte à la suite de certains commentaires de mes politologues tant aimés, concernant la campagne de J.L. Mélenchon, dont ils attribuent le succés populaire à une certaine nostalgie des révolutions .

   Je crois ce propos parfaitement stupide . Les gens ont ouvert les yeux sur l'anarchie et l'injustice génétique du monde financier et capitaliste, et se souviennent que, par le passé, ce système fut contesté et donna lieu à des propositions de transformation qui n'étaient pas forcément à jeter aux oubliettes de l'histoire, une fois repensée leur adaptation à un monde en mouvement permanent .

 

 

   NB : (1) . Le titre est une expression de " Antonio Gramsci ", co-fondateur du Parti Communiste Italien, mort dans les geôles mussoliniennes .

   Ce texte s'inspire du livre de Roger Garaudy : "Souviens-toi, bréve histoire de l'Union Soviétique ." Editions " Le temps des cerises " . 1994 .

 

   

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Published by regain2012 - dans histoire
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