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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 14:53

" L'imprimerie et la librairie sont libres ." ( Article Ier de la Loi du 29 juillet 1881 sur la Liberté de la presse ) .

( Illustration :  le-blog-de-roger-colombier.over-blog.com ) .

 

 

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   Dans quelques jours certains commémoreront, tout à fait légitimement,  l'anniversaire de la Loi du 29 juillet 1881, instaurant en France la Liberté de la presse . Dans le mouvement, rappelons ce que furent ces premières années de la IIIe République qui,  malgré les menaces bien réelles du clan monarchiste , et une trés violente crise économique, n'hésita pas à fonder le pacte républicain, sur un socle de lois portant sur les libertés individuelles et collectives dont nous profitons encore, aujourd'hui . 

   Rappelons la Loi de juin 1881 portant sur la gratuité de l'enseignement primaire ; la Loi du 30 juin 1881 instaurant la liberté de réunion ; la Loi de mars 1882 instituant l'obligation scolaire et la laîcité à l'école ; la Loi de mars 1884 fondant la Liberté syndicale ; la Loi Naquet du 27 juillet 1884, rétablissant le divorce, interdit sous la Restauration, parce que contraire à la religion catholique ; la Loi dite " Grande Charte républicaine de la Liberté Municipale " , établissant l'élection du Maire par son Conseil Municipal ...

   Comme quoi, même dans les moments les plus difficiles, on peut toujours faire avancer les principes du progrés humain .

   Mais revenons à la Liberté de la Presse !

 

   La Loi du 29 juillet dit entre autres choses, dans son article 5 : " Tout journal ou écrit périodique peut-être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement ". Les lourdes contraintes qui pesaient sur la création d'un journal sont ainsi levées : abolition de l'autorisation préalable, du cautionnement, des saisies préventives, de la détention préventive pour délit de presse qui protège , dés lors, les journalistes, transfert de ces délits devant les jurys d'assises, plus libéraux que les magistrats des tribunaux correctionnels, trés conservateurs .

   Edition, affichage et colportage sont également autorisés .

  Cette Loi portée par les républicains modérés se veut être la traduction dans le droit , de l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 : " La libre communication des pensées et des opinions est un droit des plus précieux de l'homme . Tout citoyen peut donc écrire, parler, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ."

   Ce texte donnera un élan à la presse écrite, entre 1881 et 1914, qui ne sera pas égalé depuis . Il fut approuvé par 444 voix pour et 4 voix contre seulement , faisant l'unanimité des républicains modérés, des radicaux, des bonapartistes et des orléanistes .

   En 1882 il existe 62 quotidiens à Paris qui représentent un tirage quotidien cumulé de 1 200 000 exemplaires ; 221 titres couvrent la province pour un tirage de 750 000 exemplaires . En 1914, 80 titres informent Paris , soit un tirage de 5M5 exemplaires quotidiens ; 242 titres en province tirent à 4M . d'exemplaires .

   Ces succés sont également à créditer, conjointement,  à certaines inventions technologiques en matière de composition, d'impression , de tirage qui favorisent la baisse des coûts de revient du journal ; mais également au développement de l'instruction : en 1832, l'analphabétisme chez les jeunes de vingt ans est de 53% ; en 1892, il n'est plus que de 8.5% .

 

   Mais voilà, toute bonne mesure, amène aussi son contraire . " La libération de la presse va favoriser aussi la spéculation ." ( Michel Winock ). Vous avez bien lu : " la spéculation" . " La politique, la finance et la presse forment un trio redoutable pour la vertu républicaine ", ( M. W. ) . La multiplication des feuilles de ragots, de chantage et de tripotage besogneux entraîne la presse dans les mains des banquiers et des boursiers .

   Guy de Maupassant, dans " Bel Ami ", nous  donne, en 1885 , un magnifique aperçu de toutes ces accointances naissantes . La majorité des grands journaux vendent des pages entières d'économie aux groupes financiers qui vont en user comme outils spéculatifs . fausses informations, manipulations et manoeuvres pour faire monter ou baisser les titres boursiers, publicité à peine cachée pour des titres .

   " Les ravages de la corruption et de la vénalité de la presse apparaissent vite comme le revers de sa liberté d'expression ", dit Michel Winock , difficilement contenus par la pluralité des journaux .

 

   Deux scandales témoignent que trés vite, pouvoir politique, pouvoir financier et presse ont fait bon ménage . Le premier est l'affaire " des kroumirs tunisiens " . Au printemps 1881,  le ministre des affaires étrangères, le directeur de La Vie française et quelques complices, montent un ingénieux coup de bourse en poussant à la baisse, sur des rumeurs infondées, des titres tunisiens , qu'ils achètent à bas prix . Puis ils poussent le gouvernement de Jules Ferry à intervenir militairement en Tunisie, dont une tribu de montagnards, les kroumirs , a franchi la frontière algérienne . Les titres tunisiens remontent, nos lascars revendent, et s'enrichissent fort avantageusement . 

   Le journal l'Intransigeant dénoncera la machination financière , la fausse attaque des " kroumirs - cela rappellera à certains la question de l'Irak - . Poursuivi en justice, le directeur de l' Intransigeant est une première fois acquitté ; puis condamné à une dérisoire amande de 1000 francs . Ferry échappe à une mise en cause .

   Le deuxième scandale concerne l'affaire du Tonkin, qui fera tomber Jules Ferry . Au printemps 1885, dans les dernières semaines de la guerre franco-chinoise, les journaux - dont l'Intransigeant d'Henri Rochefort - se déchaînent contre le gouvernement Ferry suite aux informations parvenant d'Indochine, télégrammes militaires dont l' authenticité semblait discutable, qui indiquent que le corps expéditionnaire français, au Tonkin, a subi de graves revers, et risque d'être anéanti .

   Il est reproché au gouvernement d'avoir sacrifié quelque 2500 hommes pour des intérêts loin d'être évidents, à tout le moins privés , car c'est ainsi que fonctionnait le système colonial : les grandes entreprises venaient conquérir des parts de marché puis demandaient aux gouvernements d'intervenir militairement pour protéger leurs intérêts .

 

   Une longue tradition d'accointances entre politique, affaires et presse venait de naître . Peut-on encore croire, aujourd'hui, à cette adresse de Benjamin Constant, de 1821 : " Quand les journaux sont libres, les avantages de la liberté contrebalancent ses inconvénients " ?

 

 

   NB :  la première partie est inspirée d'un article de Wikipedia sur la loi du 29 juillet 1881 .  La deuxième partie est tirée du Ch. 37 du livre de Michel Winock : Les voix de la Liberté . Seuil .2001 . " La presse est libre ."(1) .

   

 

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Published by regain2012 - dans histoire
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